Thème du jour : Danse

Contexte : suite de Musique


Sansa ne serait pas ridicule le jour de son mariage.

C'était une certitude qui lui vint à l'esprit quelques semaines à peine après qu'elle eut demandé à Cersei de lui apprendre à danser. D'après celle-ci, la jeune reine se révélait en effet être une bonne élève. Elle apprenait vite, et son penchant naturel pour les divers arts jouait en sa faveur.

Il devint vite évident que Cersei n'avait plus rien à lui apprendre mais ni l'une ni l'autre ne jugèrent nécessaire d'interrompre leurs rencontres quotidiennes. Et si Sansa était désormais certaine de savoir danser, il y avait quelque chose d'autre qui la faisait désormais douter.

Elle n'était plus aussi sûre de vouloir se marier.

Les avertissements de Cersei s'étaient frayé un chemin dans son esprit et elle se surprenait régulièrement à ressentir la soudaine envie de tout annuler.

« Je peux t'entendre penser, petite colombe, » faisait régulièrement remarquer Cersei alors qu'elles tournoyaient doucement dans sa chambre.

A chaque fois, Sansa haussait les épaules en guise de réponse, mais un jour, à deux semaines à peine du mariage, elle éprouva le besoin de se confier.

« Pensez-vous vraiment que je serai malheureuse si j'épouse Brandon ? »

Cersei soupira longuement.

« Il... il n'est pas comme Ramsay, j'en suis persuadée. Et... il n'est pas comme Robert. »

Sansa voyait à présent pleinement ce que son esprit d'enfant n'aurait jamais pu concevoir, à savoir à quel point l'ancien roi des Sept Couronnes avait fait souffrir son épouse.

« Peut-être, » convint Cersei. « Mais tu ne l'aimes pas. Pas comme j'aimais Jaime. »

C'était la première fois qu'elle mentionnait son jumeau défunt en sa présence, et Sansa comprit rapidement pourquoi : des larmes emplirent ses yeux émeraude et elle porta la main à son cœur, peut-être dans une tentative désespérée de soulager les tourments qui l'habitaient.

Tout doucement, Sansa enroula les bras autour de Cersei et la serra doucement.

« Je suis désolée. »

« Ne t'en fais pas. C'est juste qu'il me manque énormément... »

Elle s'écarta et, avec toute la tristesse du monde, déclara :

« N'épouse pas Brandon Tallhart si tu n'es pas amoureuse de lui, Sansa. Tu as suffisamment souffert comme cela pour t'enchaîner dans un mariage sans amour. »

« Le Nord compte sur moi pour lui fournir un héritier. »

« Tu trouveras un autre moyen. »

Plus perdue que jamais, Sansa quitta la pièce la tête basse. Le soir-même, elle revint, décidée à tenir compagnie à Cersei pour la soirée. Le lendemain, elle fit de même, tout comme le surlendemain.

« Ton futur époux va finir par se poser des questions. »

Mal à l'aise, Sansa haussa les épaules. Brandon était très gentil avec elle et toujours respectueux mais elle ne le connaissait tout simplement pas, ce qu'elle répondit à Cersei.

« Puisque tu sembles décidée à l'épouser, ne devrais-tu justement pas apprendre à le connaître ? »

Elle avait bien évidemment raison, d'autant plus que le jour du mariage se rapprochait dangereusement et avec lui, sa seconde nuit de noces. Cette pensée la tenait éveillée tard le soir et déclenchait chez elle des sueurs froides.

Lorsqu'elle se confia à Cersei sur le sujet, celle-ci recouvrit sa main de la sienne et la pressa doucement.

« Ne t'en fais pas. Si tu lui expliques la situation, je suis certaine qu'il se montrera très patient. »

« Je... peut-être. Mais plus j'y pense et plus la pensée qu'un homme me touche me révulse, ce qui est ridicule, mais... »

« Sansa, » coupa t-elle fermement mais avec gentillesse. « Tu as été battue et violée pendant des mois. Ta réaction est tout à fait compréhensible. »

La louve hocha la tête et s'accrocha à la main de Cersei – sa peau était chaude.

« Vous... si vous épousiez quelqu'un dans ma... situation... seriez-vous patiente ? »

« Bien sûr. Je... je sais ce que ça fait, et... jamais je ne pourrai faire subir ça à quelqu'un que j'aime. »

Pour une raison inexplicable, cette réponse réconforta Sansa, ce qui était stupide puisque ce n'était pas Cersei qu'elle allait épouser.

La lionne se leva et, la tenant toujours par la main, l'entraîna au milieu de la pièce.

« M'accorderais-tu cette danse ? »

Elle voulait lui changer des idées, ce dont Sansa lui fut reconnaissante, et toutes deux se mirent à tourner sous la lumière des bougies et de la lune, fermement enlacées.