Salut !
C'est incroyable, j'arrive à être régulier. Comme quoi, des miracles arrivent !
Merci encore à Taru et Miss pour leur correction (j'en profite pour vous recommander leurs fictions respectives, même si ce n'est pas sur le fandom de DBD/de l'horreur en général, ça reste très qualitatif !)
Prenez soin de vous, et bonne lecture !
Quentin se réveilla avec le crâne en vrac.
Il remercia le ciel de ne pas lui avoir donné de cauchemars trop violents. Ce même ciel qu'il priait chaque jour dans l'espoir qu'Il l'aide à retrouver Nancy. Ce même ciel qu'il avait un peu abandonné, depuis que Freddy était définitivement mort mais que Nancy restait introuvable. Dieu était joueur, sans doute. Quentin joua quelques instants avec le pendentif qu'il avait autour du cou. Une médaille et une croix. Il fallait bien croire en quelque chose, non ?
Il se redressa et découvrit l'appartement vide, comme lui avait annoncé Sally. Il ne trouva qu'un sac de sport rempli près du canapé, et la porte de la seconde chambre entrouverte. Il hésita à y jeter un coup d'œil, mais il se retint. Après tout, le moins possible il se mêlait des affaires de ce type, le mieux il se porterait. Il attrapa dans le frigo l'une de ses boissons énergisantes et, décidé à ne plus prêter attention à l'espèce de présence qu'avait Frank, Quentin se concentra sur les messages codés qu'il devait envoyer à la presse. Il avait cherché sur le net quelques idées, sans succès immédiat. Il avait écrit plusieurs phrases, utilisant tantôt des chiffres, tantôt le code César, tantôt d'autres systèmes tous plus tordus les uns que les autres.
Il y avait une horloge, dans la pièce, que Quentin ne regarda pas une seule fois de la journée, trop concentré qu'il était. Un problème certain qu'il avait, c'était sa concentration désastreuse ; tantôt il était capable de rester focus sur une tâche pendant des heures, tantôt ses pensées allaient et venaient contre son gré, et l'empêchaient d'avancer quoi que ce soit. Même quand il s'agissait de Nancy, Quentin ne parvenait pas à contenir son crâne et à accorder toute son attention tout le temps.
Il était environ dix-huit heures quand le jeune homme s'arrêta. Il avait bien travaillé. Ses codes étaient prêts ; il ne restait plus qu'à trouver les journaux et les magazines où il allait pouvoir les faire passer. Peut-être contacter la radio locale également. Il n'était pas sûr de comment devoir s'y prendre ; il allait sans doute devoir demander à Philip.
En parlant du loup, Quentin était surpris de ne pas entendre les premiers clients du bar arriver, et donc Philip l'appeler pour démarrer son service. Il n'eut néanmoins pas le temps de se poser trop de questions que son patron toqua à la porte d'entrée de l'appartement, puis parla d'une voix forte :
"J'ai des affaires en ville ce soir. Le bar reste fermé."
Quentin fut surpris, mais se contenta de répondre :
"Bien, m'sieur."
Philip eut un léger grognement, et Quentin put entendre ses pas descendre les escaliers. Le jeune homme ne voulait pas savoir quel genre d'affaires forçait Philip à fermer son bar, mais il était sûr que cela devait être grave, car c'était la deuxième fois seulement en quatre ans. La première, c'était quand Sally l'avait quitté et qu'il avait bu toute la soirée avec l'un de ses amis. Quentin se souvenait l'avoir entendu sangloter. Il était persuadé que ce son allait le poursuivre jusqu'à sa mort.
A défaut de travailler au bar, Quentin songea qu'il allait pouvoir se concentrer sur ses recherches. Il sortit un sandwich triangle du frigo, et vint se rasseoir sur le canapé. Il attrapa son ordinateur portable, un vieux modèle qui prenait beaucoup trop de temps à démarrer, mais qui n'avait pas de géolocalisation. C'était très exactement pour cette raison qu'il n'avait pas de téléphone portable, d'ailleurs ; il craignait trop d'être repéré en se traînant un abonnement et un appareil constamment connecté. Son compte en banque, c'était Philip qui lui avait ouvert sous un faux nom, alors il était tranquille pour le moment. Personne ne posait de questions, et c'était le principal.
Quentin réfléchissait profondément pendant que son ordinateur était en train de démarrer. Si profondément qu'il n'entendit pas tout de suite la porte s'ouvrir puis se refermer ; à vrai dire, il ne se rendit compte d'une présence que quand cette dernière s'assit sur le canapé, juste à côté de lui. Il sursauta alors et tourna la tête pour découvrir le visage de Frank. Aux pieds du jeune homme se trouvait un sac de courses visiblement plein à craquer.
"C'est quoi, ça ? ne put s'empêcher de demander Quentin, perplexe.
-Un cadavre, évidemment."
Quentin leva les yeux au ciel sans prendre la peine de lui répondre. Il remarqua néanmoins du coin de l'œil son sourire entre amusé et mesquin. Agacé, le jeune homme essaya de se concentrer autant que possible sur l'écran de son ordinateur, sans succès. Son esprit avait décidé de partir ailleurs. Ailleurs, là où son imagination déshabillait Morrison, là où ses rêves étaient honteusement brûlants. Il sentait son corps se réchauffer au fur et à mesure ; notamment son visage, où il savait déjà que deux grosses taches rouges s'étendaient sur ses pommettes.
Quentin se sentait particulièrement mal à l'aise. Sa gêne s'intensifia quand il remarqua que Frank le fixait de ses yeux un peu trop beaux pour le bien-être psychologique de Quentin. Le rouquin prit finalement la parole avec ce sourire qui semblait s'agrandir à chaque mot qu'il articulait peut-être un peu trop.
"Je te plais à ce point ?"
Son vis-à-vis ne répondit pas. Il ferma son ordinateur portable qu'il positionna sous son bras, et il se redressa pour rejoindre sa chambre. Il posa l'appareil sur sa table de chevet, et s'étala de tout son long sur son lit. L'odeur de lavande le rassurait. Il s'engouffra dans cette effluve douce et pensa à Nancy. Nancy. Elle était douce, Nancy. Ses mains étaient incroyablement douces, quand elles touchaient son visage. Il s'imagina les paumes pâles sur ses joues, les doigts fins sur ses tempes. Il s'imagina son regard tendre, et son sourire affectueux. Ses longs cheveux sombres le long de ses épaules menues. Son corps mince, peut-être un peu trop.
Alors qu'il sentait son corps commencer à se détendre un peu, il fut coupé net dans ses pensées par une musique brutale qui provenait du salon. De la guitare électrique. Des cris puissants. De la basse anarchique, et une batterie en roue libre. Son crâne était épuisé. Sous la fatigue psychologique causée par toute cette situation, il attrapa le coussin sur sa droite et enfonça sa tête dedans pour hurler puissamment.
Puis, fatigué comme jamais, il s'endormit comme une masse.
OoO
Encore.
Ça revient, encore.
C'est destructeur, en c(h)œur.
Il est détruit, son corps.
Sur un tapis de fleurs,
Encore, encore, encore.
Nancy hurle, encore.
Elle hurle si fort, encore,
C'est destruction, son coeur ;
Sur un tapis se meurt.
Encore, encore, encore.
OoO
Il hurla, à son tour.
Il était tôt. Enfin, Quentin supposait. A en juger par la lumière douce qui traversait timidement sa fenêtre, il était tôt. Quentin tremblait. Il n'était pas sûr de comprendre pourquoi. Ses cauchemars n'étaient pas pires que d'habitude et pourtant ; pourtant. Ils lui semblaient plus affreux que jamais ; plus difficiles à supporter. Intenables.
Sa voix s'était perdue, sur la fin de son cri. Comme avalée par un néant terriblement douloureux. Sa gorge était sèche, comme un désert de sable fin qu'il s'imaginait déjà recracher, grain par grain, comme un sablier cassé. Quentin tremblait. Il leva une main qu'il fixa de ses yeux sombres ; et cette main ne semblait pas être la sienne. A bien y réfléchir, cet endroit semblait inconnu. Bien sûr, il savait que c'était sa chambre. Mais il ne la reconnaissait pas. Quentin tremblait. Qui était Quentin ?
Il fut ramené brutalement à la réalité par la porte qui s'ouvrit dans un grincement sinistre. Dans l'encadrement de la porte se trouvait son nouveau colocataire, les sourcils froncés, l'air profondément agacé. Quentin le fixa, et il ne put s'empêcher de sentir des larmes couler seules le long de ses joues. Il aimerait dire quelque chose, mais avant d'avoir le temps de lâcher le moindre mot, il remarqua que le visage de Morrison semblait se calmer doucement. Ce dernier quitta la pièce en claquant néanmoins la porte, sans doute plus pour la forme que par réelle colère.
Merde. Merde. Merde. Quentin détestait ce genre de situation. Et surtout, la pitié qu'avait dû ressentir Frank à son égard le dégoûtait si fort qu'il sentit une nausée puissante faire tressauter son abdomen. Il ne voulait pas de sa pitié. Il ne voulait de la pitié de personne. Il avait trop souffert, il avait eu trop mal pour être traité de la sorte. Il était fort. Il était sans doute bien plus fort que cet abruti. Plus fort que toutes ces personnes qui pouvaient se permettre de lui faire la moindre remarque. Seule Nancy aurait pu se permettre quelque chose et Nancy n'était pas là. Il se redressa d'un bond, et attrapa ses médicaments qu'il avala rapidement. Puis, tout en essayant de maintenir un semblant d'apparence, il quitta sa chambre pour se diriger vers la salle de bain afin de s'asperger le visage d'eau.
Il se redressa et commença à marcher dans l'appartement, se préparant à ignorer superbement Frank si nécessaire. Son esprit toujours légèrement dissocié de son corps, il entendit le bruit familier du craquement de l'escalier. Quelqu'un était en train de monter. Quentin tendit l'oreille, mais ne reconnut pas les pas de son patron ; néanmoins, il devina qu'il y avait plus d'une personne. Est-ce que c'était les hommes avec qui Philip travaillait souvent ? Est-ce qu'ils allaient venir le tuer ? Est-ce qu'il avait fait quelque chose de mal ? Est-ce -
Il n'entendit pas les pas s'approcher de lui, sous la panique. Il ne sentit qu'un poids brutal sur ses épaules qui faillit le faire se renverser en arrière.
"Quentin !" hurla une voix familière. "Quentiiiiin !"
Il lui fallut deux secondes environ pour reconnaître la voix qui venait d'hurler son nom à n'en plus pouvoir.
"Susie ? Qu'est-ce que tu fais là ?"
L'adolescente descendit de son dos, et lui offrit son plus beau sourire.
"On est venu voir Frank !"
… Quoi ?
Quentin regarda Susie, puis les deux autres personnes qui se trouvaient dans l'encadrement de la porte, puis de nouveau Susie. Son regard recommença ce chemin trois ou quatre fois, jusqu'à entendre la voix rauque de Frank résonner dans l'appartement.
"Hey bande de débiles, qu'est-ce que vous foutez ?"
Ils se tournèrent en chœur en direction de la source du bruit. Il paraissait fatigué, à en juger par les cernes qui se trouvaient sous ses yeux. Ses cheveux étaient relâchés sur le côté gauche de son crâne, formant de jolies ondulations rousses. Quentin sentit ses joues chauffer, parce qu'il lui semblait encore plus beau maintenant. Frank reprit la parole.
"Susie, pourquoi tu lui fais un câlin ?
-C'est Quentin ! Il m'a aidé. Alors t'as intérêt à être sympa avec lui, ou j'te nique !"
C'était… Étrange d'entendre une expression vulgaire dans la bouche de Susie, toute jeune qu'elle était. C'était comme voir un bébé jurer ; c'était très étonnant. Mais maintenant que Quentin savait qu'elle passait du temps avec Frank Morrison, tout semblait s'emboîter logiquement. Une des personnes présentes, une jeune femme à en juger par le ton de sa voix, sorti du silence.
"T'as entendu Susie ? Fais pas ton sale connard, ça changera.
-Va te faire foutre, Julie.
-Mais avec plaisir, Franklin."
Elle avait particulièrement appuyé sur le prénom. Est-ce que c'était son nom entier ? Quentin se posa sincèrement la question. La dernière personne présente éclata d'un rire moqueur. Quentin observa un moment la scène, mais bien vite, il secoua la tête pour se concentrer. Il ne devait pas laisser de nouveaux intrus le détourner. Il sortit de la salle de bain, non sans bousculer légèrement Frank au passage - ce qui lui provoqua un frisson qui remonta le long de son échine.
Il fut néanmoins apostrophé par Susie.
"Tu vas faire quoi, Quentin ?"
Il se sentait obligé de lui répondre.
"J'ai du travail, Susie. Mais on se reverra. Promis."
L'adolescente lui sourit alors en hochant la tête, et alla se poser sur le canapé du salon. Quentin attrapa les feuilles où se trouvaient notés les codes qu'il avait pris tant de temps à trouver, et descendit les escaliers deux à deux, ignorant son colocataire qui hurlait sur ce qui semblait être ses amis.
En arrivant dans le bar, il vit un homme, grand. Il le reconnut rapidement ; c'était un ami de Philip. Evan, s'il se souvenait bien - la mémoire de Quentin était souvent défaillante, mais il était quasi sûr de cette information. Ils étaient en train de parler au comptoir. Le jeune homme s'approcha doucement, le parquet craquait sous ses pas. Philip s'arrêta de parler et se tourna vers lui.
"Je peux faire quelque chose pour toi, peut-être ?"
Sa voix était douce, presque paternelle. Quentin n'oserait jamais lui dire qu'il le voyait un peu comme un parent. Parce qu'il ne devait pas être faible. Et pas avoir de liens. Pas d'autres personnes que Nancy dans sa vie.
"Oui. Je cherche des journaux ou des radios qui accepteraient de passer un message pour moi en échange d'un peu d'argent. Je prendrais n'importe quoi. Tu aurais des noms ?
-Oui, bien sûr… C'est pour quel genre de messages ?"
Quentin se renfrogna un peu. Philip ne posa pas plus de questions, et attrapa un stylo et du papier pour commencer à noter. L'homme au comptoir avec le patron fixait Quentin qui le trouvait impressionnant.
Il le savait très grand, déjà. Quasi aussi grand que Philip, et ce n'était pas peu dire. Mais là où son patron était fin et semblait presque fragile, cet homme là était immense et costaud. Il était bien plus large que Quentin, et ses muscles ressortaient sous son costard-cravate. Le jeune homme n'avait clairement pas envie d'être frappé par un frigo pareil.
"Philip, pourquoi tu l'engages pas ? Il pourrait faire du nettoyage."
Quentin ne voulait pas savoir ce qu'il entendait par "nettoyage", même s'il se doutait. Philip ne répondit pas tout de suite, terminant d'écrire avec soin sur le papier - son écriture était belle, pleine de boucles presque calligraphiées. Il tendit le papier à Quentin, puis répondit à son ami :
"Il a ses propres affaires. Je ne vais pas le mêler aux miennes."
Quentin lui accorda un sourire de remerciement, aussi bien pour les noms des journaux que pour le reste. Puis, il sortit sous le regard de son patron.
Il retira un peu d'argent - il en avait une somme qui commençait à être élevée, notamment parce qu'il n'y touchait quasiment jamais - et se rendit aux différents endroits en ville. Parfois on l'accueillait gentiment, parfois moins, notamment dans les quartiers les plus riches de la ville.
Il termina sa tâche à la fin de la journée, complètement épuisé. Il prit la route du bar de Philip et arriva pour le début du service. Sans avoir le temps de se poser pour se reposer, il dut enfiler son tablier et se mettre au travail.
Passant de table en table avec efficacité, ce service-là se passa bien mieux que le dernier ; peut-être parce que Frank restait majoritairement au comptoir, et que Quentin faisait tout pour l'ignorer un maximum.
Dès qu'il put, Quentin remonta les marches qui menaient à son appartement. Il s'enferma dans sa chambre sans un mot ou un regard pour Frank qui le suivait. Il avait juste terriblement besoin de sommeil.
OoO
Il ne savait pas quelle heure il était lorsqu'il émergea.
Les cauchemars. Violents - les flashs. Vifs, dans son esprit. Comme si tout était arrivé hier. Comme si la souffrance était la même, à l'exacte intensité d'il y a quinze ans. Son bassin l'élançait - il se balançait, tremblant de terreur. Cette peur que tout recommence. Encore ; que Freddy revienne lui faire du mal. Ce mal, terrible, qui déchire encore son corps, qui tord son âme, qui éclate son crâne tant il y repense. Repenser, oublier, il n'arrive pas à faire un choix ; son corps le fait pour lui et lui remémore les doigts sur sa peau fragile d'enfant, et ses chairs se contractent brutalement.
Il se redressa, en sueur. Il ne savait pas quoi faire. Il n'était pas sûr de ce qu'il devait faire. Il tituba jusqu'à atteindre la porte de sa chambre qu'il ouvrit, dans l'optique de rejoindre la salle de bain. De l'eau, il avait besoin d'eau, sur son visage juste de l'eau - de l'eau gelée pour le réveiller de ce cauchemar éveillé, de cet indicible acte, de cette monstruosité qu'il n'arrivait pas à dépeindre. Les mots donnaient une réalité à ce qu'il avait vécu ; une réalité bien trop loin de l'immondice qui le souillait.
En ouvrant la porte, ses yeux furent éblouis par la lumière allumée. Pourquoi était-elle allumée ? Il tremblait. Il s'avança jusqu'à rejoindre le salon. Sur le canapé usé se trouvait assis Frank, uniquement vêtu d'un caleçon qui semblait un peu trop grand. Ses cheveux étaient détachés et cachaient en partie l'un de ses yeux. Il portait à ses lèvres une cigarette à moitié consommée. Il ne tourna pas tout de suite la tête, occupé à recracher la lourde fumée grisâtre qui devait également envahir ses poumons. Frank remarqua finalement le regard de Quentin fixé sur lui. Ses prunelles hétérochromes se plongèrent alors dans celles sombres du jeune homme qui tremblait toujours.
"Tu dors pas, Smith ?"
Quentin s'arrêta de respirer une demi-seconde. Comment est-ce qu'il connaissait son nom de famille ? Ne pouvant tenir debout plus longtemps, Quentin s'assit sur le canapé, peut-être un peu trop proche de Frank. Le sofa n'était pas très grand.
"Comment… Comment tu connais mon nom ?" lâcha finalement Quentin, essayant de se redonner de la contenance.
"Je me suis renseigné, c'est tout.
-Pourquoi ?"
Frank eut un sourire. Un grand sourire amusé, presqu'un peu moqueur. Non, en vérité, il était sans doute moqueur, ce sourire, parce que Quentin commençait à cerner quel genre de type était ce Frank Morrison, et c'était forcément un sourire moqueur. Ca ne pouvait pas être autre chose. Quentin essayait de se concentrer sur son visage, mais c'était difficile de ne pas regarder ses épaules couvertes de cicatrices ; ses bras fins, eux aussi charcutés par des plaies rendues blanches par le temps. Il pouvait même deviner, au creux de son poignet, une véritable balafre qui témoignait d'un acte d'une violence inouïe. Mais ce n'était pas tout ; il y avait ce torse pâle aussi, magnifique ; sa poitrine petite mais visible que Quentin s'imaginait prendre entre ses lèvres et - merde, merde, merde. Frank déposa sa cigarette dans une coupole sur la table basse qui lui servait visiblement de cendrier.
"Parce que tu me plais, bien sûr," finit par dire Frank, se rapprochant un peu plus à chaque mot.
Il s'approcha jusqu'à ce que son front soit collé à celui de Quentin. Ses yeux rivés dans les siens, sans se départir de son sourire. Quentin n'était pas sûr de comment réagir ; il sortait d'un cauchemar terrible et il n'était pas sûr si Frank était sérieux ou non. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il mourrait d'envie de l'embrasser.
Il ne fallait pas.
Nancy, Nancy.
Il se répétait son prénom en boucle. Nancy. Nancy…
"Est-ce que c'est réciproque ?"
Quentin sentait le souffle de Frank contre ses lèvres. Un souffle chaud, doux, agréable. Son haleine sentait la cigarette et une odeur de menthe fraîche. C'était plutôt agréable. Quentin n'était pas sûr de ce qu'il devait répondre. Il hésita peut-être une demi seconde.
"Ca dépend de ce que tu veux", lâcha-t-il finalement.
Cette réponse parut convenir à Frank. Il déposa sans la moindre délicatesse sa bouche humide sur celle de Quentin. Il glissa sa langue contre sa lèvre inférieure, faisant jouer ses piercings contre la peau sensible, jusqu'à ce que Quentin entrouvre sa mâchoire. Frank s'amusa un moment à l'embrasser, les boules métalliques de ses piercings frappants de temps en temps contre ses dents. Quentin finit par s'éloigner légèrement ; son corps tremblait, mais pour une bonne raison, cette fois. Il voulut reprendre le baiser, mais le rouquin posa son index contre ses lèvres légèrement enflées.
Il poussa légèrement Quentin pour qu'il se retrouve au fond du canapé. Ce dernier se laissa faire, curieux de ce que son colocataire allait faire. Et Quentin ne fut pas déçu ; Frank s'agenouilla à même le sol et se glissa ensuite entre ses cuisses. Le jeune homme sentit son pantalon se baisser et ses sous-vêtements suivre. Frank était beau, penché sur son bas-ventre brûlant de désir. Quelques mèches de cheveux venaient chatouiller le haut de l'organe, et donner encore plus envie à Quentin qui n'était pas sûr de la meilleure attitude à avoir. Il le voulait, bien sûr, mais il n'était pas très bon pour l'exprimer.
Frank ne s'embêta pas de longs discours ou de phrases qui ne voulaient rien dire ; il se pencha sur l'ithyphalle sans la moindre timidité. Quentin était rassuré de le voir ainsi ; parce qu'il le voulait autant que lui. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que Frank savait s'y prendre. Il jouait avec ses lèvres, sa langue, ses piercings sur le membre enflé d'un Quentin qui n'avait pas pris son pied de la sorte depuis… Toujours, sans doute. David ne faisait pas ce genre de choses. Et ses anciens partenaires n'avaient pas autant de dextérité. Quentin se demanda combien de temps est-ce qu'il allait tenir quand il sentit les doigts de Frank caresser l'intérieur de ses cuisses avec une sorte de tendresse qui le faisait frissonner de plaisir et d'envie. Il avait tellement envie, envie, envie…
Il ferma les yeux et glissa ses mains contre sa bouche pour ne pas être trop bruyant, au cas où Philip serait encore dans le bar en bas, à discuter avec des hommes louches. Il appuya si fort ses doigts que ses phalanges commencèrent à prendre une teinte blanchâtre. Ne pas faire de bruit, ne pas faire de bruit, ne pas faire de bruit, ne pas -
"Tu peux crier, si tu veux."
Frank avait susurré ces mots, et son souffle sur la peau sensible acheva Quentin qui ne pouvait pas se retenir plus longtemps. Il tremblait, mais c'était un tremblement agréable qui débutait à la plante de son pied et qui crispait merveilleusement son bassin. Ses muscles commencèrent à se détendre doucement, quand Frank se redressa. Il essuya son visage avec un chiffon qui trainait par là, et il fit un petit signe de main à Quentin avant de s'avancer jusqu'à la porte de sa propre chambre.
"Fais de beaux rêves."
Quentin resta béat quelques instants encore sur le canapé. Puis, un peu gêné tout de même, il finit par se rhabiller aussi vite qu'il le pouvait. Son corps était encore fébrile. Son esprit aussi l'était ; mais c'était bon. C'était un bien qu'il n'avait pas ressenti depuis longtemps. Depuis jamais, sans doute, sur ces quatre dernières années, et c'était tellement, tellement fort et bon. Quentin songea qu'il aurait bien voulu prendre une douche, mais il était un peu tard et il se sentait soudainement épuisé, comme vidé de ses forces. C'était sans doute le cas, à bien y réfléchir. Il se rendit jusque dans sa chambre non sans tituber et manquer de tomber une ou deux fois, se promettant de se laver longuement le lendemain.
Allongé dans son lit, bizarrement heureux, il en oublia l'odeur de lavande.
