Chapitre 4 : Bienvenue au Camp Naboo

Au repas du soir, Rey brilla par son absence à la grande table de la salle à manger. Hux demanda aux autres de l'excuser et expliqua que sa copine ne se sentait pas très bien. Il précisa, avec des yeux accusateurs rivés sur Ben, qu'elle était un peu malade car leur « cher chauffeur » les avait trop secoués durant le trajet et que sa conduite laissait cruellement à désirer.

L'inspecteur infiltré se fit violence pour ne pas lui jeter un regard noir. Sa mère lui donna discrètement un coup de coude pour l'encourager. « Ce ne serait pas très psychologue de réagir ainsi », lui rappelèrent ses yeux. Le reste du repas se déroula… Se déroula. La salade californienne au poulet qu'ils dégustèrent regorgeait de mayonnaise. À croire qu'il s'agissait plus de mayonnaise à la salade de poulet qu'autre chose. Mais le pire demeurait les couples qui mangeaient.

À l'autre bout de la table, Poe tapait sur l'épaule de Finn à chaque fois que ce dernier regardait son téléphone. Ce qui arrivait très souvent. Passant plus de temps à vérifier ses textos d'un air anxieux qu'à finir son assiette, l'afro-canadien n'avait toujours pas avalé la moitié de sa salade quand les autres passèrent au dessert.

Il y avait aussi Rose et Beaumont qui se prenaient la tête pour tout et n'importe quoi. Principalement parce que l'homme n'arrêtait pas de reprocher à sa conjointe qu'elle mettait trop de sel, qu'elle ne devrait pas se resservir, que ce n'était pas surprenant qu'elle soit « si grosse » vu comment elle se goinfrait…

Cette fois, Rose s'emporta et DJ dut les sortir pour les aider à se calmer. Ben crut aussi voir que Hux se crispait autant que la petite Vietnamienne à chacune de ces remarques désobligeantes. Avant que le psychologue ne s'en occupe, le rouquin semblait être prêt à sauter à la gorge de Beaumont pour défendre la pauvre Rose. Étonnant de la part d'un mafieux… Peut-être que Rey avait raison et que cette fille lui plaisait. La thérapie du couple de criminels commençait bien…

Sinon, Mitaka sursautait à chaque fois que Phasma se penchait vers lui ou lui parlait de manière un peu trop ferme et Snap et Karé se touchaient, le plus discrètement possible, sous la table en essayant de retenir leurs gémissements et soupirs. Ben se frotta le visage pour cacher son expression découragée et dut donner raison à son père. Ils avaient affaire à une belle bande de tarés. La semaine serait longue.

Après le repas, DJ invita tout le monde à aller se coucher car ils se lèveraient très tôt le lendemain matin pour une randonnée dans la montagne, au sommet de laquelle se déroulerait le prochain exercice. Avant de se rendre à sa chambre, Ben passa par le petit quartier général que lui et ses parents s'étaient improvisé. Mais sur les caméras, il ne trouva Rey nulle part. Elle n'était pas pliée de douleur dans son lit avec un mal de ventre et une migraine comme Hux le prétendait.

Où était-elle? Aux toilettes, peut-être? À entendre son petit-ami exagérer son mal-être à cause de la mauvaise conduite de Ben, il pourrait être possible qu'elle y soit depuis des heures. Mais l'inspecteur ne croyait pas un mot des propos du rouquin. Non, cela cachait quelque chose. Est-ce Rey s'était éclipsée en douce en dehors du terrain de l'hôtel? Pour des affaires maffieuses?

Désireux de résoudre cela seul, Ben n'en parla pas à ses parents. Qu'ils s'occupent donc de leurs problèmes de couple et se reposent pour leur grosse journée de demain. Cependant, il eut beau faire le tour de l'hôtel pour vérifier dans les endroits les plus insolites, il ne trouva pas Rey. Et apparemment, Hux n'était pas inquiet de sa disparition.

Cela devait forcément avoir un lien avec la mafia. Mais la nuit tombait. Autrement dit, Ben ne pouvait pas simplement sortir de l'hôtel et fouiller les bois pour retrouver leur cible. Comme il commençait à être fatigué, l'inspecteur grogna et se résolut à retourner dans sa chambre.

Hors de question de quérir de l'aide auprès de ses parents. Il n'avait plus qu'à espérer que Rey soit bien coincée aux toilettes ou qu'il dénicherait des indices sur sa mystérieuse escapade lorsqu'elle réapparaitrait comme si de rien n'était le lendemain.

La chambre du « psychologue » possédait un lit simple, un peu triste, et une moquette qui s'usait. Ben poussa un profond soupir. Il tira sur le polo vert qui lui servait d'uniforme pour se déshabiller. DJ en possédait un semblable, avec le même symbole de cœur au-dessus d'un lac et d'une forêt avec l'inscription « Camp Naboo ». Un accoutrement assez ridicule qui lui démangeait la peau, qui plus est. Que ne fallait-il pas faire pour s'infiltrer?

Ben s'apprêtait à enlever son jogging noir quand il fut surpris par un bruit à l'extérieur de sa chambre. Il était bientôt vingt-deux heures. Qui s'amuserait à se promener dans les couloirs si tard, et ce, dans le noir complet? Pour preuve, le jeune homme ne voyait pas la moindre lumière sous le pas de sa porte. Il décida d'aller vérifier.

Récupérant silencieusement son Glock 17 sous le matelas de son lit, Ben ne prit pas le temps de réenfiler son uniforme désagréable à porter pour sortir de sa chambre à pas de loups. Ses yeux s'habituèrent peu à peu à la pénombre. Il avança prudemment dans le couloir, son arme dans son dos. S'il tombait par mégarde sur quelqu'un d'autre que les mafiosos, il n'aurait qu'à prétexter une envie de fumer sur la terrasse ou de se chercher un morceau de pain dans la cuisine.

Au bout de quelques instants, Ben tourna le coin du mur et sursauta en reconnaissant la silhouette de Rey. Elle étouffa un petit cri, tout aussi surprise que lui. Reprenant ses esprits, l'inspecteur cacha son Glock 17 dans son jogging, derrière son dos, et alluma l'interrupteur du couloir. Les yeux de Rey s'arrondirent et elle blêmit quand elle réalisa qu'il était torse nu.

- Oh! C'est toi, soupira-t-elle en baissant les yeux. Bonsoir… Hum… Tu m'as fait peur. Qu'est-ce que tu fais ici?

- Je… Je pourrais te retourner la question, articula Ben.

La jeune femme se massa la nuque, embarrassée. L'inspecteur infiltré s'empourpra aussi quand il se rappela qu'il ne portait plus son uniforme et se rendit compte que Rey avait du mal à ne pas regarder ses larges pectoraux. Il ressentit presque le besoin de se cacher la poitrine comme une fille pudique, mais n'en fit rien. De son côté, Rey finit par admettre à voix basse :

- Oui, c'est vrai. Désolée d'avoir manqué le repas. Mais Armitage me rend folle, parfois. Il fallait que je sorte prendre un peu l'air pour me calmer. Je voulais attendre qu'il soit endormi avant de retourner dans ma chambre. Sinon, je sentais qu'il allait encore m'énerver.

Elle expliqua également qu'elle avait vu le menu du soir inscrit à l'entrée de la salle à mange – une salade californienne au poulet avec de la mayonnaise – et qu'à tous les coups, son copain lui aurait fait un commentaire sur « sa cuisine désastreuse », pour le citer.

- Il m'aurait dit : « Tu vois, cet hôtel laisse à désirer, mais au moins, leur cuisine et leur mayonnaise ne sont pas aussi infectes que les tiennes. » Ce râleur me répète toujours que ce que je prépare immangeable, surtout ma mayonnaise… Parce que oui, tu savais que je fabrique ma propre mayonnaise? ajouta-t-elle ensuite avec un ton empli de fierté.

- Oui, bien sûr.

À ces mots, Rey fronça les sourcils, confuse. Ben se frappa intérieurement le front. Déstabilisé par la situation, il n'avait pas réfléchi. Quel idiot! Autant lui dire qu'il le savait car cela faisait déjà un bon moment qu'il l'espionnait au quotidien!

- Euh, je veux dire…, bafouilla-t-il en essayant de se rattraper. H… Armitage nous l'a raconté tout à l'heure.

Cette réponse convint à la jeune femme. Elle hocha la tête d'un air découragé.

- Je savais qu'il ferait une remarque du genre. Heureusement que je n'étais pas là. Je l'aurais étripé.

- Mais bref, je te comprends parfaitement, se ressaisit Ben, reprenant son rôle de psychologue responsable de chacune des personnes inscrites à la thérapie. En revanche, tu ne devrais pas sortir de l'hôtel comme ça, le soir. On est perdus au beau milieu de la forêt et… ça pourrait être dangereux de partir toute seule dans le noir. S'il t'arrivait quelque chose…

- Pourquoi? Il y a des ours, dans le coin? s'inquiéta la jeune femme.

Le policier sous couverture se pinça les lèvres. Il n'en avait pas la moindre idée et ne connaissait pas du tout le terrain. En fait, Rey semblait sincère avec son excuse de balade à l'extérieur pour prendre l'air, irritée par son copain. Ben espérait qu'elle n'ait pas disparu pour rencontrer un des larbins de son grand-père dans la forêt pour une quelconque manigance entre mafiosos. Enfin, c'était tout de même mieux pour elle que de se trouver sans défense face à un ours en rogne.

- Euh… Je suppose, oui, marmonna-t-il. Comme il doit y avoir des orignaux et des castors et…

Rey acquiesça.

- Oh… Bon, oui, pardon, tu as raison. J'éviterai de disparaître comme ça la prochaine fois, alors.

- La prochaine fois, tu pourras venir me voir à la place, si tu as besoin de parler, renchérit l'inspecteur, content de trouver la parfaite excuse pour essayer de la cuisiner à l'avenir. Enfin, moi ou DJ, bien sûr. Je… Nous sommes là pour ça. Donc, nous pouvons aussi avoir une petite séance en privé, si ça peut t'aider à aller mieux.

- Une petite séance en privé…, répéta la petite-fille du chef de la mafia en l'observant longuement.

Se rappelant tout ce qu'elle avait dit à son sujet dans sa chambre plus tôt, Ben rougit soudain. Peut-être que Rey était en train de se faire des idées à cause de son « transfert »… Mais non, lui songeait bien à une séance dans le plus grand des professionnalismes. Que ce soit en tant que psychologue ou en tant que policier. Évidemment.

- Eh bien, merci. J'y penserai.

- Bon… Bonne nuit! s'empressa de dire Ben avant qu'elle ne remarque son malaise.

Il s'apprêtait à s'en aller, mais elle le retint.

- Oh, attends!

De toute façon, le policier sous couverture ne pouvait pas se retourner sans qu'elle n'aperçoive son revolver, toujours coincé dans son dos. Il ravala sa salive.

- Oui?

Un peu gênée, Rey se mordit la lèvre et replaça une de ses mèches brunes derrières son oreille.

- Désolée, mais je ne peux pas m'empêcher d'avoir des yeux et… Je veux dire, c'est tellement massif que c'est difficile de louper ça et… Wow.

Comme elle désignait son torse d'un geste vague, le jeune homme sentit ses joues chauffer.

- Je… Je ne m'attendais pas à ce qu'un psy soit… taillé comme ça. On dirait du Photoshop! Tu fais beaucoup de muscu?

En effet, l'inspecteur infiltré était fort bien bâti et plutôt musclé. Mais pour lui, la question de Rey était ridicule tant la réponse était évidente. Il fallait bien qu'il passe de longues heures à la salle de sport du commissariat pour être capable de courser un criminel à travers tout Montréal en grimpant sur des grillages dans des chantiers de construction!

- Moi? Euh… Oui, évidemment. Profession oblige…

- Ta profession? demanda la brunette en arquant un sourcil. Eh bien, la vie de psychologue doit être remplie de dangers insoupçonnés, dans ce cas!

Réalisant son erreur, Ben voulut se cogner la tête contre le mur à plusieurs reprises. Il était supposé être un psychologue dans une thérapie de couple, pas un policier de l'escouade anti-crime organisé du SVPM! Bon sang, les missions d'infiltration n'avaient pourtant jamais été un problème pour lui, auparavant. Pourquoi perdrait-il maintenant tous ses moyens? Il toussota et essaya de se rattraper, encore une fois.

- Euh… Je veux dire… Oui? Il faut bien avoir de quoi se battre contre un ours quand une des participantes de la thérapie conjugale s'éloigne trop de l'hôtel la nuit, non?

Sa remarque fit rire la jeune femme. Et Ben se rendit compte, les joues rouges, qu'elle possédait le plus beau des sourires. Quel dommage qu'elle soit la petite-fille du chef de la mafia, trempant au grand complet dans les affaires macabres et criminelles de son grand-père…

- Mais oui, j'imagine, gloussa-t-elle. Allez. Bonne nuit, monsieur le psy.

Elle lui offrit un dernier sourire amusé et partit enfin en direction de sa chambre. Ben resta debout comme un imbécile au beau milieu du couloir, toujours cramoisi et à moitié nu. Au moins, il avait pu établir le début d'un lien avec leur cible. Mais pendant une fraction de seconde, il l'avait cru entendre dire : « Bonne nuit, monsieur le SILF ».

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Tôt le lendemain matin, le groupe, habillé pour l'occasion, partit pour une randonnée dans la montagne, guidé par DJ. Suivant un sentier en terre battue, ils grimpèrent, enjambant les rochers et les racines des arbres qui sortaient de terre, sautant par-dessus les petits ruisseaux et admirant le paysage du Parc régional Val-David-Val-Morin. Au loin, le lac semblait briller sous les rayons du soleil levant. Le ciel prenait encore une légère teinte rosée et orangée.

L'ascension se déroula plutôt bien, dans l'ensemble. Certains se trouvèrent vite éreintés, cependant. À un cours d'eau, les deux berges semblaient un peu trop éloignées pour pouvoir sauter par-dessus, comme les autres, et les pierres qui émergeaient du courant avaient l'air glissantes. Ben étant le seul à porter des bottes étanches, il proposa de se placer au milieu du ruisseau, ne craignant pas de se mouiller les pieds, afin d'aider les autres à traverser.

Mais Hux, toujours aussi possessif, n'apprécia pas le moment où l'assistant du psychologue prit sa copine par la main pour lui faire franchir l'obstacle sans encombre. Les deux s'attardèrent un peu trop à son goût. Aussi, la jeune femme glissa soudain sur une des pierres et Ben la réceptionna de justesse en l'agrippant par les hanches.

Elle frémit et les deux se regardèrent un bref instant. C'était la seconde fois qu'il lui évitait une chute malencontreuse. Le petit sourire de gratitude que Rey fit à l'égard de son « sauveur » irrita le rouquin. Il lui sembla même que les yeux hébétés de Ben lorgnèrent une seconde sur le splendide fessier de sa petite-amie, comme elle finissait de traverser et s'éloignait pour rejoindre les autres. Renfrogné, il refusa l'aide du policier infiltré quand son tour vint et essaya de sauter le ruisseau par lui-même.

Cependant, il ne fit que perdre l'équilibre et tomber dans l'eau. Quelques rires s'étouffèrent. Rose demanda au rouquin s'il allait bien. Rey gloussa que de toute façon, il avait besoin d'un bain. Voyant que le bras-droit du chef de la mafia allait faire un ragoût irlandais avec les entrailles de son fils s'il n'intervenait pas, Han se précipita pour l'aider à se relever.

- C'est bon, papy, je n'ai pas besoin de votre aide! grommela Armitage.

Le sexagénaire fronça les sourcils. Papy? Avant qu'il ne s'énerve, sa femme le prit par le bras et l'incita à continuer la montée. Ce petit incident passé, le groupe atteignit enfin une plate-forme au sommet du mont. La vue était absolument magnifique. Il faisait doux pour le mois de mai, mais le soleil les réchauffait déjà.

DJ invita les participants de la thérapie à s'assoir sur des rondins de bois installés et leur présenta deux pancartes qu'il avait lui-même plantées. Sur l'une d'elles se trouvait une image de statue masculine, sur l'autre, celle d'une statue féminine. Le psychologue expliqua que le prochain exercice s'intitulait « Les sculptures vivantes ». Cela constituait à « sculpter » son partenaire en lui faisant prendre une position qui le ou la représentait.

- Imaginons que Ben est mon conjoint, poursuivit DJ en désignant son assistant. Par exemple, je trouve qu'il n'est jamais content alors je lui fais prendre devant vous une pose comme celle-là.

Suivant les directives du psychologue, l'inspecteur infiltré croisa les bras sur sa poitrine et afficha un air grincheux. Rey étouffa un rire désabusé et souffla discrètement à Rose que cela pouvait représenter leurs deux petits-amis. Sa voisine de rondin de bois esquissa un sourire pincé pour toute réponse.

L'exercice commença alors. Chaque couple eut d'abord quelques minutes pour réfléchir et se parler. Puis, tour à tour, les participants durent présenter leur « statue » devant les autres en expliquant pourquoi ils voyaient leur partenaire ainsi. Mitaka fut le premier à passer. À sa demande, Phasma croisa ses bras en forme de X devant son cœur.

- C'est parce qu'elle refuse de me témoigner de l'amour, raconta-t-il.

Puis, ce fut au tour de sa compagne, qui le fit se recroqueviller en petite boule, accroupi au sol. Pour elle, Mitaka se rétractait à chaque fois qu'elle s'approchait de lui, lui parlait ou essayait de le toucher. Comme s'il avait peur d'elle. Et cela la peinait grandement, car avant, il aimait qu'elle le domine et en redemandait.

Ensuite, le couple homosexuel se présenta à son tour devant les autres. Finn dut prendre un air stressé, le dos courbé et les yeux rivés sur son téléphone. Une position que le reste des participants reconnaissait déjà très bien. Poe expliqua que son partenaire était toujours anxieux pour leur fille, à la limite de la paranoïa, et que le soir de la Saint-Valentin – leur première soirée en amoureux depuis des lustres – il l'avait même abandonné au restaurant car il ne faisait pas confiance à leur baby-sitter.

Finn, quant à lui, demanda à son copain de poser avec les poings sur les hanches, la tête haute et le regard fier, comme un super-héros. Il présenta Poe comme le conjoint et le parent parfait. Tout le monde l'adorait et leur petite Déolie cessait toujours de pleurer dans ses bras. Après tout, il avait déjà eu un garçon, Bénédicte, avec son ex-femme, Zorii, et avait plus d'expérience que lui dans le domaine des enfants. Finn souffrait d'un sentiment d'infériorité à ses côtés.

- Wow… Ça fait du bien de l'exprimer comme ça, soupira le jeune homme.

- Tu ne m'en avais jamais parlé avant, balbutia enfin Poe. Enfin, Finn, c'est ton premier enfant! Et tu es le père le plus merveilleux du monde! Tu es bien plus présent pour Déolie que moi pour Bébé!

Il dit ces derniers mots avec une pointe de culpabilité. Finn le regarda avec des yeux de labrador.

- Tu penses?

- Oui! Tu es patient, attentionné et tu sais très bien gérer ses crises de pleurs! Elle t'adore et te sourit tout le temps! Je… Je suis vraiment désolé que tu te sentes comme ça, lui murmura Poe, les yeux embués. Je t'aime.

Ému, son conjoint ravala sa salive, se pinça les lèvres et lui souffla un « Moi aussi ». Leia sourit. Ils étaient mignons. Elle aussi était passée par la même chose qu'eux en tant que mère et les comprenait parfaitement. Difficile de s'occuper d'un enfant tout en gérant les affaires criminelles montréalaises alors que le père devenait de moins en moins présent à la maison.

Quand la quinquagénaire dut présenter la statue de son mari, elle désigna… le vide. Han se trouvait caché un peu plus bas, parmi les fleurs du plateau de la montagne.

- C'est comme ça que je le vois, expliqua Leia. Ou plutôt, non, justement, je ne le vois pas. En fait, c'est l'Homme Invisible, depuis un bon moment. Parce que même quand il…

- Parce que même quand je suis là, je ne suis pas là, s'exaspéra le sexagénaire en sortant de sa cachette. Oui, je pense qu'on a compris!

- Hé! Une statue ne parle pas, chéri!

- Je suis une sculpture vivante! Alors, je parle si je veux!

Ils recommencèrent à se prendre la tête et Ben dut intervenir pour les calmer et les inciter à continuer l'exercice dans la joie et la bonne humeur. Enfin… Autant que possible avec eux. De son côté, Han demanda à Leia de se tenir comme une impératrice, le regard hautain, et de poser ses mains sur sa tête comme s'il s'agissait d'une couronne.

- Je vous présente… la princesse Leia! déclara le sexagénaire. Parfaite et irréprochable. C'est simple, avec elle, on ne peut jamais rien dire et tout ce qu'on fait n'est jamais assez pour elle.

Agacée, sa femme leva les yeux au ciel et lui tendit son majeur. Devant son doigt d'honneur, Han s'insurgea :

- Hé! Une statue ne fait pas de fuck you, chérie!

- Oui, mais la sculpture vivante de la princesse Leia, elle t'emmerde, rétorqua-t-elle avec amertume. Bien profond.

Ben eut du mal à étouffer son rire.

- Moi, je ne vous montre pas comment je vois Beaumont, dit ensuite Rose, passant juste après le vieux couple. Mais comment j'aimerais le voir.

Son conjoint se plaquait simplement les mains sur la bouche avec un air grognon.

- Voilà. Monsieur ne ferme jamais sa grande gueule. « Bla, bla, je suis prof d'histoire, j'ai une immense culture, bla, bla, je sais tout mieux que tout le monde, bla, bla, tu ne devrais pas manger ça, chérie, bla, bla… », imita la jeune femme avec une voix niaise. Vous voyez, je crois que j'aurais un orgasme juste avec une seule minute de silence complet!

Quant à lui, Beaumont fit prendre à Rose une pose assez complexe. Elle devait tenir en équilibre sur une jambe, l'autre levée dans les airs en sorte d'arabesque, et agiter les mains comme si elle avait des ailes.

- Pour moi, Rose, c'est… ça.

- Intéressant, intéressant, l'encouragea DJ en se frottant le menton. Mais qu'est-ce ça représente?

- Aucune idée, ricana Beaumont. Elle est beaucoup trop difficile pour que je puisse la comprendre. En gros, elle se complique beaucoup trop la vie pour rien, fait des montagnes à partir de pas grand-chose et même si on veut croire qu'elle est équilibrée…

Il la poussa d'une main pour toute conclusion et Rose étouffa un cri en tombant dans l'herbe. Beaumont rit, sa copine lui donna un coup de pied dans le tibia pour se venger et Armitage se tendit. Rey le remarqua et cela lui donna une idée.

- Alors, pour moi, la statue d'Armitage, c'est l'image qui hante mes nuits et que je n'arrive pas à effacer de mon esprit, expliqua la brunette avec un sourire crispé lorsque son tour vint.

Près d'elle, Hux tenait sous ses bras Karé et Rose, malaxant un de leurs seins dans chaque main, et devait mimer une expression de jouissance. Ses joues s'empourpraient de honte et il fermait très fort les yeux pour ne pas voir les regards de reproche des autres participants, surtout Beaumont qui n'appréciait pas qu'il touche sa conjointe de la sorte.

De son côté, Rose rougissait tout autant, troublée, et espérait comme le rouquin que la présentation de la statue s'achèverait vite. En revanche, cela ne dérangeait pas du tout Karé. Cette dernière termina l'exercice avec Snap. À sa demande, son copain se pencha, ferma les yeux et porta ses mains devant lui, comme s'il tenait une femme nue contre lui et lui pétrissait la poitrine.

- Ce n'est pas comment je vois Snap… mais comment je le sens, avoua Karé.

Sur ces mots, elle se glissa dans ses bras, dos à lui. Il lui agrippa aussitôt les seins et lui dévora le cou alors qu'elle se frottait sur son entrejambe. Ils gémirent et les autres les regardèrent avec des yeux ronds, extrêmement mal à l'aise. À l'exception de Phasma qui trouvait cela tout de même divertissant tant ce début de copulation était ridicule. Elle souffla même un « Au moins, eux, ils n'ont pas peur de baiser » à son Dopheld. L'entendant, Snap leva la tête et demanda :

- Hum… Voulez-vous qu'on le fasse devant vous? Nous, ça ne nous dérange pas, hein. Ce ne serait pas la première fois…

Tous secouèrent la tête en grinçant des dents, sauf Phasma qui haussa les épaules. Le couple prit cela pour un oui.

- Non, non, non! s'alarma aussitôt DJ, qui avait mis un peu de temps à réagir, observant la scène avec… curiosité. C'est bon, ça suffit! On arrête tout!

Comme Karé avait déjà retiré son T-shirt et exhibait sa brassière de sport, qu'elle s'apprêtait également à enlever, le psychologue devint cramoisi et siffla promptement dans son sifflet pour arrêter le couple en chaleur.

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Le second exercice de la journée débuta vers dix heures du matin sur le bord de la rivière du Nord. Quelques kayaks et canots passaient de temps à autres, ne manquant pas de saluer le groupe pour certains. L'eau était encore fraîche, mais quelques participants prirent du plaisir à y glisser leur main pour sentir le courant.

Les deux pancartes plantées sur la berge, placées par DJ, représentaient un homme et une femme des cavernes avec leurs massues. Le psychologue expliqua que pour cet exercice, chaque couple devrait se glisser dans la peau de leurs ancêtres préhistoriques.

Il appelait cela « la reconstitution du jeu de séduction des hommes de Cro-Magnon ». Chacun devait faire ressortir ses instincts primitifs, ne communiquant que par grognements et par gestes, et redécouvrir son partenaire de cette manière.

- Et je rappelle qu'il faut juste se séduire, pas s'accoupler, ajouta DJ à l'égard de Snap et Karé, qui ne comprenaient pas son ton de reproche.

Restant en retrait avec le psychologue, Ben rit dans sa barbe en regardant les autres se comporter comme des singes, se tapoter, se renifler, grogner, rugir, se lécher les joues… En tout cas, ses parents avaient l'air de bien s'amuser. Plus que certains.

Par exemple, Poe, exaspéré par le fait que Finn pianote encore sur son téléphone tout en jouant l'homme des cavernes, le lui prit des mains et le prévint qu'il pourrait le jeter à la rivière. Car les téléphones n'existaient pas durant la Préhistoire. De son côté, Phasma s'approcha de Mitaka en grognant et dès qu'elle le toucha, il gémit comme un petit chien battu et se recroquevilla par terre.

- Bah, voyons! soupira la grande blonde. Je ne vais pas te manger, enfin!

Aussi, lorsque Beaumont se mit à quatre pattes et essaya de renifler le derrière de Rose, elle prit la mouche et se mit à le frapper avec une branche. Son conjoint se tortilla de douleur sur le sol en la traitant de folle et en se plaignant d'être un homme battu. DJ, exaspéré par les deux, se précipita pour intervenir.

Comme Hux regardait Rose au loin, déconcentré, Rey lui attrapa le menton et le força à lui faire face. Puis, pour se venger de son manque d'attention, elle tourna la tête vers Ben, qui observait la scène près d'eux, et émit un « Grrrrrr… » séducteur en sa direction. L'inspecteur infiltré rougit violemment. Rey sourit, toute fière, mais son compagnon grogna de colère et se dirigea vers son « rival ».

Han et Leia surgirent alors pour empêcher le bras-droit du chef de la mafia d'égorger leur fils. Le sexagénaire se plaça devant le rouquin pour lui barrer la route. Leurs yeux se lancèrent des éclairs et les deux hommes commencèrent alors un concours de grognements sauvages et de rugissements bestiaux. Leia rit nerveusement et se tourna vers la brunette.

- Ce n'est pas une très grosse différence de langage par rapport à d'habitude, pas vrai? soupira-t-elle.

- Malheureusement, gloussa Rey avec un air tout aussi découragé. Pourtant, on dit qu'on a évolué depuis la Préhistoire…

Elles s'esclaffèrent ensemble dans leur solidarité féminine.

Amusé par le concept des hommes de Cro-Magnon, Ben demanda à DJ s'il pouvait présenter la seconde partie de l'exercice. D'un coup de sifflet, le psychologue rappela tout son groupe, qui se plaça devant eux, et lui laissa la parole. Ben leur expliqua qu'ils étaient tous des chasseurs-cueilleurs et qu'il leur fallait désormais trouver de quoi se nourrir, mais aussi savoir quoi faire en cas de danger.

- Imaginons qu'un ours des cavernes apparaît soudain, l'air menaçant. Il vous attaque! Qu'est-ce que vous faites pour protéger votre moitié? Mmh?

Alors qu'il imitait un petit grognement Cro-Magnon pour encourager les couples un peu désorientés, Ben aperçut une main levée. Il soupira.

- Oui, Beaumont?

- C'est impossible, ton truc, rétorqua l'homme en croisant les bras. À l'époque de la Préhistoire, il n'y avait pas d'ours des cavernes en Amérique du Nord. C'était une espèce exclusivement européenne.

Perplexe, Ben fronça les sourcils.

- Hein? Euh, mais ça, on s'en fout. C'est juste un détail pour la mise en situation. Et puis, y'a des ours au Canada, non?

- Oui, y'en a, maintenant, précisa Beaumont. Mais pas il y a environ un million d'années. Ce que tu nous proposes est anachronique. À la limite, si on était attaqués par un smilodon…

- Un quoi?

- Alors, le terme « tigre à dents de sabre » est plus connu, mais en fait…

L'historien se mit à démontrer l'étendue de son savoir en parlant d'animaux préhistoriques, de détroit de Béring, d'ère glaciaire… Bien vite, tout le monde comprit pourquoi Rose rêvait que ce véritable moulin à paroles moralisateur se taise ne serait-ce qu'une minute. Comme les autres, Ben l'écoutait d'une oreille distraite, commençant à perdre patience. Et soudain, ses yeux s'arrondirent comme des soucoupes.

- Y'a un ours.

- Non, non, arrête avec ton ours, s'exaspéra Beaumont. Je te dis que c'est un anachronisme!

- Mais ta gueule avec ça! s'écria Ben en pointant quelque chose dans leur dos. Y'a un vrai ours maintenant, là! Derrière vous!

Pensant qu'il essayait de leur faire peur, le conjoint de Rose leva les yeux au ciel.

- C'est ça…

- Je ne plaisante pas! Y'a… Y'a un… Y'a un fucking ours, merde!

Cette fois, les autres, confus, se tournèrent enfin et réalisèrent avec effroi que Ben ne mentait pas. Un gros ours noir sortait de l'orée de la forêt et s'approchait bel et bien d'eux. Quand il se leva sur ses pattes arrière en grognant, tous crièrent de stupeur.

Beaumont fut le premier à décamper et bouscula violemment DJ dans sa fuite. Bien vite, la moitié du groupe l'imita et il ne resta plus que les femmes, effrayées, face à la bête. Elles regardaient leurs hommes les abandonner avec lâcheté. Elles étaient restées car Rose leur répétait qu'il ne fallait jamais courir devant un ours au risque de l'énerver.

- Bon, écoutez, leur dit la petite Vietnamienne en inspirant profondément. Pour l'instant, il est calme. Quand il se met sur deux pattes, c'est impressionnant, mais pas du tout dangereux. Il prend seulement des informations visuelles et olfactives. On doit lui faire peur en se montrant plus gros et plus bruyant que lui. Faites comme moi!

Sur ces mots, elle leva les bras, les agita au-dessus de sa tête pour se faire plus grande et cria d'un air menaçant à l'égard de l'ours. Rey, Phasma, Karé et Leia firent de même. Elles rugirent, grognèrent, hurlèrent et agitèrent leurs mains comme si elles possédaient des griffes. L'animal recula puis repartit dans la forêt comme il était venu.

Les femmes poussèrent un cri de victoire et toutes applaudirent leur héroïne avant de la serrer dans leurs bras. Rose fut flattée par tant de reconnaissance. Puis, elles regardèrent leurs hommes revenir, la queue entre les jambes, avec un air taquin. Beaumont était peut-être un expert en ours des cavernes préhistoriques, mais Rose savait bien mieux que lui ce qu'il fallait faire face à un ours du présent.

Comme les unes félicitaient la jeune femme tout en se moquant des autres qui tentaient de se justifier, piqués à l'égo, personne ne se souciait vraiment de DJ. Le pauvre grimaçait de douleur et se frottait le bas des reins. Il avait fait une mauvaise chute à cause de Beaumont.

Ben se massa la nuque, embarrassé, et n'osa pas soutenir le regard triomphant de Rey. Hier soir, il avait peut-être un peu frimé avec ses muscles en bafouillant qu'il pouvait la protéger des ours. Mais finalement, il s'était stupidement enfui comme les autres et c'était Rose, du haut de ses 1m57, qui les avait tous sauvés.

- Tu es notre sauveuse, renchérit Finn, malgré sa honte, en la prenant dans ses bras. Bravo!

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Et les éloges envers la petite asiatique ne se tarirent pas au repas du midi. Rey proposa un toast en l'honneur de Rose et tous trinquèrent à sa santé. Mitaka, soulagé que tout le monde s'en soit sorti indemne, fit soudain un câlin à Phasma et déclara que même s'il craignait un peu sa conjointe, elle était sa protectrice. Certains, comme la grande blonde, le trouvèrent mignon, d'autres haussèrent les sourcils.

- En tout cas, félicitations, messieurs! railla Leia en sirotant son verre. Dire qu'à une époque, on comptait sur nos hommes pour qu'ils nous protègent… Maintenant, on est mieux de se débrouiller toutes seules.

- Non, mais ça, c'est parce que vous avez détruit nos instincts primitifs, rétorqua Han en soupirant. Vous vouliez des hommes tendres, respectueux, sensibles et voilà le résultat…

Il disait ça sous le ton de la blague, mais cela ne fit pas rire sa femme, qui lui jeta un regard noir.

- C'est sûr qu'on s'y perd maintenant, marmonna Beaumont. C'est comme au lit, faut être à la fois sauvage et doux avec les filles, c'est n'importe quoi…

Puis, levant les yeux vers Finn et Poe, il se rappela qu'il n'y avait pas que des couples hétérosexuels à la table. Suivant son regard, Hux demanda par curiosité :

- En fait, vous, vous faites comment, les gars? Ça doit être plus simple, entre hommes, non?

- On fait comment…, répéta Finn en plissant le nez. Quoi, tu veux qu'on te montre?

- Pourquoi pas? sourirent Karé et Snap.

Le couple d'hommes leva les yeux au ciel.

- Bah, de toute façon, depuis qu'on a notre bébé, on ne baise plus, soupira Poe. C'était pareil avec mon ex-femme, remarque. Enfin, avec Zorii, c'était parce qu'on s'est rendu compte juste après qu'on était tous les deux gays, alors, forcément… Là, c'était compréhensible. Finn, je ne comprends toujours pas pourquoi il n'aime plus mon pénis…

À ces mots, son conjoint brunit. Un silence de malaise s'installa.

- Mais… Mais je l'aime, ton pénis, c'est juste que… Bah, je ne veux pas qu'on fasse ça alors que la petite dort à côté, ça va lui faire peur.

- Il n'y a pas que ça. J'ai l'impression que ta libido s'est complètement endormie, argua Poe. Mais ne t'en fais pas, mon amour. Mon pénis t'aime aussi et il est patient. Comme un moine tibétain. Il va attendre que ton désir pour lui se rallume.

- Ok, arrêtez de parler de pénis pendant qu'on mange, s'il vous plaît, grimaça Rey en reposant sa saucisse dans son assiette avec dégoût. De toute façon, ça fait longtemps que je ne peux plus prendre ce mot au sérieux. Je ne sais pas d'où vient cette obsession chez vous, messieurs, mais durant toute mon adolescence, des petits cons à l'école adoraient hurler « Pénis! » durant la classe pour amuser la galerie et maintenant, à chaque fois que j'entends ce mot, je pense à ça!

Certains parmi le groupe pouffèrent, d'autres toussotèrent. Pour Ben, ce fut un peu les deux, à la fois amusé et embarrassé. Hux, quant à lui, se frotta le visage.

- Moi non plus, je n'ai plus aucun désir pour Beaumont, avoua alors Rose avec lassitude. Je ne veux même plus le voir nu.

- Tu n'es pas obligée de le dire devant tout le monde, lui reprocha son conjoint en grinçant des dents.

- Et moi, Mitaka a peur que je le tue à chaque fois qu'on essaie de baiser, soupira Phasma. DJ… Tu aurais des conseils à nous donner pour stimuler sa libido?

Le psychologue, qui grimaçait encore à cause de sa mauvaise chute de ce matin, sursauta à cette question. Il s'empourpra. Les trois policiers infiltrés, connaissant sa misère sexuelle, comprenaient parfaitement sa réaction. D'autant plus que tous les regards se tournaient vers lui, désormais. De son côté, Ben espérait seulement que ses parents n'en rajoutent pas une couche sur le sujet. Il n'avait pas la moindre envie de penser à… ça.

- Alors, euh… En fait… C'est délicat, bafouilla DJ. Parce que… ce n'est pas pareil pour tout le monde.

- Mais non, c'est pareil! dit soudain Snap en s'adressant à tout le groupe. Sérieux, ce n'est pas si compliqué. Enfin, nous, avec Karé, on a le problème inverse, mais si vous avez du mal à baiser, sautez juste sur l'autre et forcez-le à essayer!

- Mais enfin, c'est du viol, ça! s'insurgea Rose.

Snap et Karé froncèrent les sourcils, surpris par le terme qu'elle employait.

- Euh… Bah non, ça ne peut pas être du viol si on est en couple, si?

- Si! Eh oh! Le viol conjugal, ça existe! Même si c'est tabou!

- Oui, approuva DJ. On pense qu'au sein d'un couple, le consentement est automatique et qu'on n'a plus besoin de s'en assurer. Mais en vérité, ce n'est pas toujours le cas et ça cause beaucoup de souffrance silencieuse parce que la plupart, victime comme agresseur, ne reconnait pas le problème.

À ces mots, Rose frappa sur la table et exclama en sa direction un grand « Merci! »

- Oui, c'est vrai, renchérit Rey. Je veux dire, c'est bon, on n'est plus au Moyen-Âge…

- Alors, là, je t'arrête tout de suite, déclara Beaumont en la pointant de son index. Il est vrai que le viol conjugal n'était pas du tout reconnu au Moyen-Âge…

- Et encore aujourd'hui pour certains, grommela sa conjointe.

- Oui, mais bref, ça ne veut pas dire pour autant que toutes les femmes se faisaient violer par les hommes à l'époque! En fait, ça vous surprendra peut-être, mais on a découvert au 14e siècle un manuscrit qui était une sorte de « manuel de l'amour ». Il expliquait aux hommes comment faire pour donner du plaisir à leur épouse au lit et les incitait même à les satisfaire au lieu de n'en tirer que pour leur profit en laissant leur femme frustrée. À l'époque, la médecine encourageait la jouissance féminine, croyant que c'était requis pour la procréation.

Il sourit, fier d'apprendre aux autres quelque chose que beaucoup ignoraient dans la culture populaire, bercés par des idées reçues manichéennes. Rose ne fit qu'arquer un sourcil, désabusée.

- Wah, ça a l'air génial, ce manuel! Un jour, tu devrais peut-être penser à appliquer les conseils qu'il donne quand tu couches avec moi, non?

- Enfin, je veux dire, toussota l'historien. On a souvent cette image de gros bourrin de chevalier glorifié concernant le Moyen-Âge, mais en vérité, un homme viril était perçu comme étant un homme vertueux et noble capable de contrôler son corps. Un homme esclave de ses pulsions n'était qu'un barbare répugnant.

- Je n'aurais jamais cru vouloir retourner dans ce temps-là, tiens, maugréa sa compagne. On se demande comment ce concept a complètement dégénéré aujourd'hui. Parce qu'à t'entendre, Beaumont, tu es très loin d'être viril et le Moyen-Âge était plus progressif que toi pour tout ce qui est du comportement de l'homme, surtout envers la femme!

Cette fois, Beaumont s'énerva contre elle.

- Bon sang, mais c'est pas vrai, celle-là! Déjà, tu ne peux pas employer le mot « progressif » alors que le terme n'existait pas à l'époque! Ce que tu dis est anachronique!

- Mais va chier avec tes anachronismes! s'écria Rose.

- Ensuite, si ça a dégénéré, c'est votre faute, à vous, les filles! Vous êtes des folles qui ne savent pas ce que vous voulez! rétorqua l'homme avant de se tourner vers la tablée. Pas vrai, les gars? Au lit, elle te demande de la prendre brutalement par derrière en lui cassant trois côtes et juste après, il faut que tu la cajoles en lui récitant du Rimbaud avec les larmes aux yeux!

DJ tenta de se lever pour intervenir et les séparer, encore une fois, mais il gémit de douleur à cause de sa blessure et dut laisser tomber.

- Ah oui? ricana Rose. Faudrait déjà que tu saches réciter du Rimbaud. Aussi, faudrait que tu sois capable de faire une autre position que le missionnaire et que tu dures plus de trois minutes pour me casser trois côtes!

- Hé!

Observant la scène comme tous les autres, Armitage étouffa un rire face au caractère de la petite asiatique. Rey sourcilla et lui fit un regard de travers.

- Tu peux bien rire, toi, mais je te signale que tu n'es pas vraiment mieux, soupira-t-elle.

- Attends, quoi? s'indigna le rouquin. Et moi, je te signale que pourtant, je connais d'autres positions que le missionnaire et que je ne suis pas un éjaculateur précoce.

- Mais quand on baise, on dirait que tu n'en as rien à foutre, mon lapin. Tu sembles aussi intéressée par moi que par un plat que tu regardes tourner dans le micro-onde!

Entendant cela, Ben, qui mangeait silencieusement au bout de la table, roula des yeux. Qui oserait se foutre de la chance d'avoir une si belle femme dans son lit? Enfin… Bref. Hux était vraiment bizarre. Et Rey méritait bien mieux. Le jeune homme marmonna :

- Dans ce cas, pourquoi est-ce que tu lui donnes une chance après qu'il t'ait trompée? Non, mais franchement…

Il avala une bouchée et réalisa que le silence était brusquement revenu. Tous les regards étaient désormais tournés vers lui, ahuris par les propos réprobateurs du « psychologue ». Rey le fixait, bouche bée.

- Pardon?

Ben déglutit bruyamment et sentit le rouge lui monter aux joues. Du coin de l'œil, il vit son père secouer la tête et soupirer d'exaspération, l'air de dire : « Tu ne pouvais pas la fermer, crétin? »

- Euh… Je…

- Tu es en train de me juger, là? balbutia Rey avant de se tourner vers DJ. Il est en train de me juger, là? Vous faites ça, les psys, maintenant? Tu approuves ce genre de méthodes, toi?

- Oh, euh… Eh bien… Plus ou moins. C'est juste une autre école de pensée, bredouilla le psychologue en se massant la nuque avec embarras, dans la tentative de rattraper la bourde de Ben.

- Avant Freud, on va dire, baragouina Han. Et avant la Pensée.

Leia lui donna un coup de coude. Il ne les aidait pas.

- Oui, c'est une méthode qui s'appelle la… confrontation, bégaya leur fils, de plus en plus cramoisi. Enfin, c'est comme une provocation, mais… thérapeutique.

- C'est scandinave, inventa DJ pour le supporter.

À ces mots, Ben le désigna pour approuver ses dires.

- Oui, exactement! C'est scandinave!

- Là-bas, ils croient fermement que la provocation amène des bienfaits thérapeutiques, rajouta le psychologue, s'enfonçant dans le mensonge sans trop savoir où il allait. Il paraît que ça porte fruit. Surtout avec les criminels! D'ailleurs, ça peut venir rejoindre quelques techniques que l'on utilise ici, mais… Euh…

- Est-ce que j'ai l'air d'une criminelle? s'indigna Rey.

Les trois policiers frissonnèrent et se regardèrent furtivement. Une criminelle? Pas à première vue. Mais les Organa-Solo savaient qui elle était réellement. Et la maladresse du psychologue pourrait éveiller des soupçons chez elle.

- Non, non, pas du tout! contesta aussitôt le jeune homme en secouant la tête plusieurs fois, fusillant DJ du regard au passage. C'est ma faute, je suis désolé. Je… J'aurais juste dû me taire. Excuse-moi.

Rey regarda Ben comme s'il venait de lui parler extraterrestre et, peu convaincue, poussa un soupir exaspéré avant de changer de sujet. Le silence imprégné de malaise fut ainsi brisé et la discussion, toujours plus ou moins envenimée par les problèmes de chacun, se poursuivit. On parla des inégalités entre les hommes et les femmes et de rapports humains. De quoi engager tout un débat!

L'inspecteur infiltré préféra se concentrer sur son assiette, mortifié par son commentaire. Que ce soit en tant que psychologue ou policier, il aurait mieux fait de se taire. Voilà qu'il perdait des points concernant son rapprochement avec la petite-fille du chef de la mafia. Dans le cadre de la mission, bien sûr. Ses parents devaient lui en vouloir. Tout comme Rey. Elle devait se sentir insultée, maintenant. Bravo, champion!

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Après le repas, DJ demanda à son groupe de l'excuser car il avait besoin de se reposer un peu à cause de sa blessure. Il les invita à faire un temps calme et retourna difficilement dans sa chambre. Ben, Han et Leia durent l'aider à marcher. Le psychologue était dans un piteux état. Son visage se déformait sous la douleur et même les glaçons que la femme lui apporta dans une serviette ne parvinrent pas à le soulager.

- Je ne sais pas si je me suis casser quelque chose, mais je ne suis plus capable de me lever, gémit DJ en se massant le bas des reins.

Il avala des anti-douleurs, les seuls médicaments à sa disposition, et conclut gravement :

- Je ne peux plus continuer comme ça. Il va falloir que j'arrête la thérapie.

La famille sous couverture s'échangea un regard désespéré. Tenter de raisonner le malheureux ne servait à rien. Il ne se trouvait ni dans l'état physique ou même psychologique de poursuivre la thérapie. Surtout avec le groupe qu'il avait. Impossible de gérer les crises de Rose et Beaumont, les hormones de Snap et Karé et la tension entre les deux mafiosos avec le dos en compote!

Ben se pinça les lèvres. Malgré lui, il ressentait une pointe de culpabilité. Bien sûr, ce n'était pas sa faute si Beaumont avait violemment poussé DJ en fuyant l'ours. Mais si lui n'avait pas paniqué en apercevant l'animal au premier abord… Le jeune homme soupira. Hors de question d'abandonner leur mission. Il ne s'avouerait pas vaincu. Une pareille occasion ne se présenterait pas deux fois. Alors, après une longue réflexion, il déclara :

- Ok. Je vais le remplacer.


Notes de Break of Dawn:

J'ai fait des recherches pour ce chapitre et ça m'a surprise aussi que les ours des cavernes n'étaient pas en Amérique du Nord durant la Préhistoire x)

Sinon, pour les commentaires de Beaumont sur le Moyen-Âge, il dit la vérité! Certain(e)s savent à quel point cet aspect historique me tient à coeur x) Ça faisait du bien de le préciser ici, même par le biais d'un personnage qui est hypocrite: il précise à quel point l'image de barbares qu'on peut se faire du Moyen-Âge est loin de la réalité, mais lui-même traite très mal sa conjointe, qui est justement là pour le rappeler!

Merci d'ailleurs à Viahana pour m'avoir partagé ses connaissances sur la sexualité médiévale et la vision de l'homme viril de l'époque! C'était très intéressant!^^

Nous espérons que ce chapitre vous a plu! En tout cas, on ne pouvait pas s'empêcher de déjà mettre du Ben SWOLO! Parés à le voir gérer ce groupe de fous? ;0