A la fréquence d'un chapitre par semaine, je l'espère en tout cas, je vous fais découvrir une histoire que j'ai imaginé il y a déjà bien longtemps et que j'ai eu envie de reprendre.

Les personnages appartiennent tous à J.K Rowling, seule l'histoire est mienne. Elle se débutera quelques mois après la fin de la guerre, pas d'épilogue donc et les morts seront respectés. Nul besoin de modifier les choses quand on a encore tant de personnages à exploiter.


La neige tombait depuis maintenant plusieurs heures, recouvrant les étendues d'herbes de son manteau blanc. Ca ne faisait plus aucun doute désormais, l'hiver était bien là, un peu en avance cette année. Treize décembre et déjà de la neige. Dans les esprits, il y avait désormais cet espoir d'avoir un Noël blanc, une chose qui se faisait rare au fil des années. Mais malgré le froid, une poignée de jeune gens, aventureux par nature, se trouvait là, à déambuler dans la neige comme si le soleil était encore là. Ils n'étaient plus des enfants, et pourtant, c'était bien un détail qui leur échappait dans ce genre de moment, comme s'ils oubliaient, comme s'il n'y a avait plus rien d'autre qui pouvait compter. Un éclat de rire résonnait alors dans le silence, troublé par leur simple bruit de pas dans la neige. Elle riait de bon cœur, comme elle ne le faisait presque plus aujourd'hui. Quelque chose s'était brisé en elle, quelque chose qui jamais plus n'existerait lui avait été ôté et elle tentait, tant bien que mal de se relever, de faire comme si rien n'avait changé.

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Quelque part, non loin de cette scène qui en ferait sourire plus d'un, il y avait un observateur, derrière sa grande fenêtre. Elle donnait sur le parc et de là, il pouvait voir tout ce qui se passait. Ses mains liées dans son dos, son regard dur et froid, rien n'était fait pour rassurer ou donner confiance, rien ne montrait qu'il était capable d'éprouver autre chose que de la haine ou de la rancœur. Lui aussi il avait traversé des épreuves, lui aussi il avait été brisé, et pour lui non plus, jamais rien ne serait plus comme avant. L'époque où il n'était encore qu'un enfant qui ne contrôlait rien de sa vie était révolu aujourd'hui, il devait simplement affronter le passé pour essayer de vivre le futur qu'il choisirait d'avoir. Il n'avait jamais réussi à savoir de quoi il avait envie, rien ne semblait jamais le satisfaire, jamais. De là, derrière cette fenêtre, il peut voir ce petit groupe s'amuser dans la neige comme s'ils n'étaient que des enfants. S'il était capable de prendre encore du plaisir face aux choses simples de la vie, il sourirait très probablement.

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Dans la même pièce que l'homme qui regardait par la fenêtre, une partie d'échec version sorcier se déroulait. Passionnée comme partie il faut dire, les joueurs étaient tous les deux très concentrés, sans oublier de rire parfois. La jeune femme essayait sans cesse de déconcentrer son adversaire quand celui-ci gardait un calme olympien, à chacune de ses tentative. C'était ainsi depuis qu'ils se connaissaient tous les deux, depuis qu'ils étaient gamins et les choses n'ont jamais eu l'occasion de changer. Ils n'ont jamais été des adeptes du changement alors pourquoi maintenant ? Pourquoi feraient-ils les choses différemment aujourd'hui quand plus rien ne se trouvait au travers de leur chemin pour les empêcher de vivre ? La routine avait toujours eu un goût amer pour eux, l'obéissance n'avait jamais été leur fort, à aucun d'entre eux. Et aux échecs, elle avait toujours été nulle, alors il n'y eut aucune surprise quand il réussit finalement à la mettre échec et mat. Elle bouderait pour quelques minutes, puis elle se lasserait, retournerait probablement lire un livre, enfin, Sorcière Hebdo. A croire qu'ils ne grandiraient jamais, qu'ils étaient tous coincés dans leur routine d'adolescent, dans une boucle temporelle.

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Ailleurs, dans un bureau clos, une femme au cheveux grisonnant se tenait devant un mur rempli de portrait. Certains vides, d'autres endormi et le plus important, celui devant lequel elle se trouvait, qui la fixait avec toujours le même sourire. Il avait sur le nez ses sempiternelles lunettes en demie-lune. Et si la femme face à lui semblait inquiète, lui il était plutôt détendu. La faute à la mort sans doutes, qui l'avait immortalisée dans ce tableau. La femme paraissait sévère, elle était juste fatiguée, épuisée par tout ce qu'elle devait faire et subir la plupart du temps. Mais elle restait forte, pour eux, pour toutes ces personnes qui se trouvaient dans ce château en ruines.

Car bien qu'on ne le dise pas, plus rien n'était comme avant dans ce château emblématique. Des ruines, rien que des ruines. La plupart des tours étaient au sol, se couvrant progressivement de neige. Les cachots n'étaient plus accessibles, les gravats empêchant tout accès. Et ce n'était pas mieux pour les étages, les escaliers n'étant plus forcément utilisables, ne bougeant plus comme ils le faisaient si bien avant. Poudlard n'était plus que l'ombre de lui-même et ils avaient tous de bonnes raisons d'essayer d'oublier, en faisant comme si rien n'avait changé. Mais tout était différent. Ils n'étaient plus des enfants et pourtant, ils n'avaient que dix-sept ans. On les avait fait grandir trop vite, poussé si tôt dans le monde des adultes, un monde qu'ils ne comprenaient pas encore.

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« On devrait rentrer, je commence à avoir froid. »

Hermione Granger, la plus lucide de tous. Ce n'était pas très malin de rester dehors, en plein vent quand la neige commençait à tomber de plus en plus fort. Ils n'auraient peut-être pas plus chaud dans le château. D'un regard entendu avec ses comparses, elle prit le chemin jusqu'à la grande porte. Elle ne pensait pas revenir ici un jour, elle n'imaginait pas le faire sitôt après la fin de la guerre. La fin de celle-ci ne datait que de sept mois, autant dire que c'était hier. Ils étaient tous marqués, elle n'avait pas fait d'exception. Pour tout le monde, Hermione était un petit génie, c'était la femme forte, que rien ne pouvait atteindre mais en tendant un peu l'oreille, la nuit, on pouvait l'entendre pleurer dans son sommeil.

« Vous pensez qu'on devrait les rejoindre ? »

Ronald Weasley, il n'avait plus rien à perdre. Lui, dans cette guerre, il avait perdu son frère aîné. Ils avaient tous fait de nombreux sacrifices durant les dernières années écoulées. Certains avaient mieux vécu les choses que d'autres, certains s'en remettraient probablement rapidement quand pour d'autres, les choses seraient bien moins faciles. Il faisait partie de cette seconde catégorie et pourtant, il essayait de ne jamais rien montrer. Il essayait de sourire, il ne montrait jamais qu'il avait peur, toujours. La nuit, il y avait encore des cauchemars qui le hantaient où dans la plupart, il revoyait le corps inanimé de son aîné, mort sur le champ de combat. Les images ne le quitteraient jamais, il le savait.

« Est-ce que nous avons vraiment le choix ? »

Le dernier membre de ce trio, Harry Potter. La célébrité ne lui avait pas toujours réussi depuis qu'il avait découvert l'existence du monde des sorciers, depuis qu'il avait appris qu'il en était un lui-même. Pourtant, il était toujours en vie malgré toutes les épreuves qu'il avait eu à endurer et il n'en serait probablement pas ainsi s'il n'avait pas eu Ron et Hermione à ses côtés, il était réaliste. Tout comme il savait que s'il était présent aujourd'hui, de retour à Poudlard, ce n'était pas qu'un simple hasard et qu'il y avait une raison à tout cela, quelque chose qui lui échappait, qui leur échappait à tous. Un soupir traversait ses lèvres, il n'était pas réellement enchanté de devoir rejoindre ses anciens camarades qui eux aussi avaient été convié aujourd'hui et pourtant, au fond de lui, il savait que c'était nécessaire.

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La nervosité se faisait de plus en plus grande chez la vieille femme. Elle n'était pas à l'aise avec cette situation, elle n'aimait pas avoir à faire cela mais ça faisait partie de ses nouvelles attributions en tant que directrice de l'école. Jamais elle n'avait demandé à endosser un tel rôle, le sort en avait pourtant décidé autrement et elle l'acceptait, elle n'avait pas d'autre choix en réalité. Lorsqu'on frappait finalement à la porte du bureau qui était le sien désormais, son regard se tournait instinctivement sur les portraits de ceux qui l'avaient précédé. Ils avaient pour la plupart un sourire encourageant sur les lèvres, elle n'était pas seule dans cette épreuve, elle devait le savoir.

« Entrez. »

Même sa voix était différente. Elle avait perdu de sa confiance, elle avait perdu de son assurance également. Des choses qui reviendraient probablement lorsqu'elle aura l'impression que tout sera redevenu normal, si on pouvait un tant soit peu l'espérer. Ils étaient là, tous les six. Des élèves qu'elle n'aurait jamais imaginé réuni de la sorte avant aujourd'hui. Il fallait une première à tout.

« Asseyez-vous, je vous en prie. » Elle désignait les chaises d'un signe de main avant de se racler la gorge. « Cette… situation n'est facile ni pour vous, ni pour moi ainsi, je vais tâcher d'aller droit au but. » Elle savait que c'était la meilleure chose à faire pour elle comme pour eux. « Ces dernières années n'ont été facile pour personne, encore moins ces derniers mois, semaines. Je sais que vous avez besoin de temps pour vous remettre et moi-même, j'en ai besoin mais cette école, vous le comprendrez je le sais, ne doit pas cesser d'exister. Il y a quelques temps déjà, j'ai retrouvé une lettre du Professeur Dumbledore, lettre qu'il avait écrit peu de temps avant de mourir si j'en crois ses propos. Il n'avait pas toujours des méthodes, disons-le, très orthodoxe et pourtant, elles ont toujours fonctionné et aujourd'hui encore, j'espère sincèrement qu'il en sera de même. » Elle savait qu'elle s'emmêlait un peu dans ses propos mais c'était finalement plus difficile qu'elle ne l'aurait imaginé. « Bien. Nous avons discuté de ces mots avec le Professeur Dumbledore mais aussi avec tous ces portraits que vous pouvez voir dans cette pièce. Nous n'avons en théorie aucun droit de faire cela mais le Ministère a bien d'autres choses à gérer aujourd'hui pour se mêler de nos affaires. C'est pourquoi, si vous l'acceptez, vous serez dès aujourd'hui ce qu'on pourrait appeler le plus simplement du monde les nouveaux propriétaires de ces lieux. »

Ce n'était peut-être pas ainsi qu'elle aurait dû leur annoncer les choses mais elle avait eu beau retourner la situation mainte et mainte fois dans son esprit, aucune formulation ne lui paraissait adéquate. Ils étaient les propriétaires, ils étaient ceux qui devaient remettre ce château en état, c'était ainsi que ça avait été décidé.