La soirée s'était déroulée de façon beaucoup moins joyeuse que prévu. Regulus et lui s'étaient installés dans le salon, et Remus avait gardé son regard obstinément fixé sur la vieille télé, devant un programme stupide. Ça n'était pas comme s'ils pouvaient regarder autre chose, ils n'avaient accès qu'à quelques chaînes.

Ils étaient silencieux, tous les deux perdus dans leurs pensées, et son portable devant lui semblait jouer au même jeu qu'eux alors qu'il restait muet également. Remus finit par craquer au bout d'un moment, il ignorait combien de temps, et il l'attrapa en s'attirant un regard du brun.

- Je ne suis pas certain que ça soit une bonne idée Rem'. Il ne répondra pas, souffla-t-il doucement.

Et Remus savait qu'il avait raison, que Sirius l'ignorerait sans aucun doute, mais il haussa les épaules en tentant de l'appeler.

Sans succès, évidemment. Les tonalités continuaient, jusqu'à ce qu'il tombe sur la boîte vocale, et il raccrocha sans laisser de message. De toute façon, il n'était pas capable de parler sans se mettre à pleurer comme un idiot, et il ne savait même pas vraiment quoi dire.

Il avait absolument tout gâché, encore une fois. Même si, cette fois, il avait vraiment essayé. Même s'il n'avait rien à se reprocher réellement.

«Sirius, je suis vraiment désolé. Laisses moi t'expliquer. -20h12»

«Je ne jouais pas avec toi, je pensais que tu savais que ça voulait dire quelque chose. -20h20»

«Bordel, je sais que tu lis tes messages, arrête de faire l'enfant. -20h31»

«Sirius. Ça n'est pas ce que tu crois. Tu as sauté aux conclusions sans me laisser le temps de dire un mot. -20h37»

«Pad… S'il te plaît, je peux pas te perdre encore une fois. -20h50»

Regulus finit par lui prendre son portable, le faisant protester furieusement, mais il abandonna en soupirant d'un air las.

Il se laissa aller contre lui quand le brun lui ouvrit les bras, et ils restèrent encore un moment comme ça, silencieux, à regarder la télévision sans vraiment la voir. Remus avait le cœur serré, avec l'impression qu'il pouvait se briser à tout instant, et il n'osait pas imaginer l'état d'esprit dans lequel Regulus était.

Il n'avait pas vu son frère pendant quinze ans. Il n'avait même eu aucun retour sur les lettres qu'il lui avait envoyé. Et lorsque, enfin, il pensait pouvoir parler avec lui, les choses tournaient à la catastrophe.

Et c'était de sa faute. Remus aurait dû être honnête avec lui depuis le départ. Mais qu'est-ce qu'il était censé lui dire ? "Salut Sirius, je t'ai évité pendant quinze ans et j'ai essayé de t'effacer de ma vie, mais je vais rendre visite à ton frère en prison depuis qu'il a été condamné." Ça aurait été le meilleur moyen pour qu'il ne lui adresse plus jamais la parole.

Mais le résultat semblait être le même à présent, dans tous les cas. Si on mettait de côté le fait que, maintenant, il s'était de nouveau bien trop attaché à lui. Et que c'était beaucoup plus douloureux que la première fois, lorsqu'il était partit.

- Il va se calmer, entendit-il alors que son visage était enfoui contre le torse de Regulus. Il va finir par te répondre, et vous pourrez discuter.

- Il a mis quinze ans avant de se calmer à ton sujet, répondit-il en le sentant se tendre un peu plus contre lui. Et il savait exactement ce qu'il s'était passé.

Regulus resta silencieux une seconde, jouant avec les boucles châtain sous ses doigts, avant de parler prudemment.

- Tu n'as pas tué son meilleur ami, il ne va pas mettre quinze ans à s'en remettre.

Remus se sentit complètement idiot, resserrant ses bras autour du brun et secouant doucement la tête.

- On sait tous les deux très bien que ça n'est pas ce que tu voulais, murmura-t-il.

- Je n'ai pas envie de parler de ça maintenant Remus. C'était juste… Il ne va pas t'ignorer aussi longtemps.

- Reg, il est persuadé que j'ai attendu que tu sortes de prison pour coucher avec toi. À quel moment tu penses très sérieusement qu'il ne va pas m'ignorer pour le restant de ses jours ?

Remus sentit le soupir du brun dans ses cheveux, et il savait qu'il n'aurait pas de réponse à ça. Parce qu'avec le caractère de Sirius, ça serait un miracle s'il se décidait à se montrer raisonnable et à l'écouter, et qu'ils le savaient tous les deux.

Son portable vibra sur le canapé, lui faisant redresser la tête, et il l'attrapa avant que Regulus ne puisse protester.

«(Sirius) Je ne veux pas de tes explications bidons Remus. Je sais ce que j'ai vu, laisse tomber. -21h34»

Le message le laissa un instant muet, et il soupira lourdement. Regulus lu le message par-dessus son épaule, grimaçant un peu.

- Au moins, il ne t'ignore pas.

Le sarcasme lui fit lui envoyer un regard noir, et le brun leva les yeux au ciel en se détachant de lui.

- Je vais chercher quelque chose à manger, annonça-t-il doucement. Il faut qu'on avale quelque chose tous les deux.

Remus se leva pour fouiller dans sa veste, lui tendant son portefeuille avant de se réinstaller sur le canapé.

- Je n'ai pas très faim, mais prends toi ce que tu veux, souffla-t-il alors que Regulus enfilait sa veste.

- L'épicerie est au coin de la rue, je reviens vite.

Il se retrouva bientôt seul dans l'appartement, fixant son écran en s'affalant un peu plus dans le canapé. Il ignorait comment il était censé rectifier les choses, et pourtant, la seule chose qu'il voulait, c'était que Sirius continue à lui envoyer ses messages stupides, et à le déranger alors qu'il était censé travailler.

«Tu m'as juste vu sortir d'une douche Sirius. -21h42»

«(Sirius) Chez mon frère. Qui vient à peine de sortir de prison. Pour meurtre. Bon sang Remus, comment est-ce que tu veux que je crois à quoi que ce soit que tu me diras ? -21h45»

«Tu ne comprends pas. Je suis juste venu l'aider à faire le ménage et s'installer. -21h47»

«(Sirius) Non, je ne comprends pas. Je ne comprends pas ce que tu faisais avec lui, ou pourquoi tu étais là en premier lieu. Tu as coupé les ponts avec tout le monde pendant quinze ans, et tu t'es soudain dis que quoi ? T'allais renouer le contact avec lui à sa sortie de prison ? -21h50»

«Je n'ai jamais coupé les ponts avec Regulus. C'était de ma faute. Tout ce qu'il s'est passé. Je ne pouvais pas le laisser seul alors que c'était à cause de moi qu'il se retrouvait enfermé. -21h52»

«(Sirius) C'est encore pire. Tu m'as abandonné, tu as disparu pendant quinze putain d'années. Et tu continuais à voir mon frère ? Tu continuais à lui donner des nouvelles, alors que je mourais d'inquiétude tous les jours pour toi ? -21h53»

«Mais ça n'est pas à propos de toi là Sirius bordel ! -21h54»

«(Sirius) Non, c'est vrai. C'est à propos de toi et du fait que tu couches avec mon frère. -21h55»

«Parce que tu penses sérieusement que je couche avec Regulus ? Vraiment ? À quel moment dans ton esprit tordu t'as pu penser ça une seule seconde ? -21h56»

«(Sirius) C'était déjà le cas quand on était plus jeunes ? C'était pour ça que tu disparaissais avec lui tout le temps ? -21h57»

«Tu délires complètement Sirius. J'ai jamais touché ton frère. J'ai jamais eu envie de toucher ton frère. On est juste amis, c'est si compliqué que ça à comprendre ? -21h58»

«(Sirius) Évidemment, c'est moi qui délire, tout est totalement normal et je m'emporte pour rien. C'est ce que tu vas me dire ? -21h59»

«(Sirius) Ne répond même pas à ça, je veux pas en savoir plus. Je veux pas comprendre. Laisses tomber Remus, laisses tomber le fait qu'on devait se voir, laisses tomber nos discussions, laisses tout tomber. -22h00»

Remus s'excusa auprès de Regulus dès qu'il rentra, omettant de lui parler de cette discussion avec Sirius, et lui disant qu'il n'allait pas pouvoir l'aider le lendemain. Il fallait qu'il soit un peu seul.

Le brun ne semblait pas très d'accord pour le laisser reprendre la route, mais Remus ne lui laissa pas vraiment le choix, lui promettant de venir le voir vite et récupérant ses affaires avant de quitter l'appartement. Il se sentait encore plus mal de le laisser seul de cette façon, mais il avait besoin de souffler.

Il avait besoin de réfléchir, et il fallait qu'il soit seul pour ça. La route jusqu'à Poudlard le calma un peu, et il était tard lorsqu'il arriva. Trop tard pour pouvoir espérer que le concierge soit encore éveillé et puisse lui ouvrir.

Remus échoua dans un hôtel proche de l'école, et il se dit que finalement, se retrouver seul n'était peut-être pas une si bonne idée. Il n'avait rien pour le distraire de ses pensées, et il se retrouva à relire les derniers messages échangés avec Sirius, encore et encore. C'était terminé. C'était terminé avant même d'avoir vraiment pu commencer.

Le sommeil ne semblait pas décidé à arriver, et Remus tournait encore et encore dans le lit de la chambre d'hôtel, finissant par abandonner l'idée de dormir. C'était peine perdue pour le moment, et si la fatigue se faisait trop forte, il pourrait toujours se reposer plus tard. C'était toujours dimanche, ça n'était pas comme s'il avait quelque chose à faire.

La nuit passa lentement, et peut-être qu'il se laissa aller à pleurer pendant un moment, quand il eut retourné tout ce qu'il venait de se passer dans son esprit pour la énième fois. Il fallait croire que finalement, il n'aurait jamais dû revenir ici. Finalement, il aurait peut-être dû rester en France, ou à New York plus tôt, et qu'il n'aurait jamais dû recroiser la route de Sirius.

Ils n'étaient peut-être pas fait pour être ensemble, tout bien réfléchi. C'était déjà compliqué lorsqu'ils étaient plus jeunes, ça ne pouvait pas être mieux maintenant. C'était une question de bon sens, et Remus l'avait laissé tomber avec lui. La raison lui disait de prendre du recul, mais ça lui paraissait impossible.

Il ne voulait pas prendre de recul, il voulait réussir à s'expliquer avec lui, et essayer d'arranger les choses.

Il ne dormit pas, rentrant à Poudlard à la première heure et s'enfermant dans ses appartements en ignorant totalement le petit-déjeuner qui commençait à être servi et les élèves qui se pressaient dans les couloirs.

Remus ignorait ce qu'il devait faire. Il voulait parler à Sirius, il voulait entendre sa voix, et lui dire qu'il était désolé, et tout lui expliquer. Mais le brun ne répondrait pas. Il n'était même pas certain qu'il lirait ses messages, ou qu'il n'avait pas bloqué son numéro.

Alors il finit par s'installer à son bureau, attrapant une feuille et écrivant, écrivant encore et encore jusqu'à ce qu'elle soit couverte d'encre et qu'il ne parvienne même plus à se relire. Ça n'avait aucun sens, il avait juste laissé sortir toutes ses pensées, complètement aléatoirement, mais il se sentit un peu mieux ensuite.

Il s'était mis dans cette situation tout seul, il fallait qu'il trouve un moyen de s'en sortir. Il attrapa une autre feuille, écrivant plus posément, de façon plus réfléchie, essayant de donner une structure à cette lettre sans vraiment savoir ce qu'il allait en faire. S'il l'envoyait à Sirius, peut-être qu'il ne ferait que la déchirer sans la lire.

Mais ça lui occupait l'esprit. Et c'était tout ce qu'il lui fallait pour le moment, une occupation. Remus était incapable de se concentrer sur ses copies à corriger pour le moment, alors cette lettre lui paraissait encore être le meilleur exutoire.

Il recommença plusieurs fois, parce que ça ne lui convenait pas, ça n'était jamais assez clair, jamais assez explicite. Et finalement, la journée était déjà bien avancée lorsqu'il fut assez satisfait pour arrêter, le poignet endormi et le dos douloureux d'être resté dans la même position trop longtemps.

Il relut sa lettre une dernière fois, une boule dans la gorge lorsqu'il la glissa dans une enveloppe. Il y colla un timbre, inscrivit le nom et l'adresse de Sirius, et la posa devant lui, la fixant un moment en se demandant si c'était une bonne idée.

«Sirius.

Je comprendrais, si après ça tu ne veux plus entendre parler de moi. Mais laisses moi au moins une chance de t'expliquer, s'il te plait. Je ne peux pas te laisser me repousser comme ça sans tout te raconter.

Je t'ai menti. Pas juste à propos de Regulus et du fait que j'étais encore en contact avec lui. Avant ça, avant de partir. Pour Peter.

C'est moi qui ai dit à Regulus où le trouver. Je n'étais pas chez mes parents quand c'est arrivé, j'étais avec lui. On devait juste discuter, ça ne devait pas se terminer comme ça. C'est pour ça que je ne pouvais pas laisser Reg' tout seul après, parce que ce qu'il s'est passé était de ma faute.

Il a dit qu'il était seul quand ça s'est passé, il a pris tout le blâme, et une peine plus longue que s'il m'avait dénoncé. Évidemment que la police n'a pas cherché plus loin, c'est un Black après tout.

Je n'arrivais plus à vous mentir, je n'arrivais plus à faire comme si rien ne s'était passé. C'est pour ça que je suis parti. J'imaginais… Que j'avais besoin d'un peu de temps, que quelques semaines seraient suffisantes, et que je pourrai revenir en m'excusant et en disant que j'avais besoin de souffler un peu.

Je n'ai jamais pu. Je n'ai jamais pu parce que je savais très bien que je finirai pas craquer et tout vous dire, et j'avais peur. Mais je n'ai jamais pu laisser Regulus tout seul non plus. Alors oui, j'ai continué à lui envoyer des lettres, et à lui rendre visite lorsque je le pouvais. Et oui, je me sentais atrocement coupable de ne pas vous donner de nouvelles. Mais je pensais que ça serait mieux pour tout le monde.

Tu sais ce que Peter faisait. Vous n'avez pas voulu me croire au départ, c'est pour ça que j'ai voulu le confronter. C'était de la légitime défense, il est devenu hystérique quand j'ai commencé à lui parler. J'ai pris un coup, là où je vous ai dit que je m'étais blessé avec du verre. C'était Peter. Regulus a juste réagi comme n'importe qui.

Mais je n'ai jamais… Je n'ai jamais rien ressenti pour lui. On était juste amis. On est juste amis. Je ne voulais pas l'abandonner, parce qu'il était seul. Parce que la seule famille qui lui restait c'était toi, et que tu refusais de le voir et de lui parler. Il avait besoin de quelqu'un.

Je te l'ai dit, j'étais juste avec lui parce que je l'aidais à rendre l'appartement habitable. Rien de plus.

Je regrette d'être parti Sirius. Je regrette depuis que j'ai pris cette décision. Si ça n'était pas le cas, si je n'en avais rien à faire, j'aurais ignoré la lettre que tu m'as envoyée. On n'aurait pas discuté comme ça, on aurait pas… Commencé quelque chose ? Je ne sais même pas si on a commencé quelque chose.

Je n'ai jamais pu passer à autre chose. Je n'ai jamais réussi à t'oublier, et pourtant, vraiment, j'ai essayé. Oh bordel, j'ai tellement essayé. Et je n'ai jamais pu. Parce que ça a toujours été toi, parce que j'avais besoin de toi. Et c'est toujours le cas.

Je suis désolé. Je suis désolé de t'avoir menti, je suis désolé de t'avoir blessé et d'être parti. Je suis désolé de t'avoir laissé croire qu'il se passait quelque chose avec ton frère.

Bordel Sirius, je suis incapable de faire sans toi. J'ai prétendu pendant quinze ans, et il a suffi d'un mot pour que je retombe dans tes bras directement. Je t'aime d'accord ? Je t'aime tellement que le simple fait d'imaginer te perdre encore me rend malade. J'ai jamais cessé de t'aimer depuis tout ce temps, et je pensais… Je pensais que ça irait, je pensais qu'on pourrait essayer quelque chose tous les deux, et que ça fonctionnerait cette fois.

Et je comprendrais si tu me détestais après avoir lu ça. Mais j'ai juste besoin d'un signe. Si tu ne veux plus de toi dans ta vie, j'ai juste besoin que tu me le dises. S'il te plaît.

Remus.»

Prenant son courage à deux mains, et sachant parfaitement qu'il ne le ferait jamais sinon, Remus attrapa la lettre et traversa les couloirs pour la déposer dans la boîte du courrier sortant.

Il ignorait totalement s'il obtiendrait une réponse, il n'était pas certain que ça soit vraiment une bonne idée, mais une fois l'enveloppe perdue au milieu des autres, il n'était plus en capacité de faire quoi que ce soit à part attendre.