Bonjour à toutes et à tous, voici la partie 3.

Un grand Merci à Shippeusesamnjack et Dana LMM pour leurs encouragements, leur soutien, leurs relectures et leur travail de Bêta!

Toutes les erreurs sont les miennes ;)

C'est une partie courte mais intense.

Balise d'épisode: début saison 7, avant Grace/ voyage intérieur et Cold Lazarus/ Double


ATTENTION: cette partie fait référence à la mort de Charlie, plus précisément aux souvenirs de Jack concernant la mort de Charlie.

TW: mort d'enfant, sang, arme à feu, description graphique de la violence.

Si vous ne souhaitez pas lire cette partie mais continuer l'histoire vous pouvez attendre la partie 4: j'y ajouterai, au début, un résumé de la partie 3 qui vous permettra de continuer l'histoire.


Partie 3 :

O'Neill ouvrit la bouche alors que son visage se tordait d'horreur avant de disparaître. Le cri que le major Carter poussa atteignit Teal'c plus sûrement que le feu d'une lance. Ce hurlement glaçant déchira une part de lui-même, ramenant à sa mémoire d'horribles souvenirs du jour où ils avaient perdu Janet Frasier et où il avait cru voir mourir les deux terriens après que le premier soit tombé sous le feu ennemi et que la seconde ait quitté son couvert sans précaution.

Quand le major Samantha Carter disparut à son tour et qu'il eut à peine le temps de se retourner pour apercevoir Daniel Jackson s'évaporer, la crainte sourde qui grandissait en lui explosa en une terreur pure qu'il n'avait que très peu ressentie au cours de sa vie. Il voulut se tourner vers le jeune furling mais son corps peina à lui obéir, il leva douloureusement ses mains devant lui, constatant avec horreur qu'elles perdaient en substance.

La porte de la pièce s'ouvrit à la volée, alors que la mère du jeune Olwn accourait dans la pièce. Teal'c sentit son corps trembler de l'intérieur, comme si chaque particule de son être voulait mener sa vie propre et s'affranchir du lien avec les autres. Un cri rauque monta de sa gorge tandis que son esprit se trouvait envahi de cliquetis erratiques et de flots de panique étrangers qui s'ajoutaient à celle qu'il ressentait. Le Jaffa avait l'impression de se dissoudre dans l'espace mais la ministre se tourna vers lui, offrant un visage qu'elle voulait apaisant, et posa une main sur son épaule avant de fermer les yeux. Une lumière émana d'elle et les engloba tous les trois. Immédiatement, les sensations d'écartèlement cessèrent.

— Je nous ai isolés du temps. Est-ce que vous vous sentez mieux ? demanda doucement la voix féminine dans son esprit.

Il inclina légèrement la tête :

— Que s'est-il passé ? Où sont mes amis ? Qu'avez-vous fait ? tonna-t-il finalement, retrouvant sa voix de centaure et dardant ses yeux emplis de colère vers l'enfant tremblant.

— Je… je voulais juste les remercier. Jack, le colonel, il souffrait tellement, et les autres aussi, je me suis dit que s'ils pouvaient éviter ce qui les avait fait tant souffrir ils…

— Par tous les temps, qu'as-tu fait ? se désola la mère. Tu n'avais pas le droit d'interférer, tu n'as aucune idée de ce que tu as pu provoquer.

— Mais ce sont juste des humains ! se défendit bien mal le jeune furling. En quoi modifier un seul élément de leur vie pourrait-il…

— Pour ceux-là, cela peut tout changer, laissa échapper la mère en soupirant.

— Où qu'ils soient, il nous faut les retrouver, ordonna Teal'c.

— Nous ne pouvons pas. En les ramenant dans le temps, Olwn a créé une nouvelle ligne temporelle, dont je nous ai extraits, mais sur laquelle nous ne pouvons plus intervenir, nous n'en faisons plus partie. Nous ne pouvons pas les retrouver, c'est à eux de le faire.

— Ils nous trouveront, affirma le jaffa confiant.

Olwn baissa la tête et sa mère eut un air navré :

— Désormais, pour eux, nous n'avons jamais existé.

% % %

Ces escaliers n'en finissaient plus. L'urgence hurlai en alarme dans l'esprit de Jack mais un autre sentiment, plus diffus, lui vrillait les entrailles : quelque chose clochait. Son intuition lui disait de porter attention à cet avertissement. Il essaya de se concentrer, d'organiser sa pensée, ses souvenirs. Avant d'être dans sa rue, il était ailleurs. Une planète, des aliens.

Des aliens ?

Il n'était pas seul, ses amis étaient là. Elle était là.

Sam.

Son visage lui apparut en flashs et son sourire calma un bref instant la tempête qui le secouait, le ramenant aussi à une réalité douloureuse : Charlie était mort depuis presque dix ans. Charlie était mort. Tué par son arme. Dans sa maison. Dans sa chambre. Il hésita un instant à s'immobiliser là, sur cette marche. Il refusait de jouer le jeu macabre d'un alien sadique qui le pousserait à vivre encore et encore cette scène, ou pire qui l'autoriserait à expérimenter une autre issue, avant de lui arracher brutalement ce qui n'aurait été qu'une illusion.

Il renonça, c'était trop difficile. Il était dans la maison, tout, autour de lui, lui prouvait que Charlie vivait encore, qu'il habitait là, qu'il pouvait encore le sauver. Il bondit vers la porte de la chambre et l'ouvrit aussi doucement qu'il put, malgré son cœur battant et l'urgence qui imprégnait chacun de ses gestes. Il ne fallait pas le faire sursauter, surtout pas. Une petite tête brune se tourna vers lui, deux grands yeux effrayés s'ouvrirent et regardèrent dans sa direction. Là, le cœur de Jack s'arrêta.

Charlie.

Dans la main tremblante de l'enfant, l'arme à feu, vierge de crime, encore chargée de sa balle meurtrière.

L'image de son fils, étendu au sol, dans une flaque de sang, mort, explosa dans son esprit, il gaspa.

— Papa, s'étrangla Charlie alors que des larmes dévalaient ses joues. Je sais que je n'avais pas le droit d'y toucher mais…

La voix de Charlie le ramena brutalement dans l'instant. Cette voix, cela faisait tellement longtemps qu'il ne l'avait pas entendue, il craignait de l'avoir oubliée. Il l'avait sans doute un peu oubliée.

— Chut Charlie, tout va bien. Ce n'est rien, ce n'est pas grave…

— Mais, je sais que tu es fâché quand on fouille dans tes affaires et moi je ….

— Chut. Je ne suis pas fâché Charlie, ce n'est rien.

— Oh mon dieu, s'étrangla Sara, arrivée dans son dos.

Il tendit un bras vers elle pour lui indiquer de rester calme :

— Charlie. Charlie regarde-moi … Tu ne vas pas bouger, d'accord ?

L'enfant renifla et secoua la tête.

— Super. Écoute, tu vas rester parfaitement immobile et moi je vais m'approcher doucement de toi et venir prendre ce que tu as dans la main, d'accord ?

— Je suis désolé.

— Chut, ce n'est rien. Charlie ! Ne bouge pas ! Tu te rappelles ? Tu ne seras pas puni, je ne suis pas fâché, ce n'est rien.

— D'accord.

— Reste là, souffla-t-il à Sara alors qu'il avançait lentement dans la pièce.

Le souvenir de ses pas sur le parquet souillé, ce jour-là, remonta en lui par vagues, lui donnant la nausée. Le sang, par terre, il le voyait : ses souvenirs s'imprégnaient sur sa rétine, se superposant à la scène qui se déroulait devant ses yeux. Il inspira profondément. Charlie n'était pas mort, Charlie était vivant, il était là, à temps. Sa main gauche se referma sur le canon de l'arme alors que de la droite, il saisissait l'épaule de son fils et le collait contre sa poitrine.

Il leva le revolver pour indiquer à Sara qu'il n'y avait plus de danger avant de le poser sur le bureau. Charlie s'écroula en sanglots contre lui, Jack referma ses bras sur son corps frêle et toutes les émotions qu'il contenait tant bien que mal lâchèrent avec sa raison. Il était chez lui, Charlie était là. Il tenait son fils, vivant, dans ses bras. Le souvenir du corps froid et meurtri de son enfant, sur la table, puis dans ses bras, à l'hôpital, flasha dans son esprit mais il le chassa. Charlie n'était pas mort, Charlie ne mourrait pas, il était là.

Il sentit le poids de Sara reposer sur son dos alors qu'ils se recroquevillaient tous les trois les uns contre les autres sur le plancher de cette chambre qui, cette fois, n'accueillerait pas de drame. Il caressa la tête de son fils, encore et encore. Sous ses doigts, il n'y avait que des cheveux soyeux, sentant la terre, le soleil et le savon, pas le toucher visqueux du sang et l'odeur ferreuse de l'hémoglobine. Pas de plaie, pas de balle, pas de sang. Il était vivant. Il allait grandir. Ils allaient encore jouer au base-ball. Ils allaient tous pouvoir le rencontrer.

Tous.

Son esprit trébucha encore.

Qui ? « Tous » qui ?

Sam.

Le prénom glissa à la périphérie de son esprit, comme une brume.

Sam.

Les trois lettres résonnèrent en lui, déstabilisant douloureusement son cœur mais, comme un rêve qui s'échappe alors que le sommeil vous quitte, tout ce qui pouvait être rattaché à ce nom filait entre ses doigts, se dérobant aux bribes de sa mémoire. C'était important malgré tout, il en était persuadé et, alors qu'une part de lui explosait de joie de pouvoir enfin tenir Charlie vivant dans ses bras, il eut le sentiment qu'une autre, plus discrète, s'éteignait doucement et mourait en silence.

— Jack ?

Il tourna son regard vers celui, douloureusement inquiet, de Sara et son cœur se serra un peu.

— Est-ce que ça va papa ? demanda la voix encore un peu tremblante de Charlie.

Le visage de son fils l'emplit d'une chaleur dont il avait oublié l'existence et un sourire franc étira ses traits alors qu'il ébouriffait les cheveux du petit garçon :

— Évidemment ! Tiens, et si tu prenais ton gant et que tu allais m'attendre dans le jardin ? On pourrait faire quelques passes en attendant l'arrivée du dîner, on pourrait commander des pizzas, qu'est-ce que tu en dis ?

Les cris de joie de l'enfant lui arrachèrent un rire sincère alors que Charlie dévalait déjà l'escalier en direction du jardin.

— De la pizza, Jack ?

— Je crois qu'on peut se permettre une entorse aujourd'hui, non ?

Elle sourit tristement :

— On a eu chaud cette fois, n'est-ce pas ?

— Il pourrait être mort Sara, énonça Jack la gorge sèche.

Elle grimaça, lui serrant brièvement l'épaule alors qu'elle se relevait :

— Je vais appeler la pizzeria, glissa-t-elle en quittant la chambre.

Jack tendit le bras, récupérant l'arme sur le bureau :

— Charlie devrait être mort, il devrait être mort, répéta-t-il la gorge serrée en essayant de chasser les images macabres qui le hantaient, sans pouvoir détacher ses yeux du tapis qui, cette fois, n'était pas rouge.

% % %

Dans un autre lieu, à un autre temps, une jeune fille, à peine entrée dans l'adolescence, sortait en trombe de chez elle et tambourinait aux portes des maisons voisines.

— Samantha ? Qu'est-ce qui t'arrive ? s'alarma madame York qui habitait deux maisons plus loin.

— Madame York ! Est-ce que vous pouvez me conduire à l'aéroport ? S'il vous plaît ? C'est vraiment très urgent.

( à suivre)