Thème du jour : Caprice

Contexte : Soulmate!AU


Cersei Lannister et Sansa Stark n'avaient, de l'avis de tout le monde, rien à faire ensemble, mais le destin, par un caprice, en avait décidé autrement.

Tout commença lorsque Cersei se rendit à Winterfell avec Robert pour que celui-ci demande à Ned Stark d'être sa nouvelle Main. Elle ne songea même pas que la marque sur son bras, représentant un flocon de neige surmonté d'une couronne, pourrait se parer de couleurs lors de cette visite. Comme tout le monde, elle était née avec une telle marque et celle-ci, qui était toujours présentement grise, était censée se colorer le jour où elle adresserait la parole à son âme-sœur pour la première fois.

Cela faisait trente-six ans qu'elle demeurait grise et Cersei avait plus ou moins abandonné l'idée de connaître un jour l'amour.

Bien mal lui en avait pris.

Cela se produisit le premier soir, lors du banquet. Sansa, la fille aînée de Ned Stark, vint la saluer d'un air timide et impressionné. Cersei n'avait pas dit trois mots qu'elle sentit son bras la brûler brièvement mais intensément. Livide, elle comprit immédiatement ce que ça signifiait, et cela se confirma un peu plus tard quand elle remonta sa manche et constata que la marque était à présent colorée.

Horrifiée, elle se demanda comment Sansa Stark, une jeune fille de treize ans à peine, pouvait être son âme-sœur. Une part d'elle priait pour que ce soit une erreur mais, hélas, il n'y avait pas de doute possible. Et, le regard que Sansa posa sur elle le lendemain lui confirma qu'elle aussi avait ressenti cette brûlure et surtout, qu'elle avait compris ce que cela signifiait.

Ce ne fut que quelques mois plus tard que la jeune fille vint lui adresser la parole, au détour d'un couloir du Donjon Rouge.

« Majesté... ne devrions-nous pas en discuter ? »

« Discuter de quoi ? » répondit sèchement Cersei.

Sansa avait de toute évidence été bercée par les livres et les ballades narrant des histoires romantiques d'âmes-sœurs s'aimant jusqu'à la fin des temps, mais Cersei ne pouvait lui laisser espérer que cela se produise dans la réalité.

« De cette marque que nous avons sur le bras. »

Elle remonta sa manche et Cersei se retrouva face à face avec le bien trop familier flocon de neige surmonté d'une couronne.

« Il n'y a rien à en dire. »

« Les âmes-sœurs sont faites pour être ensemble. »

« Tu es bien trop jeune, » trancha Cersei. « Tu n'es encore qu'une enfant. »

Contrairement à ce qu'elle avait espéré, Sansa ne se découragea pas. Bien au contraire.

« J'attendrai. »

Et elle attendit.

Pas un jour ne passa sans qu'elle ne recherche la compagnie de Cersei, même s'il ne s'agissait que de faire une promenade dans les jardins ou de broder en silence à ses côtés. La reine finissait par céder, lasse de sans cesse essayer de la repousser. Un matin, elle manqua de prudence et revêtit une robe dépourvue de manches, et cette décision ne fut pas sans conséquences : Ned Stark aperçut sa marque et lui jeta un regard horrifié.

« Je n'ai rien fait, » se défendit Cersei.

« Sansa passe ses journées avec vous. Vous... »

« Je ne l'ai pas touchée ! Ce n'est qu'une enfant. Et, même si elle était plus âgée, il ne se passerait rien. Elle est promise à mon fils. »

Ned continua de protester mais Cersei reprit sa route et n'y fit pas attention. Lorsqu'il perdit sa tête quelques semaines plus tard, elle ne put s'empêcher d'éprouver une pointe de soulagement : à présent, plus personne ne lui jetterait de regards dégoûtés à longueur de journée.

Avec son père mort et sa sœur disparue, Sansa se mit à passer encore plus de temps en sa compagnie, et Cersei n'eut pas le cœur à la repousser. Et puis, elle devait bien admettre qu'elle appréciait sincèrement la jeune fille, qui par bien des aspects lui faisait penser à celle qu'elle était autrefois. Lorsque Joffrey mourut pendant la bataille de la Néra, ce fut au tour de Sansa de la réconforter pendant de longues heures et de sécher ses larmes, quand bien même elle avait haï le jeune roi de toute son âme.

La veille de son mariage avec Tommen, Sansa vint rendre visite à Cersei dans ses appartements.

« Ce mariage ne change rien pour moi. »

Prenant son courage à deux mains, elle s'approcha de Cersei et approcha son visage du sien, mais la reine se détourna.

« Tu n'as que quinze ans. Ce n'est pas assez. »

« Et quel âge sera assez ? »

Elle lui demandait de lui donner un chiffre, quelque chose à quoi se raccrocher, quelque chose pour apaiser son cœur à vif.

« Vingt ans, » lâcha Cersei avec réticence.

Sansa acquiesça et quitta la pièce.

Cersei savait qu'elle attendrait, et c'est ce qu'elle fit. En temps que femme du roi, elle remplit son devoir et lui donna un fils. Après sa naissance, il se murmura que les époux ne partageaient plus le même lit.

Sansa ne tenta plus d'embrasser Cersei mais ne renonça pas à passer ses journées avec elle. Au cours des cinq longues années qui suivirent sa première tentative, Cersei se surprit à lui jeter des regards différents, et son cœur se mettait de en plus souvent à battre plus vite dès que la louve était dans les parages.

Le matin des vingt ans de Sansa, elle l'attendit assise sur le bord de son lit, les mains croisées sur ses genoux. Elle savait qu'elle viendrait.

Comme elle l'avait prédit, son âme-sœur vint la retrouver et, cette fois, n'hésita pas avant de capturer ses lèvres d'un baiser. Lasse de résister à ses sentiments, Cersei le lui rendit bien volontiers.

« Je t'aime, » murmura Sansa, les yeux brillants.

Cersei appuya son front contre le sien.

« Je t'aime aussi. »

Se cacher ne leur traversa même pas l'esprit et bientôt, toute la cour fut au courant de leur relation. On murmurait qu'elles n'avaient rien à faire ensemble mais, exhibant fièrement la marque sur leur bras, Cersei et Sansa s'en moquaient.

Le destin les avait réunies par un caprice mais, à chaque fois qu'elles s'embrassaient passionnément, elles songeaient qu'elles n'auraient pas voulu d'autre âme-sœur.