Bonjour, lecteur.

(Désolée pour le léger retard !)

Que dire, ça avance ! On y va, peu à peu, dans cette romance.

Lors du prochain chapitre, nos nains se reposeront chez les elfes. Vous aussi, vous aurez droit au paradis de foncombe, avec beaucoup de fluff, et pourquoi pas, un petit flashback de la rencontre entre nos protagonistes ?

Vous le verrez, mais j'essaie aussi d'exploiter les relations familiales de Thorin. On parle très peu de sa sœur, dans le film et dans le bouquin, et je ne l'ai jamais croisée dans une fanfiction.

Petit disclaimer: l'histoire suit le court des films, le scénario ne connaît que des variantes mineures, et les dialogues sont majoritairement retranscris de le VF du film.

Rythme de publication: toutes les 2 semaines, les 15 et 30 du mois.

Bonne lecture,

Dream-E


Un grognement échappe mes lèvres, un crampe commence à endolorir ma cuisse, pour en rajouter. J'ai passé une nuit agitée, entre les cailloux qui ont détruit mon dos, mon insomnie- enfin, plutôt mes rêves répétés qui m'ont menée à lutter contre le sommeil, et la pluie qui cherche à me noyer depuis que le soleil s'est levé, je suis en plein bonheur.

Sans compter Thorin. Je ne peux me le sortir de la tête. Je ressens des choses, comme autrefois. Je ne cesse de repenser à ces jours sous la montagne, à notre première rencontre, ces souvenirs se sont mêlés à d'autres tours malsains de mon cerveau toute la nuit.

Dois-je aussi ajouter le phœnix… Je n'ai pas eu l'occasion d'en parler davantage avec Gandalf, et nous sommes trop entourés pour que je puisse lui en toucher un mot. La pluie, en plus d'être pesante, fait un vacarme qui couvrirait jusqu'aux pas d'un olifant.

Ceci dit, une bonne nouvelle est à recenser. Ce petit poney zébré commence enfin à me faire confiance. Assez pour attendre que j'ai au moins mordu une fois dans ma pomme avant de me la voler. C'est un progrès, auparavant, il aurait huer jusqu'à obtenir ce qu'il veut. Il est grincheux, voilà tout. Il me fait penser à quelqu'un… Il faut dire que la robe noire, zébrée de fines lignes blanches, le caractère de cochon… Oh oui, je crois que ça y est, j'ai trouvé son double en poney ! Je suis assise dessus depuis le début de ce voyage…

- Qu'est-ce qui vous fait sourire de la sorte par un temps de pluie, Nornar ?

Je jette un coup d'œil au vieux mage, me pince les lèvres, tout en essayant de contenir mon rire.

- Il m'est venu en tête une chose très amusante, à propos de ce poney…

- Et quelle est-elle ? Il fronce un sourcil, définitivement suspicieux.

- Si je vous le disais, je craindrais de nous amener la foudre de notre cher prince !

Je souris, donne une tape affectueuse à la bête.

- Gandalf, je commence, cherche mes mots. Hier soir, vous avez vu le phoenix…

- Comme nous tous, et c'était un phoenix de l'onyx. Cela doit vouloir dire quelque chose.

- J'ai bien peur que cela soit de mauvaise augure. Bien que les peuples soient enclins à oublier les peuples, ils n'oublient pas les oiseaux. Ils les étudient. J'ai vu des livres d'Hommes les dépeindre. Si quelqu'un cherche un peu trop, ils remonteront jusqu'à nous- moi.

- Cela vous forcera peut-être la main, à accepter qui vous êtes, ce que vous êtes.

- Encore cette conversation, n'est-ce pas ?

- Vous devez le savoir. Je vous ai vu avec Thorin, hier soir. Vous devez le ressentir.

- Quel est le rapport entre Thorin et ce pouvoir ?

Je secoue la tête, confuse. Qu'est-ce que Thorin vient faire là-dedans ? Peut-être s'imagine-t-il me déstabiliser. Détourner la conversation n'est pourtant pas son genre, il est plutôt à foncer et pousser jusqu'à obtenir ce qu'il souhaite.

Le visage de l'Istari devient, pendant un espace de seconde, déconcerté. Je l'ai vu, mais il semble faire de son mieux pour garder contenance, il se contente de hausser les épaules. Son regard s'enfonce dans les bois devant nous, il hoche lentement la tête.

Très étrange, c'est définitivement à surveiller.

- Dites Monsieur Gandalf, ne pourriez-vous pas mettre fin à ce déluge ?

- Il pleut Maître Dori ! Et il continuera de pleuvoir jusqu'à ce que la pluie cesse ! Si vous souhaitez changer le temps, il faut vous adresser à un autre magicien.

- Il y en a d'autres, des magiciens ? Demande innocemment Bilbon.

- Nous sommes cinq. Le plus grand est Saruman, le Blanc. Ensuite il y a deux mages Bleus, je ne sais plus du tout comment ils s'appellent.

- Et qui est le cinquième ?

- Ah… C'est Radagast, le Brun.

- C'est un grand magicien ? Ou… Est-il plutôt comme vous ?

Oh Bilbon… C'est un si grand mage. Il est de ceux qui font vraiment la différence, non pas par de grands actes héroïques, mais par une attention quotidienne, pas la douceur et un intérêt sincère envers ce qui l'entoure.

J'ai vécu un moment en sa compagnie. Il m'a appris tant de choses, du soin des êtres vivants, à leur utilité, leur valeur. C'étaient des jours paisibles, j'aimais sa compagnie, j'aimais cette vieille cabane, et mon lit de mousse. J'étais certaine de me réveiller chaque matin avec un animal, souris, renard, oiseaux… C'était un sentiment magique. Cette forêt était bénie de magie blanche.

Je murmure à l'oreille de mon poney d'avancer, me joins aux deux frères, dont l'étincelle de malice a été quelque peu calmée grâce à la réprimande de leur oncle hier soir.

- Alors, on boude ?

J'échange un regard avec Fili, qui détourne les yeux, mais laisse échapper un sourire.

- Très drôle, on a compris la leçon, répond Kili, visiblement agacé.

- Tu sais, on ne voulait vraiment pas faire de tort, enfin… Juste au Hobbit. Il est effrayé par tout, on voulait juste voir sa tête.

- Je sais, Fili. Tout le monde le sait, Thorin aussi. C'est juste que… Les Orcs ont détruit des familles entières. Cet Orc Pâle a causé bien plus de peine à votre oncle que quiconque. Il lui a arraché son peuple, mais aussi son grand-père, son père et son petit frère. Il y a des blessures qui sont trop profondes, qu'importe le temps, ou…

Je les désigne du menton.

- Les miracles de la vie.

Nous restons pendant un moment dans le silence, et j'essaie de me remémorer le visage de Dís. Elle avait les mêmes cheveux que Thorin à l'époque, et peu de barbe. Elle était encore jeune. Je me souviens qu'elle restait toujours auprès de Thraïn, il la vénérait. A quoi ressemble-t-elle aujourd'hui ? Est-ce qu'elle sourit encore autant que lorsque son père la prenait dans ses bras ?

Elle a donc finalement trouvé un nain, l'a aimé. Mon cœur se serre à l'idée de cette petite fille, si proche de son père, qui a dû affronter la vie seule, un mariage, et la naissance de ces deux garçons. Encore maintenant, elle se retrouve sans son frère et ses enfants.

Je me râcle la gorge.

- Je me demandais… Nos vivres commencent à baisser. Il faudrait aller chasser d'ici peu, je pourrais vous accompagner.

Les garçons se lancent un regard, visiblement embêtés. Le plus vieux se gratte le dos, tandis que le second se tortille en reniflant.

- Ecoute, on ne veut pas être méchant, mais nous sommes des chasseurs aguerris. Tu nous gênerais, tu comprends ?

- Je vois…

Avant que je puisse ajouter quelque chose, la voix forte d'Ecu-De-Chêne me requiert à ses côtés, avec une douceur comparable à celle d'un rocher.

- Courage…

Je remercie Fili d'une moue, tandis que son frère fait la grimace en m'indiquant d'un coup de tête d'y aller.

Je soupire, me range aux côtés du Nain, il a l'air bougon aujourd'hui, comme tous les jours. Peut-être davantage aujourd'hui. Ceci dit, la pluie s'est calmée, ça devrait plaider en ma faveur.

Il me toise, sévère.

- Vous essayez de vous rendre utile.

- « Essayer », c'est le mot. Vos neveux semblent persuadés de mon inutilité. Sur ce point, je constate l'air de famille. Quoique, ils ont échappé à votre caractère.

Mon interlocuteur lève un sourcil, abasourdi un instant.

- Vous êtes insolente.

- Et vous ronchon, je le coupe.

- Je vous demande pardon ? Avez-vous la moindre manière ? C'est donc votre but dans cette compagnie, me taper sur les nerfs ?

- C'est moi qui vous ennuie ? Vous vous êtes vu ?

- Vous êtes odieuse !

- Et vous affligeant !

- Agaçante !

- Orgueilleux !

- Prétentieuse !

- Ah vraiment, et vous alors ? je m'indigne

Notre joute verbale jouit d'un nouveau soleil, flamboyant. Nos yeux sont fixes, comme prêts à détecter le moindre mouvement chez l'autre.

Nous sommes interrompu par un poney, qui essaie vainement de s'intercaler.

- M-mon oncle ? Excusez-moi de vous déranger mais…

- Tu ne vois pas qu'on est occupés ? Ai-je aboyé.

- Plus tard, grogne-t-il, adressant à peine un regard à Kili. Où en étais-je ? Ah oui, vous êtes une petite-

Il s'arrête net, tourne la tête vers son neveu, de retour aux côtés de son frère. Nous nous regardons à nouveau, cette fois livides. Mon cœur ne bat plus, et c'est comme si j'étais revenue à la réalité.

- Je crois que nous venons de subtilement dire à Kili de dégager. Très subtilement, avec beaucoup de douceur.

- Vous me mettez hors de moi, dit-il plus bas.

- Oui, vous aussi, vous me faites cet effet, je souris. Allez le voir, il en a besoin, surtout après hier.

- Je sais… Je sais qu'ils sont désolés, je ne voulais pas tant m'énerver. Ils sont jeunes, ils doivent faire des erreurs. J'ai promis à ma sœur de les ramener, je n'ai pas le droit à l'erreur.

- Veiller sur eux ne veut pas dire être froid, Thorin. Vous avez la chance de les avoir. Vous avez le droit de tenir à eux, de vivre, plus que survivre. Allez leur parler.

Il hoche la tête, s'exécute. Ce nain va me rendre folle.

La chaleur du soleil caresse doucement ma peau, j'ai presque envie de me laisser aller au sentiment de quiétude qui hérisse mes poils. J'observe l'herbe d'un vert vif au sol, les petits écureuils qui se chamaillent dans les arbres. Cet endroit est calme, paisible, baigné par les dernières couleurs dorées de la journée.

Nous nous arrêtons au signe d'Ecu-De-Chêne. C'est là que je remarque les sourcils froncés de Gandalf, qui s'approche d'une maison en ruine. Ils sont tous les deux pied à terre, au milieu des ruines d'une ancienne bâtisse.

- Un fermier et sa famille vivaient ici. Déclare l'Istari. Je crois qu'il serait plus sage de se remettre en route…

Je prends le temps d'observer la maison, de ressentir ce qu'elle m'offre. Quelque chose me met en alerte.

- J'ai un mauvais pressentiment aussi, il serait plus judicieux de continuer.

- Nous pourrions aller jusqu'à la Vallée Cachée…

- Je vous l'ai déjà dit ! Intervient Thorin, je ne m'approcherai pas de cet endroit !

- Nous n'irons pas chez les elfes. C'est quelque chose d'indiscutable, Gandalf.

- Qu'ai-je fait pour réunir les deux personnes les plus têtues sur cette quête ? Réfléchissez, par pitié. Les Elfes nous aideraient ! Nous aurions à manger, un lit, des conseils !

- Je n'ai que faire de ces conseils ! Rugit le Nain.

- Nous avons une carte que nous ne savons pas lire ! Le Seigneur Elrond peut nous aider !

- Gandalf à raison sur ce point. Elrond lit plusieurs langues, qu'elles soient mortes ou vivantes. Vous ne pouvez pas continuer votre quê…

- Mêlez-vous de ce qui vous regarde ! Me coupe-t-il.

Je fais un pas en arrière, comme si j'avais reçu une gifle. Je lâche un « bien » avec tout le dédain dont je suis capable. Je lui jette un regard noir, me retourne, siffle mon poney, l'enfourche, me lance sur la colline sans un regard en arrière.

- Nornar, où allez-vous ?

- Loin de quelqu'un ! Comme il le souhaite mon cher Bilbon !

- Ah bon… Mais qui ça ?

- Sa Grandeur, son Immensissime Thorin Ecu-De-Chêne !

Je chevauche jusqu'à une grotte, bien que je n'aie nullement envie d'y entrer, en plus d'être sombre, aux relents immondes, je sens la mort. C'est simplement une précaution, au cas où la pluie recommencerait.

Il faut que je change d'air, un feu s'est déclenché dans mon corps, je crois même que j'ai de la fièvre, j'ai envie de hurler. Ma réaction est très certainement exagérée, mais je suis de nature impulsive, et les souvenirs de ces dernières semaines ne m'aide pas. Je crois que je vais aller chasser, j'ai besoin de manger décemment.

J'attrape l'arc de ma mère, m'enfonce dans le bois. Je tends l'oreille, alerte au moindre petit bruissement d'herbe, craquement de branche. J'observe mon environnement, aperçois un terrier de taupe dans la terre a été aplatie, je m'accroupis, détaille les traces, palpe la boue. Des petites pattes, comme par hasard à côté de fleurs, mâchouillées, ce qui veut dire qu'il y a un lapin dans le coin. Je touche les pétales du bout des doigts, j'ai de la chance, il vient de passer ! Je suis les empreintes boueuses qu'a laissé ma proie, je le vois au loin, blanc, près d'un buisson de ronces. Je tire délicatement une flèche de mon carquois, la bande, lâche la corde.

Voilà qui me requinquera, dans un bon chaudron, avec quelques navets… Je devrais trouver quelques racines à ajouter à mon ragoût sur mon chemin de retour.

Après cette maudite journée, finalement un peu de répit !

Je vais faire un feu, il commence à faire plus froid, et j'ai faim. Je retourne à l'orée du bois chercher des branches ainsi que des feuilles mortes, pour qu'il démarre plus rapidement.

Ma vieille, voilà le retour des bonnes vieilles habitudes, juste toi, un bon petit repas, et de la terre mouillée. C'est la vie de princesse, ça.

Je sors de l'eau, des légumes et quelques herbes aromatiques de mon sac. Maintenant, le point principal du ragoût : le lapin. Je m'éloigne du camp, l'éventre délicatement, accroche sa fourrure sur une branche, retourne découper la viande en morceau, l'ajoutant au fur et à mesure dans la casserole. J'en salive d'avance.

Je n'ai plus qu'à patienter. Je n'ai jamais été douée pour rester clouée à la même place. Je m'avance à l'intérieur de la grotte, les explorations peuvent parfois être fructueuses, parfois. Ici, un rien me fait me retourner, les sens aux aguets, j'ai l'impression d'avoir la tête hantée par les morts.

- Merde, c'est quoi cette odeur !

Ça pue la chair en décomposition. J'aperçois plusieurs objets divers, en argent, en or, il y a de quoi vivre pendant quelques années. Qui serait assez stupide, hormis moi, pour laisser ça ? Tout ce sang… Aucun Hommes, clairement pas les Nains, et aucuns Elfes ne peuvent avoir fait ça. Les Orcs ne s'embarrassent pas de grottes. Des mercenaires gobelin m'auraient déjà sauté dessus. Ce qui me laisse… des Trolls ?

Ils doivent se cacher de la lumière du jour, ils ne peuvent pas croiser la lumière du soleil ! Ils ne sont évidemment plus ici depuis peu de temps, sûrement pour chercher quelque chose à se mettre sous la dent. Ils ont dû partir cette nuit, alors… Merde, les nains.

Je me rue dehors, empoigne mon épée, mes dagues, les replaces dans leurs fourreaux. Mon regard passe sur mon dîner, mon lapin… C'était si bien parti.

Je n'ose prendre Ambre avec moi, je ne voudrais pas qu'il lui arrive quelque chose. Je lui murmure quelques mots en elfiques pour l'apaiser, fonce vers la forêt.

Je grimpe à un chêne, ma course sera plus discrète en hauteur. J'écarte une branche de mon visage, remarque une lumière qui se dégage à travers les feuilles.

Eux aussi, ils sont réunis autour d'un feu. Qu'ils sont laids, et bêtes aussi…

J'aperçois une ombre bouger, des poneys remuer. Bien sûr, ce sont les nôtres. Que font donc ces nains pour rater une telle disparition ?

Est-ce que ? Bilbon ? Mais il est fou ! Qu'est-ce qu'il fait là, tout seul ?

- Attends voir ! Sale petite vermine ! Je te tiens ! Il y en a d'autres, des sales petits comme toi qui se cachent où il faut pas ?

- Non… Répond Bilbon en tentant de se redresser.

Je n'aimerais pas être à sa place, la tête en bas, comme ça. Il semble pétrifié par la peur. Ouais, je sais, bienvenue dans le monde extérieur.

S'il est là, les nains doivent forcément savoir qu'il y a un problème, si pas eux, Gandalf l'aura remarqué. En attendant, je peux essayer de les distraire.

- C'est un menteur ! Rugit le Troll maigrichon de sa voix, vraiment agaçante.

- Absolument pas ! Se défend le Semi-Homme.

Quel aurait été le meilleur moment pour faire mon entrée, autre que celui-ci ?

Je saute de l'arbre, tout en tirant une flèche dans la main du Troll, qui lâche le Hobbit.

- Bonsoir les moches ! Alors comme ça on se fait une fête sans moi ? Vous m'en voyez outrée.

Le Troll en tablier fonce sur moi, je l'évite en roulant au sol, tire un couteau de jet, le lance sur sa cuisse. J'entends des cris, me retourne, Bilbon s'est à nouveau fait prendre.

J'esquive un coup de la créature, dérape dans la terre encore humide.

Je perçois des froissements dans les buissons, menace la chose de mon épée. Ce n'est que Kili. Il fonce, donne un coup d'épée dans le mollet du Maigrichon qui hurle en soulevant son pied. Le jeune Nain s'attaque ensuite aux orteils du monstre, me lance un regard étonné puis reporte son attention sur le Cambrioleur.

- Lâche le ! Hurle-t-il.

- Qu'est-ce que t'as dit ?

- J'ai dit, lâche-le, abruti !

Le Troll émet un horrible grognement, lance le Hobbit sur Kili. Je siffle, lance une pierre à la tête du Troll, pour détourner son attention.

- Et moi, tu m'as oublié ? En plus d'être hideux, tu es plus stupide qu'un Grison !

Soudain, une troupe, que dis-je ? Une meute de Nains débarque à notre rescousse. Je me munis de mes deux dagues, me lance dans le combat. Je vois un Nain voler dans ma direction, fais une cabriole, l'évite. Je cours en dessous du Troll Cuistot, fonce sur celui que Ecu-De-Chêne combat, seul. Il est suicidaire ou quoi ?
Je lacère la jambe de la créature, entraperçois le Maigrichon lancer presque littéralement son pied dans la direction de Fili. Pas la peine de réfléchir, je fonce, le pousse. Je suis projetée contre la barrière qui retient les poneys. Le choc fait enfin effet, le sang me monte à la tête, je sens mes veines pulser dans mon corps, j'ai l'impression que mon crâne va exploser. C'était violent, je suis incapable de me relever.

Bilbon libère les chevaux, me regarde, cherche quoi faire. Non ! Il faut qu'il bouge ! Mes doigts bougent, ma main, mais le reste de mon corps refuse de m'obéir, j'essaie en vain de lui faire signe de déguarpir.

Trop tard, alors que je parviens péniblement à ramener mes jambes vers mon corps, se tiennent menaçant, deux Trolls en possession de Bilbon, prêts à l'écarteler.

- Bilbon ! S'écrie les Nains.

- Jetez vos armes ! Ou on en fait des miettes !

Le Roi regarde son cambrioleur quelques secondes, puis s'exécute avec rage, suivi de sa compagnie. Le Troll maigrichon s'empare, un à un de nous, nous fourre dans des sacs comme un vulgaire trophée de chasse. Je commence à récupérer mes fonctions motrices, à mon grand soulagement. Ce géant nous a empilé dans un coin, les uns sur les autres, nous ne sommes que leur prochain repas.

- Ça brule ! Ça brule ! Ça brule ! crie un Nain sur la broche.

- C'est pas la peine de les cuire ! rouspète le Maigrichon. Y a qu'à s'asseoir dessus, et en faire de la gelée !

- Faut les faire rissoler…

J'ai des vertiges, leur discussion ridicule me donne la nausée. Je crois que j'ai vraiment pris un gros coup sur la tête. Ca m'apprendra, à aider les autres

- Hé ! Hé ! Nornar ! Ça va ? Restez éveillé !

Ma vision est brouillée, j'essaie de discerner Kili, cligne plusieurs fois des yeux. J'essaie de me redresser, gigote dans tous les sens.

- Si vous pouviez arrêter de vous trémousser dans tous les sens…

Je lève la tête, tombe nez à nez avec celle du prince, au-dessus de la mienne. Voilà donc sur quoi je reposais, c'était trop confortable pour être vrai. Je fais une grimace, me repose.

- Que faites-vous maintenant ? Vous vous mettez à l'aise ?

- Oh Thorin, pour l'amour des valars, pas maintenant. J'ai le crâne en compote. Laissez-moi une minute, de plus, vous m'avez demandé d'arrêter de bouger.

Il se renfrogne, mais semble inspecter mon visage avec attention.

- Vous saignez à l'arrière du crâne, vous êtes bien amoché, je ne pensais pas vous voir en vie, après vous avoir vu valser.

- Tout cela pour finir dévorés par des imbéciles…

J'observe le reste de la compagnie, dans leurs sublimes sous-vêtements. Au moins ont-ils eu cette décence. Je crois que je serais morte si j'avais dû endurer les fesses roses des nains brûler sous mes yeux.

- Attendez ! Crie soudainement Bilbon aux Trolls. Vous allez faire… Une énorme bêtise.

- On ne peut pas les raisonner, ils sont idiots ! Juge bon d'informer Dori.

- Idiots ? Mais qu'est-ce que nous sommes, nous ! S'écrie Bifur.

- Je… Je voulais dire… Avec… Avec l'assaisonnement !

Tu es intelligent, Hobbit. Si nous gagnons du temps, ces scélérats deviendront pierre ! Je suis attirée par un bruissement à quelques mètres de nous, et un léger cri rauque que je reconnaitrais entre mille. Voilà mon moyen de communiquer avec Gandalf.

Je sors doucement mes bras du sac, saute sur mes pieds, chancèle, arrache mon pendentif, le confie à l'oiseau qui s'envole, tout en lui murmurant des mots en ma langue natale. Il me répond d'un cri en disparaissant dans le ciel.

Mes genoux flanchent, mais je suis rattrapée par un des géants, qui m'empoigne fermement. Je me contente de le fixer d'un regard noir.

- Nornar !

- Taisez-vous les Nains ! Hurle le Cuistot.

- Alors, mocheté ? Tu ne me manges pas ?

- Le Cambrihobbit va dire ce qu'il faut faire pour cuisiner le Nain !

Est-ce que je ressemble à un nain ?

Je hausse les sourcils, abasourdie. Une telle stupidité me dépasse.

- Le secret pour cuisiner le Nain… Commence le Hobbit, embêté.

- Lâche-moi, imbécile ! j'interromps

- Tais-toi !

- Mais qu'est-ce que tu peux puer !

- C'en est assez ! Je me fiche du secret ! Je vais manger celui-là !

Le Troll m'amène à sa bouche, son haleine fétide me pique les narines, c'est infect. Je ne finirai pas comme ça.

- Je t'ai dit de me lâcher ! Ai-je hurlé.

A ce moment, une ombre noire s'échappe de moi et cogne le Troll. Je tombe sur les Nains, ils n'ont visiblement pas remarqué cette ombre. Je me recroqueville sur moi-même, retiens un cri. Mon épaule est démise…

- Celui-là est maudit ! Crie le Troll.

- Tout ça, c'est rien que des bêtises !

- Il a raison, moi j'ai rien contre un bout de Nain cru ! Bigrement croquant ! Dit-il en saisissant Bombur.

Vite ! Il faut trouver quelque chose !

- Oh non pas celui-là ! Il est infecté ! Lance le Hobbit.

- Il est quoi ?

- Oui, Biblon cherche ses mots, il a plein de vers dans les boyaux

Stupide Troll, c'est bien pensé ! Il laisse tomber Bombur avec une mine dégoûtée.

- Oui ! En fait, ils ont tous des vers ! Ils sont infectés de parasites ! Je ne prendrais pas de risques, ah ça non !

- Des parasites ! Il a dit des parasites ! S'exclame Gloïn, outré.

- Oui on n'a pas de parasites ! Rage Kili.

- C'est vous qui avez des parasites !

Je jette un coup d'œil à Ecu-De Chêne, essaie de lui mimer des choses du bout des lèvres. Finalement, il donne un coup de pied féroce dans le dos des nains. Il a compris. Je laisse échapper un soupir de soulagement, me laisse aller contre le sol.

- Alors, vous voulez qu'on les libère ? Demande le Cuistot.

- Et bien…

- Que l'aube vous saisissent tous !

C'est Gandalf ! Il vient de briser le rocher qui sépare les Trolls des rayons du soleil. C'est fini. Où diable était-il pendant tout ce temps ?

Les Nains se libèrent, courent vers leurs frères au-dessus du feu. Fili m'aide à me relever, se plante devant moi, imité par Kili. Je retiens ma douleur comme je peux, il faut que je remette cette satanée épaule.

- Nornar, tu m'as sauvé la vie, commence le blond.

- Ouais, ça m'arrive d'être utile. Je n'ai pas pour habitude de laisser mourir les gens. De toute façons, sans le Hobbit, nous n'en menions pas large.

Je m'excuse, pars à la rencontre de Gandalf.

Il semble que j'interromps une conversation houleuse avec Ecu-De-Chêne.

- L'idée du Phoenix était ingénieuse, ma dame. Vous devez, par contre, avoir une grande confiance en moi pour me confier ceci…

Je baisse les yeux vers mon pendentif.

- C'est peut être le cas, ou bien j'étais davantage concernée par notre mort imminente. Pouvez-vous me le rendre ?

Il hoche la tête, me le pose dans ma main valide. Le prince semble y accorder un regard, comme s'il s'en souvenait, puis le repose sur moi.

- Vous vous êtes démis l'épaule. Il faut la remettre en place.

- Pouvez-vous m'aider ?

Il hésite un instant, pose ses mains sur mon bras, et le haut de mon épaule.

- Vous êtes sûre ?

Je hoche la tête, serre les dents. Ce n'est pas ma première, mais ce n'est jamais une partie de plaisi-

Je lâche un cri, me crispe de douleur. J'essaie de reprendre mon souffle, chancelle un peu. Thorin me retient d'un bras fort, les sourcils froncés.

C'est passé, le plus dur est fait.

- Au fait, dis-je entre deux halètement, je sais où se trouve le butin des Trolls. Au départ, je venais vous prévenir qu'ils étaient là…