Comme chez soi
Lorsque Dean ouvre les yeux ce matin là, c'est pour découvrir que le petit réveil dans sa chambre du Bunker affiche 4h56. Un soupir fatigué franchit ses lèvres alors qu'il ramène son bras au dessus de lui et le laisse tomber mollement sur son visage. Son poignet repose sur son front tandis qu'il observe autour de lui sans vraiment faire attention à ce qu'il voit.
Sa chambre est plongé dans le noir, et pas un bruit ne se fait entendre dans le Bunker. Seule la faible lumière rouge émise par les chiffres du réveil à sa gauche éclaire un peu la chambre. Ses yeux, trop habitués à la pénombre encore, arrivent à se suffire de ce peu de lumière.
Dean soupire en bougeant son bras pour ramener le creux de son coude sur ses yeux. Son lit est confortable. Les draps sont chauds. Le silence agréable. Il n'a pas envie de bouger.
Il aurait aimé dormir plus.
La veille, Sam et lui étaient rentrés vers vingt et une heure d'une chasse contre des Nachzehrer. Ces espèces de goules vampires, les goule-pires comme les appelle Dean, qui vivaient en famille faite de contaminés et de transformés. Ils étaient une petite vingtaine et ils n'avaient pas pu atteindre le chef avant de les avoir tous décapités.
La première chose que Sam et Dean avaient désiré, l'un comme l'autre, une fois rentré, était de se laver. Mais si Dean avait eu hâte de retirer le sang séché sur sa peau et qui rendait ses vêtements encore poisseux, il avait laissé Sam y aller en premier tandis qu'il se contentait de se laver les mains pour faire deux sandwichs.
La fatigue s'était faite sentir dans chacun de ses membres et il lui avait même été désagréable de bouger. Ses muscles courbaturés n'appelaient qu'au repos. Et fatigué, la faim ne s'était même pas faite sentir.
Lorsque Sam était venu le retrouvé, propre et frais, frottant encore une serviette contre ses cheveux un peu trop longs, Dean lui avait dit de préparer le reste avant de s'enfuir vers la salle de bain. Il fallait absolument qu'il se débarrasse de la bave de ceux qui avaient tenté de le prendre pour un morceau de steak servit à point.
Ensuite ils avaient mangé par automatisme, sachant qu'il le fallait mais sans vraiment parler. Puis sans beaucoup plus de mots, ils étaient parti se coucher.
Dean grogne. Voilà que quelques heures plus tard, après avoir dormi à peine six petites heures, il se réveille. Sans raison apparente.
L'aîné Winchester bouge son bras de nouveau et se retrouve alors à fixer le plafond de sa chambre pendant de longues minutes. Il ne baille pas. Il est suffisamment reposé, en déduit-il. Après quelques minutes de plus, Dean inspire un bon coup avant de se redresser. Ce n'est que lorsque ses pieds nus touchent le sol frais qu'il expire.
Il se passe une main dans les cheveux jusqu'à la nuque avant de se lever. Il gagne le petit lavabo sur le mur à droite de la porte de sa chambre et finit de se réveiller en emmenant l'eau fraîche à son visage.
Puis s'habille rapidement. Mais pour une fois, il ne met pas ses chaussures. Il s'en tient aux chaussettes tandis qu'il sort de sa chambre. Ses pieds arpentent le sol froid en pierre qui fait le couloir du Bunker sans faire leur habituel bruit sourd à cause des semelles de ses chaussures.
En quelques pas, Dean rejoint la cuisine qu'il découvre vide. Sans surprise. Les lumières sont éteintes. Il n'y a pas le moindre bruit.
Castiel et Jack sont parti sur une affaire tout les deux depuis quelques jours déjà. Leur mère est avec Bobby dans le chalet de Donna. Et normalement, Sam dort encore à cette heure ci. Dean espère que ça soit bien le cas. Ça le rassurerait.
L'aîné Winchester s'approche du frigidaire pour l'ouvrir. Ses yeux parcourent les étages quelques secondes à la recherche de quelque chose pour un petit déjeuner mais rien de déjà prêt. Puis il songe que la faim ne le tiraille pas instantanément et qu'il a le temps de préparer quelque chose. Rien ne le presse. Pour une fois, il peut profiter et se faire plaisir.
Alors, il récupère les œufs, du lait et les pose sur le plan de travail. Puis il sort de la farine et les ustensiles pour préparer la pâte. Après avoir remonté les manches de son t-shirt gris foncé sur ses avant-bras, il se lance dans la conception de crêpes, un petit sourire aux lèvres.
Il espère en faire au moins une cinquantaine ! Il est sure que Sam appréciera d'en manger.
Une fois la pâte prête, il sort les garnitures qu'il va posé sur la petite table de la cuisine. Puis il attrape son portable dans sa poche qu'il a mit par automatisme en se levant. Même quand tout va bien et qu'il peut se reposer, il essaye de l'avoir toujours sur lui. Loi imposée par leur père qu'il a rapidement adoptée et approuvée. Réflexe qui sauve des vies de temps à autre.
Dean met du vieux rock qu'il aime tant et aux premières notes, le sourire sur ses lèvres s'agrandit. En agitant la tête sur le rythme des musiques, il entreprend de cuire les crêpes, une à une. Du Metallica en fond sonore, de la tranquillité et son frère en sécurité pas très loin. Il n'en faut pas plus à l'aîné Winchester pour se détendre et décider que finalement, cette journée sera agréable.
Il se met à fredonner tout bas sans faire attention aux minutes qui passent et aux chansons qui s'enchaînent quand il dépose la première crêpe dans l'assiette qu'il a destiné à accueillir la pile. Il veut pouvoir en manger toute la journée, Sam avec lui.
Il se souvient, quand ils étaient petits. Quand leur père allait interroger des gens pour ses affaires, Dean emmenait Sam dans un parc quelques fois. Son petit frère, qui jouait avec ses petites voitures ou son avion en plastique dans la voiture la plupart du temps à l'époque, affichait toujours un immense sourire solaire quand son grand frère le lui proposait. Et ils gagnaient le parc calmement mais avec plaisir.
Sam courrait rarement. Il a toujours été un enfant calme. Et pour Dean, qui devait le surveiller, c'était plus facile. Alors il l'accompagnait toujours en couvant un mini-Sam qui faisait rouler ses jouets sur toutes les surfaces qui passait à porté de main jusqu'à arriver au parc. Et même là bas en fait.
Dean le regardait faire durant des heures. Poubelles, bancs, barrières, fontaines. Tout y passait. Mais Sam ne s'éloignait jamais. Et après une poignée de minutes seulement, peu importe combien il était absorbé dans son jeu, il tournait toujours la tête pour chercher son grand frère de ses grands yeux noisette. Un grand frère qui souriait toujours au plus petit, le couvant d'un regard si protecteur et attentif, qu'il en était presque parentale.
Ce que Dean aimait cette petite bouille ronde qu'avait son petit Sammy durant l'enfance. Il regrette une seconde de ne pas avoir pu en garder un souvenir. Une photo peut être.
Il chasse ses sombres pensées en secouant la tête tandis qu'il dépose une nouvelle crêpe sur la petite demi-douzaine qu'il a déjà fait. Mais il ne sort pas de ses souvenirs. S'y replonge même avec délectation.
Et Dean pouffe en réalisant que Sam préférait jouer avec ses petites voitures que d'aller sur l'air de jeu pour enfant du parc. Ou aller avec les autres. Non. Sam ne se mêlait jamais aux autres enfants et ça a toujours rendu Dean un peu triste. Ce n'était pas normal. Mais la vie qu'ils avaient les y obligeait simplement. Alors, même quand un enfant plus courageux que les autres venait voir Sam sous le regard attentif de l'aîné, il ne restait jamais bien longtemps. Peu importe comment, Sam lui montrait qu'il était très bien tout seul. Et ça déchirait le cœur de Dean autant que ça le rendait fière.
Même tout petit, Sam n'avait besoin de personne. Et quand bien même ça arrivait. Quand bien même l'enfant montrait encore plus d'intérêt à son petit frère, Dean voyait alors Sam se mettre à courir vers lui, serrant son petit jouet contre lui. Il accourait vers son frère et venait se cacher à moitié derrière son dos sous les yeux étonnés de l'autre enfant et sous le rire attendri caché derrière un peu de moquerie de son grand frère.
Parce que Sam n'avait qu'à peine 6 ans. Et si il n'avait pas besoin des autres enfants ou d'adultes pour veiller sur lui, c'est parce qu'il avait apprit. Parce que tout ce dont il avait besoin, c'était de son grand frère.
Dean se rappelle parfaitement la petite main libre qui s'accrochait à ses vêtements ou qui se glissait dans la sienne. De ses grands yeux d'enfants qui le regardaient avec adoration et joie, comme si il était le monde entier.
Alors Dean, à chaque fois, ensevelissait la tristesse au fond de lui. Enterrait le constat de solitude qui animait la vie de son petit frère et la sienne. Il oubliait que ça n'avait rien de normal. Que Sam aurait du courir vers les autres enfants dès l'entrée dans le parc. Qu'il aurait dû chahuter, courir, grimper. Et que Dean aurait dû faire la même chose, à peine plus grand de 4 ans.
Mais il oubliait. Il oubliait parce que ce n'était pas leur vie. Ce n'était pas leur monde. Pas leur normalité.
La normalité, c'était Sam et lui. Juste Sam et lui. Et leur père. C'était tout.
Alors tant que Sam allait bien, Dean allait bien. Et c'est toujours le cas. Cette vérité n'a pas changé. Elle est toujours la seule règle que Dean suit comme une maxime qui l'aide à respirer. Vérité transformée en loi naturelle depuis le temps. En réalité immuable.
Et parfois, pour combler la solitude. Pour que Sam ne joue pas toujours tout seul. Dean allait jouer avec lui. Leur père n'aimait pas quand il faisait ça. Ne baisse jamais ta garde Dean. Veille toujours sur Sammy. Mais du haut de ses dix ans, Dean avait finit par comprendre que veiller sur Sammy, c'était aussi effacer la solitude de chaque cellule de son être. De remplacer la tristesse par des rires.
Et tant pis si ça voulait dire se laisser tomber à genoux dans le sable mouillé pour lui construire le plus magnifique des châteaux pour que Sam puisse y garer ses petites voitures. Tant pis si c'était toujours Sam qui choisissait et inventait l'histoire de leurs jeux. Tant pis si ça voulait dire le guider à la balançoire et le pousser encore et encore pour lui donner l'impression de voler quand lui aussi aurait bien voulu en faire. Tant pis ça voulait dire entendre les autres enfants du parc ayant son age se moquer de lui parce qu'il jouait avec les touts petits au lieux de jouer au foot ou au base-ball comme eux. Comme des grands.
Mais surtout, tant pis si ça voulait dire se faire disputer par son père une fois Sam endormi. Tant pis si les semaines suivantes et chaque fois un peu plus longtemps, son père devenait distant avec lui et l'observait de ce regard accusateur.
Tant pis parce que le rire et le sourire de Sam était tout ce qui comptait. Est tout ce qui compte encore maintenant. Sa raison de vivre.
Une autre crêpe finit sur la pile qui grossit lentement. Et un autre souvenir s'appelle à Dean, dupliqué par d'autres. Plus rares, mais tout aussi agréables pour Dean.
Parfois, quand Sam ne voulait pas jouer ou qu'il en avait marre. Quand il faisait trop moche. Quand Dean estimait qu'ils étaient assez sale alors il l'emmenait jusqu'au kiosque à friandise qui était parfois dans les parc. Et il laissait toujours Sam choisir entre une crêpe, un bretzel ou une glace. C'était rare. Rare parce qu'à chaque fois, Dean dépensait le peu d'argent qu'il avait et que ça incluait en demander à nouveau à leur père. Qui le regarderait de nouveau avec désapprobation. Qui le gronderait encore en lui disait qu'il était irresponsable et que l'argent, ça ne se trouvait pas comme ça.
Mais à aucun moment Dean ne l'avait regretté. Jamais. Parce qu'à chaque fois, il voyait le sourire de son petit frère devenir tellement large et grand, qu'il illuminait tout autour de lui. Il effaçait la noirceur en Dean, la tristesse, les réprimandes de leur père ou son regard désapprobateur et les remplaçait par un bien être si agréable que Dean en venait presque à se dire qu'ils étaient normaux. Avaient des vies normales.
Simplement deux enfants allant au parc après l'école. Et il se souvient si bien de cette manière de le remercier. Merci Dean. Six ans. Si petit et pourtant déjà si mature. Si calme. Ce n'était que deux mots. Simplement deux mots. Mais qui sonnait comme le monde pour l'aîné. Cette manière si particulière de prononcer son nom. Dean. Premier mot qu'avait réussir à dire le petit Sam. Dean.
"- Dean ?"
Cette intonation dans sa mémoire est encore si fraîche. Si vive. Comme si le temps n'avait pas filé, ne s'était pas écoulé. En renversant une nouvelle crêpe sur la pile, Dean s'attend presque à voir son petit frère de 6 ans débouler devant lui, une petite voiture dans la main. Serrée entre ses petits doigts.
"- Dean."
Cette fois, l'appelé sursaute. Non. Cette voix est trop réelle. Trop proche. Elle résonne trop fortement en lui. Fait vibrer sa poitrine d'une douce chaleur et apporte un baume et une tranquillité à son âme. A son cœur.
Puis le timbre n'est pas vraiment le même. Plus grave. Plus sourd. Moins enfantin. Trop grave pour être celle d'un enfant de 6 ans. Et ça le sort définitivement de ses souvenirs.
Alors Dean relève les yeux vers la provenance de la voix. Il n'a même pas besoin de la chercher. Il en trouve la source instinctivement. Instantanément. Réflexe physique. Conditionnement gravé dans chaque fibre de son être. Automatisme de survie.
Ses yeux verts trouvent Sam la seconde suivante. Il est là, debout dans l'entrée de la cuisine. Il n'a même pas encore descendu la marche qui sépare la pièce du couloir.
Dean le détaille. L'observe sous toutes ses coutures. Nouveau conditionnement chez lui. Réflexe instinctif et vital. Parce qu'il a besoin de s'assurer que Sam est toujours en bonne santé. Toujours. Pour se sentir vivant, son frère doit être en bonne santé et en sécurité. Dean ne jure que par ça.
Et Sam va bien. Il est mal coiffé et pas vraiment réveillé, mais il va bien. Dean a un sourit en coin, un peu moqueur, en avisant que Sam est en chaussettes. Aussi. Coïncidence ou destin déjà écrit ? Il détaille la tenue de son frère. Copie conforme. Jeu de miroir. Étrangeté faite de normalité.
Dean se demande soudain pourquoi il sent une douce chaleur au creux de son ventre et une satisfaction étrange parcourir tout son corps.
Ne devrait-il pas être énervé de trouver son frère habillé exactement pareil si on omet qu'il a opté pour du rouge sombre au lieux du gris pour le maillot ? Combien a-t-il entendu de dispute entre frères et sœurs dans les bars se plaignant que l'autre l'avait copié ?
Pourtant Dean est content. Satisfait. Parce que cette ressemblance. Cette imitation. Elle lui prouve leur proximité, à Dean. Lui cri leur lien et leur appartenance l'un à l'autre. Frères jusqu'au bout des ongles. Un même sang divisé en deux êtres. Simplement. Alors Dean est content de voir Sam être un duplicata de lui. Parce que malgré tout, Sam est Sam. Sans la noirceur qui habite Dean. Sans cette violence et cette colère qui couvent dans ses entrailles et qui font de lui quelqu'un de dangereux pour tout le monde.
Pour tout le monde sauf Sam.
C'est Sam qui le sort de ses pensées en faisant un pas vers lui. Il la descend cette marche avec un soupir fatigué. Et Dean le regarde faire. Se détend à nouveau, ne réalisant qu'en le faisant qu'il s'était tendu, déjà prêt à se battre. Chasseur jusqu'à la moindre cellule. Protecteur ne s'accordant jamais de vrai repos tant qu'il n'est pas sure de le pouvoir.
Et la main que Sam se passe dans les cheveux en baillant est la preuve dont Dean a besoin.
Oui. Sam va bien.
Là où d'autres s'inquiéteraient de savoir si l'autre a mal dormi, à bailler comme ça. Dean lui est rassuré. Rassuré parce que Sam est détendu au point de se permettre de bailler et d'avoir les yeux encore à moitié fermés. Détendu au point de venir s'affaler sur le tabouret posé sur le devant du plan de travail où se trouve Dean. Détendu au point de presque se rendormir, les yeux luttant pour rester ouvert tandis qu'il observe son grand frère faire les crêpes.
Alors Dean sourit et reprend sa cuisine. Il reprend ses dandinement qui ne se résument plus seulement à la tête à présent tandis qu'il termine une nouvelle crêpe et la pose sur la pile.
Ils sont cassés. Ne tournent pas rond. N'agissent pas normalement. Mais la normalité pour eux, elle est bien différente des autres.
"- Bah alors Sammy, pas réveillé ?"
Le concerné cligne des yeux, surprit de trouver son grand frère si joyeux. Mais un sourire étire ses lèvres tandis qu'il se redresse, croisant ses bras sur le meuble sous lui. Son regard glisse sur les crêpes plus loin et il inspire longuement, appréciant l'odeur agréable de ce que prépare son frère, avant de répondre d'une voix encore un peu endormie.
"- Heu... ouais."
Dean lève un regard amusé sur son frère à ce peu de répartie. Pas de doute, Sam va bien. Il est détendu et encore un peu endormi. Mais le regard brillant qu'il a ne trompe pas l'aîné.
Aujourd'hui sera une bonne journée.
Quand il voit Sam piquer la dernière crêpe qu'il a fait pour la déchirer en petit morceau et la manger, Dean attrape le torchon sur son épaule et lui envoie un coup à l'arrière du crâne.
"- Hé ! Je t'ai pas élevé comme ça. Tu pourrais attendre que ton grand frère ait fini avant de commencer à te goinfrer." Râle-t-il d'une voix faussement en colère, les sourcils froncés.
Sam pouffe de rire en baissant la tête, mais il porte un autre morceau de crêpe à ses lèvres. L'enfoiré. Il le nargue. Mais ça ne met pas Dean en colère. Non. C'est l'amusement qui s'éveille en lui. Amusement qui grandit quand Sam recommence. Déchire un nouveau morceau pour le guider à ses lèvres. Et cette fois il se permet même un petit gémissement de satisfaction.
Cette fois, Dean se fige. Ses yeux n'ont pas lâché Sam. La main tenant la spatule en suspend au dessus de la poile qu'il tient de l'autre, Dean cesse de respirer. Son regard rencontre celui de Sam pour s'accrocher et ne plus se lâcher. Et c'est comme si tout à coup, le temps se mettait en suspend à son tour.
Les deux frères s'observent sans bouger. Rien ne brise l'instant. La musique d'AC-DC qui résonne en arrière plan semble disparaître. Rien n'existe plus que l'autre face à eux. Rien d'autre n'a d'importance. Pourtant Sam finit par avaler sa bouchée. Tout petit geste qui déclenche comme une phase deux. Un étrange sentiment. Une étrange sensation les enveloppe et Dean à l'impression qu'une bulle vient de se former autour d'eux tandis qu'il observe son frère déglutir, avalant le morceau de crêpe en silence.
Mais c'est Dean qui se lèche les lèvres. C'est rapide et fébrile. Geste inconscient qui le choquerait à coup sure si il le réalisait. Geste qui n'échappe pas à Sam. Et Dean ne comprend pas pourquoi soudainement les pupilles de sont frère se dilatent. Pourtant un feu semble naître au fond d'elles. Mais il est contagieux ce feu, car Dean à l'impression qu'il brûle au creux de ses entrailles.
Alors il ouvre la bouche, Dean. A la recherche d'air. Parce qu'il a oublié de respirer et ça fait plusieurs secondes déjà. Des secondes qui continuent de s'étirer jusqu'à ce que les lèvres de Sam ne s'étirent en un sourire. Et soudainement, Dean réapprend à respirer. Ne respire que parce que son frère sourit. Ne vie que parce qu'il le voit heureux et détendu, sa cage thoracique s'élevant et s'abaissant lentement.
Bon sang. Est-ce que ça a toujours été comme ça entre eux ? Dean se pose soudain la question. Pas trop sure de savoir ce que signifie tout ce qu'il ressent tout à coup. Est-ce que son petit frère a toujours eu autant de pouvoir sur lui ?
Dean réalise que oui quand Sam émet un petit rire en portant un nouveau morceau de crêpe à ses lèvres. Et des fourmis parcourent ses veines, à Dean. Sans qu'il ne sache comment. Mais c'est l'effet qu'à le rire de son petit frère sur lui. Il en est sure. Une agréable gourmandise. Une friandise délicieuse dont il a toujours faim.
"- Elles sont bonnes au moins ?" Reprend-t-il d'une voix plus basse, plus douce mais qu'il veut aussi assurée que possible pour éviter de se trahir. De trahir tout ce que Sam remue en lui.
"- Ouais." Réponse faite d'un souffle appréciateur qui remplie Dean de joie et fierté. Juste un peu. "Mais heu... Dean ?"
"- Hm ?"
"- Pourquoi tout à coup tu fais des crêpes ? Qu'est-ce qui te prend ?"
Cette fois, Dean pince les lèvres. Il relève un regard ronchon vers son frère. Les fourmis ont disparut. De même que les braises dans son ventre. L'agacement s'empare de lui, accompagné d'un froid désagréable. La noirceur de son être revient au galop. Avec une petit voix que Dean essaye d'oublier. Une petit voix qui souffle un je te l'avais dit désagréable.
Quoi ? C'est quoi ces questions ? Pourquoi il a soudain l'impression de ne pas agir normalement ? De faire quelque chose d'étonnant et de bizarre ? Comme une seconde tête lui poussait. Son frère le voit-il à ce point comme une brute ?
"- C'est quoi le problème ? C'est une mauvaise chose de faire des crêpes maintenant ? C'est interdit ?!"
Voilà, Dean prend la mouche. Attaque comme il le fait toujours quand il se sent jugé, acculé. Montre les dents comme un animal sauvage. Se met sur une défensive agressive. Repousse avant de l'être.
Sam écarquille les yeux et se fige dans son geste à la réponse de Dean alors qu'il portait l'un de ses derniers morceaux de crêpe à sa bouche. Il observe son frère qui a la mâchoire serrée de contrariété et les yeux résolument baissés sur la poile. Regard qui lance des éclair à la pauvre pâte en train de cuire, comme si c'était elle la coupable. Il ne voulait pas. Vexer son frère n'était absolument pas son but.
Sam se sent bête. Bête de ne pas avoir faire attention à ses mots et à sa manière de dire les choses. Bête d'être si brutal juste parce qu'il n'est pas tout à fait réveillé. Bête de tuer dans l'œuf la bonne humeur évidente de son frère.
Alors il prend une mine contrite, Sam. Une mine coupable qui détend déjà un peu Dean. Il ne peut jamais résister à son frère triste.
"- Non. Bien sur que non. C'est juste agréable de trouver son grand frère en train de faire des crêpes pour le petit déjeuner."
L'agacement qui est apparut en Dean comme une tempête disparaît tout à coup. Comme une bulle de savon remplie de fumé qui éclate et disparaît en quelques secondes. Et soudainement, Dean ne sait juste pas quoi répondre. Soudainement, c'est lui qui se sent bête. Bête de s'être emporté comme ça. D'avoir amené une mine sombre sur le visage de son frère.
Mais tout ce qu'il arrive a faire, à répondre est un "hum" tandis qu'il continue ses crêpes. Alors il dépose d'office une crêpe dans les mains de son frère avant de poser celle qu'il vient de faire sur le tas, brûlante. Le saladier de pâte descend, petit à petit, tandis que le tas de crêpes augmente.
Sam relève le regard vers lui et son visage s'illumine tout de suite. Voilà. Dean se sent mieux. Drogué qu'il est au bonheur de son frère. La tristesse et la culpabilité quittent les traits de son frère et c'est Dean qui se sent réconforté et apaisé.
Et la chaleur revient quand Sam émet un petit rire. Il est plus discret et timide. Mais il est là et c'est tout ce qui suffit à Dean. Et si Sam rigole, c'est parce qu'il a comprit. La crêpe c'est un "pardon" un "j'aurai pas dû m'emporter". Mais Dean ne les dira jamais, ces mots. Et ça lui suffit à Sam. Parce que son frère est comme ça.
Après une nouvelle crêpe cuite, un mouvement attire son attention et Dean relève ses yeux verts sur son frère. Il l'observe évoluer dans la pièce, dresser la table pour deux personnes dans des gestes parfaitement rodés. Puis aller à la cafetière pour l'allumer et préparer une dose la plus importante possible. Enfin il va remplir et allumer la bouilloire.
Dean ne détache pas ses yeux de lui. Décortique chacun de ses gestes précis. Écoute le son à peine audible de ses mouvements. Est spectateur de sa respiration maîtrisée et silencieuse. Il en vient même à adorer les cheveux pas vraiment coiffés et trop long de son frère tandis qu'il lui caresse le front au rythme de ses pas.
Et soudain, il est fière, Dean. Fière de voir son petit frère si bien entraîné. Même si ça veut dire que leur vie est lamentable et triste, emplie de souffrances. Parce que devant lui, Sam transpire l'aplomb, la maîtrise et la force.
Oui. Sam est fort. Plus fort que n'importe qui.
Tout à coup, tandis qu'il observe son frère, il a l'impression d'observer un animal sauvage. Dangereux et calme, parfaitement à l'aise dans son environnement, mais toujours sur ces gardes. Sam lui fait l'effet d'un de ces gros félins, souple et tout en muscle.
Un lion ? Non, ça ne colle pas à son frère. Sam n'a pas besoin de troupe autour de lui. N'a besoin de personne pour chasser et ne se laisse surtout pas dorloter. Par personne d'autre que son frère en fait. Dean est le seul privilégier et il en est terriblement fière. Même leur mère n'arrive pas à abaisser les défenses de Sam au point qu'il la laisse le choyer comme il laisse Dean le faire.
Un Guépard alors ? Non plus, se dit Dean. Son frère est bien trop grand, bien trop fort, trop musclé, trop imposant pour être ce félin rapide tout en finesse. Un tigre alors peut être ? On s'en approche. Mais Dean continue d'être gêné par quelque chose. Ce n'est toujours pas ça. Toujours pas assez. Parce qu'un tigre est trop agressif pour que ça soit son frère. Trop présent, trop écrasant.
Soudain ça le frappe comme une évidence. Le jaguar. Oui. Son frère est un jaguar. Félin à peine moins gros qu'un lion ou un tigre mais qui n'a peur ni de l'eau ni des hauteurs. Chasseur crépusculaire ou nocturne, il est souvent la mort venu d'en haut, tapis dans les arbres. Calme, solitaire et ô combien efficace.
Dean sourit, fière d'avoir trouvé l'animal qui correspond à son frère. Et ça lui va si bien. Comme quoi, regarder des documentaires animaliers quand il s'ennuie a du bon des fois.
L'aîné Winchester est sorti de sa contemplation et de ses pensées quand il entend un "plop" juste devant lui. Il baisse les yeux sur la crêpe. Elle a brûlé et le bruit vient de la pâte qui a fait une bulle et a finit par exploser. Dean réalise qu'il était trop absorbé dans l'observation de son frère pour faire attention à sa crêpe. Trop absorbé dans ses pensées.
Sans un mot, Dean ouvre la poubelle en pressant le mécanisme avec son pied et jette la crêpe dans un mouvement de bras avec la poile. Le sac poubelle accueille le résultat noir avec un bruit que Dean espère ne pas avoir été entendu par Sam. Fierté inutile il le sait, mais fierté quand même. Non. Il n'a pas brûlé de crêpe en décortiquant son frère du regard. Pas du tout.
Il remplie l'ustensile d'une nouvelle louche de pâte avant de la remettre sur le feu. Ni vu ni connu. Il affiche un air neutre.
Son regard se tourne sur le saladier de pâte près de lui. Encore deux ou trois et il sera vide et bon à laver.
Lorsque la bouilloire a finit de chauffer, Sam se sert un thé. Dean le regarde faire, encore. Il n'a aucune idée du goût choisit. Il sait juste qu'il y en a des dizaines de sorte dans le placard. Ça ressemble bien à son frère de boire ça, tien. Thé ou infusion d'ailleurs.
Dean ne l'admettra jamais mais il préfère les infusions au thé. Il en prend parfois, quand il est seul et sure que personne ne le surprendra. C'est agréable. Plus sucré. Plus doux. Comme Sam.
Il fronce les sourcils à cette réflexion. Comme Sam. Pourquoi se sent-il obligé de tout ramener à Sam ? Surtout que ça sous entendrait qu'il a goûté son frère, ce qui n'est absolument pas le cas et... Non ! Définitivement Dean met ça sur le compte de la faim.
Parce qu'après tout, à faire les crêpes et à sentir l'odeur fruité du thé et l'odeur acre du café, l'estomac de Dean est plus qu'éveillé et réclame son dû.
Alors il n'oublie pas sa crêpe. Pas plus que les deux suivantes et la mini-crêpe pour finir le plat.
Mais alors qu'il lâche la poile pour laver le saladier le temps de laisser la pâte cuire, Dean sent Sam frôler son épaule. Son petit frère passe si prêt de lui, qu'il peut sentir la chaleur émaner de son corps de géant. Et encore plus quand Sam se penche légèrement près de lui pour attraper le saladier qu'il vient de poser sur l'égouttoir pour le sécher.
Quand sa crêpe est cuite, Dean éteint la plaque de cuisson. Il fait le tour du plan de travail et s'assoie là où était son frère. Cette fois c'est lui qui mange une crêpe en regardant son frère bosser tandis que ce dernier nettoie fouet, cuillère et poile.
Bon, c'est une toute petite crêpe qu'il mange, mais une crêpe quand même. Et merde, elles sont bonnes. Dean est fière de lui.
Comme Sam un peu plus tôt, il déchire la petite feuille de pâte pour en guider les morceaux à ses lèvres. Ses yeux sont rivés sur le dos de son frère. Il observe avec attention le jeu qui se passe devant lui. Observateur silencieux.
Les épaules qui roulent sous le t-shirt. Les bras qui bougent et tendent le tissu dans le dos. Le creux qui se forme dans le bas du dos de Sam lorsqu'il se redresse, légèrement caché par le tissu. La nuque qui se tend sous l'effort tandis que le cadet tourne ou baisse la tête.
C'est un spectacle que Dean observe de manière religieuse. Il ne réalise même pas à quel point il est absorbé. Ce n'est que lorsque son frère a finit et qu'il se tourne vers lui en s'essuyant les mains dans un nouveau torchon prit dans le placard que Dean reprend pied avec la réalité.
Mais il remet les pieds sur terre pour être percuté par le soleil, Dean. Parce que Sam lui sourit. De cette manière si éblouissante, si heureuse, qu'il en a la tête qui tourne. Pauvre petit Dean qui n'arrive pas à détacher les yeux de son frère quand il fait le tour du plan de travail pour aller jusqu'à la table, attrapant l'assiette de crêpes au passage. Pauvre petit Dean qui ne sait pas comme vivre autrement qu'à travers son petit frère.
"- A table maintenant !" S'exclame le grand petit frère en s'asseyant avec satisfaction sur un tabouret sans dossier fixé à la table.
C'est l'exclamation et le bruit sourd des fesses de Sam rencontrant l'assise qui ordonne à Dean de réagir. De sortir de son état hébété et contemplateur. Alors il pose un pied au sol, le grand frère. Puis il observe son cadet se servir une crêpe en s'approchant doucement pour aller s'asseoir en face de lui. Il se fait l'impression d'un papillon de nuit attiré par les réverbères à fixer ainsi son petit frère sans parvenir à faire autre chose.
Mais il ne peut pas continuer, Dean. Non. Parce que c'est trop flagrant. Parce que Sam va finir par s'en rendre compte. Alors il cligne des yeux en baissant la tête. Met plusieurs secondes à se retrouver. A se recomposer son habituel mur de défense. A cacher ses sentiments derrière son éternelle façade faite d'humour et de brusquerie. Façade faite du Dean que tout le monde voit. Qu'il fait superficiel, extravertie, dure et détaché de tout. Tout le monde qui n'est pas Sam.
Quand il y parvient, Sam a finit de recouvrir la moitié de sa crêpe de confiture à l'abricot. Il est appliqué à la plier consciencieusement. C'est une attitude qui fait sourire Dean. Une attitude que Sam a gardé de l'enfance.
"- Arrête de la sculpter, ça finira de la même manière." Lâche Dean en prenant une crêpe à son tour. Plus brusquement qu'il ne l'a vraiment voulu. Mais c'est pas grave. Parce que Sam ne le prend pas mal. Il grimace juste. Plisse le nez de cette manière que Dean trouve attendrissante.
"- Très classe, Dean." Râle-t-il en arrêtant pourtant d'être aussi consciencieux.
"- Que veux-tu, c'est tout moi. Je suis fait de classe."
Large sourire fripouille. Petit air de défit typique de l'aîné. Avec toujours cette envie d'ennuyer son petit frère. De le chercher et le faire râler. De le faire réagir.
Mais Sam se contente de lever les yeux au plafond avant de croquer dans sa crêpe. Il le connaît trop bien. Et ce matin il ne veut pas tomber dans le piège. Pas tout de suite en tout cas. Parce que son frère a fait des crêpes ! Et c'est trop agréable pour qu'il se laisse ennuyer.
Alors il savoure. Il savoure et il observe. Il observe son frère attraper la confiture de cerise pour en mettre une grosse cuillère au milieu de sa crêpe dans un "splartch" pas vraiment appétissant. Il ne l'étale même pas avant de plier la pâte.
Les sourcils haussés, la main en suspend à quelques centimètres de sa bouche, Sam observe son grand frère étaler la confiture avec ses doigts dans la pâte pliée, la répartissant sommairement. Puis il la roule en cône avant de croquer dedans avec un air profondément satisfait, les yeux à demi-fermé sur son petit frère.
Sam rigole à l'attitude de son frère et Dean lui répond avec un sourire plein de crêpe à la cerise qui fait grimacer le plus jeune. Ce qu'il déteste quand Dean fait ça. Répugnant.Mais Sam n'en perd pas l'appétit pour autant et continue de manger.
Le petit déjeuner se passe calmement. Fait de rires et de chamailleries enfantines. De ces joutes verbales qui n'appartiennent qu'à eux. De ces regards remplie de complicité et de tendresse qu'ils n'ont que l'un pour l'autre. Mais si Sam cale après trois crêpes, Dean lui en mange deux de plus. Il les mangent à toutes les saveurs : sucre, confitures, pâtes à tartiner, caramel, miel.
Mais même Dean finit par caler et il recouvre l'assiette encore remplie de crêpe du torchon qu'il avait toujours sur l'épaule et dont il ne s'est servit que pour rabrouer son frère.
Ils rangent ensuite tout les accompagnements pour les crêpes et mettent l'assiette au frais avant de se rasseoir pour siroter leurs boissons.
Sam pousse un soupir en se passant une main dans les cheveux. Il semble en proie à des réflexions fatigantes. Et Dean, toujours tourné vers son frère, toujours attentif à tout ce qui le concerne, les captent rapidement.
"- Qu'est-ce qui t'arrive ?"
Sam relève un regard surprit sur lui que Dean ne comprend pas. Bah quoi ? Il s'attendait vraiment à ce que Dean ne le remarque pas ? Il pensait vraiment être discret ?
Sam soupire une nouvelle fois et prend une gorgée de son thé avant de répondre. Ses yeux parcourent la pièce quelques secondes le temps d'emmener la tasse à ses lèvres et de prendre sa gorgée de liquide. Mais il revient sur Dean juste après. Toujours.
"- Il faudrait que je change mes draps. Que je nettoie ma chambre. Un bon coup de ménage."
Il est surprit, Dean. Il ne s'attendait pas à ça. S'attendait à plus grave. Mais ça lui convient. C'est suffisant. Et il aimerait que ce soit toujours comme ça. Que la seule chose qui puisse faire soupirer son frère comme ça, soit le fait de faire le ménage.
En face de lui, Sam est en train de pincer les lèvres dans une grimace un peu enfantine qui fait sourire l'aîné et attendrit son cœur. Après tout pourquoi pas ? Si son frère a envie de se lancer dans un grand nettoyage, Dean l'aidera. Et pas grave si c'est pas le printemps.
Mais il se demande, -t-il toujours aussi faible face à son frère ? Il soupçonne la réponse d'être oui. Et ça ne le dérange pas tant que ça en fin de compte.
"- Ok." Dit-il et Sam répond par un nouveau soupir fatigué avant qu'il n'ait le temps de terminer. "Je vais t'aider."
Cette fois, le regard que Dean récolte est surprit. Non. Plus que ça. Dean est fière de son effet. Il arrive encore à faire s'écarquiller les yeux de Sam comme lorsqu'ils étaient enfants. Oui, Dean est fière. Un rire inaudible secoue même son corps.
Et il se laisse décortiqué, sonder par le regard noisette face à lui. Si son frère à besoin de plonger son regard dans le sien pour qu'il réalise qu'il est sérieux, alors il le laisse faire. Il se laisse faire. Soutient son regard. Sourit simplement.
Puis la magie s'opère en Sam sous les yeux attentif de Dean. Il le voit se redresser puis se détendre. Ses épaules se relâchent. Pas qu'elles aient été tendues. Mais là, elles se relâchent comme si Sam venait de savourer un massage particulièrement efficace. Puis la fatigue qui s'était affichée sur ses traits en anticipation disparaît, remplacée par un soulagement et une reconnaissance que Dean peut parfaitement lire dans les deux billes marrons en face de lui.
"- Merci Dean." Murmure Sam, encore surprit, mais avec un sourire timide et tendre aux lèvres.
"- Mais !" Reprend Dean et il voit Sam froncer les sourcils. Oh oui, vas y petit frère méfies-toi, Songe-t-il en laissant de longues secondes s'écouler avant de terminer. "Tu devrais m'aider pour ma chambre aussi. Et pour l'Impala. Bébé aussi a le droit à un coup de propre."
Comme c'est magique. Devant lui, Sam change comme les guirlandes d'un sapin de noël. Les émotions se succèdes sur son visage, dans son regard, et Dean arrive parfaitement à les lire. Surprise. Compréhension. Résignation. Puis amusement et tendresse. Et tout à la fin, là, n'est-ce pas de la détermination même que lit Dean ?
"- D'accord. Ça me va. Si on a le temps on verra pour faire le reste du bunker pourquoi pas."
Soudain Dean se demande ce qu'il lui a prit. Ne vient-il pas de creuser sa propre tombe ? De condamner une de ses rares journées de libre à du rangement et du nettoyage ?
Un peu triste à cette idée, il finit sa tasse de café et la repose sur la table. Tasse qui disparaît de sous ses yeux, attrapée par la grande paluche libre de son frère qui se lève pour aller laver les deux contenants.
Et à nouveau Dean l'observe. A nouveau il fixe ses orbes vertes sur son cadet. Le couve du regard. Le décortique. L'imprime dans sa matière grise et sur ses paupières. Et sa décision, il la prend en une seconde. Peu importe. Oui. Peu importe. Parce que rien n'est plus précieux que le sourire de son frère qu'il peut voir, même là, alors qu'il est presque dos à lui.
Alors peu importe si il doit passer sa journée à ranger et à nettoyer pour que son frère continue d'être aussi joyeux. Aussi souriant. Aussi léger et tranquille. Dean le fera.
Et c'est sans se départir de son sourire qu'il suit son frère. Ils rejoignent la chambre du cadet, le portable de Dean que ce dernier tient dans sa main diffusant toujours le vieux rock qu'ils ont l'habitude d'entendre. Pourtant, quand Dean entre dans l'espace de son frère, il attrape l'épaule de ce dernier d'une main douce en lui tendant son téléphone.
Mais si l'aîné sent le regard surprit de son cadet sur lui, il ne croise pas les orbes noisettes. Son regard est trop occupé à observer curieusement l'espace privé dans lequel il est invité à entrer. Mais Dean, il s'avance dans la chambre pour prendre une étrange claque dans la figure. Parce que cette chambre, elle est emplie de l'odeur de son frère. Il la sent de partout. Tout autour. Sur lui, même. Comme si tout à coup, elle l'enveloppait. Le collait. L'imprégnait.
Dean a l'habitude d'arriver dans des endroits emplies d'odeur qui lui donnent l'impression de le prendre à la gorge ou de lui coller à la peau dès la première seconde. Mais ce sont toujours des odeurs désagréables. Le sang. La décomposition. L'urine et les défections. Le fer. L'humidité. La mort.
Mais cette fois, c'est différent. Différent parce que c'est l'odeur de son frère. Une odeur qu'il connaît depuis tout petit. Qu'il a senti évoluer en aidant son frère à grandir. Une odeur qu'il connaît par cœur. Qui le rassure. Le conforte. Parce que c'est l'odeur de son frère en bonne santé.
Une odeur qu'il sent régulièrement dans la voiture. Dans les chambres de motel. Mais parfois aussi à la table d'un restaurant ou d'un bar. Même dehors quand le vent tourne vers lui et lui amène la fragrance de Sam.
C'est une odeur agréable. Pourtant, là, dans cette chambre, Dean a l'impression que c'est un peu différent. C'est la même odeur pourtant, toujours aussi agréable. Mais c'est différent. Différent parce que cette odeur est si présente qu'il n'arrive pas à penser à autre chose. Parce qu'il ne sent que ça.
Différent, parce que ça lui plaît. Parce qu'il la hume comme un chien pour s'en approprier chaque nuance et l'analyser. Et Dean réalise qu'il aime vraiment cette odeur finalement. Alors il s'en repaît. Il la respire à pleins poumons. De manière discrète mais il gonfle le torse. En aspire le plus possible.
Dans une attitude craintive dont il n'a pas conscience, le plus vieux pose furtivement ses yeux verts sur Sam. Mais il est encore à l'entrée de la chambre en train de faire défiler quelque chose sur l'écran du téléphone. Après un dernier contact du pouce sur la vitre lumineuse, la musique s'arrête. Sam relève alors les yeux et les plonge dans ceux de son grand frère. Grand frère qui prend une attitude impassible.
Toujours trop fière pour afficher ce qu'il ressent vraiment au fond ou la moindre attitude qui pourrait être une faiblesse.
"- Tu es sure, Dean ?"
"- Ta chambre, ta musique".
Réponse courte agrémenté d'un sourire et d'un petit geste de la main fendant l'air, paume vers le bas. Est-ce que... Oui, c'est bien du rouge que Dean découvre sur les joues de Sam. C'est très léger. A peine visible. Mais Dean connaît bien trop son frère pour ne pas le remarquer.
Le sourire qu'il reçoit ensuite confirme sa vision. Il est timide et discret. Comme si... Comme si il devait rester cacher au reste du monde. Et au fond de Dean, quelque chose fond à cette idée. Fond ? Non. Pas que ça. Pas totalement. Une partie de lui gronde aussi, de satisfaction. Comme un animal heureux d'une friandise.
Tout à coup, il a du mal à avaler. Et il jette un nouveau regard furtif à son frère. Ouf, Sam est trop occupé sur son portable, là encore. Tant mieux. Parce qu'il lui faut quelques secondes pour encaisser à Dean. Cette sensation qu'il a senti naître aux tréfonds de son être le prend au dépourvue.
Il se reconnecte à la réalité quand il entend une nouvelle musique percer le silence. Ce n'est pas ce que Dean aime écouter d'ordinaire, mais pour une fois, il trouve le son agréable. Hors de question de l'avouer pourtant.
Il repose son regard sur Sam qui va poser le téléphone sur sa commode avant d'aller de l'autre coté du lit, à l'opposé de Dean. Puis un grand sourire étire les lèvres du cadet et Dean hausse un sourcil. L'instant d'après, vif comme l'éclair mais avec la précision d'un prédateur habitué, Sam attrape sa couverture et tire dessus pour la déborder du pied du lit avant de retirer la housse.
Et elle finit par terre atterrissant dans un bruit de vent après avoir été roulée en boule et lancée près de la porte, la pauvre housse. Et Dean, lui, il observe tout ça. Il bouge pas. Décortique une fois de plus les gestes rapides de son cadet. Apprécie les muscles qui roulent sous la peau.
Mais soudain tout s'arrête et Dean cligne des yeux. Sam ricane et l'aîné plonge son regard dans celui de son frère. Frère qui soutient son regard. Oh. Oh... Dean se reprend très vite. D'accord ! Si Sam veut jouer à ça, alors il va jouer. Il attrape l'oreiller devant lui et le retire de la housse qui finit sa course près de la porte elle aussi. Puis il fait la même chose avec l'autre en se demandant pourquoi son frère a deux oreillers.
Il ne réalise même pas sa réflexion tandis qu'il agit vite et mécaniquement. Non. Il se dit juste que son frère dort seul. Il est célibataire. Pas besoin d'avoir deux oreillers. Il en a bien qu'un lui...
Une fois terminé, il pose les deux oreillers sur la chaise du bureau de son frère. C'est à ce moment là qu'il entend un rire. Et quand il relève les yeux, Dean, il découvre son frère en train de rire et de le fixer.
Mais devant lui, Sam secoue la tête de manière amusée et désabusée, encore secoué par un rire. Puis il se penche en avant pour attraper un coin du drap de matelas avant de relever les yeux sur son aîné et de hausser les sourcils, attendant qu'il agisse à son tour. Alors il attrape le coin de son coté et tout les deux le retire avec un mouvement miroir. Puis Dean le lâche et il observe son frère rouler en boule le drap dans ses bras.
Sam récupère ensuite le reste des draps avant de quitter la pièce. Dean le regarde sortir et s'enfoncer dans le couloir en direction de la buanderie. Et Dean se retrouve seul. Seul dans la pièce attitré de son frère.
Encore une fois, son odeur qu'il sent partout autour fait réagir ses sens. Il a envie de s'en gorger pour l'éternité. Pourtant il lui manque quelque chose. Et il sait en une seconde ce qu'il lui manque. Ce quelque chose c'est Sam. Parce que l'odeur de Sam est partout de lui, mais il n'est pas là.
Mais Sam revient vite. Et il revient les bras chargés de draps propres. Il les pose tous sur la commode à l'exception du drap de matelas qu'il déplie et tend en parti à l'aîné. Tout les deux, ils refont le lit, calmement, sans un mot.
Ils n'en ont pas besoin. Ils sont parfaitement synchrone. Et une nouvelle fois, une satisfaction étrange brûle au creux des entrailles de Dean. Une satisfaction liée au fait qu'il n'y a qu'eux. Seulement eux.
Mais au moment de remettre les housses sur les oreillers, Dean lance l'un d'eux à son frère. Frère qui manque cruellement de réflexes à se moment car, plutôt que l'attraper quand il se retourne, il le prend dans la tête. Et Dean, tout ce qu'il arrive à faire, c'est cligner des yeux. Perdu face à ce manque de réflexe et cette bouille surprise qu'affiche Sam.
L'aurait-il lancé trop vite ? Et si ça avait été autre chose qu'un oreiller ? L'effroi prend Dean aux tripes quand il songe qu'il aurait pu blesser son frère. Ou le tuer. Non ! Inaccep'...
Ses pensées s'arrêtent nettes avec le choc doux-brutal d'un oreiller qu'il reçoit en pleine figure à son tour. Arme d'un crime enfantin qui tombe entre ses mains tandis que l'agresseur échappe un rire franc et amusé. Et l'effroi qui commençait à le gagner disparaît comme neige au soleil au son mélodieux qui résonne à ses oreilles.
Et il lui faut quelques secondes, à l'aîné, pour reprendre ses esprits. Quelques secondes pendant lesquelles il se repaît du rire du cadet. Pendant lesquelles il fixe ses yeux verts sur son grand dadet de frère qui se moque ouvertement de lui à présent. Pendant lesquelles il se gorge de la vue à sa porté et des mouvements d'un corps parfaitement musclé secoué par le rire.
Mais il ne peut pas en rester là. Alors, dans un geste souple, il relance l'oreiller sur son frère, mais ne s'arrête pas là. Non. Pourquoi faire, alors qu'il à le second oreiller juste sous la main ?
Il va lui apprendre à se moquer de lui !
S'en suit une bataille d'oreiller qui les ramènent dans une enfance qu'ils n'ont jamais vraiment connu. C'est à celui qui demandera grâce en premier. Ou plutôt, qui rira trop pour être capable de riposter. Perte par abandon.
Et on dirait bien que ce perdant, c'est Sam. Un Sam qui s'écroule de rire en se protégeant pathétiquement et de manière inefficace la tête tandis qu'il se tortille sur le lit. Alors qu'à genoux sur ce même matelas, légèrement au dessus de son frère, un Dean intraitable continue ses assauts. Encore et encore.
Des assauts qui paraissent violent alors qu'à l'intérieur, Dean jubile un peu. La chose en lui gronde de nouveau. Un peu plus. Ses entrailles prennent de nouveau feu. La satisfaction emplie chaque parcelle de son être. Parce que sous ses yeux, Sam rit à en perdre le souffle. A en avoir les larmes aux yeux. A se tortiller comme un poisson hors de l'eau. Mais surtout, parce que Sam ne parvient pas à dire grand chose de plus en dehors de son prénom, le rire lui coupant le souffle.
Alors il continue ses assauts, Dean. Jusqu'à ce que Sam lui attrape le poignet et le fasse basculer, inversant leurs positions et le coinçant de son corps.
Et pendant une seconde, Dean ne jubile plus. Il panique même. Parce que son frère prend le dessus. Parce que son frère le plaque en dessous. Parce que son frère se laisse tomber sur lui, encore secoué par les rires. Parce que Sam est trop proche. Trop... Dean refuse d'y penser. Il fait tout pour s'en empêcher. Mais il sent parfaitement le corps musclé allongé sur lui et les contractions dues au rire à travers les vêtements. Parce que cette proximité et se contact accélère bien trop son rythme cardiaque et sa respiration qu'il fait tout pour essayer de maîtriser pourtant.
Mais pourtant, jamais il n'essaye de pousser son frère, Dean. Il le laisse là. Se maudit de savourer autant ce moment. Se maudit de sa faiblesse et de se laisser ainsi faire. Se fustige de se laisser utiliser comme un matelas par un Sam qui peine à se calmer et à ne pas vouloir mettre fin à cette situation.
Mais, il finit par se redresser, Sam, en prenant appuie sur ses bras pour récupérer plus facilement son souffle. Et ce moment débloque Dean. Lui redonne un semblant de contrôle sur ses émotions. Lui fait réaliser qu'il doit réagir. Alors il donne un petit coup de poing dans l'épaule de son frère en prononçant un "t'es lourd", Dean. C'est tout ce qui lui vient tandis qu'il entend battre son sang à ses tempe et qu'une bestiole semble se tortiller dans son ventre.
"- Ah ouais ?"
Dean réalise les mots de Sam bien trop tard. Et voilà la gentille bataille repartie.
Mais cette fois, Sam s'assoie à califourchon sur son frère pour le tabasser violemment à coup de coussins moelleux. Et il condamne un peu plus son aîné sans le savoir. Parce que même si cette fois Dean se tortille et rigole. Essaye de se protéger avec ses bras en les relevant devant sa tête. La chaleur au creux de son ventre augmente et il sent un brouillard envahir ses pensées.
Le parfum de son frère semble s'imposer à lui et sa chaleur le réchauffer comme les rayons du soleil sur la peau d'un lézard.
Et il est perdu, Dean. Encore une fois. Il est perdu face à son frère. Perdu face à ce jeu. Perdu face à cet instant. Parce qu'alors qu'il se débat, qu'il se tortille, il sent les jambes de son frère se resserrer autour de sa taille. Son poids se faire plus pesant sur son corps. Et la chaleur qu'il peut sentir à travers le tissu, montant de pair avec la rapidité de leurs souffles tandis qu'ils se chamaillent gentiment l'empêche de penser. Et quand bien même il y arrive, le rire qui le secoue rompt toute possibilité.
Oui, il est perdu, Dean. Perdu parce qu'il savoure un peu trop ce moment. Parce qu'il se tortille un peu trop. Parce qu'il n'est pas le moins du monde dérangé par les muscles qui se contractent contre lui pour le maintenir en position. Parce qu'il ne veut plus jamais bouger d'ici. Parce qu'il songe même une seconde à plus que juste une bataille d'oreillers. Parce que on frère peut bien le frapper autant qu'il veut avec ce truc moelleux, tant qu'il le sent contre lui ça lui va. Mais surtout, parce que là, sous son frère, dans cette pièce remplie de son odeur, dans ce bunker qui leur sert de maison, il est enfin comme chez lui.
Et il réalise trop tard qu'au dessus de lui, Sam ralenti ses gestes petit à petit. Jusqu'à finir par s'arrêter. Il réalise trop tard le regard intense dont il est la cible. Il réalise trop tard que le sourire a quitté les traits de Sam, remplacée par un sérieux intense, profond, étrange.
Mais il la sent parfaitement, cette électricité dans l'air. Ils la sentent tout les deux. Et tout deux savent parfaitement que l'autre en a conscience aussi. Mais ils ne bougent pas. Ni l'un, ni l'autre. Ne parlent pas.
Ils s'observent, simplement. Et avec ce simple échange visuel, ils semblent enfin se dire tout ce qu'ils n'arrivent pas à dire avec des mots. Tout ce qu'ils refusent de dire. Tout ce qu'ils s'interdisent de dire. Mais aussi de penser.
Et ils basculent, l'un comme l'autre.
Parce qu'après plusieurs minutes, Dean sait. C'est trop lent pour être visible. Trop discret pour être senti. Parfaitement silencieux pour être entendu. Et pourtant il sait. Sam bouge au dessus de lui. Enfin.
Il se penche. De cette manière indétectable. Avec la discrétion et la lenteur d'une plante en train de grandir.
Mais Dean sait.
Et il manque de sursauté quand le mot "enfin" s'imprime dans son esprit et résonne aussi fortement que l'explosion d'un volcan. Il se maudit ensuite. Il se maudit de penser ça. Il se maudit de ne pas bouger. De ne pas l'écarter. De ne pas parler. De ne pas l'arrêter. Parce qu'il sait qu'un simple mot arrêterait son frère.
Oh, oui. Il se maudit, Dean. Il se maudit d'être si faible face à ce frère pour qui il donnerait tout. Pour qui il a déjà tout donné. Tout abandonné. Tout...
Ils sursautent tout les deux. Clignent des yeux, tout les deux. Mettent plusieurs secondes à comprendre qu'un bruit s'impose dans la pièce. Que la musique qu'ils n'entendaient même plus vraiment s'est arrêtée. Qu'elle a été remplacé par un bruit de vibration.
Lentement, ils réalisent, l'un comme l'autre. Le portable.
C'est le portable de Dean qui sonne. En mode vibreur, il sonne sur la commode en bois.
Et Sam est le premier à réagir. Mais Dean reste paralysé. Est-ce qu'il a vraiment entendu son petit frère soupirer ?
Ses yeux fixe Sam qui bouge dans la pièce. Il l'observe, totalement perdu et décroché à la réalité. Il le regarde se lever souplement et aller jusqu'au téléphone, avant de répondre. Et Dean, lui, est coincé. Comme cloué sur ce lit qu'ils viennent de refaire. Coincé dans un beug qui l'empêche de penser. Trop occupé à observer son frère comme à travers un brouillard. Trop occupé à réaliser le froid qu'il ressent soudainement partout, même là où son frère n'était pas en contact avec lui, comme si tout à coup il était plongé dans la glace. Trop occupé à se maudire. Trop occupé à aimer et désirer ce qu'il ne doit jamais espérer.
Encore une fois.
Quand Sam raccroche, sa mine est sombre. C'est tout ce qu'il faut à Dean pour se redresser. Tout ce qu'il faut pour qu'il reprenne le dessus. Tout ce qu'il faut pour qu'il reprenne pied dans la réalité. Il sait ce que veut dire la mine soucieuse de son frère.
Une chasse.
Ils ont du travail.
Sans un mot, Sam jette son téléphone à Dean qui l'attrape facilement et sort un sac de sa commode qu'il commence à remplir. Alors il quitte la pièce, Dean, rejoint sa chambre, va préparer ses affaires et ses armes.
Ils ne restent jamais au repos bien longtemps. Il y a toujours un monstre quelque part. Quelque chose à combattre.
En moins d'une dizaine de minutes, l'Impala est chargé et ils quittent le bunker. Tant pis pour la chambre de Sam pas finit d'être refaite. Tant pis pour celle de Dean dont ils ne changeront pas les draps aujourd'hui. Et tant pis pour l'Impala qui n'aura pas été lavé.
Et tant pis pour cette journée si agréable qui s'arrête pourtant là.
La chasse à la Mort n'attend pas. Ils ont du travail.
