Chapitre 31 : Le 3 mai 1998
Quelques jours plus tard, le nouveau ministre de la magie, Kingsley Shakelbolt, rejoint Dyffryn Crochenydd pour prendre la parole sur Potterwatch. La radio était devenu l'organe de presse officiel, puisque le seul dont les dirigeants n'avaient pas pris la fuite pour cacher leurs accointances avec le régime précédent.
L'atmosphère était à la fête.
Potterwatch avait pris le parti d'inviter tous les musiciens, musiciennes et les possesseurs de bouteilles ou de jambes légères sur le terrain.
Depuis plusieurs jours, sans interruption, d'euphoriques gratteurs de crincrins et autres percussionnistes en tout genre faisaient sauter des danseurs grisés par la victoire et enivrés par la liberté sur les planchers dressés à la hâte par dessus la boue.
Dirk et Deryn avaient dans un premier temps désapprouvés, inquiets des risques d'attaque, puis s'étaient progressivement laissés emporter dans cette atmosphère folle, heureuse et soulagée.
S'ils sont trop occupés à faire la fête, expliqua Kenneth à Terence, les sorciers oublieront de lyncher les anciens oppresseurs. On a déjà donné dans la justice arbitraire. C'est pas terrible.
Deryn, trop récemment parturiente, ne pouvait bien sûr pas partager les danses endiablées des anciens livreurs, mais elle ne parvenait plus non plus à rester assise. Elle tournait lentement dans les bras amoureux de Dirk, Rhyddid serrée contre ses deux parents, un bonnet enfoncé sur les oreilles pour assourdir le son trop fort.
Béatrice, Kenneth et Lee prenaient bien soin de convenablement imbiber leur nouveau ministre en prévision de son allocution éminente.
Parmi les résistants, certains étaient mutilés, d'autres avaient été "seulement" très amochés pendant la guerre et la bataille finale, trop n'étaient plus là. Pourtant, tous les survivants arboraient un magnifique sourire.
- Mr le Ministre, tu te souviens de nos longues et fastidieuses négociations en vue de parvenir à un accord ? Demanda Dirk.
- Ça me dit quelque chose, ironisa Kingsley
- Tu te souviens que tu as besoin d'unité sociale pendant quelque temps pour rétablir un état. Et que ça t'ennuierait beaucoup que des groupuscules entraînés, aguerris et équipés, se déchirent sur la société qu'ils veulent ? Ajouta Béatrice.
- C'est une menace ? Demanda le nouveau ministre.
- Pas du tout : un avertissement. On ne pourra pas les retenir. Beaucoup leur a été promis, ils l'ont payé cher et plus personne ne veut revenir à la société d'avant. Répondit Béatrice.
- C'est une préoccupation que j'ai bien en tête, opina Kingsley, rassuré.
- Alors n'oublie pas le programme immédiat et à long terme que nous avons négocié et sur lequel converge une majorité des combattants du camp vainqueur.
Béatrice lui tendit un énorme dossier, tellement pesant qu'il aurait pu servir de pierre de fondation à la reconstruction de Poudlard. Sur la couverture était écrit en gros et en rouge : "Programme du Conseil Sorcier de la Résistance AKA Les Jours heureux par le C.S.R."
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On ne réussit pas à faire taire la fête, les toasts et les chants de victoire pour réussir à enregistrer le ministre.
On se contenta de déplacer les micros pour que le bruit ne soit qu'un fond joyeux à son interview.
Fidèle à sa promesse, et surtout à son besoin d'ordre, parlant fort pour recouvrir le "For He's a Jolly Good Fellow" en l'honneur de Harry Potter qui avait éclaté juste quand il commençait sa déclaration, Kingsley fit un discours inspirant et beau, à la mémoire de tout ceux qu'on avait perdus et pour que la nouvelle société qui renaîtrait sur ces ruines soit plus juste et plus solide.
Le programme ne permit pas d'éviter la massive crise financière qui suivit.
Trop de sorciers avaient été tués ou avaient fui. La main d'œuvre manquait. Les manufactures et bâtiments avaient été détruits, abandonnés ou pillés. Les outils de production manquaient également.
Par contre les patrons et propriétaires, peu enclins à faire des compromis pour le bien commun sans que leur intérêt ne soit en première ligne, ne manquaient pas.
On entra dans une période de pénurie et d'inflation.
Le programme ne changea pas non plus radicalement la société. Les préjugés et ségrégations étaient très enracinés dans l'inconscient collectif.
Les changements furent lents.
Trop lents au goût de beaucoup d'anciens résistants qui quittèrent le gouvernement provisoire, frustrés.
Pourtant, le programme du conseil de la Résistance apporta une bouffée d'optimisme à la société.
Il comprenait des mesures politiques, telles que le rétablissement, ou plutôt l'établissement, grinçait Béatrice, de la démocratie et de la liberté de la presse.
Mais aussi des mesures économiques, impliquant l'éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l'économie, ainsi que des mesures sociales, dont un rajustement important des salaires, le rétablissement d'un syndicalisme indépendant et un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d'existence. (1)
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Potterwatch ne fut pas démantelée. La radio resta un des médias les plus importants.
De longues discussions eurent lieu sur comment garantir son indépendance tout en la finançant afin de permettre un salaire décent à tous les contributeurs.
Des compromis durent être faits.
L'esprit contestataire de Dyffryn Crochenydd se conserva en partie, mais l'arrivée de nouveaux journalistes et contributeurs, ouverts d'esprits mais néanmoins issus du rang, timora un peu le ton libre de la radio qui avait jusque là prédominé.
Lee et Béatrice se partagèrent un fauteuil de redac' chef, chacun tellement agacé par l'autre qu'ils permettaient à la radio de respecter les courants de pensées qui y cohabitaient, échangeaient et parfois, soyons honnêtes, s'y affrontaient.
La petite Rhyddid et d'autres enfants grandirent dans cette lande du pays de Galles, entourés et de beaucoup de tatas et de tontons toujours prêts à lire une histoire, du moment que la pauvre jeune fille n'y attendait pas passivement le prince capitaliste sauveur.
La première fois que le chef des aurors Potter passa en uniforme visiter les nouveaux locaux en dur de la radio, il fut accueilli par un jet de tasse à bec de jus de pomme venant d'une frimousse à la tignasse écarlate, constellée de tâches de rousseurs, qui lui hurla "mort aux vaches, aux patrons et à bas le patriarcat !".
Néanmoins un terrain d'entente fut trouvé. Il accepta de bonne grâce les excuses, marmonnées par une poussinette contrainte et clairement pas assez contrite. Et consentit de redistribuer ses chocogrenouilles, à lire une histoire, et à s'excuser d'avoir profité d'un système dominateur et oppressif à son avantage qui lui avait permis son ascension sociale.
(1) Voui, désolée, le clin d'oeil au programme de la résistant française est tellement pas subtile que j'ai repris d'enormes morceaux de wikipedia. ça meriterait un disclamer. Mais pour que ça soit crédible comme happy end, il fallait que ce soit crédible, et c'est un des seuls exemples de victoire des masses oprimées avec de réelles avancées sociales que je connaisse.
Voila, c'est la fin de cette fic un peu (carrement) fleuve. J'espère que vous aurez aimé la lire, moi en tout cas, j'ai beaucoup aimé l'écrire. Elle a vraiment été un exutoire pendant cette période morose. Avec un peu de chance, le happy end correspond aussi avec la fin de la pandémie irl.
J'aimerais vraiment savoir ce que vous en avez pensé, alors même si ça fait morte de faim, et meme si la fic est finie et qu'on a souvent la flemme dans ce cas, n'hesitez pas à mettre une petite review. Je suis tres curieuse.
