C'étaient des paupières lourdes comme de la roche que La Freyja du soulever pour percevoir la clarté. Il mit quelques secondes à voir de manière nette. Il tourna la tête vers ce qui semblait être une porte. Il l'a reconnu. Celle de sa chambre. Il prit alors appui sur ses avant-bras pour s'assoir. Oui, c'était bien sa chambre. L'avait-on transporté jusqu'ici ? Il ne se souvenait de rien. Il entreprit de se lever mais une fois sur ses deux pieds il perdit rapidement l'équilibre et se rattrapa en se tenant à son bureau. La fenêtre... de l'air frais. Il en avait besoin. Il avança lentement comme un enfant faisant ses premiers pas vers les grandes vitres de sa chambre qu'il ouvrit d'un grand coup non contrôlé.
C'est alors qu'il se prit le vent et la chaleur du soleil en plein visage. La lumière lui fit froncer les sourcils mais bien assez vite il s'habitua. Il faisait jour ? Combien de temps était-il resté inconscient ?

Il prit un instant pour faire le vide, fermer les yeux et respirer un grand bol d'air frais. Il se demanda un instant si tout ce qu'il venait de vivre n'était qu'un rêve, que son oncle ne lui faisait pas vivre une vie surchargée en devoirs. Son corps n'était que courbatures et souffrances à présent. Ses mains pleines de plaies à trop manipuler instruments de musique, instruments scientifiques, armes, plume, et autres objets tout aussi inintéressants pour lui à ce moment. Ses jambes n'étaient pas mieux loties, et les heures passées à apprendre la danse et la marche de cour lui restaient encore dans les articulations. Quant à sa tête, elle allait explosée, car elle ne savait plus à quoi penser. Trop de temps passé à la poésie, aux langues et aux formules mathématiques. Mais l'aspect vide et paroissial de sa chambre ne faisait aucun doute. Rien de tout cela n'était un rêve. Il lâcha un soupir et son corps se crispa en entendant des bruits de pas lourds arriver à sa chambre. La porte s'ouvrit sans prévenir, et il put, au nombre de chaussures claquant le parquet, en déduire que pas moins de quatre personnes venaient d'entrer. Pour autant, il ne se tourna pas, les mains toujours sur les ouvertures de la grande fenêtre.

-Freyja, alors que vous arrive-t-il ? Quatre jours de travail et vous voilà chancelant ? Vous avez dormi une journée durant.

La voix moqueuse qui parvint à ses oreilles ne pouvaient le faire douter sur son propriétaire. Il reprit faussement contenance et se tourna rapidement vers son Oncle.

-C'est bien aimable de me rendre visite, Monsieur le Frère du Roi. Rassurez-vous je ne suis plus aussi souffrant.

Monsieur, accompagné de quelques Conseillers, sourirent comme satisfais. La Freyja avait prouvé sa faiblesse. Et le jeune homme l'avait compris. Il s'avança vers eux ayant mystérieusement repris son équilibre et sa grâce provoquante habituelle et dit alors :

-Mon Oncle, je me dois cependant vous demander une faveur. J'ai accepté jusqu'à maintenant tout ce que vous vouliez de moi. J'ai accompli les tâches, sans rechigner un instant. Je me suis appliqué, dans toutes les matières que vous m'avez imposées. Mais de grâce mettez un terme à tout cela. Je ne peux tenir ce rythme exténuant tout le temps. Il me faut du repos. S'il vous plait, mon Oncle.

Aussi docile qu'un chat à qui on donnait une coupelle de lait, La Freyja s'inclina en une de ses plus belles révérences. Se soumettre ainsi, cela lui demandait beaucoup. Mais il ne pouvait plus vivre ainsi. Il le savait, son corps n'allait pas tenir. Mais tous ses espoirs s'envolèrent quand il entendit un soufflement de nez de la part de son oncle.

-Du repos ? s'exclama-t-il d'une voix hautaine. Mais enfin, n'avez-vous pas la nuit pour dormir ?

La Freyja releva la tête et se redressa lentement alors que Monsieur s'avançait d'un air dominant et menaçant vers lui. Le jeune noble planta son regard dans le sien. Il y lu un regard de victoire, et de satisfaction dans un sadisme pervers. Son oncle enchaina alors :

-Que ce soit clair entre nous, Freyja. Je vais vous exténuer, vous ronger jusqu'à l'os. Jusqu'à ce que les corbeaux même ne trouvent plus d'intérêt à dévorer votre carcasse. Vous m'avez ridiculisé devant tout le pays en vous auto proclamant futur héritier. Seulement, ici, il n'y a qu'un Roi. Et ce sera moi. Alors remettez-vous au travail si vous ne voulez pas perdre le peu de choses qu'il vous reste.

Le jeune homme ne put retorquer, Monsieur le Frère du Roi reparti aussitôt suivi de ses Conseillers. C'était faux... c'était faux ! Il n'avait jamais proclamé quoi que ce soit ! Il ne voulait rien ! Combien de fois devra-t-il le dire ? Il tourna la tête vers son dernier miroir, et la personne qu'il y vit le marqua. Il ne se reconnaissait plus. Sa peau de porcelaine avait laissée place à la blancheur des morts. Des marques noires se dessinaient sous ses yeux. Ses cheveux avaient perdus en boucle. Il n'était plus que l'ombre de lui-même. Il avait perdu toute vitalité et contenance, et s'il en eut encore pour affronter son Oncle quand il était entré, elle s'était totalement évaporé quand il avait quitté la pièce. Il ne pouvait pas rester sans rien faire. Il n'allait finir le mois vivant sinon.

Il se souvint alors de ce que lui avait dit Deathmask. Fuir... Fuir ensemble. Cela paraissait être une bonne idée. La seule manière d'échapper à tout cela. Mais il ne pouvait pas faire prendre ce risque à son ami. Il ne voulait pas qu'il lui arrive malheur par sa faute. Il devait le laisser en dehors de tout ça. Non, il devait partir. Seul. Et tout de suite.

Mais pour cela, il attendit la nuit. Il fit mine d'une rechute pour ne pas aller à ses cours. Il resta dans sa chambre, regardant soit par la fenêtre soit le plafond. On aurait pu entendre une mouche voler tant le silence était imposant dans la pièce. Quand il vit le soleil se coucha, une boule lui prit le ventre. Il ne savait pas où il allait partir ni comment. Et surtout, son ami allait lui manquer. Il sera difficile de partir sans lui dire au revoir. Il allait très certainement s'inquiéter.

Minuit. Il était temps. Ne portant sur son dos que ses habits ainsi qu'un petit canif et ce qui lui restait de pièces qu'il avait réussi à dissimuler, il ouvrit la porte de ses appartements. Le pas rapide et agile comme un chat, il passa sans bruit les couloirs sombres du palais endormi. Il atteint rapidement les jardins. Là il s'arrêta et regarda sur sa droite. Les appartements des gardes se trouvaient là... Deathmask avait fini sa ronde depuis deux heures. Il hésita ce qui lui parut une éternité... puis céda. Il changea alors de direction et s'y rendit le plus silencieusement possible, quoi que les graviers sous ses chaussures le trahissaient un peu. Arrivé à la porte, il tendit l'oreille... il savait que certains gardes jouaient jusque tard dans la nuit à des jeux dans la salle commune. Mais là, pas un bruit. Il ouvrit alors doucement la porte et trouva la salle vide. Il la referma alors et regarda les entrées des dortoirs. Il se dirigea vers celle où logeait Deathmask et y passa la tête. Entre les ronflements et les bruits de couvertures qui se froissaient, il le vit, dormant silencieusement sous la fenêtre. La lune éclairait son visage. La Freyja s'approcha, baissant un peu sa garde autour de lui. Il prit quelques instants pour le contempler, puis retenant ses mèches de cheveux tombantes, il embrassa son front.

-Je reviendrai. Dit-il. Je trouverai un moyen. Je te le promets Deathy...

La bulle qui s'était créer autour des deux hommes fut brisée par des rires et un claquement de porte. La Freyja se redressa soudainement. hacher! des gardes. Ils étaient rentrés. Il ne pouvait plus ressortir. Son angoisse augmenta lorsque l'un d'eux approcha du dortoir pour, certainement, aller dormir. Ne réfléchissant pas, Aphrodite se pencha au-dessus du lit de son ami et ouvrit grand la fenêtre. Il sauta par-dessus et atterri dehors. Il resta assis sous la fenêtre quelques instant, reprenant son souffle. Le garde, ayant entendu du bruit entra pour de bon dans le dortoir. Voyant le vent frais rentrer dans la pièce, il dit quelques jurons avant de refermer la fenêtre sans trop regarder alentours, pensant que l'un de ses collègues avaient eu chauds. La Freyja attendit encore quelques instants avant de se relever après s'être assuré que personne ne le verrai. Il regarda une dernière fois Deathmask, puis reprit sa course, courant jusqu'au portail du palais qu'il escalada au moment du tour de garde sans trop de problèmes. Il arriva à la forêt. Il continua de marcher inlassablement. Il devait s'éloigner le plus loin possible de ce château.


Shura se leva de bonne heure ce matin. Il se prépara et se hâta vers la chambre de la Freyja pour prendre de ses nouvelles. Le malaise remontait à deux jours maintenant, et il n'avait pas eu de nouvelles de la part de quiconque. Il sorti alors de sa chambre et se dirigea vers les appartements royaux. D'un pas pressant, il longeait les couloirs, ses chaussures claquant sur le parquet, donnant son rythme de marche, et rendant son allure encore plus militaire et formelle. Il arriva enfin devant la porte de chambre de La Freyja. Il y frappa légèrement. silence... aucune réponse. Fronçant légèrement les sourcils, il recommença. Toujours aucune réponse. La Freyja était-il déjà parti pour ses cours ? Certainement pas, il avait entendu dire qu'il était resté alité hier la journée durant. Il retenta alors une troisième fois :

-Freyja ? C'est moi, Shura... Je viens m'assurer de votre rétablissement. Puis-je entrer ?

Pour donner suite à ces mots, il n'eut pas à attendre longtemps pour que la porte s'ouvre. Mais ce n'était pas le jeune noble qui était derrière celle-ci. Etonné le Général recula d'un pas :

-Deathmask ? C'est toi ?

Le garde le fixait d'un air grave et inquiet. Derrière lui, les draps du lit étaient renversés, l'armoire ainsi que la fenêtre ouverte. Shura prit une grande respiration et se redressa un peu plus, se donnant un air formel et autoritaire, la bouche crispée, ses yeux suspicieux regardant le soldat qui n'avait toujours pas parlé :

-Que fais-tu ici ? Où est la Freyja ?

-Nulle part. Il est introuvable.

Deathmask ouvrit un peu plus la porte pour laisser le Général entrer dans la chambre et la referma tout de suite après. Les deux hommes se firent face, Shura sur la défensive. Il serra les poings :

-Puis-je savoir ce que tu fais dans les appartements du neveu du roi, soldat ? Tu devrais être à l'entrainement ! Qui t'a permis de mettre un tel désordre ici ? Tu pourrais te faire soupçonner de vol, et surtout pourquoi La Freyja n'est pas là ?!

A ce moment, le militaire ne savait pas s'il s'énervait par inquiétude pour le jeune garde ou s'il lui faisait réellement une remontrance. Mais ce dernier restait de marbre, ne lui rejetant pas toutes ses accusations à la figure comme il aurait pu le faire auparavant. Il baissa la tête et serra des poings, avant de le regarder dans les yeux et de répondre, la voix grave et soucieuse :

-Je vous l'ai dit il n'est nulle part. Introuvable... Je suis venu ici parce que je le cherchais. Ce matin en me réveillant, j'ai senti son parfum sur mes draps. Je me suis alors dit que quelque chose a dû se passer et qu'il était peut-être venu me chercher mais qu'il n'eut pas le temps de me réveiller. Le sachant normalement alité je suis venu à sa chambre, mais il n'y était pas. J'ai fouillé de partout, aucune trace de lui. Il s'est comme volatilisé.

- Volatilisé ? Mais comment... N'aurais-tu pas une idée d'où il aurait pu aller ?

-Non. Et de toutes manières...

Deathmask laissa un silence s'installer, ne finissant pas sa phrase. Le visage crispé, il se rappelait sa discussion avec Freyja : « Tu peux même fuir si tu veux. » Dès qu'il était entré dans la chambre, il l'avait compris. Même s'il avait cherché, il le savait. Freyja était parti. Il avait fui. Mais il ne savait pas où. Le parfum qui imprégnait ses draps était celui d'un au revoir.
La main de Shura vint alors se poser sur son épaule, le regardant d'un air sérieux et calme :

-Ne t'en fais pas. J'ai compris. C'était prévisible.

-Mais il y a un problème Mon Générale. Si Monsieur le frère de Roi l'apprend que fera-t-il ?

Le militaire se pinça les lèvres et se tourna vers la fenêtre ouverte :

-Pas de bonnes choses. Nous devons essayer de couvrir sa fugue le plus longtemps possible tout en essayant de savoir où il a bien pu aller. Nous allons ranger cette chambre et mettre des coussins sous les draps pour faire mine d'un corps si des curieux venaient à rentrer. Ensuite, j'irais voir Monsieur le frère du Roi et je lui dirais qu'il n'est pas encore en état, et qu'il doit se reposer encore. Peut-être que d'ici quelques jours nous l'aurons retrouvé.

-Et en ce qui concerne les serviteurs ? Ils vont bien devoir lui apporter à manger non ?

-Je vais t'assigner ici tu garderas la porte, tu feras en sorte qu'aucun serviteur ne rentre et tu diras que tu lui passes les plats toi-même. Invente une excuse, peu importe. Mais personne ne doit rentrer.

Acquiesçant, Deathmask se mit tout de suite au travail. Il avait une certaine boule au ventre, et craignait pour la santé de son ami. Mais le mieux à faire pour le moment était de le protéger. Shura de son côté n'en menait pas plus large. Comment allait-il le chercher sans éveiller de soupçons ? Cela allait s'avérer très compliqué.


Freyja marchait de plus en plus lentement. Sa tête le lancinait et il était pris de vertiges. Il était toujours dans la forêt, cette forêt immense, et s'y était perdu. Il était faible et avait marché de manière hasardeuse toute la nuit. Assoiffé, se forçant pour ne pas s'écrouler sous son propre poids, la fièvre lui avait reprit depuis une bonne heure. Il se tint à un arbre un instant pour reprendre son souffle. Il n'allait plus tenir longtemps avant de tomber dans les pommes.

A quelques dizaines de mètres, cachés par les broussailles et la végétation, un jeune garçon s'accroupi près d'un champignon, qu'il s'apprêta à prendre en main :

-Aiolia ne le touche pas ! S'écria une voix derrière le garçonnet. Qu'est ce que je t'ai dit avec les champignons ? On les prend avec un bâton !

-Mais c'est un cèpe ! Râla-t-il en réponse, rejetant la tête en arrière. Je risque rien avec un cèpe !

-On ne sait jamais ! Prends ton bâton.

La voix s'approcha pour laisser place à un jeune homme, habillé de plusieurs couches de tissus formant une sorte de tuniques, et d'un grand sac en tissus sur le dos. Il se pencha pour examiner de plus près la trouvaille de son frère :

-Hum... C'est bon c'est bien un cèpe. Tu peux le prendre.

Aiolia souffla avant de l'arracher de terre et de le mettre dans le sac de son aîné :

-J'te l'avais dit hein. Bon je continue de chercher je vais là-bas.

-Prends un bâton ! Je ne veux pas te soigner parce que tu as été empoisonné !

Mais les réprimandes étaient inutiles, le jeune adolescent s'éloignant petit à petit de son grand frère sans lui prêter aucune autre attention.
Et c'est au détour d'un buisson qu'une couleur turquoise l'interpela. Il se tourna légèrement vers l'objet de distraction et reconnu des mèches. Méfiant et muni de son bâton, il avança prudemment et lentement vers le corps qui gisait maintenant sur le sol au pied d'un vieux pin.

- AIOLOOOS !

Ce dernier lâcha toutes ses affaires pour bondir jusqu'à son frère, le cœur battant aussi vite que le tambour d'un militaire. Il se mit devant son frère, le tirant derrière lui d'un coup plus sec que ce qu'il n'aurait voulu, et commença à regarder de droite à gauche, répétant :

-Où ça ! Où ça !

-Là ! juste devant toi...

Le jeune blondinet paraissait choqué de sa trouvaille. Il n'avait pas l'habitude de voir ce genre de scène, surtout pas une personne inconsciente et brulante de fièvre en pleine forêt ! Aiolos se crispa un peu et posa une main sur le torse de son frère pour le faire reculer :

-Gardes tes distances. Il peut avoir une maladie contagieuse.

-Mais enfin il..

-Je sais, il est souffrant. Donne-moi ton bâton.

Il n'attendit pas la réponse de son frère qu'Aiolos s'en empara pour venir tâter le visage et les épaules de La Freyja, toujours inconsciente. Après la rapide inspection faite, il se redressa et baissa le morceau de bois :

-Pas de bave apparente... Il n'a pas la rage. Ce n'est pas non plus la lèpre. Mais il est brulant de fièvre, si on le laisse ici il va mourir.

Il s'avança et se pencha au-dessus du jeune noble. Il enleva sa propre cape pour l'en entourer et le soulever.

-Aiolia, marche devant.

-On rentre ?

-Oui, on le ramène avec nous. Il doit être soigné malgré tout. Mais ne t'en approche pas je ne voudrais pas que tu tombes malade. Avance maintenant.

Le cadet regarda un instant le visage du malade... Il était bien beau. Il ne l'avait jamais vu par ici auparavant. Ils commencèrent leur chemin de retour et arrivèrent bientôt à une petite chaumière dans une petite clairière, cachée dans la forêt de pin.

Quelques heures plus tard, La Freyja ouvrit enfin les yeux. Il chercha à savoir où il se trouvait du regard, mais fit face à de grands yeux bleus :

-Vous êtes réveillé ?

-.. euh.. je...

Il s'assit en douceur et balaya du regard la pièce : il était sur un lit de paille, dans une maisonnette d'une pièce. Une marmite était sur le feu, et l'air y était bon. Les murs étaient faits de pierres et de chaux, et les meubles aux finissions grossières mais avec de légers efforts d'ornement, étaient pour leur part faits en bois de pins. Il regarda de nouveau le garçon qui était toujours assis sur le lit à l'observer. Reprit de Celui-ci :

-Je m'appelle Aiolia. On vous a trouvé avec Aiolos, c'est mon frère. Il vous a soigné parce que vous alliez mal. Au début on pensait à la peste mais finalement non il dit que c'était un trop plein de fatigue. Vous vous sentez comment ? Vous voulez dormir encore ? Vous savez là c'est mon lit, le lit de mon frère il est là-bas, près de la fenêtre parce qu'il a chaud souvent la nuit, il est fort mon frère hein ? Il vous a soigné lui avec des plantes il est fort hein ? Et vous savez aussi ...

-Si tu veux que je me sentes mieux petit, parle moins.

La Freyja grimaçait sous la ribambelle de phrases et de mots que lui avait assené Aiolia. On aurait dit des coups de marteau à chaque syllabe prononcée. Il se massa les tempes pour essayer d'apaiser un temps soit peu la douleur.

N'osant plus parler, le jeune préadolescent détourna le regard qui se posa sur la porte d'entrée qui s'ouvrit. Il se leva du lit pour rejoindre son frère qui posait son panier rempli de champignon sur la table :

-Il s'est réveillé. Dit-il simplement se tournant vers le malade qui les regardait.

Aiolos sourit et s'avança vers leur invité :

-Bonjour, vous voilà de retour parmi nous. Je me présente je me nomme Aiolos, et voici mon petit frère Aiolia. Quel est votre nom ?

-Je m'appelle Fre... bourdonner... et bien...

Freyja réfléchi. Et si son surnom était connu chez le peuple ? Il ne pouvait pas non plus donner son vrai prénom, là ce serait encore plus cramé. Déjà qu'il craignait qu'on ne le reconnaisse rien qu'à son physique, il valait mieux éviter.

-Je ne m'en souviens plus... avec le choque j'ai... j'ai tout oublié, il me semble.

Aiolos à cette déclaration cligna plusieurs fois des yeux, étonné, puis sourit :

-Ce n'est pas grave. Votre fièvre est tombée mais vous devrez vous ménager durant les prochains jours. Savez-vous d'où vous venez et ce que vous faisiez là ?

-Non, aucunement. Navré.

Aiolos considéra un instant le jeune homme devant lui. Les habits qu'il portait n'étaient pas ceux de simple bourgeois ou de gens du peuple. Peut-être un déserteur ? Ce qui est sûr c'est que cet homme est en fuite et qu'il essayait de lui cacher son identité. Il le voyait, après tout, il a laissé échapper une syllabe de sa bouche avant de dire que finalement il ne se souvenait de rien. La Capitale ainsi que le palais royal n'est qu'à quelques kilomètres d'ici, c'est sûrement de là-bas qu'il vient, et l'on viendra très probablement le chercher à un moment ou à un autre. Cela pourrait le mettre en danger lui et son frère. D'un autre côté, ce garçon paraissait souffrant et ne portait qu'un petit canif qu'il lui avait sournoisement confisqué pour plus de sécurité. Il ne pouvait pas le laisser repartir dans un tel état.
Aiolos ferma les yeux et prit une profonde inspiration :

-Vous pouvez rester. Mais pas plus de 2 jours. Je ne veux pas avoir d'ennuis.

-Merci, Aiolos. Dit simplement Freyja, ayant compris qu'il se doutait de quelque chose. Est-ce que je peux aider ? Quelle que soit la tâche ?

-Tâchez surtout de vous ménager pour partir dans des conditions optimales. Aiolia, va ramasser les œufs de la poule s'il te plaît.

Sans rien répondre le garçonnet reparti dehors, laissant les deux jeunes hommes seuls dans la pièce.
Voyant le brun trier les champignons qu'il sortait de son panier, Freyja entreprit de se lever :

-Au palais, il était préparé en cuisine une recette à base de champignon, je peux peut-être vous la faire goûter ?

Le paysan regarda du coin de l'œil son interlocuteur et sourit un peu en coin, continuant de trier :

-Vous vous souvenez d'où vous venez, c'est bien, la mémoire vous reviens rapidement.

-J'y étais serviteur.

-Les serviteurs sont drôlement bien habillés, au palais. En noir qui plus est.

-Je…

Aiolos lui coupa la parole, posant fermement ses mains sur la table :

-Ecoutez Monsieur, je ne suis pas dupe. Il n'y a que la noblesse pour s'habiller pareillement et pour avoir des pièces d'or à sa ceinture.

-Des pièces d'or… ? Oh ! mon argent !

Par réflexe il posa sa main à sa taille et laissa échapper un soupire de soulagement en y sentant encore la bourse pleine. Aiolos continua :

-Ne vous en faites pas je suis un honnête homme. Les 6 pièces d'or sont là. J'ai bien été obligé de vous fouiller avant de vous amener chez moi, je ne voulais pas prendre le risque de mettre en danger mon petit frère. Aussi, je crois reconnaître de la soie dans vos vêtements. Vous comptiez réellement passer inaperçu ainsi ?

Freyja allait rétorquer mais le brun le coupa une fois de plus :

-Et pour finir, Monsieur, le canif que vous portez est estampillé au nom de la famille royale.

Il s'avança vers le noble qui recula de quelques pas :

-Je sais que vous ne me dites pas la vérité, sûrement pour votre sécurité, mais je dois aussi assurer la mienne. Je ne sais pas quel est votre rôle au sein de la famille royale, mais j'aimerais m'assurer que vous n'êtes pas un danger pour nous.

-Je… Je…

Freyja ne savait plus quoi dire. Aiolos était assez sec dans sa voix, et il le comprenait totalement. Que pouvait-il répondre à ça ? Un danger, pour sûr qu'il ne leur ferait pas de mal, mais si Monsieur le Frère du Roi apprenait qu'ils l'ont hébergé, ils risquent gros. Peut-être que dire une partie de la vérité aiderait à régler le problème ? Il répondit alors :

-Je ne suis pas un danger pour vous je ne vous ferai aucun mal. Je suis effectivement issu de la noblesse et un proche de la famille royale, mais je suis en fuite car ils veulent m'imposer un rôle dont je ne veux pas. Je ne veux pas retourner au palais et je me suis enfui. Et je compte continuer ma route. Je ne veux pas vous créer d'ennuis. Sincèrement, Aiolos. Ni à vous ni à votre frère.

-… Très bien. Dit le jeune paysan en s'écartant, après l'avoir considéré quelques secondes. Permettez-moi seulement un conseil.

-Oui ? Lequel ?

- Une pièce d'or équivaux à deux ans de travail pour un homme du peuple tel que moi. Vous balader avec un tel argent ne ferais que vous attirer des ennuis.

-Je… très bien. Merci.

Aiolos se détendit un peu et sourit légèrement :

-Vous me la montrez, cette recette ?

-Oui, tout de suite.

Pour la première fois, Freyja paraissait intimidé par quelqu'un. Et ce n'était ni un noble ni le roi, mais un paysan. Peut-être parce qu'il était dans l'immédiat sa seule chance de survie. Tout en cuisinant, il parla un peu avec Aiolos, et ce fut à ce moment que la recette tomba à l'eau, quand il apprit que le peuple ne mangeait jamais de viande ou presque jamais.
Mais la discussion s'arrêta là. Aiolos reprit le contrôle des fourneaux et Aiolia revint dans la pièce.

Le repas du midi arriva. A table, Freyja ne fit pas le difficile, bien que le maigre repas donné par Aiolos fût loin de ses habitudes de château. Il l'avait décidé délibérément, c'est lui qui était parti. Mais il ne put s'empêcher de grimacer intérieurement. Son regard dériva sur le jeune Aiolia, qui dévorait son assiette et son pain noir. Aiolos le repris à plusieurs reprises mais avait du mal à se faire entendre par le jeune garçon. C'est à ce moment que Freyja réalisa que cette chaumière manquait d'éléments importants : des parents.

-Au faites, vous vivez seuls ? Où sont vos parents ?

-Aiolia ! Maintenant ça suffit ! Tu manges sans faire le pitre !

Aiolos avait tapé du poing sur la table, ce qui fit sursauter le trouble fait ainsi que le jeune noble. Il avait presque crié sa phrase, comme exaspéré et dépassé par le comportement de son frère, mais aussi et sûrement pour couvrir la question de La Freyja, l'étouffer.

Le sursaut d'Aiolia le fit avaler de travers et il se mit à taper frénétiquement sur sa poitrine.

-Et voilà tu t'étrangles ! Combien de fois je t'ai dit de ne pas te goinfrer à table !

Tout en le réprimandant Aiolos avait porté un verre à la bouche de son frère, le forçant à avaler, lui faisant mouiller son haut au passage. Une fois la nourriture correctement avalée, ce dernier fit reculer d'un geste brusque le verre que son frère avait encore dans les mains et s'écria :

-C'est toi qui m'a fait peur à taper comme une maboule sur la table ! je suis plus un bébé je peux décider tout seul de comment je mange !

-Tu décideras de comment tu manges lorsque ce sera toi qui fera à manger ! Alors maintenant tu finis ton assiette dans le calme !

Le jeune frère souffla et repris sa fourchette avec un entrain assez moins présent. Alors qu'un silence lourd s'installait à table, l'ainé remplit d'eau le verre de son cadet en le lui tendant, la voix se voulant plus douce :

-Tiens, bois encore un peu.

Lorsque le repas se termina, Aiolia était de corvée de vaisselle. Aiolos invita Freyja à le suivre dehors pour étendre la lessive.
Leur petite parcelle de terre était assez bien organisée au niveau des emplacement, et cela contrastait avec le désordre qu'on pouvait voir à certains endroits, qui était sûrement l'œuvre d'Aiolia.

Freyja aida son hôte à déplier et positionner le linge sur les cordes. Au bout de quelques minutes, Aiolos se lança :

-Je préfèrerais que vous ne parliez pas de nos parents devant Aiolia, si cela ne vous dérange pas. Vous ne le saviez pas, je ne peux pas vous en vouloir. Mais je ne veux pas le tourmenter plus que ce qu'il n'est déjà.

Aha. Freyja avait donc vu juste. Il y avait un problème avec leurs parents. Il fit alors dépasser sa tête sur le côté de l'étendoir pour voir Aiolos qui était en face, entrain d'ajuster les draps :

-Où sont-ils ? Redemanda t'il. Il ne comptait pas lâcher l'affaire.

Après quelques secondes de latence, le paysan répondit, avec une intonation lourde et grave :

-Morts. Ils sont morts.

Le noble se mordit la lèvre et regarda ailleurs. Il aurait pu s'en douter…
Voyant qu'Aiolos commençait à se renfermer sur ce mot qui était encore douloureux pour lui, il déclara :

-Moi aussi, mes parents sont morts. Je suis orphelin, comme vous.

Un soufflement de nez suivi d'un sourire ironique apparût sur le visage du brun.

-Il me semble que nos deux situations sont biens éloignées pour pouvoir être similaires.

-… Vous avez raison, peut être que je n'ai pas à me plaindre, j'avais tout pour moi au palais.

Il prit un drap et l'accrocha :

-Comment sont morts vos parents ?

-Mon père est mort à la Guerre. Il était soldat, du temps où le Roi offrait des primes à ceux qui s'engageaient dans l'armée. Ça nous donnait un peu plus de quoi vivre, mais cela nous enleva notre père.

-…Je n'avais pas la connaissance de cette prime…

-Oh, c'était il y a plus de dix ans.

-Oui, c'est peut-être pour ça… Le Roi devait manquer cruellement d'homme pour faire pareil prime.

-Je n'en sais rien. Tout ce que je sais c'est qu'à cette époque, il y avait une Guerre avec les pays du Nord. D'ailleurs à cette période le prix des impôts avait triplé, je m'en souviens. Heureusement qu'il y avait cette prime, sinon nous serions morts de faim depuis longtemps.

-Votre père a participé à La Guerre contre les pays du Nord d'il y a dix ans ?

-Oui.

-Le mien aussi.

Aiolos lâcha du regard son linge pour le diriger sur Freyja, l'air un peu surpris :

-Le vôtre aussi ?

-Oui. Et il est mort à la bataille du Grand Siège.

- … Le mien aussi, est mort à cette bataille.

Les deux hommes se regardèrent dans les yeux. Visiblement, ils n'étaient pas tant différents.
La Bataille du Grand Siège était restée dans les mémoires comme étant une des plus sanglantes. Le père de La Freyja, un des Frères du Roi, y avait effectivement trouvé la mort, et elle fut tout un symbole lors de cette bataille. Les armées du pays du Nord avaient assiégé une des grandes villes qui se situait à la frontière des deux pays pendant plus de 800 jours, avant de se faire anéantir par les forces alliées. Le nombre de mort fut colossale, et la ville fut rayée de la carte.

-Il est encore là-bas. Continua Aiolos.

-Mh ?

-Mon père, il y est encore. On nous a rapporté qu'il a été enterré sur le champ de bataille. Il y a une stèle devant sa tombe avec son nom marqué sur la pierre.

-Et vous aimeriez y aller, un jour ?

-Oui. J'en ai besoin. Et… j'ai l'impression que c'est comme un devoir. J'en ai besoin pour…réellement faire mon deuil. Mais je ne sais pas si je pourrais m'y rendre un jour, c'est beaucoup trop loin, et nous serions à pied si nous y allions. Aiolia n'a pas connu notre père, mais le manque a toujours été présent. Je ne suis que son frère, je ne peux pas prendre sa place. Nôtre mère, elle, est décédée quelques années après la naissance d'Aiolia. Le médecin a dit qu'elle est morte de chagrin. C'est ce qu'on dit quand on ne sait pas la cause de la mort par chez nous.

- La mienne est morte en me donnant la vie. Je ne l'ai jamais connue, mais je n'ai plus vraiment de manque. Je vis assez facilement sans, après tout je n'ai jamais su ce que ça faisais.

-… Oui, sûrement.

Aiolos reprit le panier de linge maintenant vide et se dirigea vers la maisonnée.

-Aiolos ?

-Oui ? dit-il en se retournant.

-Un jour je vous amènerais sur la tombe de votre père. Je vous le promets.

La Freyja se sentait comme coupable ce qui leur était arrivé. C'est sa propre famille qui dirigeait cette bataille, et c'est la noblesse qui faisait vivre le peuple dans la pauvreté. Il ne s'était jamais vraiment rendu compte de ce que vivait la population en général, et il était sûre qu'Aiolos et Aiolia ne sont pas un cas isolé. Il avait un air grave et un peu désolé sur le visage.
Le paysan haussa un peu les sourcils de surprise puis se mit à sourire :

-Celle-là de promesse, vous n'avez pas intérêt à l'oublier !

-Non, c'est juré. C'est le moins que je puisse faire pour vous remercier.

Ils s'échangèrent un dernier regard chaleureux et Aiolos reprit son chemin, avant de se tourner une deuxième fois :

-Une dernière chose... vous avez dit être un proche de la famille royale.

-Oui ? Et ?

-Pensez-vous pouvoir avoir une influence sur le Roi ?

- Une... influence?

-Oui. Sur tout ça, sur les Guerres. Pensez-vous pouvoir les faire se diminuer si vous en parliez au Roi ?

- ... Sûrement, oui.

Aiolos sourit :

-Merci. Finalement c'est peut-être le destin qui vous a mis sur notre chemin.

Il entra dans la maison, mettant fin à la discussion.
Mais La Freyja resta pensif : Aiolos avait fait éveillé en lui un doute. Il avait peut-être raison ? S'il prenait la place de Roi, il pourrait plus que probablement alléger le poids du peuple ainsi que les Guerres et les famines... En revanche, s'il laissait le trône à son oncle... Il n'allait rien changé. Il ne serait même pas étonné que cela s'empire.


Deathmask vit le soleil se coucher sur les vitres du palais. Toujours dans le couloir, posté devant la porte de la chambre de La Freyja, il n'avait pas quitté une seule fois son poste. Ce que c'est fatiguant, de ne rien faire ! Intérieurement, il le maudissait, et en même temps, il était inquiet pour lui.

Chaque serviteur qui était venu apporter les plats avaient été arrêtés devant la porte, Deathmask disant qu'il devait les lui apporter lui-même. Même un médecin n'avait pas pu entrer, bien que celui-ci fut certainement la personne la plus coriace qu'il est eu à affronter aujourd'hui. Et penser qu'il allait devoir faire la même chose demain et après-demain, encore et encore jusqu'à son retour le déprimait fortement. Il n'espérait qu'une chose, que Shura le retrouve.

C'est à ce moment qu'il le vit apparaître à l'autre bout du couloir. Son village se détendit un peu et il soupira légèrement, soulagée de le revoir avec, il l'espère, des nouvelles fructueuses.
Mais au visage fermé et soucieux du militaire, il compris qu'il n'en était rien. Le Général arriva à ça hauteur et s'adossa au mu :

-Y a-t-il eu des échauffements ?

-Non, aucun.

-Personne n'a essayé d'entrer ?

-Si, mais je les ai tous arrêter en répétant à chaque fois la même phrase que vous m'avez conseillé de dire.

-Parfait.

-...

-...

-... Rien de nouveau ?

-Non. Nous avons cherchez dans les villes les plus proches, ainsi qu'aux alentours du palais. Personne.

-Je ne pense pas qu'il soit en ville, honnêtement.

A ces mots Shura fronça les sourcils et se tourna vers Deathmask, qui continua :

-La ville est le meilleur endroit pour être trouvé. Il sait que c'est le premier lieu où on le chercherait. Je pense plutôt qu'il est allé dans la forêt qui entoure la région.

-... S'il est vraiment allé dans la forêt, nous sommes perdus. Il nous sera impossible de le retrouver.

- ... Et il a dû se perdre. Ajouta le soldat en serrant les dents. J'espère qu'il n'a rien.

Des bruits de pas se firent entendre au loin. Plusieurs. Bientôt un brouhaha de chaussures claquant sur le parquet, qui eut très vite un visage : Monsieur le Frère du Roi suivi des conseillers.

Shura soupira profondément et voyant qu'ils venaient en leur direction, se mit au garde à vous, imité par Deathmask qui ne manqua pas de cracher son sel :

-Bientôt ils le suivent même jusqu'à la selle.

-Heureusement qu'ils ne t'entendent pas.

Le troupeau s'arrêta en face des deux militaires et Monsieur le Frère s'avança de quelques pas, le regard conquérant et fier, les mains posées sur les hanches et un sourire très amusé sur le visage :

-Eh bien, Freyja a besoin d'un garde devant sa porte maintenant ? Le médecin m'a rapporté qu'un vulgaire soldat l'avait interdit de rentrer dans la chambre. Qu'a-t-il donc de si mauvais sur le visage pour refuser d'être ausculté ?

Le Général plissa les yeux. Il connaissait ce regard, cette attitude, cette intonation de voix : cet homme jouait faussement la comédie. Il n'était pas dupe et il savait que toutes ces histoires n'étaient que du bluff. Il venait pour régler ses comptes et voir de ses propres yeux ce qu'il se tramait.
Après un bref regard échangé entre les deux militaires, Shura pris la parole :

-Son Altesse l'héritier du trône est souffrant. Il ne veut voir personne, pas même un médecin. Il doit se reposer et n'accepte que la présence de ce garde. Nous n'avons aucune justification à vous apporter.

Le Frère du Roi se crispa et grinça des dents. Cet homme était vraiment d'un irrespect total envers lui et ça l'horripilait. Il fit quelques pas de plus pour rentrer dans les appartements mais Shura s'interposa en silence. La tension commença à monter, et le Frère du Roi posa une main ferme sur l'épaule de l'homme en face de lui et le poussa violemment, accédant à la porte. Shura n'eut pas le temps de le retenir que le noble l'ouvrit d'un grand coup. Il balaya la pièce des yeux, et son regard devint noir. Il se tourna vers les deux hommes de guerre, d'un air furieux qui se retenait à peine de rugir :

- Où est Freyja ?! Où est-il ! Vous le savez !

-Nous l'ignorons, Monsieur. Je rentre justement de recherches visant à le retrouver. Répondait calmement le Général. Il valait mieux faire patte blanche et ne pas l'énerver plus car cela pouvait retomber sur Angelo qui n'avait aucun grade qui pouvait le protéger.

-Espèce D'INCAPABLE !

Il frappa du poing contre la porte, faisant sursauter les Conseillers, puis continua :

-Vous ! fit-il en montrant ces derniers du doigt. Rassemblez la garde et sortez les chiens de chasse ! Ils le retrouverons avec son odeur allez me chercher un de ses vêtements ! Quant à vous...

Il se tourna vers Deathmask et le menaça en le montrant du doigt :

-Vous, j'espère pour vous que vous n'avez qu'obéis aux ordres du Général, parce que si j'apprends que vous étiez de mèche je peux vous assurer qu'il y aura une place pour vous en première ligne sur le front dès demain !

-Il n'a rien fait, je lui ai simplement donner des ordres.

Shura se mit devant Deathmask, comme un barrage, le protégeant ainsi du membre de la famille royale :

-Laissez-moi participer à la chasse.

Le Frère du Roi s'avança si proche du militaire que celui-ci put sentir son souffle contre ses lèvres, alors qu'il lui répondait en crachant ses mots :

-Vous étiez censés être son garde du corps, si vous êtes incapable de le protéger ou de savoir où il est, vous serez tout aussi incapable de le retrouver. Vous resterez ici, vous, comme le soldat.

Ses dents grinçait quand il parlait, son ton sec qui lui raclait la gorge et ses syllabes articulées à l'extrême ne pouvait que montrer sa rage et, aussi, sa panique, qu'il dissimulait en colère.

Il reparti aussi vite qu'il n'était arrivé, toujours suivi des Conseillers qui se mirent tout de suite à la tâche qu'il avait ordonné.
Une fois qu'ils furent partis, Shura avança à son tour dans le couloir :

-Suis moi.

Deathmask s'exécuta, encore secoué par la remontrance qu'ils venaient d'avoir. Il ne s'attendait pas à une telle colère.

-Où va-t-on ? Demanda t'il.

-Nous allons chercher La Freyja.

-Mais il ne veut pas !

-Nous allons les suivre de loin. Il faut le retrouver avant eux. Si Le Frère du Roi l'attrape le premier il sera perdu. Maintenant dépêche-toi.

Ils pressèrent le pas et se hâtèrent aux écuries. Ils chevauchèrent leurs montures et partirent à la suite des gardes et des chiens de chasse.

-Monsieur le Frère du Roi ne fait pas parti de sa chasse à l'homme ? S'exclama Deathmask, pouvant de moins en moins supporter cet homme.

-Non, cela m'étonnerait qu'il se donne cette peine. Il a sûrement dû donner des instructions aux gardes.

-…Je me demandais… pourquoi a-t-il pété un plomb comme ça ? Après-tout, ce n'est pas comme s'il tenait à Freyja.

-Il ne tient pas à lui mais il veut le contrôler. Il s'est senti humilié au plus haut point, quand j'ai fait rependre la nouvelle comme quoi ce n'était pas lui le vrai héritier. Ça a atteint nos frontières et les pays alentours. Toute sa réputation a été bafouée. En soumettant Freyja ainsi, il montre au monde qu'il a de l'autorité sur lui et il s'impose en tant qu'« alpha ». Alors le fait de savoir que malgré toutes ses interdictions et ses règles, il a quand même réussi à lui échapper, c'est d'autant plus déshonorant, cela montre littéralement qu'il refuse son autorité.

-Et la seule manière qu'il aurait de la contrer serait de prendre ce fichu trône. Dont il ne veut pas... Cette histoire commence sérieusement à m'agacer.

-Nous ne pouvons pas juger sa manière de décider, il est dans une impasse qui nous est totalement inconnu. Nous ne pouvons que le conseiller ou le soutenir.

Les aboiements des chiens mirent fin à leur discussion. Ces derniers tournèrent rapidement vers la forêt, quittant le chemin principal. Shura plissa les yeux. Deathmask avait raison.


-Et donc s'y a un ennemi je me bats... comme ça ?

Quelques heures plus tard, alors que la nuit était tombée, Aiolia avait le canif de Freyja à la main. Il donna un coup de lame dans le vide, un air conquérant et téméraire dans le regard. Le jeune noble lui était assis sur le banc à l'extérieur, et le regardait assez amusé :

-Oui, c'est ça. Et s'il arrive par derrière, tu leurs tranches la gorge.

-J'adore les couteaux !

-Ah ! Mais c'est pas vrai vous allez me rendre fou tous les deux !

Aiolos arriva en courant et retira vivement la lame des mains de son frère :

-Si je l'ai prise à son arrivée ce n'est pas pour que tu joues avec maintenant !

-Calmes toi Aiolos, intervint La Freyja. J'ai mis une protection il y a du liège sur la pointe. Il ne peut pas se faire mal.

-Ce n'est pas une raison pour le laisser jouer avec ça ! Ce sont des armes ça sert à tuer.

-Mais aussi à se défendre.

-Ouais, ça sert aussi à se défendre ! renchérit Aiolia, essayant d'attraper la boiteuse. Alors rends la moi !

-... Hhhhh... Si je te vois avec ne serait-ce qu'une coupure vous dormez dehors ce soir. Tous les deux.

Freyja sourit et ricana un peu en voyant Aiolos rentrer dans la maison. Puis il regarda Aiolia d'un air complice :

-Dis-moi... ton frère ce n'est pas un peu ta mère ?

-Je sais pas, peut-être que oui.

Le garçonnet repris de suite après son mini entrainement avec le canif.
Freyja tourna la tête. Des bruits. Des sabots... des chiens ?
Il se releva brusquement et pris Aiolia par les épaules pour le tirer derrière la maison :

-Vas te cacher ! Et ne bouge pas.

Il parti vite vers la maisonnée pour prévenir Aiolos mais celui-ci les avaient déjà entendu et venait de sortir :

-Ils viennent pour toi ?

-Oui je crois que c'est une chasse à l'Homme, Aiolos va te cacher avec ton frère je vais me livrer je ne veux pas que vous ayez des ennuis.

-Fais attention à toi je ne veux pas qu'ils te fassent du mal.

-On ne lui en fera pas. S'exclama un garde en arrivant sur les lieux, rapidement suivis des autres qui encerclèrent le terrain.
Freyja se rapprocha d'Aiolos, alors que les chiens, voyant leurs cibles, aboyaient frénétiquement.
Ils firent rapidement écarter de la scène, et l'on décréta qu'ils soient ramenés au palais.

Alors que le silence s'installait, les gardes descendirent de leurs chevaux et s'inclinèrent :

-Votre Majesté, nous avons pour ordre de vous ramener au palais. Ne nous compliquez pas la tâche.

-... Masjesté ? Souffla Aiolos, les yeux écarquillés.

Freyja serra les poings. Il ne voulait pas rentrer. Mais il ne voulait pas mettre ses amis en danger.
Il regarda Aiolos et le voyant devant une telle incompréhension il soupira :

-Oui, je suis le neveu du défunt Roi. On m'appelle La Freyja.

Le jeune paysan sentit son cœur se serrer. Alors il s'appelait Freyja ? Il avait réellement abrité le neveu du Roi ? Quelle était sa situation au palais pour qu'il la fuit ainsi ? Était-ce si grave ? Qu'allait-il lui arriver ?

Derrière la chaumière, caché et sans bruits, Deathmask et Shura regardaient la scène :

-On a été trop prêté.

-Je sais, Deathmask.

-Vous pensez que l'on peut faire quelque chose ?

-Non, pas vraiment. Peut-être qu-

Une lame se positionna sur son ventre. Shura baissa les yeux et vit Aiolia, accroupi dans un buisson, les yeux mouillés de larme et tremblant de peur. Il n'avait pas compris ce qui lui arrivait, et ce canif était sa seule protection.

Shura prit sa main et baissa son arme :

-Je ne te ferais rien petit, n'ait crainte. Reste bien caché.

-... Qui c'est ce mioche ?

-Sûrement l'enfant de ce pauvre paysan.

Le Général montra Aiolos du menton, qui commençait à se faire approcher par un garde :

-Toi ! S'exclama ce dernier. Que faisais-tu avec son Altesse ! Tu l'as enlevé c'est ça ? Tu seras pendu pour tes crimes !

-Arrêtez vos imbécilités !

Freyja se mit devant Aiolos.

-Il m'a recueilli ! Il m'a trouvé souffrant dans la forêt et m'a soigné. Il est un honnête homme ne lui faites rien. Je me rends. Je rentre au palais.

Le soldat plissa les yeux :

-Il est seul ?

-Oui. Il vit seul ici.

-...

-Je vous dis qu'il n'y a que lui et moi ! De toutes manières ça n'a plus d'importance, vu que je rentre.

Il rejoignit le cercle de soldat, laissant Aiolos seul.

Il monta sur un des chevaux et le groupe s'en alla sans dire un mot de plus. En s'éloignant, La Freyja regardait son nouvel ami qui était resté là, attendant qu'il disparaisse à l'horizon pour rentrer. Il n'a même pas pu lui dire au revoir...

Shura et Deathmask partirent eux aussi, alors qu'Aiolia allait se réfugier dans les bras de son frère.
Ils n'avaient rien pu faire encore une fois. Deathmask avait l'impression que quoi qu'ils fassent ils ne pourraient jamais aider correctement Freyja.

2 jours passèrent. Freyja avait été enfermée dans sa chambre sur ordre de son oncle, les fenêtres condamnées. La porte continuellement surveillée par des gardes de confiance, et aucune visite n'était permise. Mais cet après-midi, on le fit sortir de sa prison dorée pour l'amener à la salle du trône, escorté par trois soldats. Une fois dans la pièce, Freyja vit son oncle assis sur le trône. Il fronça les sourcils : le règlement interdisait cela, et de plus, plus le temps passait plus il avait des doutes par rapport à son acceptation du trône. Les paroles d'Aiolos lui restant encore en tête.

Il fut tiré de sa réflexion par Monsieur le Frère du Roi qui se leva et s'approcha de quelques pas :

-Eh bien, Freyja, comment te sens-tu dans ta chambre ? Tu as tout le temps de te « reposer », ainsi, non ?

- Venez-en au fait, mon oncle. Je ne veux pas perdre plus de temps avec vous. Qu'avez-vous à me dire ?

C'était fini les marques de politesses, les caresses dans le sens du poil et le reste. Maintenant il n'avait plus aucun respect pour cet homme qui le traitait comme un chien. Shura qui avait aussi été appelé à être présent se rapprocha de Freyja, n'ayant absolument pas confiance en son oncle. Ce dernier voyant sa colère dans ses yeux eut un sourire de satisfaction :

-Disons que j'ai pensé que tu désirerais revoir un ami à toi, alors je l'ai fait venir.

Freyja suspicieux plissa les yeux :

-Un ami à moi ?

Un serviteur amena au Frère du Roi un coffre en bois, qui visiblement était assez lourd. Ce dernier l'ouvrit et eu un sourire de sadisme mais aussi de dégoût à la fois.
Il plongea sa main à l'intérieur du coffre et y sorti quelque chose.

Freyja écarquilla les yeux et poussa un cri d'horreur. Aiolos. La tête d'Aiolos. Et cet homme la brandissait, l'attrapant par les cheveux, devant lui. Shura tout aussi choqué en reconnaissant le jeune homme retint Freyja qui était sur le point de tomber au sol.

Le Frère du Roi eut un rire effroyablement satisfait et fier. Il s'approcha des deux hommes tenant toujours la tête dans ses mains :

-Regarde, Freyja. Regarde-le. Par ta faute. Comprends-tu ? Comprends-tu le message ?

Shura s'interposa et de son épée il fit écarter Monsieur de son jeune neveu qui était resté tétanisé :

-Ne l'approchez pas !

-A-Aiolos... ! Ce… Pourquoi ?! Allez au diable ! criait Freyja, qui voulait à ce moment-là le tuer, mais n'osait pas s'approcher de la tête de son ami.

-Que j'aille au Diable ? Mais enfin Freyja, c'est toi qui a fait tout ça… Toi et le Général. Si tu n'étais pas parti, si tu m'avais obéis, si tu ne t'étais pas enfui chez cet homme, jamais je n'aurais eu besoin de le réduire au silence, et si ton garde du corps était vraiment si efficace que ça, jamais il ne t'aurait laissé partir. Alors écoute moi bien, Freyja : à chaque fois que tu tenteras de te mettre sur ma route, à chaque fois que tu me feras de l'ombre, que tu me causeras des tords, ou quoi que ce soit d'autre… quelqu'un qui t'est cher en paiera le prix.

A ces mots, il balança la tête d'Aiolos qui roula jusqu'au pieds du jeune noble. Il la regarda droit dans les yeux : il y avait une expression de peur et de douleur, qui s'était figée sur son visage. Freyja avait envie de vomir. De crier, d'hurler. Et de le tuer. De le tuer lui, son oncle.

-Pourquoi… pourquoi l'avez-vous fait tuer ? Qu'avait-il fait de mal ?!

Freyja s'égosillait la voix à vouloir se faire entendre. Cela fit sourire son oncle qui s'avança de quelques pas avant de s'exclamer :

- Ce paysan risquait de faire circuler la nouvelle comme quoi toi, La Freyja, est partie et m'a désobéi. Le faire taire à jamais est la meilleure solution de garder mon autorité dans ce royaume. En tant que futur Roi, je ne pouvais pas laisser circuler de telles rumeurs. Tu comprends ? Je suis prévoyant, tu ne peux pas m'en vouloir.

Satisfait et certain que le message était passé, Monsieur le Frère du Roi s'en alla, accompagné des gardes qui étaient présents, laissant Shura et Freya seul dans la salle du trône. Le silence retomba très lourdement. Le Général se baissa pour envelopper la tête dans sa cape et la cacher des yeux du jeune homme, dont la respiration était de plus en plus saccadée. Il allait craquer. Il allait craquer. Et il craqua. Il tomba les genoux à terre et se mit à hurler ses larmes.
Le Général éloigna la tête et la remis dans le coffre que son oncle avait laissé là, et vint prendre Freyja dans ses bras. Il le serra aussi fort qu'il put.
Le jeune noble continuait de pleurer, tremblant, choqué à la vue de ce crime totalement injuste. Il repensait à sa conversation avec Aiolos, ce qu'il avait fait pour lui, il repensa à la tombe de son père qu'il voulait visiter. Aiolos lui avait tout offert, et maintenant on lui avait tout pris.

Soudain il sursauta. Quelque chose d'autre lui vint à l'esprit : Aiolia. Où était Aiolia ? Il avait dit aux gardes qu'Aiolos était seul. Peut-être qu'il n'a pas été tué ? Pris comme d'un instinct de protection, il se redressa subitement :

-Shura ! Il faut aller chercher Aiolia.

-Vous parlez de l'enfant de ce pauvre homme ?

-Oui, s'il te plait, va le chercher…va chercher cet enfant. Et offre une tombe à Aiolos. Qu'elle soit digne de sa personne, s'il te plait.

-Ne me suppliez pas Seigneur, je le ferais tout naturellement. Je pars tout de suite. Et je vais dire à Deathmask de vous rejoindre.

Shura se leva et pris le coffre délicatement. Il avança et regarda Freyja :

-... S'il vous plait, ne croyez pas un seul de ses mots. En aucun cas ce n'était votre faute.

-... Je sais. Je sais Shura. Il est un monstre. Je n'y suis pour rien là-dedans. Et je suis sûre qu'Aiolos le savait aussi... Peux-tu y aller ?

-Oui votre Altesse.

Shura parti rapidement, laissant Freyja seul dans la pièce. Là, seul, ses larmes reprirent, mais il essayait de reprendre contenance. Il y avait un enfant à sauver. Il le fera vivre au palais avec lui, il le mettra sous la tutelle de Shura et il aura un abri. Une chose est certaine, il n'oubliera jamais Aiolos. Il essaya de se rappeler des moments dans sa maison, pour que ceux-là restent dans sa mémoire, et pour que la vision d'horreur qu'il venait de subir cesse.


-Mon Garçon... viens, je ne te veux pas de mal.

Shura était devant la maison d'Aiolos. Il était accroupi et regardait Aiolia, qui tenait toujours fermement le canif dans ses mains. Il n'avait rien vu de la scène, il était parti cueillir des baies, et à son retour, il avait trouvé dans la cour le corps sans tête de son frère.
Depuis il s'était caché contre les rochers qui étaient collés à la maison et n'en sortait plus.

A son arrivée, le Général avait déplacé le corps un peu plus loin pour l'enlever des yeux de l'enfant. Maintenant, il essayait de le faire venir jusqu'à lui :

-Tu te souviens de Freyja ? Il a appris ce qu'il s'est passé, il t'attend au palais, je dois t'amener à lui... tu ne peux plus vivre ici.

-C... C'est... Freyja m'attend ... ?

-Oui, tu n'es pas tout seul mon grand. Viens.

-Et Aiolos ?

-Je vais enterrer ton frère. Comme il se doit. Il va être enterré ici. D'accord ?

-Je... je... Oui.

Aiolia approcha alors doucement de Shura, tout en tremblant. Ce dernier l'accueilli dans ses bras et essaya de le réconforter en le berçant et en le calmant.

-Quel âges as-tu Aiolia ?

-J'ai 11 ans.

-Tu es jeune... je vais prendre soin de toi. Ne t'en fais pas. Tu vas vivre avec moi et Freyja.

Aiolia leva les yeux et remarqua, non loin du cheval de Shura, un coffre posé sur le sol. Voyant qu'il l'avait vu, ce dernier s'écarta du jeune garçon et se leva :

-Attends-moi au cheval. Je vais m'occuper de ton frère.

Le Général pris le temps de creuser profondément. Il déposa le corps d'Aiolos qu'il avait enveloppé de draps, et, tout en s'assurant qu'Aiolia ne le voit pas, sorti la tête du coffre, toujours enroulée dans sa cape. Il la déposa délicatement dans la sépulture et commença à recouvrir de terre.
Enfin, il prit une grande pierre qu'il posa sur le tas de terre et y grava :

« Ici repose Aiolos, modèle d'humanité.

Ami du Roi. »

Il se leva et se retourna vers Aiolia. Il le fit monter sur le cheval et monta à son tour, puis il parti pour le palais.


-Bonsoir mon oncle.

La nuit était maintenant tombée. Dans la crypte du palais, à l'écart au fond du jardin royal, Freyja était descendu se recueillir sur la tombe du défunt roi. Il s'était assis sur le sol froid et regardait en silence l'épitaphe. Il soupira :

-Mon oncle, je ne sais plus quoi faire. Un homme innocent est mort par ma faute. Il était un ami... Pourquoi m'avoir voulu en tant que Roi ?

Bien sûr, il ne s'attendait pas à une quelconque réponse. Monsieur le Frère du Roi est un homme cruel. Sans humanité ni âme. Il tue pour le pouvoir et est prêt à tout pour diriger. C'est peut-être la là raison pour laquelle le défunt Roi ne le voulait pas comme successeur. Peut-être avait-il décelé chez Freyja plus que ses parures et ses apparats ?

Il y a quelques jours encore, son quotidien était celui d'un homme vivant dans le luxe extrême, la débauche et les artifices. Le superficiel et les vêtements toujours plus colorés, les broderies toujours plus raffinées et les talons toujours plus hauts. Sa vie avait basculée en quelques heures, et pas que la sienne. Il ne pouvait pas laisser quelqu'un d'autre mourir. Il en était hors de question. « Pensez-vous pouvoir avoir une influence sur le Roi ? » Il souffla du nez et releva la tête, un petit sourire triste sur le visage :

-Oui Aiolos, je pense pouvoir avoir une influence. Et bien plus que cela d'ailleurs... Je serais le Roi.

Il se leva et s'inclina devant la tombe de son oncle avant de sortir de la crypte. Dehors, Deathmask et Shura l'attendait, avec Aiolia qui vint se réfugier dans ses bras.

Freyja n'avait pas pu le voir à son retour, et il fut soulagé de le voir en pleine santé. Il le serra fort et le regarda en lui caressant les cheveux :

-Plus personne ne mourra. Je te le promets. Aiolos deviendra un exemple pour tous et je ferais en sorte que le monde se souvienne de lui. Il deviendra un des symboles de mon règne.

-Ton règne ? Demanda Deathmask en haussant un sourcil. Tu veux dire que tu acceptes la succession ?

-Oui.

Freyja regarda Shura et prit une inspiration :

-Je serais le futur Roi. Mon oncle ne sera pas sur le trône. Je revendique officiellement mon statut d'héritier.

Le Général lui sourit. Il avait de la fierté dans le regard. Deathmask prit alors la parole :

-Il faudrait lui parler de la parure. De ce que vous m'avez dit.

-Oui. Seigneur, nous allons récupérer la parure royale avant le grand bal qui se déroulera dans une dizaine de jours. C'est vous qui la porterez. Vous serez donc à la vue des autres pays comme l'héritier officiel.

-Je suivrais votre plan Shura. Je vous fais confiance là-dessus.

-Merci Père.

-Nous commencerons dès demain. Pour le moment, allons nous reposer.

Sur le chemin du retour, Deathmask regardait son ami. Il était soulagé de savoir qu'il avait enfin pris sa décision. Celui-ci remarquant qu'on l'observait, tourna la tête. Il lui sourit, et lui pris la main. Il la serra fort. Très fort...