Thème du jour : Règle
Contexte : UA où il n'y a pas eu de guerre
Le visage tordu par la souffrance, Cersei était présentement pliée en deux sur son lit et se mordait les lèvres jusqu'au sang pour ne pas gémir sous l'effet de la douleur – il était en effet hors de question que quelqu'un qui passerait par hasard dans le couloir l'entende et la surprenne dans un tel moment de faiblesse.
Fort heureusement, elle ne se retrouvait pas dans cet à chaque fois, mais elle était bien obligée d'admettre que depuis qu'elle avait eu ses premières règles, elle avait bien trop souvent goûté aux joies des douleurs menstruelles. Elle n'en avait jamais parlé à personne, et elle se serait peut-être confiée à sa mère si celle-ci était encore en vie, mais puisque ce n'était pas le cas, Cersei gardait cela comme un secret un peu honteux qu'elle voulait à tout prix dissimuler aux yeux trop curieux de la cour.
Cette fois-là ne faisait pas exception à la règle – Cersei s'était retirée dans ses appartements dès l'apparition des premières gouttes de sang – mais le hasard fit que Sansa Stark avait visiblement quelque chose à lui dire puisqu'elle vint frapper à la porte de sa chambre.
« Majesté ? »
Cependant, Cersei ne l'entendit même pas, et Sansa prit son silence comme une invitation à entrer.
« Majesté, je... »
En la voyant recroquevillée ainsi sur elle-même, elle se figea, et son visage prit la couleur de ses cheveux.
« Je suis désolée, Majesté. »
Pour une raison inexplicable, Sansa s'était attachée à elle et s'employait à passer la majeure partie de son temps en sa compagnie, qu'elle préférait même à celle de Margaery Tyrell. Si Cersei en était parfois agacée, elle avait aussi fini par se prendre d'affection pour la jeune louve et une étrange amitié les unissait désormais.
« Peu importe, » soupira Cersei. « Laisse-moi, veux-tu ? Je ne suis pas en état de faire quoi que ce soit, aujourd'hui, y compris bavarder. »
Sansa eut un mouvement de recul, un air d'hésitation sur les lèvres, avant de s'asseoir sur le bord du lit.
« Je peux simplement vous tenir compagnie. Je vous promets de ne pas vous déranger. »
Sachant qu'elle pouvait se montrer véritablement obstinée, Cersei céda rapidement, n'étant pas d'humeur à se disputer.
« Fais comme tu veux. »
Comme convenu, Sansa garda le silence et broda pour s'occuper – elle venait la visiter si souvent qu'elle laissait désormais ses affaires de broderie dans la pièce. Cersei, qui avait très peu dormi la nuit précédente, finit par s'assoupir.
Lorsqu'elle se réveilla environ une heure plus tard, une sensation horriblement familière la fit presque paniquer. Se lever lui confirma ce qu'elle craignait : une grosse tache maculait à présent les draps et elle sentait du sang couler le long de ses cuisses.
Mortifiée, elle n'osa pas regarder Sansa dans les yeux. Celle-ci lui pressa brièvement la main pour la rassurer.
« Ne vous en faites pas, Majesté. Ce sont des choses qui arrivent. »
Justement, Cersei faisait toujours tout pour que ce genre d'accident n'arrive pas, quitte à ne pas dormir de la nuit. Paralysée, elle ne savait guère comment réagir.
« Restez ici, » fit gentiment Sansa. « Je reviens. »
Toujours morte de honte, Cersei se mordit la lèvre et attendit le retour de Sansa, qui heureusement ne tarda pas. Elle apportait avec elle une bassine d'eau ainsi que des langes propres.
« Vous pouvez vous nettoyer et vous changer. »
Cersei lui murmura un merci alors que Sansa, détournant respectueusement le regard, se dirigea vers son armoire pour lui dénicher une robe propre. Toujours tremblante, Cersei se déshabilla et nettoya soigneusement le sang qui avait coulé sur ses cuisses.
« Voulez-vous que je fasse quérir une de vos femmes de chambre pour vous aider à vous habiller ? »
« C'est... c'est inutile. Tu peux m'aider, si tu le souhaites. »
Elle avait choisi pour elle une robe vert foncé – elle avait toujours dit que cette couleur mettait particulièrement ses yeux en valeur. Cersei, qui ne portait qu'une culotte, ne manqua pas de remarquer les quelques regards appuyés que Sansa posa sur son corps. L'admiration qu'elle y lut lui fit un drôle d'effet.
La louve l'aida à enfiler la robe puis la laça attentivement.
« Et voilà, » sourit-elle.
Cersei lui offrit un petit sourire crispé.
« Merci. Et... désolée pour ce spectacle peu ragoûtant. »
Sansa haussa les épaules.
« Ce sont des choses qui arrivent à toutes les femmes, Majesté. Il n'y a rien de honteux ou de dégoûtant là-dedans. »
« La plupart des hommes ne seraient pas d'accord avec toi. »
« La plupart des hommes sont des idiots. »
Cersei la dévisagea avec une certaine stupeur. Avait-elle donc définitivement renoncé à attendre son prince charmant ?
Sansa lui déposa un baiser sur la joue, la faisant sursauter.
« Si vous vous sentez un peu mieux, voudriez-vous faire une promenade dans les jardins avec moi ? »
Cersei acquiesça doucement.
« J'aimerais beaucoup ça. »
