Thème du jour : Courage

Contexte : suite de Début et Cascade


Cersei Lannister avait plus de courage que le plus brave des chevaliers.

C'était ce que se répétait Sansa chaque matin alors qu'elle la regardait partir pour le bordel où elle travaillait et aussi chaque soir lorsqu'elle la voyait revenir un peu plus brisée que la fois précédente. Et, pourtant, elle continuait, parce qu'elle n'avait pas le choix – parce qu'elle voulait les garder en vie.

Depuis que Sansa était au courant, Cersei ne cachait plus ses larmes et ses ecchymoses. Tous les soirs, la louve s'employait à préparer le repas, et ce même si Cersei n'avait jamais beaucoup d'appétit. Puis, elle l'aidait à se déshabiller et à nettoyer les traces de sperme sur ses cuisses et les larmes sur ses joues – cela faisait bien longtemps que toute pudeur l'avait désertée.

Epuisée, Cersei ne tardait jamais à s'effondrer sur le lit, et Sansa la serrait contre elle jusqu'à ce qu'elle s'endorme en lui murmurant des paroles réconfortantes.

Elle avait honte de rester tranquillement à broder pendant que la lionne était forcée de vendre son corps et de subir les assauts brutaux de ses clients, et sa culpabilité fut progressivement renforcée par une toute autre raison.

Sansa aimait prendre Cersei dans ses bras et lui caresser les cheveux, elle aimait parvenir à lui arracher un sourire ou même parfois un petit rire et, à sa grande honte, elle s'aperçut que son corps ne la laissait pas indifférente.

C'était peut-être dû au fait que Cersei était désormais tout ce qui lui restait, ou peut-être le manque d'affection était-il en cause, mais au fond les raisons importaient peu.

Sansa était tombée amoureuse de Cersei, et la voir souffrir ainsi lui déchirait le cœur.

Un soir, elle ne put plus le supporter, et manqua de fondre en larmes.

« Je veux vous aider, » déclara t-elle alors qu'elle observait Cersei revêtir sa chemise de nuit.

« M'aider ? »

« Je veux... je veux venir avec vous demain matin. »

Cersei braqua deux yeux acérés sur elle.

« Il n'en est pas question. »

Sansa se leva et vint lui prendre la main.

« Je vous en prie. C'est injuste que vous soyez la seule à nous garder en vie. »

« Tu ne viendras pas avec moi. »

« Et pourquoi ? »

« Ta virginité est le seul trésor qu'il te reste, » répondit-elle sèchement. « Tu ne peux pas te permettre de t'en débarrasser comme si elle ne valait rien. »

« Ma... virginité ? »

Cersei pensait-elle donc que Sansa finirait par se rendre à Stannis et épouserait ensuite un seigneur ? Un petit rire sans joie franchit la barrière de ses lèvres.

« Personne ne croira que je suis vierge après tous ces mois passés dans les bas-fonds de Port-Réal. »

Mais la reine déchue ne voulait rien entendre. En désespoir de cause, Sansa prit son visage en coupe.

« S'il vous plaît, Cersei. Laissez-moi vous aider. »

« Sansa... »

Comme soudainement mue d'une impulsion, Sansa captura ses lèvres d'un tendre baiser. Quand elle s'écarta, Cersei la dévisageait les yeux ronds.

« S'il vous plaît. »

Et elle lui donna un autre baiser, et encore un autre, auxquels Cersei répondit volontiers, comme avide d'attention et d'amour.

« Montrez-moi. Montrez-moi comment faire. »

« Tu... tu ne sais pas ce que tu me demandes... »

Nouveau baiser.

« Je sais très bien ce que je vous demande. S'il vous plaît, laissez-moi vous aider. »

Un feu d'un nouveau genre avait pris naissance dans le creux du ventre de Sansa, et la même faim se lisait dans les yeux de Cersei.

Alors, celle-ci la guida doucement jusqu'au lit et leurs chemises de nuit tombèrent sur le sol.

.

Le lendemain matin, Cersei avait déjà fini de se préparer lorsque Sansa se réveilla. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres quand elle repensa à la façon dont elle avait aimé Cersei et dont Cersei l'avait aimée. Il n'y avait eu ni violence, ni mépris, ni bestialité dans leur étreinte, juste une infinie tendresse, celle dont elles avaient toutes les deux tant besoin.

« Ce qui s'est passé cette nuit ne change rien, » déclara Cersei. « Tu ne viens pas avec moi. »

Sansa se redressa aussitôt et, toujours nue, alla se planter devant elle.

« Mais... »

« Crois-tu que je pourrais supporter de laisser ces animaux poser les mains sur toi ? » demanda la lionne, les dents serrées. « Crois-tu que je pourrais supporter de les voir couvrir ton corps de bleus et remplir tes yeux de larmes ? »

Elle pleurait, à présent, et Sansa la rejoignit dans ses sanglots.

Cersei déposa un baiser sur ses lèvres et appuya son front contre le sien.

« Je veux t'aider, » souffla la louve.

Le tutoiement lui était venu naturellement. Après tout, elles venaient de faire l'amour – elle pouvait donc bien se montrer plus familière, désormais.

« Alors reste ici. Aide-moi en me permettant de te savoir en sécurité. »

« Cersei... »

« S'il te plaît. »

Vaincue, Sansa baissa la tête et acquiesça. Après un dernier baiser, Cersei se dirigea vers la porte.

« A ce soir. »

Et Sansa fut condamnée à la regarder partir, son désespoir en travers de la gorge.