Bonjour ! Je remercie toutes les personnes qui suivent cette histoire et celles qui commentent aussi ! Cela me fait extrêmement plaisir ! Avec un peu de retard, je vous laisse avec cette deuxième partie.


Chapitre 4 : Ouroboros (partie 2)

En arrivant devant le manoir de la famille Nott, Draco ne peut s'empêcher d'émettre un soupir de soulagement. Depuis son retour dans le monde sorcier trois jours plus tôt, le médicomage n'a pas vraiment eu le temps de souffler. Il a eu plusieurs réunions avec l'équipe de Granger et Weasley afin d'officialiser et de finaliser les derniers préparatifs pour le grand bal diplomatique du ministère. Il a également dû signer l'ensemble des documents nécessaires à l'ouverture de sa banque de sang. Toute cette paperasse est une véritable épine dans le pied !

Toutes ces activités plus son travail à l'hôpital vont finir par avoir raison de lui mais Draco ne s'imagine lâcher l'un de ses projets pour rien au monde. Il n'a pas reconstruit sa vie, essayé de se racheter une conduite, d'apprendre, pour s'abandonner dans une apathie grotesque et ennuyeuse.

En sonnant à la porte de l'illustre manoir, Draco est accueilli par un elfe de maison rabougri et borgne, le seul ayant accepté de continuer à servir la famille de son ami comme employé après la loi sur la libération pleine et complète des elfes gagnée après une bataille acharnée de plusieurs années.

« Monsieur Malfoy, bienvenue dans la demeure de Maitre Nott et de Maitresse Parkinson. » annone avec ferveur le petit être en se saisissant de ses affaires.

Diegor n'a jamais pu se dépêtrer de ce ton collé monté appris depuis le plus jeune âge et il aime toujours autant suivre les protocoles.

« Vous n'avez pas besoin d'en faire autant à chaque fois que je mets un pied dans cette demeure, se plaint gentiment le blond.

-Laisse-le s'amuser un peu Draco au lieu de faire ton rabat-joie ! le coupe Astoria vêtue d'un magnifique tailleur crème qui sied parfaitement avec sa chevelure d'un blond vénitien et ses yeux bleus.

-Toujours aussi ravissante ! Septimus n'est pas avec toi ?

-Il est encore sur l'une de ses expériences. Tu sais quand il a une idée en tête, on ne peut plus l'arrêter. Il m'a demandé de vous passer à tous le bonsoir. » explique-t-elle en saisissant son ami par le bras.

Septimus et Astoria sont ensemble depuis maintenant trois ans. Lorsque la Serpentard a présenté le Serdaigle à son groupe d'amis, elle a été prise d'une appréhension qui n'avait pas lieu d'être. Le scientifique extrêmement érudit et taciturne a immédiatement été adopté par les serpents et invité dans les réunions mensuelles qu'ils organisent pour garder contact les uns avec les autres. Draco trouve que la jeune femme a très bien choisi son prétendant. Après tout, elle a toujours été une personne de goût et plus ouverte qu'une majorité de sang-purs même avant la guerre. Sa famille est l'une des seules parmi les connaissances de son père à avoir choisi de rester neutre durant la guerre tout comme la famille Zabini. Cela n'aurait sans doute pas été si compliqué que ça si les deux jeunes gens avaient décidé d'accepter le mariage arrangé entre leurs deux familles. Ils se sont toujours bien entendus et Astoria était l'une des seules personnes du dortoir à ne pas flancher face à son masque de prince des glaces. C'est l'une des raisons, entre autre, pour laquelle elle a refusé de se marier avec lui. Astoria ne voulait pas d'un prince froid et revêche encore moins s'il n'y avait aucune chance qu'il ne puisse l'aimer un jour. Cette décision que les deux sorciers ont pris de concert afin de gagner leur liberté les a étrangement rapprochés par la suite, renforçant leur confiance l'un en l'autre.

« Tu as complètement disparu de la circulation depuis que tu travailles avec le trio d'or. Ça ne m'étonnerait pas que nos amis ne parlent que de ça ! s'amuse la langue-de-plomb en ricanant.

-Ce n'est pas moi le collègue de Potter je te signale, roule des yeux Draco alors qu'il se dirige vers le grand salon.

-Oui mais je ne me suis pas crêpé le chignon avec lui toute ma scolarité.

-D'ailleurs, tu ne m'as jamais mentionné qu'il avait autant de puissance.

-Il a vaincu Voldemort, fait remarquer Astoria.

-Tu vois très bien ce que je veux dire ! se plaint le blond avec une moue agacée.

-Ah ! J'imagine que le petit lion a joué des gros bras avec les suceurs de sang alors ! s'amuse Astoria en pénétrant dans la pièce délicieusement réchauffée. Tu t'es pas évanoui au moins ?

-Nan mais ça va pas !

-Vous voilà enfin ! Je pensais que vous n'arriverez jamais ! » se plaint Pansy en se levant de sa chaise en ébène pour les serrer dans ses bras avec empressement.

Sa longue robe ample n'est pas suffisante pour masquer le ventre rond qu'elle arbore et qui ne cesse de gonfler alors qu'il lui reste encore trois mois avant d'arriver à terme. Draco trouve sa meilleure amie rayonnante ainsi, les joues légèrement rouges et gonflées avec cette démarche caractéristique des femmes qui s'apprêtent à s'engager dans l'un des processus les plus exceptionnels et les plus difficiles de l'existence.

« Tu ne devrais pas courir comme ça Pans' ! se plaint son mari avec des yeux ronds effarés.

-Arrête de me traiter comme une petite chose fragile Théo ! Je suis encore en pleine forme ! s'agace la jeune femme en l'ignorant. Vous vous rendez compte que le gynéco et lui m'ont obligée à arrêter le travail. Comme quoi courir sur les podiums et suivre la nouvelle collection est une source trop importante de stress pour le bébé ! N'importe quoi ! Ça va faire de lui un grand gaillard je vous dis !

-Tu ne t'es même pas arrêtée de travailler ! Tu agresses ton assistant et ton équipe tous les jours par courrier ! Tu vas finir par tuer nos pauvres chouettes ! » se plaint le professeur dans un soupir, visiblement habitué à ne pas faire entendre raison à sa compagne.

Draco ne comprendra jamais comment ces deux-là ont fini par s'acoquiner mais il forme un duo qui fonctionne étonnamment bien.

« Si vous pouvez nous épargner vos scènes de ménage ! se plaint Blaise en se servant un verre de whisky pur feu. T'en as mis du temps Draco ! C'est pas facile d'être le seul célibataire entouré de ces deux tourtereaux.

-Comme si tu avais envie de te caser… »

Le noir éclate de rire à la remarque du médicomage. C'est notoire que le jeune homme n'est clairement pas fait pour les relations sur le long terme et qu'il n'a aucune envie de se poser avec quelqu'un pour une durée indéterminée. Blaise aime sa vie de célibataire, vivre des expériences enrichissantes avec des individus divers, voyager, s'amuser et travailler avec les gallions dorés.

« Toi tu aurais bien besoin de te caser ! s'exclame le trader sorcier. On en parlait d'ailleurs avec les deux autres ! Travailler avec le trio d'or pour te venger de ton ex. Tu pouvais pas te trouver un plan-cul ou un autre gars comme tout le monde ?

-J'ai simplement choisi la contribution qui sera la plus utile et la plus enrichissante pour mon projet, déclare Draco en prenant également un verre.

-C'est ça oui ! C'est pas comme si la fondation d'Alexeï n'était pas réputée ! réplique Blaise sans en démordre. N'empêche, je n'ai jamais pensé que tu pourrais un jour travailler avec Potter vu vos antécédents…

-C'est surtout ça qui m'a surprise aussi ! s'exclame Pansy. Vous ne vous êtes pas entretués au moins ?

-Mais pourquoi vous ramenez toujours tout à lui ! s'agace le blond. Je vous signale que je travaille aussi avec l'autre belette ! Et non, on ne s'est pas tués, on n'est pas des gamins ! Le travail se passe même très bien.

-Nan mais Weasley-Granger, ce n'est rien. Ton problème ça a toujours été Potter, dit Théodore en prenant une langouste.

-Pardon ?

-Oui, c'est pour ça que je n'ai jamais osé vous inviter en même temps avec mes collègues de bureau pour une soirée. J'ai toujours craint que vous finissiez par vous lancer des sorts si on vous mettait dans la même pièce, explique Astoria.

-De un, je ne pourrai pas faire ça vu tout ce que je lui dois, c'est même embarrassant ! De deux, j'ai quand même plus de maitrise de moi-même, merci bien ! Je ne suis pas un gosse de cinq ans ! De trois, c'est complètement ridicule que tu aies eu peur d'une chose pareille Astoria alors que tu nous as présentés l'autre aigle et que mon cousin est littéralement son filleul !

-Vous n'aviez pas cinq ans quand vous vous tapiez sur la figure dans les couloirs… remarque innocemment Blaise.

-Va te faire foutre Blaise ! s'énerve le blond en manquant de faire tomber son verre dans un coup de rage. Et puis pourquoi on n'arrête pas de parler de l'autre balafré là ! Tu ne voulais pas nous parler des habits de ton gosse Pans' ? »

La styliste se lance alors dans un discours passionné sur la collection pour nourrisson qu'elle a imaginée pour pouvoir vêtir son futur enfant. Cela a au moins le mérite de sortir ce fichu Potter de cette conversation. Draco s'agace face à son propre comportement. Pourquoi ne peut-il pas conserver son calme quand on parle de ce héros ? Rien que de mentionner son nom fait naitre un fourmillement dans son ventre et dans son cœur que Draco préfère ignorer. Il ne l'a pas revu depuis son départ précipité du Coven. Ron lui a expliqué que le sorcier avait besoin de repos après avoir fait une telle démonstration de puissance. Sans blague ! Personne de normalement constituée pourrait effectuer un tel tour de force sans perdre la tête ou s'évanouir. En se rendant compte que son esprit dérive vers un territoire qu'il aimerait censurer de son esprit, Draco se recentre sur la conversation qu'il entretient avec ses amis.


Comme lors de toutes les précédentes soirées en compagnie de ses anciens camarades, Draco se sent revigoré et une partie de la fatigue due à son travail s'est légèrement dissipée. Comme cela arrive souvent après leur partie d'échecs et de bridge, le blond finit par rentrer jusqu'à son manoir avec Blaise tandis qu'ils continuent tous les deux à parler de tout et de rien jusqu'à ce que l'aube ne pointe le bout de son nez.

Ce sont lors de soirées comparables à Poudlard que les deux jeunes hommes se sont rapprochés. La nuit offre sans doute l'intimité et l'atmosphère nécessaires pour dévoiler plus facilement ses craintes et ses peurs. Quoi qu'il en soit, Draco aime passer du temps avec son ami qui a toujours une chambre ouverte chez lui et inversement.

Les deux hommes atterrissent dans la forêt de pommiers adjacente au manoir Malfoy avant d'entamer leur marche nocturne. Comme à son habitude, le trader sort un cigare enchanté qu'il allume et dont l'odeur se mêle d'une manière particulière avec l'embaumement s'échappant des fruits enchantés des arbres de la propriété.

« J'ai l'impression qu'il y a de plus en plus d'animaux qui reviennent par ici, remarque le meilleur ami de Draco en jetant un coup d'œil à une chouette à quelques mètres au-dessus d'eux.

-C'est une bonne chose. Ça veut dire que mon travail ici commence à porter ses fruits. » déclare tranquillement le blond sans quitter le sol des yeux. Le parfum des pommes est en train de lui faire tourner la tête alors que des souvenirs d'un Quetzal sur une peau tannée en sueur assaillent son esprit.

Après sa détention à Azkaban et son séjour aux Etats-Unis, Draco s'est attelé à reconstruire le manoir et surtout à le débarrasser de l'aura omniprésente de désolation et de mort qui y régnait depuis le début de la guerre. Tous les animaux qui avaient l'habitude de peupler la forêt familiale et le manoir s'étaient tout bonnement enfuis et les souvenirs des événements terribles s'y étant déroulés hantaient chaque pièce. Même en barricadant une partie du manoir et en purifiant tant bien que mal les lieux avec sa puissance magique, il a été difficile pour Draco de faire rénover les lieux bien qu'il soit considéré comme l'héritier légitime par la maisonnée. Savoir qu'après plusieurs années de vide, des animaux finissent par revenir dans cet espace auquel il a essayé d'insuffler un peu de chaleur tant bien que mal lui réchauffe les entrailles.

Draco fait entrer son ami dans le manoir le plus silencieusement possible pour éviter de réveiller les deux autres habitants sans doute déjà endormis. Nina et Pierrot sont les elfes de maison qui ont décidé de rester servir la famille. Draco les paie grassement et leur permet de disposer des lieux comme bon leur semble. Après tout, il n'est que très peu présent à cause de tout son travail et la demeure est bien trop grande pour une seule personne.

Les deux sorciers avancent dans les couloirs où des scènes d'anciens rituels, de chasse ou de vols se jouent sur les tableaux anciens de la demeure. Ils atterrissent comme à leur habitude dans le bureau du maitre de maison depuis la construction de l'édifice au quatorzième siècle. Lorsque Draco aperçoit le visage désapprobateur et fermé de son grand-père Abraxas Malfoy sur le tableau à droite de son bureau, il pousse un soupir.

Il a fait migrer la totalité des portraits de ses ancêtres dans un couloir de la région barricadée mais tous les portraits peuvent tout de même venir s'installer sur ce tableau de partage dans le bureau si l'envie leur en chante. Une idée d'un des Anciens qui pensaient qu'il serait toujours nécessaire qu'un Malfoy puisse disposer des conseils de ses ainés. Plutôt un moyen de ne jamais pouvoir se débarrasser de ses tableaux si on demandait l'avis de Draco. Peu d'entre-eux ne viennent s'installer ici surtout depuis que Draco les a bougés de force, ne supportant plus de les entendre parler et le critiquer à longueur de temps. Mais Abraxas fait partie d'un des seuls à revenir de temps en temps pour le sermonner s'il en a la force ou se plaindre du fait qu'il ne fait pas assez pour restaurer leur puissance d'antan. De la part d'un homme qui était un fervent défenseur des idées qui ont mené la famille à sa perte, Draco trouve ça un peu culotté mais peu importe. Les autres qui viennent sont généralement des tableaux plus anciens ou certains membres de la famille ayant été rayé des testaments mais ayant déjà peint leur tableau avant cette sentence. Ce dont Draco est certain, c'est qu'il ne se peindra jamais pour rejoindre toute cette bande blonde.

« Bonsoir Abraxas. J'espère que tu vas bien, déclare mollement Draco tout en cherchant une bouteille de vin pour que Blaise et lui puissent continuer leur

soirée en paix.

-Draco, Monsieur Zabini, bienvenue dans notre demeure, prononce solennellement l'homme d'une trentaine d'années sur ce portrait. Un de tes fichus elfes est venu lire et faire sa manucure sur notre vénérable bureau !

-Nina a bien le droit de faire ce qu'elle veut. Après tout, c'est elle qui garde en état la demeure Grand-père. Et ce n'est pas comme si elle détériorait les lieux.

-Chaque jour passe et plus la déchéance de notre famille me désole… se plaint le patriarche.

-Mmmh, vin rouge ou blanc Blaise ?

-Rouge s'il-te-plait. » répond son ami avachi sur un des fauteuils.

Les deux amis discutent des dernières nouveautés en matière de potions qui commencent à faire un tabac outre-Atlantique avant d'être arrêtés dans leur conversation par la sonnerie de la porte. Qui peut bien sonner au manoir à cette heure ?

« Parce qu'on s'invite à une heure du matin dans notre illustre demeure maintenant ! C'est pire que tout… » s'énerve le portrait dans un rictus renfrogné.

Draco fait signe à son ami de rester assis alors qu'il se dirige vers l'entrée, sa baguette à portée de main au cas où la moindre attaque ne lui serait destinée. Il s'approche de la porte, l'ouvre d'un coup de baguette magique avant de lancer un Expelliarmus à ses potentiels assaillants.

Les sacs de Marius et Isadora s'écrasent par terre au moment où le sort les atteint et qu'ils sont cloués au sol par les protections enchantées du manoir.

« Hé bien quel accueil pour une première virée dans le monde sorcier ! se plaint le vampire alors que le médicomage les libère.

-Vous auriez pu prévenir avant d'arriver ! On ne sonne pas chez les gens à une heure du matin ! rétorque Draco.

-On pensait que tu t'étais habitué à nous depuis le temps mon petit blond ! explique Isadora en reprenant ses affaires.

-J'AI pris l'habitude de passer vous voir. Pas l'inverse ! J'avais complètement oublié qu'on vous avait donné vos visas de travail aujourd'hui.

-Hâte de ne plus en avoir besoin pour pouvoir me promener dans cet étrange monde ! La forêt est très jolie sinon…coupe Marius avec enthousiasme.

-Tu nous invites chez toi ? » demande Isadora avec un sourire aiguisé.

Draco a oublié ce léger détail. Les vampires ne peuvent entrer dans une maison que s'ils y ont été expressément invités.

« Bienvenue dans le manoir Malfoy. » déclare le blond en grandes pompes en les laissant entrer.

Marius est immédiatement happé par les dessins en mouvement et la chaleur de l'habitacle où aucun chauffage ne transparait. Isadora est moins surprise puisqu'elle a déjà fait des virées dans d'autres mondes sorciers mais est quand même amusée par le spectacle.

« J'étais certaine que tu vivais dans ce genre d'endroits ! déclare le médecin amusé.

-Vous êtes venus pour quoi exactement ?

-Pour te rendre une petite visite et voir si le visa fonctionne correctement, explique Marius en s'arrêtant quelques instants devant des pièces d'échecs en pleine partie. Elles jouent toutes seules ?

-Lorsqu'il n'y a personne et qu'elles s'ennuient, oui. » explique Draco légèrement blasé. Il a l'impression d'avoir face à lui ses semblables nés-moldus la première fois qu'ils s'engagent dans le monde sorcier.

-C'est incroyable ! s'exclame le pharmacien avec attention. Je savais que tu étais un sorcier Draco mais c'est vrai que puisque tu ne fais pas forcément une démonstration de tes pouvoirs, j'oublie parfois tes capacités !

-Eh bien, au moins maintenant, tu t'en souviendras. Suivez-moi. J'ai déjà un invité. J'imagine que du vin rouge est tout à fait à votre goût ?

-Il date de quand ? demande Isadora avec perplexité.

-La question n'est pas son âge mais quel sort lui a été appliqué pour le conserver, explique Draco en montant les escaliers. Juste avant de rentrer, préparez-vous à potentiellement recevoir des insultes de mon grand-père. Il n'est pas très…ouvert on va dire.

-Ton grand-père est encore en vie ? Tu ne nous l'as jamais dit ! s'étonne le vampire.

-Ce n'est pas exactement ça… »

En ouvrant la porte de son bureau, Draco est accueilli par la voix tonitruante de son parent.

« Draco Malfoy, fils de Lucius Malfoy et descendant de notre honorable lignée de sang-purs composée uniquement de sorciers depuis 1540 ! Comment as-tu osé laisser des vermines suceuses de sang pénétrer dans notre demeure pour une VISITE ! Et pire que tout dans ce BUREAU qui a été celui de ton père, le mien et celui de tous les hommes de ta famille ! »

Marius et Isadora fixent le portrait, interloqués, tandis que Draco décide tout bonnement de l'ignorer. Il fait apparaitre deux fauteuils supplémentaires pour ses comparses tandis que Zabini verse du vin dans deux nouveaux verres en cristal de ses soins magiques.

« Blaise, je te présente Isadora et Marius mes deux collaborateurs. Isadora, Marius. Voici Blaise, déclare Draco avant de s'asseoir sur son fauteuil en cuir.

-Parce que tu oses m'ignorer en plus ! Tu es encore plus outrant que ton père ma parole !

-Si cela vous énerve tant que ça Abraxas, vous pouvez retourner dans votre tableau. Il est tard après tout, dit le blond avec le plus de diligence possible.

-Il n'en est pas question ! J'ai décidé de rester ici cette nuit ! Ce n'est pas cette canaille qui changera mes plans !

-Bien, soupire Draco en prenant un livre au hasard sur son bureau.

-Ravi de faire votre connaissance. Draco m'a à peine parlé de vous, déclare Blaise d'un sourire charmeur avant de baiser la main d'une Isadora pour le moins amusée.

-Ne vous inquiétez pas, il est aussi du genre à nous cacher beaucoup trop d'informations à mon goût déclare Marius en prenant un verre qu'il goûte avec délectation.

-Dixit les deux centenaires qui ont vécu plusieurs vies ! » rétorque le médicomage sans sourciller.

Ces trois amis se mettent à discuter des différences entre le monde moldu et sorcier et Blaise se fait une joie de leur expliquer l'utilisation et le fonctionnement de certains des artefacts magiques présents dans le bureau de Draco. Comme Le blond le pensait, ils s'entendent beaucoup trop bien et son meilleur ami boit littéralement les paroles de ses collègues lui expliquant certaines particularités de leur espèce.

Pris d'ennui face aux explications qu'il a déjà eues, Draco se met à fouiller dans un des sacs laissés entrouverts par son amie. Quelle est sa surprise en découvrant un vieux grimoire magique écrit dans une langue qu'il n'arrive pas à déchiffrer mais qui s'apparente à un mélange entre de l'arabe et d'étranges symboles.

« Pourquoi est-ce que tu as un grimoire dans tes affaires ?

-Ah ! Je suis passée pour ça aussi ! se figure Isadora. J'allais complètement oublier ! J'en avais parlé avec Harry Potter lors de la soirée et je lui avais proposé de lui en prêter certains. Mais je ne sais pas comment le contacter avant le bal du coup je pensais que tu pourrais lui donner.

-Et pourquoi tu ne l'as pas passé à Granger directement lors de la dernière réunion. Son amie a plus de chances de croiser Potter avant le bal que moi après tout, répond Draco scepticisme.

-Parce que vous ne sortez pas ensemble ? demande Marius étonné.

-Pardon ?! » s'estomaque Draco avec effarement.

En face de lui, Blaise manque de s'étouffer avec son verre et tousse pour recracher le liquide rouge qui a bien failli glisser dans sa trachée.

« Bien sûr que non je ne sors pas avec Potter ! Qui est-ce qui vous a mis cette idée stupide en tête ?!

-Vincent vous a trouvés super proches en venant vous chercher, explique Isadora.

-J'aidais simplement cet idiot à mettre sa cravate correctement !

-Tu es l'un des seuls à ne pas être trop affecté par sa magie !

-C'est simplement parce que j'ai déjà été aux côtés de sorciers aussi puissants !

-Il n'y a que toi que son serpent écoute ! réplique Marius.

-C'est seulement parce que Voldemort avait un serpent que je sais comment me comporter avec eux !

-Il a fait apparaitre un pommier en cadeau pour le Coven avant de partir ! Ses pommes ont du goût pour notre palais de morts-vivants Draco ! Pourquoi votre héros aurait fait ça à part pour se faire bien voir de sa belle-famille ?

-C'est juste…

-Un POMMIER ! Un pommier est apparu ! hoquète Abraxas sous le choc. DRACO MALFOY ! COMMENT as-tu pu laisser une telle horreur se produire !?»

Pour la première fois depuis le début de la nuit, les joues de Draco virent au cramoisi à une remarque de son aïeul.

« Je… Ce n'est pas ce que vous croyez… C'est simplement… bégaie le jeune héritier, maudissant intérieurement ces vampires inconscients.

-C'est exactement ce que je crois, jeune homme ! Je ne suis pas sénile ! Par Merlin ! Je ne pensais pas que notre maison pouvait atteindre un degré pareil de dégénérescence ! Mais quelle honte ! Quelle HONTE ! s'enflamme la peinture.

-Abraxas…

-Je ne peux pas rester une seule seconde de plus dans cette pièce ! continue l'aristocrate dans tous ses états. Je pensais pouvoir te ramener à la raison mais vu là où tu es tombé… Un POMMIER! »

A ces mots le sang-pur s'évapore laissant derrière lui un cadre vide. Son interlocuteur est moins surpris que le reste de ses amis alors qu'il reprend un verre, soupirant. Draco n'a pas bu autant depuis la nuit où son fichu tatouage s'est paré de mots.

« Puisque ton ancêtre s'est clairement enfui, j'aimerais ajouter quelque chose, continue malgré tout Marius avec une agaçante expression satisfaite qu'il arbore à chaque fois qu'il pense avoir trouvé la solution à un problème.

-Vas-y. C'est pas comme si tu allais m'écouter de toute façon, soupire le blond avec emphase.

-Tu as beau dire qu'il n'y a rien entre Harry Potter et toi, il faudra m'expliquer pourquoi vous avez couché ensemble. »

Le teint du médicomage perd toutes ses couleurs à la remarque de son ami. Blaise crache quant à lui le contenu de son verre sans une once d'élégance tandis qu'Isadora éclate de rire.

« Ne t'inquiète pas mon petit Draco, ta potion fonctionne parfaitement bien ! s'amuse la vampiresse.

-Alors comment vous avez su ?! balbutie le concerné mortifié.

-Ton odeur a légèrement changé mon petit blond. Aucun membre du Coven n'aurait pu passer à côté de ça…

-Ça veut dire qu'aucun autre vampire ne s'en est rendu compte à part vous, rassurez-moi ?

-Mais oui…Mais ça ne change rien puisque tout le monde pense quand même que vous êtes amants de toute façon, explique Marius en saisissant un magazine trainant sur le bureau.

-Parce que t'as vraiment baisé Potter ?! » s'écrie Blaise sans cérémonie.

Draco a complètement oublié que son meilleur ami se trouvait dans cette pièce. Comme si cela n'était déjà pas assez gênant ! Il faut en plus que le trader soit là comme témoin ! Le connaissant, Blaise sera incapable de ne pas en parler à Pansy qui se fera une joie d'informer tout son cercle d'amis. Quelle horreur !

« C'est juste un coup d'un soir…

-Pans' et Théo me doivent trente gallions !

-Excuse-moi ? Tu as osé parier sur ma tête ?! Quand ?!

-Dire qu'il a fallu quatorze ans pour que ma prédiction se réalise…

-Tu as parié que je coucherai avec Potter quand on était à Poudlard ?! nasille Draco complètement outré.

-Nan mais Dray, vous vous serez vus aussi ! Vous étiez complètement obnubilés l'un par l'autre désolé…

-N'importe quoi ! On faisait que se frapper et s'insulter !

-Oh que c'est chou ! Ennemis à amants ! C'est d'un cliché ! se moque Isadora.

-Dray était tellement obsédé ! Jusqu'à faire des pins à l'effigie de Potter pour se foutre de lui ! rit Blaise.

-Tant d'argent et de temps dépenser pour une seule personne ! s'exclame le vampire.

-Je me rappelle le moment où ils se sont battus sur le terrain de Quidditch pendant un entrainement. C'était tellement gay…

-Va te faire foutre ! crache Draco avant de lancer un sort à son ami qui l'évite in extremis, mort de rire. J'avais quand même un minimum de goût ! J'ai jamais voulu embrassé le balafré à Poudlard et je n'étais pas « obsédé » par lui !

-Ce n'est pas ce que révèle ton magazine Draco. » déclare le roumain d'une voix mutine.

Le vampire montre à ses compagnons une page du Closer sorcier sur laquelle on retrouve une photographie du survivant et un article sur lui avec plusieurs marques de stylos attestant une lecture attentive de ce chiffon.

« Il a été élu le sorcier le plus sexy de l'année pour la troisième année consécutive ! siffle Isadora impressionnée.

-Comment ça se fait ? Il ne sait même pas s'habiller !

-Ce n'est pas moi qui aie couché avec… fait remarquer la jeune femme.

-Peu importe ! De toute façon, ce n'est pas à moi.

-Qu'est-ce que ça fait sur ton bureau alors ? demande Blaise décontenancé.

-NINA ! » s'époumonne Draco d'une seule traite.

A ce brusque appel, une vieille elfe de maison en robe de chambre rose satinée, bigoudis multicolores et pantoufles fourrés fait son apparition.

« Pourquoi le Jeune Maitre appelle Nina aussi tard ? se plaint-elle sans ménagement.

-Je… Tu as oublié ton magazine… bredouille l'aristocrate, honteux de son comportement complètement puéril.

-Et c'est pour cette raison que vous m'appelez à trois heures du matin ? Sachez que vous n'aurez pas de petit-déjeuner dans ce cas Jeune Maitre ! Je n'ai rien dit malgré le raffut que vous faites tous depuis plus d'une heure ! Vous n'avez pas mangé avec Pierrot et moi depuis au moins deux semaines et vous avez oublié de venir me saluer une bonne dizaine de fois ce mois-ci !

-Je m'excuse Nina…

-Je n'attends pas des excuses ! J'attends des actes Jeune homme ! Pour la peine, il n'y aura pas de pâtisseries ce week-end même si le jeune Edward passe au manoir !

-Je te promets que je ferai plus d'efforts, murmure le blond.

-Je l'espère bien ! Si vous passiez plus souvent, je vous aurai dit moi-même que vous êtes arrivés à la première place des sorciers les plus charmants de l'année avec le grand Harry Potter ! Vous vous rendez compte ?! Au fond, ce n'est pas si terrible d'avoir rompu avec votre petit-ami, ça vous a fait gagner des places dans le classement ! »

Draco n'a ni le courage, ni l'envie de s'énerver devant sa gouvernante en lui rétorquant que sa place dans ce classement est le cadet de ses soucis. A la place, il continue de l'écouter parler de potins inutiles après avoir congédié ces traitres qui lui servent d'amis.


Harry a un mal de chien à récupérer les clés de la poche de son jean alors qu'il transporte le cageot de bières qu'il a acheté au supermarché en bas de chez lui pour sa soirée Quidditch mensuelle avec ses amis. Ne souhaitant pas user de la magie devant son appartement moldu, le sorcier finit par poser sa charge avant de récupérer ses clés et de s'introduire chez lui.

Dès qu'il pose un pied à l'intérieur, Harry manque de perdre l'équilibre à cause du poids de son filleul qui s'accroche à ses jambes.

« Harry ! Harry ! Tu m'as trop manqué ! On s'est pas vu depuis suuper longtemps !

-Toi aussi tu m'as manqué mon p'tit loup mais là faut que tu me lâches avant que je n'écrase ses bouteilles sur ta tête par erreur…

-Mais tu es rentré chez toi Harry ! fait remarquer le petit métamorphe. Tu peux utiliser ta magie !

-Ça c'est un gars qui a de l'avenir ! s'amuse Neville en saluant d'un rictus moqueur son ami tout en couvant l'enfant de dix ans du regard.

-Oh c'est bon monsieur le Professeur de Botanique ! roule des yeux Harry en faisant léviter son pack de bières bon marché vers le jeune marié qui le réceptionne sans mal. Hannah va bien ?

-Elle se porte comme un charme. Heureux de te revoir depuis ta petite disparition.

-Haha… désolé j'avais besoin de me ressourcer un peu après la mission.

-Comme moi quand je me transforme en loup et que je vais dans la meute d'Abbi ? demande gentiment Teddy en s'accrochant à son bras pour le marquer comme il a l'habitude de le faire depuis que ses instincts de loup-garou se sont réveillés.

-Exactement…

-Tu sens bizarre Harry… se plaint Teddy avec une moue perplexe, en éloignant ses narines de son épiderme.

-Quoi ?

-Mec, tes cheveux sont encore en train de se barrer remarque Ron alors qu'il s'installe à côté du couple de sangsues que forment Dean et Seamus.

-Laisse tomber… » soupire le survivant en rejoignant ses amis tout en prenant soin de ne pas trop s'approcher de son filleul.

Le petit semble anxieux à l'idée de ne pas avoir pu ou voulu le sentir donc Harry préfère lui laisser un peu d'espace. Abbi, l'alpha de la meute de loups-garous moldus qui a accepté d'adopter Teddy, lui a expliqué ainsi qu'à Andromeda qu'il faudra du temps au petit garçon pour s'habituer à toutes ses caractéristiques lupines, d'autant plus qu'elles se réveillent à peu près à la même période que ses pouvoirs magiques. Cela fait environ trois mois que l'enfant arrive à contrôler son pouvoir de métamorphe à sa convenance.

Harry a encore du mal à se dire que l'année prochaine, son filleul adoré prendra le chemin de Poudlard. Harry a peur. Peur que Teddy soit rejeté par ses camarades à cause de ses pouvoirs de lycanthrope. La société sorcière n'est toujours pas très ouverte sur le sujet et le seul élément qui lui permet d'être un peu plus détendu et le fait de savoir que Neville et McGonagall seront présents et pourront s'assurer que Teddy s'acclimate de manière correcte à son nouvel environnement.

Harry chasse ses pensées inquiètes de son esprit pour se concentrer sur le match de Quidditch qui se déroule devant ses yeux. Cependant, son esprit commence à divaguer rapidement. Sans qu'il ne se rende compte, ses fesses ne touchent plus son canapé et s'élèvent de quelques centimètres tandis qu'il se recroqueville sur lui-même et que des effluves de magie s'échappe de sa peau.

Ses amis habitués n'en n'ont cure et continuent de commenter le match avec des blagues parfois douteuses. Cette atmosphère bonne enfant qui lui rappelle les moments qu'ils passaient tous ensemble dans les dortoirs de la maison Gryffondor réchauffe le cœur perdu de Harry qui siffle de contentement discrètement.

Même si ses amis sont tolérants vis-à-vis de sa puissance et de ses pouvoirs particuliers, entendre le fourchelang leur rappelle souvent des mauvais souvenirs que le survivant tente de ne pas raviver.

Au moment où Viktor Krum attrape le vif d'or pour son équipe et que Dean et Ron jubilent, quelqu'un sonne à la porte.

Espérant qu'il ne s'agit pas de sa voisine d'en-dessous venant le réprimander à cause du bruit, Harry soupire avant de poser les pieds au sol et de contenir ses pouvoirs pour accueillir convenablement le sonneur. Teddy le suit en sautillant alors qu'il marche en se concentrant sur chacun de ses pas. En ouvrant la porte, Harry est surpris de ne voir personne en face de lui ! C'est le cri joyeux que pousse le garçon de dix ans qui l'oblige à regarder vers le sol.

« Nina ! Qu'est-ce que tu fais ici ? s'exclame son filleul en bondissant sur l'elfe de maison pour l'enlacer.

-Jeune maitre Edward, un peu de tenue s'il-vous-plait ! Monsieur Potter auriez-vous l'amabilité de me laisser entrer dans votre demeure ? demande poliment la vieille gouvernante en remettant en place son chapeau melon mauve.

-Bien sûr. » répond le sorcier perplexe en fermant rapidement la porte derrière lui pour éviter qu'un moldu ne tombe sur la petite créature.

Comment un elfe de la maison Malfoy a-t-il pu arriver jusqu'à lui ? Rien qu'en repensant au nom de son rival, les mains du héros deviennent moites alors que des images de la nuit torride qu'il a passée avec lui, assaillent son esprit troublé. Il doit absolument se recentrer ! Penser à ça devant Teddy ! Quel parrain il fait !

« J'espère ne pas trop vous déranger. Je n'ai pas pris le temps de me présenter. Je suis Nina, la gouvernante de l'illustre Maison Malfoy, déclare-t-elle solennellement.

-Enchanté. Mais comment avez-vous eu mon adresse ?

-J'ai pu me la procurer auprès de la responsable légale du Jeune maitre Edward, la grande Andromeda Tonks.

- Que nous vaut ta visite Nina ? demande posément son filleul avec une expression aristocratique que Harry ne connaissait pas chez lui.

-Je viens à la demande du Jeune Maitre Malfoy qui souhaitait vous transmettre un objet que lui a confié son amie Isadora Conti. » déclare l'elfe de maison en faisant apparaitre devant elle un ouvrage.

En apercevant le grimoire, Harry se souvient immédiatement de la conversation qu'il a eue avec le médecin durant l'orgie. Avec tout ce qui a suivi, cette discussion lui était sortie de la tête. Il remercie avec diligence Nina. Ses yeux s'écarquillent de surprise lorsque l'elfe fait apparaitre une énorme casserole chaude dans ses mains après qu'il ait téléporté le livre dans son bureau.

« Ceci est pour vous remercier pour tout le travail que vous effectuez pour le monde magique de manière générale.

-Ce n'était pas nécessaire Madame…

-C'est un cadeau de la maison Malfoy à MON initiative, Monsieur Potter. A moins que vous ne considériez que je ne sois pas assez compétente pour pouvoir vous offrir un repas convenable, renifle la petite dame en remettant en place son cardigan.

-Bien sûr que non, Madame, répond docilement le sorcier, intimidé par la créature haute comme trois pommes.

-Bien. Parce que je n'aimerai pas que le Jeune Maitre Edward soit nourri uniquement de malbouffe même pour une soirée.

-Mais ça fait toujours plaisir de manger une pizza de temps en temps ! se plaint Teddy en boudant.

-Ecoute les conseils de Nina si tu veux être aussi beau que ton cousin ! dit l'elfe de maison en assénant une pichenette au front du petit garçon. Est-ce qu'il a déjà pris une part de pizza ?

-Heuuu

-Bien ! Comme je le pensais, il n'y aura pas de dessert quand tu passeras ce week-end, déclare Nina sans attendre le mensonge du survivant.

-Mais c'est pas juste ! J'ai même pas fait de bêtises ! se plaint son filleul. C'est juste une part de pizza dans le mois ! Draco sera triste en plus s'il n'y a rien de sucré… »

Pour accompagner ses mots, le métamorphe teint ses cheveux du même blond platine que ceux de son cousin ce qui perturbe quelque peu son parrain alors qu'il arbore une expression de chien battu pour amadouer la gouvernante.

« Draco est privé de dessert de toute façon, annonce Nina sans une once de pitié ou de remords. Au revoir Monsieur Potter.

-Au revoir, Nina. »

Lorsque l'elfe de maison quitte son logis, Harry ne peut pas s'empêcher d'éclater de rire en repensant aux derniers mots de la gouvernante. Penser à un Draco revêche à cause d'une absence de sucrerie l'amuse prodigieusement. Il a parfois un comportement d'enfant gâté absolument ridicule. Des souvenirs de Draco, à la table des Serpentards, remontent alors dans l'esprit du héros. Il le revoit mettre un nombre impressionnant de sucre dans sa tasse de thé avant de caresser lentement une pomme rouge tout en discutant avec Zabini.

Harry ne sait pas pourquoi ces images refont surface. Il n'a pas envie de creuser et de découvrir pourquoi cette main blanche et cette langue rosée caressant la peau rouge du fruit éclatant se sont gravées et perdues dans les dédales de sa mémoire.


La soirée du Ministère est d'un ennui profond. Cependant, les vampires s'acclimatent plutôt bien à cet environnement magique malgré la réticence et la vigilance de nombreux sorciers. Draco sert souvent d'intermédiaire entre les vampires et les sorciers et il ne cesse d'être empêtré dans des conversations barbantes. Il reçoit parfois des regards mauvais de la part de ses semblables mais il n'en a que faire. Le blond veut avant tout s'assurer que personne ne manque de respect à sa mère. Mais il n'a visiblement aucune raison de s'inquiéter aux vues de l'aura imposante et effrayante qu'arbore Stéphane. Le chef du clan saura très bien protéger son calice du moindre problème.

Alors que Draco est en pleine discussion avec un actionnaire de la fondation de l'Ordre du Phoenix, ses yeux s'attardent pour la première fois sur le trio d'or. Ce sont vraiment les coqueluches de la soirée. Le couple Weasley-Granger est lumineux et serein. Hermione porte une magnifique robe rouge fourreau et un haut chignon duquel s'échappe certaines de ses mèches frisées. A son bras, Ron semble tempérer son caractère de feu avec ses yeux bleus légèrement rieurs et pourtant acérés. Il n'y a pas à dire. Rien ne peut laisser douter de leur compétence et de leur statut d'anciens héros.

Mais malgré leur charisme flagrant, Harry Potter reste le plus ardent. Même en contenant sa puissance et en se mettant en retrait, un halo envoutant se dégage du héros du monde sorcier. Comparé à leur dernière rencontre, il semble avoir retrouvé le contrôle de sa chevelure. Draco se surprend à trouver cette constatation décevante. Il a aimé voir ses mèches brunes virevolter autour de lui. Il a aimé sentir ses mains se perdre dans cette forêt magique et dans ce regard qui a plusieurs fois brûler sa peau au cours de cette soirée monotone.

A l'instant où les orbites ennuyées de Potter rencontrent les siennes et brillent d'une étrange lueur, le cœur de Draco s'accélère, mu par une émotion si intense que le médicomage craint son arrêt simple et brutale.

A plusieurs kilomètres, un autre cœur s'est arrêté de battre mais définitivement. Et pas à cause d'un désir trop ardent pour être contenu. Mais à cause de la peur d'une baguette de sorcier menaçante. Dans une ruelle sombre de Londres, une nouvelle vampiresse a perdu la vie dans de mystérieuses circonstances. Sans un bruit.