Thème du jour : Désert
Contexte : suite de Maux et Soulagement
« Es-tu bien sûre de toi ? » demanda Stelmaria à Sansa pour la dixième fois depuis le début de la journée.
Toutes deux se dirigeaient présentement vers les appartements de Cersei. A cette heure tardive, plus personne ne parcourait les couloirs, ou presque, ce qui arrangeait bien la jeune fille. Après s'être assurée une dernière fois que les environs étaient bel et bien déserts, elle frappa à la porte de la chambre de la reine mère.
« Entrez. »
Stelmaria, comprenant que sa décision était prise, ne l'enjoignit plus de renoncer et de partir en courant. Au moment de franchir la porte, Sansa fut tout de même prise d'un gros doute. Elle était certaine de vouloir avouer ses sentiments à Cersei – elle ignorait si elle en aurait le courage après son mariage avec Tommen, qui était imminent – mais la perspective d'un rejet la terrifiait.
Oh, elle n'avait pas pris cette décision à la légère. Au cours des dernières semaines, elle avait plus que jamais recherché la présence de celle qui faisait battre son cœur. Elle avait passé des après-midi entières à ses côtés, lui avait tenu compagnie lors de sa promenade quotidienne dans les jardins, avait écouté attentivement les quelques confidences qu'elle avait laissé échapper, tout ça avec un millier d'étoiles au fond des yeux.
Elle avait cru apercevoir ces mêmes étoiles s'allumer de temps à autre dans les émeraudes qu'elle aimait tant mais il était possible que son imagination se soit un peu trop emballée.
Assise devant sa coiffeuse, Cersei était en train de brosser ses longs cheveux d'or avec application. Sansa éprouva la furieuse envie d'y enfouir les mains et de les caresser avec délectation.
Cersei se retourna vers elle, surprise.
« Il y a un problème ? »
Stelmaria se dirigea spontanément vers Ilios et pressa sa truffe contre la sienne.
« Non. Enfin... pas exactement.»
Haussant un sourcil, Cersei lui fit signe de s'approcher. Sansa s'exécuta, le cœur menaçant d'exploser dans sa poitrine.
« J'ai quelque chose à vous dire. »
La reine lui fit signe de continuer d'un petit signe de tête. Décidant que c'était le moment où jamais, la louve se jeta à l'eau.
« Je vous aime. »
Au même moment, Stelmaria se mit à lécher les oreilles d'Ilios, qui resta stoïque. A la grande surprise de Sansa, Cersei ne parut pas spécialement étonnée et se contenta de pousser un léger soupir.
« Je m'en doutais. »
« Vraiment ? » demanda Sansa, les yeux ronds.
« Eh bien... il y avait des signes. Le fait que Stelmaria soit une femelle... »
Elle coula un regard vers la lionne, qui après un dernier coup de langue revint vers son humaine.
« Ce... ce n'est qu'une rumeur, » balbutia Sansa.
« Une rumeur qui, je pense, n'est pas sans fondements. »
Ilios s'approcha d'elle et Cersei caressa sa crinière d'un air pensif.
« Et puis, la forme qu'a choisie Stelmaria, bien sûr... »
Sur ce point, Sansa ne pouvait même pas essayer de la démentir.
« Et la façon que tu as de me regarder, celle dont tu cherches sans cesse ma compagnie. »
La jeune fille ne pensait pas avoir été aussi transparente, mais après tout, ce n'était peut-être pas plus mal.
« Je vous aime, » répéta t-elle. « Je vous aime plus que tout. Et je pourrai vous rendre heureuse, plus que le roi ne l'a jamais fait. »
Cersei lui en avait assez dit pour qu'elle comprenne que son mariage n'avait été pour elle qu'un désert entier de larmes. Si elle parut touchée par ses paroles, elle secoua la tête.
« Tu es promise à Tommen. »
« Et alors ? Nous savons toutes les deux que je ne l'intéresse pas, pas plus qu'aucune autre femme. Il ne se souciera pas de ce que je fais et avec qui. »
« Tu as l'âge d'être ma fille. »
« La différence d'âge n'a jamais posé de problème pour les mariages arrangés. Je ne vois pas pourquoi ce serait différent. »
Un petit rire s'échappa des lèvres de Cersei.
« Tu voudrais donc que je sois ta maîtresse ? »
Sansa rougit légèrement. Ce terme ne lui plaisait pas vraiment.
« Je... je veux juste être avec vous. Peu importe comment. Le reste de la cour n'a pas besoin de le savoir. »
Elle avait visiblement épuisé tous ses arguments. Décidée à tenter le tout pour le tout et parfaitement consciente de ce qu'un tel geste signifiait, Sansa posa la main sur le pelage doré d'Ilios. Cersei se raidit aussitôt et poussa un petit hoquet de surprise.
« Oh. »
Le rouge lui monta aux joues et elle se mordit la lèvre, les yeux brillants. Sansa connaissait bien cette sensation : c'était celle qu'elle avait ressentie quand Cersei avait touché Stelmaria la première fois.
Cependant, même si elle savait à quoi s'attendre, Sansa eut tout de même le souffle coupé quand la reine se mit à caresser le dos de Stelmaria d'un air hésitant. Le feu de joie qui explosa dans son ventre la poussa à passer les bras autour du cou de Cersei et à l'embrasser passionnément tandis que leurs dæmons se frottaient l'un contre l'autre.
Lorsqu'elle quitta les appartements de Cersei le lendemain matin, Sansa éprouvait toujours un doux sentiment de plénitude qui, elle l'espérait, ne la quitterait plus jamais.
« Tu n'as pas choisi la facilité, » remarqua Stelmaria.
« Non, » confirma t-elle. « Mais je m'en fiche. »
Après tout, aimer Cersei et être aimée d'elle valait bien toutes les rumeurs du monde.
