Thème du jour : Fantôme
Contexte : AU S4
Pour Cersei, le Donjon Rouge grouillait de fantômes. Certains étaient des fantômes du passé, et bien souvent, elle voyait les yeux froids de Robert la toiser de haut en bas comme si elle n'était qu'un morceau de viande particulièrement appétissant – détourner le regard ne l'empêchait pas de sentir de nouveau ses mains se poser sur elle et écarter de force ses jambes. Elle voyait aussi d'autres yeux, les émeraudes pleines d'amour de Jaime qui, à son grand désespoir, commençaient à s'effacer – ces émeraudes qu'elle ne reverrait plus jamais.
D'autres fantômes, en revanche, devenaient de plus en plus consistants et la hantaient à longueur de journée, des fantômes du futur, ceux-là.
C'était elle-même que Cersei voyait, une femme malheureuse une nouvelle fois vendue comme une poulinière et piégée dans un mariage sans amour, et cette vision lui était tellement insupportable que, chaque soir, elle étouffait ses hurlements dans son oreiller.
Bien évidemment, Loras Tyrell n'était pas Robert. Il ne la violerait pas et ne se montrerait pas irrespectueux avec elle, mais en tant qu'héritier de Hautjardin, on attendrait de lui et de sa femme qu'ils fournissent un fils pour lui succéder un jour.
L'idée de devoir partager le lit d'un autre homme qu'elle n'aimait pas la révulsait au plus haut point. Cependant, Cersei n'avait jamais été du genre à se laisser abattre.
Faire changer d'avis son père étant exclu, il lui fallut trouver un autre moyen pour échapper à cette union. Et Cersei trouva.
Sansa Stark était promise à Tyrion et ne manifestait pas non plus la moindre envie de l'épouser – ce qui était d'ailleurs réciproque. Cersei, grâce à ses femmes de chambre, savait que ce n'était pas seulement en raison de l'apparence de Tyrion ou de leur différence d'âge.
Sansa avait apparemment un penchant pour les femmes et Margaery, pour qui elle avait eu le béguin, l'avait gentiment éconduite quelques semaines plus tôt.
Il n'en fallut pas plus à Cersei pour mettre en place son plan. Sansa avait à présent dix-neuf ans et n'était plus une enfant. La reine comptait sur son bon sens et sa volonté d'échapper à un mariage où elle ne serait jamais heureuse pour qu'elle accepte.
Un après-midi, elle l'entraîna dans les jardins et, à l'abri des regards, lui exposa son idée en quelques phrases. Sansa la dévisagea un long moment, les yeux ronds.
« Mais... deux femmes ne peuvent pas se marier. C'est interdit. »
« Il était également interdit qu'un frère et une sœur se marient... ce qui n'a pas empêché les Targaryen de le faire pendant plusieurs siècles. »
« Un point pour vous, » admit Sansa.
Cersei la sentit la détailler des pieds à la tête, mais ce regard n'avait rien d'irrespectueux – au contraire. Dans les yeux de la louve, elle était une œuvre d'art.
« Mais... je ne comprends pas. Pourquoi moi ? »
« Parce que tu es dans la même situation que moi, et parce qu'il me semble que tu as un … penchant pour les femmes... »
Les joues de Sansa prirent feu, ce qui fut la seule réponse dont Cersei avait besoin.
« Mais... et vous ? Vous... vous aimez aussi les femmes ? »
Cersei ne s'était jamais vraiment posé la question – après tout, elle avait été amoureuse de Jaime toute sa vie – mais s'imaginer avec une femme lui était bien plus plaisant que songer être de nouveau accrochée au bras d'un homme.
« Ça se pourrait, » dit-elle avec un petit sourire en coin. « Alors, qu'en dis-tu ? »
Sansa réfléchit encore quelques instants, puis acquiesça.
.
Moins d'une semaine plus tard, Cersei et Sansa s'unirent au beau milieu de la nuit dans le Septuaire de Baelor devant quelques témoins soigneusement choisis par Cersei. Le septon chargé de les marier n'avait pas hésité bien longtemps face au tas d'or que la reine avait jeté à ses pieds, pas plus que celle-ci n'hésita avant de déposer la cape rouge et dorée sur les épaules de Sansa.
« La nouvelle sera ébruitée demain, » fit Cersei alors qu'elles regagnaient le Donjon Rouge. « Mon père sera mis devant le fait accompli. Il n'aura pas d'autre choix que de l'accepter. »
Cersei ne manqua pas le regard légèrement intimidé de sa nouvelle femme lorsqu'elle la suivit jusqu'à sa chambre. Cependant, elle pouvait aussi y lire une lueur de joie, ce qui la rassura.
Elle sursauta quand Sansa l'enlaça tendrement et s'empara de ses lèvres dans un doux baiser, qui se fit de plus en plus passionné, tandis que ses mains trouvèrent le chemin des laçages de sa robe. Cersei s'écarta légèrement, surprise.
« Ne... ne devons-nous pas consommer le mariage ? » demanda la louve.
« Eh bien... je ne pensais pas que tu en aurais envie, et je n'avais pas l'intention de te forcer. »
Sansa se mordit la lèvre.
« Moi non plus, je n'ai pas l'intention de vous forcer. »
Au bout de quelques secondes, Cersei captura les lèvres de sa femme.
« J'en ai aussi envie. »
Quelques heures plus tard, alors qu'elle observait Sansa dormir, Cersei eut trois certitudes. Tout d'abord, elle aimait les femmes. Ensuite, elle avait fait le bon choix en demandant à Sansa de l'épouser.
Et, pour terminer, elle savait que les fantômes ne reviendraient plus la hanter.
