LA TANTE MARGE

Harry regardait pour la centième fois le bout de papier où il y avait écrit le nom du fondateur de la ville pour ne pas l'oublier.

Henry L'Estrange Styleman Le Strange.

C'était un long nom, un peu étrange, s'il pouvait se permettre.

Il soupira et plia le papier pour le mettre dans sa poche. Il avait des devoirs à faire, et à part lire et relire ses manuels, il n'avait pas le courage de se mettre à rédiger ses parchemins. Il passait ses journées sur la plage ou à trainer avec son cousin et les amis qu'il s'était fait ici à Hunstanton.

« Harry, tu veux bien m'aider avec les patates, s'il te plait ? » demanda sa tante.

Il sortit de ses pensées et alla aider Pétunia en prenant en charge la cuisson des pommes de terre qui se trouvaient dans une poêle.

Marge venait les voir aujourd'hui. Ce n'était pas une bonne journée. Il n'avait que des mauvaises expérience avec cette femme et ses chiens. Mais hors de question de laisser bruler la nourriture juste pour se venger. Ni de la gonfler comme la dernière fois qu'il l'avait vue, d'ailleurs.

Il entendit Dudley descendre les escaliers. Il était un peu mieux habillé que d'habitude, et mieux coiffé, aussi. Il avait une chemise blanche mise dans son jean et ses cheveux étaient peignés en arrière.

« Mon beau petit garçon, » fit Pétunia en le voyant. Elle l'embrassa sur la joue. Des choses ne changeaient pas, se dit-il en souriant.

Dudley ouvrit les placards qui se trouvaient au-dessus de la tête d'Harry pour récupérer des assiettes. Il mit la table dans le salon qui faisait aussi office de salle à manger. Il déposa des verres à vin devant les assiettes des adultes, et des verres normaux devant la sienne et celle d'Harry.

Ce dernier mélangea les patates et ajouta un peu de beurre dedans, machinalement. Il savait que les Dursley les adoraient comme ça. Il plongea des haricots verts dans un volume d'eau bouillante, attendant qu'ils soient cuits mais encore croquants. Pétunia lui adressa un petit sourire. Elle était débordée. Elle voulait que tout soit parfait, car Marge trouvait toujours quelque chose à redire.

Vernon finissait de passer la serpillère dans le salon, grognant quand Dudley marcha sur le sol encore mouillé. Le garçon s'excusa rapidement mais recommença quelques secondes plus tard quand il alla chercher les soucoupes de sauce.

Quand la sonnette retentit dans la maison, la table était mise, la maison était propre et les plats étaient chauds. Tous les habitants était habillés et coiffés (sauf Harry qui n'arrivait toujours pas à faire quelques chose de ses cheveux).

Vernon alla ouvrir à sa sœur. Elle lui mit directement dans les bras le molosse qu'elle avait ramené avec elle. Elle entra dans le vestibule et fit un tour sur elle-même.

« Eh bien, c'est petit ici, » fut la première chose qu'elle prononça. Pétunia, qui s'était avancée sur la pas de la porte soupira. « J'espère que c'est temporaire, Vernon. Et toi, Pétunia, tu devrais trouver un travail ! Et où est mon petit Dudley ? » appela-t-elle, ne se souciant pas trop de ce qu'elle venait de dire, changeant immédiatement de sujet.

Dudley se positionna aux côtés de sa mère et dit bonjour à sa tante. Vernon posa le chien par terre.

« Il lui faut à boire. Si tu veux bien t'occuper de ça, Pétunia. »

Elle s'enfuit très vite vers la cuisine tandis que Vernon conduisait Marge vers le salon pour lui offrir un rafraichissement, entamant une discussion sur son travail.

« Ah, cette bonne femme… » soupira Pétunia en remplissant une soucoupe d'eau. Cela fit sourire Harry. Peut-être que finalement, il n'était pas le seul à ne pas aimer la tante Marge, se dit-il en sortant un plat du four.

Pétunia contrôla la cuisson de la viande.

« Parfait ! »

Vernon fit un aller-retour rapide dans la cuisine pour prendre des verres à apéritifs, et en passant près d'Harry, il lui glissa un livre de divination dans les mains en lui faisant signe d'aller le ranger discrètement. Il s'empressa de l'emmener dans sa chambre, évitant ainsi la catastrophe de Marge tombant sur le livre.

En redescendant, la femme sembla se rappeler de l'existence d'Harry quand elle entendit ses bruits de pas dans l'escalier.

« Toujours là, toi ? Tu devrais travailler pour aider ton oncle et ta tante à rembourser tous les frais que tu leur cause. »

Vernon se racla la gorge, mal à l'aise, se souvenant de ce qu'il s'était passé la dernière fois que Marge et Harry s'étaient trouvé dans la même pièce. Malheureusement, sa sœur ne s'en souvenait pas, puisqu'à sa mémoire avait été effacée après avoir parcouru plusieurs kilomètres dans le ciel de Londres gonflée comme un ballon.

Harry lui fit un sourire forcé, s'obligeant à passer outre de tout ce qu'elle dirait aujourd'hui.

« Bien entendu, Tante Marge. Dès que je serais majeur je travaillerais pour rembourser mes dettes, mais pour le moment il m'est impossible de prendre mon indépendance puisque je suis sous la tutelle de mon oncle et de ma tante jusqu'à mes dix-huit ans. »

Elle grommela quelque chose d'incompréhensible.

« De toute façon, vous recevez quelque chose pour vous occuper d'Harry, pas vrai ? » demanda Dudley à ses parents. Harry fronça les sourcils. Voilà qui était nouveau.

« Oui, c'est vrai, » dit Pétunia. « Harry tu n'as rien à nous rembourser, comme Dudley n'aura rien lui non plus. L'argent que nous recevons te reviendras à ta majorité. »

« Enfin, Vernon ! Tu entends ce que dis ta femme ? Vous pourriez utiliser cette argent pour avoir une meilleure maison. Vous auriez même pu payer des meilleurs avocats pour cette histoire avec Dudley, et le sale gamin qui a tout été raconté aurait pu aller pleurer dans les jupes de son père. »

Dudley baissa la tête. Trainer avec d'autres gens et être sorti de l'ambiance de l'école lui avait fait voir les choses sous un autre angle et il comprenait maintenant le mal qu'il avait fait. Lui qui ne voyait ça que comme un jeu il y a quelques mois semblait déçu de lui-même, à présent, et même honteux.

« Ne baisse pas la tête, Dudley ! Tu n'a rien fait de mal ! C'est comme ça que ça fonctionne chez les animaux ! Le plus faible se fait attaquer par les plus forts ! » fit Marge.

« Oui mais nous sommes humains, nous, Marge, » rétorqua Vernon, ce qui la laissa bouche bée.

Harry échangea un regard avec son cousin. Tous les deux ne semblaient pas à leur place. Harry se demandait depuis quand les Dursley recevaient de l'argent pour s'occuper de lui et surtout qui le lui envoyait. Il se demandait aussi si c'était ça qui avait changé leur comportement à son égard.

« Bon, à table, » finit par dire Pétunia. « Le roastbeef va être froid. »

Ils s'installèrent tous. Marge était en bout de table, puis Vernon et Pétunia étaient face à face, et finalement, les deux garçons. Ils dégustèrent les pommes de terres et le roastbeef sans un bruit, écoutant les adultes parler. Harry n'osait pas dire un mot de peur de déclencher la furie de l'invitée. Il se tenait à carreau ne voulant pas être celui qui la provoquerait.

Finalement, le repas se termina. Marge resta jusqu'en fin d'après-midi puis finit par repartir comme elle était venue, dans sa petite voiture rouge. Vernon la salua du trottoir jusqu'à ce qu'elle tourne au coin de la rue. Là, finalement, tout son corps s'affaissa de soulagement. Il rentra dans la maison, déboutonna le col de sa chemise, pour se retrouver face à sa femme qui lui jetait un regard noir.

« Ta sœur. Plus jamais. Je n'en peux plus Vernon. Tout ce que je fais c'est trop ou pas assez. Rien n'est assez bien. Je ne veux plus jamais la revoir i- » Elle se fit couper par Dudley, qui entrait dans la pièce.

« Maman, je crois que- »

« Quoi ? Qu'est ce qu'il se passe encore ? »

« Tante Marge… Je crois qu'elle a oublié son chien. »

« Comment ça tu crois, Dudley ? »

Harry rentra à son tour dans la pièce, le bouledogue dans les bras, un sourire maladroit, comme pour s'excuser d'être celui qui confirmait la nouvelle. Le chien lui bavait sur l'épaule, mais sa queue battait dans tous les sens, ce qui changeait de son expérience avec les chiens de Marge. En effet, il s'était plusieurs fois fait poursuivre par ces derniers. Mais là, le molosse ne semblait pas méchant, et il paraissait aussi assez jeune.

« Quand elle sera rentrée, je l'appellerai, » soupira Vernon, en passant une main dans ses cheveux dégarnis.

Pétunia souffla elle aussi, encore stressée du repas, et commença à laver la vaisselle du déjeuner.

« Tante Pétunia ? » appela Harry, peu habitué à solliciter son oncle et sa tante. Il se rappelait de la règle de ne pas poser de questions qui avait toujours été de mise pendant son enfance. « Je me demandais, pour l'argent que vous recevez, est-ce vrai ? »

« Eh bien oui, ton directeur m'a assuré que tu étais au courant. Nous le mettons sur un compte à part depuis que nous t'avons. »

« Dumbledore ? »

« Oui, ce vieux fou. » Elle posa une assiette propre dans l'égouttoir, et machinalement, Harry l'attrapa et commença à l'essuyer avec un torchon pour ensuite la ranger dans le placard à vaisselle.

« Pourtant je n'en ai jamais entendu parler. »

« Je pensais que tu savais. Il nous a dit que cela provenait de ton compte personnel. C'est lui qui en a la charge. Mais cela nous paraissait étrange d'utiliser ton argent quand nous avions les moyens de te prendre à notre charge. »

Soucieux, Harry fronça les sourcils.

« Qu'est ce qui ne va pas ? » demanda Pétunia.

« Pourquoi est-ce que ça serait Dumbledore qui aurait accès à mon compte si c'est vous mes tuteurs ? »

« Très bonne question. Je ne sais pas. Peut-être qu'il y a différents papiers entre les deux mondes. Nous sommes tes tuteurs légaux selon la loi dans notre monde, mais est-ce le cas dans ton monde ? »

Elle sembla réfléchir quelques instants puis reprit la parole, d'un ton peiné.

« Harry, je dois te confier quelque chose. » Elle se tut, cherchant ses mots. « Quand j'essaie de penser à Privet Drive et à toi, j'ai l'impression que quelque chose bloque. Ce n'est pas un trou de mémoire… c'est comme si quelque chose rendait mes pensées floues. J'ai l'impression d'avoir été une personne détestable. » Elle s'arrêta encore, continuant juste à frotter le plat dans l'évier, alors qu'il était déjà propre. « Comme si on m'empêchait d'être moi-même avec toi. Alors que tu es mon neveu, le fils de ma propre sœur. Je crois que j'ai voulu te raconter cent fois tout ce qui s'était passé dans sa vie. »

« Mais ? » demanda Harry.

« Mais, » fit Vernon qui était sur le pas de la porte depuis le début de la conversation. « Nous n'arrivons pas à savoir pourquoi nous n'avons rien dit. Pourquoi ferions nous dormir un enfant dans un placard alors que nous avions prévu une chambre en plus pour te garder quand Lily et James nous l'avaient demandé. »

« Ils voulaient que vous me gardiez ? »

« Quand Lily est tombée enceinte, elle savait que certaines chose pourraient arriver, et elle voulait te mettre en sureté chez nous le temps que la guerre se termine. Nous avons acheté Privet Drive en ayant en tête l'idée que nous aurions deux petits garçons, » compléta Pétunia. « Cette chambre t'étais destinée, alors pourquoi te faire dormir dans un placard ? »

« Nous en parlons depuis que nous sommes arrivés ici, » dit Vernon. « Plus les jours passent et plus nous avons l'impression que quelque chose de … magique, peut-être, s'est produit ? »

« Vous pensez que quelqu'un vous a enchanté pour vous faire avoir ce comportement ? » demanda le brun. Il avait l'impression qu'on lui racontait la plus grosse blague de sa vie. Mais cela expliquerait le changement de comportement des Dursley.

« Eh bien, peut-être, après tout. Si nous ne parvenons tous les deux pas à comprendre ce qui nous a poussé à agir ainsi, et que nous avons tous les deux nos souvenirs brouillés de la même façon, cela veut peut-être dire que quelque chose s'est passé ? »

Son oncle semblait mal à l'aise. Il n'avait sûrement pas l'habitude de s'adresser ainsi à cœur ouvert à quelqu'un d'autre que sa femme.

« Mais pourquoi quelqu'un vous ferait ça ? » demanda Harry.

« Pourquoi quelqu'un te ferait ça est la question à se poser, plutôt. » Sa tante lui tendit le plat pour qu'il l'essuie. « Harry, je suis désolée de ce qui a pu se passer même si j'en ignore presque la totalité. J'ai l'impression de m'être comportée avec toi comme je me comporte aujourd'hui, mais je crois bien que ce n'est pas le cas d'après mes quelques souvenirs. »

Harry haussa les épaules et tendit à son tour le plat, cette fois à son oncle, pour qu'il le range.

« Je sais que c'est sûrement trop tard pour nous excuser, mais s'il y a quoi que ce soit qu'on peut faire pour toi, que ça soit pour cette histoire de compte ou autre chose, dis le nous, » ajouta-t-elle. « Nous serions heureux de t'aider. »

Le sorcier acquiesça. Les informations qu'il venait de recevoir changeaient la donne. La donne de quoi, il ne savait pas encore, mais cela lui rajoutait encore des choses à réfléchir. Les Dursley ensorcelés ? Oui, mais pourquoi ? Pour faire de son enfance quelque chose de misérable ? Sûrement.

« Je sors, » finit-il par dire. Il commençait à emmagasiner trop de choses et avait besoin d'air frais.

Les bruits des vagues étaient vraiment apaisants, se dit-il en arrivant sur la plage. Il mit sa main dans sa poche et sentit le bout de papier qu'il avait glissé dedans dans la matinée.

Il le sortit et relu les quatre mots écrit au bic noir puis soupira. Un mystère n'était pas assez ? Il en fallait trois ? D'abord le manoir sorcier qui appartenait à une famille au nom suspect, ensuite cette histoire de comptes auxquels seul Dumbledore avait accès et dernièrement, les Dursley qui redevenaient eux-mêmes ?

Il enleva ses chaussures et marcha pieds nus au bord de l'eau. Quelle chance de pouvoir faire ça tous les jours ou presque. Malgré les problématiques qui se posaient à lui, il avait l'impression de profiter pour la première fois de son été en tant qu'adolescent.

Une voix le tira de ses pensées, l'appelant par son prénom. C'était une voix rauque de vieille femme. Il se retourna, surpris. Il ne connaissait pas du tout de vieille femme, encore moins ici, à Hunstanton.

« Oui ? » répondit-il.

« Ah, c'est toi le jeune sorcier qui habite dans mon ancienne demeure, n'est-ce pas ? » dit-elle, un grand sourire dévoilant ses dents jaunies par l'âge.

« Vous êtes… Mrs… Smith ? C'est ça ? » demanda Harry, parvenant à se rappeler de ce que lui avait dit Hortensia sur l'ancienne propriétaire de la maison. Ainsi elle connaissait l'existence de la magie elle aussi… Ça, son amie n'aurait pas pu lui dire.

« Oui, oui, c'est ça ! » Elle leva un doigt au ciel et Harry sentit une vague de magie lui hérisser tous les poils. Il regarda frénétiquement autour de lui, ayant peur de ce qu'un moldu aurait pu voir, mais personne ne se trouvait aux alentours. « Eh bien, eh bien, de quoi tu as peur ! »

Harry fronça les sourcils. La vieille dame ne devait plus avoir toute sa tête.

« Qu'est ce que vous avez fait ? » demanda-t-il presque en s'emportant.

« Du calme, du calme. Marche avec moi. Je t'explique. » Elle enleva ses chaussures elle aussi pour mettre les pieds dans l'eau. « Les bienfaits du sel ! Dégonfle les vieilles chevilles. » Elle haussa les sourcils malicieusement. « Je sentais que ma maison protégeais des nouveaux gens mais je ne savais pas qui. Elle ronronnait à l'idée d'avoir un sorcier dans ses murs. »

« La maison ronronnait ? »

« Eh bien oui. Elle était contente de pouvoir bichonner de nouveau quelqu'un qui s'en rendrait compte. Elle est debout depuis longtemps, cette bicoque. »

« Et qu'est ce que vous avez fait à l'instant, avec votre magie ? »

« Je t'ai donné la main. C'est toi qui t'occupe d'elle, maintenant. » Il plissa les yeux, ne comprenant rien à ce qu'elle racontait. « C'est toi le propriétaire de toute la magie de la maison. Qui choisit qui inclure officiellement dans les protections. Elle le fait aussi toute seule. Elle est intelligente. Bref, pas grand-chose. De grave, je veux dire. Si y'avait eu que des moldus, j'aurais pas donné. »

Il ne comprenait pas tout, mais ce n'était pas très grave.

« De toute façon, je ne suis pas majeur, je ne pourrais pas en faire grand-chose de votre maison. »

« Ta maison. Enfin la maison de tes parents. Mais la partie magique est à toi. Enfin pas à toi. C'est toi qui décide je veux dire. Mais pas besoin d'être majeur. La maison est vieille, les protections sont fortes. Les vieilles familles ont des vieilles maisons et les vieilles familles n'aiment pas les restrictions, donc les vieilles maisons cachent la magie au Ministère. »

« Vous voulez dire que je peux faire de la magie dans la maison ? »

« C'est ce que j'ai dit ? » demanda-t-elle, l'œil pétillant.

Ses phrases étaient longues pour ne rien dire, mais elles avaient tout de même un but. Elle s'emmêlait juste les pinceaux et cherchait le compliqué pour dire le simple.

« Dites, il y a beaucoup de sorciers dans cette ville ? » questionna-t-il.

« Mmh, nous étions plus que ça. Avant. Maintenant non. Il y a la famille Gallo qui tient une épicerie magique depuis plusieurs générations. Au coin de la rue Chatsworth. » Elle se gratta la tête. « La petite Davies. Né-moldue. » Elle murmura quelque chose. « Je cherche, je ne sais plus, ça reviendra. » Elle se tapa sur la tête avec deux doigts. « 'Plus ce que c'était là-dedans. Je te dirais. »

Harry lui adressa un petit sourire contrit.

« Mmh, quelle heure ? » Elle regarda la montre qui était à son poignet. « L'heure de rentrer. J'étais venue te voir, jeune sorcier, et je t'ai vu. Pour toi aussi il est l'heure de rentrer. »

Harry comprenait un ordre quand il en entendait un, et il ne se fit pas prier. Il reprit le chemin de la maison. Au moins, cette rencontre lui avait changé les idées et il ne pensait plus à cette histoire de Dursley ensorcelés pour le moment.

Quand il arriva dans sa rue, l'habitation principale des Dursley lui semblait plus éclatante au milieu des autres. Et il ressentait sa joie d'être habitée et vivante. Il comprenait que Mrs Smith ait utilisé le terme de ronronner. Il passa sa main sur la porte d'entrée, sentant la peinture craquelée sous ses doigts. Quand il pourrait, il repeindrait la porte. C'était comme si la maison lui soumettait ses requêtes.

Un remue-ménage avait pris place dans le salon. Dudley courait après le bouledogue anglais, qui dérapait dans les virages. Le chien lui avait volé une chaussette. Vernon était au téléphone avec sa sœur. Harry pouvait entendre la voix de la femme qui criait dans le combiné. Pétunia était debout à côté de Vernon, lui disant quoi répondre, et Vernon répétait ce que lui disait sa femme.

« Vernon, c'est un cadeau pour Dudley, je ne l'ai pas oublié, j'ai juste oublié de le dire ! Et puis, élever un chien, ça vous fera la main pour le gamin Potter. Peut-être que vous serez moins tendre avec lui, comme ça ! »

« Mais enfin, Marjorie, tu ne peux pas offrir un chien à Dudley sans nous en parler avant ! »

« Dis lui qu'elle doit venir le chercher immédiatement ! »

« Pétunia dit que tu dois venir le chercher dès que tu peux ! »

« Oui, et bien dis à Pétunia que je ne viendrais pas chercher ce chiot parce qu'il est à Dudley, maintenant ! » Le visage de Vernon rougissait au fur et à mesure des paroles de sa sœur.

Le chien, ou le chiot, apparemment, frôla Harry qui se jeta par terre pour l'arrêter. Quand il stoppa finalement sa course, il lui fit lâcher la chaussette de son cousin et lui lança pour qu'il la récupère. Le bouledogue remuait sa queue, content de sa farce. Il s'approcha du visage d'Harry et commença à le débarbouiller. Ce dernier fit une grimace de dégout en tentant d'échapper aux coups de langue, sous les rires de Dudley.

« De toute façon, je ne peux pas me déplacer avant quelques mois ! » disait Marge quand il se reconcentra sur la conversation en tenant le chien à bout de bras. « Molaire, qu'est-ce que tu fais, lâche ça immédiatement ! Molaire ? Molaire ! » Le téléphone accroché au bras de Vernon, sonna plusieurs bip. Elle avait raccroché.

Pétunia regarda son mari avec des grands yeux. Avec sa bouche, elle mima les morts : la dernière fois j'ai dit, comme une menace. Vernon hocha la tête. Il avait très bien compris.