En voyant le Gryffondor passer à toute vitesse dans les couloirs, Severus Rogue, Maître des potions et nouveau professeur de défense contre les forces du mal, suspecta immédiatement qu'il se passait quelque chose.
Il ne savait pas comment le gamin se débrouillait pour toujours savoir lorsqu'il y avait un problème — et s'y pointer dans un temps record — mais compte tenu de son air affolé, il devina sans peine que le problème avait un rapport avec Pansy Parkinson.
C'était probablement le couple le plus improbable de toute l'histoire de Poudlard. Le Survivant en personne, appelé à combattre Voldemort et une fille de Mangemort.
Se souvenant de Black et de Potter pendant leur jeunesse, il avait immédiatement pensé que Harry Potter profitait de sa célébrité pour contraindre miss Parkinson à une relation. Il avait imaginé que Potter prendrait ce qu'il voulait d'elle avant de l'humilier.
Il n'avait pas pu s'empêcher de mettre en garde la jeune fille après les avoir surpris à s'embrasser. Et la réponse immédiate l'avait choqué. Visiblement, c'était Pansy Parkinson qui s'était jetée au cou de Potter.
Sans réfléchir, il avait prévenu Dumbledore de cette étrange relation. Sauf que l'entretien ne s'était pas déroulé comme il l'avait prévu. Dumbledore semblait penser que Pansy Parkinson était dangereuse pour son précieux Survivant et avait tenté de le faire plier.
Malgré lui, Rogue avait été admiratif en voyant Potter tenir tête au directeur et défendre la jeune fille.
Il avait commencé à revoir son opinion sur le jeune homme, bien que restant prudent.
L'agression de la jeune fille de sa maison avait également mis à mal ses croyances. Harry Potter semblait réellement soucieux de Parkinson, et il avait dégagé tellement de magie que Severus pouvait affirmer que c'était sincère. Le haussement d'épaules de Dumbledore et le refus de chercher le coupable avaient rendu Severus fou de rage. Visiblement, avec les années les choses ne changeaient pas pour le directeur : il continuait à se préoccuper uniquement des Gryffondor, et les Serpentard étaient quantité négligeable.
Il avait pensé que Potter s'éloignerait de la jeune fille. Probablement en pensant la protéger, ou une autre idiotie de ce genre. Mais il avait agi à l'inverse, devenant encore plus proche et plus protecteur, assumant leur relation sans le moindre complexe, couvant Pansy Parkinson avec un air presque idiot.
Severus s'était demandé quelle était exactement la nature de leur relation.
Il l'avait vu embrasser la jeune fille, avec une tendresse difficile à simuler, et la façon dont il l'avait regardé l'avait convaincu que cet idiot de Gryffondor tenait sincèrement à Pansy Parkinson.
Lui-même revenait d'une convocation de Voldemort lorsqu'il avait surpris la scène et il avait entendu Parkinson père se vanter d'avoir ordonné à sa fille de séduire l'élu pour mieux l'affaiblir…
Il se doutait bien que la jeune fille n'avait pas eu son mot à dire, et que son père devait avoir trouvé un moyen de pression pour l'obliger à obéir, aussi il ne lui en voulait pas vraiment. Et même s'il maudissait Potter et ses hormones de suivre la jeune Serpentard comme un petit chien docile, il ne pouvait que regretter de devoir lui briser le cœur.
Se souvenant que le Gryffondor ne l'avait pas écouté lorsqu'il lui avait juré que Black était à l'abri, il avait décidé de se montrer honnête — même si Dumbledore exigeait de lui qu'il garde son rôle d'espion secret. C'était encore ce qui fonctionnerait le mieux avec Potter et il ne tenait pas à avoir à s'occuper d'un crétin hormonal au cœur brisé.
Il avait pensé choquer le gamin et devoir lutter pied à pied pour lui prouver que la jeune Parkinson se servait de lui. Mais Potter l'avait surpris — et pas qu'un peu — en lui annonçant calmement qu'il était au courant. Il se savait, et il continuait à fréquenter la Serpentard, avec la même… tendresse.
Une vague de colère l'avait envahi, alors qu'il imaginait que Potter n'avait pas pu résister à la tentation pour quelques faveurs sexuelles. Mais, l'adolescent s'était rebiffé et avait asséné froidement les causes de leur petit manège.
Apprendre qu'une jeune fille qui n'était pas encore majeure risquait d'être livrée à une bande de Mangemorts lubriques lui avait glacé les sangs. Il avait eu son compte d'histoires où ses camarades masqués se vantaient de violer leurs victimes, et il imaginait parfaitement ce qui resterait de la gamine lorsqu'ils en auraient terminé avec elle…
Il ne put qu'admirer le garçon qu'il méprisait en découvrant qu'il complotait avec Pansy Parkinson et Drago Malefoy. Et Potter lui permit de découvrir la mission donnée à son filleul. Tuer Dumbledore, rien que ça.
C'était de toute évidence une mission suicide et il allait devoir se montrer extrêmement prudent pour garder Drago en sécurité. Il n'arrivait pas à regretter d'avoir fait un serment inviolable avec Narcissa, malgré son comportement passé, Drago méritait une chance de vivre et d'être heureux.
Severus repoussa toutes ses pensées pour suivre Harry Potter, inquiet. Et il arriva en plein milieu d'une scène surréaliste.
Potter avait sorti sa baguette et menaçait un Poufsouffle qui semblait furieux et qui brandissait sa baguette également. Parkinson avait elle aussi sa baguette de sortie, menaçante — prouvant qu'elle était apte à se défendre — tandis que Drago Malefoy était à terre, visiblement stupéfixé.
Le professeur fronça les sourcils et prit sa voix la plus froide pour exiger des explications. Il se retint de lever les yeux au ciel en constatant que Potter ne semblait plus du tout effrayé par lui et qu'il semblait même soulagé de son arrivée.
Le Poufsouffle se recroquevilla sur lui-même, regardant autour de lui comme pour fuir, mais il était acculé. Potter le regarda avec dédain, mais ce fut Pansy Parkinson qui donna les explications, d'une voix vibrante de rage.
— Cet idiot est arrivé derrière nous et voulait m'attaquer. C'est Drago qui a reçu le sort, il s'est mis en travers de son chemin. Il allait tenter de nouveau de s'en prendre à moi, mais Harry est arrivé, monsieur.
Severus plissa les yeux et détailla l'inconscient qu'il comptait bien traumatiser assez pour lui faire passer l'envie d'attaquer ses camarades. Il se souvint soudain de son nom et il murmura, d'un ton dangereux.
— Finch-Finley. Retenues pendant un mois entier, avec monsieur Rusard. Sans compter que si je vous vois seulement éternuer dans la direction de miss Parkinson, je ferais de votre vie un enfer tel que vous préférerez quitter Poudlard.
Le Pouffsoufle blêmit, mais resta silencieux. Potter en profita pour se précipiter sur Pansy et l'enlacer fermement, mais il prit le temps de lancer un enervatum à Drago prouvant à Severus que les deux garçons n'étaient plus vraiment ennemis…
