Courir. Encore et toujours. Le problème c'était qu'elle ne savait pas où véritablement. Fuir, échapper à la situation actuelle qui n'était pas prévue et l'avait mise en danger. Pourtant elle aurait dû être habituée. C'était une shinobi, il lui fallait de toute façon composer avec l'imprévu. Pourtant, clairement, le fait de voir et devoir combattre un des membres de l'Akatsuki n'était clairement pas anecdotique pour elle. Elle se savait trop faible, surtout contre celui que l'on appelait Tobi. Oui, Sakura Haruno, simple kunoichi du village caché de Konoha, se devait de fuir pour sa survie. Cela faisait peut-être d'elle une lâche, ce qu'elle devait être en ce moment, mais fuir était aussi un sentiment humain et même animal face au danger.
Il lui fallait partir, surtout si l'Akatsuki la poursuiverait par la suite. Amie de Naruto Uzumaki, le jinchuriuki de Kyubi, ancienne coéquipière de Sasuke Uchiha mais aussi élève de la quatrième hokage du village caché des feuilles, elle ne savait pas trop à quoi s'attendre mais se doutait qu'elle serait poursuivie si jamais on la reconnaissait.
Elle avait tué Sasori aussi, un des anciens membres de l'organisation terroriste. Merde. Elle allait peut-être crever aujourd'hui en fin de compte.
Après tout, cette dernière histoire était due à de la chance, beaucoup de chance même. Et un sacrifice : celui de la grand-mère Chyo pour vaincre le jeune homme aux cheveux rouges.
Elle devait survivre et sortir de ce pétrin. Absolument. Ses pensées focus sur l'idée même de sortir de cette situation, elle ne vit que trop tard l'arbre face à elle contre lequel elle allait s'écraser.
L'âme en peine, la peur, l'incompréhension la tiraillaient de toute part, elle ne savait plus ce qu'elle devait dire, faire, ni même fuir dans une moindre mesure. S'abandonnant à cette idée du piège contre lequel lutter ne serait qu'une vaste plaisanterie morbide de la part de son adversaire, elle tomba sur le sol herbeux de la forêt qu'elle traversait à toute vitesse.
Si elle devait se battre, elle le ferait c'était sûr mais elle ne se faisait aucun espoir concernant sa défaite. Ses réserves de chakra étaient quasiment vides après qu'elle ait aidé un village d'une troupe de bandits et elle avait dû quitter rapidement la place pour ne pas attirer l'attention sur elle. Alors elle se battrait, pour le village, son honneur, ses amis.
Et alors que le membre de l'Akatsuki arriva derrière elle pour la terrasser, la rose s'arma de deux kunaïs.
- Tu es à bout physiquement et mentalement, gamine. Que comptes-tu faire avec tes deux pauvres armes ?
La pique était douloureuse, la renvoyant à sa faiblesse, à l'attention qu'elle n'avait jamais eu de la part de son ancien sensei durant les débuts de la team sept, à cette petit fille qu'elle était qui se faisait harceler à cause de son grand front.
Puis elle se mit à penser à tout le chemin qu'elle avait parcouru, son entraînement avec la reine des limaces, le souvenir brûlant de sa promesse silencieuse de retrouver Sasuke, de battre ses ennemis, de devenir forte, un pilier sur lequel ses camarades pouvaient eux aussi se reposer. Ne plus être un poids. Plus jamais.
Qu'allait-elle faire maintenant ? Cet homme qui se dressait fièrement devant elle avait raison. Elle était à bout, elle avait peur, elle n'arriverait sans doute pas à se protéger sur le long terme.
Mais que lui importait cela. En ce moment, même si elle devait mourir pour cela, elle avait la possibilité de se montrer, de se prouver à elle seule, qu'elle était capable de quelque chose, même si elle devait en mourir.
Le combat commença. Tobi fonça droit sur elle mais Sakura ne lâcha rien. Ses armes la protégeaient, sa garde était parfaite et elle se lança elle aussi dans cette lutte acharnée.
Les coups échangés étaient terribles, le ninja n'avait aucune pitié et n'hésitait pas à lancer de grandes techniques gourmandes en chakra. Les suiton pleuvaient, les katon finissaient par lécher les arbres pour que ces derniers ne deviennent plus que de la cendre, les doton étaient les pires, malaxant le sol, faisant perdre les repères.
Mais Sakura tint bon, il le fallait. Peut-être pouvait-elle encore attendre une seconde d'inattention de la part de son adversaire.
Quand celui-ci l'attaqua avec un dernier doton boueux, Sakura n'eut plus d'espoir. La fatigue ainsi que ses blessures cumulées, combinées à ses quelques techniques pour lui permettre de riposter face à son adversaire, avaient eu raison d'elle.
Elle se sentait nauséeuse, les jambes en coton et se dit que la mort la recueillerait sans doute. Plus aucun espoir ne sembla lui accorder de temps.
Puis d'un coup, alors qu'elle se laissait doucement happer par la lumière de la dernière technique de feu de son adversaire, tout s'arrêta net.
Le feu s'éteignit sous le chakra ardent qui disparaissait lentement et l'homme ne la lâchait plus du regard.
Le silence se fit et il se mit à rire. D'abord doucement puis de plus en plus fort.
Était-il fou ? Avait-il perdu toute sa raison ? Pourquoi ne pas l'achever alors qu'il en avait l'occasion ?
Sakura se sentait trop épuisée pour écouter le discours habituel du méchant qu'allait sûrement lui révéler son adversaire. Fatiguée, mourante, elle préférait nettement se savoir morte que d'assister à toute cette mise en scène.
Brusquement, il toussa. Au début, la rose n'en tint pas compte puis lorsqu'il toussa de plus en plus fort et extirpa de son corps une espèce de masse cylindrique noire comme la nuit qui allait tomber d'ici quelques heures, elle s'inquiéta un peu. Que lui réservait-il ?
La masse extirpée semblait prendre vie et se dirigea vers la kunoichi léthargique.
- Non ! Tu ne la toucheras pas !
Le cri de Tobi la conforta dans une sorte de transe étrange, elle ne savait plus ce qui était de l'ordre du genjutsu.
La masse noire prit peur puis disparut d'un coup, entraînant une odeur âcre et putride dans son sillage. Chaque carré d'herbe parcouru entre Sakura et Tobi par la chose bizarre était comme brûlé.
Quand à l'homme, il enleva rageusement son masque et sembla confus un instant.
Le sharingan dans son œil conforta Sakura sur une chose : c'était un cauchemar. Réel peut-être mais entre les deux frères derniers descendants de la famille Uchiha et cet homme à un seul œil qui possédait la pupille du clan de Konoha, la rose se voulut pragmatique quand à sa fin. C'est une drôle d'idée de finir ses jours : morte sous le joug d'un utilisateur du sharingan alors qu'elle avait passé son enfance à courir après Sasuke.
Le destin était une sorte de litanie cruelle et ironique.
Il s'avança vers elle, tétanisée qu'elle était et lui prit sa main. Ensuite, il s'agenouilla devant elle.
- Je ne sais pas ce qu'il s'est passé mais j'ai reconnu ton bandeau. Tu es de Konoha. J'ai besoin de ton aide, je t'en prie. Je dois aller au village absolument. Je suis même prêt à devenir ton prisonnier pour cela.
Sakura hésita, la demande semblait folle et inconsidéré.
- Mon nom est Obito Uchiha, je suis ninja de Konoha. J'étais dans l'équipe de Rin Honoka et Kakachi Hatake, sous la direction de Minato Namikaze.
Elle devait délirer, sous l'emprise d'un genjutsu complètement irréaliste. Cette demande était folle, les informations qu'il donnait complètement lunaires.
- Tu mens. Ils sont morts il y a des années. Kakachi Hatake est le seul encore en vie de cette escouade.
Le jeune homme sembla prendre l'information à cœur, profondément attristé de la nouvelle.
- Je t'en prie, aide-moi.
Sakura tomba dans les limbes de l'inconscience, entendant cette dernière phrase de son homologue étrangement docile.
Elle allait mourir, c'était sûr. Il la tuerait ou la ferait prisonnière pour retrouver Naruto.
Naruto, son précieux meilleur ami, son confident, sa seule source de bonheur et d'espoir pour ce monde en proie à la guerre. Pour lui, elle mourrait plutôt que de se faire emprisonner car il était le seul à avoir cru en elle pendant tout ce temps. Si elle n'était pas tombée amoureuse de lui, au moins sa volonté l'avait faite succomber et elle en était heureuse.
Ses dernières pensées allèrent vers ses amis, Naruto, Tsunade sama, les différents maîtres jonin de ses compagnons, Ino, Kakashi sensei et elle sourit jusqu'au bout à l'idée que ce n'était qu'un au revoir et qu'un jour, elle les reverrait, tous.
Un jour peut-être.
