ATTENTION, l'univers de StarWars et ses personnages ne m'appartiennent pas !


.oXOXo. Jusqu'ici tout va bien.

« Réglée comme du papier à musique ».

C'est ainsi que sa vie était construite. Jusqu'au jour où, alors qu'elle se promenait dans les jardins de la demeure, au détour d'un bosquet, elle y vit cet intrus.

Ils se dévisagèrent quelques secondes, la bouche ouverte de surprise. C'est la première fois que la très jeune princesse rencontre une autre personne que sa famille dans les jardins. La première fois aussi qu'elle rencontre une personne de sa taille.

- Tu joues avec moi ? qu'il demande, une balle poussiéreuse en mains.

- Es-tu un enfant ? qu'elle questionne en retour.

- Non, moi je suis un grand ! qu'il déclare, du défit dans les yeux.

Pourtant il a tout l'air d'un enfant, ils font la même taille. Leia se rapproche, le pas farouche et les yeux inquisiteurs. Qui est cet inconnu qui prétend ne pas être un enfant, mais n'est certainement pas un adulte ? Qui est ce non-adulte poussiéreux aux vêtements d'un beige crasseux qui dénote face à sa propre robe d'un blanc éclatant ?

Elle accomplit quelques pas autour de cet étranger :

- Tu n'es pas un enfant, mais tu n'es pas un adulte. Qui es-tu ?

- Je m'appelle Luke ! qu'il s'écrit tout sourire. T'veux jouer avec moi ?

- On joue à quoi ?

- Bah, au ballon ! et il lâche sa boule de chiffons usés qui s'écrase au sol : « pof » qu'elle fait, accompagnée d'un petit nuage de poussière. Faut taper dedans, comme ça.

Il shoote dans le paquet de tissus qui roule en vacillant, à droite, à gauche, avant de s'arrêter mollement.

- Faut taper fort ! reprend-il. Sinon ça roule pas.

La jeune princesse fronce des sourcils. Est-ce qu'elle ne va pas salir ses chaussures immaculées avec cette vieille boule crasseuse ? Elle s'approche de la balle et la pousse précautionneusement du pied.

- Non, plus fort que ça !

Luke fonce presque sur elle et tape de toutes ses forces dans la balle molle. Le résultat est le même que la première fois. Ou peut-être que cette fois la balle a parcouru quelques centimètres de plus… Dans tous les cas, Luke porte sur son visage un air triomphant qui interroge la jeune Leia. Qui y a-t-il de si triomphale dans le fait de taper dans une boule de tissus usés ? La curiosité l'emporte sur son scepticisme ; elle s'élance vers la balle et écrase son pied à la base de la boule. C'est tout mou. La boule fait une petite cloche avant de retomber : « pof ».

- À moi !

Une tignasse blonde déboule droit devant elle, et la balle vole encore. « Pof ».

Cette fois elle en est sûre, la balle a bien dû faire quelques centimètres de plus qu'au dernier lancé.

- À mon tour !

Peut-être avec un coup de pied plus vigoureux la balle finira pas s'envoler pour de bon ? Alors ils ont frappé, encore et encore dans cette pelote poussiéreuse, pour atteindre le ciel. Et malgré les efforts, ils n'ont atteint que la fin de l'immense jardin. En sueur, mais ravis, ils s'assirent dans l'herbe fraîche.

Luke soupire de contentement.

- C'était troooop bien !

Leia affiche elle aussi un grand sourire.

- Oui, troooop bien, répète-t-elle. Tu reviendras jouer avec moi ?

- Bien sûr, juré craché !

- Beurk, pourquoi « cracher » ?

- C'est comme ça qu'on dit.

Leia est perplexe, elle n'a jamais entendu cette phrase, mais ne préfère pas contredire son… ami ? Ce serait-elle fait un « copain », comme le racontent ses livres ? La découverte soulève son cœur de bonheur dans sa poitrine.

- Je m'appelle Leia.

- Moi je m'appelle Luke.

- Je sais, tu me l'as dit.

Il fronce des sourcils et semble à la recherche de ce souvenir qui lui échappe.

- Tu habites où ? reprend Leia. Je ne t'ai jamais vu dans la maison.

- J'habite avec mon oncle et ma tante. Mais pas ici.

C'est au tour de la jeune Leia d'être perplexe.

- Où ça ?

- Pas ici, qu'il répète. Ici c'est vert, chez moi c'est jaune et le sable se bat avec le vent. Ici c'est vert et il fait froid.

« Froid ?! » s'interloque Leia. Mais avant qu'elle n'ait pu reprendre la parole, Luke se retourne soudainement.

- Ma tante m'appelle, tu entends ?

Non, elle n'entend pas, mais préfère ne rien dire.

- On se revoit plus tard !

Sur ce, il prend la balle dans ses bras et disparaît en traversant un bosquet sous le regard médusé de Leia. Aussitôt elle se relève et fait le tour du buisson. Non, Luke n'est pas de l'autre côté, il s'est tout simplement évaporé.

- A bientôt, qu'elle finit par murmurer au vent.

Leia est rentrée, la mime profondément inquiète. Ses parents l'ont questionné, mais Leia n'a pas répondu. Trop perdue dans ses pensées. Trop effrayée à l'idée que son premier copain soit enfermé à jamais dans ce buisson.

Demain elle retournera dans le jardin. Demain elle ira questionner le buisson.

.oXOXo.

- LUUUKE ?!

Un gamin à la tignasse blonde comme les champs de blé jaillit d'un buisson.

- Je suis là ! Désolé, mon oncle avait besoin de moi avec une machine.

Voici plusieurs mois que son ami tout droit sortit d'un buisson magique du jardin et elle passent leur après-midi ensemble. Aujourd'hui, c'est le grand jour. Aujourd'hui elle veut montrer à son père que son ami existe. Que ce n'est pas « impossible » comme il avait alors lâché au prénom de son ami.

- Regarde papa, tu vois bien que Luke est possible ! s'exclame-t-elle victorieuse.

Mais son père ne regarde pas son ami, il fixe Leia d'un regard impénétrable avant de s'accroupir près d'elle.

- Il n'y a personne…

- Mais si ! s'écrit-elle, indignée.

Elle prend alors la main de Luke, comme si cette action allait donner plus de tangibilité à son ami. Ou d'autres yeux à son père qui les a désespérément aveugles.

Bail continu de la fixer.

- Tu es sûre qu'il s'appelle Luke ?

- Mais oui !

Bail pose alors une main sur la petite épaule de Leia et son regard se fait alors sévère.

- Leia, je ne veux plus que tu joues avec ton ami imaginaire.

Le ton est sans appel, la consigne est un ordre.

- Tu as bien compris, Leia ?

Elle retourne vers Luke qui semble dépassé par la situation.

- Je ne suis pas imaginaire ! s'indigne-t-il.

- Il n'est pas imaginaire ! répète Leia avec courage.

- Leia !

« Pof. » Luke a lâché sa balle.

Cette fois-ci il y a de la colère dans les yeux son père et celle-ci fait gronder sa voix. Alors elle cède et se retourne une dernière fois vers Luke qui a des yeux ronds de stupeur.

Bail a pris la main de Leia pour l'emmener dans l'ombre de la bâtisse des Organa. Loin de Luke.

- Mais papa regarde ! pleure-t-elle

Pourtant Bail ne regarde pas, son visage est chargé de sombres nuages. Luke trottine derrière Bail et Leia traîne des pieds qui finissent par glisser sur le sol de pierre de la maison.

- Papa ! qu'elle s'époumone

- Leia ! crie Luke.

- Ça suffit !

Les deux mômes s'arrêtent nettes et s'immobilisent.

- Leia, Leia…

Bail pose un genoux à terre quand ses mains viennent se poser sur les frêles épaules d'une Leia pétrifiée.

- Je ne veux plus que tu revoies ce garçon. C'est trop… Il pourrait être dangereux, tu comprends ?

« Mais Luke n'est pas dangereux, mais Luke est mon ami… » pense en boucle Leia qui préfère pour autant ne pas moufter le moindre mot.

- Promets-moi que tu ne le reverras plus.

- Promis, qu'elle murmure, peinée par la demande horrible de son père.

Elle est montée dans sa chambre, Luke l'a suivi en silence. Ils se sont assis sur son grand lit à baldaquin.

Alors Luke lui a pris la main.

- Tu n'as pas dit « juré craché », alors ça ne compte pas, chuchote-t-il.

- Mais pourquoi papa ne t'a pas vu ?

- Je ne sais pas… Peut-être que les adultes ne nous voient pas. Ma tante et mon oncle ne me croient pas non plus quand je parle de toi. Ils disent que je cours tout seul dans le sable.

Leia le dévisage d'yeux immensément ronds.

- Et si tu n'existais pas pour de vrai…

- Bien sûr que si j'existe Leia ! Sinon, on pourrait pas jouer ensemble.

Mais Leia n'est pas convaincu, alors il reprend :

- Et puis qu'est-ce que ça change que ton papa ne me voit pas ? Il a juste la trouille parce que nous on peut se voir et pas lui ! Moi je dis que ça ne change rien, on pourra toujours se voir en cachette. De toute façon, il ne pourra pas me voir.

Ce qui dit son ami est bien vrai, et puis pourquoi lui interdire de jouer avec Luke ? Même s'il n'est pas réel, même si son père ne le voit pas, il est là et c'est tout ce qui compte.

Alors Leia sourit d'un air malicieux :

- Je n'ai pas craché ni juré.

.oXOXo.

Un jour Bail a frappé à la porte de sa chambre. Luke s'amuse à sauter sur le lit quand Leia lit doctement un datapad de géopolitique. Il toque une nouvelle fois et entre-ouvre timidement la porte pour y passer sa tête.

- Je peux entrer ma chérie ?

- Oui oui.

Leia ne décroche qu'avec réticence son nez du datapad pour se tourner vers son père, focalisant son attention sur lui pour éviter de fixer Luke qui joue maintenant avec la maquette d'un vaisseau interstellaire.

- Leia, il faut que nous parlions.

Au ton de son père, son sourire poli s'est évanoui lentement. Et puis son père s'est assis sur le lit juste à côté de Luke qui a posé son jouet avec douceur sur les draps. Tous deux sont en alerte.

Bail a dit « que nous parlions », mais Bail seul a parlé. Leia n'a pas prononcé un mot.

- Dis quelque chose, répond-moi, Leia… insiste Bail.

Mais Leia ne veut pas répondre. Ou ne sait quoi répondre. Elle s'est simplement levée et est sortie de sa chambre sous le regard triste de Luke. Car Luke est jeune, mais Luke a compris que sa sœur imaginaire a besoin d'être seule.

.oXOXo.

Pourquoi lui avoir révélé ? Pour la seconde fois, elle perdait sa mère.

- Mère, qui étiez-vous ? chuchote-t-elle devant la tombe.

Dans la crypte au silence trop dense, elle ne sait plus comment se recueillir. Devant le caveau ancestral, ses souvenirs se bousculent et vacillent. Qui était cette femme qu'elle avait un jour appelée mère ? Elle s'est assise et se balance en fredonnant cette basse mélopée :

- Maman, douce maman, qui étais-tu ?

Elle s'étaient aimées. Et cette seule certitude sert ses poings, lui arrache des larmes et des reniflements incontrôlés. Elle craque face à l'unique pilier qui lui reste. Les autres s'étant fait ruines et décombres. Ses parents l'avaient aimé et elle ne savaient que faire de ce fardeau. Pourquoi n'était-elle pas la chair de leur chair ?

Elle n'avait osé regarder en face cet homme qu'elle appelait père. Ne savait quoi répondre, elle s'était contentée de se murer dans le silence. Bail lui avait murmuré au creux de l'oreille qu'elle resterait toujours sa fille. Que les liens du sang n'étaient aussi grands que ceux du cœur.

- Maman, douce maman, qui étais-tu ?

La valeur du sang était-elle plus basse que celle du cœur ? Pourtant dans ses veines coure celui d'autres. Des autres aux silhouettes imaginaires, d'autres sans visages. D'autres à qui son sang la rattache. Elle aimerait tellement pouvoir dessiner leurs visages, et se hait de le désirer si ardemment.

- Maman, douce maman, qui étais-tu ?

De quelle infortune union était-elle le fruit ? Recueilli dans la douceur des bras d'une autre mère, d'un autre père. Et cette charité avait le goût amer du mensonge. Elle aurait préféré continuer à vivre aveugle de toute vérité. Et pourtant se maudissait d'avoir tant crue à une illusion.

Elle n'avait répondu à l'homme qui aurait dû être son père. Pinçant ses lèvres, résistant à poser la seule question qui lui venait à l'esprit. Qui aurait blessé cet homme. Qu'elle n'osait peiner d'avantage. Cet homme qui avait voulu la serrer contre lui, plus pour se rassurer lui-même que pour la réconforter, elle. Sa soi-disant fille.

- Maman, douce maman, qui étais-tu ?

Pourquoi cette colère ? Ces gens qui l'ont recueilli dans leur foyer l'aiment, elle en est sûre. Alors pourquoi ses tripes se tordent-elles, pourquoi ses mains se crispent-elles avec l'envie de broyer l'air ? Broyer cette odieuse farce. Comme si toutes les larmes versées pour cette femme lui avaient été ravies par supercherie. Tous les rires accordés à cet homme lui avaient été pillés par duplicité.

Elle n'avait osé interrompre les murmures de ce malheureux homme par cette simple question qui résonne encore dans sa tête : « Qui étaient-ils, mes parents ? Non, pas vous, mes doux imposteurs. Mes vrais parents. »

Elle renifle et adresse de son visage mouillé cette supplique incisive et tremblante à la statue de pierre qui la surplombe.

- Maman, qui étais-tu ?

Qui étais-tu, qui étiez-vous ? C'est cela qu'elle demande, qu'elle supplie à l'univers entier.

Où êtes-vous ? La vie vous habite-t-elle encore ? Ou n'êtes-vous que fantôme ? Veillez-vous encore sur moi ?
Les questions se bousculent et la secouent de spasmes de plus en plus bruyants. Elle pleure, encore et encore. Elle pleure et cherche son souffle entre les hoquets et les torrents qui s'en finissent pas de mouiller ses joues. Elle pleure face à cette statue dont le visage n'a plus de sens. Parce que cette figure porte les doux traits de la trahison. Elle a tant pleuré pour cette femme qui n'est pas même la chair de sa chair.

- Maman qui étais-tu !? hurle-t-elle à l'effigie.

Elle était sortie de la chambre, prétextant le besoin de se retrouver seule. C'était un mensonge, un parmi les leurs. Elle voulait voir sa mère et c'est dans la crypte au silence trop dense que ses pas l'avaient mené.

Et ils l'avaient mené devant le symbole de son échec. Car oui, elle voulait y croire, plus que tout. Oh oui, elle aurait tant aimé… Croire à ces contes où ces familles s'aiment au-delà des liens du sang, au-delà du compréhensible. Mais ce ne sont que des contes pour enfants, et en cet instant elle n'en est plus une.

Elle presse ses paupières pour essorer ses yeux mouillés. Elle essuie rageusement cette humidité qui la gêne et l'outragerait presque d'un revers de sa manche trop blanche. Ce sont les enfants qui pleurent. Elle ne veut plus l'être tandis qu'elle se redresse vivement face au symbole du mensonge. Non, elle n'est plus une enfant. Et si loin d'être adulte pour autant.

- Maman, je vous ai tant aimé, mais maintenant, cet amour, je vous le reprends. Il est à moi.

Ses pas l'avaient porté jusqu'à la crypte, à elle maintenant de les conduire devant la vérité. Elle avait à s'entretenir avec Bail Organa.

.oXOXo.

- Qui étaient-ils ?

Il la regarde sans comprendre, juste une fraction de seconde. Puis il se rembrunit, racle sa gorge et croise ses mains. Il a du mal à soutenir son regard scrutateur et l'incisif de sa phrase ne lui a pas échappé. Il délit alors ses doigts et sort de ses tiroirs un de ces objets qu'il garde précieusement, loin des regards, loin de la poussière, loin de son propre esprit. Et pourtant si près de lui.
Des photos, il y en a plein qui peuple son bureau. Les portraits bleutés lui sourient sans ciller. De sa fille, de sa femme, d'eux. Sa famille.
Mais la photographie qu'il sort de son antre n'est figée dans une quelconque machinerie bleutée. Elle porte des couleurs et ses doigts peuvent glisser sur sa surface lisse.

Dans une extrême délicatesse, il la sort de l'obscurité et s'attarde de longues secondes dessus.

Sa fille attendant toujours dans l'encadrement.

- Je n'ai pas de photo de ton père. C'était un Jedi… tu sais ce qu'ils ont subit à la naissance de l'Empire. J'ai cependant cette photo...

Il la pose sur le devant de son bureau avec autant de peur que de douceur, expire et se recule sur son siège. C'est au tour de Leia d'avancer. Elle saisit la photo, la crainte fait hésiter sa main, et ses doigts n'osent effleurer l'image.

Elle a porté lentement la photo à son regard avant de s'immobiliser. Elle est plongée et absorbée parce qu'elle découvre. Non, il n'a pas besoin de lui dire, elle sait qui est cette femme qui se tient à gauche de l'attroupement de Sénateurs. Sa bouche s'entre-ouvre, peut-être a-t-elle envie de parler, mais aucun son de sort. Elle inspire, expire. Ferme les yeux.

- Merci.

Il ne peut s'empêcher d'ajouter à quel point elle était une grande Sénatrice, défendant toujours fermement la République.

- Pourquoi elle n'est plus là ?

- Elle est morte avec la République.

- Alors l'Empire a tué mes parents ? demande-t-elle innocemment, sans parvenir à dissimuler le tressaillement de sa voix.

Il déglutit. Le chagrin de sa fille le lacère. Il a envie de la prendre dans ses bras et hurler égoïstement que lui est toujours en vie, qu'il est et restera toujours son père. Et se maudit de penser pareilles obscurités. Elle avait le droit de savoir. Le droit de pleurer elle aussi ses êtres arrachés de sa vie. Mais lui ? Lui qui est devenu père grâce au malheur d'autres… Lui aussi compte. Il décrispe sa mâchoire et lui fait signe de venir sur ses genoux.

- Je les connaissais. Si tu veux, je peux te conter de leurs histoires, de leurs gloires et succès.

« Car moi aussi je les pleure, » complète-t-il en pensées. « Et peut-être que les pleurer ensemble retissera le pont décousu entre nous. »

.oXOXo.

- Qui est-ce ?

- C'est ma mère, ici, tu vois ?

Les yeux de son ami s'agrandissent un peu plus pour détailler la silhouette de la femme dans le coin de l'image, puis il se rembrunit, la mine boudeuse sous ses cheveux blonds.

- Moi aussi j'aimerais bien connaître mes parents. Mon oncle et ma tante ne veulent jamais m'en parler !

Leia reste silencieuse quelques instants.

- Vu que tu es dans ma tête, quelque part, tu es aussi un peu de moi. Donc ma mère… est aussi la tienne ! s'écrit-elle, mais pas trop fort, fière de sa trouvaille et soucieuse que son second père ne l'entende. Il n'aimait guère qu'elle parle à son ami imaginaire.

Luke se tourne vers le vide.

- Ma tante m'appelle, il est l'heure d'aller à table. Il se retourne vers Laia. Je suis content que tu me prêtes ta maman, ajoute-t-il, tout souriant avant de se redresser et s'enfoncer dans la noirceur de la pièce pour disparaître au travers d'un mur.

Leia s'était, quant à elle, relevée pour aller s'affaler sur son lit.

Sa mère était si belle. Son père lui a conté tant de merveilles. Ses parents étaient de si belles personnes. Et maintenant, de si belles étoiles. C'est du moins ce qu'elle s'imagine. La photo sur sa poitrine, elle expire et inspire longuement, lentement, doucement. Et lorsqu'elle ferme les paupières, elle a presque l'impression de pouvoir sentir le parfum de sa mère. Elle soulève ses doigts et les remues délicatement dans le vide, l'air a-t-il la douceur des cheveux de sa mère ?

Cette nuit, elle a besoin de chuchoter tel un enfant. Chuchoter à la nuit tout ce qu'elle veut que sa mère sache d'elle. Elle chuchote et il lui semblerait presque qu'on lui réponde dans son esprit.

Quelque chose l'enveloppe et la baigne dans la plénitude. Elle flotte dans le noir et fait face à une immense lune de bleue pastel.

- C'est toi, maman ?

Le bleu palpite et berce son cœur. Alors sent en elle l'évidence de sa naissance. Elle fut aimée, elle est en sécurité, et maintenant son cœur est rempli d'amour, le lien n'a jamais été brisé. Il a toujours été présent, mais jamais elle ne s'était rendu compte que sa mère était ici, avec elle.

Oui, cette chose, cette force si douce ne peut-être que sa mère qui veille sur elle. Elle pourrait presque l'entendre murmurer :

« Tu n'es pas seule. »

- Merci, maman, qu'elle souffle à la nuit.

« Tu es si courageuse. Et je suis si fière de toi. »

Elle rouvre les yeux, groggy de fatigue et sereine. Son père était un Jedi, sa mère était une grande Sénatrice. Tous morts pour l'avènement de l'Empire. Recueilli par l'amour pur de nouveaux parents. Ils ne sont pas des imposteurs, juste ses deuxièmes parents.

Demain elle ira dans la crypte et raccordera à sa deuxième mère son amour. Demain sera le premier jour où elle vivra avec son deuxième père. Avec de nouveaux liens qui lui semblent vrais, justes.

Lui fallait-elle qu'elle connaisse son passé pour mieux accepter et donner au présent ? Sûrement.
Elle bat des cils, une fois, deux fois et puis une dernière fois avant de se laisser bercer dans cette douce chaleur qui irradie autour de son corps.

.oXOXo.

Elle se tient dans l'encadrement de la porte du bureau. Vide, de toute évidence. Pourtant elle est restée de longues secondes, peut-être même que les secondes se sont étirées jusqu'aux minutes. Elle l'imagine dans son bureau, comme à son habitude. Relevant un regard tendre lorsqu'il rencontrait sa silhouette frêle.

Elle se détourne de son imagination et le cherche dans l'immense demeure des Organa. Elle descend des escaliers, erre dans des couloirs aux murs richement ornementés. Le vert et le doré se conjuguent à merveille dans le blanc crème, teinte phare de la maison. Une couleur de paix, qu'on disait. Une couleur du deuil qu'elle pensait.

Elle finit par le trouver dans le salon, afférer auprès d'autres femmes et d'autres hommes aux visages graves.

Toutes les lèvres murmurent ce même bourdonnement désordonné : « L'Empire arrive »

L'Empire ? L'Empire et ses guerriers dont le seul nom suffit pour étirer des traits austères sur les visages ?

L'Empire arrive, mais elle n'en a que faire, elle veut parler à son deuxième père et utilisera l'insolence qui est si acceptable chez les enfants. Alors elle vient tirer la manche qui la renvoie une première fois fermement. Non il ne peut pas. L'heure n'est plus aux enfantillages et il la fait emmener dans sa chambre.

Alors elle attend, les secondes se transforment en minutes puis en heures. Elle remue les mots dans sa tête, retourne les phrases dans tous les sens. Les questions qu'elle veut poser.

Elle entend des pas précipités et la porte s'ouvre avec fracas, il entre l'air paniqué, ce qui ne lui ressemble pas et la trouble. Il la prend dans ses bras et lui répète que tout se passera bien, qu'elle est en sécurité ici, qu'il l'aime. Qu'elle doit rester cachée, encore. Cachée ? Elle bat des cils et ne comprend pas, entrouvre la bouche, mais il la coupe dans son élan. Non, elle doit se taire, rester cachée.

Alors elle se tait et il repart en fermant la porte doucement, lui adressant un dernier sourire qui se veut rassurant.

Elle entend le petit clic de la serrure qui se ferme.

Se cacher ? Elle rampe sous son lit et attend, essaie de retrouver cette chaleur qui l'avait enveloppée la veille, mais se fait happer par le froid. Où est passé l'astre de cette nuit ? L'énergie aux douces vagues sécurisantes qui chantaient dans son esprit que tout irait bien ?

Elle entend des objets qui se brisent au loin, des cris qui déchirent ses questionnements.

Tout ira bien, tout ira bien, se répète-t-elle. Elle est aimée par tous ses parents et rien ne peut lui arriver. Elle cherche alors en elle le courage, car ses yeux commencent à la picoter. Elle presse ses paupières et répète cette litanie : « Tout va bien, tout va bien. Mes mères sont près de moi et tout ira bien ». Elle sent alors la main immatérielle de Luke qui presse la sienne. Jusqu'ici, tout va bien.


Petit pavé :
Bonjour tout le monde, j'espère que vous allez bien ! Voici une nouvelle histoire pour la rentrée septembre 2020 (déjà rédigée entièrement, comme à mon habitude blabla, donc cela signifie que cette histoire ne finira pas en suspend, abandonnée à son triste sort et reléguée à l'état de vieille fic jamais terminée, bref).

Cela faisait longtemps que je voulais écrire une histoire autour du personnage de Leia. Badass Leia, plus exactement. J'ai dû commencer cette histoire en octobre 2019 et la finir en juillet 2020. Non pas qu'elle soit immensément longue (une vingtaine de chapitres), mais les cours et le travail ne m'ont laissé que très peu de temps pour écrire.

Prenez soin de vous et n'hésitez pas à laisser une review !