La douche est froide ! Plus que froide même ! Un vrai glacier ! Je ne réalise pas. D'ailleurs comment le pourrais-je ? Comment aurais-je pu imaginer une réaction comme ça venant de lui ?

Je fixe une fois de plus les documents signés, complètement perdue. Comment peut-il faire ça ? Qu'est-ce qu'il lui prend ? Lui qui a passé près de sept ans à me dire non, à refuser de m'accorder le divorce. Alors que nous avons passé une très bonne nuit ensemble … Alors qu'il tenait tant à discuter … Alors qu'il m'a déclaré son amour …

-Quoi !? M'emporté-je violemment alors que mon ami m'appelle une fois de plus.

-Herman nous veut en réunion, dit-il détaché les mains dans les poches.

-Il m'emmerde lui, lancé-je froidement en claquant le dossier.

Je me rends à contre cœur là où on me demande, dans la salle de réunion. En passant la porte avec Shirosaki, Herman nous fusille du regard. Je lui rends. Je n'ai pas envie qu'il me prenne la tête alors qu'on lui a sauvé sa peau la veille. Bon d'accord, il y a eu beaucoup d'imprévu, des dégâts matériels mais aucun mort, c'est quand même le plus important.

Nous prenons place au fond de la pièce avec Shirosaki. Herman se lève et commence à parler, mais je ne l'écoute pas. Je tiens le dossier de divorce dans les mains. Je le serre entre mes doigts, contrariée. Contrariée que la journée ne se déroule pas de la meilleure des façons.

Une feuille glisse devant moi. La phrase 'Qu'est-ce qu'il se passe ?' Est inscrite dessus. Mon ami m'observe en silence. Son visage laisse transparaître de l'inquiétude. Je me crispe encore plus. Je lui fais parvenir ce que je tiens dans les mains de la même manière que lui. Il me regarde, sans comprendre. Puis, il l'ouvre.

Alors que je le fixe, son visage se concentre. Puis, il ouvre les yeux en grands. Lui aussi comprend sans mal le problème.

-Nous vous dérangeons peut être ?! S'énerve Herman en claquant sa main sur la table, nous fixant tous les deux. Vous n'avez pas fais assez de bordel hier soir ?!

Il ne m'en faut pas plus pour laisser sortir ma colère. Je me lève brusquement de mon siège, renversant ma chaise, bien décidée à lui tenir tête.

-Pardon ?!

-Yoruichi !

Shirosaki essaye tant bien que mal de s'interposer mais c'est peine perdu. J'en ai marre de me laisser faire ! Marre de le laisser me dicter ma conduite, et encore plus de voir sa tête !

-Hier soir, ce cher Ulquiorra voulait vous tuer ! Comme il l'avait déjà fais avec d'autres ! Nous avons évité que les civils se fassent descendre et arrêter son trafic ! Vous n'êtes jamais satisfait ! Vous êtes un emmerdeur Herman !

-Vous êtes mise à pieds pour deux mois ! Avec une suspension de salaire ! A effet immédiat !

Deux mois ! Pour avoir arrêter le trafique d'Ulquiorra ! Pour lui avoir sauver sa putain vie ! Mes collègues me lancent des regards interloqués. Je reprends le dossier des mains de mon ami avant de me diriger droit sur Herman. Je sors mon arme de fonction, enlève le chargeur pour balancer le tout sur la table au centre.

-Voici mon arme de fonction ! Maintenant, je pars pour ne plus voir votre tronche ! M'emporté-je en tournant les talons.

-Où allez vous ?! S'énerve mon supérieur alors que j'atteins la porte. Je ne vous ai pas donné l'autorisation de partir ! La réunion n'est pas terminée !

-Je suis mise à pieds non ? Lui rétorqué-je en lui lançant un regard noir.

Il ne me retient pas. Il reste surpris. D'ailleurs Shirosaki est dans le même état que les autres.

Je me rends dans mon bureau pour y récupérer mon poudrier. Il faut que je me rende à la Soul Society, il est tant de vraiment discuter avec Byakuya. Je traverse pour la dernière fois avant longtemps l'allée de l'étage. La section que je dirige. Deux mois. Durant deux mois, ce n'est pas moi qui vais gérer. Je confie la gestion à Stark et à Shirosaki en entrant dans l'ascenseur.

De retour à mon appartement, j'ouvre un portail pour le manoir Kuchiki. Je ne prends pas la peine de me changer, les domestiques ont l'habitude de me voir en tenue humaine.

En l'espace de quelques secondes, l'univers change. Je me trouve une fois de plus devant l'immense portail du manoir. Je traverse les grands couloirs pour me diriger vers ma chambre à coucher, mais la pièce est vide. Le bureau de mon mari aussi. Pourtant il n'est pas huit heure. Je croise enfin un domestique dans la cuisine.

-Monsieur est parti de bonne heure. Il me semble que son vice capitaine est venu le chercher.

Après l'avoir remercié, je file en shumpo jusqu'à la sixième division. Mais le bureau est aussi vide que le manoir ! Je me laisse tomber sur une chaise en maudissant mon mari. Pourquoi a-t-il fallu qu'il disparaisse ?! Il ne pouvait pas rester au lit ... Nous aurions discuté. Je n'aurai pas eu à le chercher … Je n'aurai pas eu à me demander ce qui lui est passé par la tête.

-Capitaine Shihoïn ? Déclare un shinigami en passant la tête par le bureau.

-Richiki ! M'exclamé-je en souriant. Tu sais où se trouve Byakuya ?

-Bien sûr, les capitaines et les vices capitaines ont une réunion dans cinq minutes. C'est étonnant de vous voir ici d'ailleurs.

-Merci !

Je disparais pour me retrouver à la salle de réunion deux minutes plus tard. J'apparais aux côtés de mon vice capitaine. Elle sursaute alors que je place mes mains sur ses épaules.

-Bonjour petite abeille.

-Capitaine ! Hurle-t-elle en me serrant dans ses bras, pliant le dossier que je tiens contre moi.

Plusieurs têtes se tournent vers nous, alors que j'éloigne ma petite abeille de moi. Byakuya se trouve à l'écart avec Renji. Ils ne nous ont pas entendu. Byakuya est adossé à un des piliers, il a les bras croisé contre son torse. Son visage est fermé. Il semble tendu comparé à la veille. Je me faufile jusqu'à eux sans un bruit. J'arrive par derrière. Renji me remarque mais ne dit rien alors que je place mon index devant ma bouche. Je lui demande silencieusement de disparaître. Il obéit sans poser de questions. Quand à Byakuya, ce dernier ne semble pas s'apercevoir de son absence. Il me semble perdu dans ses pensées. Je m'approche doucement pour poser mes mains sur ses avants bras.

-Eh, soufflé-je en lui faisant face.

-Yoruichi ? S'étonne-t-il en se redressant.

Il est vraiment surpris de me trouver là, en face de lui. Pourtant, avec le mot qu'il m'a laissé, il ne devrait pas être étonné de me trouver ici.

-Que fais-tu là ?

-Nous devons discuter Byakuya.

-Ah Yoruichi ! Vous nous faites l'honneur de votre présence, s'exclame le capitaine Yamamoto en se dirigeant vers nous. Allez, veuillez entrer, que nous puissions commencer.

Le chef nous invite à entrer d'une manière polie mais cela ressemble plutôt à un ordre. Mes doigts serrent les avant bras de Byakuya involontairement. Vraiment pour aujourd'hui, il n'est pas possible d'avoir la paix. Moi qui voulait régler la situation.

Byakuya enlève mes mains de son bras avant de glisser ses doigts dans les miens. Il l'embrasse délicatement avant de s'adresser à moi.

-Restes zen Princesse, nous nous retrouverons dans le salon juste après c'est promis.

Étonnamment, il dépose un baiser sur le haut de ma tête avant de s'avancer vers les autres capitaines, mettant un terme à la discussion.

Trois heures ! Cette foutue réunion aura durée trois longues heures … Des heures interminables pendant lesquelles Soi m'a informé sur les nouvelles recrus, sur le budget. Et durant tout ce temps là, Byakuya n'a pas arrêté de me fixer. Il m'observait silencieusement, cachant ses pensées derrière son masque d'indifférence.

Je m'étire alors que Soi embarque son travail avec elle. Nous sortons côte à côte, elle me parle gaiement.

-Cela me fait plaisir de vous voir Yoruichi-sama. Vous êtes ici pour combien de temps ? Votre opération d'hier soir s'est bien déroulée ?

-Tellement bien que j'ai été mise à pieds pour deux mois ma petite Soi, dis-je en lui faisant un clin d'œil.

Son sourire s'élargit encore plus quand elle comprend que je reste ici un petit bout de temps. Je lui précise par contre que je ne reprendrais mon poste que demain, j'ai quelque chose à régler avant. Sa bonne humeur ne s'envole pas pour autant.

-Princesse, entendis-je platement derrière moi.

-Capitaine Kuchiki.

Je serre le dossier dans mes mains alors que nos subalternes nous fixent à tour de rôle. Je remarque un sourire apparaître sur leurs visages avant de me tourner vers lui. Byakuya explique à Renji que pour le moment, il retournera seul à la division. Il le rejoindra plus tard dans la journée. Nous nous fixons quelques secondes, je souris, lui me regarde amusé. Il connaît la suite, c'est toujours la même chose. Il va essayer mais il n'y arrivera pas. Jamais je ne lui laisserais ce plaisir.

-Le premier arrivé ? Demandé-je les mains maintenant dans mon dos.

Il n'a pas besoin de répondre. Juste le regard suffisant qu'il me lance me précise qu'il accepte une fois de plus le défi. Celui qui dure depuis notre enfance. Le défi qu'il perd depuis si longtemps maintenant.

o-o-o-o-o-o

-Un jour, je plaquerais une étiquette dans ton dos cher ami, lancé-je joyeusement.

Je pose la main en premier sur l'immense portail, ravie de l'avoir laisser derrière moi. Les bonnes choses ne changent jamais. Byuakuya apparaît une fraction de secondes après moi. Il a vraiment été rapide. Il ne dit pas un mot, et moi je décide de ne pas fanfaronner devant lui sur ma victoire. Je le ferais une prochaine fois, nous avons plus important à faire.

Les domestiques s'effacent sur notre passage. Ils se font discret, surtout qu'à chaque fois que nous sommes ensemble, cela se termine en dispute... Peut être pas aujourd'hui ?

Le salon est complètement vide. Byakuya enlève son haori de capitaine en s'adressant à moi. Il est calme, contrairement à moi. La tension grandit en moi. Dans un sens, je redoute l'explication qu'il va me fournir. Je redoute la décision qu'il risque de prendre.

-Alors il se passe quoi sur Terre ? Demande-t-il en ouvrant la fenêtre du salon.

L'air frais entre dans la pièce, nous apportant l'odeur des cerisiers en fleur. Cela me change de la neige qui tombe sur Terre. Je préfère de loin cette odeur là. Tellement plus apaisante ...

-Ulquiorra a été arrêté. Les collègues ont mis la main sur nos preuves. Son trafic est terminé. Et je suis mise à pieds pour deux mois terriens pour avoir envoyer balader mon supérieur.

-Depuis le temps que tu le voulais, dit-il amusé. C'est bien, tu vas pouvoir te reposer, lance-t-il en s'adossant à la fenêtre, me faisant face.

Nous nous fixons maintenant en silence, attendant une discussion sur le fameux sujet. J'ignore pourquoi je suis angoissée. Je devrais être soulagée qu'il ait enfin signé, soulagé d'être libre ... Mais ce n'est pas le cas. Je suis perdue entre ses paroles et ses actions... Si il m'a dis qu'il m'aimait, pourquoi a-t-il accédé à ma demande ? Byakuya commence, coupant mes pensées.

-Tu veux en parler ?

-C'est pour ça que je suis là non ? Demandé-je en posant le dossier sur la table basse, l'ouvrant pour lui montrer le mot inscrit. Peux-tu m'expliquer s'il te plaît ?

-Tu ne l'as pas signé ? S'étonne-t-il quand il remarque qu'il manque ma signature en bas du document.

Je hoche la tête en signe de négation.

-Tu pensais que je le ferais sans explication ? Byakuya, je ne comprends pas … Je ne TE comprends pas. Tu as refusé pendant sept ans ! Et là, tu m'avoues enfin ce que tu ressens mais ...

-Je ne peux pas te retenir contre ton gré... Maintenant, je sais que si tu restes avec moi, c'est que tu le souhaites Yoruichi. Je ne veux pas te voir partir, mais je te permets de saisir cette opportunité si c'est vraiment ce que tu désires.

-Mais Byakuya, si cela ne fonctionne pas ! Me laisseras-tu partir ? Me rendras-tu ma liberté ? Nous ne savons pas ce que l'avenir nous réserve … Actuellement tout va bien entre nous, mais … L'avenir est incertain. Voilà mon problème.

Byakuya me regarde, semblant réfléchir à ce que je viens de lui dire.

Il est vrai que même si tout va bien en ce moment, nous n'avons pas les mêmes valeurs, ni les mêmes objectifs, nous ne voyons pas le monde de la même façon ... Mais une chose est indéniable, c'est que nous nous aimons... Malgré tout ça, j'aime profondément mon mari … Arriverons-nous à nous aimer avec toutes nos différences ? Arriverons nous à nous trouver ? A trouver notre équilibre pour être heureux ?

Au bout de quelques minutes, Byakuya quitte le bord de fenêtre pour venir se planter devant moi.

-Je te propose une solution, murmure-t-il en me prenant les mains. Tu gardes les documents où j'ai apposé ma signature, et nous essayons... Nous essayons d'être ensemble aussi longtemps que tu le souhaites. Si cela ne te convient pas, tu récupéreras les papiers et je te laisserais partir ... Ou bien, tu signes maintenant et cela se termine.

-Byakuya, murmuré-je en m'approchant de lui.

-Je voudrais avoir la chance de te rendre heureuse Yoruichi ... Une vraie chance ... Pas d'histoires de famille, pas de complots ... Juste nous deux.

Je ne quitte pas ses yeux du regard. Ils sont sombres, mais étincelant, hypnotisant. Je me damnerai juste pour pouvoir passer le reste de ma vie à me perdre dans ses yeux... Je mettrais mon âme en enfer rien que pour lui ... Peut être que je regretterais ma décision un jour, mais ce ne sera pas aujourd'hui ...

-Oh Bya, soufflé-je me mettant sur la pointe des pieds scellant nos lèvres. C'est d'accord.

Il me serre contre lui, je lui rends son étreinte. Je ne veux être nul part ailleurs que maintenant ... Ici ... Dans ses bras. Il me traîne jusqu'à notre chambre, le seul endroit où nous ne serons pas déranger.

Nous passons le reste de l'après midi ensemble, dans notre bulle, coupés du monde extérieur. Personne n'est venue nous déranger, et nous ne désirons pas être ailleurs.

-Byakuya, je veux que tu me le dises, murmuré-je en plongeant mes yeux dans les siens.

Il m'allonge sur le dos, me surplombant de toute sa taille. De légères mèches de cheveux tombent sur son visage. Je les écarte doucement, mes doigts frôlant sa joue. Il s'approche de moi, se place à quelques centimètres de moi avant d'ouvrir la bouche. Sa voix résonne dans la pièce, dans mon cœur, dans mon âme...

-Je t'aime Yoruichi. Je t'aime comme un fou.

O-o-o-o-o

Je trempe dans l'eau mousseuse depuis quinze minutes, complètement détendue. Les sels de bain à la rose embaume la pièce, rendant l'ambiance agréable. Après une journée à la division, il n'y a rien de mieux que de ne rien faire. Juste flâner, dans l'immense baignoire que Byakuya a fais installer. Un décors en bois zen m'entoure.

Déjà deux mois que je me trouve au Sereitei. Deux mois dans le monde des shinigamis. Je repasse de temps en temps, malgré ma mise à pieds, voir les membres de mon unité. Stark et Shirosaki ont obtenu une promotion. Shirosaki obtient un grade plus élevé et Stark est officiellement passé lieutenant. Les autres recrues continuent leur formation, ils leurs restent six mois et ils auront leurs diplômes.

-Princesse, appelle Byakuya en entrant dans la chambre.

-Dans la salle de bain ! Répondis-je suffisamment fort pour qu'il puisse m'entendre.

J'entends la porte glisser, puis se refermer et une présence se fait ressentir derrière moi. Le froissement des vêtements m'indique qu'il compte me rejoindre. Mon mari s'invite dans l'eau à mes côtés. Il me regarde tendrement, je lui adresse un sourire sincère avant de me mettre sur ses genoux. Il m'a manqué toute la journée. Je n'ai pas eu le temps de me rendre à la sixième division, et aucune réunion ne nous a réuni... Il embrasse la base de mon cou, libre grâce au chignon que je me suis faite dix minutes plus tôt.

Déjà deux mois que Byakuya et moi vivons ensemble. Deux mois que tout va parfaitement bien entre nous. Même Rukia ne dit pas un mot sur ma présence. Bon, elle n'approuve pas mais elle n'est plus aussi hostile qu'avant. C'est déjà un bon début. Ma grand mère, elle, désapprouve mon retour au manoir. Elle estime que cette union est toujours vide de sens à ses yeux. Mais ce n'est pas mon cas. Je n'ai jamais été plus heureuse que durant ses dernières semaines.

-A quoi penses-tu ? Finit par demander mon mari.

-A nous, répondis-je simplement en haussant les épaules.

-Et si tu pensais à nous autrement ? Murmure-t-il en me faisant pivoter pour m'embrasser. Tu as été dans mon esprit toute la journée.

-Ah bon ? Dis-je faussement étonnée. Je t'ai tant manqué ?

Je le vois hocher la tête de haut en bas, son visage portant toujours son masque d'indifférence. Même si il semble toujours aussi froid aux yeux des autres, je sais qu'il n'en ait rien. Il ne leur laisse rien transparaître mais ce n'est pas le cas avec moi.

-Alors montres le moi, ordonné-je en souriant. Montres moi combien je t'ai manqué.

-A vos ordres Princesse.

Et là, son masque tombe, son vrai visage apparaît. Un léger sourire s'inscrit et ses yeux sombres s'allument d'une étincelle qui ne brillent que pour moi.

Nous quittons la chambre seulement au moment de dîner. Nous avons passé la fin de journée au lit, comme la plupart du temps depuis une semaine. Depuis que Stark et sa fille sont retournés dans le monde des humains, maintenant qu'il n'y a plus de risques pour la petite fille, et qu'ils ont retrouvé un appartement. Jusque là, Byakuya semblait se retenir, mais depuis leur départ, il ne perd pas une seconde pour me montrer combien il m'aime, et qu'il apprécie de m'avoir à ses côtés.

Rukia nous attend patiemment. Elle nous fixe alors que Byakuya et moi avançons mains dans la mains jusqu'à elle. Nous nous saluons poliment avant de nous installer à table, une domestique nous indiquant que le repas va être servie. Jusque là, j'avais une faim de loup, mais une fois devant mon bol, l'appétit ne vient pas. C'est même plutôt l'inverse. Plus je regarde le repas et plus j'ai la nausée.

-Cela ne te plaît pas ? S'interroge mon mari.

Il glisse ses doigts dans les miens lorsque je pose mes couverts.

-Si, ne t'en fais pas. Je ne me sens pas très bien c'est tout. D'ailleurs, je vais vous laisser, dis-je poliment en me levant, posant ma serviette sur la table. Je vais aller m'allonger.

-Yoruichi ? S'étonne Byakuya en se levant à son tour.

Sa voix laisse transparaître de l'inquiétude. J'affiche un léger sourire avant de l'embrasser tendrement.

-Dînes avec ta sœur, ne t'en fais pas pour moi. Tu me retrouveras dans le lit. Bonne soirée Rukia, dis-je poliment à l'encontre de la troisième personne présente.

Je laisse la famille Kuchiki entre eux, pour aller me réfugier dans notre chambre conjugale. Le kimono que je porte se retrouve au sol et je me glisse dans les draps frais. Peu de temps après, je sens le corps de Byakuya se lover contre moi, j'apprécie son étreinte quand je tombe enfin de sommeil.

Il n'est pas loin de vingt trois heure lorsque la faim me gagne. Je quitte aussi doucement que possible le lit pour me faufiler jusqu'aux cuisines. J'avance à pas de loup, ne souhaitant pas me faire repérer.

-Yoruichi ? S'étonne Byakuya en ouvrant les yeux alors que j'atteins la porte.

Je me retourne, lui faisant face, les mains de le dos. Prise en flagrant délie.

-Oui ?

-Que fais-tu ?

-J'allais chercher quelques choses à manger, je ne parviens pas à dormir.

Byakuya m'observe quelques secondes avant d'enlever les draps et de quitter le lit. Il attrape un kimono et l'enfile en s'adressant à moi.

-Tu souhaites que je te prépare une infusion ? Grand Pa' m'a appris une recette qui fonctionne à tous les coups.

Étonnamment, il ne me réprimande pas... Pas comme avant ... A l'époque il n'étais pas envisageable de manger en dehors des repas. Il se place à mes côtés, m'attrape la main, et me traîne avec lui dans les cuisines. Alors que nous avançons en silence dans les couloirs vides, j'observe mon époux. Je constate qu'il a drôlement changer ses dernières semaines. Byakuya est joyeux, je retrouve peu à peu l'homme qui était avec moi en lune de miel... Les quelques domestiques présents disparaissent sur ordre du maître de maison. Je m'appuie sur un des meubles pendant qu'il fouille dans le placard en me demandant ce que je souhaite avaler. Rukia apparaît au moment où je m'apprête à lui répondre. Elle s'étonne de notre présence ici.

-Les domestiques peuvent vous servir, explique-t-elle.

-J'ai envie de faire plaisir à ma femme, donc je vais le faire moi même. Alors que veux-tu ? Demande-t-il en se tournant une fois de plus vers moi, laissant sa sœur bouche bée.

Je reste aussi scotcher que ma belle sœur un instant. Mais je me reprends vite en souriant.

-Tu veux bien me faire un sandwich s'il te plaît ? Demandé-je en lui faisant les yeux doux.

Il me regarde quelques secondes avant de raccourcir l'espace entre nous, pour me rejoindre.

-Avec plaisir, répond-il en déposant un baiser rapide sur mes lèvres. Vas t'asseoir, m'ordonne-t-il en ignorant le regard surpris de sa sœur. Tu souhaites du jambon, salade dedans ?

-Non, plutôt de la confiture de poire dedans ! Ou bien du chocolat si il n'y en a pas.

Byakuya s'attelle à la tache puis pose une assiette devant moi, avant de se tourner et de s'en faire un à son tour. Rukia lève les yeux au ciel avant de disparaître. Un silence confortable s'installe alors que nous dégustons notre petit plaisir.

-C'est bon en fait, finit par dire Byakuya en terminant son sandwich.

Il prend notre vaisselle avant de la mettre dans l'évier. Nous retournons dans notre chambre à coucher.

Alors que je me glisse dans le lit, il me rappelle que le lendemain soir, il y a une réception pour les fiançailles d'un de ses cousins.

-Tu seras présente ? S'interroge-t-il en se glissant à mes côtés sous la couverture.

-Bien sûr, tant que je suis avec toi. Au fait, l'aile Est du manoir est en réparation ?

-C'est pour Rukia et Renji... commence-t-il.

Lorsqu'il remarque que j'ignore de quoi il parle, il continue son explication en me serrant contre son torse. Je laisse mes doigts vagabonder sur sa peau l'écoutant attentivement.

-Rukia et Renji vont vivre ensemble une fois leur union officialisée mais Rukia ne souhaite pas quitter le manoir et Renji ne veut pas habiter dans le couloir au bout de notre chambre.

-Comme ça, rajouté-je pour être sûre d'avoir bien compris son sous entendu. Eux ils auront leur intimité et ta sœur reste sur le domaine ?

-Exact. Cela ne te dérange pas ?

-Non.

Son corps se détend, comme si ma réponse l'angoissait. J'apprécie Rukia, c'est une personne gentille qui ne veut que le bien de son frère. Elle est juste trop protectrice et trop conservatrice … Elle n'aime pas lorsque les choses changent...

-Rukia ressemble beaucoup à Hisana en vieillissant, murmuré-je posant ma tête contre lui.

Une main serre la mienne, mais sur le moment, je ne m'en rends pas compte.

-Si dans tes rêves les plus fous, tu pouvais faire revenir Hisana, tu le ferais ?

J'arrête mes caresses pour lever la tête. Nos yeux se croisent mais il ne répond pas. Il me fixe. La peine est inscrite sur son visage. Il l'a perdu beaucoup trop tôt. Eh merde … Pourquoi faut-il que je pense à voix haute ?

-Je l'aimerai toujours Yoruichi, finit-il par dire. D'une manière différente de toi mais elle sera toujours dans mon cœur. Alors oui, si il était possible qu'elle revienne, je n'hésiterais pas... Pas une seule seconde... Cela ne veut pas dire que je ne tiens pas à toi, rajoute-t-il devant mon silence.

Je lui adresse un sourire rassurant. Jamais je ne l'ai pensé. Ma question n'était pas faite pour lui tendre un piège. L'idée m'était juste venue en tête et la question est sortie avant que je ne réagisse. Sa réponse ne fait qu'accroître mes sentiments pour lui. Elle me confirme dans l'idée que c'est un homme bien, qui mérite d'être heureux.

-Je t'aime Yoruichi, murmure-t-il en me surplombant.

Il se glisse entre mes jambes avant de répéter ses mots d'amour et de me le prouver.

o-o-o-o-o

Le lendemain matin, j'ai la surprise de voir Grimmjow et Shirosaki débarquaient à la seconde division. Ils m'apportent quelques papiers où je dois apposer ma signature.

-Maman aimerait bien te voir ma chère, me signale l'albinos en s'appuyant sur mon bureau. Cela fais plusieurs semaines que tu n'es pas venue. D'ailleurs, nous aussi nous ne te voyons pas. Tu expliqueras à ton cher mari que nous souhaitons aussi profiter de ta présence.

-Yoruichi, il faut … Excuses moi, je ne savais pas que tu étais occupée.

Ils se saluent poliment puis Byakuya dépose lui aussi un dossier sur mon bureau. Il repart aussi vite qu'il est apparut. Shirosaki affiche un sourire en coin en faisant tourner un crayon dans ses mains. Grimmjow est aussi étrange que lui. Ils me fixent sans un mot.

-Quoi ?! Dis-je en levant les yeux au ciel. Dis moi ce que tu penses, cela m'évitera des heures et des heures avec ce sourire pervers sur ton visage.

-Je parie que le dossier est vide, affirme le gars aux cheveux bleu installé sur le fauteuil.

Il l'attrape avant que je ne puisse réagir. Bien entendu, il ne contient rien. Je le savais. N'ayant pas vu Byakuya au réveil ce matin, je me doutais qu'il passerait me voir dans la matinée, mais je n'avais pas prévu la présence de mes deux amis.

-Vous êtes plutôt chaud ses derniers temps. Il paraît que le capitaine est distrait dans son boulot ses derniers temps. Renji ne sait plus où donner de la tête, plaisante-t-il.

Je me lève, une rougeur apparaissant sur le visage et reprends le dossier vide, avant de le lancer sur le bureau. J'enlève mon haori de capitaine et le laisse traîner sur la chaise. Je leur propose une promenade dans un quartier calme. Ils acceptent volontiers. Il sera plus agréable de discuter ailleurs que dans mon bureau.

Alors que nous avançons sur les chemins arborés, Shirosaki plaisante sur ma vie sexuelle active. Grimmjow, lui, se fait plus discret. Étonnant, parce que d'habitude il me charrie autant que son partenaire.

-Bon blague à part, Man' te convie ce soir chez elle pour un dîner en famille. Tu en fais par à ton cher et tendre mari et tu ramènes ton cul. C'est important.

-Que peut-il y avoir de si important ? Demandé-je en m'arrêtant net.

Les deux amants se regardent à tour de rôle sans un mot. Puis ils se sourient.

-Ce soir, nous allons officialisé nos fiançailles.

Je saute de joie en l'apprenant. Depuis le temps ! Je leur précise que je serais là et que je m'arrangerais pour que Byakuya soit présent aussi. Nous nous quittons une heure plus tard. Byakuya m'attend au bord de l'étang de carpes pour déjeuner. Une couverture est étalée sur le sol et de petits plats rapide ont été disposé dessus. Nous déjeunons tranquillement en discutant de la soirée. Je lui explique que nous sommes invités chez Mazaki et je lui indique ma préférence … me rendre auprès de la famille Kurosaki. Après une brève réflexion, nous décidons de nous rendre sur Terre. La soirée sera beaucoup plus intéressante pour nous.

Byakuya et moi avons flâné toute l'après midi à Karakura. Nous avons fais l'école buissonnière comme il faut. Nous aurons sûrement le droit à une remontrance de Papy Yama, mais Byakuya s'en moque. Il n'a jamais été aussi vivant, ni souriant ! Ce n'est que vers dix huit heure que nous nous sommes rendu chez Mazaki. La maîtresse de maison nous accueille avec son immense sourire. Elle me prend dans ses bras comme Yuzu ou Karin.

-Mazaki, intervint Isshin en la prenant par les épaules. Laisses la respirer la pauvre. Elle n'a même pas encore enlevé son manteau.

Je me mets à rire doucement alors qu'elle consent enfin à me lâcher. Mazaki nous traîne dans le salon. D'autres membres de la famille Kurosaki nous attendent. Karin et Yuzu sont en pleine conversation avec Orihimé. Grimmjow se trouvent avec les deux jumeaux. Lorsque Byakuya aperçoit Ichigo, ce dernier vient se placer derrière moi et m'enlace. Il voit d'un mauvais œil la présence du rouquin mais il sait pertinemment qu'il ne s'est jamais rien passé avec lui.

-Eh Kuchiki, laisses là nous un peu, tu en profiteras cette nuit, lance Shirosaki en s'avançant vers nous tout en lui faisant un clin d'œil.

Je lève les yeux au ciel alors que l'étreinte de mon cher mari se ressert un peu plus autour de ma taille.

-Byakuya, soufflé-je essayant de calmer la tension qui grandit en lui. Il n'y a que toi que j'aime.

Ses mains s'écartent de moi. Je commence à m'approcher de mon collègue lorsqu'il m'attrape par la main. Je me tourne surprise vers lui. Seulement il ne me laisse pas le temps de dire quoi que se soit. Il écrase passionnément ses lèvres sur les miennes. Les conversations autour de nous se stoppent mais je n'y prête plus attention. Tout ce que je remarque c'est mon mari et sa petite crise de jalousie.

Je finis par le repousser doucement pour l'abandonner sur place. Il est peut être possessif, mais il ne m'empêchera pas de profiter de mes amis pour la soirée. Shirosaki me traîne avec lui jusqu'au canapé. Alors que j'approche, Ichigo regarde Byakuya, puis moi, avant de se décider à m'enlacer amicalement.

-Juste pour le plaisir de le faire râler, me murmure-t-il à l'oreille avec le sourire.

Je lui rends son sourire en saluant Orihimé. Kazui vient à ma rencontre avant de repartir aussi vite, sa console dans les mains.

La soirée se passe pour le mieux. Grimmjow et Shirosaki sont au centre de l'attention. Ils nous expliquent les préparatifs et le lieu de leur futur union. C'est peu avant le dessert que la sonnette de la maison retentit, stoppant les conversations. Isshin et Mazaki s'observent et la maîtresse de maison se lève de table.

La voix de Rukia résonne faiblement dans l'entrée.

-Vraiment, je suis confuse de venir vous déranger à cette heure-ci.

-Ce n'est rien Rukia, rassure Mazaki alors qu'elles pénètrent dans la salle à manger.

Byakuya et moi même levons la tête, surpris vers la nouvelle arrivante. Elle est beaucoup plus pâle qu'à son habitude.

-Nii ... Nii-sama, pourrais-je vous parler s'il vous plaît ? C'est très important, murmure-t-elle en triturant ses doigts.

Puis elle me jette un coup d'oeil avant de baisser la tête. Qu'est-ce qu'il se passe ? Sa démarche est différente de d'habitude, elle semble incertaine. Même Byakuya qui sait rester stoïque en toute circonstance fronce les sourcils.

-Excusez moi.

Byakuya pose ses couverts avant de se lever pour rejoindre sa sœur. Il l'entraîne dans la cuisine pour être au calme. Les conversations reprennent mais je n'y suis plus. Le regard de Rukia, on aurait dis qu'elle était triste et heureuse en même temps. Quelques minutes plus tard, Rukia apparaît dans le couloir suivi de Byakuya. Lorsque je comprends qu'ils comptent s'absenter, je me lève et les rejoints.

-Bya ! Appelé-je en fermant la porte de la salle à manger. Il y a un soucis ?

Le frère et la sœur se regardent en silence. Rukia ne répond pas, elle reste simplement planter là, dans ce couloir, la main sur la poignée. Byakuya, lui, finit par se tourner vers moi. Il a le même regard que Rukia tout à l'heure. L'angoisse monte en moi.

-Il faut que je rentre. Rukia vient de m'apprendre que …, commence-t-il avant de se taire de nouveau. Il faut que je vérifie ses informations Yoruichi, le plus rapidement possible.

-Il s'est passé quelque chose de grave ? Demandé-je en m'approchant de lui, glissant mes doigts dans les siens.

Il ferme les yeux, savourant le contact que nous avons. Quand il les rouvre, son visage est fermé, avant de se pencher doucement vers moi et de m'embrasser. Lorsque nos lèvres se touchent, l'inquiétude me gagne. Ce baiser fait naître en moi une douleur ... une douleur inconnue et désagréable. Jamais en étant proche de lui, je n'avais ressenti un aussi grand malaise. Il m'embrasse comme s'il n'en aurait plus jamais l'occasion.

-Profites du dimanche chez Mazaki, nous nous retrouvons demain.

Il s'éloigne de moi, emportant une partie de mes certitudes avec lui.

-Je t'aime, prononcé-je alors en faisant un pas vers lui.

Mais lorsque Byakuya se tourne une dernière fois vers moi, je reste où je suis. Il me lance un regard tellement triste que mon cœur se brise en deux. Il me quitte sans un mot.

Je reste quelques secondes en fixant la porte maintenant close. Mes yeux deviennent légèrement humide sans que je ne sache pourquoi ... Un sentiment de malaise me gagne ... Qu'a bien pu lui raconter Rukia pour qu'il parte de la sorte ? Que se passe-t-il ? Je n'ai pas le temps d'en réfléchir que Mazaki me retrouve.

-Tu vas bien chérie ? me demande-t-elle gentiment en me prenant par les épaules.

Pour toute réponse, je hausse les épaules et la suit docilement retrouver la famille.

La fin de la soirée se déroule sereinement, même si le départ précipité de Byakuya me laisse incertaine, j'essaye d'en profiter. Tard dans la nuit, une bonne partie de la maison dort. Moi je suis encore debout, vêtue d'une chemise à Byakuya. Assise dans le canapé entre Shirosaki et Ichigo, je les regarde s'affronter à la console, une cuillère de glace au chocolat dans la bouche.

-Arrêtes de manger chef, tu prends du poids, me déclare l'albinos en piochant dans un paquet de chips. Surtout au niveau de là.

Il pose sa main sur mon ventre après avoir posé la manette de jeu.

-Il est grand temps que cette mise à pieds soit finie, je reprendrais le sport, lancé-je désinvolte en continuant d'avaler mon petit plaisir.

-Tu es sûre que ce n'est pas le sport de chambre qui a eu un effet sur toi ? S'enquiert Ichigo en s'affalant dans le canapé.

-Racontez pas de conneries tous les deux, marmonné-je en piochant une nouvelle cuillère de glace.

La maternité m'a été refusé il y a plusieurs années maintenant, eu-je envie d'expliquer mais je me contente de terminer mon dessert sous leurs regards perplexe. Je les abandonne un quart d'heure plus tard pour aller me coucher. Juste avant de m'installer dans le lit, je passe devant la glace de salle de bain. J'ouvre ma chemise et regarde mon ventre. Il est aussi plat que d'habitude. C'est rassurée que je tombe de sommeil.

Au réveil le lendemain, je n'ai toujours aucunes nouvelles de mon mari. Je l'appelle mais la messagerie me répond. Je raccroche sans laisser de message et pars rejoindre Mazaki dans la cuisine. Elle fait des gaufres.

-Qu'est-ce que cela m'avait manqué ! M'exclamé-je en l'embrassant sur la joue. De bonnes gaufres maisons !

-Tu as bien dormi chérie ?

Elle m'adresse un de ses immenses sourires pendant que je me sers un café bien chaud.

-Très bien ! Cela faisait plusieurs jours que je n'avais pas dormi aussi bien !

Ma maman de cœur dépose devant moi une assiette avec des gaufres recouvertes de confiture de poire maison. Je grimace alors que l'odeur de la garniture me retourne l'estomac.

-Tu n'aimes plus la confiture de poire ? S'étonne-t-elle alors que la nausée me gagne.

Je repousse l'assiette sans répondre. Avec le sous entendu des jumeaux hier soir, instinctivement, ma main se place sur mon ventre. Je sers la chemise. Ce n'est pas possible, les dés du destin ont été jeté il y a plus de sept ans. Ce jour-la, la réponse était bien inscrite. Elle ne peut changer avec les années, cela ne sert à rien d'espérer.

-Tiens chérie ! me dit-elle en déposant un test de grossesse juste sous le nez. Au pire, cela ne te coûte rien d'être sûre, rajoute-t-elle alors que j'ouvre la bouche pour la contredire.

Mes mains tremblent légèrement alors que j'attrape la boîte devant moi. Même si je connais la réponse, j'angoisse de voir apparaître le résultat. Savoir une fois de plus que je ne peux pas avoir d'enfants … Je me persuade que ce n'est pas grave et me rends à la salle de bain. L'attente est rapide et je retrouve Mazaki dans la cuisine quelques minutes plus tard.

-Comment tu as su Mazaki ? Demandé-je le test dans les mains, surprise par le résultat.

-Il suffit d'être observatrice chérie et puis … Je t'ai élevé pendant trois ans, rajoute-t-elle en me faisant un clin d'œil. Allez viens, allons voir Isshin ! Lance-t-elle enthousiaste.

Le médecin de la clinique lève la tête vers nous étonné de nous trouver devant sa porte de si bon matin.

-Il serait possible de faire une écho ? Demande Mazaki en s'approchant de son époux.

Il me fixe encore plus surpris que quelques minutes plus tôt. Puis il me sourit en fixant le test que je tiens entre mes doigts.

-Bien sûr, allez installes-toi j'arrive.

Isshin m'indique le siège où m'allonger alors qu'il prépare une machine et du gel. Il me demande de soulever légèrement ma chemise avant d'appliquer le gel gelée sur mon ventre. Il allume la machine ne me prêtant plus d'attention. Après quelques minutes d'attente, un léger 'bip bip' régulier retenti. Isshin explique que c'est le cœur du bébé que l'on entend et il me montre sur l'image une sorte de petit têtard au centre, il s'agit du fœtus à huit semaines.

-A deux mois ? M'étonné-je en fixant l'écran. Deux mois …

Nous allons avoir un bébé ... Je ne réalise pas ... Alors que l'on m'a annoncé une infertilité et maintenant, cela fais deux mois que j'ai un petit être dans le ventre ... Quand Byakuya va être au courant, il sera fou de joie !

-Il est possible d''avoir une photo Isshin ? Dis-je souriante.

-Bien sûr, attends je finis de voir si tout va bien, et je te le fais.

Je rêvasse alors qu'Isshin observe attentivement l'écran. Ce n'est qu'après de longues secondes que je remarque qu'il ne sourit plus, qu'il est concentré.

-Il y a un soucis Isshin ?

-Tout d'abords, félicitation chérie, tu es bien enceinte. Tu en es à huit semaines aménorrhées. Par contre, rajoute-t-il sérieux, il va falloir que tu restes tranquille au moins pendant deux mois et que tu limites tes activités physique. La membrane qui le maintient à ton utérus n'est pas aussi épaisse qu'elle le devrait, elle a un aspect très fragile. Il ne faut pas qu'elle se décolle. Donc pas de sports, ni avec tes entraînements ni avec ton cher mari ! Et surtout évites les trop grosses émotions. Pour le reste des examens, je vais t'envoyer voir un confrère, il est spécialisé en grossesse chez les shinigamis.

Après son petit speech, il me tend mon dossier avec toutes les mesures qu'il a prise et en gros plan, une échographie bien net de mon bébé. Un bébé ! Il me tend ensuite un autre papier sur lequel est inscrit le nom et le numéro de téléphone d'un de ses collègues. Une sonnerie retentit dans la pièce indiquant la présence d'une personne dans la salle d'attente du docteur.

-Prends rendez vous assez vite chérie, cela sera plus tranquillisant pour toi.

Nous partons non sans avoir remercier Isshin avec un grand sourire.

Plusieurs personnes se trouvent dans la cuisine lorsque nous sortons du bureau d'Isshin une heure plus tard. Je tiens fermement le dossier contre moi, alors que Mazaki retourne à la cuisson de ses gaufres. Son sourire équivaut le mien. Nous sommes toutes les deux enchantées par la nouvelle et moi, je n'ai qu'une hâte : aller l'annoncer à Byakuya. Il va être fou de joie ! Un bébé ! Qui l'aurais cru ?

-Bon je te dois trente balles, marmonne Shirosaki en s'installant à mes côtés.

-Tu m'offriras le resto la prochaine fois mon cher frère ! S'exclame Ichigo en m'attrapant par les épaules.

-Vous avez parié quoi ce coup-ci ?

-Sur toi ! Nous voulions savoir au bout de combien de temps tu découvrirais ta grossesse, me répond Ichigo tout sourire. Shiro pensait que tu ne l'étais pas et moi au bout de trois mois.

Je lève les yeux aux ciel en leur répondant que personne n'a gagné, je ne suis qu'à deux mois. J'avale mon déjeuner avec les garçons qui sont de bonne humeur. D'ailleurs, l'humeur reste bon enfant jusqu'à l'heure du goûter. Nous sommes restés tranquille dans le jardin toute l'après midi. Il n'y a que Shiro qui a été appelé à la seconde division.

Il nous retrouve alors que j'avale une énième gaufre. Son visage est maussade. C'est moi qu'il fixe de cette façon. Sur le moment, je me demande si Papy Yama ne l'a pas enguirlandé à ma place mais cela ne lui ressemblerait pas.

-Il faut que tu rentres, tu es demandée en réunion.

Sa mauvaise humeur ne m'atteint pas, je continue de sourire. Comment pourrais-je passer une mauvaise journée avec la bonne nouvelle ? J'embrasse sa mère, je salue Ichigo et je le suis jusqu'à la Soul society.

-Yoruichi, je suis là si tu as besoin, m'annonce-t-il juste devant la porte de la salle de réunion.

Surprise, j'acquiesce d'un signe de tête avant d'ouvrir la porte. Plusieurs personnes sont présentes dont mon mari. Je m'avance en souriant vers lui, mon dossier médical dans les mains puis je m'arrête net. Le sol s'effondre sous mes pieds me faisant tomber dans un abîme sans fin.

-Nous t'attendions mon enfant, entendis-je vaguement de la part du grand père de Byakuya.

Mais je ne l'écoute pas, je ne le vois pas. Tout ce que mon cerveau remarque est la femme qui se trouve en face de Byakuya. La copie conforme de Rukia. Sa défunte sœur. Hisana. Ils discutent ensemble, ils ne m'ont pas remarqué. Je n'entends pas leur discussion mais ils ne m'ont pas l'air d'accord. Je m'avance machinalement vers eux, tendu. Elle est vivante … Après toutes ses années, elle avait seulement disparu … Quand est-elle revenue ? Depuis combien de temps est-elle présente ? Depuis quand le sait-il ? Pourquoi est-elle là ? Toutes ses questions se bousculent dans ma tête alors que mes pas me mènent à eux.

-Byakuya, s'il te plaît, ne fais pas ça. Ce n'est pas la peine.

-Penses-tu que j'ai réellement le choix Hisana ? Ce n'est plus de mon ressort et ...

Se sentant observer, Byakuya lève la tête et croise mon regard. Il s'arrête net de parler. Il me fixe comme la veille au soir. Il est heureux et tellement triste à la fois. Il semble tirailler entre deux émotions.

-Yoruichi, je... commence-t-il.

-Yoruichi !

Je sursaute ... C'est ma grand mère qui m'appelle. Elle doit être plus qu'enchanter par la situation. Machinalement, je me tourne vers elle, quittant enfin Byakuya des yeux. Elle m'attrape le bras me forçant à la suivre... Me forçant à m'éloigner de mon amour, m'empêchant de comprendre la situation … Elle m'amène près des anciens. Ils sont réunis autour d'une table avec différents papiers devant eux, parmi eux, ceux du divorce...

Ils discutent en ma présence sans me demander mon avis. Ma grand mère veut réparation pour le préjudice qui a lieu, mais moi, je ne veux rien ... Ni maison, ni argent ... Juste mon mari... L'homme que j'aime... Je me fous de tout tant que lui, il reste ...

-En sept ans, il n'y a pas eu de descendances, une simple annulation suffira, annonce un des hommes présents. Il te suffit d'apposer ta signature ici, m'indique-t-il en me montrant une case vide.

Je prends la plume que l'on me tend. Il suffit que je signe et tout disparaîtra... Comme si rien de tout ceci n'avait existé... Comme si notre union n'avait jamais eu lieu... C'est comme ci notre amour n'était que du vent à leurs yeux... Tant que cela les arrange ! Ils se moquent des sentiments des gens !

-Mademoiselle Yoruichi, s'il vous plaît.

Je lève la tête pour remarquer qu'Hisana se trouve juste en face de moi. Elle a l'air tellement désolé pour moi.

-Ne prenez pas cette décision en hâte, je vous en prie.

Sa voix est si douce, si calme. C'est une personne bien qui ne souhaite pas que Byakuya sacrifie sa vie actuelle pour elle, mais lui, il a déjà choisi ... Il a choisi dès l'instant où elle est réapparue… Sinon, il ne serait pas parti à la va vite hier soir.

Un sourire amer s'affiche sur mon visage. C'est pour cette raison qu'il s'est absenté hier ... La raison qui l'a poussé à partir se trouve devant moi ... Byakuya vient se poster face à moi alors que j'attrape de nouveau la plume et que je signe, pas l'annulation du mariage, cette union a bien existé ... mais des papiers qui se trouvent juste en dessous... Ceux du divorce, ceux qu'il avait consenti à signer juste avant nos retrouvailles ...

-Finalement je l'aurai obtenu ce divorce, dis-je en m'adressant à mon ex-mari en apposant ma signature sur les papiers. Cela ne fais pas trois mois.

-Yoruichi … murmure Byakuya.

Il pose sa main sur la mienne, mais je ne veux pas qu'il me touche... Non je refuse ! Alors qu'il lui suffisait de me parler ! Nous en aurions discuté, je n'aurai pas été mise devant le fait accompli ... Je la recule d'un geste brusque. Il ne tente rien de plus, reprenant son attitude froide. Je respecte la décision qu'il prend mais je le déteste de la choisir elle plutôt que moi ! Je suis tellement en colère ! Et en même temps, mon cœur se brise … Il le brise une fois de plus... En respectant l'homme qu'il est...

Ne parvenant plus à rester dans la pièce, je la traverse aussi rapidement et dignement que possible, sans jeter un regard à quiconque, contemplant uniquement la porte vers laquelle je me dirige.

Mon ami m'attend adossé au mur en face. Il s'attend sûrement à ce que je m'écroule mais il n'en ait rien. J'ai d'autres préoccupations à l'heure actuelle... Tellement plus importante !

-Shiro, dis-je à voix basse. Tu peux aller chercher ton père s'il te plaît. Et l'amener la seconde division.

Il ne comprend pas ma demande jusqu'à ce qu'il remarque que j'agrippe ma chemise. La douleur à mon ventre est apparue lorsque je me suis avancée vers la table... Et depuis, elle n'a fais qu'accroître. Il disparaît en l'espace d'une seconde me laissant seule. Je me rends en shumpo jusqu'à mon bureau. Je parviens à m'appuyer dessus alors que mes genoux touchent le sol, et que du sang coule le long de mes jambes. Les larmes commencent à couvrir mon visage. L'inévitable est arrivé...

Isshin m'avait prévenu … Pas d'émotions forte … Mais comment... Comment diable aurais-je pu imaginer le retour d'Hisana après toutes ses années ... Elle qui est morte il y a plus de dix ans ... Et l'épilogue de notre union à Byakuya et moi ? Comment aurais-je pu imaginer tout perdre le même jour ? La porte s'ouvre doucement puis elle claque contre le mur.

-Yoruichi ! Crie Renji en entrant dans mon bureau, alors que je m'écroule au sol.

o-o-o-o-o-o

Le 'bip' régulier retentit à mes oreilles. Ce son me signale que je suis en vie... même si je préférerais ne pas l'être... Les larmes commencent à perler au coin de mes yeux clos.

Si je me trouve dans une chambre d'hôpital, cela veut dire que j'ai perdu le bébé... Qu'il n'est plus là... Qu'il ne me reste plus rien de Byakuya... Ni enfant, ni l'homme que j'aime... Que j'ai aussi perdu... Tout ce qui était important dans ma vie vient de disparaître en l'espace d'un instant ... Je sanglote dans mon coin lorsque je sens une présence près de moi. Mazaki me serre contre elle, alors que je reste immobile... à me laisser aller à ma peine...

Il m'aura fallut une semaine pour accepter de sortir du lit. Isshin m'a expliqué qu'ils m'ont trouvé avec Shiro à la seconde division dans les bras paniqués de Renji. Byakuya lui avait ordonné de me suivre pour être sûr que j'aille bien... Une attention plutôt gentille de l'homme qui venait de briser mon cœur...

Renji est passé prendre de mes nouvelles. Son supérieur ignore ma fausse couche, il ignore même que j'étais enceinte, puisse qu'après avoir signé les papiers du divorce, Isshin n'était plus tenu de l'en informer, et Renji est dorénavant tenu au secret médical. Enfin, c'est la version officielle. Disons plutôt que c'est Mazaki qui lui a ordonné de se taire... Cela ne le regarde pas... C'est à moi de lui dire la vérité ou bien de la lui cacher...

Mazaki a tenu à m'avoir auprès d'elle une semaine de plus, pour m'avoir à l'œil... Mais j'ai passé mon temps le nez dans le boulot qui s'était accumulé... Cela me permit d'ignorer la douleur qui comprime mon cœur... D'enfouir la peine et la colère qui se trouvent en moi... De ne pas réfléchir... Bien entendu, ma maman de cœur n'est pas d'accord... Et elle a raison... Mais pour le moment, je ne suis pas prête à faire mon deuil... Je ne suis pas prête à accepter la fatalité qui m'a frappé...

Je rentre chez moi pour la première fois depuis deux semaines. En poussant la porte, le silence me répond. Un silence pesant... Byakuya n'est pas là pour m'accueillir comme il le faisait avant... Il n'y a pas de plat qui mijote, ou bien de lampe du salon allumé alors qu'il lit un énième roman... Il n'y a personne qui m'attend, et... il n'y aura jamais personne qui m'attendra...

o-o-o-o-o-o

-Yoruichi ! Hurle Shirosaki en poussant la porte de mon bureau alors que je baille pour la dixième fois depuis ce matin. Tu devrais déjà être en réunion depuis vingts minutes !

-Baisses d'un ton s'il te plaît, marmonné-je alors que je m'affale au fond de mon siège en fermant les yeux.

Le soleil est trop vif ce matin, et sa voix … Vraiment trop forte pour mes oreilles...

-Tu as bu ? Me demande-t-il suspicieux en s'approchant de moi. Combien de verres as-tu descendu hier soir ? Rajoute-t-il devant mon absence de réponse.

-Je n'ai pas pris le volant, dis-je pour ma faible défense. C'est Grimm qui est venu me chercher.

C'est comme ci je venais de rajouter de l'huile sur le feu. Mon collègue voit rouge en l'espace d'une seconde.

-C'est pour ça qu'il s'est absenté à trois heures du mat' ?! S'emporte-t-il en claquant ses mains sur le bureau. Putain Yoruichi ! Je veux bien te couvrir mais là, ça suffit ! Cela fais un mois ! Il faut que tu te reprennes en mains ! Tu repars chez toi, et tu décuves ! Et par pitié Yoruichi, dors un petit peu, tu as une tête de zombie.

Je ne trouve rien à lui redire. Il a tout à fais raison... Déjà un mois depuis que j'ai repris le boulot... Un mois et demi depuis ce jour maudit... Mais je n'y arrive pas... Je ne parviens pas à sourire, je n'arrive pas à me concentrer sur mon travail... Cela ne quitte pas mon esprit... A tout moment de la journée, je pense à eux... Ceux qui sont parti... Je n'ai pas revu Byakuya et il n'a pas essayé de me contacter... Il n'est pas passé me voir à la maison, et je ne suis pas retournée au manoir chercher mes affaires... Et puis le bébé... Cela ne faisait pas longtemps que j'étais au courant, mais rien que de savoir qu'il était là m'avait rempli d'une joie si immense... Si intense mais si courte... Un arrêt si brutal...

Après l'intervention de Shirosaki, qui m'a fais porté malade une fois de plus auprès d'Herman, j'ai dormi toute la journée. Ce n'est qu'aux alentours de dix huit heure que j'ai eu le plaisir d'avoir la visite de Grimmjow. Il semblerait que Shiro s'inquiète pour moi, malgré son coup de gueule du matin.

-Il faut que tu parles à quelqu'un Yoruichi, me suggère le gars aux cheveux bleu. Un psy, un ami, une personne de confiance. Il faudrait aussi que tu en parles à ton mari. Cela te permettrait d'avancer.

-Ex-mari, corrigé-je en serrant ma tasse de café un peu plus.

-C'est pour ça que tu portes encore ton alliance, m'indique-t-il en me le faisant constater.

Il se lève sans plus de cérémonie, pose son verre sur la table basse avant de partir sans un mot de plus.

Lorsqu'il ferme la porte, le calme imprègne de nouveau le lieu... Il règne en maître de nouveau... Et une fois de plus, le maître des lieux devient mon cauchemar et il parvient à me chasser de chez moi...

-Un whisky s'il vous plaît, demandé-je poliment au serveur en lui montrant mon verre vide.

Ce dernier laisse ses clients et vient à ma rencontre. Tout en essuyant un verre, il s'adresse à moi, attrapant mes clefs de voitures au passage, poser sur le comptoir.

-Vous devriez appeler un ami pour qu'il vienne vous chercher. Je pense que vous avez assez bu...

Stupéfaite, je fixe l'heure. Il n'est que minuit. J'ai largement le temps de boire un verre ou deux... Mais face au visage sérieux, j'attrape mon portable, et contemple la liste de mes contacts. Shirosaki et Grimmjow... Je risque de me faire tuer... Mazaki et Isshin... Je ne souhaite pas les inquiéter. Ichigo est à l'autre bout de la ville... Le reste est à la Soul society et le temps qu'ils arrivent, ce sera le matin... Je pousse un juron alors que je suis obligée d'appeler la dernière personne qu'il reste. D'ailleurs, il ne tarde pas à venir. Lorsque le serveur le voit venir à moi, il s'approche de nous.

-Bonsoir, vous la connaissez ? S'interroge-t-il en nous observant.

Pour confirmer qu'il s'agit bien d'un ami, l'homme qui me tient compagnie fait sonner mon téléphone. L'employé consent à lui donner mes clefs de voiture et à nous laisser partir.

Le trajet se fait dans le mutisme le plus total. Il ne se renseigne pas, et ne m'adresse pas la parole, il attend que je parle mais je n'en ai pas envie... Le seul son qui se fait entendre est un soupir lorsqu'il coupe le moteur de la voiture. Je le suis sans discuter jusqu'à chez lui. Il entre et c'est à ce moment là qu'une jeune femme sort de chez lui.

-Tout s'est bien passé ? déclare-t-il à voix basse dans le couloir.

-Oui, bien sûr. Elle dort depuis vingt et une heure. Je viens d'aller lui remettre sa couverture.

-Merci beaucoup Ana, je finirais plus tôt demain.

-D'accord, vous m'enverrez un message si cela change.

La jeune femme nous salut poliment avant de disparaître aussi rapidement que cette conversation. C'est vrai qu'il travaillait en début de soirée. Il venait de terminer son service lors de mon appel. Eh merde... Je n'y avais pas pensé...

-Vous comptez rester dehors ? S'impatiente mon hôte la porte grande ouverte.

Je me faufile jusqu'à l'intérieur, confuse. Je ne réfléchis à rien ce soir...

-Pardon, fut le premier mot que je prononce.

Alors qu'il accroche sa veste au porte manteau il me regarde intensément. Je ne saurais dire à quoi il pense mais je crois qu'il étudie mes réactions... mon état peut être ?

-Mettez vous à l'aise, je reviens, je vais voir Lily.

Et il me laisse là, dans l'entrée. Je lui obéis sagement. Je mets mes baskets à côtés des siennes, et mon manteau au bon emplacement. J'avance dans ce qui semble être le salon. La pièce est impeccable. Les jouets sont dans le coffre, et rien ne traîne.

-Une personne vient faire le ménage ici deux fois par semaines, entendis-je derrière moi me faisant sursauter. Vous avez de la chance, elle est venue cette après midi, plaisante-t-il. Sinon, l'appartement n'est jamais aussi propre !

Il m'invite à le suivre dans la cuisine, me montrant l'appartement par la même occasion. Il est vrai que je n'étais encore jamais venue depuis leur emménagement.

-Merci d'être venu me chercher Stark, dis-je en le regardant droit dans les yeux.

-Pour maintenant, vous pouvez m'appeler Coyote, répondit-il toujours avec le sourire. Un café, une tisane ? Ou bien quelque chose de plus fort ? Un dernier verre ?

Je le vois se diriger vers un placard en hauteur. Il attrape une bouteille ainsi que deux verres avant d'y verser le liquide ambre à l'intérieur. Doucement, il pose la bouteille sur la table et me tend l'alcool. Je le prends sans difficulté, il est préférable d'oublier...

Nous buvons en silence. Il ne me demande pas ce que je faisais là haut, et je n'ai pas envie de donner d'explications.

Il n'est pas loin de deux heure du matin lorsque Stark se décide à se lever. Il m'invite à dormir ici, car pour lui, après les deux verres que nous venons de boire, il n'est pas envisageable que je rentre chez moi. Il me propose son lit et lui, il dormira dans le canapé. Il m'accompagne jusqu'à sa chambre. Au centre se trouve un lit immense, suffisant pour trois adultes. Il allume la lampe de chevet avant de poser un pyjama sur le lit.

-Tu seras plus à l'aise là dedans qu'en jean, me dit-il. Je serais dans le salon si tu as besoin de quoi que se soit.

Alors qu'il s'apprête à attraper la poignée et à sortir, je pose ma main sur la sienne. Il m'observe surpris. Je m'approche encore plus de lui et pose mes lèvres sur les siennes. Lorsque je réalise ce que je fais, je me recule en bafouillant.

-Je ... Vraiment désolée ... Excuses moi, je n'aurai pas dû. C'était déplacée !

Mais au lieu de parler, Stark s'avance vers moi et m'embrasse à nouveau. Un baiser plus poussé, plus passionné que le mien ... Un baiser qui me fait perdre pied... Je lui rends sa passion parce que ce soir, je n'ai pas envie de rester seule ...

Mes mains attrapent le bas de son pull et elles le font passer par dessus sa tête, alors que lui s'attèle à ouvrir ma chemise. Nos lèvres se reprennent avec avidité alors que je l'amène vers le lit.

o-o-o-o-o

Le soleil s'infiltre par les rideaux. C'est d'ailleurs lui qui me réveille. Ouvrant les yeux, je constate que je ne me trouve pas dans mon lit. La décoration m'est totalement inconnue ...

-Eh merde, soufflé-je en me redressant d'un bond constatant que ma mémoire me fait défaut et que je suis en sous-vêtement.

Dans mon malheur, je trouve mes affaires au sol. Je les attrape et les enfile, en essayant de me rappeler le déroulement de la soirée ... Seulement mon esprit est trop embrumée pour pouvoir me dire quoi que se soit... La porte s'ouvre doucement et je lève la tête alors qu'une odeur de café se fait sentir. Stark s'adosse à la porte et m'observe, sa tasse dans les mains. Il ne dit rien et moi ... Je reste là, les mains sur mes cuisses, à le fixer sans rien comprendre ... Au bout d'une minutes à peine, je finis par regarder le sol et par me prendre le visage entre les mains, honteuse d'être la.

Comment ai-je fais pour atterrir ici ? C'est le noir total ... Le court de la soirée ne parvient pas à passer les brumes de mon cerveau ... J'ignore ce qui s'est passé ou bien ce que j'ai pu faire ... D'ailleurs, pourquoi je suis chez Stark ? Comment ai-je fais pour me retrouver ici ? Se serait lui que j'aurais décider d'appeler ?

-Yoruichi ! s'exclame la petite fille en me fonçant dessus, poussant son père au passage. Papa m'a dis que tu n'étais pas bien hier soir, et que tu avais dormi à la maison !

Je l'attrape au vol, surprise.

-Lily, il me semble que tu devais t'habiller, gronde doucement son père, l'école est dans moins d'un quart d'heure. Laisses la se réveiller, tu la verras plus tard.

La petite tête se décale à contre cœur, en faisant une moue boudeuse mais obéit à son père. Elle nous laisse tous les deux seuls dans la pièce. Abrégeant mon supplices, Stark s'adresse à moi sans attendre.

-Il y a du café dans la cuisine, tu viens lorsque tu seras prête.

Et il me plante là, encore plus perdue qu'avant. L'intonation de sa phrase me laisse incertaine. Il semblait content de me voir réveiller et il n'a pas une seule fois utilisé le 'vous' qu'il affectionne tant. Je le rejoins Lily et lui dans le salon. La petite fille se prépare pour l'école. Elle met son manteau et son écharpe puis ses petites ballerines. Elle me sourit en me remarquant.

La sonnerie spéciale Shirosaki résonne de la poche de ma veste, accrochée dans l'entrée. Je la fixe souhaitant que cela s'arrête tout seul, je ne désire pas l'entendre me sermonner une fois de plus ... Surtout qu'aujourd'hui, il aurait tout à fais raison... Comment ... Pourquoi j'étais dans le lit ? ...

-Tu devrais répondre, cela fais déjà trois fois qu'il sonne, m'informe le lieutenant en glissant la dernière brettelle du sac à dos au bras de sa fille.

J'hoche la tête et finis par capituler.

-Oui ? je réponds d'une voix lasse, c'est une conversation que je ne veux pas avoir.

-Je peux savoir où tu es ? Je tambourine à ta porte depuis au moins cinq bonnes minutes ! s'énerve l'albinos au téléphone.

-Pas chez moi, c'est sûr, continué-je sur le même ton.

Il marque un temps d'arrêt. Ce matin, je n'y mets vraiment pas du mien ...

-Yoruichi, il y a une réunion ce matin.

-Encore une, comme tous les jours ...

Nouvelle pause. Sa colère semble s'être évanouie ... Ma voix faiblit sur la fin de ma phrase... Je suis épuisée de me rendre tous les jours au boulot pour faire plus de bureaucratie que de formation ... Cela me fatigue de faire comme si tout aller bien jours après jours ... Comme si j'étais ravie de voir mes collègues ... De faire ce travail ... Je n'en peux plus ... Mes yeux commencent à se remplir de larmes. La carapace que j'ai forgé se brise petit à petit ... Elle n'aura pas tenu longtemps ... Un trouble me gagne. Je lève les yeux que je ne me rappelais pas avoir baissé pour m'apercevoir que Stark me scrute attentivement, en donnant la main à sa fille.

-J'arrive.

Je m'excuse maladroitement auprès de Stark pour cette nuit, même si j'ignore toujours ce qu'il s'est passé. J'embrasse rapidement Lily avant de me sauver dans le couloir, et de fuir ...

Ayant décider d'affronter mon ami, je me rends au travail sans même passer par chez moi. Maintenant, il y a assez d'affaires de travail au bureau. Lorsque je parviens à l'étage, la réunion a déjà commencé. Je m'en contre fiche. Depuis la soirée où nous avons arrêté Schiffer, Herman ne peut plus m'encadrer. Pas qu'il le pouvait avant, mais notre relation a empiré. Une remontrance de plus ni changera rien.

Après une bonne douche, alors que je m'habille convenablement, la mémoire me revient. C'est toute pâle que je retourne dans mon bureau traiter les dossiers qui s'entassent. A peine assise dans le fauteuil, Shirosaki débarque les mains pleines de nouveaux dossiers. Il est manifestement pas très content de mon retard vu comment la porte claque.

-Si je voulais assister à toutes ses réunions, je prendrais ta place ma chère ! Mais j'en veux pas, alors essayes d'arriver à l'heure ! Herman était furieux de ton absence ! Et j'en ai marre de prendre pour toi, d'ailleurs, il aimerai bien te voir ! Il t'attend !

Devant mon manque de réaction flagrant, il me demande si je vais bien.

-J'ai merdé Shiro, murmuré-je en mettant ma tête dans les mains.

Mon ami s'apprête à m'interrogé mais honnêtement il n'en a pas besoin. Il faut que je le dise à haute voix pour en prendre réellement conscience.

-J'ai couché avec Stark.

Avant même qu'il puisse dire quoi que se soit, le principal intéressé passe la porte, avec trois cafés dans les mains.

-Bonjour, capitaine, salut Shiro, un café pour bien vous réveiller ce matin ? lance-t-il en me regardant droit dans les yeux et en les déposant sur le bureau. Vous connaissez le planning pour la journée ? Elle portait sur quoi la réunion ?

Nous sommes incapable de lui répondre. Moi, je ne sais pas quoi lui dire, et Shirosaki est choqué de ce que je viens de lui avouer. D'ailleurs, comment pourrait-il en être autrement ? C'est la seule règle que nous nous sommes fixé avec Shiro, ne jamais passer la nuit avec un collègue, et encore moins avec un subalterne direct. Surtout que c'est mal vu niveau hiérarchie ... Si cela se sait, Herman va se faire une joie de me remettre à pied... Et Stark risque d'être changer de section...

Le téléphone de mon bureau sonne, me faisant sursauter.

-Oui ?

-Dans mon bureau ! MAINTENANT ! BIP BIP BIP ...

Les deux associés me fixent, attendant les ordres. Pour Stark, je lui confie plusieurs recrus et l'envoient faire une patrouille prêt de la gare, loin d'ici. Il me donne les noms de ceux qu'ils emmènent avec lui avant de disparaître. Shirosaki continue de me fixer en silence.

-J'ai pas besoin d'une leçon de morale, je me la fais à moi toute seule, marmonné-je alors qu'il ouvre la bouche. Tu restes dans le bâtiments et tu fais réviser ceux qui ont le plus de mal pour l'examen. C'est Stark qui va faire les exercices à l'extérieur aujourd'hui.

-C'est à se demander pourquoi tiens, lance-t-il nonchalamment.

Je le foudroies du regard mais n'ajoute rien. Bien sûr que je n'ai pas envie de voir Stark de la journée ! C'est compréhensible non ? Après la bourde que j'ai fais, il faut que je réussisse à me mettre les idées au clair, pour savoir quoi lui dire à la fin du service.

-Ce midi, je t'emmène déjeuner, m'informe-t-il en sortant de la pièce. Nous discuterons.

Après avoir pousser un profond soupir, je me rends dans la pièce du chef, prête à me faire passer un énième savon.

Lorsque la lumière de l'étage s'éteint, je constate qu'il est déjà vingt et une heure. Je ne suis pas sortie de la journée. Herman m'a confiné dans le bureau jusqu'à ce que je sois suffisamment à jour pour faire autre chose. Quasiment tout le monde est parti, ils m'ont tous laissé travailler sur ordre d'Herman. Personne ne devait me déranger. Shirosaki est juste venu m'apporter un café et un repas préparé par Mazaki, mais je n'y ai pas touché. D'ailleurs, je n'ai toujours pas faim. Malgré les heures passées sur les dossiers, je n'ai pas réussi à me sortir de la tête les baisers échangés avec Stark. Ce n'est que lorsque je relis la troisième phrase pour la quatrième fois que je me décide à poser mon stylo. Je n'y arrive plus. Cela ne sert à rien. Je fais plus d'erreurs qu'autres choses.

Je m'affale au fond du siège et le tourne vers la fenêtre. La lune est déjà haute dans le ciel, avec les étoiles. Le ciel est si sombre. Je me demande ce que peut bien faire Byakuya à cette heure-ci ... Il cuisine peut être pour Hisana comme il le faisait pour moi ... Cette pensée m'attriste ... J'imaginais être la seule femme pour qui il cuisinerait ... Il ne l'avait jamais fais avant, mais depuis nos retrouvailles, nous passions du temps ensemble à faire des plats simple, à profiter de la présence de l'autre ...

-Bonsoir, entendis-je derrière moi. Je peux entrer ? me demande la voix.

-Bien sûr Coyote, répondis-je en me tournant vers lui. Que faites-vous encore ici à cette heure-ci ?

-J'aurai aimé que nous discutions ... De ce qui s'est passé hier soir.

Je l'invite à s'asseoir alors qu'il tient dans les mains un sac avec de la nourriture dedans.

-Vous avez dîné ? Je l'aurai parié, rajoute-t-il alors que j'hoche la tête négativement. Tu ne manges pas beaucoup ses derniers temps, j'espère que tu aimes les nouilles sauté avec des légumes et du poulet au curry.

Il me tend une boîte et des baguettes. L'odeur qui en émane me donne immédiatement faim. Mon ventre se réveille et pour la première fois depuis longtemps, j'ai réellement envie d'avaler ce plat. Nous nous souhaitons un bon appétit et commençons à manger. Lors du repas, nous discutons de la petite Lily, de son adaptation à sa nouvelle école et de ses progrès à la Soul Society.

-Elle est triste de ne plus trop te voir ses derniers temps chez les shinigamis. Elle s'amuse beaucoup avec Yachiru, mais vos ballades lui manquent.

-Je n'ai pas remis les pieds au Sereitei depuis un certain temps, expliqué-je en posant le plat vide avec les baguettes. Je ... Je n'ai pas très envie d'y retourner plus l'instant ...

-Depuis le retour d'Hisana et ton divorce ?

-Oui, mais il n'y a pas que ça ...

Quelques secondes, j'hésite à lui en parler. Je me dis que lui pourrais comprendre la douleur que je ressens ... Il a perdu sa femme ... Mais, peut être pas ... Tout compte fais, je décide de me taire, c'est mieux, ce n'est pas comme ci c'était important. Il n'existait pas vraiment... Cette pensée me serre le cœur, mais il faut que cela reste comme ça... Je ne souhaite pas m'écrouler une fois de plus ...

-Yoruichi, qu'est-ce qu'il se passe ? Tu peux m'en parler... Hier soir tu ...

-Je n'étais pas dans mon état normal, expliqué-je en le coupant. Je suis désolée de ce qu'il s'est passé, je n'aurai pas dû t'embrasser, ni aller plus loin. Nous n'aurions pas dû passer la nuit ensemble.

Stark me regarde en fronçant les sourcils. Il ne semble pas être d'accord avec ce que je dis. Je le vois se lever et aller fermer la porte à clef, puis il attrape sa chaise, fait le tour du bureau et s'assoit juste à côté de moi.

-Yoruichi, de quoi te rappelles tu exactement hier soir ? Parce qu'on dirait que je n'ai eu la même soirée que toi...

Surprise par ses paroles, je lui raconte ce que je me rappelle. Les verres de whisky dans la cuisine, ensuite les baisers dans la chambre, et le fait qu'on se soit déshabillée tout en s'embrassant.

-Te rappelles-tu que Lily m'a appelé ? Que je me suis absenté ? Lorsque je suis revenu, tu étais en train de pleurer, roulée en boule sur le côté. J'ai essayé de te consoler comme j'ai pu, tu as fini par t'endormir, et je t'ai suivi. Il ne s'est absolument rien passé entre nous. Yoruichi, qu'est-ce qu'il se passe ? rajoute-t-il quand il voit que je ne lui parle pas. Tu as des soucis depuis plusieurs semaines, mais tu n'en parles pas ... Il faut pourtant, nous sommes amis non ? Je pourrais peut être t'aider ...

Je baisse les yeux, et fixe mes doigts. Je ne me souviens pas de ce qu'il raconte. Je ne saurais dire si ce qu'il raconte est vrai ou non... Mais pourquoi me mentirai-t-il ? Cela n'avancerais à rien... Alors se doit être la vérité ...

Stark soupire alors que je reste muette. Il se lève et prend sa chaise pour la remettre à sa place.

-J'étais enceinte, finis-je par avouer à voix basse. Je venais tout juste d'apprendre que je l'étais... Huit semaines ce n'est pas grand chose... Tu sais, les médecins m'ont affirmé que je n'aurai jamais d'enfants, alors ... Le jour où je l'ai appris, j'étais tellement heureuse ! Ce n'étais qu'une seule journée ... Mais sa m'a tellement marqué ... Ce bébé ... Il était voulu depuis si longtemps ... Mais je l'ai perdu ...

-Oh Yoruichi, dit-il en s'approchant de moi et en me prenant dans ses bras.

-Lorsque je me suis réveillée j'étais à l'hôpital ... Les médecins m'ont dis que c'était un exploit que j'aille aussi loin dans ma grossesse... Mon corps ... Maintenant il ne pourra plus du tout avoir d'enfant... La fausse couche a fais une hémorragie qui ... qui a détruis une bonne partie du système ... Ce jour-là, j'ai tellement perdu ...

Je me mets à sangloter de plus belle alors que mon récit se termine. Stark me tient juste dans ses bras en me murmurant des mots gentils, rassurant. Il attend que la crise de larmes passe patiemment.

-Byakuya est au courant ? Tu es en train de faire ton deuil Yoruichi, c'est normal que tu n'ailles pas très bien.

-Non, il ignore tout ... dis-je en reniflant. Nous n'étions plus marié officiellement à ce moment-là... Et je ne veux pas qu'il s'en veuille... Autant qu'il ne sache rien. Cela évitera de lui faire de la peine...

-D'accord, mais pour ce soir, il serait préférable que tu viennes à la maison, que tu ne rentres pas seule chez toi, tu es d'accord ?

Je hoche la tête comme une enfant. Il est vrai que je ne veux pas rester seule, pas une fois de plus. Avec l'aide de Stark, les dossiers sont rangés plus vite. Nous partons tous les deux chez lui. C'est la petite Lilinette qui nous accueille.

-Tu restes vraiment ici ce soir Yoruichi ? me demande la petite fille en pyjama.

-Oui, puisse que c'est ton papa qui l'a dis, cela doit être vrai.

La petite Lilinette se met à pousser des cris de joies en faisant des allez retours entre la cuisine et sa chambre. Cela me fais sourire ... Et pour une fois depuis longtemps, un vrai sourire ...

o-o-o-o

-Tous les cent ans, tous les capitaines et vice-capitaines sont conviés à trois jours humains pour des vacances. Cette fois ci, nous allons à la montagne. Les conjoints sont bien sûr les bien venus, précise papy Yamamoto.

-Il est possible de ne pas venir ? demandé-je à voix haute alors que les autres capitaines se font une joie de partir.

-Non, rétorque-t-il froidement. Ce n'est pas possible. Tout est déjà prêt. Les chambres ont été réservé, le programme des soirées déjà prévu. Seule la capitaine Unohana est dispensée. Elle refuse de quitter la quatrième division.

-Elle a bien de la chance, marmonné-je en mettant les mains dans mes poches.

-Allez capitaine, s'exclame la petite Soi, nous allons tous nous amusé !

Devant son immense sourire, j'essaye de me montrer un peu plus joyeuse mais face au regard de Byakuya, mon sourire s'efface. Il ne m'a pas quitté des yeux depuis que je suis apparue juste avant la réunion. La première réunion depuis trois mois. D'ailleurs, lorsque la réunion se termine, je le sens venir derrière moi mais j'accélère le pas. Je ne veux pas lui parler. Je ne souhaite pas l'affronter. Il m'appelle mais je continue mon chemin sans m'arrêter.

-Je suis occupée, lancé-je en disparaissant à l'aide de shumpo.

o-o-o-o-o

La montagne, la montagne, la montagne ... Un endroit magique, pure et si frais, où c'est toujours calme ... Mais bien sûr ... C'est un endroit où il fait surtout froid ! Et où les gens sont des incapables !

-Ne vous en faîtes pas Yoruichi-sama, ils vont la retrouver votre valise. Ils se sont trompés de chambre c'est tout !

Soi, ma petite subordonnée qui voit le bien partout ! Cela fais une heure qu'elle me tient compagnie à l'accueil, en souriant alors que j'ai bien envie d'étriper l'homme en face de moi, celui qui a perdu mon bagage. Je lève les yeux au ciel une énième fois.

-Un soucis ? questionne une voix grave derrière moi.

Je sursaute alors que ma petite abeille lui répond tranquillement.

-Ils ont perdu les affaires de Yoruichi-sama. Nous attendons qu'ils les retrouvent.

-Dans ce cas, tu peux m'accorder quelques minutes Yoruichi, lance-t-il nonchalant.

-Absolument pas Byakuya, je n'ai rien à te dire, rétorqué-je froidement en m'appuyant un peu plus sur le comptoir. Je n'ai pas le temps, j'aimerais pouvoir récupérer mes affaires pour pouvoir enfiler un pull un peu plus chaud.

Je ressens sa présence quelques secondes avant qu'elle ne disparaisse, sans un bruit.

La matinée est déjà bien avancée lorsque je peux enfin accéder dans ma chambre et lire le planning que Papy Yama a fais distribuer à tout le monde. Aujourd'hui, nous avons quartier libre, par contre demain soir, nous avons un diné organisé par l'hôtel. Il faudra être dans une tenue élégante. Et nous repartons le troisième jour en fin de matinée. Plutôt tranquille.

Après un déjeuner dans une crêperie, et deux heures de spa, nous nous retrouvons Soi et moi assise à une terrasse chauffée, à profiter du soleil qu'il y a. Elle me raconte ses impressions, son ressenti alors qu'elle voit pour la deuxième fois la neige. Elle est tellement joyeuse que je ne l'arrête pas. Je ne fais que l'écouter parler. C'est si agréable quand elle est aussi insouciante. Seulement son visage s'éteint lorsque la vice capitaine de la quatrième division passe dans la rue enneigée. Elle continue de parler mais ses yeux ne parviennent pas à se décrocher de la silhouette qui s'éloigne.

-Vas-y Soi, dis-je gentiment en l'encourageant à la rejoindre.

-Non, me répond-elle en hochant la tête négativement. Nous ne sommes plus ensemble.

-Ah bon ? Mais depuis combien de temps ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demandé-je perdue. Vous parliez mariage toutes les deux.

-J'ai refusé d'emménager avec elle. Elle l'a mal pris. Voilà c'est tout, marmonne ma petite abeille en baissant les yeux.

Voilà qu'elle ne me regarde plus. Je reconnais ce comportement ... C'est celui qu'elle a lorsqu'elle me cache quelque chose d'important. Et pour qu'elle ne m'en parle pas ...

-Soi, ce n'est pas à cause de moi quand même ?

Temps de pause où elle se triture les doigts. Je patiente quelques secondes avant d'insister.

-Il faut quelqu'un pour s'occuper de vous Yoruichi-sama ...

-Ce n'est pas une raison ma petite ! grondé-je en m'approchant d'elle. Je suis assez grande pour me débrouiller. Il faut que tu fasses ta vie, sans avoir à te préoccuper de la mienne, ... Que tu sois heureuse. Si c'est en emménageant avec Isane, fais le ! Je serais toujours là ne t'en fais pas !

-Mais ... commence-t-elle.

-Il n'y a pas de 'mais' Soi, si tu es heureuse avec elle, rejoins là ! Ne perds pas de temps pour des broutilles, le temps passe trop vite.

Elle hésite quelques secondes avant de se lever et de partir en courant dans la rue, en suivant la direction d'Isane. Je souris, contente pour elle si elles parviennent à se rabibocher. Je demande au serveur un nouveau verre de vin chaud et flâne une heure de plus sur la terrasse, en observant l'immense forêt enneigée en face.

Le soleil commence à décliner lorsque je franchis le seuil de l'hôtel. Je pars m'installer dans un fauteuil lorsque je croise le lieutenant Omaeda se dirigeant vers l'extérieur. J'enlève mon manteau et le pose sur le fauteuil quand j'aperçois mon ex mari. Omaeda s'arrête devant lui et lui tend quelque chose. Je le vois tenir un dossier de couleur bleu clair. Cette couleur me rappelle instantanément la couleur de mon dossier de grossesse. Je deviens pâle comme un linge en réalisant ce que ça veut dire. Byakuya lève ses yeux vers moi. Je n'arrive pas à décrypter ce regard et je ne veux pas savoir ce qu'il dit. Je fais volte face et me rends dans le hall.

-Yoruichi ! appelle-t-il derrière moi mais je ne me retourne pas.

Je veux fuir cet homme qui me fait mal rien que par sa présence. Je veux fuir cette maudite journée où il a choisi Hisana. Je traverse le hall puis je me retrouve à l'extérieur. Le vent froid me fouette le visage mais je ne m'arrête pas. Je continue de courir vers les bois, là où j'espère être enfin tranquille.

A bout de souffle, je m'arrête au pied d'un sapin. Je regarde autour de moi pour voir que je suis entourée d'arbres immense.

-Eh merde.

Je me suis enfoncée trop profondément dans la forêt. De plus, je constate que la nuit commence à tomber. Je jure une nouvelle fois en serrant mon pull en laine. Pas de manteau, rien de chaud ! J'ère quelques instant seule.

-Yoruichi ! Enfin !

Byakuya se rapproche de moi à grands pas. Il me fusille du regard. Il m'explique que ça fais une heure qu'il me suit.

-Tiens, enfiles ça ! s'exclame-t-il quand il remarque que j'ai froid.

Il enlève son écharpe pour la mettre autour de mon cou, suivi de son manteau pour me le faire enfiler de force.

-Maintenant rentrons.

Il m'attrape la main et m'entraîne à sa suite. Malheureusement pour nous, le vent se lève et la neige tombe en abondance. Elle nous fouette le visage. La nuit tombe rapidement alors que nous sommes toujours dans les bois, perdu. Nous nous arrêtons de marcher quelques secondes lorsque le vent s'arrête.

-Il y a un chalet là-bas, m'annonce-t-il en me montrant un toit du doigt. Cela nous servira à nous abriter.

Il me sert un peu plus contre lui, et nous avançons dans la neige, en silence sans un mot.

o-o-o-o-o

J'ouvre la porte de la maison en bois. Nous entrons tous les deux alors que le vent a recommencé à souffler fort. Très fort ! Nous sommes gelés, couvert de neige. Je frotte mes mains l'une contre l'autre, pendant que Byakuya met du bois dans la cheminée. Il parvient à allumer un feu en quelques minutes. La chaleur commence à émaner dans l'habitacle. Je me redresse et appuie sur l'interrupteur. Cela ne s'allume pas ... Pas d'électricité pour ce soir ... Heureusement qu'il y a du chauffage quand même. J'enlève la veste de Byakuya et son écharpe pour les poser sur une chaise devant la cheminée. Byakuya enlève son pull recouvert de neige et reste devant le feu à se réchauffer. Je m'approche de la fenêtre, dehors le vent et la neige bloquent la vue, on ne voit rien du tout ! Il n'y a plus de chemin et la nuit est déjà bien avancée. Un vrai désastre !

-Jusqu'à demain, nous seront bloqués dans ce chalet, déclare Byakuya en sortant son portable de sa poche. Et il n'y a pas de réseau.

Eh merde ! Je n'ai pas envie de rester ici moi ! Surtout pas avec lui ...

J'enlève mon pull trempée, pour le placer avec le reste des affaires devant le feu, pendant que Byakuya se décide à fouiller dans les placards. Je pars m'assoir sur le bord de fenêtre, à regarder la neige dehors. Je n'ai rien d'autre à faire de toute façon. Le chalet est pourtant tout équipé. Du bois dans un coin, un canapé au centre avec un tapis moelleux devant la cheminée. Une étagère remplie de livres. Il y a aussi deux chambres spacieuses. Une table avec quatre chaises. Vraiment il ne manque rien. Pourtant ... J'étouffe d'être ici ... J'ai l'impression d'être un intrus ...

Byakuya fait chauffer sur la gazinière ce qui semble être de la soupe toute prête. Il me regarde, je le sens. Mais je continue de l'ignorer. Je n'ai rien à lui dire.

Nous n'avons pas parlé depuis le retour d'Hisana. Nous ne nous sommes pas vu depuis trois mois ... Trois mois que je l'évite comme la peste ... Trois mois que je lui cache ma fausse couche ... Trois mois qu'il m'a brisé le cœur, qu'il me manque horriblement ...

Ne supportant plus son regard et le silence, je me lève de devant la fenêtre et pars explorer la première chambre, le laissant seul devant le plat. Etonnamment il y fait bien chaud. La cheminée doit chauffer aussi cette pièce. Je décide d'y rester pour la nuit, c'est toujours mieux que dans la salle à manger. Au moins ici, je suis toute seule. Je m'approche de ce qui semble être la table de chevet et y trouve une bougie avec un briquet. Tout pour voir un minimum clair.

La neige tourbillonne à la fenêtre lorsque la porte s'ouvre une demi heure après ma venue. Je continue de fixer l'extérieur alors que des pas légers se font entendre sur le parquet. Ils s'arrêtent juste à côtés de moi.

-Tu devrais manger un petit peu, me dit Byakuya d'une voix douce, un bol dans les mains.

Lorsqu'il remarque que je fixe de nouveau l'extérieur, il pousse un soupir avant de poser le récipient sur un meuble. Il approche une chaise de la fenêtre, glisse sa main dans la mienne.

-Yoruichi ... Nous devons discuter. C'est important.

-Il n'y a rien à dire Byakuya. La situation est simple. Hisana est vivante, vous êtes mariés et nous, nous sommes divorcés. Cela s'arrête là.

-Tu le sais que ce n'est pas aussi facile, dit-il doucement en faisant tomber le masque d'indifférence. Je n'ai jamais voulu ça ... Je ne pensais pas que cela irait aussi loin, que ça aurait un aussi gros impact ... Je voulais juste être sûr de ce que Rukia m'annonçait ... Je n'y croyais pas ...

-Et tu as pensé à ce que sa allait me faire de me mettre devant le fait accompli ? J'ai essayé de te joindre Byakuya, tu ne répondais pas. J'avais le droit de savoir ! Nous en aurions discuté.

-Tout s'est enchaîné trop vite. Ta grand mère a été au courant dix minutes après moi. Elle a convié tous les anciens en peu de temps. Je n'ai pas eu le temps d'arriver à la maison qu'ils étaient déjà tous réunis. Je ne voulais pas que cela se passe de cette manière Yoruichi ! Ce n'est pas ce que je voulais ...

-Et qu'est-ce que tu voulais Byakuya ?! dis-je en écartant ma main de la sienne, et en le regardant droit dans les yeux pour la première fois.

-Toi ... Je ne voulais pas sacrifier ce que nous avions ... Je ne souhaitais pas te perdre.

-C'est trop tard Byakuya. A leurs yeux, notre mariage n'était pas valable. Juridiquement non plus. Hisana étant vivante, rien ne pouvait les empêcher de briser notre union. Ma grand mère en mourrait d'envie ...

-Yoruichi, le mariage était officiel. Nous avions des projets, nous voulions un avenir ensemble ... Tu étais enceinte ... Jamais je n'aurai pas dû te laisser seule ... Le bébé ...

Forcément il a lu le dossier, il est au courant. Je baisse les yeux, ne souhaitant pas y voir de la déception ... Lui qui souhaitait tant avoir un enfant ... Contre toute attente, il ne dit rien, il me sert juste dans ses bras.

-Excuses moi Yoruichi. J'aurai dû te soutenir, être au près de toi ...

- Byakuya, tu n'étais pas au courant, tu n'y peux rien, tu n'as pas à t'en vouloir. Cette grossesse ne devait pas voir le jour... Ce n'était pas notre destin d'être parent. Enfin, pas le mien.

-Yoruichi, tu feras une merveilleuse mère.

-Non. J'ai perdu toute chance le jour où j'ai fais cette fausse couche... Byakuya, je ne peux plus avoir d'enfants.

Il serre ma main alors que je baisse la tête, face à la douleur que je ressens.

-Il existe d'autres moyens princesse, murmure-t-il en me réconfortant, me prenant dans ses bras.

Je me laisse aller à la douceur de l'instant oubliant tout, la situation, le lieu. Je me sens juste bien ... Comme ça. Je soupire, faisant baisser la tension qui s'était accumulée. Nous nous écartons légèrement l'un de l'autre. Puis nous nous regardons.

Je me perds dans ses yeux. J'y vois de la tristesse mais surtout de l'amour envers moi ... Toute l'affection, la tendresse, les sentiments qu'il éprouve pour moi ... Ses doigts glissent sur ma joue délicatement. Il essuie une larme. Un frisson me parcours, une envie apparaît.

-Byakuya, dis moi que c'est une mauvaise idée ...

Ma voix est tremblante. Il faut qu'il me le dise avant que nous fassions une chose irréparable ...

-Non.

Il s'approche de moi pour m'embrasser doucement. Je ne vois plus que Byakuya... Je colle mon corps contre lui répondant au baiser. Il n'en faut pas plus pour réveiller notre amour ... Il défait mon chemisier, le faisant glisser sur mes épaules. Il dépose des baisers papillons sur mon corps, comme si il le découvrait pour la première fois.

-Yoruichi ... Je t'aime ...

Je caresse son visage les yeux mis clos.

-Moi aussi, répondis-je dans un souffle.

Mes doigts agrippent ses cheveux l'approchant de moi. Je l'embrasse avec toute la tendresse que je ressens ... Mes larmes coulent … Cette nuit, je lui dis adieux ... A jamais ... Au matin, je le laisserai partir retrouver sa femme ... Il fera sa vie sans moi ... En attendant, je veux appartenir à cet homme ... Encore une fois ... Encore une nuit ... Pour graver dans ma mémoire cette sensation ... ses baisers ... Ses caresses ... Je ne veux rien oublier ...

Nous nous enivrons de l'autre pour ne jamais oublier cet instant. Nous mémorisons chaque détails pour pouvoir nous en rappeler quand nous ne serons pas ensemble …

Nos corps se sont unis toute la nuit ... Tendrement, pour ne jamais oublier la sensation ...

Le soleil commence à percer à travers les rideaux. Je reste face à lui, à caresser son visage. Mes larmes recommencent à couler de nouveau face à la séparation … Il les essuye doucement avant de se rapprocher de moi. Il dépose un baiser sur mon front.

-Yoruichi.

Il murmure mon prénom pour la énième fois, comme si il n'aurait plus la possibilité de le prononcer ... Je lui adresse un faible sourire. C'est la seule chose que je peux faire.

Je pourrais essayer de le retenir mais je ne le ferai pas. Il a choisi même si il m'aime. Il faut qu'il essaye de faire sa vie même si cette décision me brise le cœur.

Le regard vide, je me recule. Il porte ma main à sa bouche avant de l'embrasser délicatement. Je la retire avant d'enlever mon alliance. Après lui avoir tourné le dos, je sors de la couverture. Je dépose mon alliance sur la table de chevet avant de prendre mes affaires. Je les enfile sous son regard. Il me laisse voir sa tristesse. Je meurs d'envie de retourner le voir et de l'embrasser avec passion, de le consoler mais je ne le fais pas. Il ne faut pas. Lorsque je finis de boutonner mon chemiser, je ferme les yeux.

-Yo ...

-Non ... s'il te plait mon amour ... Ne ... N'essaye pas de m'empêcher de sortir ... S'il te plait ...

Mes dernières larmes dévalent le long de ma joue. Il ne faut pas qu'il me retienne. Je ne pourrais pas résister. Je fais un pas en arrière en fixant le sol. Un bruit de couverture se fait entendre. J'appuie sur la poignet mais il le serre dans ses bras. Il reste comme ça, à respirer mon parfum. Je sanglote devant son étreinte. Je ne vais jamais pouvoir y arriver ... Je l'aime trop ... Il est l'homme de ma vie ... Mais il va falloir que j'apprenne à vivre sans lui ...

J'entrouvre la porte et il me lâche. Je ne me retourne pas vers lui. Je ne peux pas affronter son regard triste. Je n'y résisterai pas ... Je sors de la pièce en fermant la porte derrière moi. Les larmes dévalent sur mes joues. Byakuya partira retrouver Hisana aujourd'hui. Et nous ne nous verrons plus.

Nous restons éloignés l'un de l'autre jusqu'à ce que le soleil commence à apparaître. J'enfile mon pull en laine par dessus ma chemise et me rends dehors. Le soleil reflète sur la neige blanche. Il fait froid mais le soleil réchauffe l'atmosphère. Des voix se font entendre dans la forêt. Quelques minutes après, plusieurs personnes me rejoignent. Soi devant tout le monde. Elle court vers moi, l'angoisse marquant son visage. Elle me sert contre elle en arrivant à ma hauteur. Je lui rends son étreinte alors que les sanglots prennent possession d'elle.

-J'ai cru qu'il vous étiez arrivé malheur ! Avec la tempête de cette nuit.

-Tout va bien petite Soi, je suis là en pleine forme.

Je lui fais un sourire rassurant, elle s'essuie rapidement le visage avant de m'examiner de la tête au pieds. J'essaye de la rassurer une nouvelle fois en levant les yeux au ciel.

-Je vais bien Soi, nous avons trouvé un abri juste avant que la tempête n'arrive.

-Vous ? Vous étiez avec le capitaine Kuchiki ? Lui aussi manquait à l'appel, m'informe-t-elle en regardant derrière moi.

-Oui, c'est lui qui m'a retrouvé, et qui nous a conduis ici.

C'est à ce moment là que je remarque Hisana et Renji avec plusieurs hommes de la station de skie. Ils sont derrière Soi, à quelques minutes de nous. Hisana passe à côté de nous sans s'arrêter. Je la suis du regard. Byakuya est sur le perron de la maison. Mon cœur se serre à l'idée de rentrée. Il faut retourner à la vie normale et oublier ce qu'il s'est passé dans ce chalet. Hisana s'avance vers son mari. Je sens mon cœur se comprimer encore plus dans ma poitrine quand il la serre dans ses bras. Je devrais être à sa place. Byakuya me fixe pendant son étreinte. Je baisse les yeux incapable d'assister plus longtemps à la scène.

-Venez capitaine, me dit Soi. Nous retournons à l'hôtel. Vous avez sûrement besoin de prendre une douche et de vous détendre.

J'écoute distraitement Soi en la suivant dans la neige. Mon cœur se rempli de glace en s'éloignant du chalet. Il se vide de gaîter.

o-o-o-o-o

L'eau ruisselle sur ma peau alors qu'un toc à la porte se fait entendre. Je ressers ma serviette autour de la taille avant d'aller ouvrir. Personne. Je constate que le couloir est désert. Mais je remarque qu'un vêtement a été déposé sur mon tapis de chambre. Je le prends doucement. En le dépliant je remarque qu'il s'agit de l'écharpe de Byakuya. Un objet tombe au sol alors que je la sers contre moi.

Une alliance ! Elle se trouve attaché à une longue chaine en argent. Je la ramasse avant de la faire tourner entre mes doigts. De nouveau à l'intérieur, je lis et relis l'inscription.

'De Yoruichi à Byakuya'

Il m'a donné la sienne et à garder la mienne. J'esquisse un sourire avant de m'endormir.

Soi vient me réveiller vers dix sept heures. Elle tient à ce que nous nous préparions toutes les deux pour la soirée obligatoire annonçant la fin du séjour. Ma petite subordonnée a enfilé une robe dos nu noire et moi, une robe longue noire et blanche à bretelle, cintrée au milieu. Il nous faut une heure et demi pour pouvoir nous préparer. Lorsque nous nous rendons dans le hall, de nombreux shinigamis et humains se trouvent à l'entrée d'une grande salle de bal, devant un panneau d'affichage. Nous nous en approchons alors que les portes s'ouvrent.

Un plan de table a été dressé. Il s'avère que je me retrouve à la table du capitaine Kenpachi Zaraki et de son vice capitaine Yachiru. Soi se trouve avec Isane non loin de nous. Mes yeux trouvent machinalement le nom de Kuchiki. Il se trouve à deux tables de la mienne, avec Rukia, Hisana, Renji et Papy Yamamoto.

Ma petite abeille fait la tête, mais je l'envoie à sa table avec un grand sourire en lui souhaitant une bonne soirée, en me rendant à ma place. Je salue Kenpachi, Ukitake et Kyoraku. Alors que je m'apprête à m'asseoir, Yachiru vient me trouver.

-Yoruichi ! Je veux m'asseoir à côté de Keni ! S'il te plait ! hurle la petite fille aux cheveux rose.

Je lui souris en m'écartant, lui laissant la place qu'elle souhaite.

Nous discutons et plaisantons une bonne partie de la soirée. Nous mangeons un repas délicieux, savourons du bon vin. Nous passons un agréable moment, jusqu'à ce qu'un homme prenne le micro et annonce l'ouverture du bal. Six couples vont être tirés au sort pour danser devant les autres.

-Nous allons réalisé un tirage au sort. Un numéro a été attribué à chaque homme et chaque femme présent. Nous allons commencé par ses messieurs. Mais tout d'abord, une main innocente pour faire le tirage.

La petite Yachiru saute de son siège et lève la main avec une si grande excitation qu'elle fut choisie. Elle se leva gaiement et courut vers l'estrade. L'homme en costume lui présenta une boîte puis lui demanda de tirer un papier avant de lire le chiffre inscrit dessus.

-Le numéro quinze ! s'exclame-t-elle en jetant un coup d'œil à la foule.

Je fais la même chose qu'elle. Je scrute les hommes. Un homme à moitié chauve en costume gris se lève et rejoint l'estrade. Il s'en suit plusieurs tirages d'affilés. Plusieurs hommes et plusieurs femmes d'âges différents se rendent sur la piste.

-On en vient au dernier couple. Alors il s'agira du numéro vingt six !

J'esquisse un léger sourire lorsque je remarque que Byakuya bouge de son siège. Il n'a vraiment pas de chance au soir. Dans son costume sombre, il se déplace jusqu'à l'estrade avec toute la grâce et la prestance qu'il dégage. Il se pose tranquillement à côté de la vice capitaine avant d'attendre que cette dernière pioche de nouveau un numéro.

-Le soixante douze !

Le silence se fait dans la salle. Les personnes se regardent étonnés de ne pas voir une femme bougée. Je porte à mes lèvres mon verre de blanc. Le mien c'est le numéro quatre vingt quatre.

-Nous avons une timide on dirait, s'exclame l'homme avec le micro. Allez mesdames, veuillez vérifier votre numéro.

Des murmures se font entendre.

-Yoruichi, entendis-je à voix basse en face de moi. C'est ton numéro.

-C'est le quatre-vingt quatre le mien, Kyoraku.

-Tu as changé de place, ajoute-t-il comme si c'était évident.

Non ! Je pose mon verre et attrape l'étiquette en face de moi. A l'intérieur se trouve écrit en doré un huit et un quatre.

-C'est Yoruichi ! s'exclame la petite tête rose. C'était mon numéro !

-Tu l'as connais ? demande l'animateur pour faire la conversation.

-Bien sûr ! s'exclame-t-elle enchantée. C'est une copine à Lily ! Allez viens Yoruichi !

Je fais non de la tête en souriant, tout en buvant mon verre. Aller danser avec Byakuya sur la piste devant plus d'une centaine de personne ? Non merci, je passe mon tour. Même si j'apprécie la danse, il est préférable que je m'éloigne de lui, encore plus lorsqu'il s'agit de valser. Lorsque Byakuya comprend que je ne compte pas bouger, il se penche légèrement vers l'animateur. Ils échangent quelques mots avant que celui-ci ne lui cède le micro.

-Aurais-tu peur princesse ? demande-t-il, sa voix grave résonant dans la pièce.

Nous nous scrutons, lui amusé, moi furieuse. Il me met une fois de plus au défi de danser. Je me mets à sourire avant de me lever. Il me connaît tellement bien ! Je suis incapable de refuser un défi qu'il me lance. Les choses ne changent pas avec les années. Je passe devant une Rukia furieuse et sa sœur, impassible.

-Je te tiendrais toujours tête mon cher ami, lui lancé-je à voix basse alors que je glisse ma main dans le sienne.

Byakuya m'entraîne sur la piste avec les autres convives. Le trac monte, j'essaye d'y faire abstraction. Je me concentre uniquement sur l'homme en face de moi et la musique.

-Très jolie collier, me dit Byakuya en mettant sa main droite dans mon dos tout en regardant la chaine autour de mon cou se perdre dans la robe.

-Oui, je l'ai trouvé devant ma porte. Je l'ai trouvé magnifique, lancé-je vaguement avec un sourire.

Nous nous taisons tous les deux alors que les musiciens commencent à jouer. Je suis Byakuya dans ses mouvements. Je me laisse guider comme le veux cette danse. Il danse toujours aussi bien, ses pas sont si facile à suivre. La pression redescend d'elle même. Je prends même plaisir à danser avec lui, à être proche de lui. Il commence à me parler.

-J'ai dis ce qu'il s'était passé à Hisana, elle n'est pas fâchée, elle comprend, m'annonce Byakuya à voix basse.

-Tu as bien de la chance, murmuré-je en le regardant droit dans les yeux. Je t'ai haïs pour moins que ça pendant sept ans. C'est une femme bien Byakuya.

-Je ne dis pas le contraire Yoruichi. Mais ce n'est pas elle que j'aime, lance-t-il en me serrant un peu plus contre lui.

-Byakuya, nous deux, ce n'est plus possible. Je ne regrette pas notre étreinte de cette nuit, mais cela s'arrête là. Tant que tu seras marié, il ne se passera plus rien.

En prononçant ses paroles, je ne sais pas si c'est lui ou moi que je tente de convaincre.

-J'ai essayé de divorcer Yoruichi, de rompre cette union mais cela a été refusé. Si je poursuis Hisana retournera au Rukongaï sans possibilité de revenir. Et ça, je ne le permettrais pas.

Nous nous éloignons l'un de l'autre. Alors que je réfléchis à ce qu'il vient de dire, Byakuya prend ma main et dépose un baiser délicat dessus sans me quitter des yeux. De nombreux murmures se font entendre dans l'assemblé, alors que je reste là, à le fixer. Malgré ses paroles, la situation reste inchangée.

-Byakuya, tu es marié.

Je m'éloigne de lui, pars chercher ma veste et quitte la salle de bal pour prendre l'air dans le hall. Je profite du calme ambiant avec un fond sonore pour me remettre les idées en place. Je ne dois plus m'approcher de lui, sinon il causera ma perte. Il est ma plus grosse faiblesse. Il l'a toujours été. Depuis que nous sommes enfant ... Les années n'ont pas changés ce que nous ressentons depuis si longtemps ... Nous sommes tous les deux attirés l'un vers l'autre même si nous nous faisons plus de mal que de bien ...

Mon portable se met à vibrer dans ma poche. Je maudis cet appareil que je dois obligatoirement avoir sur moi. Même en congés, Herman ne me laisse pas en paix. Je le sors, m'apprêtant à envoyer balader le chef, quand je reste figée sur le prénom inscris. Ma grand mère. Que peut-elle bien me vouloir à cette heure-ci ?

-Bonsoir Yoruichi, dit-elle après que j'ai accepté l'appel.

-Grand mère. Que me vaut cette désagréable surprise ?

Son rire résonne dans l'appareil. La relation avec ma grand mère ne s'est jamais rétablie après ce qu'elle a fais à mon mariage. Jamais je ne lui pardonnerais ce qu'elle a osé manigancer pour briser cette union. Si elle m'appelle c'est qu'elle doit avoir ses raisons. Je l'écoute parler sans un mot, me raconter sa jeunesse, les déboires qu'elle a pu avoir et les choix que sa famille a fais pour elle.

-Au début, je ne comprenais pas pourquoi ils faisaient ça pour moi. Mais en réalité, ils voulaient juste me protéger et me mettre à l'abri de décisions stupide que l'on prend par amour.

-Viens en au fait grand mère, lancé-je amer.

-Toujours pressée ma petite fille, dit-elle toujours en riant. Vas-tu arrêter de courir un jour ? J'espère que le prochain mariage va te le permettre.

Il me faut quelques secondes pour comprendre ce qu'elle dit.

-Pardon ? Tu peux répéter ?

-Tu as très bien compris Yoruichi. D'ici deux semaines humaines, tu auras un nouvel époux.

-Non. Tu ne le feras pas. Jamais je ne me remarierais, craché-je au téléphone.

-Je l'ai fais une fois Yoruichi, tu n'y échapperas pas. Kyoraku sera un très bon parti. De plus, tu seras de la même famille que Tia, rajoute-t-elle juste avant de raccrocher.

Je fixe le téléphone, incrédule. Elle recommence. Une fois de plus. Comment peut-elle ? Selon les lois, ne suis-je pas censée être libre ? Une seule union forcée non ? Je ne m'en rappelles plus. Je me maudis de ne pas avoir étudier plus que ça. Je réfléchis quelques instant à qui pourrais me renseigner mais un seul nom me vient à l'esprit. Le seul que je souhaite éviter.

De retour dans la salle avec mes collègues, je trouve rapidement Byakuya. Il est assis à table en pleine discussion avec sa sœur. Elle ne semble pas ravie du tout. Renji et Hisana se tiennent légèrement à l'écart, en se jetant des regards contrits. Je m'avance vers eux, d'un pas décidé. Rukia me lance un regard polaire alors que j'arrive à la hauteur de Byakuya.

-Faut que nous discutions mon cher ami, lancé-je le plus normalement possible.

La réaction de Rukia ne se fait pas attendre. Elle se lève et me fait face.

-Qu'est-ce que tu lui veux ? Tu n'as pas assez fais le bordel ?!

-Elle commence sérieusement à me gonfler la petite Kuchiki ! C'est à ton frère que je veux parler, pas à toi. Alors maintenant, Renji va t'emmener danser pour que j'ai la paix cinq minutes ai-je été clair ? dis-je assez fort pour que Renji se lève de sa chaise et emmène Rukia sur la piste de danse.

Une fois qu'elle s'est éloignée, je m'affale sur la chaise libre à côté de Byakuya. Il s'abstient de tout commentaire. Il ne me fait même pas les gros yeux. Aucune réprimande. Rien. Une chance.

-Un verre de vin ? demande-t-il poliment en attrapant la bouteille.

-ça ne serait pas de refus.

-Alors qu'est-ce qu'il se passe ? Pour que tu envoies promener Rukia de la plus gentille des manières, lance-t-il ironique en remplissant le verre de vin d'Hisana, le sien et le mien que j'avale d'une traite.

-Peut-on se faire marier de force deux fois ? Sais-tu ce qui est inscrit dans nos lois ?

Il fronce les sourcils et repose le verre qu'il comptait boire. Il ne détache pas son regard du mien pendant de longues secondes. Ses yeux si étincelant deviennent d'un coup vide et sombre.

-Qui ?

-Quoi ? demandé-je sans comprendre.

-Qui vas-tu épouser ? me rétorque-t-il glacial.

Hisana sursaute au ton qu'il emploi, avant de se tourner vers lui surprise. Je suis autant étonnée qu'elle. Byakuya semble furieux. Il a d'ailleurs lâché son verre de vin, mettant ses mains sur ses jambes, tout en me fusillant du regard.

-Ne me force pas à me répéter Yoruichi. S'il te plait, articule-t-il toujours aussi froid.

Le froissement de la nappe m'indique qu'il serre les points, l'empêchant de perdre son sang froid.

-Shunsui Kyoraku. Mais l'idée ne vient pas de lui, rajouté-je comme pour me justifier. Elle vient de ma grand mère. Elle veut me faire rentrer dans le rang par le mariage.

-Notre union n'a même pas pris fin il y a six mois ! me lance-t-il en colère. Nous avons perdu notre enfant ! Et elle, elle veut déjà te remettre dans les bras d'un autre !

-Byakuya, ce n'est pas la peine de te fâcher ! grondé-je en m'approchant de lui. Tu ne peux rien y faire. Nous ne sommes plus marié. Je suis venue te voir pour savoir si il existe une loi me permettant de me défiler. Pas que Kyoraku soit quelqu'un de mauvais, mais si je me remarie, ce sera par amour.

Il reste silencieux quelques instant avant de reprendre faussement plus calme. Il se contient comme il peut.

-Tu ne peux pas Yoruichi. Tu n'as jamais pris position vis à vis des lois des shinigamis ! Tu aurais dû choisir et devenir chef de clan ! Cela ne serait pas arrivé !

-Jamais je n'ai aspiré au même destin que toi ! Je ne souhaitais pas avoir toutes ses responsabilités !

-Tu crois que c'est mieux maintenant ?! Ta grand mère peut faire tout ce qu'elle veut sans que tu ais ton mot à dire Yoruichi !

-Tu plaisantes là ? dis-je en devenant pâle comme un linge.

-Non. Il fallait faire un choix Yoruichi ! grogne-t-il en s'affalant au fond de son siège tendu.

Voilà qu'il me gronde comme une enfant ! Je me lève prête à partir.

-Je ne suis pas ta fille Byakuya ! Mais nous avons déjà eu cette conversation ! Je suis venue voir mon ami, pas mon père. Ma vie, je la mène comme j'en ai envie, même si c'est un désastre, ai-je été clair ?

-Il n'y a qu'une solution Yoruichi, murmure-t-il en se levant pour me faire face. Soit tu deviens une shinigamie à part entière, et donc chef de clan, soit tu deviens humaine, et tu dis adieu aux shinigamis.

Nous en sommes donc encore là ? Je ferme les yeux face à l'absurdité du choix à faire. Lorsque je rouvre les yeux, Byakuya m'observe. Ses épaules s'affaissent toutes seules quand il me regarde.

-Merci beaucoup pour ton aide Byakuya. Et excusez moi d'avoir gâcher une partie de votre soirée, dis-je sincèrement en jetant un œil à Hisana.

Elle m'adresse un sourire aimable et je lui rends, avant de m'éloigner de leur table pour aller trouver Papy Yamamoto avec le capitaine Ukitake. Je l'invite à aller danser. Nous dansons une heure avant que nous partions chacun de notre côté.

Pour bien finir la soirée, je retrouve Soi et Isane au bar. Nous discutons quelques minutes avant que je ne les invite à sortir une dernière fois en boîte de nuit. Elles acceptent surprise.

Je commande une tournée de shot à la framboise. Ce soir, je veux faire la fête et oublier la journée de demain. Je désire faire durer le plus longtemps possible cette soirée, sans penser... Nous nous déhanchons sur la piste. La musique est forte, l'ambiance sombre. Les spots de lumière éclairent la piste par intervalle. Je me sens tellement bien, tellement libre ! Au détour d'une chanson, je le remarque, assis dans un fauteuil, un verre de whisky à la main. Sa cravate est défaite, sa chemise ouverte sur le col. Ses yeux sont rivés sur moi ... Nous restons accrochés l'un à l'autre quelques secondes avant qu'il ne se lève et qu'il s'avance vers moi. La musique résonne mais je m'arrête de danser. Je vois juste Byakuya qui se rapproche. Une fois à ma hauteur, nous sommes à quelques centimètres l'un de l'autre. Je reste immobile, hypnotisé par le regard brûlant qu'il me lance. Si nous avions été ensemble, j'y aurais cédé. Nous aurions quitté la piste de danse pour un couloir sombre où nous nous serions embrassés passionnément ... Nous nous serions envolés pour notre chambre sans perdre un instant ... Mais cela ne restera qu'un rêve. Il est à une autre. Je me décide à fermer les yeux pour ne pas céder. Ses doigts se posent sur les miens, ils se glissent parfaitement dans mes mains. Je le sens s'approcher de moi.

-Tu es magnifique Yoruichi, entendis-je au creux de mon oreille. Tu me manques tellement ...

Je maintiens mes yeux fermés du mieux que je peux pour résister à l'envie que j'ai de lui sauter au cou. Ses doigts finissent par lâcher les miens, son corps s'éloigne, sa présence disparaît. Lorsque je les rouvre, il n'est plus là, comme si il n'avait jamais été présent. Soi me retrouve dans la foule, elle désirerait rentrer à l'hôtel, finir la nuit plus intimement avec sa petite amie.

Alors que je retire ma veste en plaisantant avec Isane, Rukia se plante devant nous dans le hall en hurlant.

-Où est Nii sama ?!

Sa voix résonnent dans l'immense pièce. Plusieurs visages se tournent vers nous. J'hausse les épaules, faignant l'ignorance.

-Aucune idée et même si je le savais, tu n'es ni sa mère ni sa femme. Il fait ce qu'il veut.

Je passe a coté d'elle, la conversation est finie. Je n'ai aucun compte à lui rendre. Byakuya non plus.

-Toi non plus ! Tu ne l'aies plus.

Je m'arrête net et fais volte face. Elle a vraiment décidé de me tenir tête aujourd'hui.

-Rukia, calmez vous s'il vous plait, tente Soi d'une voix posée.

-Laisses la parler Soi. Je souhaite savoir ce que pense la petite Kuchiki.

-Nii sama est marié avec Hisana ! Pas avec toi ! Votre mariage n'était pas comme le leur. C'est même à se demander si il t'a déjà aimé !

-Rukia !

La voix glaciale que je connais trop bien retentit derrière moi. La petite Kuchiki pâlie. Elle ne dit plus rien. Je continue mon chemin sans un regard pour elle. Je ne la supporte vraiment plus. Elle en a toujours après moi depuis qu'Hisana est de retour. Je ne compte pas lui prendre Byakuya, donc elle n'a pas à s'en faire. Je ne ferais pas d'histoire ! J'accompagne Isane et Soi à l'ascenseur. Alors que nous l'attendons patiemment, je décide de prendre ma subordonnée dans les bras. Surprise, elle ne sait pas quoi faire, puis elle finit par me rendre mon étreinte.

-Il faut que tu sois heureuse Soi, tu veux bien me le promettre ?

Soi s'éloigne de moi et me regarde suspicieuse, avant de me répondre qu'elle a tout pour l'être. Elle finit par me demander ce qu'il se passe. Ce n'est pas mon genre de faire ce type de demande. Cela ne me ressemble pas.

-Rien, je voulais m'en assurer petite abeille. Passez une bonne nuit, lancé-je alors que les portes de l'ascenseur s'ouvre avec un 'ping'.

Laissant Soi et Isane entre elles pour profiter de leur nuit, je me dirige vers le bar dans l'idée de prendre un dernier verre. Je suis étonnée d'y trouver Byakuya à cette heure-ci. Je m'installe à ses côtés en commandant un martini.

-Alors mon beau, qu'est-ce qui vaut ta présence à une heure pareille ? Tu devrais être dans ta chambre à dormir.

Il ne me jette pas un regard avant d'avaler son whisky cul-sec. Il en redemande un au serveur d'une voix lasse.

-Je pourrais avoir un café aussi s'il vous plait ! demandé-je en interpelant le serveur.

-Tout de suite.

-Byakuya, déclaré-je en me tournant vers lui. Qu'est-ce qui se passe ?

Nouveau silence. Il n'était déjà pas bavard, mais alors là c'est encore pire. Alors que je remercie le serveur, et que je commence à boire, il desserre les dents.

-Tu vas te marier Yoruichi. La femme qui hante mes nuits, celle que je veux plus que tout va en épouser un autre. Voilà mon problème.

Sa voix laisse transparaitre sa peine. Son corps affiche son désespoir. Son visage a pris dix ans depuis hier soir. Byakuya prend le deuxième verre et le boit d'une traite avant de demander au serveur la bouteille. Je la repousse alors qu'il la dépose devant lui.

-Juste le café, merci, déclaré-je à l'attention du serveur. Non Bya, je ne l'épouserais pas, dis-je en me tournant vers mon mari. Arrêtes de te faire du soucis pour ça. A partir de demain, je ne serais plus capitaine de la deuxième, et je dirais adieu au monde des shinigamis dans quatre mois.

Au début, Byakuya ne réagit pas au sens de mes paroles. Puis lorsqu'il en comprend le sens, il se redresse et pivote vers moi surpris.

-Yoruichi, le capitaine Yamamoto n'acceptera jamais cette proposition.

-Ce n'est pas une proposition mon beau mais un fait, j'ai donné ma lettre de démission à papy Yama. Il l'a accepté et signé. Il y a mis une condition : que je forme le futur professeur des armées de la cour. Il y en a un qui vient de partir à la retraite, et il n'a pas de successeur.

Je lui tends son café. Il ne fait pas de mouvements. Il me regarde complètement perdu.

-Yoruichi, ne fais pas ça ! Si c'est à cause de nous deux ... Ce n'est qu'une question de temps avant que je ne trouve une solution ! Ne renonce pas à ce monde.

-Byakuya, je ne peux pas rester là. Je n'en aurai pas la force. Nous sommes tous les deux attirés l'un vers l'autre, c'est une évidence. Mais nous n'arrivons pas à nous séparer. Je ne veux plus que mon monde tourne autour de toi Byakuya ... Nous n'aurons pas de fin heureuse ... Pas si je reste ... Nous nous retrouverons en secret et nous nous volerons des moments mais se sera tout... Je te veux tout entier Byakuya, pas juste une heure ou deux avec toi.

Je soupire en baissant les yeux. Byakuya reprend d'une voix pâteuse.

-Pour l'instant je ne peux rien te proposer de mieux.

-Je le sais. Mais ce n'est pas ce que je désire. C'est la meilleure solution pour pouvoir passer à autre chose et vivre comme je le souhaite. Allez viens, je te raccompagne à ta chambre.

Il tangue légèrement en se levant, je l'aide à avancer en lui tenant le bras. Jamais je n'ai vu Byakuya subir les effets de l'alcool. Il a dû en consommer une quantité impressionnante pour être dans cet état. Nous nous dirigeons en silence vers l'ascenseur. Aucun de nous ne prononce un seul mot jusqu'à ce que nous arrivions dans sa chambre. Hisana n'est pas présente, elle doit être avec Rukia. Byakuya s'affale sur son lit. Je lui enlève sa cravate. Il me laisse faire en me fixant intensément, sans une parole.

-Nous n'aurions jamais dû rentrer de notre lune de miel. Rester à jamais en France, marmonné-je en lui enlevant sa veste de costume.

-Et te laisser mourir ? Jamais de la vie Yoruichi ! répond-il légèrement en colère. Tu comptes tellement pour moi.

-Tu as pris le temps pour me le dire Byakuya, plaisanté-je alors que je lui enlève ses chaussures.

-Trop longtemps. J'aurai dû te le dire beaucoup plus ... J'aurai dû être moins lâche ...

-Dans un sens, je crois que je l'ai toujours su ... J'attendais juste que tu te décides.

Je l'aide à s'allonger doucement. Byakuya m'entraine avec lui. Il me tient à la taille. Son visage s'approche du mien mais je recule.

-Tu as trop bu ce soir mon beau, il faut que tu ailles dormir.

Je me redresse après avoir embrassé sa joue, alors que lui consent à me laisser me relever. Ses yeux ne me quittent pas alors que je me dirige vers la sortie. Alors que je pose la main sur la poignée, il s'adresse à moi sérieux.

-Fais moi la promesse d'être heureuse Yoruichi, s'il te plait.

-Je vais essayer Byakuya, répondis-je sans le regarder. Fais-en de même toi aussi, évites de travailler toute la nuit.

J'avance sans me retourner. Une fois la porte fermée, je pousse un soupire. C'est beaucoup plus compliquée que prévu de lui dire au revoir.

-Bonsoir mademoiselle Yoruichi, dit-une voix douce derrière moi.

-Bonsoir Hisana, répondis-je poliment.

Je m'apprête à partir lorsqu'elle commence à s'adresser à moi.

-Byakuya est revenu ? Il s'est disputé avec Rukia tout à l'heure. Ils se disputent beaucoup, m'informe-t-elle. Vous êtes le sujet de ses confrontations.

-Oui. Je l'ai toujours été. Mais ne vous en faîtes pas, le calme va revenir, je m'en vais. Prenez soin de lui s'il vous plait. Il tient beaucoup à vous, il a juste besoin de temps pour s'en rappeler.

Et je la laisse là, dans ce couloir couleur crème, sans un mot de plus.

Je descends vers neuf heure pour prendre mon petit déjeuner en terrasse. Le soleil brille haut lorsque le serveur m'amène des croissants et un chocolat chaud. Je rédige des réponses aux quelques mails que j'ai reçu durant la nuit au calme. Une fois cette tâche effectuée, je regarde quelques capitaines et vice capitaines faire une bataille de boule de neige. Sosuke Aizen lance une boule de neige sur Shunsui Kyoraku, qui lui en lance une sur Rangiku Matsumoto pendant que Kenpachi et Yachiru sont cachés derrière un immense mur de neige en train de faire des provisions. Je termine mon repas et pars les rejoindre dans la neige pour jouer un peu.

o-o-o-o

-Il ne va pas apprécier, me murmure Rangiku se cachant derrière le mur de Kenpachi alors que j'observe ma prochaine cible avancer doucement le long du chemin.

-Pas grave, on est là pour s'amuser non ? lancé-je avec un grand sourire.

Je prends mon temps pour bien viser et je lance la boule de neige. Byakuya s'arrête net alors qu'elle vient de le frapper au torse. Ses yeux se tournent machinalement vers moi. Il vient me trouver calmement.

-Je peux savoir ce que tu fais ? demande-t-il en s'arrêtant droit devant moi, une lueur espiègle dans les yeux.

-Je lance de la neige, répondis-je un grand sourire au lèvres alors que Rangiku pouffe derrière moi. Tu devrais essayer c'est très amusant ! Tu peux me croire !

-Ah oui ? Tu es sûre ?

Un léger sourire apparaît sur son visage, je recule alors qu'il prend de la neige à ses pieds. Il n'a pas le temps de jeter sa boule de neige que je glisse et tombe en arrière. J'attrape Byakuya en passant, l'entrainant avec moi. J'explose de rire alors que nous sommes tous les deux allongés dans la neige. Lui aussi se met à rire. Nous nous regardons et continuons à sourire.

-Capitaine ! hurle Soi en avançant droit vers moi, rouge de colère.

Nous nous relevons tous les deux. Byakuya s'éloigne en frottant son pantalon couvert de neige, sous le regard indescriptible d'Hisana. Soi met les mains sur ses hanches.

-Vous n'avez pas le droit ! Vous m'aviez promis que vous n'iriez nul part ! Vous ne pouvez pas démissionner !

-Soi, tu occuperas très bien ce poste, dis-je en plaçant mes mains sur ses épaules avec un sourire. Tu en as les compétences. Tu as tout ce qu'il faut pour réussir.

-Non ! Je refuse capitaine !

-Ce n'est plus de ton ressort petite abeille, répondis-je en essayant de la calmer. Nous avons encore quatre mois Soi.

-Ne partez pas à cause de lui ! Il n'en vaut pas la peine ! C'est qu'un idiot !

-Soi, ça suffit ! grondé-je en parlant sèchement. Ce n'est pas sa décision mais la mienne ! Tu ne pourras rien y changer !

Elle me jette un regard noir avant de tourner les talons et s'éloigner à grands pas. Soi a fais retomber la joie de jouer à la neige. Tous les shinigamis présents qui ont entendu la conversation me regarde.

-Tu t'en vas Yoruichi ? me demande Yachiru en sortant de derrière le mur.

-Oui, j'ai pris la décision de vivre sur Terre, répondis-je en me mettant à sa hauteur. Je termine ce que je fais au Sereitei et je ne pourrais plus revenir.

La petite fille me prend dans ses bras alors que mes collègues me jettent des regards surpris et désolés. Ils doivent savoir pourquoi je prends une telle décision mais c'est ce qu'il y a de mieux.

A onze heure, je rejoins mes amis au bus. Plusieurs me souhaitent bonne chance avant de monter à l'intérieur du véhicule. Soi passe devant moi, sans un mot, sans un regard. Elle a juste les yeux rouge. Isane se trouve à ses côtés. Elle me lance un regard désolé avant de suivre sa petite amie.

-Elle va se calmer Yoruichi, déclare Byakuya en se plaçant à mes côtés.

-J'espère Byakuya.

Nous restons silencieux alors que plusieurs shinigamis passent devant nous. Rukia et Renji montent, puis Hisana attend Byakuya à l'entrée du bus. Ce dernier se tourne vers moi et me prend dans les bras.

-Prends soin de toi Yoruichi, me murmure-t-il à l'oreille.

-Toi aussi cher ami, lancé-je en lui donnant quelques tapes maladroites dans le dos.

Il s'éloigne de moi pour suivre les autres. Le capitaine Yamamoto vient à ma rencontre pour savoir si ma décision est toujours identique. Après l'avoir rassuré, je lui explique que je serais bien présente dans quinze jours au dôme blanc pour former le nouveau professeur et la dernière cession de shinigamis. Je vivrais là-haut pendant quatre mois avant de faire ma vie sur Terre. Il hoche la tête, puis part dans le bus.

Les portes se ferment et le véhicule commence à avancer. Je les salue de la main alors que le bus s'éloigne de l'hôtel. Le taxi klaxonne. Je donne mes bagages au chauffeur et m'installe à l'arrière, plus sereine qu'avant.