Chapitre 2 : La petite-fille du chef de la mafia
Selon les aveux de Ren, Sheev Palpatine surprotégeait sa petite-fille, Rey. Il s'agissait de sa petite princesse. Mais le criminel déclarait qu'une telle protection cachait quelque chose. La jeune femme savait sûrement tout sur son grand-père et ses manigances, connaissant tous ses coups à l'avance, sans compter qu'elle était en couple avec le bras-droit de Palpatine, qui avait déjà plusieurs meurtres à son actif. Le chef de la mafia craignait que la police ne l'atteigne. Peut-être avait-il également peur que sous la pression des forces de l'ordre, elle accepte de témoigner contre lui et de fournir toutes les preuves.
- Je vous dis que je tiens cet abruti de Kyle Renfield par les couilles, répétait Han Solo. Il va accuser Rey de complicité dans les crimes de son grand-père, elle va paniquer et nous livrer Palpatine! Et hop! Affaire classée!
Un évènement imprévu alla cependant à l'encontre de l'affirmation du chef d'escouade. Trois policiers conduisirent Ren à un fourgon blanc qui devait le transférer en centre de détention. Puis, le véhicule partit. Mais alors que le trio rentrait dans le commissariat, un deuxième van blanc portant l'insigne du SVPM se gara devant eux. Confus, le chauffeur demanda où était le détenu. Les policiers poussèrent un juron. Ils s'étaient fait avoir.
Le faux fourgon, conduit par Kuruk, un des complices de Ren, mena le captif jusque sous un pont, à l'abri des regards. Puis, il le fit sortir et le délivra de ses menottes. L'opération d'évasion s'était déroulée sans encombre. Cela dit, Ren ne put s'en réjouir lorsqu'Armitage Hux, le bras-droit du chef de la mafia en personne, surgit devant lui en braquant un revolver sur sa tête.
- Toi! Gros con! grinça le rouquin en s'approchant de lui. Alors, on copine avec la police, maintenant?
Malgré l'arme qui le menaçait, Ren restait impassible. Il voyait bien la nervosité de Hux derrière ses airs de dur. Il savait qu'il s'était fermement opposé à l'idée de se débarrasser du procureur, malgré la volonté de son patron. Tout le monde pensait que son bras-droit était devenu trop sentimental. Sans doute à cause de son couple avec Rey Palpatine. Elle l'avait trop « adouci » et lui faisait perdre toute crédibilité.
- Je n'ai rien dit, déclara Ren.
Hux l'agrippa par le col et enfonça l'embout de son revolver dans sa joue.
- Ah ouais? Quoi, tu vas me dire que vous avez seulement pris un petit thé avec des petits gâteaux en discutant tranquillement de la météo? Hein? Tu veux vraiment me faire avaler ça?
- Je les ai conduits sur une fausse piste, je te signale, rétorqua Ren en crispant les mâchoires. Je ne suis pas aussi con que tu le crois.
- Ouais, c'est ça, marmonna le rouquin, incrédule, en levant les yeux au ciel. Moi, je pense que tu leur as raconté tout ce qu'ils voulaient savoir et que tu cherches à faire passer ça pour une fausse piste.
Faisant un peu moins le fier, Ren ravala sa salive. Mais son égo refusa cependant de le supplier de l'épargner, même si Hux le foudroyait du regard, son doigt titillant la détente.
- Bah, allez, tire. Montre-moi quel homme tu es, monsieur le lieutenant du vieux Palpatine. Tout ce sang sur tes mains, ça ne te dérange pas, pas vrai?
Le bras-droit du chef de la mafia serra les dents. L'espace d'un instant, il envisagea l'idée fort tentante de loger une balle dans la tête de cette balance. Mais sa main tremblait. Une sueur coula sur son front, trahissant son stress et ses doutes. Poussant un grognement de rage, Hux repoussa violemment Ren et lui ordonna de disparaître. Il n'aurait qu'à assurer à Palpatine qu'il n'y avait aucun danger. La police ne savait rien. Aucun souci à se faire. N'est-ce pas?
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La perte du suspect Kyle Renfield augmentait la pression sur les épaules des forces policières. Malgré leurs recherches immédiates pour le retrouver, leurs efforts restaient vains. Le ministre de la Justice, Lando Calrissian, les traitait d'incompétents, tout comme les médias. Chaque chaîne de télévision semblait ne parler que de ça. Leia Organa déclara fermement à son équipe que cette affaire devenait leur priorité numéro un. Il fallait absolument remonter la pente à la suite de cet énième échec cuisant.
Ben était tout à fait d'accord. Mais pour lui, cet échec de son père était une occasion de prouver sa valeur. Il misait tout sur cette Rey Palpatine et avait pour mission de tout apprendre sur elle. Pas besoin de cet idiot de Ren pour l'atteindre. En jouant les bonnes cartes, il finirait bien par trouver un moyen de la faire parler. En attendant, Ben la prenait en filature et mémorisait la moindre information sur elle. Même les plus futiles. Et il répétait tout ce qu'il apprenait à qui voulait l'entendre.
Rey Palpatine était âgée de vingt-cinq ans et six mois, mesurait 1m70 et pesait 65 kilos. Elle pratiquait des sports comme le fitness, le kickboxing et le taekwondo pour se maintenir en forme. La jeune femme avait grandi en Ontario jusqu'à la mort de ses parents dans un accident de voiture alors qu'elle avait six ans. Depuis, elle avait été confiée à son grand-père, son seul parent restant.
Rey Palpatine sortait avec Armitage Hux depuis un an. Elle travaillait comme simple serveuse dans un bistro, le Niima du quartier Ahuntsic, sans doute pour éviter d'attirer l'attention sur elle. Ce qui devenait difficile avec les gardes du corps que son illustre grand-père lui imposait sans cesse. À moins que cela ne cache des activités plus illégales?
- Son parfum a des notes de jasmin, de marguerites et de groseilles, racontait Ben à ses collègues alors qu'il travaillait ses tractions à la barre fixe, dans leur salle de sport. Ça sent… l'été.
- Comment tu sais ce qu'elle sent? balbutia Jessika après avoir manqué de s'étrangler avec la gorgée d'eau qu'elle buvait. Ne me dis pas que tu es allé renifler son cou ou ses vêtements!
Son collègue lâcha la barre fixe, retomba sur ses pieds et essuya la sueur sur son front. Son visage était rouge, mais elle ne saurait dire si c'était à cause de l'effort ou parce qu'il était indigné par ses insinuations.
- Bien sûr que non! s'insurgea-t-il. J'ai juste trouvé le flacon de parfum dans ses poubelles.
- Parce que tu fouilles dans ses poubelles en plus?
- Juste un peu. Et alors? Il faut rester à l'affût du moindre détail.
Jessika leva les yeux au ciel et se frotta la tête. À la suite de son incident capillaire, elle s'était coupé les cheveux très courts sur les côtés du crâne à l'exception d'une belle mèche reteinte en bleu sur le sommet. Une petite coupe de pixie. Cela lui allait bien mieux. Un véritable miracle d'avoir pu rattraper la catastrophe.
Mais cela lui rappelait que son meilleur ami, après l'avoir complimentée sur sa nouvelle coiffure, avait aussitôt enchaîné par : « Rey Palpatine s'est seulement coupé les pointes pour rafraîchir son carré quand elle est allée au Jakku, elle. »
- Tu sais, ça fait des jours que tu la stalkes sans arrêt et je vais te le dire franchement : si tu n'étais pas un flic enquêtant sur une suspecte, ça commencerait à devenir vraiment creepy.
- Je fais juste mon travail, Jess, argua Ben, outré, avant de s'attaquer aux haltères. J'en sais déjà bien plus que mon père, je te signale!
Et cela ne s'arrêtait pas là. Il n'arrêtait pas d'énumérer chaque nouvelle trouvaille qu'il faisait sur la petite-fille du chef de la mafia. Durant la pause du midi, la pause-café, l'entraînement au tir… Plus aucune vraie conversation ne s'engageait entre Ben et ses collègues.
Les pauvres ne faisaient qu'acquiescer distraitement en apprenant que Rey Palpatine raffolait de la pizza aux peppéronis et fromage, allait toujours faire son jogging à 7h30 précise dans le parc près de chez elle et fabriquait sa propre mayonnaise bien qu'elle cuisine comme une tanche.
Rey, Rey, Rey, Rey, Rey. Ben n'avait plus que ce mot à la bouche.
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Le vendredi, ce fut l'anniversaire de mariage du couple Solo-Organa. Pour fêter l'évènement, Han invita sa chère épouse dans un superbe restaurant quatre étoiles, le Coruscant. Une ambiance tamisée, une belle musique de piano dans les airs et un décor enchanteur, rouge passion.
Le vieux couple s'était mis sur son trente-et-un. Leia s'était fait une magnifique couronne de tresses, coiffure travaillée dont elle seule avait le secret. Et tous deux se délectaient d'un repas succulent en riant, submergés par la nostalgie de leur mariage. Combien même ils s'étaient toujours pris la tête, ils n'avaient jamais cessé de s'aimer.
- Je me souviens qu'à un moment, comme j'étais enceinte du petit, j'avais vraiment l'impression d'être une baleine dans ma robe blanche, soupira Leia.
- Oui, mais tu étais une très jolie baleine, la rassura son mari.
Elle sourit.
- Oh! Et tu te souviens de Lando qui s'était enfilé toute la tequila du buffet et qu'on a retrouvé en train de ronfler très fort, roulé en boule sous une des tables?
- Oh oui! gloussa Han. Pire témoin de mariage de tous les temps! Si j'avais su, j'aurais demandé à Beckett!
Leia éclata de rire.
- Tu parles, ton ancien patron abusait encore plus de la bouteille que Lando!
- Certes… En tout cas, ça nous fait des archives pour notre cher ministre de la Justice! On pourrait les ressortir s'il continue de nous harceler. Je crois même que j'ai gardé des photos.
- Hé, on ne parle pas de travail, ce soir, rappela la femme. Tu sais, cette sortie me fait vraiment du bien. Ça me permet de respirer un peu d'air frais, d'oublier ces histoires et de décompresser un minimum. Au travail, j'ai l'impression que ma tête va exploser…
Han acquiesça alors qu'il coupait son canard aux cinq parfums.
- Oh, je me souviens aussi d'Amilyn… Elle avait encore ses cheveux lilas à l'époque, rien à voir avec la juge aux allures strictes qu'on nous présente aujourd'hui aux médias. Deux minutes avant la cérémonie, elle m'avait dit qu'il était encore temps pour m'enfuir car il fallait se méfier des policiers séduisants aux grands yeux noirs qui jouent les vauriens.
- Bah quoi? Je suis un gentil vaurien, non?
Le sourire de la quinquagénaire s'élargit. Elle se pencha pour poser sa main sur celle de son mari. Ils se disputaient toujours au travail, mais cela lui faisait du bien de le retrouver. Elle avait l'impression qu'ils n'avaient pas été ensemble, vraiment ensemble, seulement tous les deux, depuis des lustres. Mais à son grand soulagement, même les horreurs de Palpatine n'étaient pas parvenues à les empêcher de fêter leur trente ans de mariage comme il se doit!
Puis, Leia dévia le sujet et commença à parler de ses souvenirs de leur lune de miel à Cap Cod. Selon elle, un nouveau voyage leur ferait du bien à la suite de ces trente ans de mariage. Elle parlait de différentes destinations de rêve. Les Caraïbes, la Nouvelle-Zélande, la France, l'Islande… Mais au fur et à mesure qu'elle évoquait ses idées, la femme réalisait que Han l'écoutait d'une oreille distraite, hochant mollement la tête et jetant plusieurs regards derrière elle. Il semblait absent.
- Han, tu as entendu ce que je viens de dire?
- Oui, oui…
- Ben n'est pas ton vrai fils parce que je t'ai trompé avec ton père et dernièrement, Amilyn et moi, on couche souvent ensemble durant des orgies thaïlandaises avec des licornes.
- Génial…
Le visage de Leia se figea. Après quelques minutes, Han, qui fixait toujours ce point derrière elle, la dévisagea enfin avec un air ahuri. Il ne comprenait pas le regard assassin de sa femme.
- Quoi? demanda-t-il, la bouche pleine.
N'y tenant plus, Leia leva les yeux au ciel et se tourna pour comprendre sur quoi son mari n'arrêtait pas de lorgner depuis un bon moment. Elle blêmit lorsqu'elle aperçut, quelques tables plus loin, Sheev Palpatine qui se sustentait d'un repas copieux avec son avocat, Christopher Dooku, à une des plus larges banquettes du restaurant. Puis, la femme fixa son mari, sidérée. Il avait l'air d'un jeune délinquant qui venait d'être pris en flagrant délit pour la première fois.
- Je vais essayer de garder mon calme… Tu peux me dire ce que le chef de la mafia fait dans mon dos? articula-t-elle, les dents serrées.
Han toussota et se râcla la gorge. Il marmonna, un peu honteux, que comme le bistro Alderaan était complet, il s'était souvenu du restaurant préféré de Palpatine et que, comme Leia lui reprochait de ne rien faire de concret pour l'enquête, il espérait entendre un morceau de conversation ou quelque chose. Tout pouvait devenir un indice, selon lui. Leia eut besoin de terminer son verre de vin d'une traite pour avaler la nouvelle. Mais malheureusement, même un tonneau entier ne suffirait pas.
- Je viens juste de te dire que j'avais besoin de décompresser et de me changer les idées. Et le soir de nos trente ans de mariage, tu décides d'espionner le chef de la mafia montréalaise en nous emmenant dans son restaurant favori? Déjà que Ben est devenu complètement obsédé par la petite-fille de Palpatine, tu ne vas pas t'y mettre aussi!
Elle chuchotait du mieux qu'elle pouvait pour ne pas attirer l'attention, mais elle bouillonnait de plus en plus de rage. Le sang battait contre ses tempes.
- Attends, Ben est obsédé par Rey Palpatine? s'étonna Han.
Bien sûr, c'était la seule partie qu'il retenait. Leia se fit violence pour ne pas l'étrangler.
- Oui, il n'arrête pas de l'espionner et de parler d'elle parce qu'il s'obstine à l'idée de te prouver sa valeur en trouvant une piste. Mais ça, évidemment, tu ne le vois pas.
- Hein? Comment ça, je ne le vois pas?
- Oui, Han! s'énerva la pauvre femme. Redescends sur Terre une seconde. Il y a plein de choses que tu ne vois pas! Tu es enfermé dans ton monde, complètement centré sur toi-même. Tu n'es jamais là!
Confus, l'homme fronça les sourcils.
- Bah, je suis là, en ce moment.
- Oui, c'est pour ça que tu es plus concentré sur ce bon vieux Sheev que sur nous. Même quand tu es là, tu n'es pas vraiment là. Tu n'es pas là pour ton fils, tu n'es pas là pour ta femme, tu n'es là pour personne! Tu comprends, ça? Ce soir, je croyais qu'on se retrouverait enfin, mais non. Ce soir me confirme juste que ça va très mal dans notre couple.
- Ça va mal? Depuis quand? Enfin, on s'est toujours un peu cherchés, mais…
Pour toute réponse, Leia poussa un grognement de rage. Cet imbécile ne comprenait vraiment rien. Elle fit bruyamment tomber sa fourchette sur la table, se leva de sa chaise, récupéra son manteau et sortit sans demander son reste, laissant Han complètement perdu dans le restaurant. Quelques regards, dont celui de Palpatine et de son avocat, se tournèrent vers elle, tout aussi perplexes.
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La demeure de la juge Amilyn Holdo fut bientôt la proie d'un incendie criminel. Par chance, outre la malheureuse maison, les flammes ne firent aucune victime. Avec ce nouvel attentat en pleine commission d'enquête sur le crime organisé, la tension atteignit un cran élevé. Or, dans les médias, la juge disait qu'elle ne se laisserait pas intimider. Selon elle, la commission Holdo se maintiendrait tel que prévu. Jamais elle ne tolérerait que la mafia influence l'appareil judiciaire.
Mais Lando Calrissian, ministre de la Justice, n'en était pas si persuadé. Tout le monde avait les nerfs à vif, Holdo la première comme sa vie était menacée, et le vieil homme n'en pouvait plus d'être vu comme un incapable. Il se querella un bon quart d'heure avec la directrice des affaires criminelles et le chef d'escouade anti-crime organisé au poste de police à ce sujet.
- Tu sais, Han, parfois je me dis que vous devriez prendre votre retraite, soupira Lando. Surtout toi. On dirait que la situation t'échappe complètement.
- Écoute, Calrissian, des ministres comme toi, j'en ai vu passer tout un paquet durant ma carrière, répondit Han. Que tu viennes en personne pour m'emmerder avec ça, ça passe encore. Mais laisse ma femme tranquille. Elle a suffisamment la tête sous l'eau comme ça. La prochaine fois, laisse un message sur sa boîte vocale et elle te rappellera, d'accord?
Leia toussota pour signaler sa présence. Les deux hommes se tournèrent vers elle, l'ayant un peu oubliée dans leur argumentation.
- Je te remercie, mais d'une, Han Solo, je ne suis pas ta propriété, de deux, je suis capable de me défendre et d'effectuer mon travail seule. Merci.
Son mari devint rouge. Il ouvrit la bouche, mais ne parvint pas à répondre. Bien sûr, lui et Leia avaient toujours eu l'habitude de se chercher, depuis leur jeunesse, mais désormais, cela semblait vraiment mal aller. Du moins, du point de vue de son épouse. Han ne comprenait toujours pas comment ils en étaient arrivés là. Il croyait la soutenir en faisant cette remarque. Pourquoi réagissait-elle de la sorte?
- Excusez-moi, les interrompit soudain Thanisson en frappant brièvement à la porte du bureau de la directrice. On a quelque chose.
Han le suivit dans l'open space. Dans son dos, il entendit Lando lui lancer qu'il leur restait quinze jours avant le prochain conseil ministériel, mais il fit la sourde oreille. Son vieil ami, qu'il connaissait depuis trop longtemps, ne serait sans doute plus ministre de la Justice dans deux semaines. Ils ne tenaient jamais.
De son côté, Ben alla trouver Jessika et Kaydel à la machine à café pour les avertir qu'il y avait enfin du nouveau.
- Les filles, faut que vous veniez voir ça! Thanisson a trouvé quelque chose sur…
- Laisse-moi deviner, soupira sa meilleure amie. Rey Palpatine? Quelle surprise!
- Quoi, Thani a découvert qu'elle préfère les chiens aux chats? demanda la blondinette, incrédule.
- Elle veut commencer le macramé?
- Elle pratique le yoga?
Confus par leurs questions, le jeune homme fronça les sourcils.
- Euh… Non, elle est plus méditation bouddhiste, pourquoi?
Jessika poussa un profond soupir de découragement et, s'avouant vaincue, tendit un billet de dix dollars à Kaydel.
- On va dire que ça compte.
La gagnante du pari empocha l'argent avec un petit sourire satisfait. Perplexe, Ben passa son regard d'une collègue à l'autre avant de secouer la tête pour se rappeler à l'ordre.
- Mais bref, ce n'est pas à propos de ça! Venez voir!
Enfin, les deux jeunes femmes le suivirent jusqu'à une petite salle de réunion. Elle s'installèrent à la table avec leur coéquipier et Han. Leia arriva à son tour, ayant fini de parler avec Lando. Elle demeura à l'arrière, les bras croisés. Thanisson leur présenta ensuite une vidéo sur un écran, fruit de sa filature de Rey Palpatine. Ce matin, il avait intercepté une discussion entre elle et son copain, Armitage Hux, au bord de la rivière des Prairies. Le couple semblait battre de l'aile.
- Tu ne m'aimes plus? s'inquiéta le rouquin sur la vidéo.
Rey releva ses lunettes de soleil sur le sommet de son crâne. Elle paraissait plutôt contrariée.
- Je ne sais pas. Armi, je ne sais même pas qui tu es vraiment. Tu ne me dis jamais rien! Tu n'es jamais honnête avec moi. Je te signale que si Tallie, la seule amie que j'ai dans ce bordel, ne m'avait pas dit pour les deux petites salopes que tu t'es tapées l'autre jour, je n'aurais jamais su que tu me trompais! C'était qui? Cette pute de Bazine, c'est ça? Et l'autre, hein? Tu ne t'es pas contenté d'une seule, il fallait qu'elles soient deux, en plus ?!
Comme il n'avait pas encore vu ce que son collègue avait filmé, Ben grimaça.
- Deux? Ce con s'est fait un plan à trois? Eh bah, il se fait pas chier, lui!
Franchement, qui oserait tromper une aussi jolie fille? Avec elle, ce crétin de roux devrait être comblé! Quel abruti… À l'écran, Hux s'approcha de sa copine, penaud, et tenta de la prendre dans ses bras, mais elle le repoussa furieusement en lui interdisant de la toucher. Il soupira, désemparé.
- Écoute, j'ai déconné, Rey. Mais c'était juste une erreur. Ça ne voulait rien dire du tout, je t'assure! Ce n'est pas ce que tu crois!
- Ah, le fameux « Ce n'est pas ce que tu crois », répéta Rey, sarcastique, en faisant des guillemets avec ses doigts. La phrase la plus cliché au monde. Wow. C'était juste une erreur. Ah pardon, mon cœur, je n'avais pas capté. Heureusement que tu me le dis!
Puis, rancunière, elle ajouta :
- Bon, bah, si ça ne veut rien dire, alors… Tu sais quoi? Pourquoi je n'aurais pas le droit à mon joker, moi aussi? Ne me demande surtout pas où je vais ce soir.
- Quoi? Pourquoi?
- Je vais faire un écart à mon tour en me tapant deux gars en même temps! Tu vas voir si ça ne veut rien dire!
À ces mots, Hux eut vraiment l'air de paniquer.
- Mais non, ne fais pas ça! Rey, je te jure que je m'en veux vraiment. Qu'est-ce que je peux faire pour que tu me pardonnes?
- Sois honnête avec moi! Arrête de vivre ta vie de ton côté et parle-moi! Arrête de toujours tout me cacher! Tu crois que ce n'est pas assez difficile pour moi avec mon grand-père? J'ai besoin de quelqu'un dans tout ce merdier et toi, tu es exactement comme lui!
- Hé! s'insurgea le rouquin en la menaçant de son index. Ne me compare pas à Palpatine!
Intéressant. Ben réfléchit. La petite-fille du chef de la mafia trouvait sa situation difficile. Si elle souffrait de la même pression à cause de ce qu'elle savait sur son grand-père et les derniers évènements, peut-être serait-elle sur le point de craquer.
L'inspecteur songea aussi à la mystérieuse « disparition » de deux jours de la jeune femme, avant l'assassinat de ce pauvre Cassian Andor. Il ne savait pas encore ce que cela cachait, mais comptait bien le découvrir.
Dans tous les cas, nul besoin de Ren pour l'accuser de complicité. Il suffisait de jouer cette carte-là et d'espérer qu'elle coopère. Sur la vidéo, la jeune femme renifla et se frotta le visage. Malgré la qualité de l'image, des larmes de colère et de tristesse semblaient lui piquer les yeux.
- Pourquoi tu es allé te farcir ces connes? C'est ma faute? Je ne te suffis pas?
- Non, je t'assure, ce n'est pas toi. Je ne sais même pas ce qui m'a pris! C'est juste que…
- Je fournis des efforts pour notre couple! Mais on dirait que je suis la seule à m'accrocher! Je donne, je donne et je ne reçois jamais rien! Si tu n'y mets pas un peu du tien, ça ne va jamais fonctionner!
Accablé, son copain fit un pas vers elle et lui prit les mains. Cette fois, elle le laissa faire.
- Je suis vraiment désolé. Je t'aime. Je t'en supplie, pardonne-moi!
- Moi aussi, je t'aime.
Après un moment de silence, ils s'embrassèrent. Cette fois, Ben plissa le nez avec dégoût et détourna le regard. Leurs baisers étaient vraiment affligeants.
- Pff… Pitié… Sérieux, qu'est-ce qu'elle lui trouve, à cet abruti de roux?
Jessika lui donna un coup de coude pour l'inciter à se taire. Se détachant de Hux, Rey déclara à l'écran :
- Bon, écoute. Je veux bien te donner une chance, mais à une condition.
À ces mots, le jeune inspecteur haussa les sourcils, éberlué.
- J'hallucine. Sérieux? Elle est vraiment prête à lui pardonner un truc comme ça? Bon sang, elle ne se respecte pas du tout, cette pauvre fille! Je la croyais plus intelligente que ça! À sa place, il m'aurait trompé avec deux filles en même temps, je l'aurais quitté sur le champ. Et pas avant de l'avoir tabassé à mort à coup de poêle à frire et castré avec un sécateur rouillé.
- Si tu pouvais arrêter de faire ton jaloux parce que ta chérie veut donner une chance à son connard de copain et te concentrer sur l'affaire…, le sermonna son père.
Ben leva aussitôt la tête vers Han.
- Attends, quoi? Jaloux? Tu délires! Cette fille n'est pas ma…
- Apparemment, tu es devenu tellement obsédé par Rey Palpatine qu'à un moment, on se demande! rétorqua le commandant Solo, l'œil réprobateur.
- QUOI ?! Obsédé? Moi, obsédé? Tu m'as bien regardé?
- Parfaitement!
Alors qu'ils haussaient le ton, comme d'habitude, le jeune homme chercha du soutien parmi ses collègues, mais tous hochèrent la tête avec découragement pour donner raison à Han et sa qualification « d'obsédé » concernant son fils.
- Mais ça n'a rien à voir! tenta-t-il de se justifier, les joues empourprées. Je faisais juste une constatation! On a encore le droit de constater ici, non?
- Oui, c'est bon, Ben, je crois qu'on a compris, soupira Leia. Thanisson, veux-tu bien remettre là où on en était avant d'être interrompus par… S'il te plaît.
En effet, la courte dispute entre le père et le fils les avaient tous empêchés d'entendre la suite de la vidéo. Thanisson revint donc en arrière au moment où Rey Palpatine disait à Armitage Hux qu'elle était prête à lui donner une chance à une condition.
- Tout ce que tu veux, mon lapin, répondit le rouquin.
- Alors, sur Internet, j'ai trouvé un site pour une thérapie de couple.
- Une thérapie de couple? Tu plaisantes, j'espère.
- Hé ho! s'écria la jeune femme, qui ne manquait pas de caractère. C'est ça ou je te quitte, Armitage! C'est clair?
Aussitôt, son copain leva les mains en l'air en signe de capitulation et acquiesça. Le cruel lieutenant du chef de la mafia devenait un bon petit chien obéissant et couard face à la petite-fille Palpatine. Ben se demandait s'il avait plus peur d'elle que de son grand-père.
À moins que sortir avec Rey lui attribuait des privilèges qu'il ne souhaitait en aucun cas perdre à cause d'une rupture? Quoi qu'il en soit, il aurait dû y penser à deux fois avant de la tromper, songeait l'inspecteur de police.
- Oui, ok, pardon, soupira Hux. C'est une thérapie genre… on discute tous les deux avec un psy?
Rey se radoucit et sourit.
- En fait, c'est mieux que ça. Ça s'appelle le camp Naboo. C'est dans la montagne, près d'un lac. À Val-David, je crois. On sera complètement dépaysés, en pleine nature, avec d'autres couples comme nous et on fera des activités tous ensemble, accompagnés par des psys, pour essayer de régler nos problèmes. Et surtout, on sera loin de la surveillance excessive de mon grand-père, juste en amoureux. Ça va nous faire du bien. D'accord?
À la suite du visionnage, l'escouade de policiers effectua quelques recherches sur ce fameux camp Naboo. La publicité, pourtant pleine d'espoir, donnait envie de vomir tant elle sonnait niaise. « Le camp Naboo, un paradis pour sauver votre couple et rallumer votre flamme. Le camp Naboo car votre couple en vaut le coup! »
La vidéo promotionnelle représentait des couples en train de faire de la randonnée, de camper en pleine nature, de danser dans un hôtel avec une vue imprenable sur la forêt, de se baigner dans un lac… Elle promettait de nombreuses activités pour permettre à ceux qui s'inscrivaient de travailler sur eux-mêmes avec leur partenaire et de se redécouvrir, se reconnecter. Une semaine de dépaysement et d'amour.
Tout ceci était encadré par deux psychologues, une femme et un homme. Ce dernier était présenté comme « le célèbre David Johnson dit DJ ». Ce « DJ » fut ainsi invité à se rendre au commissariat. Il s'agissait d'un quadragénaire mal rasé à la peau basanée, creusée de rides et de cernes, et aux cheveux hirsutes. Il portait un accoutrement de baroudeur ainsi que des lunettes pour le côté « psychologue », mais ferait sûrement « inadapté social » sans.
- Nous souhaitons infiltrer votre thérapie, conclut Leia après lui avoir expliqué la situation.
Mais DJ, qui était resté fermé tout au long de la présentation, répondit par la négative.
- Il n'est pas question que je vous aide. Je ne veux pas être mêlé à la mafia, enfin!
Han lui montra aussitôt une photo de Rey Palpatine.
- Trop tard. La petite-fille du chef de la mafia est dans ton groupe avec son copain, soit le bras-droit du chef de la mafia.
- Et alors? Ils viennent pour une thérapie de couple! Ils en ont bien le droit! Ça n'a rien à voir avec leurs occupations. Ça, ça ne me regarde pas. Écoutez, le camp Naboo a une réputation. Ceux qui s'y inscrivent sont au bord du gouffre, souffrent vraiment et placent leurs derniers espoirs en moi et la thérapie. Je refuse que vous gâchiez tout avec votre affaire de mafia!
La directrice des affaires criminelles poussa un profond soupir. Elle se pinça l'arête du nez et répliqua :
- Écoutez, nous avons de bonnes raisons de croire que Rey Palpatine est la clé pour atteindre son grand-père. Il se peut même qu'elle soit apte à collaborer et à nous livrer Sheev. Nous parlons d'un homme qui n'a aucun scrupule. Derrière Exegol Construction, il cache Dieu sait combien de cartels de drogue et de proxénétisme. Dernièrement, il s'est mis à incendier des maisons de juge et à faire exploser des procureurs dans leur voiture. La commission Holdo est menacée de se faire démanteler. Vous comprenez la gravité de la situation?
À son tour, DJ soupira profondément.
- Comme je l'ai dit, je ne veux pas être mêlé à ça. Vos affaires de police, ce n'est pas mon problème.
- Bon, très bien, répondit Han en haussant les épaules. Dans ce cas, je suppose que vous ne voyez pas d'inconvénient à ce qu'on vous montre une petite vidéo qui parviendra peut-être à vous faire comprendre en quoi c'est votre problème?
- Allez-y, marmonna le psychologue. Montrez-moi des maisons en feu, des voitures explosées, des enfants morts, des cadavres en décomposition, je n'en ai rien à…
Son visage se figea cependant lorsque le commandant lui présenta à l'écran d'un ordinateur la vidéo d'une caméra de surveillance. Celle d'un sexshop. Il se vit près d'une des étagères en train de regarder de tous les côtés avant de prendre une poupée gonflable, bien pliée dans son emballage, et de la dissimuler sous sa veste.
- Tiens, regardez-moi ça. Qu'est-ce que vous êtes en train de voler, là?
- Je… Je ne l'ai pas volée, se défendit DJ en ravalant sa salive.
- Non, vous l'avez essayée au fond du magasin avec tous les clients à côté, précisa Ben avec un ton de reproche. C'est mieux, peut-être?
Sur la vidéo, Han changea de caméra de surveillance pour montrer l'enregistrement de « l'essayage de la poupée gonflable », que DJ faisait contre le coin d'un mur, le pantalon descendu à mi-cuisses. Les yeux du psychologue faillirent sortir de leurs orbites. Il devint blanc comme un linge.
- Exhibitionnisme dans un lieu public, atteinte à la pudeur… Ça peut rapporter une amende salée et même de la prison, vous savez. Je ne sais pas si la réputation de votre camp Naboo apprécierait cette vidéo, conclut l'inspecteur.
- De même concernant l'Ordre des psychologues du Québec, renchérit Leia.
- En revanche, sur YouTube, vous serez bientôt une vedette, le railla Han, pince-sans-rire. Ça, ça va faire du clic. D'ailleurs…
- Parfait! s'écria DJ. Vous avez gagné!
Il ferma brusquement le clapet de l'ordinateur portable pour que cette vidéo humiliante, respirant la misère sexuelle, disparaisse de sa vue. Renfrogné, l'homme croisa les bras et poussa un juron. Il était coincé. Les parents et le fils s'échangèrent un regard victorieux, tout comme le reste de l'escouade derrière eux.
- Très bien. Je vous aiderai, abdiqua le psychologue. Mais à une seule condition. La thérapie doit se passer comme prévu! Je veux que mes couples, qui se sont inscrits dans l'urgence et la détresse, parviennent à régler leurs problèmes malgré votre infiltration. C'est très important pour eux et pour moi.
- Nous n'interviendrons pas dans la thérapie, lui assura Ben. Nous nous concentrerons uniquement sur Rey Palpatine.
- Surtout toi, toussota son père, assis à ses côtés.
Le fils se tourna vers Han, les sourcils froncés.
- Attends, répète ça?
- Mouais, réfléchit DJ en les observant. Je dois admettre que vous deux, vous passeriez parfaitement pour un couple gay.
À ces mots, le visage de Ben se décomposa.
- Hein? Attendez, non, on ne va pas faire un couple gay! Enfin, c'est dégueulasse!
- Je ne veux pas juger, monsieur l'inspecteur, mais ça sonne un peu homophobe, ce que vous venez de dire, fit remarquer DJ.
- Mais non! Ce n'est pas dégueulasse de jouer un couple gay! C'est dégueulasse de faire ça avec mon père! s'insurgea le jeune homme.
Le psychologue haussa les épaules. Han étouffa un rire face à la réaction de son fils. Leia soupira.
- Je suppose que nous n'avons qu'à prendre un vrai couple, suggéra alors Jessika, qui restait jusque-là en retrait. Leia, pourquoi ne pas y aller avec votre mari?
Les deux femmes s'échangèrent un regard rempli de sous-entendus, que ledit mari ne capta pas. La directrice acquiesça. Cela faisait déjà un bon moment que le terrain lui manquait. Rester au bureau la fatiguait au quotidien et elle rêvait de tout léguer à Ackbar, son adjoint, ne serait-ce que pour quelques jours. Cependant, ce n'était pas la seule raison de son envie d'aller au camp Naboo avec son époux.
- Bonne idée, approuva Han en désignant sa femme. Nous sommes déjà un couple. Ça devrait le faire. Nous infiltrerons votre thérapie tous les deux.
Pour sa part, Ben jeta un regard noir à ses parents. Il s'était plutôt imaginé se faire passer pour un couple avec Jessika, Kaydel ou même Thanisson. Il s'était plutôt imaginé accomplir cette mission, lui. C'était lui qui connaissait par cœur Rey Palpatine après de longues journées d'enquête et de filature! Il était le mieux qualifier pour cette infiltration! Et encore une fois, son père lui volait la vedette, ne lui laissant pas l'opportunité de montrer ce qu'il valait! Intérieurement, le jeune homme bouillonnait de rage.
- D'accord, accepta le psychologue. Mais je tiens à ce que vous fassiez sérieusement les exercices de la thérapie. Est-ce que vous avez… des problèmes dans votre couple ou…?
Avant qu'il puisse terminer sa phrase, Ben ainsi que tous les membres de l'escouade à l'arrière réprimèrent un petit rire nerveux. Leia restait silencieuse. Cette fois, Han se tourna vers les autres, outré.
- Si vous saviez, se désola le fils.
- Attendez, vous vous foutez de moi? s'indigna le mari. Donc, tout le monde sait que ça va mal sauf moi?
Les policiers se turent, n'osant pas dire tout haut ce que tous pensaient tout bas. Seul Ben poussa un profond soupir et se tourna vers son père.
- Eh oui, Han. Je ne sais pas si tu as remarqué, mais maman subit énormément de pression en tant que directrice des affaires criminelles. Elle a aussi peur pour son amie Amilyn, dont la vie est menacée par le chef de la mafia.
Il jeta un bref regard vers sa mère et ajouta :
- Et je ne veux pas me mêler de vos affaires, mais je pense qu'elle aurait besoin d'un soutien émotif de la part de son mari. Mari qui pourrait, d'ailleurs, essayer de la comprendre au lieu de faire comme si il avait toute la situation sous contrôle alors que ce n'est pas le cas. Elle aurait besoin de toi et de se sentir importante à tes yeux, mais toi, tu n'es jamais là et tu la prends pour acquise.
Amer, Han leva la tête vers sa femme.
- Ok, donc, au lieu de venir me parler de ce qui n'allait pas, tu as préféré le crier sur tous les toits? En parler à Ben, encore, je peux comprendre, mais le reste du poste…
- Écoute, Han, l'interrompit fermement Leia. Je n'en ai parlé à personne. Même pas à Ben. Les autres n'ont eu besoin que de nous regarder nous crêper le chignon sans arrêt devant eux pour comprendre que quelque chose n'allait pas dans notre couple.
- Mais on faisait juste…
- Tout le monde comprend ça, sauf toi alors que tu es dans notre couple, et c'est ça qui me POSE PROBLÈME, MERDE! éructa-t-elle.
Puis, comme si de rien n'était, elle se tourna vers le psychologue, toussota et afficha l'air le plus professionnel possible. DJ se frotta le menton, observa un à un les deux membres du couple Solo-Organa et sourit.
- Vous serez parfaits.
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Quelques jours plus tard, le bus du camp Naboo filait sur l'autoroute à travers les montagnes, en direction de Val-David, dans les Laurentides. Six couples s'y trouvaient installés, un peu préoccupés par la thérapie qui les attendait. De son côté, assise près de son mari qui regardait le paysage de forêt défiler, Leia observa les autres. Elle repéra facilement Rey Palpatine, leur cible, assise près d'un grand dadais à la chevelure flamboyante. La femme remarqua également qu'elle et Han étaient le couple le plus vieux.
Sinon, il y avait un couple d'hommes assis à l'avant. Un afro-canadien exténué qui dormait sur l'épaule de son conjoint, ce dernier possédant une peau bronzée, une barbe de trois jours et des cheveux noirs en vague. Ils étaient mignons. Leia aperçut également une grande blonde assez imposante à côté d'un homme à l'air plutôt chétif et craintif. Une lionne avec un petit lapin apeuré. Un couple assez atypique. Cela fit sourire la policière infiltrée.
Les deux dernières paires se constituaient d'une petite femme d'origine vietnamienne aux joues rebondies, plutôt silencieuse, et son conjoint aux airs de farfadet, qui gardait le regard rivé sur son téléphone, ainsi que de deux autres amoureux qui ne cessaient de s'embrasser. À se demander s'ils avaient réellement besoin de la thérapie.
Comme le bus arriverait bientôt à l'hôtel du camp Naboo, DJ donna un coup de sifflet pour attirer l'attention de son groupe. Il leur rappela que chaque couple serait forcé d'être réellement ensemble tout le long du séjour, mais assura que c'était l'unique moyen de recoller les morceaux d'un couple brisé.
- Ne vous en faites pas, nous serons là pour vous guider. Moi et mon assistant, qui est également notre chauffeur. Benjamin Skywalker.
- Appelez-moi Ben, les salua l'inspecteur infiltré en tournant la tête pour faire un rapide signe de main aux autres.
Au passage, il jeta un regard de défi à ses parents. Son père haussa les sourcils et sa mère lui sourit brièvement, un peu mal à l'aise que leur fils joue en partie le rôle de leur « psychologue » dans leur thérapie conjugale. Mais Ben avait longuement insisté pour faire partie de l'opération et était satisfait d'avoir su se battre pour sa place.
- Euh… Excusez-moi, fit soudain Rey en levant la main, confuse. Dans la vidéo promotionnelle, il me semble qu'il y avait aussi une femme. Une psychologue du nom de Maz Kanata, je crois. Où est-elle?
- Oh, euh… Maz a malheureusement eu un empêchement pour des raisons familiales, bredouilla DJ. Mais ne vous en faites pas; Ben est un excellent psychologue.
Bien qu'un peu surprise, la jeune femme toisa « l'excellent psychologue » d'un air intrigué et haussa finalement les épaules. Après quelques minutes, elle eut cependant l'impression qu'il n'arrêtait pas de la fixer dans son rétroviseur. Mais il détourna le regard avant qu'elle ne puisse s'en assurer.
Car en effet, Ben gardait les yeux rivés sur elle, sûr de son objectif. Cette semaine, ses parents feraient enfin la thérapie de couple dont ils avaient terriblement besoin tandis que lui parviendrait à atteindre la petite-fille du chef de la mafia.
Dans le film, c'est le fils qui est en couple et infiltre la thérapie avec sa copine policière en tant que couple, et le père qui se fait passer pour un psy. C'est un de nos premiers gros changements avec le film! Alors, vous la sentez comment, cette infiltration-thérapie de couple en pleine nature? :)
