Chapitre 2 : Le Coven Rosier


Le doux nectar qu'est le sang de son calice s'écoule lentement dans sa gorge alors que Stéphane resserre sa prise sur la jugulaire tentatrice. Abandonnée dans ses bras, la silhouette nue et alanguie de Narcissa émet un gémissement rauque alors que le vampire s'abreuve de son liquide vital.

Jamais Stéphane n'aurait pensé devenir aussi dépendant d'une personne. Jamais il n'aurait pensé rencontrer son âme-sœur si proche de la fin de sa propre existence. Jamais il n'aurait pensé avoir autant besoin de ces instants de volupté inégalée durant lesquels il peut libérer ces instincts vampiriques les plus primaires et les bribes de magie parfois enterrées sous le poids de cette vie étendue depuis plus de deux siècles. Le comte se sent tellement bien ainsi. Ayant atteint la satiété quotidienne tant désirée, l'homme fini par posée sa tête entre les seins blancs de sa bien-aimée, satisfait de sentir les battements fébriles de son cœur et la douceur de sa peau brûlante.

Cela a pris du temps aux deux amants pour arriver à cette symbiose des corps et de leur vie respective. Rien n'aurait pu supposer que cela marcherait entre eux. Un vampire, ancien sorcier tranformé à cause de vampires préférant sauver leur peau en dénonçant la présence de sorciers dans le monde moldu à une cour désireuse d'asseoir son pouvoir en Nouvelle-Ecosse, n'a rien à faire avec une sorcière. Et encore moins Narcissa. Une des dernières descendantes de la famille Black, qui même à l'époque de son ancienne vie sorcière à Poudlard, ne supportait pas les sang-mêlés tels que lui.

Lorsque Stéphane l'a rencontrée cette nuit d'hiver il y a huit ans dans les rues londoniennes, sa surprise a été grande en l'entendant prononcer les mots courant sur sa peau avec emphase. Même le regard paniqué de sa Narcissa et sa fuite, même son grand âge et la raison n'ont pas été suffisants pour l'empêcher de la rechercher. Pour l'empêcher de tenter de la courtiser. Elle, la fleur éclose depuis si longtemps mais toujours aussi revêche, fière et froide. Stéphane avait pensé ne jamais y arriver. Il avait peur de s'y brûler les ailes. S'il était tombé sur une femme qui l'aurait rejeté jusqu'au bout à cause de sa nature inhumaine qu'il a depuis longtemps fait sienne, s'il était tombé sur une femme encore mariée et non pas sur une veuve, il n'y aurait sans doute pas survécu. Egoïstement, il est heureux que tout le prestige de ses familles d'appartenance se soient effondrés à cause de leurs piètres choix et idéologies. Sinon, Stéphane n'aurait jamais pu la faire sienne. Sinon Narcissa n'aurait jamais accepté d'entrer dans son monde et sans doute n'aurait-t-il jamais eu le courage de retoucher à la baguette qu'il avait gardé cacher dans le grenier de sa demeure. Elle n'aurait jamais accepté d'être sa comtesse. Il n'aurait jamais uni leur vie ainsi et il n'aurait pas été aussi heureux et près à révolutionner la législation archaïque du Conseil vampirique.

Alors qu'il observe le corps de la belle endormie dans son lit, Stéphane est arraché à sa contemplation par des coups sur la porte. Revêtant rapidement une robe de chambre et prenant soin de recouvrir son amour avec une couverture en soie, il atteint la porte de sa chambre à coucher en quelques enjambées.

« Maitre, Draco Malfoy vous attend dans votre bureau pour s'entretenir avec vous. » dit un de ses gardes du corps au teint blafard.

Stéphane est surpris de la présence du fils de sa femme. Après tout, il ne passe dans le Coven que les week-ends et la majorité du temps pour s'entretenir avec sa mère ou avec ses deux amis et collaborateurs Isadora et Marius. Rhabillé pour pouvoir s'entretenir avec son invité régulier, il entre dans son bureau et tombe sur le blond nonchalamment installé sur un fauteuil Louis XVI, un manuel médical entre les mains. Le temps a bien passé depuis le jour où le jeune homme a pointé sa baguette sur lui dans un geste menaçant. Aujourd'hui, Stéphane est satisfait d'avoir une discussion cordiale avec ce garçon qui n'a pour seul point commun avec sa bien-aimée que les yeux et les manières.

« Que me vaut ta visite Draco ? demande tranquillement Stéphane en s'asseyant en face du jeune homme.

-Je viens te voir pour te prévenir que je fais finalement partie de l'équipe en charge du dossier.

- Pourquoi ce changement d'avis alors que j'avais proposé d'appuyer ta candidature auprès du ministère sorcier ? » demande le vampire avec un sourire acéré.

Stéphane est rassuré que Draco fasse partie de cette équipe car cela fait au moins un siècle qu'il essaie de changer la législation pour permettre plus d'échanges entre sorciers et vampires. Certaines des connaissances sorcières pourraient permettre aux vampires de guérir de maux incurables avec des connaissances humaines ou leur maigre capacité et pourrait rendre leurs tablettes de substitution au sang humain plus appétissantes en imitant plus facilement le goût de la véritable hémoglobine. Avec toutes les révolutions politiques du monde magique britannique depuis la chute du mage noir, c'est le moment idéal pour tenter cette manœuvre de rapprochement. Les quelques entretiens qu'il a eu avec la conseillère Weasley-Granger ont même été très prolifiques mais ils ont chacun dans leur camp respectif des ennemis qui se satisfont parfaitement de l'état actuel des choses. C'est pour ça que Stéphane a proposé à Draco de lui servir d'intermédiaire dans le monde sorcier auquel il ne peut pas accéder sauf pour des circonstances exceptionnelles et avec un visa spécial. Mais le sang pur s'y est fermement opposé, spécifiant qu'il n'avait pas fait des études médicales pour se retrouver mêler à des histoires de politiciens. Piètre excuse alors que son ancien amant était fils de diplomate et que sa famille a toujours eu le nez dans ce qui implique la vie de la cité mais bon Stéphane est bien assez vieux aujourd'hui pour pointer toutes les incohérences de la jeunesse.

Le comte vampire est donc curieux de connaitre la raison de ce nouveau choix.

« Des fonds levés par des parties publics pour le projet de banque de sang, explique Draco sans détourner son attention de sa lecture scientifique. Je serai dans l'équipe diplomatique avec Ron Weasley et Harry Potter. Il y a peu de divergences entre tes envies et celles de Granger sachant que vous avez monté le dossier ensemble. On se verra donc le jour de notre rencontre pour mettre au point notre stratégie pour la réunion avec le Grand Conseil. »

Ah ! Les affres de la passion et de la rancœur ont donc eu raison de ce jeune petit cœur ! Stéphane peut donc remercier le jeune russe pour avoir piétiné la fierté de l'aristocrate, au moins cela peut servir ses intérêts.

« Bien. Cela prend une tournure qui me plait grandement alors. Qui aurait-cru ça mon petit Draco ? Les Rosier et les Malfoy travaillant main dans la main pour une affaire diplomatique ! »

L'aristocrate lève ses sourcils avant de reposer son ouvrage.

« C'est tout ce que j'avais à dire. Je rentre chez moi.

-Est-ce que je dois faire venir ta mère ?

-Non merci. Je la verrai samedi. Cela ne sert à rien de la fatiguer inutilement. » déclare avec empressement le blond avant de quitter les lieux en transplanant.


Depuis son entretien avec Stéphane, Draco a essayé de s'avancer le plus possible sur les prises en charge de ses patients les plus épineux afin de pouvoir prendre son congé pour sa mission diplomatique en toute tranquillité. Ses collègues ont eu une mine effarée en découvrant qu'ils se retrouveraient avec une charge de travail supplémentaire et il a donc décidé d'acheter des chocolats pour se faire pardonner. Alors que le blond déambule dans les allées du Chemin de Traverse, son paquet en main, il soupire en repensant à la visite à sa mère qu'il a dû annuler à cause de tout ce travail.
L'aristocrate n'aurait clairement pas pu la voir à son dernier passage au Coven. Il est arrivé beaucoup trop tôt et aux vues de la mine fiévreuse et joyeuse de son beau-père, il est certain que sa mère ne pouvait pas être en condition de le recevoir. Rien que d'imaginer sa génitrice dans une situation des plus salaces remplit d'effroi le jeune homme. Ce n'est parce que le jeune homme a fini par accepter cette nouvelle présence vampirique que cela signifie qu'il peut voir le vampire s'abreuver au cou de sa mère comme il a vu certains autres le faire avec leur calice dans de nombreuses soirées. Encore heureux que le couple est très intime et discret ! Merci à sa mère et à son caractère prude car Draco n'a clairement pas besoin d'un nouveau traumatisme dans sa vie.

Lorsque Stéphane et sa mère ont rendu leur relation publique, c'est un véritable scandale qui a éclaté dans le monde sorcier et vampirique. La Gazette des sorciers s'est fait une joie de traîner dans la boue le nom des Malfoy. Ce n'est jamais très bien vu les sorciers qui s'acoquinent avec des créatures aussi viles qui ne font même plus partie du monde des vivants mais si en plus il s'agit de l'une des familles au sang-pur ayant compté parmi ses rangs plusieurs Mangemorts. C'est encore plus contre-nature et ironique !
Lui-même n'a pas très bien pris cette liaison au début. Mais sa mère et lui étaient passés par tellement de choses. Ce n'est pas ce léger détail qui les séparerait. Draco sait que la seule personne pour laquelle il risquerait tout, c'est la femme qui l'a mise au monde. Il l'a déjà fait pendant la guerre et il le referait sans hésitation mais en opérant de meilleurs choix. Et il sait très bien que ce sentiment est réciproque. Draco sait que sa mère aurait jeté son bonheur avec Stéphane si son fils ne l'avait pas accepté.
Après ses deux ans à Azkaban, le suicide de son paternel en prison et la perte d'une bonne partie de la fortune familiale et de leur influence, Draco pensait qu'il n'arriverait jamais à se relever. Mais sa mère est restée debout. Debout comme elle l'a été lors de la guerre, fière malgré les erreurs et la honte, prête à tout pour protéger son enfant. Elle est toujours celle qui lui a donné toute la force et l'amour pour continuer d'avancer. C'est pour ça que malgré sa fuite dans le monde moldu pendant un temps, malgré le fait que Draco ait décidé de se lancer dans des études de médicomage au lieu de se jeter dans l'arène politique, il a tout fait pour restaurer le manoir et aider sa mère à préserver l'honneur de la famille. Parce que cet honneur compte pour elle malgré tout le sang versé. Parce que pour elle, aucun passé ne doit être oublié même le plus affreux. Il ne comprendra sans doute jamais l'amour qu'elle éprouvait pour son père ou pour ce nouvel homme qui partage sa vie mais il sera toujours à ses côtés comme elle l'a promis quand elle lui a dit qu'importe ce qu'il fait de sa vie ou qui il décide d'aimer, elle serait toujours là pour le relever. Même si sa mère ne vieillit plus à présent, même s'il n'a pour l'instant aucune envie de continuer la descendance Malfoy avec un quelconque bébé chaudron aux vues de son passé et de ses relations chaotiques, il aimera toujours sa mère de manière incommensurable. Car un Malfoy protège toujours sa famille.

En passant devant un fleuriste, il tombe sur un bouquet de narcisses enchanté qui sert également de brumisateur d'air. Il en commande un pour l'envoyer à sa génitrice avant de se rendre à Sainte-Mangouste pour sa dernière journée avant son absence temporaire.


Alors que Draco attend Ron Weasley en face du département des aurors, il se dit qu'il aurait préféré se retrouver à lire des bilans sanguins plutôt qu'à supporter l'interminable dossier et la présentation qu'il va devoir déchiffrer, disséquer et présenter avec le roux. Draco déteste déjà ce travail. Il espère vraiment que le jeu en vaut la chandelle surtout quand il pense à tout le temps qu'il va devoir passer avec la bande de Gryffondors.
L'auror finit par le rejoindre après avoir salué un autre de sa bande, Dean ou Denis, Draco ne sait plus trop. Il ne retient que le nom des personnes qui peuvent être utiles ou qui sont assez marquantes pour attirer son attention. Le type ne devait faire partie d'aucune de ces deux catégories.

Le roux le salue avec une moue légèrement dégoutée visiblement peu ravi de travailler avec lui. Le sentiment est réciproque. Il se dirige vers le département des créatures où se trouve leur bureau temporaire et Draco sait que le temps sera très long lorsque Weasley lui apprend qu'ils devront rejoindre Harry bien plus tard dans la journée parce que le héros a encore une mission à boucler.

Les deux hommes ont réussi à travailler ensemble sans trop s'insulter ce qui est déjà un exploit en soi. Draco a même pu donner toutes les connaissances qu'il a sur les vampires à l'auror sans trop le dénigrer. Bien entendu, les petites insultes comme "la fouine" ou la "belette" ont refait surface mais on ne peut pas s'attendre à des miracles non plus.

« Finalement Harry nous propose de le retrouver directement chez lui. » déclare Ron après plusieurs heures de travail le nez rivé sur un téléphone portable caché dans sa poche de pantalon.

Draco a déjà vu des vampires ou des moldus en utiliser mais lui-même est beaucoup trop éloigné de cet univers technologique étrange pour réussir à en utiliser un. Il est surpris que la belette en possède un.

« Potter a oublié que j'étais là ou quoi ? Pour inviter son ennemi à boire le thé.
- Harry fait confiance au jugement de Hermione. Franchement si ça ne tenait qu'à moi, tu serais clairement pas dans notre équipe la fouine. Mais faut avouer que t'es quand même le meilleur choix pour s'assurer de l'intégrité de Harry. »

Draco est perturbée face à l'expression embarrassée de l'auror à ses propres mots.

« Si Granger et toi ne voulez pas que n'importe qui fasse équipe avec Potter, pourquoi est-ce qu'elle m'a choisi ? demande-t-il sans pouvoir cacher sa surprise.

-Parce que tu n'as aucune raison, ni aucun poids pour vendre des informations personnelles sur la vie d'Harry et sur les pouvoirs qu'il devra potentiellement utiliser pour notre mission.

-Quoi ? De la magie noire ?

-Entre autres. Mais encore ça ce n'est pas très grave, le Département des mystères n'est pas très regardant sur les sorts utilisés, explique Ron en avançant dans la horde de cheminées du ministère.

-Alors quel est le problème ? J'en fais moi-même de toute façon, déclare tranquillement le blond en se recoiffant.

-Pas la peine de dire ça avec autant de tranquillité surtout à un auror, répond Ron avec un regard mauvais.

-Ce n'est pas comme si tu avais autre chose que ces mots pour me coffrer Weasley.

-Weasley-Granger, rectifie le roux avec fierté.

-Peu importe ! S'agace le médecin. Ce n'est clairement pas demain la veille que Draco acceptera de lier aussi facilement une sorcière aussi brillante avec cette famille de roux. Si ce n'est pas la magie noire le problème, pourquoi m'avoir choisi ?

-A cause de la Maledictus d'Harry. » répond rapidement l'auror avant de se poster devant une cheminée isolée et de clamer clairement un « 12 square Grimmaurd. ».

Draco le suit sans broncher. Les deux hommes atterrissent dans une rue moldue lugubre et quasiment abandonnée. Endroit bien étrange pour rencontrer le héros du monde sorcier si on avait demandé l'avis du blond. Son coéquipier se poste entre deux maisons et par un coup étrange de baguette magique, fait apparaitre un manoir que le blond reconnait comme étant une propriété des Black en se remémorant les archives et cours de sa mère. Malgré la multitude de fenêtres de la bâtisse, elle semble être plongée dans l'obscurité la plus complète.

Weasley les introduit dans la demeure à l'aide d'une vieille clé rouillée et Draco est surpris par la chaleur qui émane de l'habitacle.

« Je pensais que le lieu était abandonné, marmonne-t-il en délassant son foulard.

-C'est la résidence secondaire de Harry. Attention ne parle pas trop fort surtout…

-Pourquoi ?

-Qu'est-ce que le traitre à son sang fait dans l'illustre demeure des Black ? geint un elfe de maison rabougri vêtu d'une chemise grise et d'un petit pantalon molletonné.

-Ravi de te voir aussi Kreattur. Harry est déjà là ? demande le roux ignorant ostensiblement l'insulte à son encontre.

-En compagnie d'Ananta dans le salon, répond la créature de maison avec une moue dédaigneuse qui s'éclaire étrangement à la vue de l'aristocrate aux côtés de l'invité non désiré. Oh un héritier Black ! Vous avez les mêmes yeux que votre mère, Jeune Maitre Malefoy !

-Je ne fais que passer pour le travail. Et ce n'est pas ma propriété ici donc évitez de vous tromper de titre à mon encontre. » déclare avec distance le blond en observant les tapisseries dévalées représentant des rituels d'un autre temps.

Alors que Kreattur décide de s'occuper de leurs vêtements d'extérieur et que Draco se familiarise avec les lieux, il est arrêté dans sa contemplation par un son qui lui glace le sang. Un sifflement que l'ancien Mangemort n'a pas entendu depuis la guerre.

Le médicomage ne discerne plus les mots prononcés par son collègue alors qu'il monte quatre à quatre les escaliers le menant jusqu'au salon de l'habitat. Draco se fige face à la porte fermée à double tour tandis qu'il essaie de retenir les battements effrénés de son cœur. Les images du massacre que le Seigneur des ténèbres a orchestré dans le salon de sa propre demeure avec Nagini apparaissent tels des flashs dans son esprit. La main de Draco tremble alors qu'il tente de contrôler la tachypnée qui s'empare de ses poumons. Sans savoir comme il opère, le sorcier ouvre la porte qui le sépare de cette langue si peu accessible. Le spectacle qui se trouve face à lui le happe. Et il ne sait pas si c'est de l'effroi ou de l'admiration qui parcourt ses veines.

Au centre d'un salon finement décoré dans des tons velours, Harry se tient debout éclairé par le feu rouge sang d'une cheminée adjacente. Vêtu d'un simple tee-shirt à manches courtes et d'un pantalon noir, ses pieds nus caressent un vieux tapis laissant échapper de temps à autre des volutes de fumées vertes. Des fumées de pouvoir pur se libèrent de chaque pore de sa peau alors que le sorcier se penche en avant, le mouvement de son cou caché par la masse rebelle de cheveux cascadant sur son dos musculeux.

Draco ne peut pas voir les lèvres de Harry bouger mais ce chuchotement et les grincements qui s'échappent de sa gorge sont aussi audibles que ne l'est la puissance magique qui engloutie toute la pièce et les dernières miettes de raison qu'il reste au blond. Hypnotisé par la scène qui se joue devant lui, il ne remarque pas tout de suite la présence d'un corps rocailleux s'enroulant autour de la jambe du survivant. Le serpent d'un blanc neigeux a toute son attention portée vers le sorcier alors que ces yeux d'un rouge perçant est posé sur le visage que Draco ne peut toujours pas voir.

Ces yeux reptiliens lui rappellent celui du mage noir, distillant un sursaut de peur et d'adrénaline dans ses veines avant que deux émeraudes ne se posent sur sa silhouette figée par cet étrange et angoissant spectacle. Ce n'est pas le seigneur des ténèbres qui le regarde avec des yeux brillants d'une fièvre inconnue malgré les affolements de son imagination tourmentée qui superpose de vieilles réminiscences issues d'un passé tortueux à celle de ce sorcier enlaçant une Maledictus. Voldemort et Nagini. Potter et Ananta. Le parallèle est beaucoup trop énorme et effrayant pour ne pas en trembler d'appréhension.

Au moment où le survivant remarque sa présence en ses lieux et que cette envolée de pouvoir se referme jusqu'à n'être qu'un parfum diffus et entêtant dans l'air que le sorcier ne peut supprimer, Draco comprend pourquoi Granger et Weasley étaient si réticents à l'idée de laisser n'importe qui travailler avec Potter. N'importe qui aurait pris peur face à ce spectacle, face à cette puissance qui surpasse à n'en point douter celle du mage noir lorsqu'il était au sommet de sa sinistre gloire.

C'est la voix grave de Potter qui finit par le réveiller totalement alors qu'il continue de le fixer avec intensité :

« Vous n'étiez pas censés arriver dans une heure, Ron ?

-Ça a été plus simple que prévu de me faire rattraper tout le dossier sur le Coven, explique le roux en prenant le fauteuil le plus éloigné possible de son ami et du reptile, une légère tension au niveau du cou.

-Ah. Bienvenue au 12 square Grimmaurd, Malfoy. Est-ce que tu as besoin de boire quelque chose ? demande Harry dans une posture de parfait hôte tandis que la tête du serpent albinos se pose délicatement sur son cou.

-Ça ira. Je ne pensais pas qu'on était une équipe de quatre. » déclare Draco en reprenant contenance.

Un Malfoy ne montre pas ses peurs encore moins en territoire inconnu ou ennemi. Le serpent siffle une remarque qui fait pouffer de rire le brun avant qu'il ne lui siffle quelque chose et dise :

« Je te présente Ananta. Elle te trouve très charmant.

-Je suis déjà au courant Potter. Cette remarque fait lever les yeux au ciel du concerné avec agacement. Qu'est-ce que la fille de Nagini fout ici exactement ?

-Comment est-ce que…

-Je suis médicomage spécialisé en hématologie et en malédiction du sang. Ton animal de compagnie est clairement une Maledictus de la même race que l'autre timbrée, je ne suis pas un idiot, répond Draco en s'asseyant avec élégance sur un fauteuil adjacent à celui où s'est installé le survivant.

-C'est ma compagne, déclare simplement Potter en faisant une petite papouille à la créature qui émet un sifflement proche d'un roucoulement qui ne manque pas de faire frissonner le roux resté silencieux. Hermione pense que c'est une bonne idée qu'on la ramène avec nous pour cette mission. Elle est capable de sentir les émotions émanant des autres et elle a tendance à faire peur.

-Pratique pour montrer notre puissance aux autres vampires et éviter qu'on nous attaque salement. Les chefs des autres Covens vont adorer, comprend le blond avant de sortir le dossier qu'il a sous la main. Je vais vous expliquer comment fonctionne l'architecture du Coven. »

S'en suit une soirée entière d'explications sur le fonctionnement du Coven, ses membres et les membres du Conseil Britannique qui vont venir au manoir de Stéphane pour l'occasion. A la fin de leur travail alors qu'ils ont dressé une liste des lois à essayer de faire passer en priorité dans la modification du traité inter-espèce, Draco est surpris de voir qu'ils arrivent tous les trois à former une équipe compétente malgré les pics qui sont échangées de temps à autre. Avant de prendre congé des deux hommes, le blond leur donne à chacun les mallettes qu'il a soigneusement préparées.

« Une potion anti-odeur… C'est vraiment nécessaire ? demande Weasley sceptique.

-A moins que tu ne veuilles que l'ensemble de tes émotions puissent être senties à plus de dix kilomètres, oui.

-Mais ils pourront quand même les deviner avec les perceptions de nos signes vitaux, non ? questionne son ami à lunettes en prenant avec précaution une fiole rosée.

-Oui mais cela reste moins gênant. Vous avez aussi moins de chance qu'un vampire qui se contrôle mal vienne vous renifler sans votre consentement. Bon ce n'est pas tout mais j'ai une vie. Sur ce, je vous dis adieu.

-Attends ! Tu ne peux pas transplaner depuis le manoir. Il faut que tu sois à l'extérieur, je te raccompagne. » explique le héros du monde sorcier sans se dépêtrer du corps du reptile qui s'est endormi dans ses bras.

Alors qu'ils avancent tous les deux dans les escaliers, Draco fait tout pour ne pas ouvrir la bouche, évitant ainsi de respirer à plein poumons l'odeur saturée d'énergie qui émane de la langue-de-plomb. Il ne s'attendait pas à entendre sa voix.

« Je pense que tu devrais sans doute prendre la place de Ron pour le gros des négociations.

-J'aime bien la place de troisième roue de carrosse et de conseiller Potter. Je te signale que j'étais déjà réticent à faire partie du projet donc ne m'en demande pas trop.

-Mais tu contrôles mieux les battements de ton cœur et tes signes d'anxiété que Ron même si c'est un auror, déclare tranquillement le Gryffondor.

-Et donc ? interroge Draco en saisissant au vol sa veste tendue par le petit elfe. Si les vampires se rendent compte que ton serpent oppresse un agent d'élite du ministère, cela leur permettra de deviner l'étendue de ta puissance. »

Le rire carnassier qui s'échappe des lèvres charnues du brun noue les entrailles de Draco alors que la porte d'entrée s'ouvre devant lui.

« Tu as sans doute raison. A bientôt Malfoy. »

En se couchant après avoir relu le dossier de certains de ses patients, Draco essaiera de tout faire pour effacer de son esprit la présence impénétrable du survivant qui ne semble pas l'avoir quitté. Il se demandera également comment Potter a réussi à percevoir les battements de son cœur, dans la cacophonie dans laquelle étaient plongés ses sens durant toute la séance de travail.


Harry mentirait s'il disait que cette mission ne l'angoissait pas. Son équipe a entre ses mains un dossier si épineux et Hermione a placé tellement d'espoir en eux qu'il craint de faillir à sa mission. Le sorcier sait que son rôle de négociateur est un poste clé et qu'il devra se montrer sans merci envers les vampires du Conseil qui seront contre le projet tout comme l'association spéciste « Pour la protection des sorciers ».

Il boucle ses deux valises en prenant soin de ne pas oublier la mallette avec tout le nécessaire à potions concocté par Malfoy. Il poste ses bagages dans un coin caractéristique de son salon pour pouvoir les faire apparaitre dans la chambre qu'il occupera au manoir Rosier. Tout un étage leur sera accordé. L'étage des invités dans lequel se trouve la chambre de Malfoy qui sera à droite de la sienne. Celle de Ron sera juste en face et il sera mis à leur disposition une cuisine, un réfrigérateur, une salle à manger et un bureau à l'écart de celles des autres créatures.

Le voyage ne durera que trois jours mais cela semble être une éternité pour Harry. Surtout dans un lieu où il devra masquer son odeur avec une potion qu'il s'applique frénétiquement sur le corps et où il devra faire attention aux moindres de ses faits et gestes.

« Tu sens comme le médicomage, Harry ! susurre Ananta en s'enroulant autour de son bras.

-C'est pour éviter que les vampires sentent notre odeur, explique-t-il en déplaçant les carcasses qui serviront de repas à son amie.

-Oui mais c'est dommage car je ne peux plus te sentir non plus. Mais ce n'est pas grave, il reste toujours les battements de ton cœur, ta fréquence respiratoire et ta tension. Même le médicomage ne peut pas y échapper même s'il est plus fort que toi à ce petit jeu.

-Concentre-toi plutôt sur nos hôtes, ma belle.

-Bien sûr Harry. Je te serai très utile, tu verras ! Je te partagerai tout ce que je sais, tout ce que je vois, tout ce que je ressens. Tu me laisseras faire n'est-ce pas ?

-Bien sûr. »

Le serpent a participé à toutes les réunions qu'il a eues avec Malfoy et Ron pour préparer leur arrivée au Coven. C'est ainsi que le héros a pu tester son lien avec elle et apprendre à décoder encore plus facilement les émotions de ses interlocuteurs en alliant les informations de sa compagne à son analyse des auras magiques de ses comparses. Et s'il y a bien une personne qui réussit toujours à le mettre sur les nerfs, c'est bien Malfoy. Et ce n'est pas seulement à cause de son caractère snob, de cette condescendance qui lui colle à la peau ou des piques perpétuelles qu'il lance à Ron pour le faire sortir de ses gonds. C'est à cause de sa difficulté à le cerner.

Il est vrai qu'en présence d'Ananta, il est capable d'avoir des informations sur ses signes vitaux. Sa compagne lui a parlé de la peur qu'il a ressentie la première fois qu'il l'a aperçue au square Grimmaurd. Sans le serpent, il aurait été impossible au sorcier de deviner la terreur que l'autre ressentait en se fondant uniquement sur ses expressions ou sur l'aura magique l'entourant. Une aura magique aussi calme que ses yeux gris perçants. Mais bon sang ! Qu'est-ce que Malfoy peut bien cacher ? Pourquoi est-ce qu'il a même décidé de porter continuellement cette potion lors de leur réunion. Sans doute à cause de son serpent. Il a dû faire le lien entre sa plus grande capacité à lire les gens et son animal de compagnie. A moins qu'il n'ait déjà vu Voldemort opérer avec Nagini.

Bon, Harry doit s'arrêter de penser à Malfoy. Il a l'impression d'être revenu en sixième année. Lorsque le blond occupait toutes ses pensées… Se forçant à faire le vide dans son esprit, il transplane en compagnie d'Ananta à son lieu de rendez-vous avec ses deux collègues.

Harry est surpris d'atterrir dans un champ qui s'étale à perte de vue. Le ciel est encore d'un bleu éclatant malgré le début de cette fraiche soirée de printemps.

« Les années ont beau passé, Saint Potter n'a toujours pas appris à être ponctuel.

-Oh ça va ! Que je sache la voiture n'est pas encore arrivée Malfoy ! Et puis à part ta sale tête, tu n'as personne à transporter avec toi.

-Désolé d'avoir plus de goût quant au choix de ma compagnie ! répond avec dédain le blond en lançant un regard un mauvais à Ananta qui le lui rend bien.

-Si vous pouviez ne pas vous disputer avant que quelqu'un nous voit. Faudrait pas faire foirer cette mission par manque de professionnalisme, les interrompt Ron, tiré à quatre épingles, témoignage du stress patent de sa compagne.

-Je suis tout à fait capable d'être professionnel Ron. Dis ça à Malfoy ! s'énerve Harry malgré lui.

-Pour être professionnel, il faudrait déjà avoir meilleure allure. » casse le médicomage avant de se poster devant lui et d'attraper son col sans crier gare.

Médusé et émettant un hoquet de surprise, Harry regarde les doigts longs et fins de Malfoy s'afférer sur sa broche de langue-de-plomb qu'il remet soigneusement en place avant de rapiécer avec sa main un pan de sa cape bleu nuit. Pour s'empêcher de perdre contenance, le brun ne peut s'empêcher de dire :« Plus maniaque tu meurs. ».

Le médicomage lève les yeux au ciel dans une expression agacée qu'Harry ne l'a pas vu aborder depuis Poudlard. C'est l'arrivée d'un van noir, qui sépare les deux collègues.

Un vampire, un certain Vincent, si Harry s'en remet au trombinoscope créé par Draco, sort du véhicule dans un costume noir digne de n'importe quel film d'agent secret. En le voyant, personne ne donnerait plus de vingt ans au plus jeune vampire du Coven qui a en réalité leur âge.

« Equipe sorcière en charge du changement législatif de la loi inter-espèce ? »

Les trois hommes hochent la tête avant d'entrer silencieusement dans le véhicule. Ron sert les dents, toujours peu habitué aux moyens de locomotion moldus.

Lors du voyage, Harry se remémore toutes les informations sur le Coven. Quatre-vingt-dix membres entre vingt-huit et deux-cent-cinquante ans. Le chef et patriarche Stéphane Le Rosier est un ancien sorcier sang-mêlé transformé en 1749 lorsque les vampires ont vendu à la cour anglaise la cachette de toute une communauté sorcière intégrée aux moldus violant ainsi le Code international du secret magique. Depuis cette époque, les vampires sont donc interdits de libre circulation dans le monde sorcier. Stéphane Le Rosier est un vampire très puissant du fait de son passé magique et il est membre du Conseil britannique et international du monde des vampires. Il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre car contrairement aux croyances des humains, les vampires ne sont pas immortels et finissent par s'éteindre au bout de trois-cents ans en moyenne. Ils peuvent également sortir le jour même si c'est très désagréable pour eux car ce sont des êtres nocturnes. Stéphane Le Rosier est l'un des grands Pacificateurs qui a œuvré pour l'insertion des vampires dans la société humaine notamment en mettant en place un réseau parallèle de dons du sang pour ses congénères et en montant une équipe médicale et pharmaceutique travaillant sur des tablettes substitutives de sang. Il est également connu que les humains qu'il transforme le sont seulement s'ils sont consentants et son Coven est l'un de ceux où aucun vampire ne sait rallier à la cause de Voldemort pour profiter de champs de bataille pullulant de sang sorcier.

En s'arrêtant devant un immense manoir perdu au fin fond de l'Ecosse, Harry a l'impression d'avoir affaire à un décor digne d'un film d'horreur ou d'un roman gothique. Vincent, aussi froid que le sang qui coule dans ses veines, leur ouvre la porte silencieusement et toute son équipe s'extirpe d'un même mouvement.

Harry laisse Draco les guider jusqu'au perron alors que le coucher de soleil commencer à pointer son nez à l'horizon.

Au moment où les immenses portes s'ouvrent dans un grincement rauque, le survivant laisse Ananta s'éloigner de son corps pour glisser à ses pieds. Il inspire une grande bouffée d'air avant de laisser sa puissance magique se libérer plus qu'il ne l'a jamais fait en présence d'inconnus. Pour la première fois, Harry ne craint pas que son aura écrase les alentours et ses interlocuteurs. C'est exactement l'effet qu'il recherche.

Les vampires doivent comprendre qu'Hermione n'a pas envoyé de simples sorciers pour se jeter dans la gueule du loup.