Perdu dans l'obscurité, Atsumu posa une main tremblante sur la flèche qui lui transperçait l'abdomen depuis son évasion. Il n'avait pas eu le temps de la retirer, et maintenant, seul dans une forêt trop grande pour lui, il n'en avait plus l'énergie.
Lentement, il posa son dos contre le tronc d'un arbre, et se laissa glisser jusqu'à que ses fesses touchent l'herbe humide. Ce n'était probablement pas l'action la plus avisée dans sa situation. Il devrait fuir. Mettre plus de distance entre lui et ses poursuivants. Trouver une meilleure cachette pour se reposer. Mais il était si fatigué, et surtout, il avait du mal à trouver une raison suffisante pour continuer à lutter. Le temps lui avait prouvé que la mort attendait malicieusement tous ceux de son espèce.
Dodelinant de la tête, son regard se porta sur le ciel étoilé, majoritairement caché par le dense feuillage des arbres. Atsumu aurait aimé pouvoir contempler correctement la lune. Elle le rassurait toujours un peu. Elle lui rappelait son frère, et pour la première fois, cette pensée l'épuisa plus qu'elle ne le motiva. Il voulait juste prendre une pause dans sa lutte solitaire. Alors, en ayant l'espoir de ne pas revoir de nouveau les flammes qui ont consumé tout ce qu'il avait de plus précieux, il ferma les yeux quelques secondes.
Lorsqu'il les rouvrit, le fugitif pouvait parfaitement discerner la lune. Sa douce lumière semblait le réchauffer et le bercer délicatement, comme pour le convaincre de laisser la fatigue l'emporter de nouveau sur lui. Toutefois, la sensation de deux mains rugueuses sur sa peau lui fit comprendre la véritable situation dans laquelle il se trouvait. Un inconnu le portait.
Sans faire de bruit, Atsumu tenta d'analyser cet homme. Il avait un carquois dans son dos, des cheveux rouges, et ne cessait de fixer la flèche toujours nichée dans son corps. Malheureusement, Atsumu n'arrivait pas à relier tous ses éléments. Ses pensées ne cessaient de s'éparpiller. Il pourrait abandonner de nouveau, mais la lune qui brillait si intensément au-dessus de lui l'en dissuada, et lui rappela une vieille promesse faite à son frère. Il ne mourra jamais par les flammes, alors il se força à réfléchir. C'était difficile, et l'inconnu continuait inlassablement son avancée lente, à destination d'un probable bûcher. Pourtant, le fugitif réussit à se souvenir d'un sort… Un sort qui pourrait tuer cet inconnu.
Dans son état, toute utilisation de la magie lui serait fatale. Atsumu le savait clairement, mais c'était toujours mieux que de mourir calciné, et malheureusement, il n'était pas assez naïf pour émettre la possibilité que cet inconnu lui veuille un quelconque bien. Sa décision était donc prise.
Avec difficulté, le sorcier ouvrit sa bouche et alors qu'il s'apprêtait à sceller leur destin à tous les deux, l'inconnu darda son regard sur lui. En dépit de ses pensées embrumées et de son immense fatigue, Atsumu savait que ces yeux étaient similaires à ceux que de nombreux sorciers avaient arborés, juste avant de mourir. Ils avaient un éclat si familier que le fugitif ne chercha plus à émettre un quelconque son. Et bientôt, il sentit une nouvelle fois son esprit partir à la dérive, jusqu'à sombrer dans l'inconscience.
Un bruit assourdissant sembla le réveiller. Il n'en était pas sûr. Ses yeux ne voulaient pas pouvoir s'acclimater à l'obscurité ambiante, et il se sentait emmitouflé dans d'épaisses couvertures, le réchauffant, mais surtout lui donnant un réconfort qui lui paraissait presque absurde. Pourtant, son corps ankylosé et la douleur lancinante de son abdomen lui chuchota qu'il était ancré dans la réalité. Il en eut la confirmation lorsqu'il entendit la voix crasseuse d'un homme qui ranima en lui le plus insidieux des sentiments. La peur.
-Où est-il ?
Inconsciemment, Atsumu tenta de se recroqueviller sur lui-même, mais l'endroit où il se trouvait était trop exiguë pour lui permettre un quelconque mouvement.
-Je ne sais pas.
-Menteur. Fouillez bien.
Des bruits de pas précipités mêlés à ceux d'objets jetés commencèrent à résonner au-dessus de lui. Atsumu avait l'impression d'en sentir les secousses. Son corps ne cessait de trembler.
-N'oubliez surtout pas de fouiller la chambre.
Des rires se mêlèrent à la cacophonie, résonnant dans sa tête avec fracas.
-Je l'ai pas trou…
Un nouveau son rejoignit les autres. Plus sinistre, mais Atsumu préféra l'ignorer, car il ne se sentait pas capable de l'affronter, de l'analyser, de le comprendre. Malheureusement, après des minutes qui semblaient durer des heures, le calme finit inéluctablement par revenir pour ne laisser que ce son que le sorcier voulait le moins entendre. Celui d'un homme qui se faisait battre. Celui d'un homme qui n'avait pas d'autres solutions que d'encaisser les coups qu'on lui assénait sans pitié. Puis le silence, le vrai, qui ne dura qu'une seconde.
-Et bien, t'es vraiment hideux comme ça… Ça te va bien.
Pendant un instant, Atsumu se demanda s'ils n'avaient pas véritablement trouvé un sorcier. Il ne voulait pas croire que des hommes soient aussi traités de cette manière.
-Bon, on dirait que tu le caches vraiment pas.
-Je l'ai… Je l'ai pas trouvé, répondit une voix usée. Dans la forêt, il y était pas.
-Cherche mieux alors. Un monstre doit facilement retrouver un de ses congénères non ?
-N'abusez pas, rajouta une voix malicieuse. Les sorciers sont moins répugnants.
Des rires. Encore. Ils ne lui étaient pas destinés, mais Atsumu les trouvait insupportables. Ils ravivaient en lui les pires moments de sa fuite.
-Mais t'es p't-être pas au courant ? Reprit joyeusement un homme. L'sorcier c'est un homme. Et s'tu l'trouves, tu…
Il ne comprit pas le reste. L'homme avait chuchoté, mais Atsumu pouvait aisément imaginer de nombreuses abominations. Après tout, les sorciers de son entourage avaient tous eu le privilège de subir divers tourments avant de mourir.
-M'regarde pas comme ça p'tain.
Un craquement. Un geignement. Des rires. Toujours. Des bruits de pas qui s'éloignent, mais un distinct :
-Sale monstre.
Le silence revint enfin complètement. Les hommes étaient partis, mais Atsumu restait vigilant au moindre son à cause de sa peur qui ne cessait de le dévorer. Ses membres ne s'étaient d'ailleurs jamais arrêtés de trembler, et son cœur battait toujours trop vite à cause de l'adrénaline. Il se trouvait pitoyable.
Le sorcier finit par l'entendre. Le seul homme qui restait. Il marchait à pas lent et par intermittence, s'arrêtait. Des fois, Atsumu captait des légers bruits. Il avait du mal à les identifier, mais il finit par supposer que le « monstre » rangeait juste son foyer après le passage de véritables monstres. Il ne savait pas vraiment pourquoi, mais il trouvait les sons doux, ce qui le calma étrangement. Il se sentit fermer les yeux, et son cœur ralentir. Ses tremblements cessèrent. La peur diminua. Il pouvait mieux se concentrer sur l'inconnu au-dessus de lui. Ainsi, il perçut nettement le :
-Je ne suis pas un monstre.
C'était dit d'une voix si faible, si brisée, qu'Atsumu avait l'impression qu'il cherchait à se convaincre lui-même.
Pour sa part, il en était convaincu.
C'était encore un bruit qui le réveilla. Discret, mais terriblement proche de lui. Il se répéta une nouvelle fois, et Atsumu vit une raie de lumière qui l'angoissa automatiquement. Son cœur se mit à battre anormalement vite. Il allait être découvert, et emmener sur le bûcher. Peut-être même qu'on fera des expériences sur son corps. Il subira les pires tortures. Pire encore, on allait lui arracher la langue pour l'empêcher d'utiliser sa magie, pour lui retirer sa raison d'être. Sa gorge s'assécha et il tenta désespérément de rentrer sa langue dans sa bouche. Un tel degré de peur était irrationnel, mais Atsumu n'arrivait qu'à penser de manière pessimiste.
Brusquement, la lumière se retrouva dans tout son champ de vision. Il plissa les yeux par réflexe et planta ses ongles dans le tissu de son pantalon afin d'empêcher sa main de servir d'ombrière. Il voulait observer le danger de face. En l'occurrence : un homme aux cheveux roux. Le même homme qui l'avait sorti de cette forêt. Il portait encore le même regard, mais son visage était totalement transformé. Une contusion ornait sa pommette droite, un coquard sublimait son œil gauche, sa lèvre inférieure était fissurée, et une plaie recouvrait son front.
-Je, croassa l'inconnu.
Ce dernier toussa un peu avant de reprendre d'une voix plus fluide :
-Je suis désolé.
Atsumu remarquait à peine les planches de bois dans les mains de l'inconnu. Il n'arrivait pas à détacher ses yeux de ce visage tuméfié, et de tout ce qu'il impliquait.
-Je voulais pas te faire peur.
L'inconnu lui donnait l'impression d'être un enfant qu'il fallait rassurer. C'était humiliant, mais il n'arrivait pas à rassembler assez de sa dignité pour lui répondre.
-Je dois observer ta blessure. Je vais devoir te sortir de là pendant quelques instants.
L'homme dont il ne connaissait toujours pas le nom se positionna sur son côté droit, mais Atsumu ne lui laissa pas le temps de l'aider. Il posa ses mains sur le plancher en bois, contracta ses bras et releva brusquement tout son buste. Il pouvait enfin voir l'environnement dans lequel il se trouvait. Une vieille maison en bois, volets fermés, avec peu de mobilier, et surtout, il n'y avait personne d'autre qu'eux.
C'était peut-être le soulagement de savoir qu'ils étaient seuls, ou peut-être la mobilisation de son corps amorphe, mais sa blessure à l'abdomen se rouvrit. Il avait l'impression de la percevoir pour la première fois. Il pouvait sentir le sang suinté, ainsi qu'une douleur déchirante. C'était tellement inattendu qu'un cri rauque lui échappa et que ses bras lâchèrent. Toutefois, l'inconnu le rattrapa avant que son corps ne puisse retomber piteusement. Il sentit des mains chaudes s'accrocher à lui, puis il fut soulevé brutalement, créant une forte secousse à son corps. Il se mordit la lèvre inférieure avant de laisser échapper une complainte pathétique, et sa main droite alla s'agripper brusquement au haut de l'homme aux cheveux roux. Il cacha son visage tordu de douleur, et peut-être aussi ses quelques larmes, contre le torse de l'inconnu.
-Désolé.
L'excuse semblait sincère. Il marcha plus lentement, avant de le déposer avec douceur sur le sol. Sa tête rencontra délicatement une planche de bois, permettant de la soulever par rapport au reste de son corps. Atsumu ne le lâcha pas immédiatement. L'inconnu ne lui fit aucune remarque, bien que la position devait être très désagréable pour lui.
Quand le sorcier réussit à reprendre contenance, ses doigts crispés quittèrent l'homme, mais ses yeux ne le lâchèrent pas.
-Tu peux boire seul ?
L'inconnu s'assit en tailleur à ses côtés et lui tendit un verre en bois qu'Atsumu prit avec délicatesse, mais il ne le porta pas immédiatement à ses lèvres asséchées. L'eau était peut-être empoisonnée. Il savait que tout indiquait l'inverse. L'inconnu l'avait hébergé, soigné, caché, souffert pour lui, mais surtout, il avait ce regard. Cependant, sa peur le paralysait et le dominait. Elle écrasait tout ce qu'était le sorcier en préférant penser constamment au pire. Pendant des mois, elle s'était alimentée des nombreuses trahisons vécues et de sa solitude. S'il buvait cette eau, il acceptait de faire confiance à quelqu'un, ce qui signifiait affronter sa plus grande peur. S'il ne buvait pas, il mourra de déshydratations, mais c'était toujours mieux que d'être trahis. Le dilemme était réel.
-Tu n'as pas soif ?
Le chasseur avait toujours ce visage tuméfié, et paradoxalement, il possédait une voix vibrante d'inquiétude envers le blessé uniquement. Ce fut ce qui finit de le convaincre d'agir avec courage.
Atsumu prit une inspiration avant de boire. Doucement. Petite gorgée par petite gorgée. Sa gorge se dessécha enfin, et il sentit sa peur se recroqueviller petit à petit. Il ne pouvait pas l'anéantir, pas maintenant, mais il pouvait reprendre le dessus, retrouver sa dignité et ce chasseur pourra enfin agir comme tout le monde, c'est-à-dire s'inquiéter de sa propre personne.
-Je m'appelle Shoyo. Shoyo Hinata.
Le sorcier avait décidé de donner un peu de sa confiance à Shoyo.
-Atsumu. Atsumu Miya.
Hinata lui remplit de nouveau son verre d'eau, et Atsumu cessa de surveiller tous les gestes du chasseur. Son regard fut alors inexorablement attiré par la seule source de lumière de la pièce. Un feu, sur lequel régnait une marmite. Les flammes dansaient facilement dans ses yeux, et il ne pouvait déjà plus détourner la tête. Une forme indistincte, peut-être de forme humanoïde, paraissait brulée.
-Désolé, j'aurais dû y penser. Je vais l'éteindre.
Le garçon se leva, mais Atsumu lui prit vivement la main afin de l'empêcher de partir.
-Ne sois pas ridicule.
-Quoi ?
-C'est la seule source de chaleur et de lumière de la pièce.
-Mais tu…
-C'est bon.
-Mais…
-Ne me force pas à me répéter.
Atsumu avait voulu que ces mots sonnent comme une menace. Il avait voulu donner l'impression que cette chasse aux sorcières ne l'avait pas profondément marqué. Malheureusement, c'était l'inverse, et ses mots sonnaient comme une supplication d'un homme brisé.
Avec tendresse, une main se posa sur la sienne. Atsumu cligna plusieurs fois des yeux en sentant la douce chaleur du contact humain s'infiltrer plus loin dans ses membres, et il détourna enfin les yeux du feu.
Un bruit l'alerta encore. Ce n'était pas aussi chaotique que la première fois, mais ce n'était pas aussi discret qu'Hinata. Atsumu pouvait presque voir le calme et le côté méthodique de la scène qui se déroulait au-dessus de lui.
Des bruits de pas résonnaient, et des indications étaient données. Elles étaient simples. Les hommes devaient fouiller lentement la petite cabane en bois. Prendre le temps d'analyser tout élément suspect, et surtout, essayer de voir s'il n'y avait pas des cachettes probables derrière une armoire, ou… sous une latte.
L'inévitable devait se produire, et se produisit rapidement. Trop rapidement. Une latte était enlevée, puis une autre et aussi facilement, sa cachette était détruite… Du moins, en partie. Atsumu n'était pas directement cacher sous le plancher. Des objets divers recouvraient des planches en bois, qui elles constituaient sa dernière barrière face aux hommes à l'extérieur. Tant qu'ils ne cherchaient pas plus loin, tout irait bien.
-Pourquoi ne nous as-tu pas prévenus ? Demande une voix presque glaciale.
-Quoi ? Répondit Hinata incertain. Je…
-Nous aurions pu gagner du temps.
-C'est que…
-Quelles sont ces objets ?
-Rien de bien important mon Seigneur, répondit un autre homme. Des fourrures, une bague de bonne facture, de vieux crayons et un carnet… Oh. Vous devriez le regarder.
Atsumu réussit à entendre des bruits de pages, puis un silence quasi mortel s'abattit. Etrangement, ce fut Hinata qui le brisa.
-S'il te plait, tu sais comme c'est important pour moi, plaida son sauveur. Ne…
Sans réel surprise, le chasseur n'eut pas le temps de finir. Comme ce n'était pas la première fois qu'il l'entendit, Atsumu comprit très rapidement qu'Hinata était de nouveau roué de coups. Peut-être même plus violemment que la dernière fois, et cette fois-ci, Atsumu n'avait pas peur seulement pour sa vie. Il ressentait une réelle inquiétude pour ce garçon.
-Ne me parle pas de manière aussi familière. Brulez-moi cette infamie, et les crayons.
Subitement, une raie de lumière agressa son œil. Les fourrures au-dessus avaient été déplacées, et l'inévitable se produisit trop rapidement :
-Bizarre. J'ai l'impression qu'il y a un truc, en dessous.
Des doigts recouvrirent sa seule lumière, et Atsumu savait qu'il devait rapidement trouver une solution. Sa peur le laissait tremblant, mais non paralysé. Il réfléchissait à ses options. Le chasseur ne pouvait rien pour lui dans cette situation. Il devait s'en sortir par ses propres capacités. Celles d'un sorcier. Un sort, inaudible et tremblant, franchit ses lèvres et il se sentit chuté. Un sentiment familier l'enveloppa, et bientôt, disparut. Le sort s'estompa, mais il avait été efficace. Atsumu n'était plus dans sa cachette insalubre. Il se retrouvait dans la chambre du chasseur. Le portail de téléportation disparut derrière lui. Il avait peur de ne pas avoir la force de se téléporter plus loin… Etonnement, il se sentait capable de lancer un autre sort, mais préféra ne pas le faire. Il devait garder ses forces pour de véritables urgences.
Personne d'autre que lui n'était dans la pièce. Elle avait déjà été fouillée, et Atsumu espérait qu'il ne viendrait pas chercher de nouveau. Il se terra dans l'obscurité et posa une main sur sa blessure qui s'était malheureusement réouverte. Du sang coulait un peu, mais rien d'insupportable. Son regard se concentra sur la lumière et sur les ombres qui se jouaient dans l'encadrure de la porte.
Une ombre était à genoux. Des autres l'entouraient. Une s'approcha, lui attrapa les cheveux et donna un violent coup dans la tête. Une autre le frappa dans les côtés, et puis tout devient un amassis d'ombre. Atsumu n'était plus capable de distinguer l'action, et après un interminable moment. Il ne resta plus qu'une ombre, recroquevillé sur elle-même. Il pouvait l'entendre distinctement geindre.
Atsumu pourrait partir. Il en avait la force, et ce serait peut-être pour le mieux, mais les sanglots l'empêchaient de penser à cette option. Alors il se leva, et se dirigea dans l'autre pièce. Une idée précise en tête.
Hinata avait le visage ensanglanté, des larmes ruisselaient sur ses joues, son nez était dans une position anormale, son corps tremblait et ses yeux ne semblaient pas comprendre la raison de la présence d'Atsumu. Ce dernier se dirigea d'un pas décidé, s'agenouilla devant et prit fermement le visage du blessé, qui chercha à s'enfuir.
-Euq tec emmoh tios egnios.
Le chasseur ferma les yeux brutalement par peur, mais Atsumu lui lâcha le visage. Le sort avait été lancé, et commençait déjà à faire effet. Le nez du chasseur avait repris sa position normale, et Hinata commença à se palper le visage incrédule. Les bleus étaient toujours là, son visage était toujours ensanglanté, mais, ses véritables blessures, elles, avaient disparu. La douleur avec.
Le sorcier se sentit mieux qu'il ne l'aurait cru après deux sorts lancés. Il pensait que l'utilisation de sa magie allait drastiquement l'épuiser, au vu de son état. Visiblement, il s'était trompé.
-Pourquoi ? Demanda simplement le chasseur.
-Et toi, pourquoi tu m'as sauvé ?
Hinata ne répondit pas. Atsumu ne voulait pas vraiment de réponse. Un silence les enveloppa, et le sorcier eut la gorge nouée. Hinata le regardait, lui, réellement, avec reconnaissance, et lui dit un mot. Un seul, qu'il avait secrètement toujours voulu qu'on lui dise :
-Merci.
Adossé contre le mur de la cabane, Atsumu accepta le bol de ragoût que lui tendait Hinata, et ils commencèrent un repas silencieux comme à leur habitude. Il « logeait » chez le chasseur depuis quelques semaines, et pourtant il ne savait presque rien de lui. Au début, ne pas parler l'arrangeait, mais désormais ce silence était juste désagréable, oppressant, morbide et tenta de le briser par la première question qui passa dans sa tête :
-Et donc, pourquoi il te traite de monstre ?
Hinata, une cuillère en bois coincé dans la bouche, n'arriva qu'à dire d'une voix étranglée :
-Quoi ?
-Je les ai entendus te traiter de monstre, donc je me demande pourquoi.
Un silence lui répondit, et Atsumu concéda :
-Ce n'était peut-être pas le meilleur sujet de discussion.
-Non pas vraiment, lui répondit Hinata sans réelle rancune dans la voix.
-Je vais tenter autre chose. Tu avais un carnet et des crayons, non ? Tu dessines ?
Etrangement, Hinata sourit avec légèreté, ses yeux se plissent de douceur, et lui répondit ouvertement :
-Oui. Tu as raison. Je dessine, mais j'aurais juste pu écrire sur ces carnets.
-Aucun chasseur ne sait écrire. Ni lire d'ailleurs.
-…
-Quoi ? J'ai tort ?
-Non, mais ça sonne un peu rustre de ta part de le dire comme ça.
-Non, ça fait de moi un érudit d'être capable de deviner que tu dessines avec si peu d'élément. Et sinon que dessines-tu ?
-Des portraits majoritairement. Peut-être qu'un jour j'aurais le privilège de vous dessiner, Monseigneur l'érudit.
-Je prendrais soin de t'apporter du papier et des crayons de qualité, ma beauté doit être bien retranscrite, répondit-il sans aucune once d'ironie.
La discussion continua, fluide. C'était vivifiant d'avoir une discussion normale après si longtemps et Atsumu espérait qu'elle n'allait pas dévier vers leur quotidien obscur. Heureusement, aucun des deux n'évoqua de sujets tragiques, et par moment, des petits rires envahirent la cabane.
Peut-être n'étaient-ils pas entièrement sincères, peut-être que certains de leurs dialogues sonnaient faux, mais une volonté de normalité était palpable.
Dans la chambre, Atsumu écoutait la discussion qui se passait de l'autre côté et qui semblait presque irréaliste. Pour la première fois qu'il était ici, quelqu'un était venu toquer et parlait sans élever la voix à Hinata.
-Tiens, dit une femme. Il m'a demandé de te donner ça, comme, tu sais, il y a eu un accident.
-Accident qui date de plus trois semaines.
-Il est désolé, il s'en veut, et il voulait se procurer ça avant de m'envoyer prendre de tes nouvelles.
-Et tu vas lui dire quoi ?
-Que tu vas bien, ça le rassurera.
-…
-Je dois y aller.
-D'accord.
Il faut un certain temps avant qu'Atsumu entende la porte se fermer et qu'Hinata lui dise :
-Tu peux revenir.
Le sorcier s'exécuta et retrouva le chasseur assis en tailleur en face du petit feu qui illuminait la pièce chaleureusement. Un carnet de dessin sur les genoux, ouvert sur un portrait d'un homme qu'Atsumu n'avait jamais vu. Il s'assit en face de lui et remarqua l'air troublé de son sauveur qui ne le regardait toujours pas, trop occupé à fixer le portrait. Atsumu sentit une multitude de sentiment différent se bousculer en lui sans qu'il ne réussisse à décider lequel prédominait. Il était un peu perdu, alors s'il décida d'investiguer :
-Qui est cet homme ?
-Je veux pas en parler.
-Tu vas garder le cadeau ?
-J'ai plus personne à dessiner, se contenta-t-il de répondre.
-Je suis ici, répondit-il avec indignation.
Hinata le regarda enfin, comme s'il prenait enfin réellement conscience de sa présence. Sa lèvre trembla, avant qu'il demande d'une voix incertaine :
-T'es sûr ?
-Oui. Dessine-moi.
Pendant quelques instants, Hinata ne fit rien. Il hésitait pour une raison qu'Atsumu ne comprenait pas, ce qui le frustrait énormément, puis le chasseur jeta le portrait dans le feu, prit le crayon dans sa main et fit un premier trait. Le calme s'empara alors de la petite cabane, et d'Atsumu aussi. Toutes ses multitudes de sentiments compliqués s'étaient arrêtées, sauf un, particulièrement chaleureux.
Sa blessure était complètement guérie, et Atsumu ne s'était jamais senti aussi en forme depuis le début de la chasse au sorcier : il n'avait plus aucune excuse valable pour rester.
Penché sur sa cicatrice, Hinata appuya légèrement dessus. Atsumu ne ressentait plus de douleur, il hésita à mimer, mais il ne pouvait rien faire face au visage presque déçu de son sauveur.
-Que vas-tu faire, maintenant ? Demanda Hinata.
-Quoi ?
-Tu vas… Partir ?
-Tu veux que je parte ?
-Non ! Se précipita-t-il. C'est juste que… Enfin, j'ai toujours cru que t'allais partir une fois guérie, et puis, ce serait dangereux si tu restais…
-Je ne serais pas plus en sécurité si je partais. En plus, ça fait des semaines qu'ils ne sont pas venus fouiller ta petite cabane.
De plus, Atsumu avait l'impression qu'il serait capable de lancer d'innombrables sorts, capable, peut-être, de tuer tout un village pour se protéger. Il avait toujours peur, mais beaucoup moins qu'au début. Ici, dans cette cabane, avec ce petit chasseur, il se sentait presque en sécurité, presque chez lui, et il était convaincu qu'il ne pourrait pas trouver mieux ailleurs. Il était convaincu que cette cabane désuète pourrait devenir son nouveau foyer, et il voulait se rattacher de toutes ses forces à cet espoir que le chasseur lui avait donné inconsciemment.
-Tu veux rester ? Demanda Hinata avec espoir et fragilité.
-Oui, répondit-il sincèrement.
Atsumu n'avait jamais été doué pour comprendre les gens, et n'avait jamais voulu améliorer cette compétence. Pourtant, quand le chasseur cacha son visage dans ses mains, quand le corps en face de lui fut pris de soubresaut, quand il entendit des pleurs, Atsumu aurait voulu pouvoir le comprendre.
Les sanglots continuèrent à se faire entendre, seuls bruits de cette petite cabane miteuse, et Atsumu commençait à se sentir mal à l'aise. Il avait l'impression d'être rejeté, ce qui ne l'aurait pas dérangé si le chasseur n'était pas celui qui lui donnait cette impression.
-Tu sais, si tu ne veux pas, tu peux tout de suite me le dire, finit-il par dire sur un ton faussement plaisantin.
Hinata secoua vivement la tête, et s'empressa de répondre d'une voix fébrile :
-Non non non, je t'ai déjà dit que je voulais que tu restes.
Atsumu aimerait se sentir soulagé, mais l'attitude du chasseur contrastait trop avec ses mots. Il ne comprenait pas… Mais peut-être n'était-il jamais trop tard pour chercher à le comprendre ?
-Hey, chuchota-t-il.
Le sorcier prit les mains rugueuses du chasseur dans les siennes, et pencha son visage vers le sien, afin de ne pas être fui.
-Tu veux pas me dire ce qu'il y a ?
Atsumu n'aurait jamais cru que sa voix puisse sonner aussi douce et rassurante, mais ce chasseur était différent de tous les autres. Il méritait ce traitement privilégié.
-Je-je suis content que tu veuilles rester, vraiment, assura Hinata. Mais… Mais quand tu sauras, tu voudras juste partir.
-Quand je saurais quoi ?
-La raison… Pour laquelle il me traite de monstre.
-Dis-moi, répondit-il aussitôt.
Hinata se mordilla les lèvres, et Atsumu se surprit à regarder l'action un peu trop intensément. Troublé, il décida de reprendre contenance en s'éloignant de son sauveur, et en lui lâchant les mains sans préambule. Pour couronner le tout, il reprit la parole d'une voix plus sèche, plus hautaine :
-Si c'est une raison de partir, je pense avoir le droit de savoir.
Le chasseur sursauta et baissa la tête, ce qui donna à Atsumu une pointe d'un sentiment qui lui était étranger : la culpabilité.
-J'ai… J'ai eu une relation avec un homme, avoua d'une petite voix Hinata. Je suis attiré uniquement par les hommes.
-…Quoi ? Répondit Atsumu hébété.
-Mais je te jure que je ne t'ai pas sauvé parce que tu es un homme ! Se justifia rapidement le chasseur. Je t'aurais sauvé même si tu étais une femme, je t'ai soigné de manière désintéressée, vraiment et…
Son sauveur se ratatina sur lui-même au fur et à mesure des nombreuses justifications qu'il donnait. Honnêtement, cette vision faisait peine à voir, et lui rappelait douloureusement certains collègues sorciers décédés. Atsumu avait l'impression que les autres blessaient toujours ce qui comptait pour lui, et il espérait être capable de réparer un peu le mal qu'ils causaient.
-Je m'en fiche, avoua le sorcier d'une voix calme.
-Quoi, mais-
-Je veux rester ici, avec toi, vraiment.
Le chasseur releva le visage vers le sorcier, ses yeux étaient embués de larmes, mais cette fois-ci, c'était différent, car cette fois-ci, Atsumu avait l'impression de mieux le comprendre. Il avait l'impression de savoir ce qui se cachait derrière ces yeux marrons, et lorsqu'Hinata se jeta dans ses bras pour la première fois, il se dit que son impression était probablement vraie.
Des bras forts s'enroulèrent brusquement autour de sa taille, et des sanglots sonnèrent dans son oreille. Atsumu ne chercha pas à parler, ne chercha pas à éloigner Hinata, à la place, il lui rendit son étreinte. Il posa une main rassurante dans ses cheveux roux, et cala sa tête dans sa nuque. Il ferma les yeux et se laissa profiter d'un moment dont ils avaient tous les deux terriblement besoin.
Ils n'étaient plus seuls.
C'était la première fois que le sorcier ressortait en plein jour. Le soleil brillait joliment, et les feuillages des arbres ne l'étouffaient pas. À côté de lui, les cheveux d'Hinata resplendissaient, et Atsumu avait envie de passer ses mains dedans.
-Tu es sûr de toi ? Demanda le chasseur.
-Je t'ai déjà dit que la forêt ne présentait pas de risque pour moi. Et puis avec le temps, tous les villageois ont dû m'oublier.
-Non, ce n'est pas pour ça que je demande. Je veux dire. Atsumu, je chasse des chiens sauvages, ils ont tué des villageois déjà. C'est dangereux.
Hinata posa sa main sur son épaule, l'obligeant à s'arrêter. Il était inquiet pour lui, et Atsumu ne pouvait s'empêcher de le trouver attachant. Pourtant, l'attitude du chasseur n'était pas fondée. Dans cette forêt, les êtres les plus dangereux n'étaient certainement pas les loups. Peut-être qu'Hinata ne s'en rendait pas vraiment compte, mais Atsumu, lui, commençait à sentir sa magie grondée. Elle ne demandait qu'à exploser, ou peut-être qu'au fond, une part de lui voulait la laisser déborder.
-Enu'uq naim eemmalfne el egetorp, fit Atsumu d'une voix douce.
Une main enflammée sortit de nulle part et alla presque caresser le visage du chasseur. Atsumu n'avait pas prévu que son sort agisse de cette manière, mais en voyant le sourire d'Hinata, il se dit qu'il devait le lancer plus souvent.
-Si c'est dangereux, je préfère être avec toi.
Hinata se pencha imperceptiblement contre la main enflammée qui se recula un peu pour ne pas le brûler, avant de disparaître. Ce n'était presque rien, et pourtant, grâce à ce simple moment, il aimait un peu plus sa magie.
-Tu penses pouvoir me protéger ? Finit par demander le chasseur.
-Assurément.
-Eh ! Oublie pas que c'est moi ici, le chasseur, le maitre de ces lieux.
En plaisantant, Hinata lui donna un petit coup d'épaule. Les contacts physiques étaient devenus beaucoup plus fréquents ces temps-ci, et Atsumu avait compris qu'Hinata s'était énormément restreint au début de leur rencontre. Il aimait le voir plus ouvert avec lui. Il aimait ce petit côté tactile chez lui. Il aimait bien son contact.
Il l'aimait bien, tout simplement.
La nuit était fraiche, et Atsumu était reconnaissant envers Hinata pour lui avoir donner des vêtements cousus avec d'épaisses fourrures. En revanche, le chasseur ne semblait pas du tout impacté par le froid. Aucun frisson ne le parcourait alors qu'il avait plongé ses jambes dans l'eau probablement glacée du lac en face d'eux.
-C'est mon endroit préféré dans cette forêt, lui avoua Hinata.
Atsumu s'assit en tailleur à ses côtés, et prit un temps pour observer le calme de la forêt. Il avait vraiment l'impression qu'ils étaient seuls au monde ici.
-Et pourquoi ça ?
-C'est calme. Personne ne vient jamais, et les étoiles se reflètent sur le lac. Le lieu est presque… Hors du temps. Irréel.
-Ferme les yeux.
-Quoi ?
-Je vais rendre le lieu encore plus irréel. Allez, ferme les yeux.
Le chasseur haussa un sourcil, amusé, mais s'exécuta. Atsumu sourit. Serein. Tout semblait si facile avec cet homme… Si facile que des sorts inconnus s'écoulaient naturellement de ses lèvres :
-Euq al eigam etnah sec xueil. Euq sed xeuf stelof tnenneiv. Euq sed séef tnenneiv.
Alors que la magie se mettait à hanter le lieu, Atsumu remarqua qu'Hinata frissonnait. Automatiquement, il s'approcha de lui pour les couvrir tous les deux de sa cape en fourrure. Il toucha sa main par mégarde… Et remarqua que le corps d'Hinata était bouillant.
-Qu'est-ce que tu fais ? Demanda le chasseur, les yeux toujours fermés.
-Je croyais que t'avais froid, t'avais des frissons.
-Euh, je, non, enfin, c'était pas ça.
Ce n'était pas « ça », mais Hinata continuait de rester à ses côtés. Leurs épaules se touchaient, et Atsumu avait envie de rester ainsi pour toujours. Lui, la magie, et Hinata.
-Euh… Je peux ouvrir les yeux ?
-Hein ? Ah oui, bien sûr.
-…Wow.
Devant eux, des feux follets et des fées semblaient danser au-dessus du lac, et autour d'eux. Une aura magique les enveloppait. Hinata était complètement émerveillé et tendit le bras vers une fée qui s'assit sur sa main.
-Merci, chuchota-t-il doucement, comme s'il craignait que le sort se dissipe.
La magie se reflétait dans les yeux du chasseur. Il était vraiment beau.
Ce sort lui donnait l'impression de faire du voyeurisme. Une part de lui espérait qu'il se terminera rapidement.
-Je peux modifier ta cachette ? Demanda Atsumu.
-Hum ?
Jusque là perdu dans la préparation de leur repas du soir, Hinata releva la tête vers le sorcier puis observa les quelques planches en bois qui ne cachait rien depuis plus d'un an. Atsumu avait pris l'habitude de dormir à côté d'Hinata, dans la seule chambre de la petite cabane. De toute façon, sa présence avait été complétement oubliée et plus personne ne venait voir Hinata, mis à part des villageois pour lui donner des missions urgentes vis-à-vis de la forêt.
-Comment ça ?
-J'aimerais créer un endroit à moi, avoua Atsumu. Pour faire de la magie… Un peu comme une salle d'étude.
-Sous ma cabane ? Répéta Hinata hébété.
-Ouais, avec de la magie je pourrais créer une pièce vraiment sympa.
-Tu veux créer une pièce par magie pour faire encore plus de la magie ?
-Oui, c'est ça, répondit Atsumu avec le sourire.
-C'est d'accord.
Hinata se replongea naturellement dans la découpe de divers légumes, comme s'il n'avait pas autorisé un sorcier à pratiquer librement de la magie. C'était peut-être pour cette raison qu'Atsumu aimait autant le chasseur. Ou peut-être parce qu'il avait de beaux cheveux. Ou peut-être parce qu'il voyait trop de raisons pour l'aimer. C'était surement ça.
-Merci.
-Par contre si le sorcier pouvait allumer le feu, il serait fort gentil.
-Bien sûr, tout pour toi, dit-il d'une manière plus douce qu'il ne l'aurait voulu.
Le chasseur arrêta le mouvement de son couteau, et fixa dans le vide pendant un long moment. Il tremblait, et Atsumu ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter :
-J'ai dit quelque chose qu'il ne fallait pas ?
-Non, c'est pas toi, c'est juste que… Atsumu, tu es très gentil.
C'est la première fois qu'il recevait ce genre de « compliment ». Peut-être lui aurait-il fut plaisir, s'il n'était pas dit de cette manière.
-Et c'est un problème ?
-Non-non-non ! Tu es parfait, vraiment !
-J'ai du mal à te comprendre.
Après avoir pris une grande inspiration, Hinata osa enfin le regarder dans les yeux, ce qui troubla Atsumu. En cet instant, il semblait très fragile.
-Je te l'ai dit, je te trouve parfait, Atsumu. Et tu sais, je suis attiré par les hommes. Je vais mal interpréter, et…Enfin, tu vois.
-Oh.
Les joues du chasseur étaient rouges, et Atsumu savait que les siennes ne devaient pas être mieux. Il n'était peut-être pas le plus doué pour comprendre autrui, mais il n'était pas assez idiot pour ne pas discerner les significations de ces paroles. Son cœur s'emballa alors qu'il commençait à percevoir la possibilité de… Quelque chose. Quelque chose qui ne le dérangerait pas. Vraiment pas. Il devait juste trouver le courage de saisir cette possibilité.
Doucement, il se rapprocha de lui et posa une main maladroite sur celle d'Hinata, tenant le couteau. Leurs mains étaient moites à tous les deux. Ils étaient vraiment proches, et Atsumu aimerait qu'il le soit encore plus, alors il parla :
-Tu ne vas pas mal interpréter.
-…Quoi ? Demanda-t-il avec espoir.
Continuant sur sa lancée, sa main monta dans une caresse jusqu'au bras du chasseur, qui frissonna sous l'action, donnant une bouffée de courage à Atsumu.
-Je suis attiré par…toi.
Sa main grimpa jusqu'à la nuque d'Hinata, et il se pencha un peu plus vers lui. D'une voix douce, il chuchota :
-Tu es important pour moi. Pour toi, je pourrai…
Il ne savait pas comment continuer à s'exprimer. Il ne trouvait pas les mots pour avouer à Hinata la place qu'il avait fini par avoir dans sa vie, et arrêta de chercher à parler quand des lèvres se posèrent avec douceur sur les siennes. Il ferma les yeux, et un sentiment particulier s'infiltra au plus profond de lui. Il avait l'impression d'être complètement ensorcelé par cet homme.
-Alors ? Demanda Atsumu avec un sourire fier.
En plein milieu de la pièce, Hinata ne cessait de tourner sur lui-même, comme s'il voulait tout observer en même temps. Il semblait émerveillé et décida de s'approcher de l'étagère qui comportait une centaine de livres de sorcellerie. Il passa ses doigts sur les reliures distinguées avant de tourner son attention sur le bureau d'à côté, où était posées quelques fioles, un encrier, une plume et un carnet où il écrivait ses notes. Le chasseur se pencha sur son écriture qui ressemblait probablement à un gribouillis à ses yeux. Atsumu se rapprocha de lui et posa sa tête sur son épaule. Il enroula ses bras autour de sa taille.
-Je pourrais t'apprendre à lire, et à écrire, si tu veux.
Hinata déposa un rapide baiser sur sa joue, et Atsumu resserra son étreinte.
-Je veux bien, mais avant ça, dis-moi où tu t'es procuré tout ça ?
-Secret.
Le chasseur se retourna vers lui, et Atsumu sentit des doigts dans ses cheveux, puis des lèvres sur les siennes. Un vague sentiment de bonheur l'étreignit.
-C'est ta salle d'étude ?
Atsumu fredonna en réponse, et Hinata lança un regard circulaire sur toute la pièce, qui était d'une superficie plus grande que la petite cabane au-dessus d'eux.
-Je ne savais pas qu'une salle d'étude devait comporter une baignoire, un miroir, un lit, et… je m'y connais pas mais, c'est de la poudre pour la peau sur ce petit meuble là-bas ?
-Ma peau est importante, se justifia-t-il.
Hinata se mit à rire en secouant la tête, mais continua de le regarder avec tendresse, ce qui le réchauffait de l'intérieur.
-J'aime beaucoup ta salle d'étude, surtout sa partie moins… Studieuse. Je peux essayer le lit ?
-Bien sûr, cette pièce est aussi à toi.
Le chasseur l'embrassa une nouvelle fois, avant de l'abandonner pour plonger dans le lit. Il serra l'oreiller dans ses bras avec force, puis il enfonça son visage dans le matelas.
-Bien plus confortable que ton lit en paille, hein ?
-Oui, je vais vouloir dormir toute ma vie dans ce lit.
-Je pense que ça peut se faire.
Atsumu s'approcha du lit et s'assit à côté d'Hinata. Ce dernier lui jeta un regard en coin, son sourire était toujours présent. Il espérait pouvoir le préserver jusqu'à sa mort.
-Et j'aurais le droit à la compagnie d'un bel homme ? Susurra Hinata. Toutes les nuits ?
-Ouais, ça aussi ça peut se faire.
Les scènes se répétaient, toutes sans réelle importance, et pourtant, il avait l'impression qu'elles le faisaient perdre pied. Bientôt, il ne saura probablement plus qui il est.
Dans la pénombre de la salle d'étude, Atsumu avait ses jambes entrelacées à celle d'Hinata. Sa main créait tendrement des formes improbables sur le corps nu de celui qui partageait son lit. C'était si intime. Il partageait déjà tellement de moments ensemble, qu'il ne fut pas étonné quand Hinata décida de se dévoiler un peu plus :
-De base, je ne suis pas un chasseur. À l'époque, j'étais un simple garçon à tout faire, au service du seigneur de ces terres, ou plutôt de son fils. On avait le même âge, et on est vite devenu ami. Enfin, au début, c'était ça, ami.
Atsumu commençait déjà à comprendre où allait ce récit, mais il ne l'interrompit pas. Il le laissera parler autant qu'il le souhaite.
-J'ai toujours aimé dessiner, et il m'offrait des carnets, et me demandait de le dessiner. J'ai pu progresser un peu grâce à lui. Mais je m'égare, on est devenu plus que des amis, et évidemment, on se cachait. C'était bien, au début, jusqu'à qu'on soit découvert.
Si Hinata ne racontait pas d'une manière aussi détachée, peut-être qu'Atsumu aurait été jaloux, peut-être aurait-il eu besoin d'être rassuré un peu, mais ce n'était pas le cas, alors le chasseur continua.
-C'est un peu compliqué à expliquer, j'ai été pris par une tornade d'événement. Le seigneur l'a découvert, et c'était son fils, c'est comme si je le pervertissais, alors, j'ai reçu un lynchage public. J'ai tout perdu, on m'a tourné le dos, tous, certains avaient peur des représailles, mais, ça ne change pas le fait, que… Que j'ai fini seul. La solitude est insupportable.
Le récit était décousu, mais Atsumu comprenait le cœur du problème pour Hinata, et il voulait maintenant lui rappeler qu'il était là, qu'il sera toujours là. Doucement, il alla effleurer son front de ses lèvres, et avant de continuer son histoire, Hinata lui murmura un doux « je t'aime ».
-On m'a renvoyé du château et on m'a donné la fonction de chasseur du village, et cette petite cabane. Je sais que, c'est grâce au fils du seigneur que je n'ai pas été bannis ou tué. D'ailleurs, c'est pour ça qu'avant, j'avais décidé de rester ici. Je l'aimais encore, et il continuait à agir pour moi. Il continuait à m'envoyer des cadeaux, sans jamais venir me voir, mais ça me suffisait. Avec le temps, c'était moins souvent, mais ce n'était pas grave, ça… M'allait. À ce moment-là, ça m'allait. J'étais pathétique.
C'était douloureux d'entendre parler l'homme qu'il aimait ainsi, et sa main remonta jusqu'au visage du chasseur pour s'assurer que des larmes ne coulaient pas. Ce n'était pas le cas, et Hinata en profita pour emprisonner sa main dans la sienne avec force. Maintenant, il allait mieux, et Atsumu n'avait jamais été autant rassurer pour quelqu'un.
-Et puis, la solitude me pesait, et je t'ai vu dans cette forêt, et je t'ai sauvé, et la suite, tu la connais.
-C'est lui, du coup, qui te donne occasionnellement des cadeaux ? Demanda-t-il en connaissant la réponse.
-Oui. Il continue encore, mais c'est moins fréquent qu'avant. Et j'avoue que, j'aimerais qu'il arrête, mais il ne veut rien entendre, ça m'agace.
Pendant un instant, Atsumu envisagea l'option d'utiliser un sortilège sur le fils du seigneur, pour lui faire oublier l'existence d'Hinata, ou peut-être qu'il pourrait tout simplement…
-Et toi ?
-Hum ?
-Tu veux me parler ? Enfin, tu n'es pas obligé si tu ne veux pas.
Le pire, c'est qu'il savait que ce n'était pas grave, s'il ne parlait pas. Hinata ne le forcerait jamais en rien, et c'était peut-être pour cette raison qu'il avait envie de tout lui dire, et peut-être aussi parce qu'il avait une totale confiance en lui. Avant de parler, il décida de s'installer plus confortablement. Il descendit un peu dans le lit et posa sa tête sur le torse d'Hinata, et ce dernier alla caresser ses cheveux avec tendresse. Il ferma les yeux et se replongea dans ses souvenirs.
-Je suis né dans une famille de sorcier. J'avais un frère jumeau. On était tous les deux aptes à la magie. On a tous les deux étés envoyés à l'Académie.
Et Atsumu raconta tout sans omettre de détail. Il expliqua sa rivalité avec son frère, la place qu'il avait dans sa vie, son amour pour la magie, sa solitude parce qu'il n'avait jamais été vraiment compris par d'autres sorciers, il évoqua même des anecdotes sans intérêt de l'Académie. Puis il parla de la chasse au sorcier, de sa fuite infinie, de la mort de son frère, de sa solitude très pesante, des trahisons, des buchers, de sa peur du feu. Il avait l'impression que son récit était interminable, mais Hinata continuait à l'écouter. Il lui caressait toujours les cheveux, lui posait des questions par intermittence, lui disait des paroles rassurantes sans l'étouffer. Il n'était plus seul, mais il n'arrivait pas à être aussi détaché que le chasseur. Ses paroles étaient imprégnées d'émotion à chaque fois qu'il évoquait son frère. Sa mort avait été un traumatisme.
Quand il termina son récit, ses bras allèrent encercler le torse d'Hinata, et il le sentit déposer un baiser dans ses cheveux. Il était tellement vidé par cette nuit qu'il se sentit sombrer dans le sommeil sans attendre, mais Hinata le maintint à moitié éveillé :
-C'est nous, maintenant ?
-Hum ?
La voix du chasseur semblait différente, mais il était trop fatigué pour se poser plus de questions. Il ne semblait pas triste, et c'était tout ce qui lui importait pour l'instant.
-On reste ensemble, c'est nous ?
-Hum, c'est nous avant tout même, chuchota-t-il.
-Ca sonne un peu comme « c'est nous contre le monde ».
Hinata rit un peu. Il recommença à lui caresser tendrement les cheveux, et cette fois-ci, le laissa s'endormir, mais avant de perdre conscience, Atsumu précisa :
-Non, ça sonne pas qu'un peu. C'est nous contre le monde.
Dans la chambre de la petite cabane, Atsumu serrait les poings. Il sentait sa magie le supplier d'exploser sur la raison de sa colère. Sa mâchoire se contracta, mais il décida de ne pas agir. Hinata pouvait se débrouiller, et lui pouvait contrôler sa jalousie, sa colère ainsi que tous ses sentiments négatifs bouillonnant.
-Attends, dit Hinata dans un rire sarcastique. Répète ?
C'était étrange de le voir interagir de cette façon, mais c'était aussi rassurant pour Atsumu. Il n'avait pas à s'en mêler.
-Je suis désolé, répondit une voix sincère qui agaça le sorcier. Je n'aurais pas dû accepter qu'on te traite de cette façon. J'aurais dû être là, mais maintenant, je suis là. On peut partir d'ici, s'enfuir, et tout recommencer.
-Parce que tu penses que j'ai envie de tout recommencer ?
-Oui.
-Alors que la dernière fois qu'on s'est vu, répondit Hinata sur un ton indigné, t'as jeté mon carnet de dessin au feu, et t'as laissé tes hommes me frapper jusqu'au sang. Et si mes souvenirs sont bons, c'est toi qui m'as brisé le nez.
Ses ongles s'enfoncèrent dans sa paume, et son corps tremblait de rage. Il ne devait pas s'en mêler, il devait se contrôler, mais il détestait la manière dont la conversation se déroulait. Il ferma les yeux.
-Je me suis déjà excusé pour ça. Et je t'ai déjà offert des autres carnets. Ecoute, je…
-Ne me touche pas !
Cette fois-ci, il se sentit obligé d'observer la scène. Il se rapprocha vers l'entrebâillure de la porte et resta cacher dans l'ombre. Il ne voyait pas le visage d'Hinata, mais il avait les bras croisés. Il était distant, mais Atsumu n'aimait pas la manière dont l'intrus se comportait. Ce dernier avait un air hautain, et regardait le chasseur comme s'il était un petit être fragile qui ne comprenait pas vraiment l'opportunité qu'il lui proposait. Atsumu se répéta encore une fois qu'il devait se contrôler.
-Je ne comprends pas. Qu'est-ce qui te retient ici de toute façon ?
-Je n'ai aucune raison de vouloir partir avec toi, se contenta de répondre sèchement Hinata.
-Tu as dit que tu m'attendrais, dit-il sur un ton accusateur. Qu'est-ce que tu pourrais faire d'autres, ici, seul, de toute façon ?
Sa magie grondait en lui, et Hinata recula d'un pas, probablement blessé par ces propos. Atsumu savait que la solitude avait toujours été pesante pour lui. Il savait qu'il avait toujours espéré que cet homme revienne le voir pour lui faire une telle proposition, et que les cadeaux qu'il continuait à lui envoyer, l'avait laissé espérer trop longtemps. Il était resté dépendant trop longtemps, et cette fois-ci, un sorcier était là. Atsumu ne pouvait pas supporter qu'on lui parle ainsi, et encore moins qu'on le blesse, alors cette fois-ci, il décida de ne plus se contrôler.
-Euq el tnev el epparf.
Le sort aurait dû le faire tomber un peu violemment, mais rien de grave. Ensuite, Atsumu prévoyait de lui lancer un petit sort d'oubli, voire de lui faire un peu peur si Hinata le désirait. Rien de plus, réellement, mais il n'avait pas prévu que sa magie soi aussi… Puissante.
Le sort toucha l'intrus de la cabane, et le projeta dans les airs si brutalement qu'il heurta l'arbre. Un craquement retentit, puis l'homme retomba dans l'herbe face contre terre, et ne bougea plus. Sa magie ne gronda plus, sa colère se dissipa et il resta juste médusé. Hinata lui lança un regard indéchiffrable avant de courir vers l'homme inconscient. Il retourna l'homme et se pencha sur son torse. Il lui prit son pouls aussi.
Atsumu s'avança vers la scène, la gorge sèche. Il tremblait, pour une tout autre raison que de la colère. Il n'avait pas l'impression que l'homme respirait, mais il devait mal voir. Tout allait rentrer dans l'ordre, l'homme rentrera dans son vieux château, Hinata ne lui en voudra pas, et lui continuera sereinement à pratiquer sa magie.
-Atsumu, il est mort, se contenta de dire le chasseur.
Il avait tué un homme, qui ne lui avait rien fait. Hinata allait le chasser de la cabane. Il sera seul de nouveau, et il était un meurtrier. Ce dernier mot résonna dans sa tête.
-Je-je voulais pas, se justifia-t-il d'une voix tremblante.
-Atsumu…
-Je te jure que je voulais pas.
-Atsumu, répéta-t-il d'une voix ferme.
Il ne s'en était pas rendu compte, mais Hinata était désormais devant lui. Il posa ses deux mains sur son visage, et essuya au passage ses larmes. Atsumu continua de répéter, comme un enfant en faute :
-Je voulais pas.
-Atsumu, soupira le chasseur. Même si tu l'avais voulu, ce ne serait pas grave.
-… Quoi ? Dit-il d'une voix étranglée.
-Tu pourrais tuer la terre entière, et ce ne serait toujours pas grave, articula-t-il calmement.
-Quoi, mais, je…
Le chasseur referma sa prise sur son visage, et Atsumu avait de plus en plus de mal à réfléchir sur la portée de son action. Il voulait secouer la tête, mais Hinata l'en empêcha, alors il arrêta, et ses pensées commencèrent à s'emmêler.
-Atsumu, dit-il d'une voix assurée. On s'est dit, que c'était nous contre le monde, tu te souviens ?
Hinata était calme, ce qui le forçait à l'écouter. Il avait une confiance totale en lui, pourtant, en cet instant, il doutait un peu, et il continua à balbutier des :
-Je, mais…
-Tu me mentais ?
Il était toujours ferme, et Atsumu trouva le courage de secouer la tête. Hinata le laissa faire, et son emprise sur son visage s'adoucit. Il lui caressa doucement la joue. Atsumu commençait à avoir l'impression d'avoir presque… Bien fait.
-Alors ce n'est pas grave ce qui arrive aux autres, d'accord ?
-Tu ne m'en veux pas ? Demanda-t-il avec fragilité.
-Non, Atsumu, pas du tout.
Hinata posa ses lèvres sur les siennes, et ses mains, les mêmes qui avaient constaté le décès, s'enroulèrent tendrement autour de sa nuque. Atsumu se détendit enfin. Hinata avait raison. Ce n'était pas grave. Ce n'était que les autres. Voilà. Seuls eux comptaient. C'était tout.
-Qu'est-ce qu'on va faire du… hum…
-Cadavre ? Termina le chasseur d'une voix détachée.
Le sorcier regarda le macchabée, et il se sentait presque dénué d'émotion en cet instant. Une trace de culpabilité restait, mais il décida de la chasser. Il n'avait rien fait de mal, et ils avaient plus important à régler.
-C'est vrai que c'est un problème, continua Hinata. C'est quelqu'un d'important ici, et si jamais on découvre sa mort, on pourrait avoir des problèmes.
-On pourrait maquiller ça en suicide ? Proposa Atsumu d'une voix presque détachée.
Hinata prit un temps pour déposer un baiser dans sa clavicule, et Atsumu était rassuré par sa manière d'agir et de vouloir régler le… Problème.
-Peut-être, mais il faudrait le faire au château. Et il est loin, ce sera trop tard quand on arrivera.
-Pas si je m'occupe de ça, avec de la magie.
-Tu feras ça ? Vraiment ?
Atsumu attrapa la main de son sauveur, et enfouit sa joue dedans. Le chasseur avait toujours eu les mains rugueuses, ce qui l'encrait dans la réalité… Ou plutôt, dans sa réalité.
-Oui. Je dois nous protéger.
Ses pensées étaient confuses et il avait du mal à ressentir de la surprise, voir une quelconque émotion.
La nuit était tombée trop rapidement, et Hinata dormait sereinement sur son torse. Atsumu, lui, ne trouvait pas le sommeil. Il avait tué un homme, mais il préférait ne pas s'attarder sur ce simple détail. Un autre élément de cette petite mésaventure méritait toute son attention : sa magie. Il n'avait lancé qu'un petit sort, il n'avait pas mis beaucoup d'énergie dans le sort, et il a lancé d'innombrables sorts pour maquiller un meurtre en suicide. Quelques années plus tôt, il aurait été épuisé par toute cette magie utilisée. Désormais, elle semblait presque inépuisable. Elle grondait des fois, elle semblait vouloir s'échapper, mais en cet instant, elle était calme.
-Euq el uef ennerp al sulp elleb ecnerappa à sem xeuy.
Il leva la main, et du feu sortit de ses doigts. Sans réel étonnement, les flammes prirent l'apparence d'Hinata, ce qui le fit sourire, mais il s'effaça rapidement lorsqu'il pensa à sa magie. Une inquiétude insidieuse s'infiltra en lui.
-Tu dors pas ? Murmura d'une voix ensommeillée Hinata.
La main du chasseur se posa sur la sienne, celle qui était proche des flammes.
-Désolé, je voulais pas te réveiller.
-Ne t'inquiète pas. Il y a un problème ?
Atsumu hésita, et Hinata caressa doucement sa main, avant de dire d'une voix rassurante :
-Tu sais que tu peux tout me dire, n'est-ce pas ?
-Je… Tu aimes la magie ?
-Honnêtement, je sais pas.
Son inquiétude étreignit sa gorge et il ne savait plus quoi dire. Il commença à baisser sa main, sa magie se dissipa un peu, mais Hinata lui attrapa lui poignet et lui fit remonter le bras. Les flammes reprirent de plus belles. Elles étaient encore plus lumineuses.
-Mais ta magie, à toi, c'est différent. Elle me rassure… Je l'aime.
Atsumu tourna la tête vers le chasseur, qui contemplait avec tendresse le feu, puis il tourna son attention vers lui. Il lui sourit avec douceur. Il n'en fallait pas plus pour que le sorcier arrête son sort, encadre le visage d'Hinata de ses mains et l'embrasse passionnément. Il le sentit rire contre ses lèvres, puis des doigts allèrent s'infiltrer dans ses cheveux. Ses lèvres descendirent jusqu'à la clavicule de son amant, et Atsumu savait qu'il ferait tout pour le protéger.
-Avec la magie, on peut tout faire ?
Atsumu redressa sa tête de ses notes, et se tourna sur son siège afin de donner toute son attention au chasseur.
-Pourquoi ? Tu veux quelque chose ?
Hinata était sur le lit, son carnet de dessin dans les mains. Un portrait de lui était en cours de réalisation.
-Non. Je me demandais juste, tu fais déjà tellement de choses. La magie m'intrigue, tu m'intrigues.
-Oh, je t'intrigue encore ? Demanda-t-il avec un sourire.
-Toujours.
-Pour répondre à ta question… En théorie, oui.
-Et en pratique, non ?
Sa gorge s'assécha en pensant à ce que lui en tant que sorcier, il ne pouvait pas faire, et ce qu'il pourrait perdre définitivement. D'un coup, Hinata lui semblait si précieux qu'il tendit son bras vers lui. Heureusement, le chasseur céda à son caprice avec un sourire. Il se leva du lit pour aller encercler sa tête. Son front reposait contre le ventre de son amant. Il se sentit plus serein.
-Hum, la magie peut tout faire, mais les personnes, c'est une autre histoire... Par exemple, les sorciers ne peuvent interagir avec les morts, mais les nécromanciens, c'est différent. Enfin, j'en ai encore jamais vu, de nécromanciens, il doit y en avoir un tous les cinq siècles, mais normalement, oui.
Il parlait beaucoup, pour communiquer des informations vraiment pas intéressantes à son goût. Il enfonça encore plus son visage contre Hinata afin de ne pas penser à sa plus grande peur.
-Atsumu, murmura Hinata en caressant sa nuque. Tu aimerais parler aux… Morts ?
-Non, répondit-il sincèrement. Mais, si jamais tu… Ce serait différent.
-Si jamais je meurs, commença Hinata. Tu chercherais à me ressusciter ?
L'idée, aussi clairement énoncé, le fit sursauter. Son souffle se coupa quelques secondes, et ses bras allèrent agripper la chemise d'Hinata, comme pour s'assurer de sa présence. Il leva lentement la tête pour fixer son amant.
-Je ferais bien plus que ça.
Ses mots sonnaient presque comme une menace, et sa prise se referma sur ses vêtements. Ses jointures devenaient blanches, et peut-être même qu'il commençait à faire mal à Hinata.
-Tu ne vas pas… M'abandonner, n'est-ce pas ?
Hinata resta silencieux, ce qui fit grandir une angoisse étouffante en lui.
-Non, Atsumu… Ce n'était qu'une question de toute façon, n'y réfléchis pas trop, d'accord ?
Le chasseur déposa un baiser sur son front, et murmura un faible « je serai toujours avec toi ».
Seul dans sa salle d'étude, Atsumu était complètement absorbé par ses recherches. Il notait frénétiquement dans son grimoire, mais son élan s'arrêta quand il sentit quelqu'un derrière lui. Hinata était à la chasse, et le sorcier ne ressentait jamais sa présence comme une intrusion. En clair, c'était un inconnu. C'était tout ce dont il avait besoin pour se retourner brutalement et lancer :
-Euq el tnev al epparf.
Il pensait que le sort tuerait l'inconnu, mais avec étonnement, il ne fit que le reculer de quelques pas. Un mur de briques invisible se brisa devant l'intrus, et un portail de téléportation se dissipa. C'était une sorcière.
-Je me souvenais pas que tu étais aussi… Agressif disons.
-… Yukie ?
Une femme se tenait en plein milieu de la salle d'étude. Elle portait une vieille cape, et semblait épuiser. Il fallait dire qu'il avait lancé un sort qu'il l'aurait tué si elle ne s'était pas intelligemment protégée avec de la magie.
-Comment tu m'as trouvé ?
-L'Académie était stricte, mais elle avait du bon.
Elle tendit sa main, où reposait des mèches de cheveux blonds. L'Académie leur avait à tous pris de quoi lancer des sorts pour les retrouver, et les surveiller.
-À vrai dire, t'es le premier que j'arrive à trouver. Je crois bien que… Les autres sont tous morts.
Il ne pensait pas revoir une connaissance, et à vrai dire, il n'était pas spécialement content de cet imprévu. Dans sa bulle avec Hinata, il était heureux, et maintenant, il avait l'impression qu'un obstacle venait se mettre sur son chemin. Il craignait le changement.
-Et tu es venu juste pour me dire ça ? Demanda Atsumu un peu trop sèchement en croisant les bras.
Surprise, elle fronça les sourcils, mais ne fit aucune réflexion. Peut-être pensait-elle que son comportement était celui d'un homme attristé par les souvenirs de tous ces morts. Ce n'était pas le cas.
-Non, dit-elle avec assurance. Bien sûr que non. Enfaite, les sorciers se regroupent entre eux. Le royaume d'Igdael a fait la promesse solennelle de recevoir tous les sorciers, et de leur servir de refuge. On aura plus à se cacher, et…
Au-dessus d'eux, la trappe s'ouvrit.
-Atsumu, je…
Hinata s'arrêta net de parler en remarquant Yukie. Son regard alterna entre les deux sorciers, et son visage se décomposa au fur et à mesure. Il fit même un mouvement de recul, ce qui inquiéta aussitôt Atsumu.
-Il y a un problème ?
-Qui est-ce ? Se contenta de demander le chasseur.
-Oui, c'est une très bonne question, renchérit la sorcière.
-Hinata, c'est une ancienne camarade de classe, Yukie.
Il ne prit pas la peine de lui expliquer qui était Hinata. Elle n'avait pas besoin de savoir, et surtout ne méritait pas cette information. Hinata était son trésor, et il le protégerait de tout.
-Il y a eu un problème à la chasse ? Tu devais pas rentrer si tôt.
Atsumu ne pouvait s'empêcher d'insister. Hinata n'était pas dans son état normal. Il fixait Yukie sans un mot, et sa question le fit tourner lentement la tête vers lui.
-Pourquoi ? Je dérange ? Demanda-t-il sèchement.
Atsumu sursauta et son cœur se serra douloureusement. Il ne comprenait pas ce qu'il avait fait de mal, mais il voulait s'empresser de se justifier dans l'espoir de retrouver la gaieté de son amant. Malheureusement, une autre personne parla avant lui :
-Tout dépend le sens de ta question, répondit Yukie d'une voix sérieuse. Si tu pensais interrompre une scène sensuelle entre Atsumu et moi, tu te trompes. En revanche, tu as dérangé une discussion importante.
-Une scène sensuelle ? Répéta Atsumu avec dégout. Pourquoi…
-Parce que le quiproquo est facile, trancha Yukie. Et que tu n'aides pas vraiment à le dissiper.
L'air gêné, Hinata détourna les yeux. Sa prise sur la trappe se resserra, et Atsumu craignait qu'il la referme sans les rejoindre. Il n'avait jamais pensé que son amant puisse être jaloux. Il fallait dire qu'il était tellement affectueux avec, et uniquement avec Hinata, que selon lui le doute n'était pas permis. Visiblement, il avait tort.
-Tu ne me déranges pas. Jamais. Viens. En plus, elle allait partir.
Atsumu lui tendit la main, mais Hinata ne bougea pas.
-Je croyais que vous aviez une discussion importante, murmura-t-il d'un air incertain.
Il semblait un peu rassuré, mais un peu n'était pas suffisant. Il voulait qu'Hinata soit parfaitement serein.
-Elle me proposait juste de partir dans le royaume d'Igdael où la chasse aux sorcières n'existe pas. Elle comptait probablement me donner des détails, mais je ne…
-J'aimerais écouter cette discussion, le coupa Hinata.
-Hein ? S'étrangla Atsumu.
Le chasseur se mit à sourire. Un sourire qui se voulait probablement avenant, mais c'était la première fois qu'Atsumu le voyait. S'il ne connaissait pas Hinata, il serait probablement mal à l'aise.
-D'accord, finit par dire Yukie après un silence. De toute façon, il te répètera probablement tout.
-Bien, continua Hinata. Discutez-en haut, je préparerai une infusion. Tu as l'air fatigué.
Atsumu avait du mal à comprendre la tournure des événements. Tout semblait tellement irréaliste, même pour son cerveau de sorcier. Il monta quand même rejoindre Hinata en haut, suivi par Yukie. Il s'assit devant la petite table, et fixa son amant préparé une infusion à base de plante qu'il n'avait jamais vue jusqu'à présent. Hinata avait toujours ce même sourire, qui semblait déséquilibré, faux. Atsumu voulait poser des questions, mais avec Yukie en face de lui, il préféra éviter.
La pièce resta silencieuse, et on pouvait nettement entendre l'eau bouillir. Le chasseur posa des tasses en face d'eux, puis les remplit de l'infusion. Yukie le remercia d'un signe de tête poli, avant de porter le thé à ses lèvres. C'était discret, mais il la vit murmurer un sortilège sans quitter l'eau des yeux. Elle vérifiait si c'était empoisonné. Atsumu s'en serait offusqué si Hinata n'agissait pas de manière aussi étrange. Elle finit par le boire, et il fut étonné. Il pensait réellement qu'il y avait du poison.
Hinata s'assit à ses côtés, puis posa ses mains autour de sa tasse sans leur jeter un seul regard. Atsumu posa spontanément sa main sur la cuisse de son amant. Comme le geste était caché sous la table, il se permit de la caresser avec douceur. Il espérait ainsi recevoir l'attention d'Hinata. Il n'eut même pas le droit à un seul regard.
-Bien, fit Yukie sur un ton hésitant. Donc le royaume d'Igdael accepte de donner le statut de réfugié au sorcier, comme je te l'ai dit. Mais le roi a également annoncé donner un poste au sorcier qui le désirait.
Les dernières paroles de Yukie résonnèrent dans sa tête, alors qu'il en décortiquait lentement le sens. Un sourire commença à se dessiner sur ses lèvres, et il reporta toute sa concentration sur la sorcière en face de lui.
-Quel type de poste ?
-Tous les types de postes que peut occuper un sorcier. Il a précisé que selon les compétences des sorciers, il accepterait même qu'il devienne son conseiller.
Cette fois-ci, un sourire mangeait tout son visage. Conseiller : le plus haut poste qu'un sorcier pouvait espérer un jour obtenir, c'était son rêve d'enfant. Il avait complètement oublié l'idée de le devenir quand la chasse aux sorcières à commencer. Mais maintenant, son rêve pouvait renaître, et il avait l'impression de renaître avec lui.
-Ouah, c'est la première fois que je te vois sourire comme ça, dit dans un rire Yukie. Et je crois que je préfère ton visage désagréable habituel.
-Tais-toi, répliqua-t-il sans méchanceté. Pourquoi vous n'êtes toujours pas parti ?
-Nous préférons réunir le plus de sorciers possible… Mais nous allons bientôt partir, et je tiens à préciser que nous acceptons la présence d'humains de confiance.
Quand la sorcière était apparue dans sa salle d'étude, il pensait craindre le changement, mais décidément il ne craignait pas ce changement. Il pourrait réaliser son rêve d'enfant, devenir quelqu'un d'important, de redouter, et surtout, il pourrait le faire avec Hinata à ses côtés. L'avenir qui se profilait devant lui était juste… Parfait.
-Je vais devoir y aller, annonça Yukie. Je te tiendrai au courant par télépathie des informations concernant le jour de notre départ. Pas besoin de préciser, mais ça doit rester secret.
Elle finit sa tasse de thé et se leva. Atsumu l'imita aussitôt, en ayant du mal à contenir son excitation.
-Merci de m'avoir prévenu. J'apprécie.
-Comment ? Le grand Atsumu Miya me donne des remerciements ?
-Faut croire… Bon, où veux-tu te rendre ? Je te lance le sort de téléportation, t'as l'air épuisé.
-Et est généreux en plus ?
-Mais t'as fini oui, je suis pas un monstre non plus.
-Vraiment ? Pourtant, à l'Académie, on avait tous des doutes.
-Je vais retirer ma proposition si tu continues.
Il n'était pas spécialement proche de cette sorcière à l'Académie (il n'était proche de personne à vrai dire), mais il devait avouer que converser ainsi avec un autre sorcier avait un goût de nostalgie fort agréable. Il se sentait tellement heureux.
Elle lui donna la destination, et le sorcier lança le sort. Ils échangèrent un peu, puis elle disparut. Le portail se ferma après elle. Atsumu était toujours aussi heureux. Il ne pouvait plus continuer son excitation et il se retourna vivement vers son amant.
-Tu as entendu ? Je vais pouvoir devenir conseiller !
Hinata n'avait pas lâché des yeux sa tasse de thé, qui devait être froide maintenant. Ce sourire étrange ne l'avait pas quitté, il semblait même s'intensifier aux paroles d'Atsumu.
-Oui, c'est formidable, répondit-il sans émotion.
Et toute la joie d'Atsumu disparut aussi facilement. Ses tripes se tordaient douloureusement au plus profond de lui, son sourire s'effaça, ses mots restèrent coincés dans sa gorge. Il rassembla toute sa force pour murmurer :
-Tu sais, elle et moi, on n'a jamais eu de relation et…
-Je sais, le coupa rapidement Hinata.
Le chasseur se leva et récupéra son carquois avant de se diriger vers la porte. Atsumu resta abasourdis pendant quelques secondes. C'était la première fois qu'Hinata se montrait aussi distant avec lui, et il avait l'impression de mourir de l'intérieur. Ce sentiment se renforça quand son amant ouvrit la porte sans se retourner. Atsumu avait désormais la désagréable sensation qu'il n'allait plus jamais revoir le chasseur s'il le laissait partir, et ses jambes bougèrent avant ses pensées. Il tomba à genoux, et ses bras encerclèrent rapidement la taille en face de lui. Sa tête reposait désormais contre le dos de son amant. Des mains ses posèrent sur les siennes.
-Atsumu, je dois aller chasser, dit-il d'une voix distante.
-Je t'accompagne.
-Je peux chasser seul.
-Je sais, mais je veux t'accompagner.
Son étreinte se raffermit. Hinata ne se plaignit pas de la douleur.
-Je préfère chasser seul.
Pourtant, le chasseur ne fit aucun mouvement pour se défaire de l'étreinte. Ils restèrent silencieux pendant un long moment, et Atsumu en profita pour réfléchir. Il n'arrivait pas à comprendre ce qui causait problème à Hinata. Il ne savait pas non plus comment agir pour que tout s'arrange. Il n'arrivait qu'à s'accrocher désespérément au chasseur.
-S'il te plait, finit par dire d'une petite voix le sorcier. Dis-moi ce qu'il se passe. Je ferai n'importe quoi… Tout pour toi, tu te souviens ?
-… Mais tu vas partir.
-Quoi ?
-Tu l'as dit, tu vas devenir conseiller. Tu vas partir.
La voix du chasseur était faible, et elle brisa le cœur du sorcier.
-Mais tu vas venir avec moi ? Tu peux venir, elle l'a dit.
-Et si je n'avais pas pu, tu serais quand même parti ?
L'idée de partir sans Hinata lui était inconcevable. Même pour un rêve d'enfant, il ne pouvait se résigner à vivre sans lui. Il voulait s'empresser de le rassurer, de nier cette pensée abjecte pour qu'elle quitte son esprit et celui d'Hinata, mais des gouttes d'eau tombant sur sa main l'arrêtèrent. Elles semblaient brûler sa peau, et le fit reprendre contenance. Il se leva, puis contourna Hinata pour se mettre devant lui. Il remarqua alors son visage baigné de larmes silencieuses ainsi que ses yeux fixant le vide. Il n'aurait jamais pensé que le chasseur puisse être plus impacté que lui par la pensée de vivre sans lui. Cette révélation était douloureuse et chaleureuse en même temps.
Doucement, comme si Hinata pouvait se briser au moindre mouvement brusque, il posa ses mains sur son visage, et essuya ses larmes.
-Jamais je serais parti sans toi.
Hinata ne bougea toujours pas, mais il daigna enfin le regarder. Atsumu n'avait jamais vu autant de tristesse dans des yeux, mais peut-être que son amour pour cet homme faussait ses souvenirs.
-Hinata, si tu veux qu'on reste ici. On reste ici.
-Quoi ? Dit-il dans un sanglot.
-Je partirai pas sans toi. Tout pour toi, je te l'ai déjà dit non ?
-Mais, et ton rêve de devenir conseiller ?
-Si tu n'es pas là, ça n'a pas d'importance… On reste ensemble. C'est nous contre le monde, n'est-ce pas ?
Les mains d'Hinata agrippèrent sa chemise. Les larmes coulaient toujours sur ses joues, et Atsumu continuait à les effacer continuellement du bout des doigts.
-Vraiment ?
-Vraiment, affirma le sorcier.
Le chasseur se jeta alors dans ses bras, et de vrais sanglots se firent entendre. Atsumu se contenta de l'enfermer dans une étreinte féroce alors qu'il pouvait sentir sa chemise devenir humide. Il enfouit son visage dans des cheveux roux et lui murmura des paroles réconfortantes sans s'arrêter. Même quand Hinata cessa de pleurer, il continua de le bercer avec douceur. Un silence finit par les envelopper, et après de très longues minutes, le chasseur parla :
-Je suis d'accord. Pour partir. Avec toi.
-Tu es sûr ?
-Oui, j'avais juste peur que tu ne veuilles plus de moi.
-Jamais. On reste ensemble, d'accord ?
Hinata hocha la tête contre lui, et il laissa enfin la sérénité étreindre son cœur.
Yukie les avait tenus informés par télépathie. La téléportation était impossible : le continent était trop loin. Aucun sorcier, mis à part Atsumu, ne supporterait de lancer un tel sort. Les sorciers avaient donc convenu de partir en bateau. Ils avaient réussi à s'en procurer un, et ils s'étaient mis d'accord sur la date. C'était aujourd'hui. Le grand jour. L'heure étant assez floue, Yukie devait leur envoyer un autre message télépathique… qui ne venait toujours pas, et Atsumu commençait à s'inquiéter. Ce n'était pas normal.
-Atsumu, dit Hinata dans un rire. Cesse de t'agiter.
Le chasseur était assis calmement devant le lac, comme c'était leur dernier jour dans ce royaume, il avait insisté pour passer leur dernier instant ici. Son endroit préféré. Même si Atsumu préférait leur petite cabane, il avait accepté. De toute manière, il accepterait probablement tout pour lui.
-Je pense qu'il y a un problème, répondit le sorcier en faisant les cent pas.
-Tu m'as dit toi-même qu'on pouvait partir à n'importe quelle heure. On part peut-être de nuit.
L'argument d'Hinata était cohérent. Pourtant, il n'arrivait pas à se défaire de l'idée que ce n'était pas normal.
-Elle me l'aurait précisé, je pense.
-Bon, soupira le chasseur. On a qu'à aller voir, si ça t'inquiète tant.
Hinata se leva et épousseta son pantalon. Il comptait venir avec lui, alors que c'était potentiellement dangereux. Atsumu avait un mauvais pressentiment, et il refusait d'exposer son amant à un danger. Il l'arrêta d'un geste de la main.
-Non, je vais voir. Toi, tu restes ici. C'est dangereux.
Hinata fronça les sourcils, mais Atsumu secoua la tête. Il ne cédera pas, et heureusement, il n'insista pas. À la place, le chasseur posa sa main sur son visage dans une caresse, qui cachait maladroitement son inquiétude.
-D'accord, mais tu fais attention. Si jamais c'est vraiment dangereux, je veux que tu rentres immédiatement. Je veux pas que tu sois blessé, Atsumu.
-C'est promis.
Le sorcier déposa un baiser sur la main de son amant, puis lança un sort de téléportation.
-Je reviens vite.
Laissant Hinata derrière lui, Atsumu passa le portail pour arriver dans une forêt, en haut d'une falaise. La mer se trouvait en contrebas, ainsi qu'un bateau enflammé. Il pouvait entendre des cris, des pleurs, des supplications, des sorts lancés. Il se pencha un peu, et remarqua un groupement de chevaliers. De loin, c'était difficile de dire qui allait gagner entre les deux cas, mais une chose était sûre. Il y aura des morts. Beaucoup. Il avait la preuve que son pressentiment était fondé, pourtant il se sentait très détaché de la scène sous ses yeux. Tant qu'Hinata n'avait rien, tout semblait être presque acceptable.
Ses recherches lui revenaient en tête. Il pourrait probablement mettre fin au massacre, tué tous les chevaliers, mais il n'était pas sûr de réussir à canaliser sa magie. S'il échouait, il pourrait tuer même les sorciers présents… Et peut-être même des innocents situés à des dizaines de kilomètres. Il valait mieux ne rien faire. De toute façon, il avait promis à Hinata de rentrer, alors sans même un regard en arrière, il abandonna ses pairs à leur triste sort et retourna au lac familier.
-Hinata, j'avais raison, ils… Hinata ?
Atsumu tourna sur lui-même. Ses yeux cherchaient frénétiquement son amant, mais il n'était plus là. Le sorcier était seul, et le lac était trop silencieux. L'angoisse commença à naître en lui.
-Hinata ?! Cria-t-il.
Aucune réponse. Il avait désormais un tout autre nouveau pressentiment, et cette fois-ci, il le fit paniquer. Sans plus attendre, Atsumu se mit à courir en direction de la cabane. Hinata était probablement rentré à force de l'attendre. Pourtant, il n'était parti que quelques minutes… Il savait au plus profond de lui qu'il n'y avait pas de bonnes raisons expliquant la disparition de son amant. Son angoisse monta en flèche, et commença à l'étouffer.
-Hinata ?!
Toujours aucune réponse. Ses poumons étaient en feu, néanmoins Atsumu courut encore plus vite. Des branches se situaient sur son passage, et il ne chercha pas à les esquiver. Elles égratignèrent son visage, quelques gouttes de sang perlèrent, mais il ne ressentait pas la douleur. Seul Hinata comptait. Il accéléra.
La cabane se dessina dans son champ de vision. Il s'apprêta à crier de nouveau quand il aperçut le corps d'Hinata par terre. Il était allongé sur le ventre, une mare de sang sous lui. Atsumu se précipita, et tomba à genoux. Il prit aussitôt son amant dans ses bras, le retournant pour observer son visage… Et ses yeux vitreux. Une dague de glace était plantée dans sa jugulaire.
-Non-non-non-non, répéta-t-il rapidement.
Une main tremblante attrapa l'arme, puis la jeta au loin. Elle se liquéfia sans tarder, mais Atsumu ne lui apportait déjà plus d'attention. Il posa une main sous les cheveux de son amant, et lui leva la tête dans l'espoir vain de capter son regard… Mais les yeux vitreux semblaient fixer un endroit où Atsumu ne pouvait aller.
- Euq tec emmoh tios egnios, murmura-t-il de désespoir.
Il répéta le sort encore et encore. Ses doigts passèrent avec fragilité sur la blessure béante. Elle ne se referma pas. Au contraire, du sang jaillit, tachant ses vêtements et sa peau. Le corps froid d'Hinata glissait dans ses bras, et il referma sa prise sur lui. Il ne voulait pas le laisser partir.
-Atsumu, fit une voix qui n'était pas Hinata. Je te cherchais.
Sa tête se nicha dans le cou ensanglanté de son amant. Ses lèvres se tachèrent de sang tandis que la réalisation s'imposait à son esprit. Il était mort. Il ne pouvait plus rien pour lui.
-Atsumu. Réfléchis bon sang ! Les chevaliers nous ont trouvés ! Il y avait un traître et…
-C'est toi qui lui as fait ça ? Coupa-t-il.
Le sorcier releva la tête afin de dévisager Yukie, qui se tenait droite devant lui. Devant eux. Atsumu cacha le visage d'Hinata contre son torse, comme si elle pouvait lui faire du mal, comme s'il pouvait encore le protéger.
-Réfléchis, s'entêta-t-elle. Un traitre. C'était un traitre.
-C'est toi qui lui as fait ça ? Répéta-t-il.
-Oui, répondit Yukie après un silence. J'ai tué un traitre. Atsumu, tu…
-Euq el tnev al epparf, dit-il sombrement.
Elle lança elle aussi un sort, pour se protéger. Encore ce petit mur de brique invisible. Il fut insuffisant face à la force d'Atsumu. Elle se retrouva propulser contre un arbre. Une branche lui transperça l'abdomen. Elle posa ses mains sur celle-ci, stupéfaite, puis elle releva la tête vers le sorcier. Elle semblait effrayée, et ce n'était que le début. Atsumu allait faire bien plus.
-Ils sont là, attrapez-le !
Des chevaliers courraient vers eux, et le sorcier les regarda avec des yeux fous. Il ne savait ni pourquoi ils étaient là, ni qui les avaient prévenus de leur présence, mais au fond, tout ceci n'avait pas d'importance. Hinata était mort. Tué par une sorcière, et Atsumu était de nouveau seul. C'était censé être eux contre le monde.
Les pas se rapprochèrent d'eux, Yukie tentait de s'échapper, et le sorcier était seul. C'était lui contre le monde désormais. Il n'avait plus à essayer de retenir sa magie, de la canaliser. Il pouvait la laisser déborder, exploser, tout détruire. Le monde le méritait. Les assassins d'Hinata le méritaient, alors d'une voix lente, possédant toute la rancœur, la colère et la tristesse qu'il ressentait, il psalmodia un sort mortel :
-Euc ruotua ed iom, al trom, esueruoluod…
-Kenma, sors d'ici !
Soudainement, il se souvient de sa propre existence, et il se retrouva projeter hors des souvenirs d'Atsumu Miya.
Kenma ouvrit brutalement les yeux, et se retrouva dans une salle du trône qui lui semblait étrangère. Des visages et des voix s'agitaient autour de lui qui, encore une fois, lui semblait inconnu, alors qu'au fond de lui, il était persuadé de connaître leur existence. Une part de lui chuchotait que tout ceci n'avait pas d'importance. Hinata était mort. Il était seul.
-Al trom, esueruoluod sel…
-Mais empêchez-le de prononcer ce sort, ça va le tuer et nous avec !
Une main se plaqua sur sa bouche avec force, et Kenma se débattit, alors que des larmes mouillaient ses joues sans discontinuer. Pour ne rien arranger à sa situation, son corps fut pris de soubresaut inarrêtable. Une seule pensée tournait en boucle dans son esprit : Hinata était mort.
-Pousse-toi !
Un garçon aux cheveux noirs envahit son champ de vision. Il lui donnait une impression familière, mais il n'arrivait pas à mettre de nom sur ce visage. Ce dernier posa ses mains chaudes sur son visage et lui dit calmement :
-Tu es Kenma Konzume. Tu n'es pas Atsumu Miya. Ce n'était que des souvenirs, les siens, pas les tiens. Tu es Kenma Konzume, ce que tu ressens n'est pas à toi. Souviens-toi, Kenma. Tu n'es pas un monstre, Kenma. Et moi, je suis Kuroo, souviens-toi.
Au fil des mots, la réalité, la sienne, s'ancra de nouveau dans son cerveau, et il se calma quelque peu. Son corps arrêta de trembler, il arrêta d'essayer de prononcer un sort trop puissant pour lui, mais il continua de pleurer. Il n'arrivait pas à se défaire de la tristesse. Les sentiments d'Atsumu étaient trop forts, ils lui collaient à la peau.
-Enlève ta main, ordonna Oikawa au loin.
Kenma pouvait parler, mais seul un sanglot étranglé sorti. La main réconfortante de Kuroo se posa sur son épaule, et il combattit de toutes ses forces la volonté récalcitrante d'Atsumu qui lui criait de la rejeter. Hinata était mort, et personne ne pouvait le ramener.
FIN DE LA PREMIERE PARTIE !
Ceci est une histoire à deux parties. La deuxième partie est en cours d'écriture
N'hésitez pas à me donner un avis.
Passez une bonne soirée/journée :)
