Disclaimer :

Les personnages de cette histoire appartiennent à JK Rowling, ainsi que les lieux de la scène. Je ne fais qu'emprunter humblement.

J'ai essayé de retracer les étapes de la journée d'alunissage de la mission Apollo 11 en m'aidant de la page wikipédia. En écrivant ce chapitre, je me suis dit que vu la technique de l'époque, l'évènement n'avait peut-être pas été retransmis en direct pendant près d'une semaine, mais si j'essayais d'être réaliste sur ce sujet là… Plus d'histoire. Malgré ce détail, j'espère avoir plus ou moins respecté la réalité historique.

Le titre est tiré de la chanson Space Oddity, de David Bowie. Le nom du personnage secondaire Tom Major, est bien sûr un clin d'oeil à cette chanson.

Bonne lecture !

La lumière du soleil transperçait de ses rayons les feuilles qui flottaient doucement sous la brise légère de ce mois de Juillet. L'été restait doux et Severus profitait d'un de ces rares instants où l'air ambiant n'était qu'une caresse et où la pluie froide et sinistre ne s'abattait pas sur la ville de Cokeworth. L'air était moins agressif que d'habitude et il pouvait presque oublier l'odeur pestilentielle qui sortait des cheminées des usines. Allongé sur la grève, il écoutait calmement le clapotis régulier de la rivière qui coulait derrière lui, l'eau frappant inlassablement les restes d'une machine à laver qui s'étaient retrouvés coincés dans un bras du cours d'eau, créant une musique répétitive et métallique. Il ferma les yeux et écouta ce presque silence, qui sonnait comme une symphonie après les cris tumultueux qu'il venait juste de fuir.

Sa mère hurlait sur son père au sujet de son poste à l'usine métallurgique qu'il avait perdu le mois dernier, tandis que son père ne semblait préoccupé que par la télévision qui refusait obstinément de fonctionner normalement. Il tapait de son poing volumineux sur le haut de l'objet qui ne répondait que par une image brouillée et crépitante.

Cela faisait une semaine que son père semblait particulièrement fébrile autour de sa précieuse télévision, et Severus n'avait pas réellement cherché à savoir pourquoi. De sa chambre, il pouvait entendre les accents américains des commentateurs et des voix étouffées crachotant au travers de ce qui semblaient être des micros. Mais depuis ce matin, l'objet moldu s'était figé et ne diffusait plus aucun signal.

Severus rit intérieurement en repensant à la facilité déconcertante qu'il avait eu pour, depuis sa chambre, perturber le signal capté par l'antenne râteau que son père avait été si fier d'installer l'été précédent. Il avait entendu le juron de son père, et s'était amusé un temps à remettre rapidement le signal pendant quelques secondes, pour s'amuser à nouveau à le brouiller, pour ré-entendre son père fulminer à l'étage du dessous.

Vite lassé de ce petit jeu, il avait fini par faire exploser définitivement l'antenne métallique et était parti discrètement de la maison familiale tandis que le ton montait entre ses deux parents. Il s'était alors rendu au seul endroit où il se sentait bien, le bord de rivière où il avait pour la première fois aperçu la petite Evans.

Mais Lily n'était pas là cet après-midi, et cela faisait une semaine qu'il ne l'avait pas vue. Il s'inquiétait, mais n'avait pas osé se rendre dans sa rue pour essayer de la trouver. Surtout qu'elle habitait juste en face du pub local, et que le « rejeton bizarre de ce pilier de comptoir de Tobias » n'avait surtout pas envie de s'y attarder ni de s'y faire remarquer.

Tant pis. Il profiterait du soleil sans elle. C'est dommage, il avait volé des baveboules à sa mère et s'était dit qu'il pourrait peut-être enseigner le jeu à Lily. C'était tellement plus amusant que les billes moldues auxquelles elle jouait avec sa sœur et ses camarades d'école.

Mais tout de même, une semaine, c'était long. C'était la première fois qu'il passait tant de temps sans la voir, même brièvement.

Il se décida tout de même à aller vers la maison des Evans pour voir ce qui pouvait l'avoir éloignée ainsi. Lily n'habitait qu'à quelques coins de rue de l'impasse du Tisseur, mais Severus avait l'impression de s'aventurer dans un territoire étranger et interdit. Elle habitait une maison semi-individuelle, qui bénéficiait même d'une petite cour avant où Mrs Evans faisait pousser des jonquilles. Les maisons mitoyennes de l'impasse du Tisseur n'avaient, elles, aucun espace permettant d'y faire pousser la moindre jonquille, et donnait directement sur le trottoir.

Il s'approcha timidement et voulut se raviser quand il reconnut la silhouette débonnaire de Mr Evans en pleine discussion avec son père.

Fistule. Jura-t-il.

Mr Evans était médecin, il était donc normal qu'il connaisse les différents habitants du quartier. Il portait un costume de tweed élégant tandis que son père n'était vêtu que d'un blue jean miteux et d'un débardeur blanc tâché par endroits. Severus ne put s'empêcher de remarquer qu'il avait déjà une bière à la main.

Il tenta de s'éloigner en espérant que son père ne l'avait pas vu, mais en se retournant, il tomba nez à nez avec Lily.

« Severus ! s'exclama-t-elle joyeusement. Tu es venu toi aussi ! »

Il lui lança un regard interrogateur.

« Pour venir voir l'alunissage ! Mon père a croisé le tien au Red Lion, et il lui a dit au sujet de votre télévision. »

Elle avait l'air désolé.

« C'est vraiment pas de chance qu'elle tombe en panne aujourd'hui justement. Mais du coup mes parents lui ont proposé de venir regarder à la maison ! On a les Majors qui sont également venus. Ils suivent l'évènement depuis le décollage, il y a quatre jours. Leur fils, Tom, a quelques magazines d'astrophysique, du coup il nous a expliqué deux trois trucs. Oh Severus ! Je suis tellement contente que tu sois venu ! »

Il n'avait pas compris un traître mot de ce qu'elle avait dit mais avait remarqué son sourire radieux. Il n'avait pas eu le temps de répondre quoi que ce soit en retour qu'elle lui avait déjà empoigné la main et l'amenait vers la porte verte qui gardait l'entrée de sa maison.

La maison sentait le propre et le cookie chaud. Les murs étaient recouverts d'une tapisserie à fleurs brunes et orangées, et quelques cadres photo y étaient accrochés, où Severus pouvait admirer différentes scènes de la vie de la famille Evans. Ici les parents se prélassaient sur une plage en Cornouailles, là Pétunia posait fièrement pour son récital de flûte, et là Lily montrait fièrement sa dent manquante sur son large sourire. Aucune des photos ne bougeait, mais Severus les trouva malgré tout incroyablement vivantes.

« Ah, t'es là, toi aussi ! »

Il sursauta et se retourna. Son père le suivait dans l'entrée, et le toisait d'un air surpris.

« Moi qui pensait que t'allais rester avec ta mère à râler et à pester. »

Il lui ébouriffa les cheveux dans un geste d'affection, mais Severus grimaça et esquiva en avançant un peu plus loin vers le salon.

Le salon était déjà rempli de monde, et sur le canapé à carreaux, qui jurait un peu avec la tapisserie bigarrée, il pouvait reconnaître le couple Major, ainsi que leurs deux enfants assis directement sur la moquette molletonnée. Ils habitaient la maison mitoyenne de celle de Lily et étaient devenus de très bons amis de la famille Evans.

L'aîné, Tom Major, était un adolescent malingre aux yeux globuleux, agrandis par des lunettes immenses. Il devait avoir au moins quinze ans, et il avait les cheveux blonds ramenés en arrière par de la gomina luisante. A ses côtés, il reconnut Fiona Major, la cadette, la grande amie de Pétunia, qui vérifiait la position de sa barrette à fleurs à l'aide de son petit miroir de poche. Juste à côté d'elle, Pétunia lançait des regards intéressés vers Tom Major, tout en essayant de garder l'air détaché et blasé qu'elle se forçait à arborer depuis qu'elle était rentrée au collège, un an plus tôt.

Malheureusement pour Pétunia, le garçon ne semblait pas quitter des yeux l'écran de télévision si ce n'est pour contempler un magazine posé au sol, grand ouvert devant lui. Il fronçait ses sourcils d'un air concentré en écoutant la voix qui sortait du poste.

Celui-ci était d'ailleurs beaucoup plus volumineux que le petit poste que son père avait pu acheter, et il l'entendit pousser un sifflement d'admiration quand il entra à son tour dans la pièce.

« Et bah mazette, si j'avais su que j'allais pouvoir regarder l'évènement sur un machin comme ça ! »

Les Majors se levèrent poliment pour le saluer, et Severus perçut le bref regard gêné qu'ils échangèrent en remarquant la présence de son père. Même avec une maigre connaissance du monde moldu, qui n'avait jamais eu un réel intérêt pour lui, Severus avait décelé les frontières invisibles qui séparaient les mondes de Mr Frank Major, comptable chez Coal and Copper Industries, et Tobias Snape, ancien ouvrier de cette même entreprise.

« Oh. Tobias Snape, c'est ça ? Fit Mr Major en lui serrant la main avec une dignité toute britannique.

- M'sieur dame ! » Répondit maladroitement son père, manifestement mal à l'aise.

Severus sentit Mrs Major baisser les yeux vers lui et lui lancer un regard désapprobateur.

« Ah ! S'exclama Tobias. C'est mon fils, Severus. Sev', dit bonjour à M'sieur Major et sa dame ! »

Il lui flanqua une légère claque sur l'arrière du crâne et Severus marmonna un bonjour en leur lançant un regard noir.

« 'scusez-le hein. Fit péniblement Tobias. Moi même parfois, je le trouve bizarre. »

Il éclata d'un rire gras et s'installa lourdement dans la chaise que lui avait ramené Mrs Evans. Celle-ci lui proposa ensuite un rafraîchissement, et il accepta volontiers, d'autant qu'il venait juste de finir sa bière.

Severus décida de suivre Lily dans la cuisine, d'où sortait cette fameuse odeur de cookies. Ils s'installèrent sur la petite table de la cuisine et Mrs Evans leur glissa à chacun un cookie encore chaud. Elle leur posa également devant le nez un grand verre de lait frais que Severus but avidement.

« Il se passe quoi en fait ? » demanda-t-il discrètement à Lily.

Elle en fit tomber son cookie, qu'elle rattrapa de justesse.

« Sev ! Je pensais que tu regardais avec ton père depuis le début de la semaine ! Mais enfin, tu n'as rien suivi ? »

Il renifla avec dédain. Tout ce grabuge semblait concerner les moldus, et par voie de conséquence, lui était totalement indifférent. Il tenta tout de même de feindre l'intérêt voyant l'enthousiasme que semblait avoir Lily pour l'évènement.

« La Mission Apollo 11 a décollé mercredi ! Depuis, Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins sont dans une fusée en direction de la lune et là, tout à l'heure, ils viennent de s'enfermer dans Eagle, le module lunaire, et ils vont bientôt se détacher de la fusée. Et après vers 20h, ils sont sensés atterrir !

- Et ils vont faire quoi ces moldus dans ces boites en fer en fait ? Demanda-t-il distraitement en trempant son cookie dans ce qui restait de son verre de lait.

- Mais enfin Sev' ! Il vont aller marcher sur la LUNE ! »

Severus éclata de rire et ne put s'empêcher de lui lancer un regard condescendant. Des moldus ? Sur la lune ! Des êtres incapables d'effectuer le moindre Wingardium Leviosa, qui arriveraient soudainement à s'élever suffisamment dans les airs ? Il pouffa à nouveau et tenta de ramener Lily à la raison. Celle-ci eut un mouvement de recul et lui lança un regard outré.

« Mais c'est vrai ! C'est à la télévision, et ils vont bientôt y arriver. »

Severus continua de la regarder avec un air amusé et elle se renfrogna encore plus.

« Si tu n'y crois pas, tu n'as qu'à rentrer chez toi. Je ne me moque pas de toi quand tu me parles des fantômes de Poudlard ou de balais magiques.

- Mais parce que c'est vrai ! Ce n'est pas je ne sais quel non-sens de moldu partant faire une randonnée sur la lune ... »

Elle se leva brusquement et se dirigea vers le salon, où les autres moldus étaient encore, hypnotisés par la télévision. Elle revint avec le magazine du garçon aux cheveux gominés.

Elle tournait frénétiquement les pages et sembla enfin trouver ce qu'elle cherchait. Elle tendit la page fièrement à Severus, qui s'en approcha en levant un sourcil dubitatif. Au premier plan, il pouvait voir une surface grisâtre et des cratères, et au loin, suspendue dans le noir du ciel, une demi-sphère aux tâches blanches et bleues.

« Oui bon, c'est la lune, et alors ?

- C'est pas la lune, fit-elle d'une voix énigmatique. C'est la Terre, depuis la Lune.

Severus reposa ses yeux vers la photo, interloqué. Il regarda à nouveau la sphère bleuâtre qui se détachait sur le noir de la photo et l'observa de plus près. Ce n'était en effet pas la lune, puisqu'il ne distinguait pas de cratères. Mais ça ne pouvait pas être la Terre. La Terre est immense, aucun sorcier, même avec les balais les plus puissants du monde, n'a réussi à monter assez haut pour ne voir ne serait-ce que la courbure de la Terre. Et là, Lily lui montrait une boule de la taille d'un souaffle, qui flottait dans un noir d'encre, et lui demandait de croire sur parole qu'il s'agissait de la Terre ?

« Ils ont publié cette photo l'an dernier, expliqua-t-elle. Lors de la mission ... »

Elle retourna le magazine pour vérifier et lire la légende en bas de la photo.

« … Apollo 8. Regarde bien, les tâches blanches, c'est l'Antarctique. »

Il se rapprocha de la photo et resta interdit. Il ne s'était jamais posé la question d'à quoi pouvait ressembler la Terre. Il avait déjà vu des mappemondes, mais il n'avait jamais envisagé qu'on pourrait la voir ainsi, pour de vrai. Et surtout, il n'aurait jamais pu imaginer une seule seconde que des moldus arriveraient à envoyer un appareil photo aussi loin.

« Mais c'est … Minuscule... » s'entendit-il murmurer, encore absorbé par l'image, qui avait sur lui un effet magnétique.

Toutes les choses qu'il avait connu ou qu'il allait connaître étaient donc dans cette photo. Poudlard était dans cette photo, mais également Cokeworth et son père et sa mère et même Lily et ses parents mais aussi tous les profs de Poudlard réunis. Tout ce qu'il avait connu, de la rivière polluée de sa ville, à l'usine où travaillait son père, au Chemin de Traverse où l'avait emmené une fois sa mère… Tout pouvait tenir dans ce demi-souaffle suspendu dans les airs.

Lily eut l'air satisfaite de son petit effet, et lui lança un regard triomphant.

oOo

Une fois leur verre de lait terminé, ils de dirigèrent vers le salon, où la télévision continuait d'hypnotiser la petite assemblée. Mais cette fois-ci, Severus daigna jeter un œil sur les images en noir et blanc qui se formaient sur la lucarne. Il distinguait des moldus à cravate devant des appareils recouverts de boutons divers. Lily lui expliqua qu'il s'agissait de la tour de contrôle, aux Etats-Unis, d'où ils communiquaient avec les Astronautes.

Il s'assit au sol sans décoller ses yeux des images qui se présentaient à lui. Des moldus encravatés, on passait à des images de la surface de la lune, qui semblait être désolée et désertique. Comment allaient-ils faire pour se nourrir ou trouver de l'eau ? Lily rit doucement et lui expliqua qu'il n'y avait rien sur la lune, pas même de l'air à respirer, et qu'ils avaient un costume qui leur permettait de pas exploser ni geler sur place.

Il reprit le magazine, et le parcourut des yeux, bien décidé à comprendre l'inimaginable, car son cerveau refusait encore d'admettre que le sol argenté qu'il voyait défiler sur cet écran était celui de la lune, qui devait être à au moins un million de miles de la Terre. Comment des moldus ont-ils pu voyager aussi loin ?

Le nez plongé dans son magazine, Lily à ses côtés, ils essayèrent de comprendre peu à peu, avec leur imagination d'enfant, comment une telle épopée avait pu être possible. Il ne daigna relever les yeux vers la télévision que quand il sentit l'excitation monter parmi les adultes qui observaient la scène. Les conversations s'étaient tues, et chacun avait les yeux rivés vers l'écran.

Il vit alors la capsule, petit coffret de métal fragile, se rapprocher de plus en plus de la surface lunaire, et il se surprit à retenir son souffle. L'engin se posa lourdement sur la surface lunaire, et il put enfin respirer à nouveau. Les adultes applaudirent chaleureusement, et il entendit même son père s'exclamer :

« Voilà quequ'chose que les soviet' n'auront pas! »

Il ne comprit pas où il voulait en venir, mais il ne put s'empêcher de sourire en voyant son père se tortiller et applaudir sur sa chaise. Celui-ci avait même oublié depuis quelques heures de finir sa bière, qui était restée posée au pied de sa chaise.

Mrs Evans avait préparé des sandwichs, et la réussite de l'alunissage de Eagle avait creusé l'appétit de l'assemblée, qui partagea avec plaisir la collation préparée par la mère de Lily. Le présentateur annonça qu'il fallait encore plusieurs heures avant que les astronautes ne sortent de la capsule, et Lily et Severus se concentrèrent sur leur sandwich au concombre, pour délaisser un instant leurs rêves lunaires.

Les deux collégiennes s'étaient désintéressées un temps de l'aventure spatiale qui se déroulaient sous leurs yeux et étaient parties glousser dans la chambre de Pétunia, et le garçon aux lunettes ne semblait pas disposé à engager la moindre conversation, toujours hypnotisé par la voix sortant de la tour de contrôle, donnant les instructions précises devant être suivies par Neil et Buzz pour préparer leur sortie. Les adultes, eux, avaient détournés un temps leur attention de l'écran pour parler de choses moldues et adultes auxquelles Severus ne comprenait rien.

Avec Lily, ils préféraient rire doucement en imaginant ce que les astronautes allaient pouvoir faire sur la surface de la lune. Allaient-ils rebondir comme des ballons ? Faire un pique-nique ? Annoncer qu'ils étaient des sorciers et prendre possession du monde ? C'était à celui qui proposait la réponse la plus saugrenue. Du coin de l'œil, il sentait parfois le regard de son père, mais pour la première fois, il ne sentait pas de menace peser sur lui. Il osa se tourner furtivement vers lui, et il vit que celui-ci avait presque l'air attendri, et sans qu'il puisse comprendre pourquoi, cela lui fit un peu chaud au cœur.

oOo

Le bruit de la sonnette de la porte d'entrée vint interrompre les joyeuses conversations de chacun. Mr Evans eut un sursaut de surprise. Il rassura d'un geste son épouse qui lui avait lancé un regard inquiet et se leva pour se diriger vers la porte d'entrée. La nuit était déjà noire, et ils n'attendaient pas plus de visiteurs pour venir assister à l'évènement.

Ils entendirent une voix hurler depuis le parvis de la porte :

« Où est-il ? »

Severus se tendit immédiatement et se glissa discrètement vers l'entrée, pour observer la scène.

Sa mère, vêtue de guenilles typiquement sorcières, était apparue toute échevelée. Elle pointait sa baguette vers Mr Evans qui eut un mouvement de recul, interloqué par le comportement de cette femme qu'il n'avait jamais vu auparavant.

« Bonjour, Madame, à qui avons-nous l'honneur ? fit-il d'un ton calme.

- Mon fils ! Je sais qu'il est là ! » cracha-t-elle.

Un vent de panique et de honte saisit soudainement Severus. Ses deux parents, au milieu de cette assemblée qui semblait si … civilisée, ça allait forcément faire une scène. Il eut un mouvement de recul, mais sa mère l'aperçut avant qu'il n'eut le temps de se faufiler.

« Severus ! Tu es là ! Je me faisais un sang d'encre ! Viens ici ! » lança-t-elle d'un ton autoritaire.

Severus ne bougea pas, et vit du coin de l'oeil que son père s'était avancé vers le hall.

« Eileen. » fit-il froidement. Il posa sa main sur l'épaule de son fils, mais celui-ci se dégagea brusquement.

Rassemblant les informations, Mr Evans tenta de calmer l'atmosphère qui semblait s'être fortement tendue avec l'entrée de cette femme.

« Oh, vous êtes la maman de Severus, fit-il avec bienveillance. Ne vous inquiétez pas, il est avec nous, on regardait la mission Apollo 11 à la télévision. Mais peut-être souhaitez-vous vous joindre à nous ? »

Eileen ne pris même pas le temps de répondre et attrapa Severus par la manche pour le tirer vers l'extérieur. Celui-ci se sentit également happé dans l'autre sens alors que son père lui avait attrapé le col.

« Le gamin reste ici, Eileen. Il a envie de regarder la télé avec nous. » fit-il d'une voix forte.

Sa mère tira encore plus fort et Severus sentit une douleur vive dans son poignet à mesure qu'elle le serrait.

« Mrs Snape ! »

La voix fluette de Lily avait réussi malgré tout à faire taire un instant les deux adultes qui se déchiraient.

« Est-ce que Severus pourrait rester s'il-vous-plaît ? On aimerait beaucoup pouvoir regarder l'alunissage ensemble, et Mr Snape est ici pour garder un œil sur lui, et ils rentreront ensemble, s'il-vous-plaît ? »

Elle avait un regard implorant et Severus se demanda un instant si elle n'allait pas pleurer. Il crut alors qu'on lui avait lancé un « reducto » en plein cœur.

« Ah. Ca doit être toi, cette fameuse Lily. Siffla-t-elle, pleine de dédain. Navrée, jeune fille, mais Severus n'a d'intérêt que pour notre monde et tu ferais mieux d'en faire autant si tu ne veux pas avoir de problèmes plus tard. »

Mr Evans eut un regard horrifié vers la sorcière.

« Sont-ce des menaces envers ma fille ? Je ne vous permets pas ! »

Elle tirait encore Severus qui était resté pétrifié, entre la poigne de sa mère et l'étreinte de son père.

« Severus reste ici, car je l'ai décidé ! » fit la voix autoritaire de son père.

Il avait tiré plus fort qu'elle et Severus s'était retrouvé propulsé en arrière. Tobias commençait à menacer Eileen du poing. Mr Evans sembla considérer qu'il s'agissait de la goutte de trop.

« Vous savez quoi, vous allez tous rentrer chez vous. Tobias, je suis navré, mais ceci n'est pas le genre de scène que je peux tolérer au sein de ma maison. Je vous souhaite une bonne soirée. »

Il les entraîna vers la sortie et referma la porte derrière eux. Severus eut à peine le temps de lancer un regard triste vers Lily qui avait les yeux baignés de larmes.

oOo

Agrippant toujours fermement son poignet, sa mère l'avait fait transplaner vers l'impasse du Tisseur et l'avait ramené à la maison en lui hurlant qu'elle ne voulait plus le voir traîner chez des sales moldus. Son père avait rapidement suivi, à pied, et s'était précipité vers son épouse pour lui hurler dessus. Il en avait profité pour se faufiler dans sa chambre, d'où il pouvait tout de même entendre les cris et les coups contre le mur ou contre sa mère.

Il se recroquevilla contre le mur et se roula en boule. Pour un instant, il s'était senti si bien, dans la chaleureuse maison des Evans, et pour un bref moment, il ne s'était pas pré-occupé de savoir s'il s'agissait de moldus ou de sorciers. Il avait eu le sentiment qu'il allait assister à un des plus grands évènements que l'humanité avait connue, et il s'était presque senti fier d'être à moitié moldu en voyant ce qu'ils étaient capables de réaliser. Et surtout, il s'était senti si bien dans le chaleureux foyer des Evans. Mais les vociférations de son père lui rappelaient brutalement la véritable nature des moldus et le ramenaient à une douloureuse réalité.

Il entendit un léger coup contre sa vitre, comme si quelqu'un venait de lancer un caillou contre le carreau. Il se releva en un sursaut et ouvrit sa fenêtre.

« Sev ! »

En bas, Lily l'appelait en chuchotant. Elle lui montrait une petite radio qu'elle tenait dans ses mains. Un large sourire entrouvrit le visage de Severus, qui se précipita hors de sa fenêtre, prenant soin de ne pas glisser à mesure qu'il descendait le long du mur de sa maison.

Il atterrit lourdement et Lily le prit dans ses bras. Il pouvait sentir la petite radio métallique pressée contre ses omoplates trop maigres mais il ne s'en soucia pas.

« Oh, Severus, je suis tellement désolée ! »

Elle desserra son étreinte et le guida dans un recoin sombre de la ruelle, où ils s'assirent tous les deux. Elle alluma la petite radio et Severus put voir que le petit quartier de lune éclairait son visage d'une lumière douce. Il se dit alors que c'était probablement la chose la plus jolie qu'il avait jamais vu de sa courte vie.

« Five … Four … Three … Two … One ... »

Il leva ses yeux vers la lune qui trônait dans le ciel, et elle lui parut si lointaine. Lily serrait doucement sa main dans la sienne et semblait retenir son souffle aux mots étouffés qui sortirent de la radio.

« It's one small step for a man … One giant leap for mankind. »

xxx

J'espère que vous avez apprécié, n'hésitez pas à me dire votre ressenti avec une petite review :)

NdA : Pour la scène où Severus s'amuse à débrancher la télé depuis sa chambre, je me suis inspirée d'un souvenir de film, où un personnage, sur le toit d'un immeuble, s'amuse à débrancher le signal d'une télévision pendant qu'un autre essaye de regarder ce que je crois être un match de foot, en débranchant bien sûr, au moment où le suspens est à son comble, ce qui fait rager le téléspectateur. Impossible de retrouver de quel film cela provient, si quelqu'un a une idée, je serais ravie qu'on me rafraîchisse la mémoire !

NdA2 : Le fait que le pub où va boire Tobias Snape s'appelle le Red Lion n'est pas anodin. Outre le fait que ce soit un nom super courant pour un pub, ça va bien sûr influencer le futur élève de Serpentard dans son mépris pour Gryffondor.

NdA 3 : Je pense ajouter d'autres OS pour avoir le point de vue d'autres personnages sur la mission Apollo 11. J'ai quelques idées pour Sirius ou Remus, bien que le point de vue de Remus risque d'être ardu à décrire, tant les émotions en jeu peuvent être contradictoires. S'il y a des requêtes, je veux bien m'y pencher pour voir si ça m'inspire :)

En tous cas, peut-être à très vite !

Bises à tous et toutes !