Salut à tous !
Je poste enfin cette fic que j'ai écrite pendant le nanowrimo, qui est sur mon nouveau ship préféré (kuroshou who ?) Diluc et Il Dottore de Genshin Impact. Si quelques un des gens qui me suivent ici sont aussi dans ce fandom je vous invite à lire cette fic si le coeur vous en dit, et pour les autres il n'est jamais trop tard pour gâcher sa vie, téléchargez Genshin !
Merci à eatingflowers pour m'avoir corrigée & pour son soutien sans faille (elle a écrit 50k de dilttore pendant le nano allez lire ses fics) & a liuannes et CATHARSIS pour leur soutien ! also merci à ceux qui ont laissé une review sur ma dernière fic ça fait toujours plaisir je vous aime
AND I WOULD BREAK IT FOR YOU
Tapi dans les hautes herbes, Diluc retenait son souffle. N'importe qui d'autre serait mort de froid à rester allongé de la sorte dans la neige éternelle de Snezhnaya, mais il n'avait nullement besoin qu'on le réchauffe. La seule chose pouvant lui apporter une quelconque sorte de réconfort serait d'enfin apercevoir autre chose que des loups et des pommes de pin. Mais ça ne tarderait plus.
Il pouvait déjà entendre le martèlement de sabots au loin. Diluc s'accroupit derrière le buisson le plus haut qui bordait la route et passa une main dans ses cheveux écarlates afin d'en chasser le givre qui s'y était déposé au long de ces heures passées à attendre patiemment. Un coup d'œil au soleil déclinant le fit soupirer.
Rosaria, on reparlera de la précision de tes informations quand on se retrouvera à Mondstadt.
Une minute à peine s'écoula avant que Diluc n'aperçoive le véhicule. Il avançait à une vitesse anormale pour un simple convoi de dignitaires. Peut-être bien que l'un d'entre eux se méfiait. À juste titre.
La robe éclatante des chevaux qui tiraient la calèche paraissait presque invisible dans un tel paysage, et si Diluc n'avait pas été si bien informé sur la trajectoire exacte que le convoi emprunterait, il aurait pu le manquer. Mais pas cette fois-ci.
Il s'élança pile au bon moment pour atterrir au sommet de la calèche, arrachant un cri d'effroi au cocher qui mit immédiatement la main à sa ceinture pour attraper sa propre épée. Trop tard, bien trop tard pour rivaliser avec les réflexes de Diluc, qui n'en était pas à sa première embuscade en solo. Dans d'autres circonstances, il aurait épargné la vie de cet homme, mais il ne pouvait risquer qu'il signale l'attaque de ce convoi. Sa tête roula sur la route immaculée, et si quelqu'un la déneigeait au printemps, Diluc aurait déjà accompli sa mission depuis longtemps.
Il arrêta les chevaux d'un geste et se dirigea d'un pas tranquille vers la porte du carrosse. Celle-ci s'ouvrit brusquement avant même qu'il n'ait esquissé un geste pour l'ouvrir.
— Il serait plus raisonnable d'attaquer le prochain convoi, lui lança un homme au regard venimeux, en descendant d'un pas aussi calme que celui de Diluc.
Ses cheveux couleur émeraude flottant dans le blizzard, Baizhu resserra son épais manteau en léopard autour de lui. Le serpent enroulé autour de ses épaules fixa Diluc de son œil violet. Derrière ses lunettes incrustées de pierres précieuses, le regard du vampire ne laissait aucun doute sur un point : il ne se sentait absolument pas menacé par Diluc. Après tout, pourquoi trois des plus riches vampires de Teyvat auraient-ils dû s'en faire à cause d'un vagabond dans un manteau passé de mode depuis trois siècles - selon Kaeya - qui tenait une épée à l'aspect brut ?
Diluc ne se donna pas la peine de lui répondre et s'élança vers le vampire, son épée à la main. Cette arme, baptisée la Mort-du-Loup, était de loin sa préférée. Une poignée de secondes plus tard, le serpent s'écrasa au sol à côté de la tête de son maître dans la neige. Un cri strident retentit à l'intérieur de la calèche et deux femmes en sortirent, épouvantées.
— Comment avez-vous... hurla la première, visiblement au bord de l'évanouissement, comme si la vision du corps inerte du vampire aux cheveux émeraude dépassait son entendement.
— S'il a réussi à tuer Baizhu, je crains que nous n'ayons que peu de chances de nous en sortir, déclara laconiquement la seconde.
— Attendez ! s'écria la première femme. Qu'est-ce que vous voulez ?
Peu de choses procuraient un véritable sentiment de satisfaction chez Diluc, mais voir la panique dans les yeux d'un vampire en faisait partie.
— Ces disparitions dans la région. Je sais que vous avez quelque chose à voir avec elles.
— Non ! Ce n'était pas nous ! Nous sommes venus de Liyue pour une réception, il y a forcément méprise...
Diluc avait entendu bon nombre de ces cloportes essayer de sauver leur peau. La plupart d'entre eux étaient plus créatifs que cette femme pathétique. Alors qu'il levait à nouveau son épée, sa compagne prit à nouveau la parole.
— Les gens que vous cherchez sont au Palais d'Hiver. Mais nous n'avons rien à voir avec leurs enlèvements. Et vous ne pouvez plus rien pour eux à l'heure qu'il est. Pourquoi vous en prendre à nous, plutôt qu'aux Fatui ?
— Leur tour viendra, répliqua le chasseur de vampires.
Diluc leva son épée pour la seconde fois, sans porter la moindre attention au reste de leurs supplications.
Diluc,
J'ai dû boire dans les trois quarts des tavernes de Snezhnaya pour t'obtenir ces informations, alors fais en bon usage. Trois vampires de Liyue passeront dans les gorges de l'oubli le 23 novembre aux alentours de dix-sept heures. C'est le seul moment où tu peux espérer intercepter leur calèche sans être repéré. Tu avais raison, les Fatui ont quelque chose à voir avec toutes les disparitions dans la région, ces dernières semaines. Libre à toi de t'engager sur cette pente, de toute façon je ne pourrai pas t'en empêcher, mais sache que tu t'exposes à des risques bien plus grands que ce que tu t'imagines. Les Fatui tiendront un grand bal au Palais d'Hiver et Baizhu y est invité. Je pense que tu sais sans mal quel sort Il Dottore réserve aux gens qui ont été enlevés. Buffet à volonté.
Tu me trouveras à la Rose de givre si tu avais besoin d'aide. Un conseil, mets ta fierté de côté pour cette fois. ça serait con de te faire tuer. Et je ne serai pas la seule à me ranger de ton côté si tu acceptes de demander de l'aide.
Bien à toi,
Rosaria
Diluc connaissait le contenu de cette lettre par cœur, mais il la ressortit une dernière fois avant de se décider à rejoindre la taverne où Rosaria se trouverait aux alentours de minuit, avec cette autre personne qui était soi-disant prête à les aider. Diluc s'y rendait à moitié par curiosité, et à moitié parce qu'il n'avait pas vu Rosaria depuis un bon moment. Sa dernière cible l'avait conduit au cœur des montagnes électriques Inazuma, sur l'île de Seirei où il avait réglé son compte à un vampire qui pensait échapper aux conséquences de ses actes en s'exilant dans l'un des endroits les plus inhabitables de Teyvat. Ils pensaient tous être à l'abri pour l'éternité, et Diluc se faisait un plaisir de leur rappeler à quel point il se fourvoyaient.
Le chasseur du vampire parcourut la taverne du regard. Rosaria était une experte du déguisement et Diluc avait plus d'une fois eu du mal à la reconnaître même en sachant où chercher, mais il la repéra bien vite au fond de la taverne. Son teint blafard se mariait à la perfection à l'atmosphère de Snezhnaya. Emmitouflée dans un manteau gris platine, elle avait opté pour une perruque blonde. Une silhouette encapuchonnée assise à côté d'elle attira l'attention de Diluc. Sans doute l'allié dont elle avait parlé.
— Jolie coiffure, lança-t-il en s'asseyant à sa table.
— Six mois sans donner de nouvelles et je te reprends à draguer notre plus vieille amie ? lui lança la personne encapuchonnée.
Diluc poussa le plus long soupir de son existence. Rosaria se mordit l'intérieur avec trop peu de discrétion pour ne pas rire. Lorsque Kaeya fit glisser son capuchon, le gratifiant d'un regard à la fois tendre et taquin, Diluc admit à contrecœur que le feu de la cheminée n'était pas la seule chose à enfin réchauffer ses os gelés par des semaines de traque.
— Etait-il bien nécessaire de faire tant de mystères pour me présenter mon propre frère, Rosaria ?
— Tu ne serais pas venu, sinon, déclara Kaeya à sa place.
Il paraissait en forme. Le visage guilleret et le regard vif, il avait l'air plus frais que Rosaria, qui était presque affalée sur son siège.
— Peut-être parce que je te demande de te mêler de tes affaires depuis presque trois-cent ans...maugréa Diluc.
Kaeya leva les yeux au ciel et tendit un verre rempli de jus de raisin à Diluc.
— Et je respecte ton choix. La plupart du temps. Tu veux tuer des vampires, c'est ton droit. Enfin, non, j'imagine que ça n'est pas tout à fait sans répercussions mais tu t'en es toujours bien sorti...Ce que je veux dire, c'est que cette fois-ci, t'as besoin de moi, que ça te plaise ou non.
— Il a raison, acquiesça Rosaria. Tu ne peux pas le faire seul.
— En admettant que j'accepte. Qu'est-ce que vous proposez ?
Un sourire étira les lèvres de son frère adoptif.
— J'espère que tu ne t'es pas débarrassé de la calèche.
Diluc fronça les sourcils, déjà inquiet par ce que Kaeya pouvait déjà bien avoir en tête.
Il aurait été idiot de qualifier son frère adoptif d'irresponsable . S'il apparaissait comme tel dans certaines circonstances, c'était uniquement parce qu'il voulait donner cette impression. Tout comme lui, Kaeya ne laissait rien au hasard et s'assurait d'avoir au moins trois coups d'avance sur son adversaire. Il était difficile d'en attendre moins d'un vampire ayant réussi à se faire nommer capitaine de cavalerie de l'Ordre de Favonius. Mais aussi prenantes que ses affaires pouvaient être, il s'était permis de quitter Mondstadt simplement pour l'aider. Diluc mourait d'envie de lever les yeux au ciel, mais écouter son plan lui témoignerait sa gratitude avec bien plus d'efficacité.
— Je l'ai dissimulée quelque part.
— Bien. Dis-moi que tu n'as pas brûlé leurs vêtements avec leurs corps.
Diluc secoua la tête avant de se figer. Il venait de comprendre où Kaeya voulait en venir.
— Ça ne marchera jamais.
— Rosa pense que ça peut le faire. Et tu sais à quel point elle est prudente.
Diluc échangea un regard avec Rosaria. Cette dernière hocha la tête.
— Tu penses vraiment qu'ils ne savent pas à quoi ressemble Baizhu ?
— Je pense, mon cher frère, que je suis assez doué en maquillage pour faire illusion.
— Vous n'avez pas du tout la même couleur de peau, toi et lui.
— Qui te dit que je ferai Baizhu ? Rosa fera ça bien mieux que moi.
Rosaria soupira.
— Je mettrai ces frusques pour rien au monde, mais j'ai très envie d'étrangler un exécuteur des Fatui, alors on fera au mieux, grommela l'espionne.
— Et moi je me ferai passer pour un dignitaire de Sumeru. Personne n'emmerde Baizhu avec des questions sur ses fréquentations, je te le garantis.
Diluc considéra son plan.
— On s'introduit dans le Palais d'Hiver sous une fausse identité. Et après ?
— Après, on disparaît et on retrouve les victimes, Rosa et moi. Pendant ce temps là, tu pourras tuer autant de vampires que tu veux.
— Il n'y en a qu'un qui m'intéresse. Celui qui enlève des dizaines de citoyens de Snezhnaya depuis des semaines pour nourrir ses invités.
— Il Dottore, hein... ricana Kaeya. Une sacrée tête sur ton tableau de chasse.
— Appelle ça comme tu veux, dit Diluc en haussant les épaules.
Il avait déjà fait de la place sur son étagère avant de quitter Mondstadt.
— Tu marches ? lui lança Kaeya.
Diluc acquiesça avant de croiser les bras.
— J'ai survécu à des plans moins élaborés. En revanche, en qui est-ce que tu proposes que je me déguise ?
Kaeya lui fit un clin d'œil.
— Trouve toi un masque et viens comme tu es. Il n'y a pas de meilleur mensonge que la vérité, parfois.
Diluc, Kaeya et Rosaria passèrent la journée suivante à réunir les pièces manquantes pour parfaire leurs déguisements. Une demi tonne du meilleur maquillage provenant d'une boutique renommée de la capitale de Snezhnaya, des vêtements élégants aux couleurs de Sumeru pour Kaeya, et un masque pour Diluc. Kaeya avait également insisté pour qu'il s'achète un autre manteau, assez grand pour dissimuler son épée, mais surtout approprié pour une réception.
— Je ne pourrai jamais me battre avec ces trucs sur les yeux, grogna Rosaria. Ce type n'y voyait vraiment rien sans lunettes. Bizarre pour un vampire, non ?
— Hmpf.
Diluc s'intéressait peu aux problèmes ophtalmologiques de Baizhu, présentement trop occupé à essayer d'attacher son masque correctement.
— T'es vraiment pas doué, commenta Kaeya depuis l'un des fauteuils de la chambre qu'ils avaient louée dans une auberge en bordure de la capitale.
Diluc s'apprêtait à lui répliquer que la coiffure ne faisait pas partie de ses passe-temps, mais Rosaria intervint - comme souvent - avant que les choses ne dégénèrent.
— Laisse-moi faire.
Elle le fit s'asseoir sur le bord de l'un des lits et s'empara d'une brosse afin d'essayer de discipliner la crinière écarlate de Diluc.
— Tu pourrais aller chez le coiffeur plus souvent, fit remarquer Kaeya.
— Tu vas la fermer ? grogna Rosaria.
— Très bien, très bien.
Diluc se moquait parfaitement de ce qu'elle pouvait bien faire à ses cheveux, tant qu'elle parvenait à faire tenir son masque correctement. Lorsqu'elle eut terminé, ses cheveux étaient fermement rassemblés en une tresse qui lui arrivait au milieu du dos. Diluc n'était pas habitué à avoir le front aussi dégagé, mais il s'en accomoderait.
— Merci, Rosaria.
— De rien, je suis sûre que les Fatui vont tomber comme des mouches en te voyant.
La grimace de dégoût de Diluc fit pouffer ses deux acolytes. Jamais il ne l'admettrait, mais être accompagné dans cette mission périlleuse n'était pas si désagréable que ce qu'il avait anticipé, pour l'instant.
La nuit déclinait sur la vallée que le Palais d'Hiver dominait depuis sa colline. Diluc ne prononça pas un mot de tout le trajet, trop occupé à réfléchir à la façon dont ils se sortiraient de ce pétrin si Rosaria ne faisait pas illusion auprès des Fatui, déguisée en Baizhu. Kaeya et elle avaient fait un travail remarquable, cela dit. Diluc n'aurait probablement pas été berné par Kaeya déguisé en diplomate de Sumeru, mais il était plutôt logique qu'il soit capable de reconnaître son frère, même sous plusieurs couches de maquillage doré et une perruque violette. En revanche, Rosaria offrait une image d'une ressemblance stupéfiante avec le vampire qui était autrefois l'un des noms les plus connus de Liyue. Sa disparition ne tarderait pas à se faire savoir. C'est pourquoi il était crucial d'agir ce soir.
— On se retrouve dans le bois écarlate si jamais quelque chose se passe mal, dit Diluc.
— Qu'est-ce qui pourrait bien mal tourner ? ricana Kaeya. Regarde-nous, on est presque trop beaux, on va attirer l'attention.
Malgré les doutes de Diluc, Kaeya ne croyait pas si bien dire. Les gardes du Palais d'Hiver les laissèrent entrer sans le moindre problème, et plusieurs dignitaires vinrent aussitôt saluer Baizhu.
— Je n'en reviens pas que ça ait fonctionné, murmura Diluc alors que Rosaria imitait le sens de l'humour de Baizhu pour faire la conversation à un duc de Snezhnaya.
— Ne jamais sous-estimer Rosa. Je dois avouer que le nombre de visages familiers que je vois dans cette salle me déçoit profondément. Je ne suis pas vraiment choqué, mais voir tant de personnes de Mondstadt ici...
— Ils sont partout, murmura Diluc. On le sait depuis longtemps.
— C'est vrai, c'est vrai. Quand on a plus foi en rien, on est toujours moins susceptible d'être déçu, j'imagine...
La foi, songea Diluc. Un mot si étrange à prononcer dans un lieu aussi dépourvu de toute forme de moralité.
Le Palais d'Hiver était aussi grandiose que les rumeurs le laissaient entendre. Des chandeliers en cristal pendaient du plafond et chaque pan de mur semblait serti d'argent ou d'or. Quant aux peintures qui ornaient le plafond de la salle de bal, elles fourmillaient de détails, si bien que Diluc dut se forcer à baisser les yeux de crainte que les nobles autour de lui ne s'interrogent sur la raison de sa présence dans cette pièce.
Son regard se posa au sommet de l'escalier recouvert d'un élégant tapis bleu nuit qui surplombait la salle entière. L'homme qu'il cherchait était à portée de main. Diluc mourrait d'envie de dégainer son épée et de s'en servir pour trancher à travers la foule, jusqu'au sommet de cet escalier où se tenait le maître de cette cérémonie macabre, Il Dottore. Vêtu d'un costume immaculé et aussi sophistiqué que le reste des Fatui que Diluc avait eu le déplaisir de croiser, il portait en permanence un curieux masque qui dissimulait les trois quarts de son visage. Il faisait bien de le garder, il ne pouvait qu'être laid sous ce vernis aussi argenté que ses cheveux.
— Arrête de le fixer comme ça, murmura Kaeya. N'oublie pas que c'est notre aimable hôte et que sa présence nous honore, tout ça...
— Bien évidemment, grommela Diluc en portant un verre de vin à ses lèvres.
Il avait toujours détesté le goût de cette boisson, même en ayant un père vigneron.
Kaeya et Diluc firent quelques pas dans la salle, feignant de s'intéresser aux peintures qui ornaient les murs, tout en essayant de repérer la porte la moins bien gardée.
— Ça ne sera pas une mince affaire, mais on le savait, soupira Kaeya. Il faudra attendre que plus de monde soit ivre...
— Plus on attend, plus on fait courir de risques aux humains.
— Tu crois que je le sais pas ? rétorqua Kaeya entre ses dents serrées. On va faire au mieux, crois moi.
— Séparons-nous, dit Diluc.
— Ne fais rien d'idiot, répondit Kaeya.
Il disparut dans la foule avant même que Diluc ne puisse répliquer. Il scruta les visages des dignitaires qui valsaient ou buvaient autour de lui. Tous des vampires, sans la moindre exception. Si Diluc n'avait pas eu une autre mission ce soir-là, il se serait fait un plaisir d'en éliminer le plus possible.
— À en croire votre expression, ma réception n'est pas à vôtre goût.
Diluc fit volte-face avec une lenteur mesurée pour tomber nez à nez avec un regard aussi flamboyant que le sien. Il prit une poignée de secondes pour détailler le docteur de près, nota cet étrange bijou d'où émanait une lueur bleue à son oreille gauche et la doublure de son manteau d'un rose criard.
— Mes excuses si j'ai l'air de m'ennuyer, déclara Diluc en puisant au fond de son âme l'image d'un sourire convaincant. Je ne connais pas grand monde à part Baizhu, que j'ai accompagné ici.
La moitié d'un sourire apparut sur les lèvres de Dottore, derrière son masque. Il lui tendit sa main.
— C'est précisément à cela que servent ces réceptions, à faire des rencontres. Que diriez-vous de m'accompagner pour cette danse ?
Diluc savait pertinemment qu'il n'était pas envisageable de refuser. Froisser l'hôte de la réception était une mauvaise idée, peu importe à quel point il détestait danser. Il glissa donc sa main dans celle, gantée, du docteur et le suivit sur la piste. Même à travers le tissu immaculé de son gant, il lui était possible de discerner la froideur qui émanait de sa peau.
Danser avec lui reviendrait probablement à être étreint par le blizzard de Snezhnaya.
— Vous devriez être flatté, c'est ma première danse de la soirée, lui fit remarquer Dottore alors qu'ils arrivaient sur la piste de danse.
— J'espère ne pas vous décevoir, répondit Diluc.
Il observa la foule s'écarter avec une appréhension grandissante. Évidemment, tous les yeux seraient fixés sur eux durant cette danse - personne ne souhaiterait faire de l'ombre à Dottore. Il parvint à capter le regard mi-inquiet, mi-amusé de Kaeya.
Dottore entrelaça leurs doigts et posa une main sur sa taille. Diluc, qui était capable de rester immobile même lorsqu'il était blessé assez gravement pour avoir envie de hurler à plein poumons, ne put réprimer un frisson.
— Je ne connais pas votre nom, murmura Dottore, trop près de son oreille à son goût.
— Diluc, répondit-il, parce que personne ici n'était susceptible de le connaître et qu'il pouvait bien avoir la courtoisie de dire à l'homme qu'il allait tuer qui allait mettre fin à ses machinations.
— Eh bien, Diluc, comment se fait-il que ce soit la première fois que nous nous rencontrions ? Moi qui pensais connaître la plupart des vampires de Teyvat, je me serais souvenu d'un visage comme le vôtre.
— J'aimerais pouvoir vous retourner le compliment, mais ce masque m'empêche de voir le vôtre, répondit Diluc en plongeant son regard dans les yeux rouges qui flamboyaient derrière l'objet. Dottore esquissa un sourire énigmatique.
— Peu de gens ont ce privilège. Mais qui sait, peut-être ferez-vous un jour partie de ceux-là...En commençant par répondre à ma question.
Diluc imita les autres couples et le fit tourner avant de le ramener vers lui.
— Je ne suis pas friand de soirées mondaines.
— Tiens donc, susurra Dottore. Vous dansez bien, pourtant. Qu'est-ce qui vous a convaincu, cette fois ?
Était-il obligé de se tenir si près de lui ? Diluc se demandait ce qu'il détestait le plus entre les gens qui ne s'étaient visiblement pas lavés depuis des semaines et ceux qui mettaient trois fois trop de parfum. Peut-être était-ce la façon dont Dottore affaiblissait ses victimes. Une lente mort par asphyxie.
— Baizhu m'a assuré qu'il fallait voir le Palais d'Hiver au moins une fois dans sa vie.
— Et ce qu'il dit est parole d'évangile, je suppose, commenta Dottore en jetant un regard à Rosaria qui les observait d'un air pensif.
— Je n'irai pas jusque-là, répondit Diluc, qui mourait d'envie que cette conversation se termine.
— Eh bien, j'espère que vous ne vous contenterez pas d'une seule fois, murmura Dottore.
— Qui sait, éluda Diluc. Merci pour cette danse, ce fut un plaisir.
Dottore ne lâcha sa main qu'une poignée de secondes après, et Diluc réprima un nouveau frisson. Il sentit le regard du docteur dans son dos alors qu'il se frayait un chemin dans la foule afin de mettre le plus de distance possible entre eux. Rosaria le prit vigoureusement par le bras lorsqu'il passa près d'elle.
— On peut savoir ce que tu fabriques ?
— Je m'éloigne de ce taré avant qu'il ne me fasse danser encore une fois, répliqua Diluc. Vous avez du nouveau?
— On sait par où on va passer, répondit Kaeya à sa place. Mais elle a raison, il te mangeait dans la main, t'es aveugle ou quoi ?
— Quoi, son petit numéro d'hôte modèle ? Arrêtez un peu, je suis sûr qu'il fait ça avec tout le m-
Rosaria et Kaeya échangèrent un regard las.
— Il est en train de m'assassiner du regard à l'instant où nous parlons, dit Rosaria. Ne te retourne surtout pas.
Diluc fronça les sourcils. Son frère posa une main sur son épaule.
— Diluc, à ton grand âge, j'espère que je n'ai pas à t'expliquer ce que ça veut dire.
Diluc leva les yeux au ciel.
— Je suis le plus âgé de nous deux.
— Tu m'as très bien compris. Mais c'est parfait, on ne pouvait pas rêver mieux. Tu as tapé dans l'œil de notre cible.
Diluc croisa les bras.
— Et tu suggères que je le fasse danser jusqu'à ce que vous libériez les humains, c'est ça ?
Rosaria esquissa un sourire.
— Ça serait un excellent début. Tant que tu détournes son attention, tu en fais ce que tu veux. Mais laisse moi te donner un petit coup de main. Ne bouge surtout pas.
Diluc craignait le pire mais il aurait confié sa vie à Rosaria sans hésiter. C'est pourquoi il parvint à rester de marbre lorsqu'elle le prit par la taille de façon encore moins appropriée que Dottore l'avait fait quelques instants plus tôt avant de l'embrasser sur la joue.
Kaeya porta son verre à ses lèvres, sans doute pour éviter d'exploser de rire en public.
— Maintenant regarde un peu la tête qu'il fait, tu peux en faire ce que tu veux, crois moi.
Sur ces mots, Rosaria et Kaeya le laissèrent là. Diluc reprit sa respiration et se tourna lentement vers l'endroit où Rosaria avait posé son regard quelques instants plus tôt. Elle n'avait pas menti. Dottore les suivait du regard, un air meurtrier au fond des yeux.
Diluc décida, comme dans beaucoup de situations auparavant, de faire confiance à Rosaria. Il repoussa au fond de lui-même tout le dégoût que Dottore et les Fatui en règle générale lui inspiraient et se fraya un chemin à travers la foule jusqu'à lui.
Si Rosaria disait vrai - et il commençait à soupçonner que c'était le cas - il n'aurait pas grand chose à faire pour détourner l'attention de Dottore. S'il était extrêmement rare qu'il en arrive là, ça n'était pas la première fois qu'il était forcé d'avoir recours à la séduction pour tuer un vampire.
Aussi, tout comme il s'était délecté de la panique dans les yeux des deux précédentes vampires qu'il avait tués, le désir cruellement naïf qu'il décelait maintenant parfaitement derrière le masque de Dottore ferait l'affaire.
— J'ai bien cru que vous vous étiez lassé de ma compagnie, commenta Dottore en le voyant arriver.
— Toutes mes excuses, répondit Diluc en prenant l'une de ses mains dans la sienne avant d'y déposer un baiser. Baizhu peut parfois se montrer...envahissant.
Un sourire naquit à nouveau sur les lèvres de Dottore.
— Eh bien, que diriez-vous d'aller dans un endroit où il ne risque pas de nous suivre ? Lorsque vous verrez les jardins, vous ne pourrez plus vous contenter d'une seule visite du Palais d'Hiver.
Diluc s'approcha plus près de Dottore, assez pour murmurer contre son oreille :
— Je me demandais quand vous me le proposeriez enfin.
Il espéra de tout son coeur que Dottore serait assez stupide pour l'amener dans un endroit suffisament reculé pour qu'il puisse le tuer dès que l'envie lui en prendrait - très rapidement.
Le regard que Dottore posa sur lui suffit à lui faire oublier la froideur de ses mains, car la salle toute entière lui parut soudainement suffocante. Diluc ne prit pas le risque de se retourner pour vérifier que Kaeya et Rosaria l'avaient bien vu partir. Ils étaient parfaitement capables d'être observateurs.
Dottore tint sa promesse et le guida à travers le labyrinthe qui composait les jardins du Palais d'Hiver. Pendant ce qui parut une éternité à Diluc, il lui parla des différentes espèces de plantes qui poussaient dans les serres et leurs usages divers et variés. Cette conversation aurait pu être des plus enrichissantes s'il ne s'agissait pas de l'un des Onze Exécuteurs des Fatui, l'un des hommes les plus abjects que Diluc avait eu le déplaisir de côtoyer. Une version plus naïve, d'une centaine d'années de moins, se serait peut-être sentie honteuse de servir d'appât face à un monstre de cet acabit, de le laisser volontairement croire qu'il était possible qu'un quelconque désir soit mutuel entre eux.
Si Dottore voulait s'assurer que Diluc n'avait d'yeux que pour lui jusqu'au moment où il trancherait sa tête de son épée, il ne le priverait pas de ce plaisir. Son expression resterait figée des millénaires sur son armoire à trophées. Peut-être même qu'il lui enlèverait son masque.
Alors qu'ils achevaient un tour complet des jardins, Dottore consulta sa montre avant de soupirer :
— Je passerais bien le reste de la soirée avec vous, mais je crois bien que cela devra attendre une prochaine fois.
Diluc fronça les sourcils.
Non, pas maintenant.
— J'ai une petite surprise pour nos invités, et il est bientôt l'heure du festin.
Tu peux en faire ce que tu veux, avait dit Rosaria.
— Ils peuvent sans doute attendre encore un peu, murmura Diluc en l'attirant contre lui par la taille.
Dottore soupira contre lui et prit son menton entre ses mains.
— Vous allez me faire passer pour le pire hôte de Snezhnaya. J'ai une réputation à tenir, vous savez.
Diluc caressa sa gorge du bout des lèvres et retint un sourire de satisfaction lorsque les mains de Dottore se crispèrent contre son manteau. Il mourait d'envie de le mordre jusqu'à ce qu'il se vide de son sang.
— Vous me fascinez, murmura Dottore. Il est vraiment impensable que je ne vous rencontre que maintenant.
— Heureusement que même l'immortalité nous réserve quelques surprises.
Comment pouvait-il être si facile d'avoir l'un des onze exécuteurs des Fatui à sa merci, simplement avec quelques belles paroles ? Diluc se demanda distraitement combien d'autres combats il aurait pu éviter s'il avait utilisé ce genre de ruse un siècle plus tôt.
Comment un vampire aussi redouté, ayant foulé le sol de cette terre depuis tant de décennies, pouvait-il s'exposer sans s'en rendre compte à un autre, qui avait pour particularité de chasser ses semblables ?
— Pardonnez-moi si je suis indiscret mais...
Diluc se moquait bien de ce qu'il pouvait lui demander, tant qu'il continuait à capter toute son attention.
— ...quand avez-vous été transformé ?
Diluc ferma les yeux et focalisa son attention sur le cou qu'il était actuellement en train de couvrir de baisers. Ces mauvais souvenirs risquaient d'entacher sa performance.
— Il y a trois cent ans environ. Un souvenir dont je n'aime pas vraiment parler.
— C'est le cas de beaucoup d'entre nous. Moi même, je n'ai pas eu la transformation la plus agréable. J'ai été le premier d'une longue liste de Fatui à avoir été arraché à sa famille pour ses capacités hors du commun.
Diluc ne put s'empêcher de se figer l'espace d'une seconde.
— J'imagine que ça n'a pas été facile.
— Oh, aussi étonnant que cela puisse paraître, ils étaient bien plus cléments avec moi que ne l'était ma famille. Ils n'avaient jamais saisi mon potentiel. Mais je me suis assuré que d'autres puissent avoir cette chance.
Diluc mobilisa tout son contrôle de lui-même pour ne pas lui briser la nuque sur-le-champ. S'il avait un quelconque rapport avec la mort de ses parents et de ceux de Kaeya, il n'attendrait pas le festin. Il allait faire disparaître cette ordure de la surface de la terre immédiatement. Au lieu de cela, il fit mine de desserrer son noeud papillon et le regarda dans les yeux.
— Vous auriez pu changer ma vie. Qui sait ce que le destin peut bien réserver...
Diluc n'avait jamais aussi bien joué la comédie de toute son existence. Mais cette mascarade prendrait fin très bientôt. Elle commençait à coûter trop cher à sa dignité.
— Cela aurait été romantique, en effet, répondit Dottore. Mais je me serai souvenu de vous. Et je n'ai été transformé qu'il y a deux cent quatre vingt ans, après tout.
Diluc desserra sa prise sur son cou. Il fallait absolument qu'il obtienne un nom. Il n'était certes pas venu pour ça, mais Dottore détenait peut-être la réponse à la question qui avait détruit sa vie.
Hélas, il n'eut pas le loisir de la lui poser car un garde choisit ce moment précis pour interpeller Dottore.
— Docteur ! Navré de vous déranger mais j'ai un message urgent pour vous. C'est à propos de sieur Baizhu...
Diluc ne desserra pas sa prise sur la taille de Dottore et soupira. Il lui fallait absolument détourner son attention.
— Encore lui ? soupira Diluc. À croire que même ici, il est impossible d'être tranquille.
— C'est important, insista le garde. Docteu-
— Disparais, lui ordonna Dottore. Et fais savoir à Baizhu que s'il m'importune encore une seule fois durant cette soirée, je m'occuperai personnellement de son cas.
— B-bien, docteur...
Le garde fila sans demander son reste et Dottore secoua la tête.
— Je vous l'ai dit, je crains de ne pas pouvoir m'absenter plus longtemps non plus, même si cela me brise le -
Diluc posa une main sur son masque. Dottore eut un bref mouvement de recul.
— Qu'est-ce que vous faites, ricana t-il, je ne vais pas -
— Si nous sommes vraiment obligés d'y retourner, je crains de ne pas pouvoir y survivre si vous ne me laissez pas vous embrasser.
Diluc se maudit intérieurement que tout cela lui semble si facile. Il était bien vite devenu un expert de la duperie - Kaeya serait probablement fier de lui.
Dottore lâcha la main qu'il avait posée sur celle de Diluc, et ce dernier profita de sa surprise pour considérer son silence comme un oui.
Le visage qui se cachait sous ce masque était loin d'être laid, contrairement à ce que Diluc avait espéré. Son expression lorsque Diluc posa ses lèvres sur les siennes le fit frissonner malgré lui. Il était arrivé trop loin pour en rester là et s'il fallait qu'il se donne en spectacle pour parvenir à ses fins, il jouerait la comédie tant qu'il le faudrait. Et si jouer son rôle à la perfection signifiait soupirer quand Dottore lui rendit son baiser, ou passer une main dans ses cheveux pour l'attirer plus près de lui, comme s'il avait attendu toute sa vie d'être embrassé de cette façon, il s'en moquait éperdument. La mort du docteur serait une conclusion parfaite à cette pièce.
Dottore était à sa merci. Diluc le sentait fondre un peu plus contre lui à chaque nouveau baiser et il était certain que s'il desserrait son emprise sur sa taille, le docteur se laisserait tout simplement glisser au sol. Diluc ne mettait jamais moins que l'intégralité de sa force dans un combat, et il en fut de même pour ce baiser. L'espace d'un instant ou d'une éternité, il l'embrassa comme si sa vie en dépendait, comme s'il n'avait jamais rien désiré d'autre. N'importe quel moment aurait été le bon pour lui planter la dague qu'il avait dans sa manche dans la gorge, mais Diluc préféra y déposer un baiser, avant que le docteur ne prenne son visage entre ses mains pour le lui rendre. Diluc ferma les yeux. Il n'avait jamais regretté d'avoir pris une seule vie en trois cent ans, mais ce baiser était en train de lui coûter plus cher que cent meurtres.
Le regard que Dottore posa sur lui lorsqu'ils se séparèrent enfin fit comprendre à Diluc qu'il était allé trop loin et qu'il était plus que temps d'en finir.
— Fermez les yeux, murmura Diluc.
Dottore s'exécuta et esquissa un sourire qu'il perdit bien vite lorsque Diluc l'assomma avec le manche de son épée. Il le rattrapa dans ses bras avant qu'il ne s'effondre et le déposa au milieu de l'un de ses plants de roses.
— Dormez bien, chuchota-t-il avant de se fondre dans les ombres du jardin pour rejoindre Kaeya et Rosaria. On en a pas terminé, docteur.
Lorsqu'il parvint au bois écarlate après avoir escaladé la muraille du château, Diluc fut rassurée de trouver Kaeya et Rosaria au milieu d'un groupe d'humains aux expressions terrifiées.
— Vous avez réussi à tous les faire sortir sans que les gardes ne s'en rendent compte ?
Kaeya acquiesça. Rosaria rassurait une femme qui s'était mise à pleurer. Ils n'étaient qu'une trentaine mais c'était bien trop de citoyens qui n'auraient jamais dû avoir à vivre une telle situation. Diluc regretta immédiatement de ne pas avoir tué Dottore.
— Heureusement que tu es là, ça serait dangereux de s'attarder plus longtemps. On va en entasser autant que possible dans la calèche et deux d'entre nous partirons à pied avec les autres. Tu l'as tué ?
— Non, mais il est en train de faire une bonne sieste, répondit Diluc. Je t'expliquerai.
Kaeya haussa les sourcils mais ne fit pas de commentaire. Il en aurait tout le loisir une fois de retour à l'auberge.
Le Palais d'Hiver scintillait toujours sur la colline lorsque Diluc jeta un regard derrière lui avant de repartir vers le centre de Snezhnaya. La fête ne battrait plus son plein bien longtemps.
Bien qu'il ne reparte pas avec la tête de Dottore sous le bras, la promesse de ce qu'il pouvait savoir sur le meurtre de ses parents suffirait à maintenir Diluc en état d'alerte pour la nuit qui s'annonçait longue.
Lorsque Rosaria, Diluc et Kaeya purent enfin s'affaler sur leurs lits devant la cheminée de leur chambre à la taverne, le chasseur de vampires pensait enfin profiter de quelques heures de repos bien méritées. C'était sans compter le milliard de questions de Kaeya.
— J'en reviens pas que tu l'aies laissé vivre, s'étonna son frère. Un exécuteur des Fatui...
— Je t'ai dit que j'avais mes raisons. Il sait quelque chose pour nos parents.
Kaeya resta silencieux pendant un moment, son regard perdu bien au-delà de la cheminée qu'il fixait, sans doute dans les mêmes souvenirs à l'odeur de souffre qui n'avaient jamais cessé de hanter Diluc.
— Qu'est-ce que tu lui as dit sur toi ? finit-il par lui demander lorsqu'il releva les yeux vers lui.
— Il m'a demandé quand j'avais été transformé. Il a dit qu'il était devenu un vampire de la même façon que nous sans même que je mentionne ce qui s'était passé. Mais ce n'était pas lui. Je l'ai laissé vivre parce que je vais retourner là-bas pour qu'il me dise lequel d'entre eux l'a fait.
Kaeya se massa les tempes.
— Diluc. On a eu beaucoup de chance de s'en sortir indemnes.
— Je ne te demande pas ton avis.
Le regard glacial de Kaeya lui fit regretter ses paroles. Il ne les avait même pas remerciés d'avoir risqué leurs vies ce soir.
— Je ne me le pardonnerai jamais si je n'essaie pas d'en savoir plus, dit Diluc. Je sais que tu me prends pour un pauvre type qui n'a jamais réussi à tourner la page, mais -
— Diluc, soupira Kaeya. Je ne me suis jamais dit une seule fois que tu étais un pauvre type. Et si tu penses que quiconque peut tourner la page quand quelqu'un assassine ses parents et te transforme en vampire contre ta volonté... Je ne dis pas que tu as tort de chercher des réponses. Je me demande seulement si elles valent la peine de te faire tuer.
— J'ai vécu trois cent ans, répliqua Diluc. C'est plus que ce que j'aurai dû.
Kaeya lui lança un regard peiné sur lui et posa une main sur la sienne, la froideur qui en émanait un rappel constant du pouvoir dont il avait hérité.
— Ne dis pas ça.
Diluc effleura le cache-oeil de Kaeya.
— Si je veux pouvoir vivre autrement qu'en courant après les vampires, je dois me débarrasser de la personne qui nous a fait ça.
Il ne prit pas la peine de préciser qu'il n'avait aucune idée de ce à quoi sa vie ressemblerait une fois cette mission accomplie. Il aurait tout le loisir d'y réfléchir plus tard. Retourner au Domaine de l'Aurore serait sa première étape.
— Il a raison, intervint Rosaria qui était restée silencieuse jusqu'ici.
Elle se releva de là où elle était affalée sur son lit.
— Autant en finir une bonne fois pour toutes. J'en suis.
Diluc acquiesça.
— Vous avez toute ma reconnaissance.
— Bon on peut arrêter là cette séquence émotion, ça commence à me faire flipper de t'entendre dire des choses gentilles, ricana Kaeya.
Diluc leva les yeux au ciel et se rallongea.
— Avec plaisir, je suis épuisé.
Il n'eut le temps de fermer les yeux qu'une poignée de secondes avant de se rendre compte que Kaeya et Rosaria s'étaient levés pour se poster au-dessus de son lit, les bras croisés.
— Tu n'oublies pas quelque chose ? lui lança Kaeya.
— Moi je crois que si, approuva Rosaria.
Diluc referma les yeux.
— Non.
Kaeya s'assit sur le bord de son lit et lui adressa son sourire le plus agaçant. Diluc n'avait pas besoin de le voir pour le deviner.
— Tu ne nous as toujours pas raconté comment tu t'es débrouillé pour faire cracher le morceau au Dottorrrrrrre, chantonna Kaeya en insistant sur le r.
— J'ai suivi vos conseils, c'est tout. Rien à dire de plus.
— Oui, mais à quel point, demanda Rosaria. Est-ce que tu l'as -
— Je ne vois pas en quoi c'est important, grommela Diluc.
— Oh mon dieu, s'écria Kaeya en se relevant d'un bond. T'avais raison, il l'a carrément baisé.
— J'ai souvent raison, parfois pas pour mon bien...soupira Rosaria.
Diluc, qui avait envie de disparaître dans les entrailles de la terre, les gratifia d'une expression outrée.
— Vous me croyez vraiment capable de...
— Baiser un vampire pour le tuer ? Pourquoi pas. Et vu la façon dont il te regardait je suis sûre qu'il serait mort heureux.
— Sauf qu'il l'a même pas tué, rappela Rosaria.
— Je n'ai pas fait ça, rétorqua Diluc entre ses dents serrées.
Mais le souvenir de la façon dont il avait couvert cet être abject de baisers et l'avait tenu contre lui comme un être cher n'était pas prêt de cesser de lui faire honte.
— Donne-nous des détails.
— Qu'est-ce que ça peut bien vous faire ? soupira Diluc. C'est le résultat qui compte.
— Si c'était sans importance tu aurais déjà répondu. C'est ta faute, maintenant on est curieux, répondit Rosaria. Oh allez, on est tous passés par là.
— Oh, ça oui.
Diluc n'avait aucune envie de savoir à quoi ils faisaient référence.
— Je l'ai embrassé. Vous êtes contents ?
Plusieurs fois. Sa bouche, sa gorge, ses mains. Et j'y ai mis plus de cœur que ce que j'aurai dû.
— C'est tout ? fit Rosaria. Il est facilement corruptible, le docteur.
— Par contre on parle de Diluc, pour lui c'est sans doute l'équivalent d'un crime contre l'humanité d'embrasser un vampire.
Kaeya le connaissait bien. Pourtant, Diluc devait admettre qu'il ne se sentait pas aussi coupable qu'il aurait dû.
Après le lever du soleil, Kaeya et Rosaria se rendirent dans Snezhnaya pour prendre des nouvelles des victimes rescapées du Palais d'Hiver et avoir des échos de la colère des Fatui. Diluc ne quitta pas l'auberge de la journée.
Il passa l'après-midi comme un lion en cage à regarder les bougies fondre au bord de la fenêtre de l'auberge, dans la lueur bleutée d'une journée d'hiver dans la capitale. Il aurait été plus raisonnable de quitter Snezhnaya immédiatement, mais il ne repartirait pas d'ici sans réponses. Restait à savoir comment il pourrait contraindre Dottore à les lui donner.
Diluc passa plus de temps que nécessaire dans les bains déserts de l'auberge. Aucune eau ne serait assez pure, aucun feu assez brûlant pour le débarrasser du souvenir des mains de Dottore sur sa gorge et ses hanches, ni pour lui faire oublier le goût du vin sur ses lèvres qu'il avait embrassées comme celles d'un amant.
Qui était la dernière personne qu'il avait serrée contre lui de cette façon ? Avait-il déjà embrassé quelqu'un avec l'intention à peine voilée de lui faire perdre ses moyens ?
Il l'avait fait pour une raison qui n'avait rien à avoir avec de l'amour. Dottore ne lui inspirait qu'un profond dégoût, et le genre de fascination qu'un homme pourrait avoir pour un animal qu'il aurait passé des années à traquer. L'envie de prendre son visage entre ses mains, non pas pour l'embrasser mais pour enfermer sa gorge entre ses paumes jusqu'à ce que toute trace de vie quitte ses yeux.
Et si c'était à refaire, songea Diluc en s'immergeant à nouveau dans l'eau brûlante, je le referais.
Les serviteurs du Palais d'Hiver ainsi que la plupart des Fatui savaient qu'il valait mieux éviter de croiser la route de Dottore lorsqu'il était en colère. Il avait vécu presque trois cent ans et pourtant il lui était impossible de se souvenir de la dernière fois où une telle fureur s'était emparée de lui. Piquer une crise lui prenait au maximum une heure, durant laquelle il était courant qu'il explose une bonne dizaine de fioles dans son laboratoire, puis il passait à autre chose. Une nouvelle expérience, un nouveau sujet à observer et à tester jusqu'à ce qu'il gise brisé sur le sol de son laboratoire comme une autre de ses fioles remplaçables.
Pourtant, depuis qu'il s'était réveillé au milieu de son parterre de roses, seul, avec pour seule compagnie son crâne endolori et la sensation fantôme des lèvres d'un étranger dont il aurait mieux fait de se méfier, Dottore ne parvenait à penser à rien d'autre. Il avait effleuré la chose la plus fascinante de sa longue et éternelle vie de vampire, et elle s'était évanouie sous ses yeux avant même qu'il ne parvienne à discerner ce qui se cachait sous sa surface.
Sa curiosité le consumait presque autant que sa fureur, alors qu'il faisait les cent pas dans son palais de glace. Il y avait indéniablement quelque chose de spécial, d'impossiblement différent à propos de Diluc, mais aucune de ses hypothèses ne semblait s'approcher de la vérité.
Il n'avait pas touché à un verre de sang de toute la soirée, Dottore avait passé assez de temps à l'observer pour le savoir. Les chasseurs de vampires étaient la plupart du temps soit des humains aux capacités hors normes soit des vampires refusant d'accepter leur vraie nature et rongés par la vengeance, mus par un désir de se sentir supérieurs à leurs congénères. Ils ne buvaient jamais de sang humain et étaient par conséquent trop faibles pour survivre longtemps dans cette branche. Dottore en avait disséqué plus d'un : le corps d'un vampire était une véritable œuvre d'art, un corps humain sublimé par l'éternité, à condition d'en prendre soin correctement. Seul le sang humain avait cette faculté.
Diluc était pourtant un vampire en excellente forme physique, trop musclé et en apparente bonne santé pour ne se nourrir que de sang animal. Son regard était clair et sans la moindre trace de malnutrition - les yeux les plus hypnotisants qu'il ait jamais vus.
Il constituait à ce jour l'énigme la plus complexe à laquelle Dottore avait été confronté. Il était impossible pour le docteur de qualifier l'émotion qui s'emparait de lui à la simple pensée qu'il était passé à un cheveu de la mort, après presque trois cent ans d'éternité, ou sa survie avait toujours été une certitude. En une seule soirée, Diluc avait fait vaciller tous ses repères, avait volé une part de lui qu'il ne récupérerait que s'il parvenait à lui remettre la main dessus. Dottore se tenait au bord d'un précipice vertigineux, à quelques pas de faire une découverte qui changerait pour toujours sa façon de voir le monde. Il lui fallait absolument le retrouver, le disséquer, s'ôter toutes ces questions de la tête. C'était la seule solution.
Et plus grave encore, l'idée de vivre trois cent autres années sans un autre baiser de Diluc lui était tout simplement insupportable.
Il lui avait été impossible de fermer l'œil de la nuit, et par conséquent personne d'autre n'avait dormi dans le Palais d'Hiver. Difficile de s'endormir lorsque le maître des lieux cassait méthodiquement tous les vases qui lui tombaient sous la main. À la seconde où Dottore fermait les yeux, il revoyait avec une clarté effrayante à quel point il s'était fait berner la veille. Cet inconnu qui l'avait embrassé comme jamais personne ne l'avait embrassé, qui aurait pu prendre sa vie s'il l'avait souhaité, et qui avait préféré le laisser là pour disparaître aussi soudainement qu'il était apparu, refusait de quitter son esprit.
— Seigneur Dottore, balbutia l'un des servants, alors qu'il s'apprêtait à exploser la dernière assiette d'un service en porcelaine datant du siècle dernier. Les Exécuteurs sont arrivés.
— Faites les entrer ! rugit Dottore.
Le servant évita de justesse l'assiette, qui s'écrasa contre le mur. Il passa une main dans ses cheveux et observa son reflet dans le grand miroir qui trônait au-dessus de la cheminée de la salle du conseil de guerre. Il ne se souvenait pas où il avait mis sa veste, et ses cheveux auraient eu grand besoin d'un coup de peigne. Peu lui importait. Il avait des affaires plus urgentes à régler que sa coiffure.
— Qu'est-ce qui s'est passé ici, fit une voix grinçante en passant la porte. C'est sur tes cheveux que tu fais des expériences maintenant, Dottore ?
Les breloques accrochées au chapeau de Scaramouche tintèrent alors qu'il avançait vers lui. Lorsqu'il croisa le regard de Dottore, il n'eut aucun mal à y déceler du mépris. Il vérifia l'intérieur du buffet qu'il venait de vider. Il ne lui restait même pas une petite tasse à lui balancer en pleine figure.
— Toi le teigneux, tu ferais mieux de surveiller ton langage. Je me suis toujours demandé si tu rentrerais dans l'un de mes coffres, ne me fais pas tester cette hypothèse.
— Attention à là où tu mets les pieds, Signora, lança Scaramouche par-dessus son épaule sans prendre la peine de répondre aux menaces de Dottore. C'est mal rangé ici.
Cette dernière leva ses talons aiguilles pour éviter les débris de vaisselle et arqua un sourcil en apercevant la tenue débraillée de Dottore.
— Eh bien, Doc. On a trop bu hier soir ?
— Asseyez-vous ! s'écria Dottore. Ma patience a des limites, surtout aujourd'hui.
Signora et Scaramouche échangèrent un regard consterné avant de prendre place autour de la table. Un bruit de fracas leur fit tous tourner la tête. Tartaglia venait de glisser sur un débris de porcelaine.
— Putain ! s'exclama-t-il en se massant le dos. On peut savoir ce que c'est que toute cette vaisselle qui traîne, Dottore ? Quelqu'un va finir par se tuer.
Signora esquissa un sourire avant de se retourner vers le docteur.
— Alors comme ça ton festin a été une catastrophe ? J'ai bien fait de ne pas venir.
— J'étais à Mondstadt, baîlla Tartaglia.
— Moi j'étais là, mais je n'avais pas envie de venir. répondit Scaramouche. Explique-toi.
— Premièrement, sachez que je vous déteste tous autant que vous êtes. Deuxièmement, un chasseur de vampires s'est introduit dans mon manoir et a bien failli me tuer.
— J'ai entendu la nouvelle, pour Baizhu, soupira Signora. C'est du gâchis, j'espère que son commerce trouvera un repreneur. Je ne peux pas me passer de leurs produits.
— Je me contrefous du sort de Baizhu, siffla Dottore. Ce qui compte, c'est que quelqu'un s'est introduit chez moi et en me faisant passer pour un imbécile, il nous a tous insultés. Nous les, Exécuteurs.
— Pourquoi il t'a laissé vivre ? voulut savoir Scaramouche.
— La vraie question c'est comment t'as pu être assez stupide pour te retrouver dans cette position, déclara Signora d'un ton méprisant.
— Il était rusé et il a été plus malin que moi, je l'admets, répondit Dottore. Mais maintenant, vous allez m'aider à le retrouver. Je le veux vivant.
Signora leva les yeux au ciel.
— Et puis quoi encore.
Scaramouche secoua la tête.
— Pas intéressé. C'est pas un restaurant ici, si tu veux que je te le ramène, c'est mort, ou rien.
— À quoi il ressemble ? voulut savoir Tartaglia.
Tartaglia était le plus jeune des Onze Exécuteurs et s'il était la plupart du temps une nuisance pour Dottore, il lui arrivait de se montrer serviable. Quoique dans la situation présente, il ne recherchait probablement rien d'autre qu'un adversaire coriace auquel se mesurer.
— Cheveux rouges, yeux rouges. Il a dit s'appeler Diluc.
Signora inclina la tête sur le côté.
— Tu es certain que c'est son nom ?
— Il a pu mentir, ajouta Scaramouche. Tu sais, comme quand il t'a fait croire qu'il était là pour tes beaux yeux.
— Et si c'était le même que celui qui a tué la moitié de nos agents de Mondstadt ? demanda Tartaglia. Le Héros de la Nuit ?
Dottore considéra son hypothèse. Ce nom avait commencé à circuler à Mondstadt ces dernières années sans qu'une description physique n'ait pu être établie. Mais si Diluc était bel et bien cet homme, il était bien loin de chez lui.
— Il faut qu'on s'occupe de son cas avant que ça dégénère. Lui et ses complices, qui se sont fait passer pour Baizhu et sa clique, déclara Signora.
— Vivant, répéta Dottore en faisant crisser ses ongles sur le bois de la table. Je veux lui faire payer ce qu'il m'a fait.
— Et qu'est-ce qu'il t'a fait de si terrible ? voulut savoir Scaramouche.
— Je prends le job, déclara Tartaglia avant que Dottore ne puisse répondre. La récompense a intérêt à suivre, Doc.
Dottore acquiesça, même si Tartaglia n'en avait probablement rien à faire de son argent. Ce garçon ne vivait que pour le combat.
— Ton prix sera le mien.
— Je sais pas quel genre d'expériences tu comptes mener sur lui, lança Signora, mais il a intérêt à être mort quand tu en auras fini.
Dottore lui offrit un sourire.
— Tu peux compter sur moi.
Avant de partir, Tartaglia avait demandé à Dottore de lui accorder deux semaines pour mettre la main sur Diluc. Dottore l'avait attrapé par le col et lui avait rappelé à quel point il était impératif qu'il le lui amène en un seul morceau, avant de le flanquer à la porte.
À présent que le silence régnait à nouveau dans le Palais d'Hiver, Dottore décida d'en profiter pour prendre un bain qui durerait probablement des heures.
Ce qu'il s'était bien gardé de dire à Tartaglia était que bien plus que la honte de s'être fait tromper par le chasseur de vampires, il lui était impossible d'effacer le souvenir du baiser de Diluc de son esprit, peu importe le nombre d'objets précieux qu'il détruisait.
En trois cent ans sur cette terre, Dottore avait forcément connu des baisers comparables à celui-ci, même plus agréables que celui-ci. Pourtant, la sensation de ses lèvres sur les siennes était tel un brasier qui refusait de s'éteindre et qui semblait croître au fil du temps au lieu de s'atténuer.
Dottore voulait le tuer de ses propres mains. Mais pire que cela, il voulait désespérément l'embrasser une nouvelle fois. Avec un peu de chance, se débarrasser de lui ferait disparaître le maléfice qui semblait s'être emparé de lui. Après ça, il pourrait trouver une nouvelle distraction.
— J'ai de mauvaises nouvelles, annonça Rosaria une poignée de jours plus tard, en entrant dans leur chambre.
Diluc reposa son épée qu'il était en train de nettoyer. Elle n'en avait nullement besoin.
— Dottore te cherche partout. Il a envoyé le neuvième Exécuteur à ta recherche, et ce type est très dangereux.
— Tartaglia, commenta Kaeya. On a eu affaire à lui il y a quelques temps. Comme la plupart des Exécuteurs, il est complètement cinglé.
— Il ne vit que pour le combat. La Tsarista l'aurait repêché au fond de l'Abysse. Il a probablement pris cette mission parce qu'il pense que ce sera un défi intéressant.
Diluc croisa les bras.
— S'il me cherche, il me trouvera. Vous feriez mieux de quitter la ville.
— Si tu crois qu'on va te laisser dans ce bourbier...ricana Kaeya. C'est hors de question.
— Je vais me laisser capturer, décida Diluc.
— Tu vas faire quoi ? s'écria son frère. T'as perdu la tête.
Diluc secoua la tête.
— Je sais ce que je fais. Je devais y retourner, de toute façon. J'ai besoin de ces réponses.
— Et tu crois qu'il va te les donner bien gentiment ? objecta Rosaria. Il est peut-être tombé sous ton charme la dernière fois mais je doute que cette carte fonctionne une deuxième fois.
— Il ne me fait pas peur.
Kaeya et Rosaria échangèrent un regard. Diluc se leva et saisit son épée.
— Il devrait, murmura Kaeya. Si tu ne reviens pas...
— Mais je reviendrai, rétorqua Diluc. Avec ce fardeau en moins.
Ses deux compagnons n'ajoutèrent rien. Ils le connaissaient tous les deux assez bien pour savoir que c'était inutile.
Sur ces mots, Diluc referma la porte derrière lui et se dirigea vers la place centrale de Snezhnaya.
Même si le climat lui déplaisait fortement, Diluc devait admettre que l'architecture de cette contrée n'avait rien à envier à celle de Mondstadt. Un millier de flocons de neige virevoltaient sur la place surplombée d'une immense horloge dorée qui indiquait vingt heures. Plusieurs couples valsaient autour d'une fontaine surplombée d'une Statue des Sept à l'effigie de la Tsarine. Diluc n'eut pas à attendre bien longtemps avant qu'un homme vêtu de blanc et drapé dans une cape rouge grossièrement découpée ne s'avance vers lui.
— Tartaglia, je présume.
— Vous êtes bien renseigné, répondit ce dernier. Dottore aimerait vous revoir.
Diluc croisa les bras, un sourire moqueur au coin des lèvres.
— Je pensais pourtant que notre dernier rendez-vous lui aurait fait passer cette envie.
Tartaglia haussa les épaules.
— Je ne peux pas dire ce qu'il vous trouve mais il a fortement insisté.
— Très bien, déclara Diluc.
Tartaglia haussa les sourcils.
— Attendez, vous allez vraiment me suivre sans protester ?
Diluc croisa les bras.
— J'ai à lui parler, moi aussi.
Tartaglia passa une main dans ses cheveux, visiblement décontenancé.
— Si vous avez tant envie que ça de vous voir, je ne vois pas ce que je fais là à jouer les entremetteurs, grogna t-il. Suivez-moi.
Diluc ne fit aucun commentaire et suivit Tartaglia jusqu'à une calèche argentée. Lorsque la porte se referma derrière lui, Diluc jeta un dernier regard à l'horloge sur la place principale. Kaeya et Rosaria viendraient sans doute à sa recherche s'il n'était pas revenu dans vingt-quatre heures.
Durant tout le trajet, Tartaglia s'efforça de lui faire la conversation, mais Diluc n'avait rien à dire à un Exécuteur des Fatui qui n'était pas Dottore. De plus, il ne pouvait pas être responsable de la mort de ses parents, il avait été transformé en vampire à peine cent ans plus tôt selon les informations de l'Ordre de Favonius.
Il ne lui était d'aucun intérêt.
— Dottore était furieux la dernière fois que je l'ai vu, commenta Tartaglia.
Un sourire échappa à Diluc.
— Il ne devrait pas faire confiance à n'importe qui aveuglément, dans ce cas.
Tartaglia l'observa d'un air pensif.
— Ce n'est pas son genre, croyez le ou non. Vous avez dû lui briser le cœur.
Diluc leva les yeux au ciel.
— Ne soyez pas si dramatique. Comme si nous autres vampires étions capables de ressentir quoi que ce soit de la sorte.
Tartaglia éclata de rire.
— Vous êtes aussi macabre que le docteur, je pense que je comprends ce qui lui plaît chez vous.
— Quels étaient vos ordres ? lui demanda Diluc.
— Vous capturer vivant. Je dois dire que je suis déçu que vous n'ayez opposé aucune résistance. Je me faisais une joie de me mesurer à celui qui avait si facilement maîtrisé Dottore.
Diluc secoua la tête et désigna du menton son épée posée à côté de lui sur la banquette.
— Ne soyez pas trop triste, je suis certain que l'occasion se présentera un jour.
Tartaglia lui offrit un sourire.
— J'y compte bien.
Lorsque la calèche s'immobilisa devant le Palais d'Hiver, Diluc descendit de la calèche d'un pas tranquille. Il n'attendit même pas Tartaglia avant de monter les marches du manoir. Ce dernier courut pour le rattraperet lui lança sur le ton de la plaisanterie :
— Dites, vous ne semblez pas très effrayé à l'idée de rentrer là-dedans. Mais pour vous donner une petite idée de ce qui vous attend, Dottore a cassé à peu près toute sa vaisselle ces derniers jours tellement il était en colère.
— Je ne viens pas pour prendre le thé, rétorqua Diluc.
Tartaglia le regarda d'un drôle d'air, comme s'il se demandait pourquoi il venait exactement, mais il s'abstint de tout commentaire. Lorsque les portes du manoir s'ouvrirent sur le maître des lieux, Diluc soutint son regard sans prononcer un mot.
— Diluc, déclara Dottore avec un sourire qui n'augurait rien de bon. Diluc mourrait d'envie de l'assommer une seconde fois pour le lui faire perdre.
— Dottore, répondit-il sur le même ton.
Tartaglia s'éclaircit la gorge.
— Moi c'est Tartaglia et je commence à me les geler, donc si on pouvait entrer ça m'arrangerait fortem-
Dottore fit signe à Diluc d'entrer et claqua la porte au nez de son collègue.
— Suis-moi, lança-t-il à Diluc. Je déteste avoir ce type dans les pattes pendant que je travaille. Et si tu n'es pas enchaîné, j'imagine que tu es venu ici de ton plein gré.
— En effet, répondit Diluc en lui emboîtant le pas.
Le Palais d'Hiver s'était métamorphosé depuis sa dernière visite. Les torches allumées le long des couloirs ne parvenaient pas vraiment à faire entrer plus de lumière que le soleil constamment obstrué par les nuages de Snezhnaya et par la neige qui ne semblait jamais cesser de recouvrir la région. Cet endroit portait bien son nom.
Dottore s'arrêta devant une porte qui menait à un salon dont les hautes fenêtres donnaient sur la cour et ses jardins qu'ils avaient visités lors de la réception.
— Je dois dire que je n'ai pas l'habitude qu'on me laisse tomber en plein milieu des préliminaires, lui lança enfin Dottore en s'asseyant dans l'un des fauteuils. Ça témoigne d'un certain manque de manières.
— N'y vois rien de personnel, répondit Diluc, qui ne voyait aucun mal à le tutoyer au vu de ce qui s'était passé lors leur dernière rencontre. Tout ce qui m'intéressait était de faire sortir ces gens que tu comptais servir en pâture à tes invités.
Dottore fit mine d'essuyer une larme au coin de son œil.
— Que tes intentions sont louables, chasseur de vampires. Tu dois pourtant savoir que d'autres suivront. Toi et tes charmants amis n'y peuvent rien. C'est comme ça depuis la nuit des temps et ça ne changera jamais.
— Sauf si je tue ceux qui organisent ces réceptions, rétorqua Diluc.
— Alors c'est pour ça que tu es venu ? Moi qui pensait que tu voulais te faire pardonner pour m'avoir assommé. Tu as massacré mes roses, je te signale, en plus d'avoir piétiné mon cœur.
— Je ne suis pas venu ici pour jouer à ce petit jeu, rétorqua Diluc. Et si j'ai pu te maîtriser, je peux recommencer.
Si Dottore pensait qu'il lui suffisait de le provoquer pour gagner cette partie, il se trompait lourdement. Diluc n'entrerait pas dans son jeu.
— J'aimerais bien voir ça. Tu n'as même pas été jusqu'au bout.
— Parce que je n'en ai pas fini avec toi.
— Il faudrait savoir ce que tu veux, railla Dottore en lui faisant un clin d'œil. Je ne sais pas si je suis prêt à te laisser une deuxième chance, sauf si tu me supplies...
Diluc leva les yeux au ciel.
On verra bien qui suppliera qui, quand j'en aurai fini avec toi.
— Tu as quelque chose que je veux. Une information.
— Et qu'est-ce qui te fait penser que je te la donnerai ? Ou même que tu quitteras cet endroit en vie ?
— Tu as demandé à Tartaglia de me ramener vivant.
Dottore éclata de rire et Diluc réprima une envie soudaine de lui mettre son poing en pleine figure. Son masque amortirait probablement le choc, de toute façon.
— Peut-être bien que je voulais m'en charger moi-même, siffla Dottore en faisant le tour du fauteuil dans lequel Diluc était assis.
Ce dernier demeura immobile, même lorsque Dottore entortilla l'une de ses mèches écarlates autour de son index avant de murmurer :
— Comme si j'allais le laisser me priver de ce plaisir.
Diluc lui donna une tape sur la main pour la dégager.
— Tu ne me fais pas peur, rétorqua-t-il. Alors si c'est ma mort que tu veux, tu risques d'être déçu.
Dottore croisa les bras.
— Tu devrais, pourtant. Je ne sais pas ce que tu es exactement, mais si quelqu'un peut découvrir un moyen de t'abattre, c'est moi.
— Tu me donnes une raison de plus de me débarrasser de toi, répliqua Diluc sans baisser les yeux.
Il lui avait fait perdre le contrôle sur son propre terrain - ses menaces ne lui faisaient aucun effet. Ses yeux, en revanche, lui rappelèrent l'éclat qu'ils avaient pris juste avant qu'il ne l'embrasse.
Dottore prit son menton entre son pouce et son index.
— Crache le morceau. Comment un chasseur de vampires peut-il avoir ta force sans boire le sang des humains ?
La main de Diluc se referma sur le poignet du docteur en signe d'avertissement.
Ne me touche pas.
— On dirait bien que je ne suis pas le seul à avoir des questions, sourit Diluc.
— Je pourrais avoir mes réponses en te disséquant, répondit Dottore.
Diluc délogea la main gantée de Dottore de son menton et la saisit dans la sienne.
— Pourquoi avoir recours à de telles méthodes alors qu'il serait si simple de faire un échange de bons procédés, murmura Diluc.
Un sourire étira les lèvres de Dottore alors qu'il récupérait sa main.
— Tu ne me charmeras pas une deuxième fois, chasseur de vampires.
Permets-moi d'en douter, songea Diluc.
Dottore ne lui ferait pas de mal, il en était de plus en plus certain au fur et à mesure que les minutes s'écoulaient. Cela ne voudrait pas dire qu'il le laisserait partir, ceci dit. Mais Diluc ne serait ni sa victime, ni son prisonnier. Il devait le convaincre de céder.
— Je veux savoir lequel de tes compagnons a tué mes parents, déclara Diluc alors que Dottore faisait quelques pas dans le salon.
Ce dernier se retourna vers lui et croisa les bras, un sourire triomphant sur les lèvres.
— Qu'est-ce qui te fait penser que je trahirais l'un de mes camarades ?
— Je suis certain qu'ils ne représentent rien à tes yeux.
— Ils peuvent se montrer utiles. À quoi me servirais-tu, à leur place ?
Diluc affronta son regard sans une once d'hésitation.
— Si tu me donnes un nom, je ferai ce que tu me demanderas.
Le sourire qui illumina le visage du docteur ne lui plaisait pas du tout, mais il savait très bien à quel genre de malade il avait affaire.
— Tout ce que je te demanderai ?
Diluc ne releva pas le sous-entendu.
— Je sais déjà ce que tu veux.
— Tu n'en as pas la moindre idée, répondit Dottore en effleurant sa joue du bout des doigts. Mais une réponse à ma question concernant le sang humain fera l'affaire pour l'instant.
— Un nom, répéta Diluc.
— Tu vas me répondre en premier, murmura Dottore en posant un bras sur chaque accoudoir du fauteuil de Diluc, son visage bien trop proche du sien à son goût.
Diluc resta imperturbable et décida de prendre le visage de Dottore entre ses mains pour qu'il voit à quel point ses tentatives d'intimidation étaient minables.
— Je pense que tu mens, murmura Dottore, ses yeux écarlates plantés dans ceux de Diluc. Tu prétends vouloir protéger les humains, mais sans leur sang, tu serais en train de périr à petit feu. Peut-être que tu fais semblant devant tes camarades parce que tu aimes jouer au héros de pacotille mais au fond, tu es comme nous autres.
— Je ne bois pas le sang des humains, répondit Diluc. Et je n'ai jamais été un héros. Mais tu veux vraiment savoir comment je fais ?
Dottore éclata de rire.
— Le suspense est en train de me tuer, mon amour.
Diluc fit glisser ses mains jusqu'à sa gorge et entreprit de défaire le nœud papillon qui maintenait le col de la chemise de Dottore.
— Si tu penses me distraire de la sorte, tu vas devoir trouver autre chose, répliqua le docteur, sans faire le moindre mouvement pour l'en empêcher.
— Ne te méprends surtout pas sur mes intentions, dit Diluc en prenant une pleine poignée de ses cheveux pour le forcer à le regarder.
Sur ces mots, il mordit Dottore à la jugulaire sans le moindre avertissement.
Dottore avait vu juste. Sa rencontre avec Diluc allait changer sa vie d'une façon irréversible. Il était impensable pour un vampire de sentir une seconde fois dans sa vie les crocs d'un autre vampire se planter dans sa peau. Premièrement, parce que la raison pour laquelle le sang des humains les rendait plus forts était le fait qu'ils étaient en vie, contrairement à eux. Chaque goutte et l'énergie qu'elle leur offrait était une part de la vie volée à un autre. Si les vampires avaient en tout point l'air d'humains plus beaux, plus forts et avec une espérance de vie quasi illimitée, ils n'étaient rien de plus que des cadavres vivants. Sans le sang des humains, ils finissaient immanquablement par dépérir.
Personne de sensé n'aurait pensé à boire le sang d'un autre vampire.
On avait souvent dit à Dottore qu'il était fou et certains jours il était prêt à envisager cette hypothèse - mais ce que Diluc était en train de faire était d'un tout autre niveau. Le fait que le sang d'un vampire le renforce relevait à la fois du miracle et de la malédiction.
Complètement figé sur place sous le choc, à la fois de la douleur des crocs enfoncés dans sa peau et de cette découverte qui changeait absolument tout, Dottore ne se mit pas immédiatement à hurler de douleur.
S'il laissait Diluc continuer de boire son sang, il finirait comme un vulgaire humain vidé de sa substance. Et il était hors de question que tout s'arrête maintenant.
— Diluc, marmonna-t-il entre ses dents serrées. Si tu me tues...
Le chasseur de vampires le tenait fermement contre lui, un bras enroulé autour de sa taille et une main toujours enfouie dans ses cheveux. Dottore aurait dû être embarrassé d'avoir tant envie de l'embrasser à cet instant précis, mais son instinct de survie fut pour une fois plus fort que le reste.
—...tu ne sauras jamais qui a tué ta famille.
Diluc le mordit plus fort à l'entente de ses mots et Dottore gémit de douleur.
— Dis le moi, murmura Diluc contre sa gorge. Ou je te jure que je te tue.
Dottore ferma les yeux.
— C'était Signora.
À ces mots, Diluc relâcha sa prise. Dottore se laissa aller contre lui, la tête contre son épaule. Diluc s'essuya la bouche d'un revers de manche.
— J'espère que j'ai satisfait ta curiosité.
Dottore releva la tête pour croiser son regard.
— Je n'aurai pas assez d'une éternité entière pour découvrir ce que tu es exactement, répondit-il.
Diluc le repoussa pour se relever. Dottore se rattrapa au dossier du fauteuil pour ne pas vaciller.
— Je trouve ça plutôt ironique, haleta-t-il en voyant Diluc tourner les talons pour s'en aller, que tu fasses subir à tes semblables ce que tu leur reproches de faire aux humains.
— Et moi, répondit Diluc en se retournant vers lui, je trouve détestable que tu serves la même organisation qui a fait de toi un vampire après avoir tué ta famille.
— N'ait surtout pas pitié de moi, cracha Dottore, parce que tu es incapable de faire la paix avec ce que tu es.
Diluc croisa les bras.
— Je sais ce que je suis. Un chasseur de vampires.
— Tu te détestes, et nous avec. Pourtant tu as besoin de nous pour survivre.
— Cela ne veut pas dire que je vous respecte.
Dottore réalisa que s'il laissait Diluc passer le pas de cette porte, il y avait de grandes chances pour qu'il ne le revoie jamais. Il avait beau l'avoir mordu jusqu'au sang et avoir clairement exprimé ses intentions de supprimer Signora, la seule chose plus importante que la douleur encore vive dans son cou était qu'il était hors de question qu'il le laisse s'en aller.
Il avait beau ne pas être certain de savoir s'il voulait le tuer où l'embrasser jusqu'à en perdre le souffle, il était bien trop tôt pour lui dire adieu.
— Je sais que tu l'as ressenti, toi aussi, murmura t-il en tendant le bras vers Diluc.
Il n'avait pas pu être le seul à avoir remis toutes ses certitudes en question à la seconde où Diluc avait posé ses mains sur lui.
Diluc posa une main sur la bouche de Dottore avant qu'il n'esquisse le moindre geste pour l'embrasser.
— Tu te berces d'illusions, répondit-il.
Dottore embrassa la paume de sa main.
— Embrasse-moi, lui ordonna-t-il. Et répète moi ces mêmes mots en me regardant droit dans les yeux. On verra qui est le plus délirant de nous deux.
Diluc l'observa longuement avant de dégager sa main de l'emprise de Dottore.
— Enlève ton masque.
Diluc aurait dû quitter le Palais d'Hiver lorsqu'il en avait eu l'occasion. Prendre son épée et la réponse à la question la plus tragique de son existence et quitter l'antre de ce monstre.
Mais il avait voulu répondre à une interrogation. Pas celle de Dottore, qui était de toute façon trop dérangé pour émettre une seule hypothèse cohérente, mais la sienne.
Je sais que tu l'as ressenti, toi aussi.
Diluc avait bien ressenti quelque chose, un frisson indéfinissable qui l'avait poussé à jouer le jeu plus longtemps qu'il ne l'aurait dû. Depuis, la curiosité l'avait dévoré : s'il l'embrassait une seconde fois, le charme serait-il rompu ? Pourrait-il à nouveau se regarder dans un miroir sans y voir les empreintes maudites de cet homme détestable ?
Diluc l'observa longuement après qu'il ait enlevé son masque. Il n'aurait pas su dire s'il paraissait plus ou moins humain sans. La couleur écarlate de ses yeux était plus frappante encore que ceux de Diluc, une couleur qui évoquait moins le sang que les flammes des enfers. Ils se fermèrent lorsque Diluc effleura du pouce l'empreinte que ses dents avaient laissée sur sa jugulaire. Il était à nouveau à sa merci. D'innombrables façons de le tuer s'offraient à lui, Dottore lui servait à nouveau sa vie sur un plateau d'argent, et Diluc sentait au plus profond de lui que même s'il lui aurait suffi d'un seul mouvement pour en finir, il n'en ferait rien.
Leur second baiser ne lui fit pas le même effet que le premier. Non, cette fois il n'avait pas le moindre rôle à jouer, il n'était pas un vampire se cachant derrière un masque, il était l'ennemi mortel de Dottore, celui qu'il avait sciemment invité une seconde fois dans son château, avant de s'offrir à nouveau à lui sans une once d'inquiétude pour sa propre vie.
Non, si leur premier baiser lui avait fait l'effet d'une brûlure dont les sensations subsistaient des jours entiers, celui-ci fut un brasier dans lequel Diluc se jeta sans regarder derrière lui.
Lorsqu'ils se séparèrent, Diluc inspira profondément avant de baisser les yeux pour observer l'expression du docteur. Le regard assombri, une main emmêlée dans les cheveux de Diluc, Dottore attendait qu'il prenne une décision. Diluc eut alors la certitude qu'il était bien aussi fou que les rumeurs le disaient, non pas parce qu'il venait pratiquement d'implorer Diluc de l'embrasser à nouveau, mais parce qu'il paraissait sur le point de mourir s'il ne recommençait pas.
Diluc l'embrassa une troisième fois. Non pas pour répondre à une quelconque question, ni pour avoir une information supplémentaire, simplement pour pouvoir mordre sa lèvre inférieure et l'entendre soupirer, pour la simple et bonne raison qu'il n'avait jamais autant voulu embrasser quelqu'un depuis des siècles.
— J'avais raison, murmura Dottore en caressant la joue de Diluc.
Diluc l'embrassa une quatrième fois. Parce qu'il était évident que personne n'avait jamais dit à Dottore de se taire, et qu'il fallait une première fois à tout.
Diluc observait les dorures au plafond du Palais d'Hiver depuis quelques minutes déjà, simplement pour se concentrer sur autre chose que la respiration inégale de Dottore juste à côté de lui, pour se soustraire l'espace d'un instant à la gravité qui semblait le pousser en permanence dans ses bras.
— Je vais tuer Signora, déclara t-il.
Dottore laissa échapper un ricanement avant de se blottir contre Diluc, un bras possessivement enroulé autour de sa taille.
— Ce que tu peux être romantique...On aurait pu prendre le thé au moins avant de recommencer à parler meurtre.
— Dommage que tu aies cassé toutes les tasses...ironisa Diluc.
— Je n'ai pas cassé tous les verres à vin.
Diluc se retourna pour lui faire face.
— Tu ne pourras pas m'en empêcher.
Dottore caressa les contours de sa bouche avec son pouce.
— Tu peux les tuer tous autant qu'ils sont, ça m'est complètement égal.
Diluc resta silencieux un long moment.
— Qu'est-ce que tu feras, une fois que tu l'auras tuée ? voulut savoir Dottore.
— Du vin, répondit Diluc.
Dottore l'étudia du regard une fraction de seconde du regard, comme s'il jaugeait du sérieux de sa réponse, avant d'éclater d'un rire clair, si naturel et éloigné du rire diabolique que Diluc lui aurait imaginé que ce dernier ne put s'empêcher un sourire.
— Et toi ? voulut savoir Diluc. Tu dis que le sort de Signora t'es égal, mais si tu ne fais rien pour la prévenir...
Dottore entorilla une mèche de cheveux de Diluc autour de son index, aussi nonchalamment que s'ils étaient en train de discuter de leur prochain repas.
— Ils voudront me le faire payer ? Peut-être bien. Mais ça fait des siècles que je les connais et je ne les apprécie toujours pas. Me séparer d'eux me laisse totalement indifférent.
Diluc n'était pas certain d'être prêt à le croire. Mais si par un quelconque miracle Dottore était prêt à ne pas lui mettre des bâtons dans les roues... C'était un obstacle de moins.
— Quel est le plan, alors ? voulut savoir Diluc. Tu vas vraiment me laisser la tuer ?
— Je suis même prêt à t'aider à le faire. Elle est coriace. Mon aide ne sera pas de trop.
— Pourquoi ?
Dottore caressa sa joue du bout des doigts.
— Parce qu'en tant que vampire et en tant qu'immortel, je fais uniquement ce dont j'ai envie. Et ce dont j'ai envie à ce moment précis, c'est de t'avoir à mes côtés.
— Tu es complètement fou, murmura Diluc.
Dottore lui sourit de toutes ses dents. Diluc eut envie de l'embrasser une centième fois.
—Ça te pose un problème ?
Diluc considéra la question.
— Pas autant que je l'aurai cru, répondit-il.
Lorsque Scaramouche, Tartaglia et Signora se présentèrent à nouveau au Palais d'Hiver, Dottore semblait de bien meilleure humeur.
— Entrez, je vous en prie.
Il adressa son plus beau sourire à Tartaglia, qui plissa les yeux de mécontentement, toujours vexé qu'il l'ait laissé sur le pas de la porte quelques jours plus tôt.
— C'est réglé ? lança Signora une fois qu'ils furent tous les quatre assis autour de la grande table.
Dottore hocha la tête.
— Grâce à Tartaglia, j'ai pu avoir ma revanche sur le chasseur de vampires. Il ne nous causera plus de problèmes.
Signora observa Dottore, le menton calé dans l'une de ses paumes. Il paraissait d'excellente humeur, ce qui était assez rare pour être souligné.
— Tu l'as tué ? lui demanda Scaramouche, les bras croisés.
Dottore éclata de rire :
— Évidemment. Après l'avoir copieusement torturé.
— Pourquoi tu m'as pas laissé entrer l'autre jour ? lui demanda Tartaglia, les bras croisés.
Dottore haussa les épaules.
— Parce que je savais que tu essaierais de t'immiscer entre nous. Je le voulais pour moi tout seul. Et c'est chose faite.
Tartaglia leva les yeux au ciel mais ne fit pas d'autre commentaire.
— Si c'est tout ce qu'i dire, je crois qu'on peut rentrer chez nous, déclara Scaramouche. Je vous ai assez vus pour les trois prochaines décennies.
Dottore acquiesça.
— Le dossier est clos, en effet.
Scaramouche se leva immédiatement et partit dans un tintement de breloques, disparaissant dans un nuage violet juste avant de passer la porte. Signora ne bougea pas, et Tartaglia l'observa longuement, comme s'il cherchait à deviner ce qu'il pensait. Dottore lui sourit de toutes ses dents.
— Qu'est-ce qu'il y a, Tartaglia ? Tu veux une rallonge à ta récompense pour compenser le préjudice moral ?
Tartaglia lui fit un signe grossier de la main.
— Va te faire voir, Dottore. Mais oui, maintenant que tu le proposes je crois que je le mérite bien.
Dottore claqua des doigts et un serviteur fit son entrée en portant un coffre rempli de pièces d'or.
— Tu recompteras si ça t'amuse, mais il doit y avoir trois millions de Mora là -dedans. Une prime plutôt coquette sachant que je me suis chargé de l'exécution.
Tartaglia se leva et ouvrit le coffre, toujours dans les mains du domestique à l'expression stoïque de Dottore, habitué à la compagnie des autres Exécuteurs. Après avoir examiné les pièces dans le coffre, il jeta un regard moqueur à Dottore.
— Merci bien, Doc. Mais on sait très bien pourquoi vous vous en êtes chargé. J'espère que vous avez pu vous amuser avec votre petit chasseur de vampires avant de le tuer.
Sur ces mots, il quitta la pièce, le domestique sur les talons.
Signora fit tinter ses ongles de sorcière sur le marbre de la table de Dottore. Elle ne semblait nullement pressée de partir, le menton nonchalamment posé dans la paume de sa main.
— Alors, Dottie, maintenant qu'on est seuls, tu vas m'expliquer ce que c'était que cette histoire ? Bien sûr, il y a des ragots concernant ce qui s'est passé avec Diluc, mais je préfère entendre la vraie version de ta bouche.
Dottore esquissa un sourire.
— On ne peut rien te cacher, Sissi. C'était un sujet...fascinant. J'en aurais presque eu de la peine quand je l'ai liquidé. Il était si beau garçon...
— Un beau garçon qui a bien failli te tuer, fit remarquer Signora. Je connais tes penchants douteux, mais tu m'as semblé bien imprudent, sur ce coup. Ce serait du gâchis d'envoyer valser ton immortalité pour une partie de jambes en l'air avec un chasseur de vampires, aussi mignon soit-il.
— Mais c'est qu'elle serait en train de me faire la morale, en plus ! s'esclaffa Dottore. Occupe toi de tes affaires, je m'occupe des miennes.
— C'est pas ce que tu disais quand tu nous as tous convoqués pour retrouver le type qui t'avait roulé dans la farine.
— Sissi, on ne va quand même pas se disputer. C'est du passé, de toute façon.
Signora leva les yeux au ciel.
— J'imagine.
— Crache le morceau, lança Dottore. Tu veux me demander quelque chose, pas vrai ?
Signora plongea son regard bleu glacial dans le sien.
— Montre moi le corps.
Dottore soupira.
— C'est un vampire. Tu n'ignores pas la façon dont on se débarrasse d'eux...
Signora secoua la tête, un sourire flottant sur ses lèvres vermillon.
— Tu ne me fera pas croire que tu l'as déjà incinéré. Tel que je te connais, tu vas prendre ton temps.
Dottore esquissa finalement un sourire.
— Parfois j'oublie que tu me connais depuis presque trois cent ans.
Signora haussa les épaules, ravie d'avoir touché en plein dans le mille.
— Suis-moi. Je lui ai administré un poison que j'ai spécialement concocté pour exécuter les traîtres qui se cachent parmi nos rangs. Il aura le temps de se sentir mourir.
Signora le suivit à travers les couloirs de marbre du Palais d'Hiver, jusqu'à l'escalier en colimaçon qui menait à son laboratoire sous-terrain. Le laboratoire évoquait une vaste grotte taillée dans la colline qui soutenait le palais, assez immense pour que Dottore puisse y effectuer toutes les expériences possibles et imaginables, mais aussi stocker toutes les machines nécessaires à la réalisation de ses projets.
Au centre de cet espace sinistre qui était sa pièce préférée de tout le Palais, la créature la plus fascinante sur laquelle il n'ait jamais posé les yeux était allongée sur une table d'opération, les mains croisées sur sa poitrine. Immobile et pâle comme la neige qui tombait inlassablement à l'extérieur, Diluc n'avait rien perdu de sa beauté.
— C'est vrai qu'il n'est pas désagréable à regarder, commenta Signora en s'approchant du corps de Diluc.
Dottore resta les bras croisés alors qu'elle faisait le tour de la table d'opération.
— Satisfaite ?
— Presque, déclara-t-elle avant de poser une main sur la joue de Diluc pour en constater la température. Il était aussi froid que le métal de la table d'opération.
Dottore plissa les yeux et Signora laissa échapper un ricanement.
— Tu n'aimes pas qu'on touche à tes affaires, je sais bien, mais je m'assure que le travail a été bien fait.
— Et qu'est-ce que tu en dis ?
Signora croisa les bras.
— Je pensais que tu l'aurais plus amoché que ça.
— Ses vêtements cachent la plupart des dégâts, je ne pouvais pas le laisser comme ça tout de même.
— As-tu appris quelque chose en le disséquant ?
Dottore laissa échapper un soupir.
— Si seulement tu savais. Il m'a été plus utile que cent autres chasseurs de vampires. Mais je ne vais pas t'ennuyer avec les détails.
— Non, bien sûr, répondit Signora. En revanche...
Le catalyseur qui flottait toujours dans le sillage de Signora se mit soudainement à tourbillonner.
— Brûle-le maintenant, ou je m'en charge.
Dottore la fusilla du regard.
— Tu ne toucheras pas à un seul de ses cheveux. Il ne peut pas se réveiller à cause du poison. On ne risque rien.
— Et si tu décides de lui donner l'antidote ? répliqua Signora. Tu n'as pas eu la conduite la plus raisonnable ces derniers temps.
Dottore décida de jouer carte sur table.
— Avoue-le, tu le reconnais.
Signora se figea.
— J'ai eu l'occasion de discuter avec lui, poursuivit le docteur. Il m'a raconté des choses très intéressantes sur la façon dont sa famille a été assassinée par un vampire qui maîtrisait le feu. Comme lui. Il n'a aucun souvenir de l'apparence de cette personne, en revanche il a été facile pour moi de remettre les pièces du puzzle dans l'ordre.
Dottore s'approcha lentement de Signora, un sourire doucereux sur les lèvres, savourant son expression furieuse.
— Je me demande bien pourquoi nos archives ne font aucune mention de sa famille, alors que nous sommes tous soumis aux mêmes règles. Toutes les victimes doivent être consignées. Mais tu sais pourquoi tu n'as jamais consigné ça dans ton registre.
Le regard de Signora se fit incandescent.
— Tu n'étais même pas parmi nous quand ça s'est passé. Ne prétend pas savoir mieux que moi ce qui est arrivé.
— Ça a dû te faire enrager, de faire une erreur pareille. De te rendre compte qu'il avait survécu à ta morsure, que tu avais mal fait ton travail...et qu'il serait infiniment plus difficile à tuer maintenant qu'il était un vampire. Et que tu lui avais donné tes pouvoirs.
— Tu crois tout savoir...fulmina Signora. Mais est-ce qu'il t'a parlé de son frère ?
Dottore releva lentement la tête vers elle, incapable de masquer sa surprise.
— Lui aussi, il t'a fait des cachotteries, on dirait, ricana-t-elle. Son frère a hérité de mes pouvoirs de glace, et lui du feu. Quand j'ai su qu'ils avaient survécu, ils étaient devenus trop puissants pour que j'agisse seule. Kaeya est à Mondstadt depuis des années et n'a jamais menacé nos affaires. Mais si j'avais su que l'autre était ce chasseur de vampires qui décime nos rangs depuis des années...
Dottore secoua la tête d'un air faussement désolé.
— La Tsarine aura ta tête pour cette faute. Tu le sais comme moi.
Le catalyseur de Signora s'activa à nouveau.
— Qui va lui dire, si tu n'es pas là pour le lui balancer ? ricana-t-elle. Tu passes trop de temps dans ton foutu laboratoire pour être de taille à me battre. En garde.
Diluc choisit ce moment précis pour se relever et lui tordre violemment le bras. Signora poussa un cri de rage.
— Dottore. Espèce de traître, comment est-ce que tu oses -
Pour toute réponse, Dottore saisit l'épée de Diluc, dissimulée sous la table d'opération, et la lui tendit.
— Tiens, mon amour.
Diluc l'ignora royalement et sa vision s'illumina immédiatement d'une lueur incandescente.
— T'as perdu la tête, Dottore, cria Signora en se dégageant de l'emprise de Diluc. Je te tuerai de mes propres mains quand j'en aurai fini avec lui !
— Commence par essayer de m'avoir, rugit Diluc en se jetant sur lui, la Mort-du-Loup à la main.
Signora laissa échapper un son inhumain, qui résonna dans le laboratoire de Dottore comme le hurlement d'un démon. Il n'avait eu que peu d'occasions d'assister à sa transformation, mais celle-ci lui évoquait toujours le spectacle d'une fleur s'ouvrant au cœur des Enfers. Ce serait sa dernière éclosion.
— Dottore, tu connais le sort qu'on réserve aux traîtres, fulmina-t-elle.
Dottore croisa les bras, un sourire carnassier sur les lèvres.
— Adresse-toi à Diluc, je vais rester en dehors de ça.
Il respecterait le vœu du chasseur de vampires, qui était de ne pas lever le petit doigt pour l'aider. Le combat serait serré, mais Dottore mourrait d'envie de le voir réduire Signora en cendres.
Diluc s'était imaginé ce moment tellement de fois que la réalité pouvait difficilement correspondre à l'idée qu'il s'en était faite. Premièrement, il n'aurait jamais pu prédire la présence d'un autre Exécuteur, ni que ce dernier serait de son côté. D'autre part, s'il avait toujours espéré que ce combat ne serait pas trop court, il n'avait jamais imaginé qu'il devrait se mesurer à La Signora, la huitième Exécutrice des Fatui. Enfin, une seule chose correspondait à l'idée qu'il se faisait de cet affrontement : il avait bel et bien affaire à un monstre.
Un millier de papillons incandescents tourbillonnaient autour de Signora, et la chaleur qu'ils émanaient était assez intense pour faire transpirer le chasseur de vampires. Diluc fit tourner la Mort-du-Loup au-dessus de sa tête et s'élança vers Signora.
— Fais-moi voir ce que tu as dans le ventre, chasseur de vampires, ricana-t-elle. Je vais me faire un plaisir de te massacrer.
Signora attrapa son épée chargée d'énergie Pyro à mains nues et le regarda droit dans les yeux, un sourire sur les lèvres.
— Tu ne quitteras pas cet endroit en vie, sorcière, rugit Diluc, à quelques centimètres de son visage aussi chaud que de la lave en fusion.
Signora l'envoya valser dans un éclat de rire tonitruant, faisant tourner son épée comme s'il ne s'agissait que d'une vulgaire branche d'arbre.
— Ne me traite pas de sorcière, chasseur de vampire.
Diluc était loin d'avoir dit son dernier mot. Il s'écrasa contre une armoire en verre, dont certains éclats se logèrent dans son flanc droit, mais se releva immédiatement. Un regard circulaire sur la salle lui suffit pour repérer Dottore, perché sur une plateforme surplombant la grotte, les bras croisés.
Bien. Il n'avait pas intérêt à bouger.
Diluc évita adroitement les boules de feu de Signora, détruisant au passage un bon nombre des appareils compliqués de Dottore. Ce dernier devait s'arracher les cheveux de le voir détruire son précieux laboratoire, mais quelque chose lui disait qu'il s'attendait à cette éventualité en lui proposant ce plan. Il devrait de toute façon fuir le Palais d'Hiver s'ils survivaient tous deux à cet affrontement.
Heureusement que la potion que Dottore lui avait fait boire ne lui donnait que l'aspect d'un cadavre - tout effet secondaire altérant ses capacités de combat aurait été catastrophique. Il lui faudrait toute sa rage et toute son énergie pour vaincre Signora.
Il le ferait pour lui, mais aussi pour Kaeya. Qu'importe que son frère n'ait jamais autant eu besoin de prendre sa revanche que lui. Peut-être qu'après avoir arraché la tête de la sorcière, la vue du cache-oeil de Kaeya cesserait de le remplir de rage.
Diluc bondit à nouveau pour abattre la Mort-du-Loup sur Signora en prenant appui sur l'une des machines de Dottore. Il l'atteint au flanc et avisa avec satisfaction la plaie béante.
Dans un hurlement de rage, Signora posa une de ses mains, démesurée par sa transformation, directement sur sa plaie, qui se cautérisa avec un bruit et une odeur infâmes. Son sourire demeura le même.
Diluc savait d'où il tenait sa rage de vaincre, à présent. Chaque vampire héritait d'une part de celui qui l'avait transformé.
— Je crois qu'il est temps que tu fasses l'expérience du véritable froid, mon garçon, lança Signora. Après tout, nous sommes bien à Snezhnaya.
Sous les yeux de Diluc, les flammes de Signora devinrent des poignards de glace. De quoi expliquer les pouvoirs de Kaeya, alors que la même personne était à l'origine de leur transformation.
Signora disparut dans un tourbillon écarlate, devint une véritable tempête sous les yeux du chasseur de vampires, qui tint son épée serrée entre ses mains en tournant sur lui-même pour ne laisser aucun de ses côtés exposé. Il ne comprit son erreur qu'au moment où il sentit ses pieds se figer sur le sol, enveloppés d'une couche de glace dont le froid pénétrait lentement ses vêtements, puis sa peau.
Il fallait qu'il sorte d'ici à tout prix.
Diluc mobilisa toute son énergie Pyro et abattit la Mort-du-Loup sur le sol à ses pieds. La glace ne se brisa pas pour autant. Il ne put que brandir son épée devant lui alors que Signora fondait sur lui, un sourire triomphant aux lèvres.
Ses pieds ne se libérèrent du sol qu'au moment où la sorcière le plaqua au sol, et referma l'une de ses mains autour de sa gorge. Sa peau fut immédiatement prise d'assaut par toute l'énergie Cryo qui émanait de Signora. Diluc n'avait jamais rien ressenti d'aussi douloureux, mais crier lui était impossible.
— Je vais enfin finir ce que j'ai commencé il y a trois-cent ans, murmura Signora en balayant les cheveux qui tombaient devant le front de Diluc. Ne t'en fais pas, tout ça sera bientôt fini...et je m'occuperai de ton frère juste après. Sieur Kaeya de l'Ordre des Chevaliers de Favonius, c'est bien ça ?
À ces mots, Diluc posa une main incandescente sur celle, glaciale, de Signora.
— Tu...peux toujours courir, fulmina t-il, dans un râle. Je vais te tuer.
Signora lui adressa un sourire d'adieu et avant que le poignard de glace qu'elle tenait dans l'autre main ne se plante dans sa gorge, elle poussa un hurlement de douleur. Alors que la vision de Diluc commençait à se brouiller et sa respiration à se faire de plus en plus laborieuse, ce dernier leva les yeux vers la plateforme. Celle-ci était vide.
Signora se retourna pour aviser Dottore, qui venait de lui planter une seringue dans l'épaule. Diluc en profita pour se dégager de l'emprise de la sorcière sur sa gorge. Alors qu'elle s'étouffait, Dottore fit un clin d'oeil au chasseur de vampires.
— J'ai menti, désolé. Je ne la laisserai pas gagner.
Ce dernier ne trouva pas la force de lui répondre et se remémora les mots de Kaeya.
Tu ne pourras pas faire ça seul.
Et pourtant, c'est ce qu'il avait tenté de faire. Diluc décida de ne pas s'offusquer de l'aide du docteur - pour l'instant - en offrande à son frère qui l'étranglerait probablement s'il sortait d'ici vivant.
Alors que Signora s'étouffait sous l'effet du poison, Diluc ne ne put qu'observer, tétanisé, lorsque Dottore empoigna son corps agonisant avant de planter ses dents dans sa gorge. Il tenta de se relever malgré ses blessures, mais son corps refusa de lui répondre. Il se revit, lorsqu'il avait bu le sang de sa première victime, incapable de s'arrêter avant que la carcasse du vampire ne touche le sol, vidée de sa substance. Il était inutile de brûler ces corps-là, mais il l'avait toujours fait pour masquer sa façon de faire.
Lorsqu'à l'issue d'un spectacle qui sembla durer une éternité aux yeux de Diluc, le docteur eut terminé, celui-ci essuya le sang au coin de sa bouche et soupira.
— Et voilà.
Diluc l'observa un moment sans dire un mot. L'adrénaline de la première morsure était indescriptible, et cette sensation était facile à discerner, même sur la seule partie visible du visage de Dottore. D'un seul coup, le docteur se pencha sur le corps inerte de Signora et lui arracha la tête.
Diluc resta immobile lorsque Dottore lui tendit enfin la tête de la personne qu'il avait toujours rêvé de tuer. Il la prit dans ses mains, sans une pensée pour ses gants que son sang détrempait au fur et à mesure des minutes qui passaient. Elle était la pièce finale de sa collection.
Ses jambes, non, son corps tout entier tremblait, à la fois à cause de ses blessures et parce qu'il avait enfin la seule chose qu'il avait jamais désirée entre ses mains.
Même s'il n'avait pas eu la satisfaction de la tuer lui-même.
— Alors, qu'est-ce que ça fait ? lança Dottore avec un sourire.
Diluc le fusilla du regard.
— Tu aurais dû me laisser l'achever.
Le docteur s'approcha de lui et lui caressa la joue. Diluc serra les dents, alors que des sentiments contradictoires s'imposaient à lui.
Il l'avait fait exprès.
Dottore savait que de cette façon, il lui serait impossible de délier son histoire de la sienne. Que même dans cinq cent ans, Diluc se souviendrait de son expression chaque fois qu'il regarderait la tête de Signora sur son étagère.
— Ne fais pas cette tête, trésor. Je t'ai laissé essayer jusqu'au dernier moment. Mais je n'allais pas la laisser te tuer.
— J'aurais pu l'avoir, s'entêta Diluc.
— Tu ne peux pas juste dire merci ? soupira Dottore en levant les yeux au ciel.
Diluc trouva la force de l'empoigner par le col de sa veste et alors qu'il hésitait entre l'embrasser et lui coller son poing dans la figure, Dottore décida pour lui. Il aurait sans doute dû être plus rebuté par le goût encore présent du sang de Signora sur ses lèvres, mais cela ne l'empêcha pas de l'attirer plus près de lui pour lui rendre son baiser, jusqu'à ce qu'il ne décèle plus que le goût de l'air glacial de Snezhanya. Le masque lui compliquait la tâche, mais il commençait à s'y habituer.
Un sourire satisfait flottait sur les lèvres de Dottore lorsqu'ils se séparèrent. Diluc pourrait l'aimer ou le détester et changer d'avis un demi-milliard de fois durant les siècles prochains, mais il lui serait impossible de l'oublier.
— Tartaglia et Scaramouche finiront par revenir, déclara finalement le chasseur de vampires. Qu'est-ce que tu vas faire ?
— S'il viennent me chercher, il vont me trouver, répondit Dottore. Scaramouche laissera sans doute Tartaglia s'en charger. Quant à lui...il se pense invincible, comme tous les vampires de son âge, mais s'il faut que je me débarrasse de lui pour avoir la paix, je n'hésiterai pas.
Comme je n'ai pas hésité à tuer Signora.
Diluc resta silencieux un long moment et Dottore ne posa pas la question qu'il avait sur le bout des lèvres.
Demande-moi de venir avec toi.
Diluc fit un pas vers lui, puis deux, jusqu'à pouvoir tendre le bras pour poser une main sur son masque. Il était toujours froid au toucher. Dottore ne fit aucun geste pour l'en empêcher lorsqu'il le lui retira délicatement. Diluc ne voulait plus jamais voir ce visage occulté.
— Tu en as fini avec eux ?
— Qu'est-ce que tu feras, si je te dis que oui ? lui demanda Dottore, en faisant un pas pour réduire la distance qui les séparait.
Diluc se demanda à quoi cela pouvait bien rimer de demander à un menteur de lui faire une promesse. S'il avait trahi en une fraction de seconde ses compagnons des trois derniers siècles, quelle confiance Diluc pouvait-il bien accorder à Dottore ?
Il pourrait passer sept siècles avec toi par la suite, et son passé avec les Fatui te ferait peut-être l'effet d'une erreur de jeunesse, fit une voix en son for intérieur.
Diluc pouvait décider de faire d'aujourd'hui le dernier jour de ce passé. Le chasseur de vampires laissa tomber le masque au sol et l'écrasa d'un coup sec sous le talon de sa botte.
— Ne réponds pas à ma question par une autre question.
— Je suis un scientifique, répliqua Dottore. C'est mon travail de poser des questions.
— Réponds à la mienne.
Dottore avisa les morceaux de son masque brisé à leurs pieds, avant de relever les yeux vers Diluc. Ses mains se posèrent délicatement sur son visage et Diluc résista à l'envie de fermer les yeux.
Je sais que tu l'as ressenti, toi aussi.
Quoi que Diluc ait pu ressentir, ce sentiment ne l'avait pas quitté depuis, et il lui restait l'éternité pour mettre un mot dessus.
Le docteur haussa les épaules et sourit à Diluc.
— Il va me falloir un nouveau nom.
voilààà j'espère que ça vous a plu, perso j'ai beaucoup pris de plaisir à l'écrire donc à bientôt pour plein d'autres fics sur ce ship et d'autres fics sur jjk également
bisous
aeli
