Thème du jour : Retraite
Contexte : suite d'Expert
Depuis que Cersei lui avait dit qu'elle faisait du bon travail, Sansa avait perçu un changement dans son attitude vis-à-vis d'elle. Tous les matins, lorsqu'elle mettait les pieds dans le salon de thé, elle lui adressait un petit sourire fugace, et il leur arrivait même d'échanger quelques banalités au moment où Sansa lui apportait sa commande.
« Tu lui as jeté un sort ? » lui demandait régulièrement Daenerys sur le ton de la plaisanterie, mais Sansa décelait une pointe de curiosité dans sa voix.
Ne sachant que répondre, elle se contentait de rire.
Cette étrange routine demeura pendant près de deux mois, jusqu'à ce qu'un événement finisse par la faire voler en éclats un soir de décembre.
Tywin Lannister, qui était un homme d'affaires implacable, exigeait que toutes les boutiques de la chaîne La part du lion restent ouvertes jusque très tard le soir durant tout le moins de décembre afin d'accueillir les clients faisant leurs achats de Noël ou flânant dans les rues pour observer les décorations multicolores. Sansa, tout comme Daenerys, trouvaient cela inutile : peu de clients, après plusieurs heures passées dans les magasins ou dans la rue, souhaitaient s'attarder loin de leur domicile plus que nécessaire. En conséquence, elles servaient très peu de personnes après dix-neuf heures, mais les ordres étant les ordres, elles n'avaient guère le choix.
Un vendredi soir, en raison du peu d'affluence, Sansa se proposa pour s'occuper seule de la boutique jusqu'à la fermeture. Elle regretta quelque peu cet acte d'altruisme une fois les quelques rares clients servis – bavarder avec ses collègues lui aurait au moins permis de tuer le temps.
Cinq minutes avant la fermeture du salon, Sansa eut la surprise de voir débarquer Cersei suivie d'un homme qu'elle n'avait jamais vu. Comprenant qu'il lui faudrait partir plus tard que prévu, elle lui adressa néanmoins un sourire chaleureux auquel elle répondit à peine, crispée.
L'homme qui l'accompagnait était manifestement ivre, et au bout de quelques échanges plein d'animosité, Sansa comprit qu'il s'agissait de Robert Baratheon, le mari de Cersei. Celle-ci s'assit à sa table préférée et retint à grand peine une grimace quand son époux ne s'assit pas en face d'elle, comme elle l'avait visiblement espéré, mais à ses côtés.
Sansa était très mal à l'aise quand elle vint prendre leur commande. La lueur lubrique dans les yeux de Robert quand il posa les yeux sur elle lui donna envie de s'enfuir en courant.
« Un chocolat chaud, s'il vous plaît. »
D'un grognement à moitié incompréhensible, Robert lui indiqua qu'il ne voulait rien. Crispée, Sansa retourna derrière le comptoir, sans pouvoir détacher son regard du couple.
En s'asseyant à côté de Cersei sur la banquette, son mari l'avait privée de toute possibilité de s'enfuir. Sansa manqua de laisser la tasse brûlante qu'elle tenait quand Robert, faisant fi des protestations de sa femme, enfouit le visage dans son cou et glissa une main sous son chemisier.
« Robert... pas ici... » protesta t-elle en essayant de le repousser.
Complètement paralysée, la jeune femme ne savait comment réagir.
« J'ai dit non, Robert, » reprit Cersei, plus fort, tentant de s'écarter de lui – sans grand succès.
Ses gesticulations n'empêchèrent pas Robert de finir de lui arracher son chemisier. Complètement ivre, il était sourd aux gémissements de désespoir de Cersei, et quelque chose disait à Sansa que sa sobriété n'aurait peut-être pas changé grand chose.
Elle n'avait jamais été témoin d'une agression sexuelle, ne savait même pas quelle était la meilleure manière de réagir dans cette situation, mais une chose était certaine : elle n'allait pas battre en retraite et regarder Robert violer sa propre femme sans rien faire pour essayer de l'arrêter.
Sans réfléchir davantage, elle se saisit d'une poêle habituellement utilisée pour préparer les pancakes, s'approcha de Robert et l'abattit sur son crâne de toutes ses forces.
Le puissant homme d'affaires s'écroula. Quand il ne se releva pas, Sansa craignit un instant de l'avoir tué, mais s'aperçut qu'il respirait encore.
Tremblante, Cersei le repoussa d'un air dégoûté et s'éloigna de lui rapidement, comme si elle craignait qu'il se réveille brusquement. Sansa, sous le choc, détourna pudiquement le regard jusqu'à ce qu'elle ait reboutonné son chemisier.
« Vous devez le quitter, » lâcha t-elle finalement, brisant le silence.
Elle savait qu'elle dépassait les bornes, qu'elle ne connaissait pas assez Cersei pour lui donner des conseils conjugaux, mais après ce à quoi elle venait d'assister, elle était incapable de garder le silence.
« Je ne peux pas, » répondit Cersei en essuyant rageusement les larmes qui roulaient sur ses joues. « C'est le principal associé de mon père. »
« Et alors ? » s'agaça Sansa. « Cet homme... il n'a aucun respect pour vous. Il vous a traitée comme si vous n'étiez qu'un morceau de viande. Vous n'êtes pas heureuse avec lui. »
Cersei laissa échapper un rire sans joie.
« Mon bonheur est le cadet des soucis de mon père. »
Sansa lui attrapa le poignet avec délicatesse. Cersei sursauta mais ne chercha pas à se dérober.
« Je vous en prie... demandez le divorce, qu'importe ce que dira votre père. Vous méritez quelqu'un qui vous rendra véritablement heureuse. »
Cette fois encore, elle dépassait les limites, mais Cersei ne sembla même pas s'en apercevoir. Le désespoir dans ses yeux éclipsait tout.
Après quelques minutes perdues dans ses pensées, elle saisit son téléphone portable et composa un numéro. Quand son interlocuteur lui demanda quelle était la raison de son appel, elle déclara d'une voix tremblante :
« Je viens d'être victime d'une agression sexuelle. »
.
Un mois plus tard, la condamnation de Robert Baratheon pour violence conjugales ainsi que son divorce firent les gros titres des journaux.
Cersei n'était plus retournée dans la boutique où travaillait Sansa depuis cette soirée fatidique, sans doute parce que trop de mauvais souvenirs y étaient associés, et si elle était triste de ne plus la voir, elle espérait qu'elle se sentait mieux depuis que son ex-mari était loin d'elle.
Un matin de février, Sansa eut donc la surprise de la voir entrer, mais au lieu de se diriger vers une des tables, elle s'approcha du comptoir.
Elle souriait.
« Voudriez-vous prendre un café avec moi ? »
