Congédiés par leur professeur, les trois élèves quittèrent le bureau. Drago soupira en fixant Pansy.
— Je suppose qu'on se verra… plus tard. Fais attention à toi, Pans'.
La jeune fille sourit avant d'enlacer son ami brièvement.
— Toi aussi.
Harry les observait un peu à l'écart, sans pour autant éprouver de jalousie. Il savait que Pansy voyait Drago de la même façon que lui voyait Hermione. Comme un meilleur ami, presque un frère. Finalement, après avoir hésité, il avança et tendit la main à Drago, le fixant dans les yeux.
— Sois prudent, Malefoy. Ne prends pas le moindre risque.
Drago perdit son flegme alors que ses yeux allaient de la main tendue au visage grave de Harry. Cependant, il serra la main tendue lentement, en fixant le Gryffondor dans les yeux. Ils hochèrent la tête ensemble comme pour sceller un accord muet.
Pansy cligna des yeux, perplexe.
— C'était quoi ça ?
Harry ricana et l'enlaça avant de déposer un bref baiser sur sa joue.
— Quelque chose qui aurait dû avoir lieu il y a longtemps.
Une lueur de reconnaissance passa dans les yeux gris de Drago et il sourit brièvement.
— Filez vous cacher tous les deux et ne faites rien de stupide.
Avec un dernier hochement de tête, la hache de guerre définitivement enterrée, Harry entraîna Pansy à sa suite, nouant ses doigts aux siens.
Il s'arrêta entre deux armures, la tirant contre lui et sortit la carte du Maraudeur. Curieuse, la jeune fille observa les tracés du plan de Poudlard apparaître, puis osa poser la question qui lui brûlait les lèvres.
— Où as-tu eu ça ?
Harry sourit tristement et caressa du bout du doigt le parchemin jauni.
— Les jumeaux Weasley me l'ont donné. Mais il a été créé par mon père et mon parrain entre autres. Ainsi que par le professeur Lupin.
Pansy ne fit pas le moindre commentaire, se serrant juste contre le jeune homme. Ce dernier secoua la tête, sortant de ses pensées, sourit malicieusement.
— La voie est libre. Direction la salle sur demande jusqu'à ce soir…
Le trajet se fit dans le silence et Harry fit les aller-retour nécessaires devant la tapisserie de Barnabas le follet. Puis, ils entrèrent dans un petit salon chaleureux. Pansy regarda autour d'elle, stupéfaite, et secoua la tête.
— Comment... Tu avais dit que la pièce était différente, mais je n'avais pas pensé… à ce point ! Comment ?
Harry eut un rire joyeux, libérant la tension qui le crispait depuis que Drago Malefoy avait annoncé la terrible nouvelle.
Il se laissa tomber dans le sofa avant de lui faire signe de le rejoindre. Une fois installée dans ses bras, elle haussa un sourcil interrogateur, attendant sa réponse.
Harry sourit et haussa les épaules.
— Il paraît que cette salle apparaît à ceux qui en ont besoin et qu'elle leur fournit ce dont ils ont besoin. C'est ce que j'ai appris sur le sujet. Depuis que j'ai découvert son existence, j'y suis souvent venu, et comme je te l'ai dit, elle a eu plusieurs apparences, correspondant à ce dont j'avais besoin. Je suppose que Malefoy avait besoin d'un objet perdu et elle l'a conduit… au bon endroit.
Les yeux de Pansy pétillèrent un instant.
— Donc tu avais besoin d'un salon ? Il ne manque qu'une cheminée pour en faire l'endroit parfait pour un rendez-vous romantique.
Harry s'empourpra violemment, et baissa les yeux, triturant ses doigts. Finalement, il soupira.
— Pansy…
La jeune fille se tendit. Le moment qu'elle avait redouté arrivait finalement plus tôt qu'elle ne le pensait. Harry avait enfin compris que c'était impossible entre eux, et il allait lui dire qu'elle resterait une amie, mais qu'il ne voulait pas d'elle dans sa vie. Après tout, ils avaient couché ensemble et il n'attendait plus rien d'elle… Elle cacha soigneusement sa soudaine nervosité et elle se redressa, les mains sagement posées sur ses cuisses, attendant les mots qui allaient lui briser le cœur.
Harry se frotta le visage et secoua la tête.
— Tu es réellement une fille exceptionnelle, tu sais. Ne laisse jamais quiconque te dire le contraire.
Pansy déglutit pour chasser la boule de chagrin dans sa gorge et elle haussa les épaules.
— Pas la peine de me faire des compliments pour me rassurer, Harry. Viens-en au fait.
Il eut un rire nerveux et se passa la main dans les cheveux, les joues toujours écarlates, n'osant pas la regarder.
— Je n'ai jamais… oh bon sang, c'est stupide. Je ne veux pas te perdre Pansy. Je sais que tout ça était une illusion, mais pour moi… C'était bien plus. J'ai appris à te connaître, j'ai aimé chacune de nos conversations. J'ai aimé les moments où... Où tu avais les mains sur moi, où…
Il s'interrompit, bégayant et écarlate, et détourna les yeux. Pansy cligna des yeux, essayant de comprendre où Harry voulait en venir. Elle n'osait pas espérer et se montra un peu brusque malgré elle.
— Je ne comprends pas.
Harry eut un sourire tendre, comme s'il était amusé de son ton rêche, puis se frotta les yeux.
— Je sais que tu ne veux pas l'entendre, que… Mais Pansy, je… Je suis tombé amoureux de toi. Pour moi, ce n'est plus une illusion depuis un moment…
La jeune fille haleta, stupéfaite. Son cœur battait douloureusement dans sa cage thoracique et elle cligna brusquement des yeux pour s'empêcher de pleurer. Elle soupira et s'adoucit, mais son ton restait détaché.
— Harry… Je suppose que… Que c'est parce que… enfin, on a eu une relation… sexuelle et tu…
Harry se tourna vers elle et croisa les bras sur sa poitrine avec un rictus moqueur, la coupant dans son explication confuse. Il secoua doucement la tête.
— Pourquoi tu ne peux pas croire que je tiens réellement à toi ? Même sans avoir fait l'amour, j'aurais dit la même chose. Je le pensais avant… Avant qu'on se rejoigne dans la salle de bain des préfets.
Un instant, Pansy se perdit dans ses pensées, se souvenant de son père qui lui disait que personne ne pourrait l'aimer, qu'elle était bien trop sotte et inutile. Depuis toujours, il avait fait en sorte de la conditionner, espérant qu'elle soit docile lorsque viendrait le temps d'être donnée en mariage.
Cependant, bien qu'elle se soit rebellée en refusant de suivre les ordres qui lui avaient été donnés, elle gardait au fond d'elle la certitude que personne ne pouvait l'aimer. Qu'elle n'était pas digne d'être appréciée à sa juste valeur, qu'elle était juste une monnaie d'échange.
Elle leva des yeux pleins de larmes vers lui, se mordillant la lèvre, et Harry soupira en se penchant vers elle, pour l'embrasser avec délicatesse, essayant de lui faire comprendre à quel point elle était précieuse à ses yeux.
