Chapitre 3 : Une question de transfert

Quelques minutes après les paroles d'introduction du psychologue, l'autobus s'engagea sur un long chemin sinueux en terre battue qui traversait une forêt de conifères et de peupliers. La vue était enchanteresse : à travers les branches garnies des arbres, on pouvait apercevoir le flanc escarpé de la montagne à proximité du site de villégiature. Mais ce qui retenait l'attention était la surface du grand lac miroitant sous le soleil de fin d'après-midi. Le slogan figurant sur le panneau défraîchi de l'hôtel, mis aux abords de la route goudronnée qu'il venait de quitter, avait raison; c'était véritablement un paradis au cœur de la nature.

Le véhicule termina sa course devant un grand bâtiment en bois ronds et en briques grises. Bien que le paysage fût magnifique, la bâtisse avait l'air de sortir tout droit d'un film d'horreur. Certaines vitres étaient brisées, des mauvaises herbes poussaient sur la terrasse du deuxième étage et l'enseigne, annonçant l'entrée, menaçait de percuter le sol à tout moment. De toutes les évidences, l'hôtel Theed avait eu du charme à une certaine époque, mais il était maintenant mal entretenu et vieux.

Ben éteignit le moteur et fit ouvrir les portes de l'autobus.

- Terminus! claironna-t-il, d'une voix forte.

Il se tourna et son coude vint s'appuyer négligemment sur le dossier de son siège tandis qu'il regardait, en silence, les couples défiler devant lui. Naturellement, ses yeux se verrouillèrent sur Rey et la suivirent jusqu'à ce qu'elle soit descendue du véhicule. Il ne prêta aucune attention au rouquin qui le regardait de travers. Puis, à son tour, Ben sortit de l'autobus et s'étira, afin de se dégourdir les jambes, pendant que les couples s'affairaient à récupérer leurs valises dans la soute à bagage que DJ avait ouverte.

Les yeux du policier se cimentèrent sur Hux, qui s'éloigna du groupe, téléphone portable à l'oreille. Son père semblait avoir remarquer la même chose que lui : il imita le roux et fit mine de s'éloigner, en gardant une distance raisonnable avec le bras droit du chef de la mafia, mais suffisamment pour, peut-être, entendre ce qu'il disait.

Voyant que Han avait la situation en main, bien qu'il manque royalement de subtilité, il reporta son attention sur le groupe et marcha jusqu'aux coffres afin de récupérer sa propre valise, qui avait atterrie dans le fond de la soute. À côté de lui, Rey, lunettes de soleil en équilibre précaire sur le nez, chandail en tricot noir aux manches relevées et pantalons amples noirs et à fleurs blanches, semblait se battre avec la sienne.

- Besoin d'aide? proposa-t-il, gentiment.

- Non, ça va, merci, grommela la jeune femme, sans prendre la peine de tourner la tête dans sa direction.

- D'accord, fit le jeune homme, en haussant les épaules, désinvolte.

Il se pencha afin d'attraper sa valise et l'extirpa de la soute à bagages. Puis, il se recula pour laisser toute la place à la brunette.

Rey tira brutalement sur la poignée de son bagage et celle-ci, fabriquée dans un cuir visiblement fatigué, se rompit. L'élan la fit trébucher vers l'arrière et Ben posa rapidement sa main dans le milieu de son dos afin de la rattraper. Il étouffa difficilement un rire.

- Très féroce, commenta-t-il, un brin moqueur, en l'aidant à retrouver son équilibre.

Immédiatement, Armitage Hux, regard venimeux, se matérialisa à côté d'eux et agrippa possessivement la taille de la jeune femme pour l'attirer près de lui. Rey, les joues rouges d'embarras et de colère envers l'attitude enfantine de son petit-ami, se défit immédiatement de sa prise, mais ne s'en éloigna pas pour autant. Malgré cela, l'ombre d'un petit sourire voulut fleurir sur les lèvres de Ben.

- Merci, mais nous n'avons plus besoin de ton aide, indiqua Hux, d'une voix lente.

Amusé, le policier infiltré haussa simplement, encore une fois, les épaules comme seule et unique réponse.

- Merci, répéta Rey, plus chaleureuse que sa tendre moitié.

- Aucun problème, lui répondit Ben, sans faire de mouvement pour s'en aller, ce qui semblait jouer avec les nerfs du roux.

- Nous n'avons plus besoin de toi, lui rappela ce dernier, agacé. Tu peux partir.

- En fait, j'attends que vous preniez vos bagages pour fermer les coffres, l'informa l'inspecteur, d'un ton léger.

Armitage le toisa et empoigna d'un coup sec sa valise qu'il mit sur les roues. Il prit, ensuite, celle de sa petite-amie, qu'il traita avec plus de délicatesse vu son état. Sans un mot, il s'organisa afin de pouvoir amener les deux valises tandis que Ben fermait les portes de la soute à bagages. Puis, ils regagnèrent, en silence, le reste du groupe, abandonné par DJ, qui était parti à l'intérieur de l'hôtel afin de vérifier si tout était en place pour les recevoir. Le jeune homme fit de son mieux pour ignorer scrupuleusement le regard mi-exaspéré, mi-suspicieux de son père et proposa de marcher vers la bâtisse, tandis que presque tout le monde regardait l'hôtel avec désenchantement et un peu de dégoût. On était très loin des images de rêve présentes dans la vidéo promotionnelle de la thérapie.

DJ sortit de l'hôtel quand le groupe fut à, un peu moins, de deux mètres de la porte d'entrée avec un air affligé sur le visage. Il descendit les escaliers de la galerie, qui suivait la devanture de l'hôtel. Fidèle à son rôle, Ben vint le rejoindre afin de faire face aux couples, qui s'étaient tous arrêtés devant le psychologue. En les regardant, ainsi, on ne pouvait que constater à quel point le groupe était… hétérogène. Ses yeux passèrent de ses parents jusqu'à la grande blonde à la stature imposante et s'attardèrent sur leur cible. Les prochains jours promettaient d'être assez mouvementés.

- Comme vous pouvez le voir, cet hôtel est fermé, annonça DJ. Mais, on l'a fait rouvrir pour nous. Par contre, nous sommes vraiment désolés, il y a un dégât d'eau dans l'une des chambres… Vous êtes six couples et, malheureusement, il y a de la place seulement pour cinq couples. L'un des couples va, donc, devoir retourner chez lui. Mais, ne vous inquiétez pas, vous allez être rembourser.

Tous les participants – y compris Leia et Han – se regardèrent, étonnés par cette nouvelle. L'homme à côté de la jeune femme d'origine asiatique croisa les bras sur sa poitrine en prenant un air indigné et demanda à voix haute s'ils étaient en thérapie ou dans une télé-réalité.

- C'est hors de notre contrôle, grimaça DJ, en levant les bras dans les airs et prenant son air le plus innocent.

Armitage Hux roula ostensiblement des yeux et donna un petit coup de coude à la brunette, qui l'accompagnait.

- C'est bon, on va se sacrifier, leur dit le rouquin.

Il prit la main de la jeune femme afin de la tirer vers lui pour qu'ils puissent mettre le plus de distance possible entre ce taudis et eux.

- Profitez-en, bande de chanceux! ajouta-t-il, faussement enthousiaste.

- Toi! le héla, tout à coup, Han. Tu bouges pas d'ici!

Hux s'immobilisa, aussitôt, surpris – ainsi que tous les autres participants de la thérapie. Tous regardaient le sexagénaire, abasourdis par cette soudaine réaction. Leia, de son côté, tenta du mieux qu'elle le pouvait de ne pas se noyer la tête dans ses mains, découragée par l'attitude de son mari, ou de ne pas le frapper.

Ben, quant à lui, dévisagea son père, interloqué, en secouant la tête.

- Ce que Monsieur voulait probablement dire…, rattrapa l'inspecteur infiltré, en esquissant un sourire qui ressemblait davantage à une grimace. C'est, que tu fais un geste généreux en voulant quitter la thérapie, mais vous aussi, vous avez la chance de sauver votre couple…

- Non, c'est beau, le coupa Rey, de mauvaise humeur.

Elle se retourna vers son petit-ami, les mains sur les hanches. Alarmés, les trois policiers s'observèrent, en coin, voyant là leur beau plan se décomposer devant leurs yeux.

- Armitage, tu veux t'en aller? Parfait! On s'en va et on retourne à Montréal! s'exclama-t-elle, en regardant tour à tour chacun des participants. Mais toi et moi, c'est terminé!

Le roux fit basculer sa tête vers l'arrière, impatient. Mais il revint sur ses pas.

- Mais non, Rey, voyons…, minauda le roux.

- Tu me fais chier! s'écria la brunette, irritée.

Elle continua, en s'adressant au reste du groupe :

- Il m'a trompé. Avec deux filles. En même temps!

Presque tous les participants regardèrent avec curiosité le rouquin, d'autres toussotaient.

- Arrête, lui dit Armitage, mal à l'aise de cette soudaine attention. Je veux faire la thérapie.

- Pardon? Quoi? demanda la jeune femme, en posant une main derrière son oreille, comme si elle n'avait rien entendue.

- Je veux faire la thérapie, répéta-t-il.

- Tu veux faire la thérapie?

- Oui.

- Tu vas faire les exercices?

- …Oui, grinça-t-il, un peu hésitant.

- Parfait! lâcha la brunette, avec un air de vainqueur. Nous, on reste. Arrangez-vous avec vos problèmes.

Un silence plana sur le groupe et Ben resta, un peu, en admiration devant la manière dont elle l'avait, de toute évidence, manipulé.

- Nous aussi, on veut faire la thérapie, réagit la grande blonde, de sa voix chantante.

L'un de ses pieds, chaussés d'une paire d'escarpins de presque sept centimètres – comme si elle n'était pas suffisamment grande comme ça – tapait le sol, impatiemment. Ses grands yeux bleus maquillés les regardaient avec un air de conquérante qu'elle maniait à la perfection. Elle imposait le respect comme une reine devant son peuple et semblait presque s'attendre à ce qu'ils s'agenouillent tous devant elle.

- Mitaka ne veut plus être mon soumis, les informa-t-elle, sans s'étendre davantage dans les détails.

- Dopheld, rectifia l'agneau qui se trouvait à ses côtés, timidement.

- Quoi?

- Je m'appelle Dopheld, lui dit-il, comme s'ils venaient de se rencontrer pour la première fois.

- Je sais ça, roula des yeux la femme, comme si elle le prenait un peu pour un idiot.

- On avait dit que hors de la chambre à coucher…, commença-t-il, presque tremblant.

Mais, il ne réussit pas à terminer sa phrase : la blonde l'avait empoigné par la peau fine du cou, à sa nuque, comme une chatte tenant ses chatons, sous les regards médusés de tous les participants. Pris au dépourvu par cette scène surréaliste, personne ne vint au secours du trentenaire aux cheveux noirs, qui échappa un petit gémissement de douleur. Sa conjointe poussa un petit soupir, dépitée devant sa réaction, et le relâcha.

- Vous voyez, il est là, le problème, expliqua-t-elle, en pointant, sans gêne, le doigt vers l'entre-jambe de son compagnon. Habituellement, il aurait eu une érection. Habituellement, il aurait aimé ça. C'était pour le punir, car je ne l'avais pas autorisé à parler, mais… Rien. Niet.

- Mais j'aime ça, s'enhardit Mitaka, se trouvant des miettes de courage. C'est juste que… J'aimerais ça, disons, qu'on ait une vie de couple. Normale.

- Mais on a une vie de couple normale!

Mitaka se tourna vers les autres, cherchant un peu d'appui.

- Elle ne veut même pas qu'on dorme ensemble! Elle ne veut pas que je l'appelle autrement que maîtresse Phasma! déclara-t-il, plus à l'aise de parler au groupe qu'à la blonde. Je veux juste un peu d'amour!

- Si je ne t'aimais pas, je serais pas dans le fond du trou du cul du monde!

- Merci, les coupa DJ. Merci, Phasma et Dopheld pour ce… beau partage.

Le psychologue regarda les quatre autres couples, attendant que l'un d'entre eux parlent d'eux-mêmes. Tous restèrent en silence.

- Finn, Poe, interpella DJ. Pourquoi est-ce que c'est important pour vous de faire la thérapie?

L'afro-canadien et l'homme à la peau bronzée arboraient des cernes sous leurs yeux et un air épuisé. L'un s'appuyait sur sa valise comme si c'était uniquement cela qui le maintenait debout, tandis que l'autre buvait du jus dans un gobelet coloré pour bébé.

- On est les parents d'une petite fille d'un an, prononça Finn.

- Et, on a la garde partagée d'un garçon de quatre ans, une semaine sur deux, en plein fucking four, renchérit Poe.

Han le regarda, en arquant un sourcil devant ce dernier terme. Il aurait aussi bien pu parler mandarin que le sexagénaire n'aurait pas plus compris.

- C'est la crise des quatre ans, intervint Leia, pour répondre à l'interrogation de son mari. Les enfants se mettent à argumenter pour tout et n'importe quoi… Tu te rappelles? On avait eu droit à une crise monumentale parce que tu voulais absolument que le petit mange ses petits pois et il avait déclaré qu'il te détestait et te les avais lancés à la figure?

Les joues de Ben, plus loin, devinrent cramoisies. Par chance, personne ne regardait dans sa direction.

- Votre fils ou votre petit-fils? s'enquit Poe, gentiment.

- Si seulement, on avait des petits-enfants, s'exclama Leia, en soupirant.

- Tu les gâterais trop, rigola Han.

- Oh, arrête! Tu serais le premier à leur donner plein de friandises.

- Des friandises… chuchota Finn, soudainement inquiet, comme si ce simple mot avait suffi à le réanimer. Poe… Et, si…

- Déolie a un an, lui rappela son petit-ami, un peu excédé. Personne ne va penser que c'est une bonne idée de donner des sucettes à un bébé d'un an!

- Ton père a déjà dit qu'il avait trempé ta suce dans du gin, je te signale. Est-ce que tu penses que c'est mieux?

Poe ferma les yeux et se contentât de boire une autre gorgée de son jus de fruit dans le gobelet, qui selon toutes apparences, appartenait à sa fille. Finn, quant à lui, s'était emparé de son téléphone et écrivait frénétiquement sur son clavier afin de s'assurer que la personne qui gardait leur bébé ne lui donne pas de friandises ni d'alcool.

- Vous faites tellement la thérapie, décida Leia, devant ce spectacle qui lui rappelait les premières années de vie de son fils.

S'adressant à tous les autres participants, elle ajouta :

- Qui vote pour que les deux papas fassent la thérapie?

Sans hésitation, tout le groupe leva la main pour supporter cette décision – même Ben. L'afro-canadien chuchota un merci tandis que son compagnon se contenta de lever son gobelet dans les airs.

- Nous, on est ici, parce que Karé va me laisser, décréta un brun, à la stature ressemblant à celle d'un réfrigérateur et à la barbe fournie.

Ses bras entouraient une femme à la peau mat, qui paraissait plus jeune que lui, et aux cheveux couleur paille qu'elle avait tressée sur le dessus de sa tête. Ils étaient presque habillés pareil et semblaient incapable de se lâcher plus que trente secondes. Presque tous les autres couples plissèrent des yeux d'incompréhension devant eux. Ils avaient l'air de sortir tout droit d'une comédie romantique.

- Non, c'est toi, Snap, qui va me laisser, réfuta la jeune femme.

- Non, jamais je ne te laisserai, Karé.

- Tu vas trouver une femme bien mieux que moi. Plus belle. Plus intelligente.

- Je te désire tellement que ça me fait mal! Tu le vois bien que j'aime ta peau, tes seins, tes hanches, tes cuisses, tes fesses, énuméra Snap, tout en touchant chaque partie du corps de la jeune femme qu'il nommait, alors que tout le monde présent les regardait, un peu inconfortable.

Il se sépara d'elle pour uniquement montrer l'état de son entre-jambe, à travers son pantalon, aux autres. Ben tenta de rester de marbre et d'éviter de montrer son découragement. D'où provenait cette fixation sur les érections, d'ailleurs?

- Elle me fait de l'effet! Je peux pas faire semblant! soutint Snap.

- Oui, mais c'est pas ça, l'amour! Ce n'est pas parce qu'on baise dix fois par semaine qu'on s'aime ou que je devrais être rassurée!

Le brun retourna vers Karé et se mit à embrasser, presque transi, le cou de celle-ci. Elle commença à se frotter contre lui pour l'encourager.

- Vous… Vous n'êtes pas obligés de nous montrer la onzième fois de la semaine, leur précisa Ben, mal à l'aise.

C'était un état d'esprit visiblement partagé, car la petite vietnamienne, qui se tenait à côté d'eux, avait fait un pas pour s'écarter du couple et évitait de les regarder. Elle toussota afin d'attirer l'attention, espérant mettre fin à la prochaine scène d'un mauvais film pornographique.

- Beaumont et moi sommes ensemble depuis quatre ans…

- Mais non, Rose, on est ensemble depuis cinq ans, la coupa son compagnon, en prenant un ton infantilisant.

- Peut-être, d'accord, néanmoins…

- Ça fait cinq ans, réitéra-t-il, en l'interrompant à nouveau. J'ai raison.

- Le problème n'est pas là! s'écria-t-elle, agacée. Le problème, c'est que ça fait plusieurs années qu'on est ensemble et que notre couple va mal!

- C'est dans ta tête, ça…, soupira Beaumont.

- Dans ma tête ?! répéta la jeune femme, outrée. C'est aussi dans ma tête qu'on se soit séparé plusieurs fois depuis qu'on est ensemble?

- Mais oui, ce sont des broutilles, ce que tu me reproches. De toute façon, tu vois des problèmes partout où il n'y en a pas!

- Je vois des problèmes…

- Et, on n'en serait pas là si tu acceptais de me faire une fellation de temps en temps, la coupa, encore, Beaumont. Tu es frigide et…

- Et, si tu la laissais parler au lieu de l'interrompre? réagit soudainement Hux, agressif.

Surpris et, un peu, choqués, tous les regards convergèrent vers lui – sauf, Rose, qui furieuse, fixait toujours son compagnon comme si elle s'apprêtait à lui dévisser la tête du reste de son corps. Rey plissa des yeux, mais resta toutefois silencieuse. Beaumont, quant à lui, ressemblait à un petit chihuahua sur le point d'attaquer le roux.

- De quoi je me mêle? le provoqua le farfadet. Commence par gérer ta relation avant de me dire quoi faire!

- Moi je n'ai pas besoin de crier sur quelqu'un pour prouver ma masculinité, lâcha Armitage avec arrogance, tout en retroussant les manches de sa chemise noire.

En réaction, Beaumont s'avança vers le roux afin de le frapper. Armitage éclata de rire et fit un geste pour être le premier à frapper. Simultanément, Han et Leia effectuèrent un mouvement afin de l'arrêter – ce crétin n'allait tout de même pas se battre contre le bras droit du chef de la mafia montréalaise! Cependant, ils n'eurent pas à intervenir : Rose s'était mise entre les deux hommes et regardait le roux avec un air farouche, comme si elle cherchait à protéger Beaumont. Hux se calma presque instantanément tandis que son compagnon la poussa et lui dit de se dégager de son chemin, mais les pieds de la vietnamienne restèrent fermement ancrés dans le sol.

- Tu vas te calmer, oui? explosa Rose, en s'adressant à Beaumont. On n'est pas ici pour se battre! On est ici pour travailler sur nous et se donner une dernière chance!

Sans un mot, il lâcha prise et s'éloigna, toujours sur les nerfs. La jeune femme se pinça les lèvres et remercia silencieusement Hux avant de retourner vers son petit-ami. De mauvaise humeur, il croisa les bras tandis que Rose s'excusa à tout le monde pour cet interlude. Beaumont ne semblait pas le moindrement désolé, mais chacun des autres participants dodelina de la tête.

Finalement, les regards se tournèrent vers Han et Leia.

- C'est vous qui devriez partir, leur dit Snap. Vous avez l'air très heureux.

Aussitôt, le sexagénaire secoua la tête plusieurs fois de suite.

- Non, nous, ça va très mal dans notre couple. Ça va tellement mal que tout le monde au travail savait que ça allait mal avant que moi, je le sache.

- On est agents immobiliers, expliqua Leia. Mon mari ne veut rien savoir de la retraite et ne fait que parler du travail. Il parle de condominiums, de studios, de maisons, de bungalows… Du marché, des bulles immobilières… Même en vacances! Il est toujours en train de parler du travail!

- Oui et apparemment, même quand je suis là, je suis pas là, fit Han, en ricanant, comme s'il tournait ce que sa femme lui avait déjà reproché, au ridicule. Ça, apparemment, c'est mon super-pouvoir. Je sais même pas comment je fais ça!

- On est allé dans le Maine, l'été des sept ans de notre fils… Et, j'ai découvert que ça n'avait été que pour me montrer un hôtel à vendre. Il n'a pas été capable de se débrancher cinq minutes pendant les deux semaines qu'on a été là! Cinq misérables minutes!

- C'était un hôtel très important! Tu as été ravie quand on l'a vendue!

Leia secoua la tête, en colère.

- Ce n'est pas la question! Dans tous les cas, ton attitude me donne envie d'aller planter ma pancarte « à vendre » sur un autre terrain!

- Ah oui? C'est nouveau, ça? tiqua Han.

- C'est, peut-être, pour ça que j'aime à ce point prendre le thé! déclara la quinquagénaire, avec un air de défi, en sous-entendant délibérément que son prochain prétendant pourrait être Lando Calrissian.

Et, la pique porta fruit, car le commandant de l'escouade anti-crime organisé sembla être sur le point de sortir véritablement de ses gonds.

- Oui, d'accord, merci, Han et Leia, les interrompit leur fils avant que son père ne songe que ce serait une bonne idée d'appeler le ministre de la Justice pour l'engueuler.

Là-dessus, sa mère conclut que si les participants voulaient qu'ils repartent à Montréal, ils allaient devoir lui passer sur le corps. Après, ce fut la cohue. Chaque couple dénigrait les autres afin de prouver qu'ils avaient leur place. « Vous et vos petits problèmes de sexualité! » lança Rey à Snap et à Karé. « Vous prenez la place d'un couple qui s'aime! » souligna Dopheld à Rose et à Beaumont. Et, ainsi de suite. La tension était si forte, que certains se poussèrent, s'insultèrent et se crièrent après.

DJ ne fit aucun geste, tout de suite, pour les calmer. Lorsque les participants furent à deux doigts de s'engager dans une bataille générale, le psychologue donna plusieurs longs coups de sifflet afin d'attirer leur attention et de les inciter à se modérer – tel un arbitre. Les couples s'éloignèrent lentement et le calme revint, peu à peu.

- Bravo, vous venez de terminer le premier exercice du camps Naboo, leur apprit DJ, avec un grand sourire.

Plusieurs exclamèrent leur mécontentement et leur choc.

- Il s'agissait de la présentation, continua DJ, imperturbable. On a tous appris à se connaître. Je vois que vous voulez tous travailler sur votre couple. Il y a de la place pour tout le monde! Mon assistant, Ben, va vous indiquer votre chambre!

Il leur fit signe de s'avancer vers l'hôtel afin d'y entrer. Avant de franchir le seuil de la bâtisse, l'inspecteur infiltré remit à chacun des couples la clé de leur chambre sur laquelle était inscrite le numéro qui y correspondait.

Encore sous la tension, Hux fut sur le point d'exploser quand Ben prit plus de temps que nécessaire pour donner leur clé à Rey – et que, derrière le rouquin, Beaumont passa un commentaire comme quoi ça prenait du temps pour avancer. Personne ne sut vraiment si c'était Rose, à côté de son compagnon, ou Rey, qui empêcha le bras droit de Palpatine de coller son poing sur la figure de ce fichu farfadet.

- Beau groupe de fuckés, qu'on a là, grommela Han à son fils.

Tous les autres participants, même Leia, s'éloignèrent pour s'installer dans leur chambre. Il ne resta que les deux policiers dans le hall de l'hôtel.

- Je comprends pas pourquoi tu es là, Han, prononça Ben, en toute franchise.

- Je fais mon travail. Je suis ici pour faire parler Rey Palpatine.

- Ça, ça aurait pu être mon travail. Toi et maman, vous avez besoin de vous concentrer sur votre couple. Pourquoi est-ce que tu ne vas pas vous payer une vraie thérapie avant qu'elle demande le divorce? Il me semble que ça serait un peu plus productif!

- C'est ça, pour que je te laisse en tête à tête avec ta chérie?

- Pour la millionième fois, ce n'est pas ma chérie! réagit Ben, entre ses dents.

- Tantôt, à l'autobus, un peu plus et…

- Tu me prends pour qui? Je travaille. J'essaie de l'amadouer! Qu'est-ce que tu t'imagines?

- C'est ça…, se moqua Han.

- Quoi? Tu ne me fais pas confiance? Je suis capable de la faire parler, tout seul! Tu sais, Han, c'est pas la fin du monde de prendre sa retraite et de vouloir se concentrer sur ta relation amoureuse. C'est normal, même.

- Je suis capable de m'occuper de mon couple et de la faire parler!

- C'est ça…, rigola Ben, narquois. J'ai bien hâte de voir ça.

Avant que son père ait l'idée d'argumenter et qu'ils s'enfoncent dans une dispute sans fin, comme à leur habitude, l'inspecteur s'éloigna vers sa chambre.

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L'intérieur de l'hôtel était aussi minable que le laissait présager l'extérieur. Par chance, Leia ne trouva aucune trace de moisissure dans leur chambre – ni de rats, de punaises de lits ou d'autres bestioles possibles. Elle en était à vérifier l'état des draps quand Han ouvrit la porte de la pièce et déposa, sans délicatesse, sa valise sur le sol. Elle ne lui adressa pas la parole, préférant se concentrer sur le coton blanc qui recouvrait le matelas. Au moins, c'était suffisamment propre pour qu'elle se sente à l'aise de s'y coucher. Cependant, on était loin des chambres d'hôtel à cinq étoiles : le décor ressemblait plutôt à un motel qu'on payait à l'heure afin d'y baiser une prostituée.

Le sexagénaire ouvrit la porte d'une armoire et y trouva des draps supplémentaires. Silencieusement, il s'installa un lit de fortune sur le sofa, à côté du lit.

- Qu'est-ce que tu fais? le questionna Leia, alors qu'elle ouvrait leurs valises pour s'installer.

- Ça va mal dans notre couple, alors je dors sur le divan, grogna Han. C'est ça que le monde fait, non? Je joue mon rôle.

- Un rôle? tiqua la directrice des affaires criminelles.

- Quand même, Leia! On n'est pas obligé d'exagérer nos problèmes pour avoir l'air crédible!

- Je n'exagérais pas pour ton information!

- Bon, c'est ça. Donc, tu voulais planter ta pancarte ailleurs. En attendant, moi, je la plante ici, lui rétorqua-t-il, en désignant le canapé.

Leia roula des yeux devant l'attitude de son mari, mais l'ignora. Si ça lui faisait plaisir de dormir sur un sofa dont le ressort devait sûrement être brisé… C'est lui qui allait avoir des problèmes de dos, pas elle!

Nostalgique, elle se rappela qu'à une certaine époque, c'était l'opiniâtreté de Han et sa manière de lui tenir toujours tête qui l'avaient, entre autres, séduite. Seulement, à ce moment de leur vie, Han était également attentionné à son égard et faisait tout son possible pour être là pour elle. Il avait même renoncé à commander le démantèlement d'un gros cartel de drogues pour être auprès d'elle, lorsque Leia avait accouché! Venant de Han Solo, ce n'était pas rien. C'était cet homme merveilleux qu'elle voulait retrouver.

Han fit mine de se coucher sur son lit d'infortune et tenta de dissimuler une grimace. Elle roula des yeux et regarda sa montre.

- Tu es vraiment dû pour la retraite, toi, ironisa Leia.

- Pourquoi?

- Il n'est même pas dix-neuf heures.

- …Ah, se contenta de répondre mollement Han.

- Tu viens? On a rendez-vous avez Ben pour faire le point.

Le sexagénaire pinça ses lèvres et se releva difficilement du sofa, vu son âge avancé. Leia s'approcha, mais il fit un geste pour la repousser. Il était de nature orgueilleuse : hors de question qu'il reçoive de l'aide de quiconque.

- Il est hors de question que tu passes la nuit là-dessus! Tu ne seras pas capable de marcher, demain!

Simplement pour lui prouver qu'elle avait tort, Han aurait été bien tenté de l'ignorer. Cependant, il décida d'écouter la voix de la raison et hocha lentement de la tête. Puis, il la regarda, gravement.

- Tu sais… Leia…, commença-t-il. Je t'aime. Tu le sais, ça, hein?

Oui, je le sais, articula-t-elle, avec un petit sourire. Mais ça fait du bien l'entendre.

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Deux jours avant le début de la thérapie, les policiers avaient installés des caméras et des micros dans toutes les pièces de l'hôtel ainsi qu'à l'extérieur afin de s'assurer d'avoir, en main, toutes les preuves possibles s'il mettait Rey – ou Armitage Hux – en état d'arrestation. Ils avaient barricadé l'une des chambres du bâtiment afin d'en faire leur quartier général et d'observer tout ce qui s'y passait. Sur un grand bureau, on avait installé six écrans d'ordinateurs qui montraient, en temps réel, les caméras de surveillance. Aux grands maux, les grands remèdes, continuaient-ils de répéter. Ils n'avaient pas le choix d'outre-passer la vie privée des couples, s'ils voulaient enfin obtenir quelque chose pour coincer Palpatine.

Ben était déjà installé devant les écrans, assis derrière l'unique clavier, et composa une série de chiffres afin d'avoir seulement accès à la chambre des deux mafiosos. Son père et sa mère vinrent s'asseoir à côté de lui et firent un mouvement de tête à DJ, resté debout derrière eux, qui regardait les écrans avec une curiosité presque malsaine.

- Je veux bien faire la thérapie, Rey, mais j'y arriverai pas si tu es toujours en train de draguer le psy, dit Armitage à l'écran.

Le rouquin était assis sur leur lit, tandis que la jeune femme rangeait leurs vêtements dans la commode. Elle passa un doigt dans l'un des tiroirs pour enlever des vieilles miettes de pain et esquissa une grimace. Les trois policiers, de leur côté, se tournèrent vers DJ.

- De quoi tu parles?

- Tu n'as pas arrêté de lui faire les yeux doux, lui fit remarquer le roux.

Rey le regarda, consternée. Pendant ce temps, derrière les écrans, DJ leur expliqua qu'il pouvait être fréquent qu'un patient ressente de l'attirance pour son psychologue et que ça s'appelait un transfert. Il ajouta brièvement que c'était dû au fait que le patient se sentait écouté et compris – et qu'il associait cela à de l'amour.

- Il a l'air d'un itinérant! s'exclama Rey, qui semblait plus dégoûtée par l'idée d'être attirée par leur psychologue que par les miettes trouvées, trois secondes plus tôt.

Han et Ben étouffèrent un petit ricanement tandis que DJ poussa un soupir de dépit.

- Je ne te parle pas de lui! Je te parle de l'autre! Celui qui ressemble à une peinture de Picasso!

- Oh, fit Rey, en s'arrêtant momentanément.

- Oui, c'est ça, « oh », la parodia Hux. À côté de l'autobus, c'était quoi ça? Et, quand il t'a donné la clé de la chambre? Un peu plus et vous aviez l'air d'être à deux doigts de vous grimper dessus!

- Tu exagères! Il est beau, je te l'accorde. Même que…

- J'avais raison! s'écria le rouquin.

- Mais ça ne veut pas dire que je veux coucher avec lui! s'empressa d'ajouter Rey. C'est juste que c'est… Je sais pas… Disons que c'est un… SILF.

- …Un SILF?

- « Shrink I'd like to fuck.»

- Ha. Ha. Très drôle, bougonna Hux.

Ben gigota sur sa chaise, gêné, alors que ses joues se colorèrent de rouge. Il aurait bien aimé savoir ce qu'elle s'apprêtait à dire avant que son petit-ami l'interrompe. Simplement par curiosité.

Étonnamment, Leia afficha un air de ravissement devant le fait que quelqu'un trouve son fils attirant. Elle chuchota, même, à Han qu'elle aimait bien cette fille. Le sexagénaire, de son côté, tenta de la ramener sur Terre et lui rappela que c'était la petite-fille du chef de la mafia. DJ les interrompit en disant que c'était simplement une question de transfert, là aussi, et que ça ne voulait rien dire.

- De toute manière, tu es mal placé pour me reprocher quoi que ce soit! Tu m'as trompée, je te rappelle! Je pourrais très bien expérimenter toutes les positions du Kâmasûtra avec Ben, si ça me chante. Tu n'aurais pas ton mot à dire!

Le Ben en question eut une soudaine envie d'être englouti par le sol et de disparaître afin d'échapper aux regards de ses parents.

- Je pourrais te demander de filmer, tiens, continua Rey, en minaudant, innocemment, pour le provoquer. Est-ce que t'aimerais ça, mon lapin, me voir en train de me faire culbuter par un beau psychologue? Est-que ça t'exciterait?

Ben déglutit péniblement. Si on lui posait la question, il n'avait aucune envie que ce crétin de roux participe d'une quelconque manière à… Qu'est-ce qui lui prenait? Il n'allait pas se mettre à fantasmer sur leur cible, quand même!

- Est-ce que tu vas en revenir, un jour, du fait que je t'ai trompée avec deux filles? Je te l'ai dit que c'était un écart et que j'étais désolé!

- Il fallait y penser avant! Et, puis, c'était quoi, ce truc avec la petite asiatique?

- La petite asiatique…, répéta Armitage, en se grattant la nuque et tentant d'avoir l'air le plus désinvolte possible. Je ne vois pas de quoi tu parles.

- Tu avais l'air d'un rottweiler enragé! C'est quoi, elle te plait?

- Rey…, dit-il en s'approchant d'elle, pour l'embrasser dans le cou.

- Je t'ai jamais vu réagir comme ça! fit la jeune femme, en le repoussant. Son copain est horrible, on est d'accord! Il mériterait la lapidation ou la guillotine, mais tout de même!

- Oh, arrête…

- Est-ce que tu vas faire un trip à trois avec elle, aussi? se moqua Rey.

- Tu me parles de Rose uniquement pour éviter de parler de ce fichu Skywalker!

- Tu agis comme un enfant, Armitage! Ce n'est pas une thérapie de couple que j'ai besoin, apparemment! Je devrais simplement aller discuter avec les deux papas burn-out pour avoir leurs conseils, ça devrait suffire!

Leur dispute s'éternisa pendant, encore un petit moment, jusqu'à ce que Rey décrète qu'elle avait besoin de prendre l'air et sortit de la chambre en claquant brutalement la porte. Han et Leia conclurent qu'ils n'en sauraient pas plus, ce soir, et parlèrent de la journée de demain. Ben, lui, continuait de fixer la brunette à travers les écrans, sidéré.

Cela pouvait-il être possible que le transfert puisse être… Comment dire? Partagé?


Primo : je tiens à dire que tous les problèmes de couple sont valables (tout comme les problèmes personnels, également) et que ce chapitre, bien qu'il ait une note humoristique, ne cherche pas à les ridiculiser. Bien au contraire! Je tiens, aussi, à spécifier que la relation Rose/Beaumont comporte beaucoup de masculinité toxique et de violence psychologique. Je tiens à dire que si c'est le cas de qui que ce soit, il est primordial d'aller chercher de l'aide afin d'être en sécurité.

Deuzio : l'exercice de DJ (les présentations) est un exercice assez commun dans des thérapies de groupe. Quoi que celui-là joue beaucoup avec les nerfs de nos participants (et avec raison) hahaha!

J'espère que vous avez aimé nos couples et toute cette question de transfert hihihi!