BÉNÉVOLENTS - Partie II SACRIFICES


2 T'hai'la

─ o ─

Sermonner et clouer le bec de l'ambassadeur Sarek avait fait un bien fou à McCoy. Il regagna ses quartiers en souriant. Dans le couloir, il vit ses deux amis se dire bonsoir et se séparer. Il s'abstint d'intervenir, même s'il estimait que c'était une mauvaise idée.

Il posa sa sacoche en lin sur une chaise. Il l'avait oubliée dans la salle d'observation quand il avait amené Savína à l'infirmerie, et l'avait retrouvée lors du banquet. Il était tellement heureux de lui avoir rendu son visage, parfois la médecine avait des airs de magie.
À présent qu'il était enfin rentré "chez lui", il avait la flemme de faire un nouveau détour pour y ramener ce fichu sac.

Comme Jim au même moment, Leonard prit une longue douche bien chaude. Les Elládhiens et les T'Khasiens avaient une hygiène rigoureuse, mais rien ne valait une vraie douche.

Leonard contempla la petite statuette que Minoas lui avait offerte, et ronchonna à l'adresse du couple divin
─ Vous en avez foutu un beau bordel tous les deux!

Jim et Spock étaient faits l'un pour l'autre, mais ce corps de femme compliquait la situation. Leonard soupira. Il s'allongea sur son lit. Comme bien souvent, il ressentit un désagréable sentiment de solitude. Bah, cela allait passer.

La fatigue de la journée vainquit son insomnie chronique. Alors qu'il flottait dans un demi sommeil, il perçut une présence douce autour de lui. Cela lui était déjà arrivé sur Elládha. Cette psyché bienveillante l'enveloppait tendrement, et semblait lui murmurer. «Tu es aimé». Il se laissa porter et s'endormit, un sourire flottant sur ses lèvres.

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36910,15 (15 octobre 2269)

Leonard s'étira doucement. Il avait merveilleusement bien dormi. Il se sentait frais et dispos, et aimé. Par qui et de quelle façon, il l'ignorait. Seule persistait cette impression de chaleur bienveillante. Malgré cette ignorance, il ne se sentait en aucune façon menacé, rien lui était demandé en retour. Ce devait sans doute être une forme de réconfort accordée par les Bénévolents.

Son estomac réclama bruyamment son dû. Leonard fit une toilette de chat, s'habilla et reprit sa sacoche de médecin dans le but de la ramener à l'infirmerie. Sa bonne humeur fondit comme neige au soleil lorsqu'il vit Sarek et T'Pau devant la porte de la cabine de Spock. Il fondit sur elleux, et gronda sans leur cacher sa colère :

─ Ah non! Vous n'allez pas commencer à lui pourrir la vie dès le matin! Qu'est ce que vous faites là?

L'Ambassadeur le toisa de son regard impassible :
─ Cela ne vous regarde pas, Docteur.

─ Oh que si, cela me regarde! Je suis le médecin-chef de ce vaisseau, et Spock est mon ami!

Il s'étonna intérieurement de pas rougir en clamant aussi ouvertement ces liens d'amitié. Puis il songea que leurs escapades sur les deux planètes lui avaient permis d'en prendre conscience, de comprendre que Spock lui-même le considérait comme tel.

─ De toute façon, cela fait trois fois que je sonne, je n'obtiens aucune réponse.

McCoy pâlit. Spock était un lève-tôt pathologique. Il était anormal qu'il ne réponde pas à la sonnerie de la porte.
─ Poussez-vous.

Il s'approcha de l'interphone.
─ Ordinateur. Reconnaissance vocale.

─ Reconnaissance vocale activée

─ Médecin-chef Docteur Leonard McCoy. Code Alpha21B67P84 Ouverture de la porte demandée.

─ Reconnaissance vocale confirmée. La porte est ouverte.

Il s'engouffra à l'intérieur, les deux Vulcain·es sur ses talons. Il n'y avait personne dans le bureau sombre, aussi illes se dirigèrent vers la chambre est restèrent cloués sur place.

Dans la lumière tamisée, sur le lit défait, Jim et Spock étaient assis sur leurs genoux, l'un contre l'autre, nu, en plein baiser. Leurs érections étaient visibles. McCoy se sentit rougir d'avoir violé ainsi l'intimité de ses amis. En une fraction de seconde, il remarqua la profonde marque de morsure sanglante que chacun d'eux arborait au niveau du creux du cou, ainsi que les (trop) nombreuses traces de suçons sur tout leurs corps. Il passa aussitôt en mode médecin.

Les T'hylara levèrent la tête en même temps.
Malgré son expression furibonde, la présence de McCoy ne les indisposa pas, au contraire, elle avait quelque-chose de ...sécurisant, il était leur plus précieux ami.
Les Vulcain·es en revanche n'avaient rien à faire en ces lieux privés. Ils ne se donnèrent pas la peine de cacher leurs membres tendus. Ils étaient dans un lieu privé, si la vue de leur état d'excitation physique déplaisait aux Vulcain·es, il leur suffisait de se retirer!

Sarek recula de plusieurs pas sans même s'en rendre compte. Une violent bourrasque mentale l'atteignait de plein fouet: les esprits entremêlés de son fils et de James Kirk lui intimaient le même ordre implacable: « Ruk-uh! Ri sarlah-uh ! Ri puthrap-uh sa-veh k'massaya !» [«Sortez! ne vous approchez pas, ne le blessez pas en parole!»]... la voix mentale de cet humain le menaçait en Vulcain !

T'Pau possédait des dons psioniques extrêmement puissants, voire encombrants lorsqu'elle se retrouvait entourée d'êtres ne contrôlant pas leurs pensées ni leurs émotions. Elle perçut très nettement les échos émotionnels de ces possessivités protectrices. Elle entendit distinctement les mots, et comprit immédiatement de quoi il retournait. Cet fièvre psychico-physique était rare, mais connue : Adun-tow.
S'approcher d'eux était extrêmement dangereux. Toute provocation était susceptible de déclencher une réponse violente, hors de tout contrôle. Ce n'était pas un Pon Farr, mais cela en avait certaines caractéristiques : les capacités de raisonnement logique et de maîtrise émotionnelle étaient émoussées par la puissance des besoins sexuels des deux partenaires. Elle aussi recula prudemment de quelques pas. Elle croisa le regard de son neveux et lui fit discrètement signe de ne pas intervenir. Elle vit le Docteur se rapprocher du couple.

─ Non, Docteur, n'avancez pas plus!

─ Je vais me gêner! Gronda McCoy qui avait retrouvé ses esprits.

Il se précipita vers les amants, en mode furie-hurlante :
─ BON SANG de bonsoir! Mais qu'est ce que vous avez encore boutiqué tous les deux?

Au grand étonnement de Sarek et T'Pau, ni Jim ni Spock ne considérèrent cette intrusion vociférante comme une menace. La présence du médecin sembla au contraire avoir sur eux un effet apaisant.
McCoy se pencha, ramassa un draps qui traînait sur le sol et les posa sur ses amis, de façon à préserver leur pudeur, et la sienne.

─ Merci Bones, bonjour aussi. Dit Jim d'une voix narquoise.

Spock ajusta tranquillement le tissu sur les reins de Jim.
─ Nous nous sommes accouplé.

─ Merci, monsieur Spock, pour cette précision oh combien utile pour l'humble médecin de campagne tellement ignorant des choses de la vie que je suis! Sans vous j'aurai pu croire que vous vous adonniez à une séance de tricot!

Spock haussa un sourcil d'incompréhension, alors que Jim riait doucement :
─ Non, Bones, c'était une séance de Strip-echec-3D. Mais nous avons tous les deux gagné!

La stupéfaction furtive qui s'afficha sur les visage de Sarek lui fut délectable. Mais McCoy n'avait aucune envie de rire.

─ Hilarant, Jim. Qu'est ce que c'est que ces traces de morsures sanglantes ? Vous n'y êtes pas allé de main morte!

─ De main morte, docteur? Demanda Spock innocemment
Il percevait l'amusement de Jim et retenait le sien à grand peine. Il tenta de se ressaisir, un Vulcain ne ressent pas d'amusement... mais contenir cette fièvre en présence de ces intrus·es Vulcain·es lui demandait déjà un effort considérable. Il avait toutes les peines du monde à ne pas bondir sur elleux pour les jeter brutalement hors de sa chambre. Nul ne devait voir son T'hy'la dans cet état. Jim était sien, à lui, rien qu'à lui. Jim approuva : il ressentait la même chose à son égard.

Les yeux bleus de McCoy virèrent brutalement au gris sombre : il était devenu véritablement furieux. Jim tenta de l'amadouer :
─ Vous voyez bien que nous allons tous les deux très bien, Bones, ce n'est rien.

Le médecin explosa aussitôt :
─ RIEN ? Comment ça rien ? Non, ce n'est pas rien! Il y a toujours un risque d'infection! Et encore plus dans les cas de morsure inter-espèce! VOUS ÊTES DEUX IRRESPONSABLES !

Indigné, Spock voulut répondre à l'accusation, mais la douce main de Jim sur son bras le retint. Il n'était pas prudent d'exciter trop le courroux du doc. Momentanément calmé par cet accès de colère, McCoy plongea sa poigne dans son sac en toile.

─ Comment se fait-il que vous l'ayez encore sur vous ? S'étonna Jim

─ La journée a été longue, hier, j'ai simplement oublié de le ramener à l'infirmerie.

Il en sortit un hypospray, Jim se crispa aussitôt et eut un mouvement de recul.
─ Ah non, Bones!

Comprenant l'importance de ce soin pour la santé de son T'hy'la, Spock le retint discrètement contre lui.

─ Jim, tu n'es pas en position de faire un caprice! Gronda McCoy en lui plantant l'hypospray par surprise dans le creux du cou

Le tutoiement était sorti sans qu'il n'y prête attention, et ne choqua aucun des deux amants. Par contre, la piqûre déplut profondément à Jim. Il protesta avec véhémence :
─ Bones! Ça fait mal!

─ Et ces morsures? Elles sont indolores peut-être?

─ Ce n'est pas la même chose!

Spock ne broncha pas quand le médecin fit de même avec lui. McCoy sortit un petit régénérateur dermique et en moins de cinq minutes, il ne leur restait plus que des cicatrices propres et nettes.

─ Vous reviendrez me voir plus tard pour que je vous enlève ces vilaines marques de dents...

McCoy remarqua la furtive possessivité assombrir les yeux de ses amis.
─... ou pas. Tous les goûts sont dans la nature.

Le médecin fouilla à nouveau dans son sac, et sortit son médicorder.

─ Tu vois bien que nous allons bien, tous les deux. Répéta Jim sans se rendre compte qu'il le tutoyais

─ Tu es Capitaine, pas médecin. C'est à moi d'en juger!

McCoy consulta les résultats et fronça les sourcils.

─ Docteur? Demanda Spock, en parvenant presque à masquer son inquiétude pour la santé de son précieux T'hy'la

─ Déjà, décollez-vous l'un de l'autre! Ça fausse les résultats, j'ai un gloubiboulga de résultats contradictoires !

Ce mot bizarre lui venait de sa fille. Petite, lorsqu'elle allait chez sa nounou, elle avait adoré une très vieille émission pour les enfants des siècles passés, d'une douce naïveté, avec pour héro un gentil dinosaure orange. McCoy avait voulu provoquer un levé de sourcil d'incompréhension chez Spock. Mais la réaction des deux amants fut toute autre : il y avait dans leurs yeux mécontents un mélange de réticence et de sourde colère.

─ On se calme tout de suite tous les deux! Soyez rationnels cinq minutes! Nous ne sommes pas perdus sur une planète aux propriétés bizarres. Aucun de vous ne va disparaître dans le néant si vous n'êtes plus en étroit contact physique!

Cet appel à la rationalité eut pour Spock le même effet qu'une gifle. Jim et lui s'éloignèrent l'un de l'autre. Ils ressentirent aussitôt un profond état de manque.

─ Cela ne va pas être long. Promit doucement McCoy qui avait bien compris leurs douloureux malaises.

Il promena à nouveau le médicorder sur Jim, enregistra les résultats, puis fit de même pour Spock
─ C'est fait.

Les deux hommes se rapprochèrent immédiatement l'un de l'autre, de façon à ce que leurs peaux se touchent au maximum. Jim retint un soupir de soulagement. McCoy prit le temps d'analyser les résultats. Il fronça à nouveau les sourcils en grondant :
─ Tu m'avais pourtant dit que ça n'arrivait que tous les sept ans!

─ Spock ne t'a pas mentit. Intervint Jim qui avait compris l'allusion au Pon farr. Ce n'est pas la même chose.

─ Tu te moques de moi? Toutes vos constantes hormonales sont en plein délire, et en particulier celles qui gèrent le comportement sexuel. Et même toi, Jim, tu es atteint par ce truc!

─ C'est une adun-tow. Précisa Jim avec fierté

La brève réaction d'incrédulité de Sarek provoqua en Spock et lui un féroce sentiment de satisfaction. T'Pau ne réagit pas, comme si elle savait déjà de quoi il retournait.

─ Traduction, please.

─ La fièvre des époux. Intervint Spock.

Aucun de ses amis ne semblaient en état de souffrance. Leur santé physique était excellente, malgré ces pics hormonaux surréalistes. Quant à leur santé psychique, même si tous deux restaient calmes, McCoy ne pouvait pas ne pas voir qu'ils nageaient en plein bonheur, au point d'en être rayonnants. Il ne retint pas son sourire complice, presque approbateur.
─ Ah... ok... je vois... Je ne suis presque pas étonné finalement, vous êtes décidément incapable de faire les choses comme tout le monde, il faut toujours que vous vous fassiez remarquer!

─ Bones! Protesta Jim, mais il était amusé par le soi-disant dépit de McCoy

─ Forcément, après s'être retenus si longtemps. Ajouta McCoy d'une voix adoucie. Une fièvre... allez-y mollo tout de même, prenez garde à ne pas vous blesser lorsque le pic de fièvre reviendra.

Les deux hommes comprirent parfaitement l'allusion, et les raisons parfaitement justifiées de l'inquiétude de leur ami. Dans fièvre vulcaine, il y avait violence potentielle. Le Pon farr de Spock les avaient tous les trois traumatisés, chacun à sa façon.

Spock retrouva sa voix de scientifique pour expliquer tranquillement :
─ Les organes sexuels des Vulcains sont naturellement lubrifiés, et ces sécrétions contiennent aussi des antiseptiques et des cicatrisants naturels.

Le soulagement du médecin fut visible. Par pudeur, il ironisa :
─ Heureux de l'apprendre, professeur Spock. Il faudra éviter de vous faire d'autres suçons, il y a des risques de provoquer un caillot sanguin. Ça finit toujours par s'échouer dans un capillaire du cœur ou du cerveau. C'est rare mais ça peut arriver. À moins que la nature Vulcaine n'ait aussi prévu un quelque-chose contre cela.

─ Pas que je sache, Leonard.

─ Donc plus de suçons, ordre du médecin! Et combien de temps votre fièvre va-t-elle durer?

─ Entre 4 et 5 jours.

À nouveau, Leonard sourit avec tendresse :
─ Tu es bien imprécis, Spock, je mets cela sur le compte de votre adounetaow. Oui, j'imagine que la précision est impossible en ce domaine, surtout sans aucun élément comparatif antécédent ou scientifique. Je vous mets en arrêt maladie pour cinq jours.

Bones vit que les deux hommes réfléchissaient, ce qui ne devait pas être facile avec cette fièvre qui mettait leurs sangs et leurs sens en ébullition

Jim contempla son ami. Bordel, ce que Bones était adorable lorsqu'il se comportait en mère poule acariâtre! Il eut soudain violement envie de l'embrasser.
Spock perçut cet étrange désir. Leur Adun-tow le rendait maladivement possessif, et pourtant il n'en ressentit aucune jalousie. Après Jim, Leonard était la personne à laquelle il était le plus attaché. Une bouffée de bonheur circula le long de leur Kash-naf lorsqu'il entendit la joyeuse pensée de Jim :

« Oh oui, moi aussi! Bones est plus qu'un frère pour moi »

«...pour nous» Le corrigea Spock

« J'ai l'impression qu'il se sent seul en ce moment, et je ne veux pas qu'il soit triste. »

Jim ne put contenir une ultime taquinerie :
─ OK, mais à la condition que tu prennes ma relève sur le fauteuil de Capitaine.

La colère du médecin revint d'un bloc :
─ Moi? Pourquoi moi? Sulu ou Scotty sont bien plus aptes que moi à assumer ce rôle !

Le sourire de Jim s'élargit, ses yeux devinrent pétillants de malice :
─ Possible, mais c'est encore moi qui décide. De plus, nous ne seront pas arrivés sur les lieux de notre prochaine mission avant 6 jours et des poussières.

Spock approuva cette décision qui allait contraindre leur ami à se reposer :
─ Approximativement 6.28 jours.

─ Voilà. Approximativement. Et comme nous traversons une zone quasi dépourvue en objets stellaires, tu n'aura pas grand chose à faire. Tu pourra enfin te détendre un peu, les fesses bien au chaud. Tu verras, mon fauteuil est très confortable.

─ Ça c'est un coup bas, Jim! Je n'ai pas besoin de repos! J'ai très bien dormi cette nuit!

─ Et toutes les précédentes? Intervint Spock avec son petit air de ne pas y toucher.

Son courroux retomba aussi rapidement qu'il avait enflé en lui. Comment ce Vulcain pouvait-il savoir pour ses insomnies?
─ Tu ne vas t'y mettre toi-aussi! Nous sommes mal partis si Jim déteint sur toi!

Le joyeux rire de Jim acheva de gommer l'agacement du Capitaine-par-intérim. Il soupira.

─ Pensez à vous alimenter et à boire souvent entre deux pics de fièvre... boire de l'eau. Précisa McCoy suite au regard tendancieux de Jim. Rappelles-toi, Spock, que les Humains ne vivent pas que d'amour et d'eau fraîche. Et les Vulcains non plus...

─ Docteur...

─ Oui, je suis au courant, l'amour en moins. J'ai bien retenu vos leçons, professeur Spock : les Vulcains n'ont pas de sentiments. Prenez-soin de vous deux.

─ Oui, Bones, ne te fais pas de soucis. Répondit Jim.

─ Avec vous deux, c'est impossible!

L'envie de Jim se mua en un irrépressible désir. Et à présent, Spock le voulut lui aussi. Ils ne se posèrent pas de question, alors que le médecin poursuivait ses reproches.

─ Il faut toujours que vous...

D'un mouvement parfaitement synchronisés, les Amants attrapèrent Leonard par la nuque et la taille, ils l'attirèrent à eux. Il perdit l'équilibre et tomba sur eux. Il s'accrocha à ce que sa main rencontra, la cuisse musclée de Jim, pour ne pas tomber à genoux par terre. Avant qu'il n'ait le temps de protester, Jim avait saisit son visage et posé ses lèvres sur les siennes...

─ Ji...mmm !

Le cerveau de McCoy se mit en pause, obnubilé par ces contacts, aussi inattendus que merveilleux. Il ne pensa même pas à les repousser.
Jim, ses lèvres chaudes, impétueuses, posées sur les siennes, sa paume douce sous son menton, son bras qui enlaçait son dos.
Spock, sa main puissante, brûlante, ferme, enroulée autour de sa nuque pour le maintenir contre eux, ses lèvres frôlaient délicatement sa joue, tout à coté de celles de Jim... Leurs odeurs mêlées, suaves, la proximité de leurs peaux nues, cette possessivité qu'ils déployaient à son égard...

Ils desserrèrent doucement leur étreinte, tout en le maintenant contre eux.

Le souffle tiède de Jim vint caresser la joue de Leonard :
─ Nous savons combien tu fais de soucis pour nous, mon Cher Bones. Ne t'inquiète pas, tout ira bien.

Il sentit les lèvres de Spock frôler son autre oreille :
─ Nous sommes l'un et l'autre en excellente santé, Mon Ami. Tu as ma parole que je veillerai à ce que cela ne change pas.

Ils lâchèrent prise lentement, visiblement à regret.
Leonard se releva en titubant. Les lèvres, les joues et les oreilles en feu, le cœur en surchauffe, incapable d'émettre la moindre protestation. Ces deux hommes scellaient leurs lien d'amoureux éperdus, et pourtant... n ils ne l'excluaient pas, bien au contraire : ils avaient perçu son sentiment de solitude et son besoin affectif. Ils lui avaient fait comprendre leurs amitiés de la façon la plus charnelle qui soit.

Il fit quelques pas en arrière, le visage rouge vif. Il n'y avait aucune moquerie ou raillerie dans les yeux clairs de ses amis, au contraire. Il pouvait sentir la puissance de leur amitié l'enlacer de façon palpable… et bon sang, comme ils étaient beaux !
McCoy se racla la gorge, il tenta de les menacer en les pointant du doigt :
─ Vous avez intérêt !

Les yeux de Spock se firent velours, et la voix de Jim fut infiniment douce :
─ Promis, Bones.

McCoy se redonna contenance. Il avait la sensation que ses amis lui avaient transmis leurs vigueurs et leurs forces. Il se sentait (presque) capable de se battre contre un Klingon à mains nues... il se tourna vers les Vulcains. Il vit sans peine à quel point Sarek avait été choqué par ce qu'il venait de se dérouler sous ses yeux. T'Pau était restée parfaitement impassible... quoi que, il crut percevoir une sorte de... douceur dans son regard. Il retrouva sans peine son attitude de médecin autoritaire.
─ Venez, nous n'avons rien à faire ici!

─ Nous n'aurions jamais dû entrer avec vous en ces lieux, Docteur. Répondit la vieille femme. Il est impoli de surprendre un couple dans son intimité.

Sarek s'abstint d'intervenir : cette réprobation lui était directement destinée.

Une fois dehors, McCoy se tourna vers lui. Il lui cracha son indignation au visage :
─ J'espère que cette fois vous avez compris! Ces deux là sont faits l'un pour l'autre, cessez de tenter de les séparer l'un de l'autre !

─ Qu'est ce qui vous fait dire cela? Protesta calmement Sarek

─ Ne me prenez pas pour un idiot! Rétorqua McCoy avec colère, plus déterminé que jamais à protéger Jim et Spock de ce Vulcain dépourvu de cœur. J'ai bien vu à quel point votre présence affectait mes amis, et il ne peut y avoir qu'une seule raison à cela. Vous désapprouvez leur relation!

─ Leur relation est illogique : un Humain et un Vulcain ne sont pas fait pour s'unir.

─ C'est une blague? Vous avez épousé une humaine, me serais-je trompé?

─ J'ai épousé une femelle Humaine, en effet, pas un mâle. L'union de deux mâles est illogique, car non procréatif.

─ Nous ne sommes pas des animaux avec un devoir de reproduction ! Je pense qu'il y a assez de Vulcain de part cet univers, sans qu'il ait besoin que ces deux-là se reproduisent! LAISSEZ MES AMIS TRANQUILLES!

─ Mais...

─ Sarek. Intervint la voix froide de T'Pau. Il n'y a rien que nous puissions faire. Leurs Katra sont intimement liés depuis trop longtemps.

Sarek haussa un sourcil perplexe :
─ Que voulez-vous dire? Comment avez-vous pu conclure cela sans les avoir ausculté ?

─ Cela ne sera pas nécessaire. J'ai perçu les mots transmis par leurs ondes mentales conjointes, qu'ils ont émises pour vous interdire d'approcher. Elles étaient étonnement puissantes, d'autant plus que les Humains ne sont pas dotés de capacités psioniques. Leurs psychés sont intimement unies. Le lien qui unit leurs Katra est semblable à celui d'époux très âgés, dont les esprits ont été liés dès l'enfance lors de la cérémonie du Koon-ut-so-lik [fiançailles des enfants]. Ce qui est normalement impossible.

─ Sauf si on imagine qu'ils ont déjà été unis dans une ou plusieurs autres vies antécédentes. Suggéra McCoy sous le coup d'une intuition qu'il ne s'expliqua pas.

Il s'attendit à un démenti sanglant. Mais ce ne fut pas le cas, au contraire, T'Pau hocha discrètement la tête :
─ Je ne crois pas en la réincarnation, et pourtant... ce pourrait être en effet une explication logique à la force surréaliste de ce lien.

─ Il va vous falloir vous y faire, Sarek. Conclut McCoy avec un malin plaisir qu'il ne lui cacha pas.

─ Comment expliquer qu'ils n'aient pas considéré le docteur McCoy comme un rival? Ajouta Sarek à l'adresse de T'Pau. Et ce...

─ Je ne suis pas un rival potentiel! Je suis leur médecin et leur ami. Je suis l'irrationnel docteur hyper-émotif doublé d'une mère poule sur-protectrice. Voilà comment ces deux-là me voient. Le casse-pied de service!

─ Vous êtes dans l'erreur, Docteur. Ils ne vous considèrent pas ainsi.

Il la regarda avec stupéfaction, et demanda d'une voix presque douloureuse:
─ Qu'en savez-vous ? Vous nous nous connaissez à peine. Vous dites cela à cause de ce baiser d'ami ?

L'Ancienne répondit d'une voix solennelle :
─ Le simple fait qu'ils vous aient laissé entrer ainsi dans leur intimité, alors qu'ils sont dans une période d'absolue exclusivité mutuelle, est à lui seule une preuve. Leur attachement à votre égard est très profond, aussi profond que le lien d'époux et de T'hy'la qui les unit. Seul un T'hai'la peut s'approcher d'un couple lors de cette période d'exclusivité absolue, et encore pas tous les T'Hai'lu.

McCoy sentit ses joues redevenir brûlantes:
─ Vraiment ? S'étonna McCoy

─ Une partie de leur discernement et de leur self-contrôle sont abolies par leur Adun-tow. Si Sarek ou moi avions commis l'erreur de m'approcher plus, ils nous auraient agressé physiquement.

─ À ce point là ?

─ Oui. Ces liens de T'hai'lu sont extrêmement forts. De plus, en raison de leur Adun-tow, leur pudeur et leurs contrôles émotionnels sont en partie abolies . En conséquence, ils vous ont imposé ce baiser afin de marquer leur attachement à votre égard.
Baiser que cet Humain avait accepté de recevoir sans protester. Ce qui faisait de cet homme, tout comme Jim Kirk désormais époux de Spock, un membre du clan S'chn t'gai...

─ Je suis leur T'hai'la... Murmura McCoy, devinant le sens profond de ce mot.
Ses lèvres, sa joue et sa nuque se souvinrent de cet étrange don, son cœur se gonfla. Il voulut ajouter quelque-chose, de préférence une phrase intelligente, mais son estomac s'exprima à sa place.

─ ...hem... comme vous pouvez le constater, les Humains n'ont encore moins de contrôle sur leur estomac que sur leurs émotions.

─ Je reconnais avoir faim moi aussi. Répondit T'Pau, charitable.

Cet humain dispersait en permanence autour de lui des ondes psychiques de bonté et de bienveillance, même lorsqu'il grondait ses amis en hurlant ou qu'il menaçait Sarek. Il était rare que T'Pau trouva la compagnie d'un Humain agréable. Et encore plus un Humain aussi hyperémotif, comme il l'avait reconnu lui-même. Mais chacun des actes de cet Humain, chacun de ses mots étaient empreints de générosité et d'altruisme...

─ Souhaitez-vous m'accompagner au mess? Suggéra McCoy avec amabilité. Le réplicateur alimentaire a été programmé pour délivrer des soupes de Poulpe Mique. Spock ne s'en est jamais plaint.

─ Je vous suis, Docteur. Je prendrai volontiers un bol de soupe de Plomeek.

─ Je n'arriverai jamais à prononcer ce mot correctement.

─ Cela n'a aucune importance, puisque j'ai compris ce que vous me proposiez.

Sarek les suivit au mess, sans un mot. Il pressentait qu'il allait avoir besoin de longues heures de méditation afin de digérer tout ce qu'il venait d'apprendre, les implications de cet adun-tow et des liens de T'hai'lu de ce médecin avec son fils.
McCoy les laissa s'installer T'Pau et lui. Puis il se dirigea vers la table où se trouvaient Sulu, Chekov, Uhura et Scotty

─ Bonjour. Dit-il simplement. J'ai mis le Capitaine et le Commandant en arrêt maladie pour cinq jours.

Il y eut des échanges de regard complices et paillards.

─ Ah, enfin! S'exclama Scotty. Et bien, monsieur Spock aura résisté longtemps!

─ Le Capitaine a retrouvé son corps d'homme.

─ C'est encore mieux! Se réjouit l'ingénieur en chef. Ils ont enfin convolés en justes noces!

─ Je n'ai rien dit de tel. Protesta McCoy.

─ Docteur, cela fait bien longtemps que tout le monde sait à bord qu'ils sont faits l'un pour l'autre. Dit Uhura, visiblement heureuse pour le couple. Ils avaient beau être très discrets, il y a des signes qui ne trompent pas... ils ont bien droit à leur lune de miel!

McCoy soupira. La nouvelle se répandait déjà, semant des sourires de satisfaction sur les visages.

─ Il m'a bombardé Capitaine par intérim. Grogna-t-il

La tablée éclata de rire

─ Scotty, Sulu, je voudrai que l'un de vous prenne ma place

─ Hors de question. Rétorqua Sulu. Le Capitaine serait furieux.

─ Vous verrez, le fauteuil est confortable. Ajouta Scotty, visiblement amusé

McCoy soupira et alla rejoindre les deux Vulcains.

─ Je ne comprends pas pourquoi vous refusez cette responsabilité. Dit Sarek

─ Jim est bien conscient que cette décision me... hum déplaît. Il l'a prise uniquement pour me taquiner. Ma place est à l'infirmerie.

─ Y-a-t-il un grand nombre de patients? Demanda T'Pau

─... pas pour le moment.

Les Humains étaient décidément bien irrationnels songèrent les deux Vulcain·es

─ o ─

à suivre

McCoy prit donc place dans le fauteuil de Capitaine, de très mauvaise grâce.


un petit commentaire ?

Christine : bien vu. T'Pau a acté leur union, Sarek va suivre. Pas le choix. Et il est illogique de se battre contre un moulin à vent ^^

Inspiration :
«Sur ordre du Capitaine» : est un livre de la collection Star trek, écrit par Diane Dual,
Notre cher McCoy se retrouve Capitaine par intérim, et cette fiction est savoureuse!
Résumé : «McCoy est sûrement le meilleur médecin de la flotte. C'est aussi un râleur d'envergure galactique! Lassé de s'entendre dire comment il doit diriger son vaisseau, Kirk profite d'une mission diplomatique pour confier son fauteuil à l'excellent docteur.
Après la disparition du capitaine, l'arrivée des Klingons et l'irruption d'un mystérieux vaisseau, le pauvre Leonard, pour la première fois de sa vie, regrette de ne pas être né muet»

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