LE MANOIR HANTÉ

Vernon les avait un peu disputés après qu'ils soient sortis tous les deux sans laisser de mot. Mais rien de grave. Harry s'en étonnait un peu mais il se disait que c'était grâce à Dudley. Vernon ne lui disait jamais trop rien, habituellement. La punition de son cousin fut d'ailleurs levée. Pétunia avait remarqué un meilleur comportement chez Dudley. Il n'avait pas crié depuis le jour où ils étaient arrivés. Il s'était un peu plaint de ne pas pouvoir voir Piers, mais rien de grave, tout le monde se plaignait. Il avait aidé sa mère à préparer à manger. Cela n'était jamais arrivé, malgré son amour pour la nourriture. Et il avait même recommencé une deuxième fois.

Harry était assis dans un fauteuil près de la cheminée éteinte. Le soleil était encore haut dans le ciel bien qu'on était en fin d'après-midi. Les fenêtres du salon étaient grandes ouvertes et l'odeur de la mer emplissait la pièce. Il relisait un paragraphe de son manuel de métamorphose en boucle en essayant de comprendre de quoi il s'agissait. Vernon, qui venait de rentrer du travail, était assis sur le canapé, penché sur un journal. Pétunia avait la tête sur son épaule et regardait un documentaire à la télé.

Le brun testait les limites. Il avait remarqué que les Dursley semblaient changés. D'abord Dudley qui s'intéressait à la magie et ensuite Vernon qui n'en avait rien eu à faire de le voir travailler sur un parchemin quand il était venu aider Dudley avec des devoirs de chimie. Aujourd'hui, il avait voulu voir jusqu'où ça irait en descendant avec un livre de magie, mais aucun des deux adultes n'avaient bronché et cela faisait bientôt deux heures qu'il travaillait dans cette ambiance paisible.

Le bruit des voitures qui passaient de temps en temps dans la rue troublait parfois le silence. On entendait aussi parfois le son des pas de Dudley qui se déplaçait à l'étage. Puisque le parquet était vieux, il craquait facilement. La scène était presque hors du commun. Les parents Dursley tous les deux concentrés sur leurs activités, et Harry aussi. À Privet Drive, il aurait sûrement été dans sa chambre, et Dudley à sa place dans le salon, sur sa Gameboy.

Alors que Vernon tournait la page de son journal, une sonnette de vélo retentit proche de la fenêtre et des rires éclatèrent.

La sonnette de la porte d'entrée résonna dans la maison quelques secondes plus tard.

« J'y vais, » fit Vernon en se levant. Il posa son journal sur la petite table basse en bois.

Quand il ouvrit la porte, il se tenait devant lui une adolescente aux cheveux noirs d'encre. Des petites taches de rousseur s'alignaient sur son nez et ses joues étaient rosies, surement par les fous rires qu'elle venait d'avoir avec ses amis qui se tenaient derrière elle.

« Oh, bonjour Monsieur ! Est-ce que Harry et Dudley sont là ? » demanda Hortensia, un grand sourire mangeant son visage.

Vernon se retourna et appela les deux garçons, bien qu'il aurait pu ne rien dire puisque les cousins avaient été à l'affut dès que cela avait sonné à la porte. Dudley descendit presque en courant et Harry posa son livre sur la table basse à côté du journal de Vernon. Il passa son visage dans l'entrebâillement de la porte du salon, d'où il pouvait voir la jeune fille.

« On va à la plage, vous voulez venir ? Enfin si vous pouvez, évidemment ! » précisa-t-elle en jetant un coup d'œil à Vernon.

Il leva les yeux au ciel et eut un petit rire quand il leur fit signe d'y aller s'ils le voulaient. Lui voulait juste lire son journal en paix, rien de plus.

D'un commun accord les deux garçons mirent leurs chaussures et emboitèrent le pas au groupe d'amis, alors que Pétunia leur demandait tout de même de ne pas rentrer trop tard, sinon, ils mangeraient sans eux.

Ainsi se passaient les journées des deux garçons depuis deux semaines. Soit ils recevaient un coup de téléphone leur disant qu'ils se rejoignaient à la plage ou ailleurs, soit quelqu'un (le plus souvent Hortensia) venait les chercher directement. Dès fois, il restaient seulement quelques heures dehors, dès fois ils se baignaient et restaient plus longtemps dehors. D'autres fois ils allaient au skate-park et s'amusait à faire les descentes à vélo. Mais aujourd'hui, le petit groupe avait prévu autre chose : ils avaient attendu que le soleil se couche en profitant de la plage, mais ne rentreraient pas maintenant.

Dane, de son vrai prénom Danton, le meilleur ami de Hortensia, avait prévu de s'introduire dans le Hunstanton Hall, un vieux manoir qui avait apparemment appartenu à une famille riche il y a très longtemps. Une légende disait que le manoir était hanté par Dame Armine qui veillait sur un tapis qui avait été autrefois cher à ses yeux.

« C'est qu'une légende, de toute façon, » répondit Stuart, en soufflant. « Les fantômes ça existe pas. »

Harry eut un petit rire nerveux et Dudley le regarda, devenant blanchâtre presque immédiatement.

« Bah alors, vous avez peur ou quoi ? » se moqua Dane.

Heather lui lançant un regard mauvais tandis que sa sœur jumelle, Rebecca, se cachait derrière elle.

« De toute façon, ils ouvrent Hunstanton Hall quelques jours en septembre, y'a rien de dangereux là-dedans, » rétorqua-t-elle. « Sinon, ils ne laisseraient pas des gens aller dedans. »

Ils se dirigeaient d'un pas assuré pour certains, et pour d'autres moins, vers le manoir qui était connu dans toute la ville.

« Mais ça appartiens à qui cet endroit ? » demanda Dudley, peu rassuré à l'idée de trépasser une propriété privée et en plus de se retrouver nez à nez avec des fantômes.

« Personne ne sait. Ça appartenait au mec qui a construit la ville je crois ? Puis y'avait eu des appartements dedans apparemment. Ma mère m'a dit que ma grand-mère y avait vécu quand elle était jeune, mais un jour, tout le monde a été mis dehors. » Hortensia se stoppa quelques secondes, puis reprit, avec un sourire aux lèvres : « C'est peut-être à cause des fantômes, qui sait. »

Stuart grogna.

Ils arrivèrent devant une grille fermée en fer forgé noir. Dane fouilla dans son sac à dos et sorti deux lampes torches. Il en tendit une à Heather et garda la deuxième.

« On va pas se séparer, quand même ! » demanda Stuart.

« Mais non, t'inquiètes pas, » fit Heather en levant les yeux au ciel. « C'est juste une grande maison, tu sais. Tu vas pas mourir là-dedans. »

Rebecca, qui tenait la main de sa sœur, vint lui faire signe de s'accrocher à elle et il accepta avec joie. Ainsi, la chaine humaine que constituait Heather, Rebecca et Stuart passa en premier la grille que Dane avait ouvert. Hortensia suivit, puis Harry et Dudley, et enfin Dane, qui referma la grille pour ne pas trahir leur présence si jamais quelqu'un passait dans le coin.

Harry observa devant lui. Ils se trouvaient dans de grands jardins qui autrefois devaient être magnifiques. Aujourd'hui, des buissons trop poussés se battaient au bord des bassins avec des herbes folles et autres végétations. Les grenouilles coassaient à l'unisson, se donnant à cœur joie pour les accueillir. Elles se tairaient bientôt, la nuit devenant plus profonde avec chaque minute qui passait.

« Eh bien, c'est vraiment abandonné de chez abandonné ! »

Devant eux, une grande bâtisse aux allures victoriennes se dressait fièrement.

« C'est immense ! » fit Dudley, impressionné.

Ils se dirigèrent vers une porte en bois un peu pourrie.

« Quand ils font faire le tour du manoir, ils ne montrent que le hall principal et quelques pièces. Moi je dis qu'on doit tout visiter ! »

« On n'aura jamais le temps, Dane ! »

« Tant pis, on reviendra. »

Il poussa la porte et ils arrivèrent dans un couloir. De la vieille tapisserie jaunâtre se décollait sur les murs. Harry pensa très vite à square Grimmaurd qui était dans le même état. La décoration était du même gout, en tout cas. Ils s'avancèrent. L'ambiance était pesante, et même Dane ne faisait plus le malin.

« Regardez, y'a le hall d'entrée, là-bas ! » fit Stuart.

« Pff, c'est nul, vous voulez pas plutôt aller voir les chambres ! »

Les deux garçons se chamaillèrent un peu, puis, voyant que personne ne voulait aller avec lui souffla un coup, un peu énervé.

« J'y vais tout seul, alors ! »

« Attends, Dane, je viens, alors ! Tu vas pas y aller tout seul, on risque de se perdre, » lui répondit Hortensia, cherchant à désamorcer un peu la situation.

« Je croyais qu'on se séparait pas ? »

« C'est pas très grave de se séparer, » dit Harry. « Du moment qu'on ne change pas de bâtiment on peut toujours crier pour se retrouver. »

Dudley acquiesça.

« Bon qui veut venir, alors ? » demanda Dane. La crise avait été évitée de justesse. L'ambiance du manoir les stressait tous malgré eux, et les rendait plus à fleur de peau qu'ils ne l'auraient été autrement. Les garçons s'entendaient à merveille habituellement.

« Je viens avec vous, » fit Harry.

Dudley voulait voir le hall, alors il resta avec Heather, Rebecca et Stuart.

« Bon, à tout à l'heure alors. On essaie de se retrouver par ici dans trente minutes, d'accord ? » demanda le blond.

« Ok, à tout à l'heure, » répondit Dane. Puis il fit un petit saut et commença à partir à grands pas vers l'étage, là où il y avait les chambres.

Hortensia rit et prit la main d'Harry, pour qu'ils rejoignent Dane avant qu'il ne prenne trop d'avance et se perde à cause de son enthousiasme.

« Attention à l'escalier, » chuchota Dane, alors qu'il était déjà en haut. « Y'a des marches qui ont pas l'air très solides. » Harry, qui était habitué à celles des escaliers de Poudlard passa devant Hortensia qui le suivit consciencieusement.

Ils visitèrent une première chambre. L'endroit était très poussiéreux. Hortensia éternua quand Dane secoua les draps.

« Pourquoi t'as fait ça, je te déteste, » se plaignit-elle.

Il rigola, se moquant un peu.

« Regardez-ça, » fit-il en sortant une robe jaunie d'une armoire. « Y'a encore tout, c'est fou non ? »

Il la reposa et ils continuèrent leur route. Les couloirs se croisaient sans cesse et ils commençaient à perdre un peu leur sens de l'orientation. Sans s'en inquiéter, ils entrèrent dans un bureau. Hortensia ouvrit les tiroirs et inspecta les papiers avec Harry. Tout semblait très important et la plupart étaient calligraphiés en vieil anglais. Ils ne comprirent pas grand-chose. Dane, lui avait mis la main sur une bourse de vieilles pièces en or. Hortensia lui demanda de la reposer mais il glissa quelques pièces dans sa poche quand elle eut le dos tourné. Il fit un clin d'œil à Harry qui secoua la tête de désespoir.

« Qu'est-ce que t'as fait encore ? » demanda la jeune fille.

« Rien, rien, » répondit Dane malicieusement.

Le manoir sentait un peu le pourri car le bois n'était plus en très bon état. Ils devaient faire attention ou mettre les pieds, ayant peu confiance en le plancher.

Sans crier gare, la lampe torche de Dane s'éteignit.

Il donna quelques coups dedans, essayant de la rallumer.

« Merde, je crois que y'a plus de piles, » jura-t-il.

Au même moment, ils entendirent la voix de Heather qui les appelait. Ils se regardèrent, parvenant à peine à distinguer leurs visages dans l'obscurité de la pièce.

« Ok, on y va doucement, on va vite trouver un escalier qui descend, » relativisa la seule fille du groupe. Puis elle cria à son tour pour demande si ça allait au groupe qui était au rez-de-chaussée. Quand ils répondirent positivement, ils soufflèrent tous les trois de soulagement.

Ils s'engagèrent dans un couloir qui semblait interminable, mais qui menait surement à l'escalier du hall principal vu sa superficie, ce qui les arrangeait largement. Ils n'avaient qu'à suivre le chemin qui s'étalait devant leur pied.

Dane trébucha sur le tapis qui était déroulé tout le long du couloir. Harry le rattrapa juste avant qu'il ne chute et ricana.

« Oh c'est bon, te moque pas, » protesta-t-il.

« C'est l'hôpital qui se fout de la charité, là ! » rétorqua Hortensia.

Dane souffla et s'agenouilla pour refaire son lacet qui s'était défait. Les deux autres continuèrent sans l'attendre, toujours en se moquant de lui.

« J'aurais juré que ce tableau a bougé, » dit finalement Dane en les rejoignant en trottinant, quand il eut fini de relacer sa chaussure.

Hortensia se moqua de lui de plus belle alors qu'Harry levait les yeux vers lui, curieux.

« Quel tableau ? » demanda-t-il en fronçant les sourcils, car il n'avait pas prêté attention aux murs, préférant se concentrer sur ses pieds pour ne pas s'écraser au sol, puisqu'il avait vu que ce dernier pouvait être traitre.

« Là-bas ! » Il pointa du doigt un point sombre sur le mur, à quelques pas derrière eux.

Harry fit demi-tour, curieux. Il s'approcha du tableau que lui avait désigné Dane. Sur le cadre en bois brun foncé, en bas, une petite plaque couleur or était vissée.

Il s'approcha, collant presque son nez pour déchiffrer les quelques lettres gravées dans le métal.

Henry L'Estrange Stylemen Le Strange.

Il relu deux fois le nom pour être bien sûr de ce qu'il voyait. Puis il porta ses yeux sur le tableau. Un homme brun avec des rouflaquettes et au menton fendu se tenait en son centre. Il lui fit un signe de tête respectueux et un sourire.

Harry cligna des yeux, ébahit. Il resta bouche bée quelques instants, puis finit par lui rendre son signe de tête.

Il courut rejoindre ses amis qui marchaient doucement, pour lui laisser le temps de les rattraper.

« Alors, il bougeait ? » le taquina Hortensia.

« Quoi ? Bien sûr que non il bougeait pas, » répondit-il un peu trop rapidement pour que cela soit naturel. « Tu sais qui c'est toi, Henry L'Estrange ? » Son cerveau marchait à toute à allure, essayant de comprendre ce qu'il venait de voir. Bien sûr, les tableaux qui bougeaient, il connaissait, ce n'était pas nouveau pour lui. Mais ici ?

« C'est le fondateur de la ville ! » dit presque avec joie Dane.

« Henry l'Estrange Stylemen Le Strange ? » redit-il, presque peureux de dire le nom qu'il avait lu à voix haute.

« Oui ! Lui ! C'était lui sur le tableau ? »

« Oui, c'est ce qui était écrit. »

« Ça a surement été son manoir un jour. C'est même surement lui qui l'a fait construire. À la base, Hunstanton devait être une station balnéaire. Mais c'est plus devenu une ville où il y peu de tourisme. Enfin, tu connais quoi. Bref, en tout cas, à l'époque, c'était lui qui voulait faire de cette ville une station balnéaire. »

« Ah bah c'est vrai que y'a pas beaucoup de touristes par ici, » répondit Dane. « Il a raté son coup, le Henry. »

Mais Harry était trop perdu dans ses pensées pour prendre part à la conversation qui commençait entre les deux amis. Quelle coïncidence bizarre de trouver ce nom ici. Surtout sur un sorcier. Il ne pouvait qu'être sorcier, pas vrai ? Si son portrait était animé, cela ne voulait dire qu'une chose.

Ils rejoignirent très vite leurs amis qui les attendaient en bas. Eux aussi avait trouvé des choses bizarres dans le coin.

Dudley dévisagea son cousin qui restait pensif dans son coin au lieu de se mêler aux autres. Il se promit de lui en parler quand ils seraient tous les deux. Peut-être qu'il avait vu le fantôme du manoir…


Salut ! Merci pour les petits mots ! J'essaie de poster tous les weekends, je sais pas si je tiendrai le rythme mais on verra bien !
J'aime bien écrire cette fanfic, ça faisait longtemps que j'avais pas écrit. Je trouve que le perso de Dudley est pas assez exploré et j'aime bien l'idée de le voir devenir ami avec Harry.
J'espère que vous avez aimé le chapitre !