Thème du jour : Bonjour
Contexte : AU S8
La neige tombait doucement sur Winterfell quand Sansa quitta le château la tête basse. Elle ne fit aucun effort pour chasser les flocons qui se déposaient sur ses cheveux et ses vêtements, cascade de larmes gelées sans fin qui évoquaient les rivières qui creusaient ses joues depuis près de trois ans, maintenant.
Nulle hésitation ne faisait frémir ses pas – elle connaissait si bien ce chemin qu'elle aurait pu l'emprunter les yeux fermés sans risquer de tomber sur le sol, ce qui valait mieux. La reine du Nord était certaine qu'elle aurait pu se fracasser par terre et exploser en un million d'éclats de glace.
Parfois, elle se demandait si, au fond, ce n'était pas ce qu'elle voulait. Ainsi, elle finirait inévitablement par fondre et ne ferait qu'un avec la terre, la terre qui abritait désormais la dépouille de celle dont elle ne se remettrait jamais de la mort.
Quand elle s'agenouilla devant l'arbre-cœur, elle songea que personne ne pourrait jamais deviner que quelqu'un était enterré là-dessous, pas plus qu'on viendrait à savoir que c'était là que reposait son cœur.
« Bonjour, Cersei, » murmura Sansa en posant une main sur le tronc. Elle la sentit rapidement s'engourdir mais ne bougea pas pour autant, comme si elle espérait encore que son amante défunte lui fasse un signe quelconque.
« Tu me manques. »
Ses larmes tombèrent sans un bruit sur la neige.
A part elle, personne ne venait ici. Elle était seule lorsqu'elle avait enterré la dépouille de Cersei, lorsqu'elle avait creusé la neige et la terre gelée à la sueur de son front pour lui offrir un endroit décent où reposer pour l'éternité.
Quatre ans plus tôt, elle aurait jugé risible qu'on puisse l'imaginer en train de pleurer pour Cersei Lannister, mais la guerre contre l'armée des morts était passée par-là.
Refusant de rester à Port-Réal à attendre sans aucune nouvelle, Cersei avait accompagné ses armées au Nord. La tête haute, elle avait fait fi des regards hostiles des Nordiens et de ceux, meurtriers, de Daenerys Targaryen.
Elle avait rapidement trouvé une alliée en la personne de Sansa, qui elle non plus ne faisait pas confiance à cette prétendue sauveuse aux cheveux de neige dont les yeux étaient remplis d'étranges flammes.
Elles se méfiaient d'elle, et elles avaient eu raison. Un coup de folie plus tard, le Nord n'avait plus de roi et Cersei était la dernière lionne à rugir.
Elles avaient porté le coup fatal ensemble.
Daenerys écartée, restait toujours la menace de la mort en marche. Ensevelies sous des trombes de neige de la couleur du deuil, elle n'avaient eu d'autre choix que de garder la tête haute. Si elles s'effondraient, alors leurs armées s'effondraient avec elles.
Porter littéralement le poids du monde sur leurs épaules les avait rapprochées. Le trou dans leur cœur et les sanglots qui déchiraient leur gorge aussi.
Sansa se souvenait très bien de la première fois qu'elles s'étaient embrassées. C'était un soir venteux, un peu comme ce jour-ci, et ni l'une ni l'autre ne parvenaient à trouver le sommeil. Elles brodaient ensemble sur le lit de Sansa. La louve avait relevé la tête pour observer la lionne, l'avait trouvée belle malgré la fatigue qui creusait ses traits, l'avait trouvée forte malgré les tremblements qui se saisissaient parfois de ses mains.
Elle avait pensé que, quand elle était avec elle, elle se sentait comprise, et même aimée.
Alors, Sansa s'était penchée et l'avait embrassée. Et Cersei avait répondu à son baiser.
Ce qui s'était passé ensuite, Sansa le garderait à jamais au fond de son cœur – son secret le plus précieux.
Elles s'étaient aimées dans l'ombre et, quand Cersei s'était sacrifiée pour protéger Sansa d'un spectre dans la lumière des torches, personne n'avait compris.
Personne n'avait compris non plus pourquoi Sansa avait pleuré des heures entières sur son corps déjà froid.
Quelques mois plus tard, Sansa avait accepté de prendre pour époux un des seigneurs du Nord, et elle pensait l'aimer, ne serait-ce qu'un peu. Mais il n'était pas Cersei – personne ne le serait jamais.
« Je suis enceinte, » murmura t-elle. « Je... je viens juste de l'apprendre. »
Elle se mordit la lèvre jusqu'au sang pour ne pas hurler à en faire fondre la neige.
« Dans mes rêves, je m'imagine élever un enfant à tes côtés. A chaque fois, le retour à la réalité n'en est que plus difficile. »
Sansa se releva et essuya ses larmes d'un revers de la main. Son mari allait se demander où elle était passée.
« Si c'est une fille, je lui donnerai ton nom. »
Le cœur en miettes, elle trouva la force de se détourner.
« Je t'aime. »
Le vent fit frémir les branches de l'arbre-cœur et, même si elle avait probablement tort, elle se plaisait à penser que c'était Cersei qui lui répondait qu'elle l'aimait aussi.
