Chapitre 5 : Psychologiquement vôtre
Un silence de quelques secondes régna dans la pièce après que l'inspecteur eut suggéré de prendre en main la thérapie.
- Ben, ça n'a pas de sens, réfuta finalement sa mère. On va trouver de la morphine, de la cortisone… Et, après une demi-journée de repos, DJ sera sur pied.
- Ta mère a raison, appuya Han.
Leur fils les observa, ironique. Évidemment, ses parents devaient être du même avis uniquement pour contester ce qu'il disait!
- Un dos en vrac ne se guérit pas avec un peu de morphine! argumenta Ben.
- Je ne dirais pas non à du dilaudid, grimaça le psychologue, à voix basse.
Personne ne lui accorda de l'attention.
- Tu ne peux pas faire le psy…, soupira son père.
- Pourquoi pas?
- Parce que tu es un policier! Est-ce que tu es au courant que les psychologues doivent faire un doctorat? Ce n'est pas parce que tu as lu « Bouillon de poulet pour l'âme » que tu vas savoir comment gérer Phasma qui veut retrouver son soumis!
- Petit un, j'ai suivi des cours de psychologie durant ma formation de policier. Petit deux… Je suis désolé, mais DJ n'a pas vraiment l'air de quelqu'un qui a un doctorat et il semble se débrouiller à merveille!
Le jeune homme pointa le psychologue, qui était trop occupé à souffrir pour protester d'une quelconque manière, en arquant un sourcil. Les lèvres d'Han se courbèrent. Il ne pouvait pas être en désaccord avec son fils sur ce point. Plus il apprenait à connaître DJ plus il avait l'impression qu'il avait trouvé son diplôme de thérapeute à travers les déchets d'une poubelle. Même Leia sembla être du même avis que son fils.
- Petit trois, tu sais ce qu'est « Bouillon de poulet pour l'âme »? Toi? Han Solo? ricana Ben.
- Ta mère m'a obligé à en lire un, il y a quatre ans. Tant que je ne l'avais pas terminé, elle ne voulait plus que… Bien… Tu vois…, lui expliqua-t-il, en faisant un mouvement suggestif des sourcils.
- Inutile de te dire que ça n'a servi à rien, déplora Leia, en levant les yeux au ciel.
- Au moins, on a pu recommencer à faire l'amour! souligna son mari. Je te signale que tu es chanceuse, ma chérie. Je n'ai pas encore besoin de viagra pour avoir une érection! Ce n'est pas tous les hommes de soixante-trois ans qui peuvent s'en vanter!
Le jeune homme grimaça de dégoût et mima une envie de vomir. Il n'avait aucune envie de savoir que ses parents avaient encore une vie sexuelle.
- Tu sauras, mon poussin, que tu vas entendre bien pire que nos problèmes sexuels si tu prends en charge la thérapie! intervint Leia, en mettant ses deux mains sur ses hanches, avec un petit air sévère. Tu vas devoir gérer les disputes de Rose et de Beaumont! Ou la sexualité de Phasma et Dopheld!
- Dans tous les cas, moi, je ne risquerai pas de traiter Rey de criminelle devant tout le monde et mettre en péril la mission! argumenta l'inspecteur.
- Non… Toi, tu vas être trop occupé à reluquer son cul pour commettre une erreur comme ça, se moqua Han.
- …Quoi? réagit-il, ne sachant pas quoi répondre d'autre à ça, les joues rouges. Je n'ai jamais fait ça!
- C'est ça… On a tous vu comment tu appréciais la vue quand tu marchais derrière elle, tantôt.
Choqué, Ben avala de travers sa salive et toussa plusieurs fois.
- Han… Laisse le tranquille… Il a le droit de la trouver attirante et de faire son travail, en même temps, le défendit Leia, ce qui ne fit qu'aggraver le rougissement de son fils.
Il avait, effectivement, lorgné sur les fesses de la jeune femme, magnifiquement mises en valeur par le legging de sport qu'elle portait, durant l'ascension qu'ils avaient fait pour se rendre au premier exercice. D'ailleurs, s'il était honnête envers lui-même, ce n'était pas la première fois que ses yeux s'attardaient sur cette partie de l'anatomie de Rey. Ni, même, qu'il pensait au fait que son cul tiendrait parfaitement bien dans ses mains. En réalité, ce n'était pas la première fois, que ses yeux s'attardaient, la suivaient et la contemplaient dans un autre but que leur mission.
Avait-elle seulement conscience d'à quel point elle était ravissante? Il se concentrait pleinement sur cette mission d'infiltration, mais Ben avait encore des yeux pour voir, tout de même! Et, il n'était pas fait de pierre.
Ce petit nez mignon. Des seins qui ne demandaient qu'à être découverts. Des iris d'une couleur presque surnaturelle, oscillant entre le miel, la terre mouillée et la couleur de l'herbe fraîchement coupée. Et, sa bouche. Seigneur. S'il la fixait trop longtemps, il craignait d'avoir une érection – parce que depuis hier, le fantasme de voir ses lèvres lui faire une fellation obnubilait ses pensées.
En revanche, plutôt mourir que d'avouer que son père avait raison! Il était capable de faire la part des choses et mettre de côté sa libido qui semblait dangereusement grimper quand Rey Palpatine était dans son champ visuel. Aussi, il n'avait pas du tout envie d'entendre les cris de ravissement de sa mère, qui semblait, selon toute évidence, avoir désespérément envie qu'il rencontre quelqu'un! Ses parents étaient insupportables.
- De toute manière, on n'a pas le choix! prononça Ben, en choisissant d'ignorer la dernière remarque de Han. Soit je fais le psychologue, soit on revient bredouille et on n'a rien contre Palpatine!
Ses parents n'étaient guère convaincus. Cependant, l'inspecteur avait raison. Que pouvaient-ils faire d'autre? La mafia devait impérativement être démantelée et ses membres – particulièrement, leur chef – de toute urgence et aller moisir en pénitencier.
- Je vais le dire aux couples que vous êtes de la police! menaça DJ, entre deux élancements de douleur. Vous n'allez pas faire foirer ma thérapie!
Ben et Han s'échangèrent un regard. Sans un mot, le premier sortit son téléphone de la poche arrière de son pantalon, lança la vidéo du sexshop et montra l'écran à DJ.
- Un psy qui essaie des poupées gonflables en public… Ça serait dommage qu'on soit obligé de leur informer que leur cher psychologue est un déviant sexuel, fit remarquer le commandant de l'escouade, avec un grand sourire.
- Vous là…, il s'arrêta momentanément pour hurler de douleur. Je le savais que c'était pas une bonne idée d'accepter que vous infiltriez la thérapie!
Leia roula des yeux et les informa qu'elle allait appeler les secours. Quarante-cinq minutes plus tard, DJ quittait les lieux avec les paramédicaux, en direction de l'hôpital le plus près, devant les regards désarçonnés de tous les participants.
Devant leur confusion, Ben les rassura : la thérapie allait continuer et il allait assurer le rôle de psychologue, seul, jusqu'au retour de DJ. Certains ne semblèrent pas en accord avec ce revirement de situation, mais restèrent tout de même en silence. L'inspecteur infiltré leur accorda le reste de la journée afin qu'ils prennent du temps pour eux et leur suggéra quelques activités possibles sur les lieux.
Lui, pendant ce temps, irait fouiller dans les affaires de DJ pour trouver des possibles notes et la description des prochains exercices. Ben n'avait aucune envie de faire un fou de lui-même ou mettre en péril la thérapie!
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Ben passa le reste de l'après-midi à éplucher les notes, en lien avec la thérapie, qu'il avait pu trouver dans la chambre de DJ. Il avait dû farfouiller dans les affaires personnelles du psychologue et il avait réussi à tout rassembler – bien qu'il ait été dégoûté par le constat de son hygiène de vie assez désastreuse. Il avait froncé le nez en découvrant des marques de substances collantes non-identifiées sur certains dossiers de participants. C'était répugnant. Et, peu importe d'où provenait ces taches, ça manquait de professionnalisme. La seule raison pour laquelle Ben les garda au lieu de les brûler était qu'il allait probablement en avoir besoin. Il songea qu'il allait devoir les ramener à leur quartier général improvisé.
Pendant ce temps, les couples avaient profité de la belle température pour se divertir et prendre du temps pour se reposer.
Finn et Poe avaient fait du kayak sur le lac. Bien que l'homme à la peau bronzée ait menacé, à plusieurs reprises, son conjoint de lancer son téléphone portable dans l'eau s'il ne le lâchait pas, les deux hommes avaient passé un beau moment ensemble. Beaumont s'était installé sur l'une des chaises Adirondack en bois, sur la petite plage près de l'eau, afin de lire un livre sur la période de la Rome antique.
Han avait mis la main sur un carton rempli de vieux jeux de société, sous le comptoir de l'accueil. Le reste du groupe avait vu là une belle manière de passer le reste de l'après-midi et ils s'étaient installés sur la terrasse extérieure, en sirotant une bière, pour jouer à des jeux. Rey, Snap, Phasma et Han s'étaient installés sur une table pour faire un poker. Les deux hommes se firent plumer. Rey avait, par exprès, jouer les premières parties si mal, que tout le monde ne s'en était plus méfier. Phasma, quant à elle, avait un air si impassible qu'il était impossible de déterminer quand elle bluffait. Chacune de leur côté, elles avaient accumulé les jetons sous les râlements de Snap et Han.
À une autre table, Karé avait affronté Armitage aux échecs. Par miracle, elle gagna la partie. La chance du débutant, l'avait narguée Karé, fière d'elle. À la deuxième partie, le roux se rendit compte que Rose, assise à côté d'elle et jouant au Scrabble avec Leia et Mitaka, aidait subtilement son adversaire. Quelques minutes plus tard, avec réticence, la petite vietnamienne se retrouva à la place de Karé. Ce fut Hux qui gagna cette fois-ci.
Le couple de parents, l'historien et Ben les rejoignirent pour le repas du soir. L'atmosphère était agréable – l'après-midi avait fait du bien à tout le monde et les tensions qui s'étaient créés avaient commencé à retomber. Les sujets de conversation n'avaient pas de lien avec les problèmes des couples et cela faisait le plus grand bien.
À la fin du repas, alors que les assiettes furent terminées, Rey proposa de tirer au tarot les personnes qui le voulaient. La brunette expliqua qu'elle faisait cela depuis quelques années et qu'elle avait amené ses cartes dans ses bagages. Malgré lui, Ben fronça des sourcils. Pourquoi ne savait-il pas cela? Pourtant, avec ses nombreuses recherches sur elle, il aurait dû savoir que…
- Qu'est-ce qu'il y a? l'interrogea Rey, qui avait surpris l'expression à la fois choquée et étonnée du policier.
- Rien, rien, s'empressa d'éluder le jeune homme. Je viens de remarquer qu'il ne restait plus d'eau dans le pichet et j'allais me lever pour le remplir.
Quand il s'aperçut que le regard de Rey faisait la navette entre lui et le pichet sur la table… à moitié plein, ses joues rougirent furieusement. Aucun des deux ne relevèrent l'évident mensonge, mais l'air de la jeune femme prit des accents soupçonneux. Elle le toisa pendant plusieurs secondes, à la place, comme si elle essayait de l'interroger silencieusement.
Personne ne fit vraiment attention à cette petite incartade entre Ben et elle : tout le monde, sauf eux, avait les yeux rivés sur Beaumont, qui ridiculisait les croyances liées au tarot, et Hux, qui semblait se réjouir d'avoir un prétexte valable pour le remettre à sa place. Rey reporta son regard sur le reste de la salle et, comme elle se rendait compte de la dispute verbale entre le rouquin et l'historien, la jeune femme posa sa main sur l'avant-bras de son petit-ami pour le calmer.
Karé ramena l'atmosphère légère en signifiant son intérêt pour le tirage de tarot. Leia et Phasma se manifestèrent, également. Quand la jeune femme alla récupérer ses cartes dans sa chambre, Snap et Poe allèrent chercher des bouteilles de vin dans la cuisine. Ils revinrent avec quatre bouteilles de chardonnay et remplirent allègrement les coupes de tous les participants et du « psychologue ». Ils ressemblaient à une bande d'adolescents qui venait d'avoir la brillante idée d'essayer de jouer au Ouija. Se rappelant de son rôle, Ben les enjoignit à y aller doucement sur l'alcool : ils avaient une grosse journée devant eux, demain.
Rey revint dans la grande salle à manger avec ses cartes de tarot et une chandelle rouge, qu'elle alluma à l'aide du briquet que Phasma lui tendit. Elle expliqua brièvement comment cela allait se dérouler et invita les personnes qui voulaient se faire tirer au tarot à s'asseoir face à elle. Les participants de la thérapie se succédèrent. Certains étaient hilares et n'y croyaient pas du tout, d'autres prenaient cela très au sérieux. Ben les observa avec amusement. Enfin, au début.
Très rapidement, son attention fut entièrement captée par Rey et ses yeux se cadenassèrent sur elle. Le jeune homme s'en rendit à peine compte, trop perdu dans sa contemplation. Il n'avait jamais remarqué ce petit creux qui apparaissait au-dessus de son nez quand elle se concentrait. Ou, encore, ce tic nerveux qu'elle faisait, se mordiller la lèvre inférieure, quand elle s'apprêtait à dire quelque chose de sensible ou difficile - comme lorsqu'elle prédit à Snap des questionnements amoureux. Les pensées du jeune homme prirent le cap sur ce qui arriverait, s'il maltraitait lui-même cette lèvre.
- Ben, l'interpella, soudainement, la jeune femme.
Il sursauta et cligna des yeux plusieurs fois. Rey sembla s'en être rendue compte, car elle esquissa un petit sourire amusé.
- Oui? demanda, enfin, le policier infiltré.
- Tu veux que je te tire au tarot?
- Oh… Euh…
Karé, Mitaka et Finn se mirent à scander son nom pour l'encourager joyeusement. Combien de verres ces trois-là avaient bu? Ils avaient les yeux assez brillants et les joues rouges. Le groupe s'était de nouveau dispersé et ils ne restaient qu'eux, à la table principale. Quelques-uns avaient allumé un feu dans le foyer extérieur, sur la terrasse, d'autres s'apprêtaient à aller se coucher.
Ben éclata de rire, se gratta la nuque et capitula sous les acclamations bruyantes des trois participants. Il ne croyait pas vraiment au tarot. En fait, il ne croyait pas que l'on puisse connaître l'avenir et, encore moins, avec des cartes, des étoiles ou une boule de cristal. Ben avait toujours été trop rationnel pour cela. Cependant, il pouvait bien se prêter au jeu. Surtout si cela pouvait le rapprocher de Rey. Il se leva et alla s'asseoir face à la jeune femme. Elle se mit à battre les cartes dans sa main.
- Pense à une question. Si tu es à l'aise, tu peux la dire à voix haute, mais… Tu n'es pas obligé. Ça peut juste faciliter mon interprétation des cartes, expliqua-t-elle.
Le jeune homme acquiesça, garda le silence et pensa à la mission policière. Rey cessa de brasser les cartes et lui tendit le paquet. À sa demande, il le coupa, en prenant soin de ne pas toucher à sa main. Puis, il lui remit le reste du paquet. Elle piocha les trois premières cartes sur le dessus et les révéla sur la table.
Intrigué, Ben regarda les dessins sans vraiment les comprendre.
- Donc, tu as la carte du fou inversée, lui dit la jeune femme en pointant la première carte. Habituellement, cela fait penser à l'inconscience et à des actes irréfléchis. Se comporter comme un gamin, par exemple. Ensuite, la deuxième, c'est le dix de coupe.
La jeune femme releva la tête pour le fixer.
- Cela prédit une stabilité émotionnelle, un bonheur familial et de l'amour. Puis, nous avons le bateleur inversé… Hum. Cette lame a souvent très mauvaise presse.
- Pourquoi? questionna Ben, en arquant un sourcil.
- Eh bien… Cela amène l'idée que la personne use de stratagèmes douteux, de mensonges, de tromperies, de ruses pour arriver à une fin.
Ben tiqua et il observa la jeune femme, bouche bée. Sans pouvoir s'en empêcher, il pensa immédiatement à la mission qu'il menait avec ses parents.
- Est-ce que ça va? s'enquit Rey, intriguée par sa réaction.
Le jeune homme se redressa immédiatement et se ressaisit. Il n'allait tout de même pas se laisser désarçonner par ça, par de vulgaires cartes, franchement!
- Oui, oui, ça va, lui assura-t-il. Je suis juste un peu fatigué.
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Le lendemain matin vint vite. Ben se réveilla, déboussolé. Il fixa le plafond pendant plusieurs minutes, son état somnolent se dissipa, alors que des images de son étrange rêve lui revint en mémoire.
Rey Palpatine, pieds nus et son corps seulement couvert de lames de tarots, qui dansait devant lui et l'invitait à enlever une carte. Puis, une autre. Et, pourquoi n'essaierait-il pas d'en retirer une avec sa bouche? C'est ainsi qu'il s'était retrouvé, agenouillé devant elle, ses dents frôlant l'épiderme de son ventre. Elle avait continué, joueuse, à lui demander de la déshabiller. Jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. Non loin d'eux, un ours au pelage orange vif – ou un gros renard, il n'aurait su dire – les observait, avec une caméra. Rose Tico était assis à côté de l'animal, caressait son pelage et ne cessait de répéter, d'un ton de voix presque musical, comment se comporter devant un ours. Rey donnait l'impression de danser sur la voix de la vietnamienne. Lorsque la dernière carte était tombée par terre, la brunette était devenue hors de portée. Elle s'était volatisée.
Il avait impérieusement besoin d'une douche froide pour se remettre les idées et son érection en place. Une grande tasse de café n'allait pas être de refus, non plus.
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Au petit-déjeuner, Ben remarqua qu'il n'était pas le seul à avoir eu une nuit agitée. Snap et Karé étaient étrangement plus distants. Mitaka affichait des traits tirés et regardaient son bol comme s'il espérait que son yaourt renferme du poison, afin d'avoir une bonne raison d'aller se recoucher. Finn et Poe étaient, déjà, en pleine dispute – l'afro-canadien reprochait à son conjoint d'avoir caché son téléphone. Beaumont ne cessait de se plaindre d'avoir dormi sur le sofa. Et, Hux donnait l'impression qu'il avait l'intention de se noyer dans la caféine.
Le policier infiltré poussa un micro-soupir devant ce spectacle. À la fin du repas, il toussota afin d'obtenir l'attention de tous les participants et désigna les six tablettes électroniques qu'il avait déposé sur la table. Le jeune homme expliqua brièvement que la prochaine activité allait se dérouler sur le long terme : chaque couple allait devoir apprendre une chorégraphie de danse, s'exercer et la reproduire à la fin de la semaine.
- Chaque IPad contient une chorégraphie différente.
Il distribua, au hasard, les tablettes.
- C'est un exercice qui va vous permettre de travailler plusieurs notions : la collaboration, la chimie, la synchronicité, l'écoute, la… sensualité et, finalement, la communication.
Ben les invita, ensuite, à se rendre sur l'ancien terrain de tennis, situé à l'arrière de l'hôtel, pour commencer à s'exercer. Petit à petit, la salle à manger se vida. En marchant derrière eux, il put entendre des commentaires – surtout les hommes – se plaindre de l'exercice. Un numéro de danse… Et puis quoi, encore? Ils allaient devoir faire des roues latérales et des saltos tant qu'à faire?
Quand ils franchirent la grille du terrain, l'inspecteur pu nettement entendre Beaumont dire à Rose que si leur chorégraphie était du ballet, il fichait le camp de cette thérapie débile. Ben était certain qu'il n'était pas le seul à prier silencieusement pour que du Tchaïkovski, ou tout autre musique classique, sorte des enceintes de son de la tablette du couple. Malheureusement, leur chorégraphie était du foxtrot et ils devaient danser sur une version remastérisée de Can't take my eyes of you de Frankie Malli. Ils étaient, déjà, en train de se disputer sur la manière dont ils devaient faire les premiers mouvements de danse et Beaumont ne cessait de dire que les reprises de chansons détruisaient les classiques. Au bout de quinze minutes, Rose avait déjà menacé deux fois de l'assommer avec leur IPad.
- Ben, l'interpella la petite asiatique, quand il passa près d'eux. Il y a des tensions entre nous.
- Je trouve que vous vous débrouillez très bien, commenta le jeune homme.
Il n'avait aucune envie d'être mêlé à l'une de leurs incessantes disputes.
- Continuez comme ça! les encouragea-t-il. La communication est la base de tout. Et, Rose… Essaie de ne pas briser la tablette, d'accord?
Le policier s'éloigna rapidement pour échapper aux protestations de Beaumont.
Poe et Finn héritèrent de la chorégraphie de ballet. Du ballet jazz, plus précisément. Les deux hommes regardèrent, stupéfaits, la chorégraphie qu'ils allaient devoir effectuer sur Back to black de Amy Winehouse. Est-ce qu'ils avaient rêvé un grand écart? Jamais ils ne réussiraient à reproduire ça. Mais avant même qu'ils puissent en parler avec leur « psychologue », celui-ci leur avait ordonné d'aller se recoucher. « Votre thérapie, actuellement, c'est d'aller dormir. » avait soutenu Ben. Les deux hommes l'écoutèrent, en rouspétant quelque peu, malgré tout.
La chorégraphie de Han et Leia était de la salsa. Les parents de Ben étaient ceux qui semblaient avoir le plus de plaisir dans tout le groupe. Le sexagénaire, en forme pour son âge, s'amusait à faire tourner sa femme sur elle-même et la réceptionna, certes, un peu maladroitement. Ben les observa, un peu attendri. Des souvenirs d'enfance lui revinrent en mémoire : les moments où, le samedi matin, Han mettait de la musique à plein volume dans leur maison et faisait des solos de guitare imaginaire avec son fils pendant que Leia les regardait faire, en riant alors qu'elle cuisinait des crêpes. Ça faisait longtemps qu'il n'avait pas entendu sa mère rire autant.
Phasma et Dopheld, quant à eux, devaient faire une valse. Ce simple fait s'avérait être un problème, car c'était l'homme qui devait guider les pas. Et, dans ce cas-ci, Mitaka ne voulait absolument pas guider qui que ce soit. D'ailleurs, il observait la chorégraphie comme s'il s'agissait d'une torture – et pour une fois, ce terme ne sembla pas vouloir l'émoustiller d'aucune manière. Ben décida de les éviter soigneusement.
Le jeune homme tomba nez-à-nez avec Snap et Karé. Ils n'avaient même pas, encore, ouvert leur IPad et ne faisaient que se serrer, en discutant à voix basse.
- Ben, ça va mal, s'exclama la jeune femme, d'un ton de voix dramatique.
- Oui, très mal, insista son conjoint. On pense qu'on fait du viol conjugal.
L'inspecteur fronça des sourcils, incertain d'avoir compris.
- Vous pensez que…, commença-t-il, sans parvenir à finir sa phrase.
- Viol conjugal, oui, acquiesça Karé.
- Rose en a parlé, hier midi, compléta Snap. Et, selon ce qu'elle a dit, on en est venu à la conclusion qu'on se viole mutuellement.
- Parfois, Snap a une érection pendant son sommeil et je commence à le branler pour qu'il me pénètre ensuite. Certaines fois, il ne se réveille même pas!
- Il y a quelques mois, j'ai pris de l'ecstasy, j'en ai mis dans le verre de Karé et je ne lui ai pas dit. C'était la baise la plus chaude qu'on a eue.
- Oh oui! s'écria Karé, enthousiaste. Il faudrait recommencer!
Ben n'arriva pas à contrôler son air consterné.
- Il faut que… Essayer de demander le consentement de l'autre, d'accord? leur suggéra-t-il. Par exemple, Karé, si tu veux avoir des relations sexuelles durant la nuit, commence par réveiller Snap pour le lui demander. Et… Si vous voulez prendre de l'ecstasy, prenez cette décision ensemble.
- Oh… réagit la jeune femme, qui semblait n'avoir jamais pensé à cette option. Tu penses que ça serait mieux?
Le policier acquiesça plusieurs fois. Il leur suggéra, également, de communiquer davantage. La communication était tout aussi importante que le sexe dans un couple. Et, Ben fut particulièrement satisfait de son intervention. Qui avait dit que c'était difficile de remplacer DJ? Si ça se trouvait, il allait parvenir à faire parler Rey et, en plus, régler des problèmes de couple.
D'ailleurs, ses pas le menèrent au couple de maffieux, qui était assis sur le sol, et semblait en proie à une dispute silencieuse.
- Bon! Comment ça se passe, ici? questionna Ben.
- On est censés faire du tango, mais Armitage veut pas danser, déclara la brunette, de mauvaise humeur. Et, comme j'en ai marre de m'obstiner, on ne dansera pas.
- Je n'ai pas dit que je voulais pas danser! contra son petit-ami, en roulant ostensiblement des yeux. C'est juste que je n'ai jamais fait ça!
- De toute évidence, tu t'en fous des exercices! Tu te fous de tout! Surtout de moi, hein!
- Rey, ne commence pas…, râla Hux.
- Honnêtement, je te comprends, Armitage, arbitra Ben, en les interrompant.
Les deux le regardèrent, à mi-chemin entre la surprise et le choc.
- Moi non plus, ça ne m'attire pas vraiment, la danse, poursuivit-il. Mais, ce matin, c'est par ça qu'on travaille. Il faut faire des compromis, de temps en temps.
Le « psychologue » proposa de leur faire une démonstration et tendit sa main à Rey, qu'elle attrapa, pour l'aider à se relever. Tâchant d'être le plus désinvolte possible, il se rapprocha d'elle et posa l'une de ses mains sur sa taille. La brunette redressa la tête et planta ses yeux dans les siens, une lueur presque prédatrice dans ses pupilles. Elle s'humecta les lèvres. Ben songea qu'il était en train de jouer avec le feu – mais, ne fit aucun mouvement de recul.
- En fait, notre chorégraphie ne commence pas comme ça, précisa Rey. Je commence derrière toi et, ensuite, je vais devant. Puis, je tourne deux fois et tu me rattrapes.
Afin d'illustrer ses propos, elle lui montra vaguement les gestes. Armitage, qui s'était lui aussi levé, les observait en arquant un sourcil, la défiant presque de danser réellement avec Ben. Mais, la jeune femme ne s'en préoccupa pas. À la place, elle se positionna derrière le policier et lentement, sensuellement, sa main traversa sa poitrine pour venir se poser sur son cœur. Comme le prévoyait la chorégraphie, il vint pour attraper sa main – mais celle de Rey s'enfuit vers ses épaules qu'elle toucha, alors qu'elle tournait sur elle-même avant de coller son dos à son torse.
D'accord, intéressant. Il ne jouait plus avec le feu. Il était dans le feu, maintenant. Complètement. Et, comme tout bon pyromane, Ben ne fit que l'alimenter : l'une de ses mains vint s'échouer langoureusement sur sa taille, tandis que l'autre commençait à cheminer vers ses côtes, puis atterrit sur son bras. Elle portait encore des satanés leggings, sur lesquels se trouvaient des dessins de soleil et de lune, et…
Ne pense surtout pas à ses fesses. Pense à… Je ne sais pas… Pense aux cheveux verts radioactif de Jess, pense aux changements climatiques…
Est-ce qu'elle faisait exprès de se frotter contre lui? Ses doigts se crispèrent sur son bras, alors qu'il devait la faire tourner, plus loin, et ensuite la rattraper. Que quelqu'un lui donne la force de ne juste pas…
- Est-ce que vous faites exprès? clama Armitage, colérique. Baisez donc devant moi, un coup parti!
Ben songea que ce n'était absolument pas l'envie qui lui manquait. Rey s'éloigna de lui et les dernières miettes de sang-froid qui lui restaient l'en remercièrent.
- Calme tes fucking nerfs! lui répondit, de but en blanc, la jeune femme. Tu n'avais qu'à vouloir danser!
- Et, lui, il a l'air de vouloir danser dans tes culottes, fulmina le rouquin.
Et, peut-être, Ben était réellement masochiste, car il prononça candidement :
- Bon, Armitage, Rey… Je crois qu'une petite séance de thérapie en privée, s'impose.
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Le policier les avait conduits jusqu'à la vieille remise, située à quelques mètres du terrain de tennis. Il leur avait proposé de monter au grenier afin d'avoir davantage d'intimité pour parler. De toute manière, ils seraient mieux installés : là, au moins, il y avait des chaises. Marcher, même cette courte distance, avait fait le plus grand bien à Ben et l'avait aidé à se replacer les idées. Il devait focusser sur le fait de réduire à néant Palpatine. Et, non… Eh bien, focusser sur elle. Il devait impérativement reprendre le contrôle.
Évidemment, le couple avait râlé et Ben ne pouvait pas réellement leur en vouloir. Qui faisait une séance de thérapie dans le grenier d'un endroit qui semblait être sur le point de s'effondrer d'un instant à l'autre?
- Voyez cette bâtisse comme votre amour, avait improvisé le « psychologue ». Il est fragile et a besoin qu'on prenne soin de lui pour pouvoir se développer. C'est ce que je vous offre, aujourd'hui.
Il devait les avoir convaincus, car ils le suivirent.
Ils s'installèrent en triangle : le couple face à face et le policier au milieu. Ils se toisèrent longuement, en silence. « Parlez lorsque vous serez prêts » leur avait indiqué Ben.
- Rey, céda Armitage. Je dois t'avouer quelque chose…
- Je t'écoute, mon lapin.
- C'est… Quand je t'ai trompée… bredouilla-t-il, l'air profondément mal à l'aise.
La brunette fut désappointée. Comme si elle s'attendait à un autre type de confession.
- Quoi? Qu'est-ce qu'il y a? sourcilla Rey.
- Eh bien… Je ne sais pas ce que Tallie t'a dit exactement…
- Ne joue pas sur les mots, veux-tu. Appelons un chat, un chat.
- J'ai revue l'une des deux filles. Après. Quelques fois.
La jeune femme le regarda interloquée. Ben, quant à lui, nageait dans la plus totale des confusions. Même s'il voulait entièrement se concentrer sur sa mission d'infiltration, il était réellement incapable de comprendre le rouquin. Ça le dépassait. Juste… Comment ne pouvait-il pas embrasser le sol que sa petite-amie foulait? Comment ne pouvait-il pas se rendre compte de la chance qu'il avait d'avoir ce bijou de femme à ses côtés?
Pourtant, la brunette semblait très calme. Peut-être que l'aveu l'avait rendue stoïque? Le roux sembla vouloir en ajouter une couche :
- Je suis désolée, Rey… Ce n'est pas… J'ai merdé… Je t'aime! Ce n'est vraiment pas ça, le problème! Mais… J'ai peut-être des sentiments pour… Tu comprends?
La voix de son petit-ami mourra, tandis qu'elle le regardait avec… Il n'aurait su dire. Dans tous les cas, elle ne semblait pas comprendre son baragouinage.
- Rey, réagit Ben. Qu'est-ce que tu ressens face à ce que te dis Armitage?
- Je ne sais pas.
- C'est important de verbaliser les émotions que l'on vit, appuya-t-il.
- Je ne sais pas! se défendit la jeune femme, impatiente, plus en réaction face au policier qu'à ce que lui avait dit son petit-ami.
- Est-ce que tu te sens trahie? insista le policier.
- Je ne sais pas! Dans quelle langue va falloir que je te le dise ?! s'énerva-t-elle.
Ben plissa des yeux. Il y avait quelque chose chez ces deux-là qui clochaient. Cependant, il vit là une occasion en or à saisir pour la faire parler. Calmement, presque amusé devant le regard soupçonneux que lui lançait Rey, il demanda à la stupide échalotte qui lui servait de petit-ami de les laisser seuls.
- Rey a besoin d'une séance en privée, expliqua le « psychologue ». Ensuite, ce sera à ton tour, Armitage. Parfois, il faut régler des problèmes individuels avant de se concentrer sur notre couple.
Hux argumenta. Pas aussi férocement que ce à quoi Ben s'attendait, connaissant le caractère possessif du bras-droit du chef de la mafia. Afin de contrer ses arguments, le policier aborda que ses craintes que Rey le trompe avec quelqu'un – avec lui – étaient un mécanisme de défense qui s'appelait la projection. Ainsi, il lui attribuait ce qu'il avait lui-même fait afin d'essayer de se protéger. Inutile de préciser que le jeune homme fut très fier de s'être rappelé ce concept qu'il avait rapidement vu dans l'un de ses cours.
Le rouquin roula des yeux, poussa un soupir et quitta le grenier d'un pas lourd en faisant claquer brutalement la porte derrière lui. Celle-ci, rebondit sur le choc et resta entrouverte.
Ben changea de place et alla s'asseoir face à Rey.
Voilà. Il allait avoir ses aveux et cette fichue mascarade allait prendre fin. Et il allait, enfin, coucher avec elle. Non. Rester focus. Rester focus.
- Qu'est-ce que tu ressens? reprit le jeune homme, après plusieurs minutes.
- Je ne sais pas.
- De la colère? essaya-t-il.
- Je t'ai dit que je ne le savais pas! répéta-t-elle, un peu plus fort.
- Une envie de te venger? continua Ben, tenace.
- I don't know. No lo sé. Tu comprends plus, maintenant?
- Je te sens agressive.
- Tu commences à me faire chier avec tes émotions!
- J'essaie simplement de comprendre.
La jeune femme eut un petit rire méprisant.
- Tu n'es pas dans ma tête, tu ne peux pas comprendre!
Il s'avança légèrement sur sa chaise.
- Et, est-ce que tu voudrais que je sois dans ta tête?
- Franchement! répondit Rey, à la place.
- Tu aimerais que je sois dans ta tête afin que je puisse deviner ce qui ne va pas, sans que tu n'aies à le dire.
Ce n'était même pas une question. L'air de la brunette se décomposa avant de se reprendre. Ça ne dura que deux secondes. Cependant, Ben l'aperçut. Il était en train de la coincer! Parfait!
- Qu'est-ce que tu ne veux pas dire? persévéra-t-il. Est-ce que tu as trahi, toi aussi, Armitage?
Son visage expressif lui dit tout. Il la tenait!
- C'est quoi? Un interrogatoire? C'est la méthode scandinave, ça aussi? se braqua-t-elle.
- Pour que tu avances, Rey, il faut que tu t'ouvres, continua le jeune homme, en ignorant délibérément ce qu'elle venait de dire.
Elle pencha la tête. Puis, ses lèvres se courbèrent pour former un sourire lumineux.
- Je m'ouvre, si tu t'ouvres, proposa-t-elle. Pourquoi est-ce que tu as réagi aussi intensément quand je t'ai parlé de la dernière carte, hier, quand je t'ai tiré au tarot?
Ben fronça des sourcils. Pourquoi partait-elle dans ce sens-là? Quel était le rapport? Il ne s'en méfia pas.
- J'ai été surpris, éluda-t-il, en haussant les épaules. On parle de toi, Rey. Qu'est-ce que tu caches à Armi–
- Est-ce que tu caches quelque chose, toi aussi? le coupa-t-elle.
Il était, petit à petit, en train de perdre les rênes de l'interrogatoire – de la séance privée de thérapie.
- Non, lâcha-t-il, catégorique. De toute manière, on parle de toi…
- Je suis certaine du contraire, susurra la jeune femme, obstinée.
Tous les deux étaient, dorénavant, assis sur le bout de leurs chaises respectives. Leurs genoux se frôlaient.
- Mais… C'est bon… Je vais te confier quelque chose, soupira faussement Rey.
Il se serait probablement réjoui de cette capitulation, si elle n'avait pas commencé à tracer de petits cercles sur sa rotule. Le jeune homme était presque hypnotisé par le mouvement de son index et par son toucher. C'était… Il voulait plus. Il voulait plus que cette légère caresse. Chaque fois qu'ils se touchaient, il avait l'impression de s'intoxiquer un peu plus et de devenir dépendant.
Ben aurait dû se lever, prendre la porte, abandonner cette mission policière et disparaître dans un endroit où il n'aurait plus aucune chance de la voir de quelque manière que ce soit – ou d'en entendre parler. Dans tous les cas, c'était ce qu'un homme intelligent aurait fait. Mais, de toute évidence, il était faible, car il ne bougea pas d'un poil.
- Arrête ça, grommela-t-il.
- Arrêter quoi?
- Ce que tu es en train de faire.
Elle papillonna des cils plusieurs fois, en prenant un air innocent. Il déglutit.
C'est à ce moment-là qu'il comprit qu'il venait de perdre tout pouvoir dans cette pièce.
- Tu n'aimes pas ça? reprit la brunette.
- Ce n'est… Ce n'est pas professionnel, bredouilla le policier.
- Oui, mais ce que je vais te confier ne l'es pas vraiment…
Elle se mordilla la lèvre, alors que les cercles commençaient à monter sur ses cuisses. Le jeune homme tenta de se rappeler qu'elle devait probablement faire cela uniquement pour provoquer Hux. Rien d'autre. Ce n'était qu'un transfert. Elle était en réaction face à ce que son petit-ami venait de lui avouer. Elle essaie de rendre jaloux quelqu'un qui n'est pas là? Ben avait l'impression qu'un petit diable sur son épaule chuchotait à son oreille pour le convaincre que c'était une bonne idée de la toucher, de s'emparer de ses lèvres, de…
- J'ai fait un rêve érotique, cette nuit, confia-t-elle, d'une voix qui semblait s'adresser directement à sa queue – qui, d'ailleurs, semblait vouloir montrer de la vigueur.
Le jeune homme toussota.
- Ça… Ça peut arriver.
- Est-ce que tu penses que c'est de l'infidélité quand ce n'est pas… Dans mon rêve, ce n'était pas Armitage, tu comprends.
Pour le bien de sa santé mentale, qui s'effritait de secondes en secondes, il valait mieux pour lui qu'il ne sache pas qui était dans ce foutu rêve.
- Je ne crois pas. Non. Les rêves sont… Un produit du cerveau. De l'imaginaire.
Rey dodelina de la tête et se releva pour se pencher vers lui. Ben agrippa les accoudoirs de sa chaise pour éviter de mettre son plan à exécution – c'est-à-dire, la faire atterrir à califourchon sur ses cuisses. De la manière dont elle se trouvait maintenant positionnée, il pouvait voir que de ses magnifiques yeux noisette, il ne restait qu'un petit cercle visible : le reste était gobé par la pupille noire dilatée. Ben était incapable de savoir si le fait que Rey puisse être, elle aussi, excitée, le confortait ou non. À bien y penser, ça ne faisait qu'ajouter de l'huile sur le feu.
- J'aimerais bien voir la réalité, chuchota-t-elle, la respiration saccadée.
Sa bouche était à moins de dix centimètres de la sienne. C'était un véritable cauchemar. Une véritable torture. Et, s'il abdiquait? Cela serait-il si mal que ça s'il succombait et l'embrassait? Ça ne mettrait rien en péril, n'est-ce pas? Oui, peut-être que…
- Euh… Ben? Excuse-moi? intervint, soudainement, son père, qui venait de pousser la porte du grenier et les fixait, incrédule. J'ai un urgent besoin de te consulter. Ça ne va pas du tout avec Leia.
La brunette s'était déjà reculée et regardait Ben comme si elle voulait lui dire qu'il ne perdait rien pour attendre.
- C'est beau, dit-elle, guillerette. De toute manière, on avait terminé.
Sans demander son reste, elle quitta le grenier sous le regard des deux policiers infiltrés. Ben fit de son mieux pour ignorer l'expression de suffisance qui ornait les traits de Han. Il avait envie de se frapper la tête contre l'un des murs. Qu'est-ce qui lui avait pris, bon sang? La trouver belle, fantasmer… C'était une chose. Mais là, ça commençait à aller trop loin. À vrai dire, ça avait commencé à aller trop loin avec les quelques pas de tango. Là, il était sur le point de dépasser une grosse limite. Et, il doutait de sa capacité à reculer.
Il n'écouta que d'une oreille son père lui faire la morale. De toute manière, Ben n'en avait pas de besoin, il était capable de s'en charger lui-même. Il était dans la merde.
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Au début de l'après-midi, Ben annonça au groupe qu'ils iraient faire de l'escalade. Ils devaient, pour se faire, se rendre à un endroit prévu à cet effet, une montagne dans le parc avoisinant de l'hôtel. Ils auraient besoin d'utiliser de l'équipement et chaque personne prit avec lui cordes et harnais. Voyant le ciel bleu commencer à s'assombrir, le policier suggéra aux participants d'amener des bottes en caoutchouc et des imperméables : l'activité aurait lieu même s'il pleuvait.
Le seul problème résidait dans le fait de trouver la montagne d'escalade. Ce qui, de toute évidence, ne semblait pas être une chose aisée.
Tout d'abord, parce que Ben n'avait aucune idée d'où elle se trouvait. Ensuite, parce que peu importe le nombre de fois qu'il tournait la carte du site pour la comprendre, elle restait, à ses yeux, indéchiffrable. Et, surtout, parce qu'il était constamment déconcentré. Le jeune homme fournissait tous les efforts du monde pour ignorer Rey, mais échouait lamentablement. Ses yeux étaient aimantés par elle – comme si elle était le Nord de sa boussole interne, qui de toute évidence, devait être défectueuse. D'ailleurs, il constata que le couple semblait s'être réconcilié au vu de la manière dont ils se tenaient la main en marchant. Il ressentit une petite pointe de jalousie l'étouffer.
Après deux heures à errer dans la forêt, le groupe commençait à se plaindre : certains avaient mal aux jambes, d'autres avaient froid, la plupart était surtout fatigués de marcher sans but.
- On est passé par ici, tantôt… ton tarot l'avait prédit! s'exclama Finn, à Rey. Tu m'avais dit que j'allais me perdre!
- C'est vrai! acquiesça Karé.
Elle se tourna vers son conjoint, affolée.
- Oh non! pleurnicha-t-elle. Rey a aussi dit que tu allais avoir des doutes amoureux… On va se séparer!
- On n'est pas perdus, réfuta Ben, qui voyait la catastrophe se profiler à l'horizon.
Pris d'une soudaine inspiration, il désigna un amoncellement de grosses pierres, plus loin.
- En fait, on est arrivés! annonça-t-il, en tentant de prendre un air assuré.
Sceptique, le groupe observa la « montagne d'escalade » et s'avança vers les pierres. Ben entreprit d'expliquer qu'il s'agissait d'un exercice de confiance et que chacun allait devoir assurer la montée de son conjoint. C'était ridicule. Ça faisait un peu plus que sept mètres de hauteur. D'ailleurs, Armitage lui fit remarquer qu'il pouvait toucher le dessus en se mettant sur la pointe des pieds.
- Ça se peut, mais…
- Voyons! C'est n'importe quoi! s'énerva Phasma.
La grande blonde semblait penser que lui sauter à la gorge serait bénéfique pour calmer ses nerfs. Malgré lui, Ben eut une grimace. Il pouvait comprendre Dopheld et sa légère crainte à l'égard de sa conjointe.
- Phasma… Je te sens fâchée…, verbalisa-t-il, en tentant de rester dans son rôle de psychologue.
- Va te faire foutre, Ben! reçu-t-il comme unique réponse constructive à son intervention.
Avec Rey, de préférence, pensa-t-il, immédiatement. Il eut, à nouveau, envie de se fracasser la tête contre quelque chose. Bon sang, qu'est-ce qui clochait chez lui ?!
- Oui… bon…, dit-il, en toussotant. Je vous suggère la prochaine activité, alors…
Là-dessus, ils marchèrent un peu moins de 500 mètres et atteignirent une petite clairière où des arbres étaient tombés. Ben invita les participants à s'asseoir dessus et expliqua ce qui allait suivre. C'était un exercice qui leur permettait de comprendre comment leur relation avec leurs parents influençait leur couple. Enfin quelque chose qui allait forcément les aider dans leur mission! Rey avait pratiquement été élevée par Palpatine… Elle en aurait, des choses à dire! Surtout en considérant son choix de petit-ami…
- C'est un safe space. Personne n'est ici pour se juger, ajouta-t-il. On est ici pour s'ouvrir et régler nos problèmes.
Le policier prit grand soin de ne pas regarder Rey, à qui il avait dit ces paroles avant… leur dérapage.
Poe commença. Il expliqua qu'il avait grandi, seul, avec son père et qu'ils n'avaient pas d'argent. Son père devait cumuler les emplois et cela faisait en sorte qu'il le voyait très rarement. Il avait appris à être responsable très vite et pour aider son père à joindre les deux bouts, il avait commencé à vendre du cannabis à onze ans. Finn, après, nomma que ses parents l'avaient abandonné et qu'il avait été transporté de famille d'accueil en famille d'accueil jusqu'à ses dix-huit ans.
- Je n'ai jamais connu ça, la stabilité. Et, je ne veux pas faire vivre ça à ma fille.
Phasma aborda, ensuite, la froideur de sa mère.
- C'était une femme froide et qui n'était pas affectueuse. Elle me faisait toujours me sentir laide. Je l'ai toujours perçue comme un modèle, argua-t-elle, avec fierté, qui fit arquer les sourcils de plusieurs.
Mitaka embraya en parlant du comportement violent de son père. Quand son père entrait dans la maison, son frère et lui allaient se réfugier dans leur chambre. Il expliqua que pour se libérer de cette crainte, il avait commencé à pratiquer des relations sexuelles BDSM et que ça l'avait aidé à trouver une paix intérieure.
Snap leur signifia qu'il avait une relation très fusionnelle avec sa mère et qu'elle l'avait allaité jusqu'à ses six ans. Eh bien… Ça pouvait expliquer plusieurs choses. Karé, quant à elle, avait vécu quelque chose de similaire à Phasma : cependant, elle avait ressenti la froideur de ses parents comme une véritable torture. En essuyant une petite larme, elle compara sa maison à Guantanamo.
- C'est pour ça que tu ne voulais pas aller à Cuba, l'année dernière? s'enquit Snap.
Ben eut du mal à ne pas rire.
Rose avait eu une enfance relativement heureuse, malgré le drame qui avait secoué sa famille. Elle avait vu sa sœur mourir, noyée, quand elle avait sept ans. La vietnamienne en faisait encore des cauchemars. Plusieurs participants furent touchés par son témoignage. Beaumont, lui, ne se contenta que de dire que c'était très freudien comme manière de mener une thérapie – personne ne fut touché par ce qu'il disait et tout le monde roula des yeux.
Han fut assez expéditif et se contenta de dire qu'il n'avait jamais connu ses parents.
- Mes parents étaient riches, expliqua Leia, à son tour. Ma mère était une couturière de mode très connue et mon père était dans l'armée. C'est ma nounou, Breha, qui nous a pratiquement élevée, mon frère et moi.
La quinquagénaire haussa des épaules. Elle avait fait la paix depuis longtemps avec l'absence de ses parents.
- Moi aussi, je n'ai pas vraiment connu mes parents, réagit Rey. Ils sont morts dans un accident de voiture quand j'avais six ans. Je suis allée vivre chez mon grand-père et… Je n'ai jamais eu une bonne relation avec lui.
Elle marqua une pause, cherchant à bien formuler sa pensée. Ben et ses parents se regardèrent, surpris de cette révélation. De ce qu'ils savaient, Palpatine était proche de sa petite-fille. Ils avaient assumé qu'ils devaient avoir une bonne relation.
- J'ai souvent pensé que je n'étais qu'un fardeau pour lui, résuma-t-elle. À l'adolescence, il m'a envoyée dans un pensionnat et ça s'est encore plus dégradé à partir de ce moment-là. C'est un vrai connard.
Comme s'ils avaient une discussion silencieuse et que le sujet n'était connu que d'eux seuls, Hux lui prit la main dans un élan protecteur. Ça ne rimait à rien, tout ça. Elle était censée être proche de son grand-père – et non, le détester. Et, pourquoi le bras-droit de Palpatine semblait en être parfaitement au courant et agissait comme s'il voulait la protéger du dernier membre de sa famille? Ça ne faisait aucun sens.
À travers tout cela, une partie de Ben eut la terrible envie de prendre la place de Hux : il voulait que ce soit sa main qu'elle serre, que ce soit lui qui la protège, que…
- Moi, c'est mon père qui était un vrai trou de cul, leur apprit Armitage. Pour lui, je n'étais qu'un objet. Il m'utilisait pour faire passer de la drogue, sans se faire prendre, ou pour faire de la… Enfin bref.
Hux releva la tête, soudainement, comme s'il cherchait l'appui de quelqu'un. Ses yeux passèrent de Rey à Rose.
- À cinq ans, il m'a offert un chat. Je l'avais appelée Millicent. Il m'a forcé à la tuer.
On pouvait entendre une mouche volée. Personne ne parlait. Tout le monde était stupéfait et choqué par les abominations que le rouquin avait dû subir. Sa petite-amie le prit dans ses bras afin de le réconforter.
- C'est beau, mon lapin. C'est important que t'en parles.
- Merci de votre partage, c'est vrai que c'est important d'en parler, soutint Ben. Si vous avez quelque chose à ajouter… Si vous avez besoin de dire quelque chose…
Le couple était mûr pour parler. Ça s'en venait. Il le sentait. Même ses parents semblaient être du même avis, car ils observaient la scène avec appréhension. Il fallait juste leur laisser quelques petites secondes et le tour était joué.
- Ben, on ferait peut-être mieux de rentrer? suggéra Poe, soudainement. La nuit va tomber.
Sa prise de parole fouetta tout le groupe, qui semblait reprendre conscience du temps et surtout de l'endroit où ils étaient. Déjà, quelques-uns se levaient. Non! Ça n'allait certainement pas être la nuit qui allait l'empêcher d'atteindre son but! Pas après cette journée où il n'avait fait que cafouiller!
- La prochaine activité est une surprise, improvisa Ben. Comment passer la nuit en forêt, en couple, sans équipement.
Juste une petite note à propos du passage sur le tarot : je suis allée avec mes connaissances sur le sujet et les recherches que j'ai faites! C'est un ajout de notre part à l'histoire et je sais que c'est très "à peu près". Mais on trouvait l'idée cool et que ça coïncidait bien avec la manière dont on développe Rey, ici!
Oh et, pour ceux qui ne le savent pas, "Bouillon de poulet pour l'âme" c'est une série de livres de développement personnel.
J'espère que l'histoire vous plaît toujours (parce que nous, en tout cas, on a beaucoup de plaisir hahahaha!)
