BÉNÉVOLENTS - Partie II SACRIFICES
3 Lh'mh'thl
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Sarek raccompagna T'Pau jusqu'à sa cabine :
─ Je souhaiterai m'entretenir avec vous.
─ Sarla-uh, posa-bath k'nash-veh [entrez, mon petit-neveu].
Elle n'attendit pas que Sarek prenne la parole :
─ Votre fils et le Capitaine James Kirk sont désormais époux. Il n'y a rien que nous puissions faire.
─ Ne désapprouvez-vous pas cette mésalliance illogique ?
─ Il est illogique de s'y opposer. Nul ne peut séparer des Katra aussi intimement unis. Le Capitaine a prouvé sa valeur à de nombreuses reprises, il est digne d'intégrer notre Clan... tout comme le docteur McCoy. Leurs liens de T'hylara et de T'hailara sont profonds, anciens, respectables... et d'une étonnante pureté.
Sarek ne sut que répondre. Si Opid-kom T'Pau, l'Honorable Matriarche du Noble Clan S'chn t'gai estimait que les choix de son fils étaient honorables, il ne pouvait que les accepter... et faire une croix sur une descendance.
─ Je ne m'y opposerai plus.
T'Pau le contempla, perçut à d'infimes signes la lutte qui se jouait dans l'esprit de Sarek :
─ Votre décision est sage et avisée, mon Petit-neveu.
Sarek se pencha en un salut respectueux et s'en retourna dans sa cabine, afin de méditer.
─ o ─
McCoy prit place dans le fauteuil de Capitaine, en bougonnant. Bien entendu, l'équipage prenait très au sérieux cet intérim. Mais connaissant la malice de leur Capitaine et la raison de son absence, nombreuxses étaient celleux que la situation amusaient.
Il ne se passa pas grand chose au cours de la matinée. Quelques pads à valider, quelques rapports à signer. McCoy connecta sa tablette au réseau informatique de l'infirmerie et il éplucha tranquillement les dossiers médicaux en y mettant un peu d'ordre. Il régnait sur la passerelle un silence paisible.
Le jeune enseigne Beyett avait provisoirement pris la place au pupitre scientifique de Spock. Il était brillant, mais encore inexpérimenté. Au vu des très faibles chances de croiser une autre forme de vie, les officiers scientifiques avaient été mis au repos. Beyett prit la parole d'une voix stressée :
─ Capitaine. Les senseurs ont détecté une anomalie!
─ De quel genre?
─ Euh?... c'est... ça... Cela se déplace à la même vitesse que nous
McCoy soupira. Entre cette information, et rien du tout, il n'y avait pas grande différence.
─ Mettez-là à l'écran.
L'écran s'alluma, mais rien d'inhabituel n'était visible, à part les stries lumineuses provoquées par le déplacement de l'Enterprise en distorsion
─ Voudriez-vous en décrire les caractéristiques ?
─ Et bien, euh... c'est difficile. Bafouilla le jeune homme, qui articula d'un trait : Il s'agit d'une anomalie de la taille d'environ dix kilomètres de diamètre mais elle n'apparaît pas sur le spectre de la lumière visible.
Bones fit preuve d'indulgence et répondit gentiment :
─ Je l'avais remarqué. Et sur celui de la lumière invisible?
Beyett pianota sur son clavier. Une sphère aux reflets irisés et changeants apparut.
─ On dirait une bulle de savon! Remarqua Uhura. C'est magnifique!
─ Je n'ai jamais rien vu de tel. Avoua Beyett. Cette sphère est composée d'un mélange de... plasma de tachyon, de matière et d'antimatière !?
─ J'ai beau être simple médecin, je sais que c'est impossible! Grogna McCoy. Matière et antimatière s'autodétruisent lorsqu'elles sont mises en contact. Il doit bien y avoir une explication!
L'intercom du fauteuil de Capitaine signala un appel :
─ Ici McCoy, j'écoute.
─ Ici T'Pau, je sollicite l'autorisation de vous rejoindre sur la passerelle.
La Vulcaine n'était pas le genre de personne à faire de caprice, et finalement, McCoy aimait bien cette vieille Dame impassible. Elle paraissait froide, distante, mais ne montrait aucune condescendance. (et puis, elle lui avait révélé son statut de T'hai'la de Jim et Spock, et il lui en était infiniment reconnaissant)
─ Je vous en prie, madame, vous êtes la bienvenue.
Elle arriva dans les cinq minutes qui suivirent
─ Je suppose que vous avez quelque-chose d'important à me dire.
─ Oui, Capitaine. Ce vaisseau que vous avez affiché à l'écran émet des ondes psychiques puissantes. Celles-ci sont en train de sonder l'esprit chaque personne présente à bord.
─ Les déflecteurs ne détectent rien! Protesta Beyett
─ C'est normal, ils ne détectent pas les énergies psychiques. Avez-vous une idée de leurs intentions? Demanda McCoy.
─ Je ne dispose d'aucun élément pour vous répondre. Leur sondage est superficiel et non agressif, et leur psyché est d'une forme qui m'est inconnue.
─ Beyett affirme que ce vaisseau est à la fois composé de matière et d'antimatière, ce qui est impossible.
─ Sauf peut-être si ces êtres viennent d'une autre dimension. Intervint Uhura. Souhaitez-vous que lance des messages de salutation pacifique dans toutes les langues connues?
─ Oui, faites.
Un quart d'heure s'écoula.
─ Les sondages viennent de s'achever. Dit T'Pau
─ Nous recevons une réponse, dans une langue codée. Ajouta Uhura
─ Ont-ils trouvé ce qu'ils ou elles cherchaient? Demanda McCoy
─ Oui. Répondit tranquillement l'Ancienne. Il s'agit de vos T'Hai'lu, le Capitaine Kirk et le Commandant Spock.
McCoy pâlit. Il ronchonna pour masquer son inquiétude :
─... décidément, ces deux-là n'en ratent pas une!
Mais sa pseudo accusation ne trompa personne
─ o ─
Qu'il était bon de s'immerger l'un dans l'autre, de partager soupirs et frémissements de plaisir !
Il n'y avait plus eu aucune douleur, rien que ces plaisirs purs à la fois physiques et mentaux. Chacun d'eux ressentait toutes les perceptions de son T'hy'la, chacune des caresses, chacune des ondes voluptueuses qui enflammaient ses nerfs... mais ces sensations ne se s'emmêlaient plus : chacun était parfaitement capable à présent de distinguer son propre plaisir de celui de son Bien-Aimé... et cela provoquait une intense exaltation de tous leurs sens.
Spock s'abandonnait totalement à Jim, le suivait avec délectation au gré de la fantaisie de ses fantasmes. Il n'éprouvait aucune honte à lui révéler ses états émotionnels, son bonheur infini, sa sensation d'accomplissement. Il était dans les bras de son T'Hy'la, son Adun. L'amour de Jim l'entourait de sa ferveur, tel un bouclier immatériel et puissant.
Leurs corps exhalaient une fragrance unique, suave, mélange harmonieux de leurs deux odeurs... leurs lèvres proféraient milles mots d'amours entre deux baisers... Amour... Ashayam... Mon Bien-Aimé... K'diwa k'nash-veh... Mon Précieux Amour... Taluhk Ashayam k'nash-veh... T'hy'la...
Une pensée de Jim les embrasa d'allégresse : il ne faisait aucun doute que, dès la fin de leur Adun-tow, T'Pau allait officialiser leurs liens maritaux. Pas même Sarek ne pourrait s'y opposer ! Cela pouvait se faire sans le falbala d'une cérémonie officielle. Oui, renchérit Spock : cette fièvre était la preuve psycho-charnelle de leur Union, leurs kash-naf [liens mentaux] étaient indélébiles !
En raison de la surproduction des hormones sexuelles liées à leur Adun-tow, ils avaient des périodes réfractaires d'à peine une dizaine de minute. Le temps que les corps caverneux soient mis au repos et désengorgés, et que le sang soit renouvelé dans leurs membre avait théorisé Spock. Ils n'avaient plus aucune éjaculation, mais cela n'était pas indispensable à leurs plaisirs. Lors de ces pauses imposées, leurs désirs restaient dévorants, presque douloureux, perpétuellement inassouvis.
Peu leur importait, on pouvait faire plein de choses délectables avec des mains et une bouche… cela leur permettait de s'unir encore et encore, corps et âme.
Spock faisait tout pour que son T'hy'la soit en lui, reste en lui et n'en sorte jamais... et Jim se pliait de bonne grâce à ce caprice délectable, il était si bien dans la moiteur ferme et chaude de sa chair...
Jim sentit Spock se tendre psychiquement et il cessa aussitôt tout mouvement. Quelque-chose préoccupait son T'hy'la
─ Amour ? Haleta-t-il
─ Pakashogau nash-veh la'es [je perçois une présence…]
Jim se retira de lui et s'assit sur le lit. Leur sensation de manque fut immédiate et cuisante.
Il lui fallut mobiliser d'intenses efforts pour reprendre son souffle, la Adun-tow embrumait un peu son esprit, mais pas au point de stériliser ses capacités intellectuelles. Il regarda autour d'eux, aux aguets.
─ Quel genre de présence?
─ Kash-nah [Psychique.]
─ Athênâ et Ny'One sont de retour? Grommela Jim
Spock dut forcer son esprit à se concentrer sur le problème :
─... non, la signature mentale est différente. Elle… j'ai l'impression que cette… entité immatérielle sonde un à un l'esprit de chaque personne à bord
Un pic de stress balaya momentanément les effets de la fièvre, son équipage était-il en danger ? Jim redevint aussitôt le Capitaine :
─ Dangerosité?
L'Officier scientifique analysa ses perceptions avant de répondre :
─ Impossible à dire sans plus d'information, je ne perçois cependant aucune forme d'agressivité ni d'intention menaçante.
Jim n'avait jamais eu de don en télépathie. Mais son lien mental avec Spock, et cette semaine passée à recevoir les pensées des Bénévolents, avaient développé en lui une sensibilité aux ondes psychiques. Il eut un long frisson en reconnaissant à son tour les signes de la présence d'une ou plusieurs entités psychiques, comme si leur attention était à présent focalisée sur Spock et lui.
─ Qu'est-ce que…? Je sens aussi ce… ça.
Cela ressemblait à la présence mentale des deux Bénévolents, sans être elleux. Spock lia ses doigts à ceux de Jim afin de partager avec lui ses capacités télépathiques. Tous deux ouvrirent prudemment leurs esprits à cette perception. C'était comme une caresse mentale, une interrogation, dénuée de toute forme de tentative de pression, de domination ou d'agression.
Il n'y eu aucun mot d'échangés, juste une compréhension mutuelle. Cet Être était inoffensif et ne ferait aucun mal à l'équipage, ou à quelque forme de vie que ce soit. Jim ne put retenir un soupir de soulagement.
─ Nous devons aller sur la passerelle. Décréta Jim. Penses-tu pouvoir inhiber notre Adun-tow quelques temps ?
Indépendamment de sa volonté, son phallus était toujours en érection, et son désir restait douloureusement intact. Il ne pouvait se permettre de se présenter dans cet état sur le pont. Spock fit un effort pour contenir ses propres appétits.
─ Je vais essayer.
Ils ressentirent un frisson désagréable tandis que la fièvre de leur Adun-tow était muselée par la puissante volonté psychique de Spock.
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─ Ça y est, Capitaine, j'ai une traduction, mais ils n'ont envoyé qu'une série de consonnes, et c'est imprononçable. Dit Uhura, dépitée
─ Pouvez-vous l'écrire en standard ? Demanda McCoy en se levant pour aller vers elle.
─ Oui, bien sûr.
McCoy se pencha sur le pad : «Lh'mh'thl»
─ Bon sang, en effet qu'est ce que c'est que ce charabia ? ...lèmtèl ?...hum...élach meuach téachleu?.
─ Et si chaque partie était un phonème? Suggéra Uhura.
─ ... le h est peut-être muet... él meu tleu? él mm tél?... C'est bizarre, ça me dit quelque-chose... oui, Élémental! Ce doit être un autre nom pour Bénévolent! C'est pour cela qu'illes recherchaient la présence de Jim et Spock! Illes sont venus pour le Krýstallo zoís qui leur a été confiée par Kirkê et Savína de Elládha! Connaissant Spock, il a déjà dû percevoir le contact mental de ces Êtres immatériels!
Les membres de l'équipage regardaient McCoy avec des yeux ronds de surprise. T'Pau ne fit aucune remarque.
Le Capitaine par intérim se pencha sur le transmetteur de son fauteuil :
─ Ici McCoy, j'appelle Kirk ou Spock
─ Oui, Bones, ici Kirk, nous arrivons. Spock a entendu un appel psychique et…
─ Un appel des Élémentaux, oui, nous sommes au courant. Ils ou elles sont là pour vous. Ne bougez pas, j'arrive.
─ Nous ne courons aucun risque, Docteur. Ces Êtres sont pacifiques. Intervint Spock
─ Vous ne bougez pas de là où vous êtes! Ordonna McCoy. JE suis actuellement LE Capitaine! J'arrive, vous avez besoin d'un… hum… fortifiant.
─ Bien Capitaine. Concéda Spock.
Pour une fois qu'il avait le dernier mot sur ces deux têtes de mule, il ne pouvait même pas s'en réjouir.
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Ils prirent une rapide douche sonique. Spock ne put se retenir de sentir le cou de Jim : il ne portait plus leur odeur mutuelle. Il contint un irrationnel mélange de frustration et de déplaisir. De son côté, Jim dut fournir un violent effort pour ne pas s'emparer de ces lèvres dans un baiser.
Ils s'habillèrent.
Jim grimaça et se tortilla. Il avait choisi le plus confortable de ses uniformes d'apparat. Pourtant le contact des vêtements lui était extrêmement désagréable. Il s'en étonna.
─ Je fais une allergie au tissu? Ou bien j'ai pris du poids? Ces habits me serrent, m'étouffent et me grattent comme s'ils étaient râpeux!
Spock essaya d'ignorer son propre inconfort, sans réel succès. L'énergie psychique qu'il dépensait pour atténuer leur fièvre était considérable. Il ne lui était pas possible d'ignorer cette désagréable perception physique qui se surajoutait à sa frustration charnelle. Il n'avait pas le souvenir que les tissus de son uniforme aient pu être aussi rêches.
─ La sensibilité de la peau est suractivée par la Adun-tow.
─ Génial. Ce qui signifie que normalement, nous devrions rester nu tout le temps de la Adun-tow ?
Jim se contint de rajouter «avec tes bras, ton corps et ton odeur merveilleuse pour seuls vêtements»
─ Pas nécessairement. Mais la prise de contact des Élémentaux nous a interrompu avant que nous ne parvenions à l'orgasme, nous empêchant de soulager notre tension commune.
─ Ils ont vraiment choisi le bon moment…
Leur Kash-naf permit à Spock de comprendre l'ironie de Jim.
La sonnerie de la porte retentit et McCoy entra précipitamment. Il s'étonna :
─ Vous êtes déjà habillés ? Bon, je vais aller droit au but. Depuis notre petite escapade sur Vulcain, j'ai utilisé un peu de mon temps libre pour essayer de trouver un antidote à ce… cette période difficile. Je n'ai pas de solution miracle, mais un calmant, qui devrait vous donner un peu répit afin de pouvoir entrer en communication avec ces drôles de zigoto psychiques.
«Un peu» de son temps libre. Jim et Spock savaient bien cela que signifiait : McCoy avait utilisé la plupart du temps normalement dévolu à ses loisirs et à son repos à travailler sur la recherche de cet antidote. La Adun-tow fragilisait le contrôle mental de Spock, il éprouva de la difficulté à contenir sa reconnaissance.
─ Bones. Murmura Jim avec émotion
─ Et pour toi, Jim, j'ai concocté un tranquillisant-maison. Par qui je commence?
─ Cette fièvre est induite par mes gènes Vulcains, c'est donc à moi de recevoir la première injection.
McCoy sortit les hypospray et le médicorder de sa trousse-ceinture. Il injecta une dose de produit à Spock, puis, immédiatement, l'ausculta, inquiet.
─ Je n'ai jamais vraiment pu tester la formule, je sais qu'elle est sans danger, mais… Comment te sens-tu ?
Spock respira profondément, alors que la brûlure de la fièvre s'atténuait. Il put relâcher une bonne partie son contrôle mental afin d'en récupérer l'énergie psychique. Il retrouva sa voix neutre pour répondre :
─ Parfaitement opérationnel, Leonard, la Adun-tow est toujours là, mais elle est parfaitement contrôlable par l'esprit
Le médecin maitrisa une bouffée d'émotion. Entendre Spock prononcer son prénom était si agréable.
─ À ton tour, Jim
Pour une fois, le Capitaine ne protesta pas et se contenta de grimacer pendant l'injection.
─ Alors?
Jim respira profondément
─ … oui, moi aussi… la fièvre est… là, mais je peux l'ignorer.
─ Parfait, allons sur la passerelle.
─ Je prends le sac qui contient le Krýstallo zoís [cristal de vie]. Dit Spock en l'accrochant à son épaule.
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Lorsqu'ils sortirent du turbolift, ils remarquèrent que Sarek avait rejoint T'Pau. Les traits de l'Ambassadeur étaient figés, son regard plus impassible que jamais. Sarek n'avait visiblement toujours pas totalement digéré l'union de son fils, officialisé par les propos de T'Pau. (le T'hailara entre le docteur et le couple avait été le coup de grâce)
Le Trio n'en fit aucun commentaire. Spock salua son père d'un discret mouvement de tête, auquel celui-ci répondit furtivement. Kirk y vit un début d'acceptation, il adressa à Sarek un regard chaleureux qui troubla le Vulcain plus qu'il ne le voulut.
Bones avait expliqué à ses amis le peu qu'il savait au sujet de cet étrange objet stellaire, mais il n'avait pas réussi à leur répéter les mots de la vieille Dame au sujet de la force et l'ancienneté de leurs liens. Il resta près de ses T'Hai'lu (il avait bien compris que c'était le pluriel de T'hai'la). De toute façon, il n'aura pas pu s'éloigner d'eux. Dès leur entrée sur la passerelle, la main de Spock s'était emparée de son avant-bras, dans une prise à la fois ferme et protectrice. Leonard n'en fit aucune remarque. Avant leur escapade sur Elládha, il aurait repoussé ce geste avec une remarque sardonique, mais à présent, cela lui paraissait... naturel.
─ Uhura, voudriez-vous les prévenir que nous sommes sur la passerelle? Demanda Kirk
─ Capitaine Kirk, l'entité psychique est déjà ici. Intervint T'Pau en posant sur le trio un regard pénétrant
Elle ne révéla pas qu'elle percevait à présent une onde psychique puissante, laquelle entourait et reliait les trois hommes entre eux. Un kash-naf k't'hailu [lien mental des frères d'âme], dans sa forme la plus pure. La poigne de Spock refermée de façon totalement instinctive sur le bras du médecin était une preuve de l'intensité de ces liens.
─ … ah. Merci Madame. Voudriez-vous entrer en contact avec elle?
─ Cela ne m'est pas possible, Capitaine. Je peux uniquement percevoir sa présence.
─ Le cristal! Comprit soudain McCoy. Quand vous l'avez pris, cela vous a rendu transparents. Ce doit être une sorte de clef inter-dimensionnelle.
─ Votre suggestion est excellente, Capitaine par intérim. Approuva Spock très premier degré. Cet artéfact semble en effet permettre de se trouver sur deux pans dimensionnels : le nôtre et celui de ces Êtres.
Sans lâcher le médecin, il sortit la pierre de son sac, enveloppé dans une toile de lin. Jim ouvrit le tissu et saisit la pierre. Spock posa aussitôt sa paume sur celle de Jim, et le cristal, leurs doigts d'entremêlèrent, leurs mains se lièrent. McCoy frissonna en proie à un trouble indéfinissable ... comme si... comme si la présence de ses amis... leurs esprits?... une intrusion... non, une perception enveloppante, douce, chaude, aimante...
Un brouillard irisé entoura tous les trois. Une forme humanoïde, d'apparence féminine, se matérialisa dans cette brume, en face d'eux. Elle posa ses yeux sur les trois hommes liés par leur mains.
─ Ter ?... Murmura-t-elle
D'intenses émotions se succédèrent sur son visage aux traits harmonieux : étonnement, douleur, soulagement et enfin, tendresse
─ Ter ? Répétèrent Kirk, Spock et McCoy en même temps
Était-ce une formule de salutation ? Ce mot leur rappelait vaguement quelque-chose, comme un long rêve à demi-effacé dont les traces muettes persistent longtemps après le réveil.
Elle se reprit aussitôt et leur sourit :
─ Vous pouvez me nommer Nammu. Je n'ai pas de substance physique, aussi j'ai pris cette apparence afin de pouvoir communiquer avec vous. Nous sommes venus à vous car le Krýstallo zoís [cristal de vie] vous a été confié à mon intention.
La voix douce était elle-aussi de type féminine.
─ Je suis James Kirk S'ch t'gai et voici Spock S'ch t'gai Kirk, mon second et époux, et notre médecin en chef Leonard McCoy.
Le cœur de McCoy frémit en percevant toute la possessivité de ce "notre"
─ Oui, Capitaine, nous savons qui vous êtes. Répondit doucement Nammu. Votre Triade est célèbre parmi nous.
Jim ne put se retenir de tiquer. Leurs mains liées lui permit d'établir un contact mental avec Spock.
« Pourquoi utilise-t-elle le mot Triade alors que Trio aurait parfaitement pu convenir ? Nous ne sommes pas une triade de mafieux!»
« Sans doute une particularité de langage propre à son espèce.»
« Je n'en suis guère convaincu.»
McCoy devina que les deux homme échangeaient leurs pensée. Sans doute grâce à cet Adun-tow qui devait accentuer les dons psionique de Spock, et à son poing agressif-possessif plus que jamais serré autour de son avant-bras nu. Il perçut nettement l'agacement de Jim, pourtant resté parfaitement neutre et avenant. C'était à la fois étrange et agréable. Il ne se laissa pas noyer sous ces perceptions :
─ Êtes-vous comme Ny'One et Athéna?
─ Il et elle sont comme moi, oui, mais illes ont décidé de rattacher leurs essences vitales aux planètes qu'illes ont créées.
« Leurs pouvoirs mentaux doivent imprégner les planètes de leurs énergies» Pensa Jim
«Cela explique les importants dons psionique de ses habitants»
─ Fascinant.
McCoy éprouva des difficultés à contenir un sourire attendri : Spock avait prononcé ce mot au moment même où il s'attendait à l'entendre.
Kirk tendit vers Nammu la main qui tenait le cristal, Spock suivit le mouvement d'un geste fluide. Ils parlèrent d'une même voix qui fit frissonner le médecin :
─ Voici la pierre de vie, prenez-là.
─ Il m'est hélas impossible de la toucher, car elle n'est pas sur le même plan dimensionnel que moi. Nous n'avons pas de substance physique en ce monde. Voudriez-vous l'apporter à bord de notre vaisseau?
─ C'est hors de question ! S'indigna aussitôt McCoy
La main de Spock resserra sa prise, à la limite de la douleur. Il crut entendre une voix double dans sa tête : « Ne t'approche pas d'elle!». Il leur obéit, mais poursuivit avec colère :
─ Votre vaisseau est composé de matière et d'antimatière inorganiques! Cela va les tuer!
L'Être ne parut pas choquée par l'agressivité du médecin, et répondit avec gentillesse :
─ Ne vous inquiétez pas, Cher Leonard McCoy. Cette pierre est une clef qui relie les dimensions de nos deux mondes matériel et immatériel. Un espace adapté se créera de lui-même dès que vos chers amis monterons à bord.
─ Vraiment ?
─ Vous avez ma parole, Docteur. Pourquoi voudrais-je faire du mal aux personnes qui m'apportent ce cristal ? Je l'attendais depuis si longtemps, si vous saviez combien il m'est si précieux
Sa voix et son expression paraissaient sincère. Il y eut un court silence, rompu par Kirk :
─ Dans ce cas, allons-y. De toute façon, il n'y en a pas pour longtemps.
─ Pas tout à fait. Votre compagnon et vous êtes le code dont nous avons besoin pour activer cette clef.
─ C'est une blague? S'indigna à nouveau McCoy avant que ses T'hai'lu aient le temps de réagir.
─ Combien de temps? Demanda Spock tranquillement
─ Quatre jours.
─ C'est à dire que… Spock et moi… actuellement… c'est compliqué.
Nammu esquissa un sourire bienveillant :
─ Oui, je le sais. Cette merveilleuse énergie psycho-physique si puissante et si pure que vous émettez va décupler le pouvoir psionique de la pierre. J'ai installé une alcôve à votre intention, afin de préserver votre intimité.
Jim eut du mal à ne pas rougir.
─... ah… je vois…
─ Vous avez tout prévu. Constata Spock
─ Lorsque vous avez touché le Krýstallo zoís, la première fois, un lien a été créé entre vous et ce cristal, afin que je puisse venir à votre rencontre, où que vous soyez. Et votre union a agi comme un accélérateur de ce signal. Acceptez-vous de monter à bord?
Les deux hommes échangèrent un regard et dirent d'une même voix
─ Oui, nous l'acceptons
Nammu se tourna vers le docteur McCoy :
─ Souhaitez-vous venir aussi, Mon Cher Docteur? Votre esprit est hautement compatible avec les nôtres, comme celui de vos amis-chers. Je peux mettre à votre disposition toutes les bibliothèques de médecine de l'univers
La main augmenta sa pression sur le bras de McCoy, et cette fois il eut vraiment mal. Il ne protesta pourtant pas. Un «NON!» impératif avait envahi son esprit, balayant toute velléité de révolte. Il comprit leurs inquiétudes aussi clairement que s'ils les lui avaient dites à haute voix. Jim et Spock savaient qu'eux-deux ne risquaient rien, car ils pouvaient être en contact avec cette pierre magique sans subir de dommage. Mais ils n'avaient aucune certitude en ce qui le concernait. Ils seraient forcément séparés, leurs fièvre allait les empêcher de veiller sur lui en ce lieu inconnu. Ils ne voulaient prendre aucun risque : Leonard-Bones leur était trop précieux !
McCoy rationalisa afin de ne pas vexer la Lh'mh'thl.
─ Votre offre est tentante, mais non. Ce serait inutile et frustrant : déjà je n'ai pas la mémoire eidétique de l'ordinateur qui sert de cerveau à Spock.
Il posa un regard sur le visage impassible de Spock, et fut le seul avec Jim à voir ses yeux sourire.
─...Et puis, passer quatre jours tout seul ou à tenir la chandelle de ces deux-là, non merci.
Il les avait déjà surpris en plein baiser une fois, cela lui était suffisant.
Nammu parut vivement déçue mais n'insista pas.
─ Comme vous le souhaitez. Êtes-vous prêts, James et Spock ?
─ Oui
La main de Spock s'ouvrit, laissant des marques de doigts. L'aspect du vaisseau des Lh'mh'thl se modifia aussitôt, prenant une forme plus tangible, dénuée d'antimatière. Nammu et le couple disparurent.
Sarek s'approcha de McCoy :
─ Pourquoi avoir refusé leur offre?
Comment expliquer à ce Vulcain ultra-rationnel ce pressentiment flou qui les avaient tous les trois alertés ? Il n'avaient pourtant perçu en Nammu aucune mauvaise fois ou malfaisance.
─ Cela aurait été une forme de violation de la prime directive, dans le sens inverse. Mais surtout, je me méfie des savoirs absolus. Ils sont un frein à la science et à la découverte.
─ Vous pensez qu'ils vont bien? S'inquiéta Uhura.
─ Leur avez-vous ôté les puces-Spoutnik, капитан Mc Coy... hem, Capitaine ? Intervint Chekov
─ Les puces… Spoutnik? S'étonna le médecin
─ Vous savez, les micro-traqueurs qui permettent de savoir si vous êtes vivant. Expliqua Sulu.
─ Non, je n'en ai pas eu le temps, je n'ai même eu le temps de me faire couper les cheveux depuis notre retour de Elládha !
Uhura pianota rapidement sur son clavier, un double bip-bip régulier retentit, et nombeuxses furent celleux qui soupirèrent, rassuré·es.
─ Ce sont les puces du Capitaine et du Commandant. Précisa-t-elle par reflexe
McCoy ne put retenir un soupir de soulagement, puis il tilta :
─ Bon sang! Je n'ai pas eu le temps de demander à Jim de me démettre de mon intérim!
─ o ─
Jim et Spock eurent la sensation d'entrer dans de la lumière pure, et découvrirent de nouvelles couleurs. Rapidement, cette étrange perception s'atténua. Nammu avait disparu, ils savaient qu'ils étaient seuls, et que nul ne les observait. Ils regardèrent autour d'eux. L'endroit ressemblait à la cabine de Spock. Ils posèrent la pierre sur une table.
─ Ça alors! Murmura Jim. Je suppose que l'artefact a créé la pièce dans laquelle nous souhaitons être tous les deux
─ Cela semble être une explication plausible à ce phénomène.
Spock tata le mur.
─ Fascinant. Ces murs sont parfaitement solides et tangibles, ils paraissent normaux, à la différence près qu'ils dégagent de la tiédeur.
Jim s'était rapproché du réplicateur.
─ Éclair au chocolat et tarte aux pommes végétalienne
Les parts de gâteau apparurent. Spock posa sur lui son regard interrogateur
─ Bones m'a encore mis au régime et il a fait paramétrer le réplicateur alimentaire en ce sens!
Les pâtisseries apparurent :
─ Après tout, Bones nous a conseillé de nous alimenter entre deux pics de fièvre!
─ Certes... mais je ne pense pas qu'il approuverait cette nourriture-là.
Il prit l'éclair et mordit dedans :
─ …mmm… parfaitement tangible et chocolaté juste comme j'aime!
Il tendit la tarte à Spock qui se laissa tenter.
─ Alors?
─ Ce gâteau est très peu sucré, avec léger parfum de plomeek.
─ Donc à ton goût.
Ils se rincèrent rapidement les mains dans la salle de bain.
─ Je suppose qu'il nous faut déposer ce Krýstallo zoís à un autre endroit du vaisseau. Dit Spock
Une porte se dessina sur le mur, ils l'ouvrirent. Il y eut à nouveau ce brouillard de lumière, qui se condensa pour former une pièce immense et vide, aux murs faits de lumières sombres et changeantes. Ils s'y aventurèrent. Ils se retrouvèrent face à une étrange construction de roche gris-terne composée d'une stalactite au-dessus d'une stalagmite. Ils déposèrent le cristal dans l'interstice. Les roches se parèrent de lumières irisées. Ils virent distinctement la circulation de cette énergie le long des piliers.
─ Retournons dans notre alcôve, voir s'il y a d'autres portes intéressantes. Suggéra Jim
Lorsqu'ils entrèrent la porte se referma derrière eux. Jim eut une sorte d'intuition. Il reposa à nouveau la main sur la poignée et dit à voix haute :
─ Ce serait agréable de disposer d'un jardin, pourquoi pas un verger comme celui dans le labyrinthe sur Elládha.
─ Ainsi qu'une bibliothèque scientifique. Ajouta Spock
Jim rouvrit la porte et découvrit la réalisation de son souhait: le jardin était un immense verger, sur lequel soufflait un vent tiède, illuminé par un soleil doux et agréable.
─ Sem-rik ! [fascinant] S'exclama-t-il en envoyant un clin d'œil à son T'hy'la.
Une seconde porte apparut et s'ouvrit sur une immense bibliothèque, avec des étagères emplies de livres, de manuscrits anciens, de rouleaux précieux. Il y avait aussi des tables pourvues d'écrans tactiles.
─ J'ai comme l'impression que nous n'allons pas nous ennuyer. Finalement, cet endroit étrange semble dénué de tout danger. Bones aurait pu y venir aussi...
Il s'assombrit brièvement :
─ Mais alors, pourquoi ai-je eu cette irrationnelle sensation que Nammu tendait un piège à Bones ?
─ Notre Adun-Tow est atténuée par les médicaments de Leonard. Il persiste cependant une part d'irrationnalité émotionnelle en nous.
─ Oui, c'est pour cela que tu as saisi le bras de Bones.
─ Je reconnais que ce geste était...
─ Irrationnel ?
─ Oui.
Les effets du tranquillisant commençaient à s'estomper. Les yeux de Jim croisèrent les pupilles dilatées de Spock :
─ Et si nous commencions par reprendre nos activités... charnellement émotionnelles là où nous les avions laissées?
─ J'approuve cette suggestion.
Il était grand temps que Jim retourne à sa place, en lui. Il se dirigea vers le lit en ôtant ses vêtement…
─ o ─
Faire le rapport explicatif de cette rencontre avec cette Élémentale était un vrai casse-tête. McCoy se contenta donc d'y mettre l'essentiel. Après tout, il était médecin, c'était surtout à Jim et Spock de donner des explications.
La journée se déroula sans encombre.
T'Pau retourna dans sa cabine dès le départ de Jim et Spock. McCoy remarqua que ses traits étaient tirés. Il savait l'étendue de ses pouvoirs psychiques. Tous ces flux télépathiques d'Humains devaient l'épuiser.
Sarek resta un long moment, droit comme un i, les bras dans son dos, debout sur le pont à contempler cet étrange vaisseau dans lequel son fils avait été téléporté, le visage impassible. McCoy fit preuve de compassion : il n'ordonna pas à l'ambassadeur de partir. Aussi exaspérant qu'il puisse être, ce Vulcain était le père de Spock. Ce père aimait son fils, sinon, pour quelle raison aurait-il fait ce voyage pour revenir à bord de l'Enterprise?...
McCoy quitta la passerelle dès la fin de son quart, au milieu de l'après-midi pour se rendre à l'infirmerie. Il s'enferma dans le laboratoire médical.
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à suivre
T'Pau fut sortie de sa méditation par la sonnerie de sa porte. Ses sens psioniques sur-sollicités lui indiquèrent la présence du médecin...
Tout d'abord, je vous souhaite à toustes une Tevun 12200.00 vaksurik, kunly he mol-kom [Année 2022 belle heureuse & sereine]
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Christine joyeux anniversaire avec 1 semaine de retard
oui, notre Bones est le meilleur. Le meilleur des amis, et le meilleur des médecin
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