Après un peu de retard voici enfin la partie 2! Merci à Shippeusesamnjack et Dana LMM pour leurs encouragements, leur soutien, leurs relectures et leur travail de Bêta!

Toutes les erreurs sont les miennes ;)

J'espère que vous aimerez cette deuxième partie, n'hésitez pas à commentez en attendant la suite :)

Balises d'épisodes: située au début de saison 7 avant voyage intérieur/ Grace. Référence à Double/Cold Lazarus.


Partie 2 :

Jack grimaça en se laissant tomber sur une chaise et passa une main dans ses cheveux. Il avait essayé de suivre au début mais avait perdu le fil : Carter et l'alien parlaient vite, ou plutôt Sam parlait et l'alien en gelée bleu inondait leur esprit. Ces deux-là avaient commencé par s'énerver l'un contre l'autre mais semblaient maintenant sur une piste prometteuse qui, peut-être, réussirait à les garder tous en vie. Ils paraissaient emballés, volaient d'un bout à l'autre de la pièce, tripotant des boutons, ajustant des réglages en parlant toujours plus vite. Sam paraissait plus excitée que tendue et, s'il n'avait pas reconnu l'urgence qui hantait le fond de ses yeux, il aurait presque pu croire qu'elle s'amusait. Jack décida que c'était bon signe et leva les yeux vers Teal'c, debout dans l'embrasure de la porte, impassible gardien. Le Jaffa lui rendit un regard franc et confiant, lui faisant comprendre qu'il était arrivé aux mêmes conclusions concernant leur coéquipière : il y avait une solution et elle allait la trouver cela le rassura.

Il coula un regard vers Daniel qui avait essayé de suivre tout leur charabia bien plus longtemps qu'il ne l'avait fait lui-même, avant de finalement abdiquer. Affalé sur le sol juste à côté de lui, son teint virait pâle, une ombre flottait sous ses yeux et un trait barrait son front, Jack fronça les sourcils : Daniel était proche de l'épuisement. Essayer d'apprendre une nouvelle langue en quelques heures l'avait vidé de ses forces, sans parler de « l'accès direct » qui ne devait pas être complètement étranger à tout ça. Jack soupira, tendit le bras et serra l'épaule de Daniel, l'inclinant doucement vers lui.

— Ça va aller Daniel ?

— De quoi ? Euh oui, ce n'est rien je me sens un peu …

— Fatigué ? compléta Jack, voyant qu'il laissait sa phrase en suspens.

— Ouais voilà, un truc comme ça.

— Un truc comme ça hein ? Fermez les yeux deux minutes et reposez-vous, je vous secouerai quand ils auront trouvé.

Daniel renifla et grommela quelque chose d'incompréhensible mais Jack garda sa main posée sur lui et, bientôt, sentit la pression du corps de son ami contre sa jambe se faire plus forte alors que sa respiration se stabilisait. Il sourit légèrement et quand il releva les yeux vers Teal'c celui-ci faisait de même.

Finalement, quand Sam se tourna vers lui, les yeux pétillants, il lui fallut un moment pour comprendre ce qu'elle racontait : de un parce qu'elle parlait extrêmement vite, de deux car il avait sûrement fini par faire comme Daniel, bercé par le va-et-vient des scientifiques, la voix douce mais déterminée de Carter et les cliquetis mêlés de phrases à la grammaire parfois approximative de leur nouvel ami :

— Hein ?

Un ange passa et Sam afficha la plus belle expression interdite qu'il n'ait jamais vue.

— Je disais qu'on a désengagé la porte, il faut y aller, elle agita les bras : maintenant !

Jack se leva d'un bond, oubliant presque Daniel qui oscilla un instant avant que le colonel n'abatte sa main sur lui :

— Debout la belle au bois dormant ! On rentre à la maison !

— Ah euh d'accord, ânonna l'archéologue alors que Jack et Teal'c, de chaque côté de lui, le remettaient sur ses jambes. Et lui ? demanda-t-il en tournant son regard vers l'alien.

— Il vient avec nous sur Terre, on verra ensuite.

— Monsieur, je ne pense pas qu'il soit prudent de relier la terre à une planète où grandit un trou noir.

— Ok, alors on va tous sur le site de repli Delta et on avisera là-bas.

Il leur fallut moins d'une dizaine de minutes pour être en vue de la porte. Teal'c se détacha du groupe pour aller de l'avant et composer l'adresse. Sa main planait au-dessus du DHD, prête à enfoncer le premier symbole, lorsque l'anneau se mit à tourner :

— O'Neill !

— On arrive Teal'c ! On arrive !

Le colonel fermait la marche, poussant les autres devant lui. Il lui fallut une seconde pour remarquer que le Jaffa se plaçait en position de défense, la lance dirigée vers la porte en mouvement, il freina, Sam fit de même une fraction de seconde plus tard, tendant le bras pour immobiliser Daniel.

— C'est une blague ! Qu'est-ce qui se passe encore ?

— Quelqu'un arrive mon colonel.

— Ah bon, vous croyez major ? mordit Jack. A couvert tout le monde ! Teal'c revenez par ici ! ordonna-t-il indiquant un bosquet.

Un frémissement le traversa quand le vortex se stabilisa, révélant trois aliens bleus de près de deux mètres, vêtus de tenues fastueuses et brodées. Jack se tourna vers le scientifique :

— Des amis à vous ?

Un flot de cliquetis et de grognements inonda leur esprit et Jack grimaça. Ce n'était pas douloureux comme lorsque leur nouvel ami leur avait parlé la première fois, mais on sentait clairement la colère teintée d'angoisse qui imprégnait leurs interlocuteurs et cela rendait l'expérience désagréable. Une séquence revenait distinctement comme scandée.

— Qu'est-ce que ça veut dire ? grogna Jack en regardant Daniel.

— Je n'en n'ai aucune idée moi.

Jack soupira et se tourna vers leur nouveau compagnon qui semblait abattu : il fixait le sol, les épaules baissées :

— C'est mon nom.

Jack fronça les sourcils :

— Ah oui ? C'est euh… joli, je suppose ?

— Pas tellement, mais c'est un prénom traditionnel, soupira l'alien dans son esprit.

Sam se rapprocha d'eux :

— Et ces gens, qui sont-ils ?

— Mes parents et l'un de mes professeurs.

— Quoi ?

Si Jack n'avait pas déjà été accroupi derrière un buisson, il en serait tombé à la renverse : un gamin, ils avaient affaire à un gamin ! Les pièces se mettaient en ordre dans son esprit :la différence de taille, l'air penaud, la fougue… Son épiphanie fut interrompue par Sam :

— Quel âge avez-vous ?

— Si je convertis en fonction de votre conception du temps, neuf ans, peut-être dix.

Neuf ans ! Ils étaient possiblement condamnés par un trou noir créé par un enfant de neuf ans ! Jack allait sortir du couvert pour ramener l'importun à ses parents quand Teal'c ouvrit la bouche, l'amenant à considérer une éventualité qu'il n'avait pas envisagée :

— Jeune Furling, avez-vous quelque chose à craindre de l'une de ces personnes ?

— Non, je vais être puni c'est certain, mais ils ne me feront pas de mal, ils ne m'ont jamais fait de mal.

Jack sentit un poids se lever de sa poitrine :

— Bien, dans ce cas, jeune homme, il temps d'aller vous confronter à vos parents.

Jack ressentait toujours une certaine appréhension à rencontrer une espèce inconnue, dans le cas présent, il ne voulait pas qu'on les prenne pour des ravisseurs d'enfants. Heureusement, l'enfant en question prit ses responsabilités et alla expliquer la situation à ses aînés. Jack ne comprenait rien de ce qu'ils se disaient, mais vu l'intensité des cliquetis et des grognements qui tambourinaient dans sa tête, il semblait évident que l'enfant se faisait remonter les bretelles. La montre de Carter bipa, les ramenant à une réalité qu'il avait presque oubliée :

— Excusez-moi ?

Comme un seul homme, les quatre Furlings se retournèrent dans sa direction, il déglutit, incertain :

— Loin de moi l'idée d'interférer dans une discussion familiale, et je me garderais bien de tout conseil éducatif, mais votre enfant a déclenché la formation d'un trou noir sur cette planète, donc maintenant que la porte est accessible, et avant que la situation ne soit totalement hors de contrôle, je suggère que nous allions poursuivre cette discussion ailleurs, ou au moins que nous partions et vous laissions discuter entre vous.

Silence. Super, ils allaient encore se faire des amis, enfin à supposer qu'ils survivent et ne soient pas engloutis par une saloperie de trou noir, évidemment.

— Jack ?

Il inspira et coula un regard vers Daniel, la voix piquante :

— Oui Daniel, quoi ?

— Je pense qu'ils ne comprennent pas notre langue.

Idiot. Il était un idiot, évidemment qu'ils n'avaient rien compris à sa tirade. Il se tourna vers l'enfant :

— Est-ce que tu pourrais …

Daniel le dépassa :

— Préviens-les que je suis d'accord pour un accès direct.

Le sang de Jack ne fit qu'un tour :

— Daniel…

— Jack ?

Jack soupira, ruminant sa colère, son ami était aussi épuisé que tête de mule, il fatiguait rien qu'à l'idée de le raisonner :

— Daniel, c'est non…

— Mais ?

— Et c'est un ordre.

— Pardon, quoi ?

L'enfant s'interposa :

— Ce ne sera pas nécessaire.

Il saisit les mains de ses parents puis de son professeur. Alors que ce dernier commençait à s'éloigner, celle qui semblait être la mère de l'enfant s'approcha d'eux :

— Je suis désolée pour les ennuis qu'Olwn a pu vous causer.

— Olwn ? releva Daniel.

— C'est ce qui se rapproche le plus de mon nom et qui soit prononçable dans votre langue, expliqua l'enfant.

— Ah d'accord, commenta l'archéologue.

— Bien, écoutez, loin de moi l'idée de mettre un terme précipité à ces retrouvailles et découvertes linguistiques mais bien que nous ne lui reprochions rien, Olwn a fait apparaître un trou noir dans le laboratoire là-bas, je propose donc que l'on parte tous d'ici rapidement. Et où va-t-il lui ? demanda Jack en désignant le deuxième homme qui s'en allait vers les bâtiments.

La mère d'Olwn lui adressa ce qui devait être un sourire, rempli de dents, et murmura dans sa tête d'une voix douce :

— Il va régler le problème, vous n'avez rien à craindre.

— Régler le … bafouilla Jack alors que Carter sautait presque à côté de lui.

— Pensez-vous qu'il soit possible pour moi de l'observer pendant qu'il procède ?

— Oui bien sûr, allez-y, sourit la voix incroyablement douce de la mère dans leur esprit.

Jack ouvrit la bouche mais il était si abasourdi qu'aucun son n'en sortit. Ce n'est finalement que lorsque son second fut à plusieurs mètres de lui qu'il hurla, les deux mains levées en signe d'interrogation :

— Carter ?

Elle rougit jusqu'à la racine des cheveux, et si la situation n'avait pas été si sérieuse, il aurait volontiers éclaté de rire, mais il se força à rester de marbre pendant qu'elle s'excusait :

— Je suis désolée mon colonel, m'autorisez-vous à suivre le…

Il agita la main :

— Ouais allez-y.

— Merci monsieur !

Il la regarda marcher d'un pas rapide vers le complexe avant de l'arrêter une nouvelle fois :

— Hé Carter ? Faites attention à vous d'accord ?

Par-dessus son épaule, elle lui adressa un signe de tête affirmatif et un sourire dont elle seule avait le secret, un de ceux qu'elle n'adressait qu'à lui. Son ventre se tortilla légèrement et il feignit de l'ignorer alors qu'il aurait juré voir la mère furling sourire derrière ses dents.

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Le général Hammond se racla la gorge :

— Vous êtes en train de me dire colonel que les Furlings vous ont invités à une réception.

— Une petite fête mon général, précisa Jack en massant le creux de son bras où la nouvelle infirmière avait prélevé du sang, assez peu délicatement, à leur retour de mission il y avait à peine une demi-heure. Ils nous attendent dans euh, il regarda sa montre : environs deux heures.

— Vous pensez qu'il soit sûr de vous y rendre ?

Jack haussa les épaules et regarda ses coéquipiers en quête de leur avis, comme personne n'avait l'air contre, il enchaîna :

— Ils veulent nous remercier d'avoir sauvé le gamin. Olwn est le fils de … comment ils appellent ça ? Daniel ?

— Trac… attendez que je retrouve mes notes…

Jack agita la main en regardant l'archéologue remuer tous ses papiers :

— Bah, laissez-ça, la mère d'Olwn est quelqu'un d'important, une sorte de ministre, et d'après ce qu'elle m'a dit, son fils serait l'un des « enfants les plus prometteurs », il est « très en avance » quoi que cela puisse vouloir dire pour eux. En résumé mon général, ils considèrent que nous avons sauvé leur mini-Carter local et veulent nous remercier donc…

— Mon général, intervint Carter qui avait rougi légèrement à l'appellation « mini-Carter », je pense que c'est sans danger, les Furlings sont des gens charmants …

— Mouais, si on excepte les dents, marmonna Jack.

Carter le regarda en coin et lui heurta le genou avec le sien.

— Colonel vous disiez ?

— Rien mon général, continuez Carter.

— Mon général, leur technologie est impressionnante : j'ai vu l'un d'eux absorber un trou noir ! Cela pourrait peut-être nous permettre d'en apprendre plus, même si comme tous les autres, ils ne sont pas très enclins à partager leur technologie avec des « peuples moins avancés » .

— Blablas et excuses habituelles, grogna Jack.

— Mais rien qu'apprendre un peu plus à les connaître pourrait changer tellement de choses ! s'enflamma Daniel. C'est l'une des quatre grandes races, nous ne savons rien d'eux…

— Docteur Jackson….

— Général s'il vous plaît, c'est une chance unique, nous avons peut-être aujourd'hui la possibilité de poser la première pierre d'une amitié entre les humains et les Furlings, c'est…

— Docteur Jackson ! insista Hammond en essayant de ne pas rire. Calmez-vous fiston, vous m'avez convaincu, préparez-vous, vous partez dans deux heures.

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— Et tenez-vous bien.

Jack s'étouffa à moitié alors qu'il vérifiait les attaches de son P90 en bas de la rampe :

— Daniel !

— Jack ?

— Vous êtes sérieux ?

— Jack, on parle des Furlings, vous savez ce que pourrait représenter une alliance avec les Furlings ?

Jack leva un sourcil :

— Daniel.

— Quoi Jack ?

— Calmez-vous ou vous allez faire une syncope. Je sais très bien ce qui se joue ici.

— Je sais que vous le savez, je ne voulais pas dire que vous ne le saviez pas, c'est juste que… les Furlings Jack !

Le colonel pouffa, mimant son coéquipier :

— Oui les Furlings Daniel !

A sa droite, Carter étouffa un rire et une petite chaleur lui caressa le cœur. Il frappa dans ses mains :

— Bon les enfants, si tout le monde est prêt on devrait y aller, on ne va quand même pas arriver en retard.

— Oui ce serait impoli, renchérit Daniel. D'ailleurs, sommes-nous vraiment obligés d'emmener des armes ? On nous invite à un repas, ça ne me parait pas approprié.

Jack expira lentement par le nez, il se doutait que cette question allait arriver sur le tapis, à vrai dire, il l'avait même attendue plus tôt. Il ne pouvait pas nier qu'il comprenait le point de vue de Daniel, mais son travail était aussi, et surtout, de les protéger, et il ne se voyait pas le faire sans armes :

— Écoutez Daniel, nous allons sur une planète inconnue, auprès d'un peuple inconnu, les armes ne sont pas de trop.

— Mais…

— Je sais, ce sont des Furlings, ou du moins ils disent que ce sont des Furlings …

— Vous n'êtes quand même pas en train de dire qu'ils nous auraient menti et que…

Jack leva une main :

— Rah ! Daniel. Stop. On n'en sait rien. On ne peut pas le savoir, pour l'instant. Si tout ce qu'ils nous ont dit est vrai alors personne n'utilisera ces armes, mais dans tous les cas elles viennent avec nous.

L'archéologue marmonna quelque chose dans sa barbe et après un signe de tête au général, Jack s'avança sur la rampe, Carter à sa droite, Daniel à sa gauche, Teal'c et sa lance derrière lui.

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Un comité d'accueil d'une demi-douzaine de Furlings en tenues blanches et brodées, les attendait souriant, toutes dents dehors, la pensée courtoise et joviale. Ils les suivirent dans une succession de corridors à la fois sobres et impressionnants : haut de plafond, murs en cascade, sol qui semblait flotter.

— Nous sommes un peuple en partie aquatique, précisa le chef de la délégation, comme s'il avait entendu les interrogations silencieuses du colonel qui demanda, sans vraiment réfléchir :

— Est-ce que vous pouvez lire dans les pensées ?

Le coude de Daniel lui entra dans les côtes alors que ce dernier soufflait entre ses dents serrées :

— Jack, c'est inconvenant.

— Il n'y a pas de problème, chanta la voix dans leur tête. C'est une question légitime. Nous ne lisons pas dans les pensées.

— Vous voyez, souffla l'archéologue.

— Pas que cela nous soit impossible mais nous nous l'interdisons, question d'éthique, précisa l'alien d'une voix riante.

Jack grimaça en direction de son coéquipier :

— Vous voyez.

La délégation ralentit soudainement et se scinda en deux, s'inclinant alors que, face à eux, arrivait la mère d'Olwn :

— Mes amis, nous sommes si heureux de vous recevoir ici.

Daniel bascula instantanément dans son rôle d'invité charmant. Cette capacité prenait toujours Jack un peu au dépourvu. Il avait pourtant bien conscience des qualités de diplomate de son ami, il faisait partie de l'équipe aussi pour ça d'ailleurs, mais une part de lui restait subjuguée par l'aisance dont pouvait faire preuve Daniel en société alors qu'il était, par ailleurs, maladroit voire empoté dans toutes les autres circonstances :

— C'est nous qui sommes honorés d'être ici, madame. Vous rencontrer est, pour nous, une véritable chance et nous espérons que cela puisse être une première étape qui…

Jack n'écouta pas la suite, les choses se dérouleraient selon la manière convenue : ronds de jambe, sourires, nourriture plus ou moins appétissante, mais mangée de bonne grâce, au moins en apparence, Daniel les montrerait sous leur jour le plus charmant, Carter laisserait traîner ses yeux partout, poserait des questions, repérerait les technologies à négocier et lui et Teal'c resteraient à l'affût, prêts à assurer leur défense. Comme d'habitude, cela lui convenait parfaitement. Il jeta un œil à Teal'c : le jaffa semblait attentif mais aussi détendu, lui confirmant le sentiment diffus qui l'habitait depuis qu'ils avaient franchi la porte : pas de danger. Jack n'avait repéré aucune arme, aucun garde, aucun système de sécurité. Il ne se faisait cependant aucune illusion : un peuple avec un tel degré technologique en avait forcément, d'ailleurs on leur avait laissé leurs armes, signe que les Furlings ne les considéraient pas comme une menace et devaient avoir une force de frappe bien supérieure à la leur.

— Avant de commencer, je vais vous conduire dans les quartiers des invités, vous pourrez vous y reposer un moment si vous le souhaitez et vous mettre à l'aise en vue du repas.

Jack sourit, saisissant le sous-entendu : on leur suggérait aimablement de laisser leurs armes et équipement au vestiaire. Il inclina légèrement la tête en direction de la ministre en signe d'assentiment. Il ne servait à rien de s'y opposer, les Furlings avaient les moyens de les y contraindre et de toute façon, son intuition lui soufflait que contre ces aliens en gelée leurs armes seraient complètement inutiles.

Les quartiers en question tenaient plus d'une suite balnéo, voire d'un appartement, que d'un placard à manteaux. Jack dissimula assez mal un sourire quand il vit Daniel se laisser tomber sur l'un des lits et vanter le moelleux du matelas, surtout quand il surprit Carter tâter discrètement la literie pour se faire son idée :

— Bon les enfants, vous avez entendu la dame : on se lave bien les mains avant de passer à table et on laisse sacs, armes et gilets tactiques ici.

— Et vous êtes d'accord avec ça ? s'étonna Daniel.

— Je crains que le degré technologique furling ne rende nos armes totalement obsolètes et inutiles Daniel Jackson, commenta Teal'c.

Jack croisa le regard de l'archéologue, visiblement en quête de confirmation :

— En effet, singea Jack. Mon ami, ajouta-t-il en tapant l'épaule du jaffa, je ne l'aurais pas mieux dit. Vu le peu de précautions qu'ils prennent à notre égard je dirais qu'un P90 n'aurait pas plus d'effet sur eux que…

Il leva les bras cherchant une métaphore qui ne venait pas.

— Un pet de mouche ? suggéra Daniel.

Teal'c leva un sourcil et Sam pouffa.

— Un pet de mouche ? releva Jack avec étonnement.

Daniel haussa les épaules en grimaçant :

— C'était une expression de Nick.

Un ange passa alors que la nostalgie semblait gagner les troupes à la pensée de Nicholas Ballard. Jack se râcla la gorge et frappa dans ses mains :

— Bon, sur ce, allons goûter cette dinde furling.

— Vous pensez qu'ils ont de la dinde mon colonel ? s'amusa Carter.

— Ils doivent bien avoir quelque chose d'équivalent, on sert toujours de la dinde aux invités qu'on connaît mal.

Carter se retourna à demi pour le fixer, une lueur rieuse dans le regard :

— Ah oui ? Vous ne nous avez jamais offert de dinde pourtant mon colonel ?

— Parce que je vous connais trop bien major, les gens qu'on aime on leur offre du steak.

Carter s'étrangla, virant du rouge au blême alors que Teal'c levait un sourcil en une moue appréciatrice. Ce qu'il venait de dire le frappa et son cœur accéléra dangereusement :

— Je ne voulais pas dire que… enfin si… enfin je ne veux pas dire que je ne… oh pour l'amour du ciel.

— Ou du poisson.

Jack trébucha mentalement et se tourna vers Daniel qui, les yeux fixés sur son gilet, se bagarrait avec une attache. Il n'avait rien entendu de la fin de la conversation et, telle une intervention divine, venait de lui sauver la mise :

— Du poisson Daniel ?

— Ben quoi ? Ils ont dit qu'ils étaient à moitié aquatique, il serait logique qu'ils mangent du poisson.

— Ou des algues, enchaîna Sam.

En passant à côté de lui, elle l'effleura légèrement il frissonna mais il n'y avait plus de tension entre eux : elle aussi avait saisi la perche involontaire de Daniel.

— Des algues Carter ?

— Oui mon colonel, il ne serait pas aberrant de penser qu'une civilisation aussi avancée que celle des Furlings soit végétarienne.

— Si vous avez raison major, j'exige qu'on prenne une vraie pause déjeuner en rentrant à la base.

— J'en prends note mon colonel, on grillera des steaks si vous voulez.

Son commentaire le souffla et son cœur rata un battement face à son petit sourire en coin alors qu'elle écartait les mains de Daniel de son gilet :

— Laissez-moi faire Daniel, voulez-vous ?

Il ouvrit la bouche mais la porte fit de même, le coupant dans son élan :

— Olwn ?

L'enfant s'inclina et ferma la porte derrière lui :

— Colonel, major, Daniel, Teal'c, je suis heureux que vous soyez ici, je voulais vous voir avant le repas pour vous présenter mes excuses.

Jack les balaya d'un revers de la main :

— Ce n'est rien, c'est oublié va. Tu voulais tester quelque chose, tu n'avais pas prévu que nous arriverions à ce moment-là.

— Non, colonel. J'ai été imprudent et je vous ai mis en danger, vous et tout le monde. J'aurais pu menacer toute la galaxie avec ce trou noir.

— Ah oui ? il se tourna vers Carter : Vraiment ?

— C'est possible mon colonel.

Jack grimaça et posa affectueusement sa main sur l'épaule de l'enfant :

— Ecoute Olwn, nous allons tous bien, c'est le principal. Tu feras attention la prochaine fois, d'accord ?

Le gamin agita la tête, dardant sur lui ses deux grands yeux de poisson humide et une vague de gratitude, de reconnaissance, d'amour même l'inonda alors qu'Olwn parlait dans son esprit :

— Je voulais vous remercier colonel, sans vous j'aurais pu tuer tout le monde, cela ne se reproduira plus jamais, je vous le promets.

Carter s'avança et, à son tour, effleura l'enfant :

— Tu es jeune mais tu es doué Olwn, tu ne dois pas arrêter à cause de cet incident, tu dois juste te montrer prudent. Peut-être que la supervision d'un professeur serait une bonne idée pendant quelques temps ? Je suis certaine que ta mère n'y verrait pas d'inconvénient.

Il leva vers eux des yeux plein d'espoir :

— Vous accepteriez de lui en parler ?

Sam se tourna un instant vers lui, guettant son accord, il haussa les épaules et elle répondit :

— Bien sûr, je vais voir ce que je peux faire.

Le merci de l'enfant explosa dans leur esprit alors qu'il se jetait dans leurs bras. Jack frémit et son cœur pinça douloureusement au souvenir de Charlie que cette étreinte faisait naître en lui. Les petits doigts osseux d'Olwn s'accrochèrent à son bras alors qu'il se reculait dans leur étreinte :

— Je sais comment vous remercier.

Une lumière bleutée commença à les entourer et Jack eut soudain un horrible pressentiment. Tout vibra, la pièce devint floue. Il utilisa les dernières forces dont il disposait encore pour tourner son regard vers Carter. Il lut de la panique sur son visage, ce qui ne le rassura pas. Il y lut aussi de l'amour, son cœur vrilla, accéléra puis s'arrêta brutalement, comme un moteur qui cale. Un moteur d'avion. Qui tombe à pic. Le sol céda sous lui, il eut l'impression de perdre connaissance alors que son corps explosait. Il voulut hurler mais il n'avait plus de voix. Il s'accrocha à l'image de Carter dans son esprit, il ne pouvait plus la voir : il n'avait plus d'œil, il n'avait plus de corps, avait-il seulement encore un esprit ? Et eux, et elle ? Qu'allait-elle devenir ?

Carter ?

Sam ?

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Il inspira brutalement, comme un noyé qu'on hisse enfin sur le pont d'un bateau. Tout s'éclaira autour de lui, des odeurs envahirent ses narines et le poids de son corps autour de son esprit l'alourdit brusquement. Il avait des yeux, un nez, des poumons, un corps, il était vivant.

Sam.

Reprenant lentement ses esprits, il constata qu'il était debout au milieu de la rue. Il faisait doux, le parfum des tilleuls l'apaisa tout en faisant naître en lui un fourmillement d'anticipation désagréable. Il ne portait plus ses EDR. Les autres n'étaient plus là. Sam. Son prénom résonna en lui, déstabilisant douloureusement son cœur, il essaya de l'ignorer : il fallait qu'il comprenne ce qu'il se passait, mais son esprit, comme piégé dans la brume d'un rêve, tournait au ralenti. Il se regarda : un jean, une veste verte, il passa sa main sur sa tête, trouvant sa casquette. Une voiture klaxonna et il sursauta :

— Hé ça va mon gars ? Reste pas au milieu de la rue comme ça ! lança le conducteur, un homme âgé d'une soixantaine d'année, bedonnant et jovial.

Monsieur Storn lui souffla son esprit.

— Jack c'est ça ? demanda l'homme, le bras en appui sur le montant de sa vitre baissée. Tout va bien ?

Un voisin, monsieur Storn avait été son voisin, il y a longtemps, dans une autre vie.

— Oui, merci, je suis désolé, je pensais à autre chose, c'est tout, balbutia Jack.

— Bah c'est rien mon gars, ça nous arrive à tous hein ? Bonne soirée !

— Bonne soirée, répéta Jack en regagnant le trottoir.

Ses pas le guidèrent malgré lui à une maison. Cette maison. Le quartier. La voiture. Il accéléra en même temps que les pulsations dans sa poitrine : Sarah était là, dans le jardin, vérifiant les fleurs du massif :

— Jack !

Il se pencha et elle l'attira à lui, l'embrassant. Son corps se coula, presque malgré lui, contre le sien et la douceur de l'amour qu'elle lui portait glissa en lui comme un baume étrangement bienvenu, presque habituel.

— Regarde ce que Charlie a ramené de l'école, murmura-t-elle contre sa bouche en attrapant une chemise cartonnée ornée de la photo de leur fils.

Charlie.

Leur fils.

Les photos de l'école.

— Où est-il ? s'entendit-il prononcer.

C'était aujourd'hui.

C'était maintenant !

Il n'entendit pas la réponse de Sarah tant les pulsations de son sang hurlaient à ses oreilles. Ses jambes manquèrent de céder sous lui alors qu'il se précipitait dans la maison.

C'était maintenant.

Il pouvait empêcher ça.

— Charlie !