Thème du jour : Départ

Contexte : Mythologie!AU


Sansa était aux Enfers depuis près de six mois quand Jon, son mari, se présenta devant Robert, le terrible dieu qui régnait ici-bas, et sa femme Cersei, dont les yeux émeraude et les longs cheveux d'or étaient les seules sources de lumière qui régnaient dans cet endroit obscur, ou presque.

Sansa, qui comme toujours tenait compagnie à la déesse, écarquilla les yeux lorsque son époux apparut, sa lyre à la main. Robert parut très mécontent d'être dérangé mais ce fut Cersei qui prit la parole.

« Pourquoi êtes-vous là ? Cet endroit n'est pas pour les vivants. »

« Je suis venu chercher ma femme. »

Sansa parvint tant bien que mal à lui offrir un petit sourire. Elle était décédée le jour même de ses noces, mordue par un serpent, et connaissait assez mal Jon, qui était son cousin. Lui, en revanche, était fou amoureux d'elle depuis des années et elle n'avait pu qu'accepter sa demande en mariage, songeant qu'elle finirait bien par développer des sentiments pour lui.

Elle n'en avait pas eu le temps.

Oh, elle n'était pas malheureuse pour autant. Bien au contraire. La vie aux Enfers en était même venue à lui sembler plus plaisante que son quotidien dans le monde des vivants.

« Déguerpissez, » lui ordonna Robert, nullement touché ni impressionné. « Vous n'avez rien à faire ici. »

Mais Jon ne comptait pas abandonner si facilement, pas après toutes les épreuves qu'il avait traversées pour descendre ici.

Ses doigts se mirent à courir sur les cordes de sa lyre et une mélodie puissante et lancinante s'éleva dans l'air. C'était un son si beau et si pur que Sansa comprit immédiatement comment il était parvenu à passer devant le monstrueux chien à trois têtes qui gardait l'entrée des Enfers.

Même Robert, qui méprisait absolument tous les êtres, vivants ou morts – y compris sa propre femme – ne put rester de marbre face à la mélodie.

« Sansa pourra repartir avec vous, » trancha t-il. « A condition que vous ne vous retourniez pas une seule fois pour la regarder sur le chemin du monde des vivants. Sinon, vous la perdrez pour toujours. »

Horrifiée, Sansa voulut protester, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Le même désespoir se lisait dans les yeux de Cersei.

Le moment de son départ ne pouvait pas être modifié, pas quand le dieu des Enfers en personne venait de rendre son jugement.

Il n'en était pas de même pour le moment de son retour.

Sansa commença donc à suivre docilement Jon. Au bout d'environ une demi-heure, alors qu'il marchait toujours devant elle d'un pas pressé dans sa hâte de revenir parmi les vivants et de pouvoir la serrer contre lui et l'embrasser, Sansa s'arrêta.

« Jon. »

Elle était certaine que cela fonctionnerait, et elle avait raison. Croyant probablement que quelque chose lui était arrivé, Jon se retourna brusquement.

Se rendre compte de ce qu'il avait fait lui prit moins de cinq secondes. Horrifié, il tomba à genoux et un cri de désespoir remonta de sa gorge.

« Je suis désolée, » eut le temps de lui murmurer Sansa avant de disparaître.

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Sansa réapparut là où elle l'avait souhaité, c'est-à-dire dans la chambre de Cersei. Celle-ci, qui se morfondait assise sur son lit, se leva d'un bond.

« Comment est-ce possible ? » souffla t-elle quand Sansa se précipita dans ses bras.

Celle-ci prit le temps de capturer ses lèvres d'un baiser passionné avant de lui répondre.

« Je... je l'ai appelé pour qu'il se retourne. »

Peu après son arrivée aux Enfers, Sansa était devenue amie avec la déesse Cersei. Malheureuse, celle-ci était ignorée et méprisée par son mari et n'avait nulle autre compagnie pendant les six mois de l'année où elle était forcée de rester dans le royaume de son mari.

Elles étaient rapidement devenues plus que des amies et, pour Sansa, il était inconcevable de retourner dans le monde des vivants si cela voulait dire qu'elle devrait vivre séparée de sa bien-aimée.

« Je t'aime, et je veux être avec toi. »

Les yeux brillants, Cersei l'embrassa avec ferveur.

« Je t'aime aussi. »

La déesse lui prit les mains et les serra fort.

« Dans quelques jours, je pourrai retourner sur l'Olympe pour les six prochains mois. J'aimerais que tu viennes avec moi. »

Sansa lui caressa la joue du pouce.

« Je viendrai, » promit-elle.

Des centaines et des centaines d'années plus tard, on parlerait encore du célèbre mythe de Cersei et Sansa, la mortelle qui avait renoncé à la vie par amour.