BÉNÉVOLENTS - Partie II SACRIFICES


7 Possessivité

─ o ─

Jim ne tenait plus debout, Spock dut le soutenir tout le long du trajet à leur cabine. Ils étaient à peine arrivés que Jim se précipita en titubant dans la salle de bain. Spock comprit qu'il vomissait dans les toilettes. C'était la première fois qu'il le voyait dans un tel état. Jim n'avait cessé de suivre Leonard des yeux pendant toute la soirée. Spock avait été incapable de l'en empêcher, car il avait fait de même sans même en avoir réellement conscience, une honte pour un Vulcain sensé se contrôler !

Jim avait la bouche pâteuse, la lumière lui brulait les yeux, et "on" lui enfonçait d'énormes clous dans le crâne... Il lui restait cependant suffisamment de lucidité pour savoir quelle conduite tenir. Il but un grand verre d'eau, goba un comprimé anti-ébriété. Puis il se brossa les dents, et prit une douche hydrique. Il rejoignit Spock, l'esprit moins embrouillé.

Il fut honnête et n'imputa pas la raison de son attitude lamentable à la 'traitrise' des boisson Klingonnes surchargées en alcool
─ Je suis désolé T'hy'la, je me suis conduit de façon irresponsable en buvant autant.

─ Pourquoi as-tu ressenti le besoin de de te mettre dans un tel état d'ébriété? Je ne comprends pas, cela ne te ressemble pas.

Jim éternua puis répondit:
─ C'est idiot. Cela m'a agacé que Bones passe toute sa soirée avec Kinarra... j'ai bu sans même y penser.

Agacé? … le mot était bien faible en comparaison de ce que Spock avait perçu via leur Kash-naf : Jim avait éprouvé de considérables difficultés à contenir sa fureur. Il lui avait fallu hausser ses Naph-fo-dan pour s'en protéger. Cela avait été désagréable et éprouvant. Il savait que les Humains étaient ainsi, des êtres émotionnels. Cependant, malgré sa nature passionnée, Jim ne s'était jamais comporté ainsi, il avait toujours su gérer et contenir ses émotions. C'était la première fois que les affects de Jim avaient indisposé Spock.

─ Jim, il y avait bien plus que de l'agacement dans tes affects...

─ Je suis désolé... c'est... ce doute... un doute horrible... qui me ronge... si intense, si réaliste!

Spock avait bien inféré ce que Jim voulait exprimer, mais il fallait que son T'hy'la le fasse avec des mots
─ Quel doute ?

Jim s'emporta aussitôt :
─ Ne vois-tu donc pas cette coïncidence ?!

Il fut pris d'une crise d'éternuement. Il se moucha en grommelant contre cette maudite grippe Levodienne, et reprit plus calmement :
─ Bones a été enlevé par Nammu. Dans son vaisseau, il a acquis une grande connaissance en médecine Vulcaine et Klingone. Comme par hasard, il trouve un remède au Pon Farr, sauve un homme, et offre aux hommes de ton peuple la possibilité de se libérer de cette épreuve. Puis notre route croise un vaisseau Klingon en pleine épidémie mortelle. Là encore, en trois fois rien de temps, il trouve le remède grâce à ces nouveaux savoirs. Il n'a pas sauvé que l'équipage, mais c'est tout les Klingons de l'empire qu'il va sauver !

Spock ne peut contredire l'évidence
─ Cette coïncidence est en effet intrigante.

─ ... et là, il passe la nuit avec elle !

─ Leonard est un homme adulte et célibataire.

─ Toi aussi, tu n'as pas aimé cela!

─ Nous n'avons pas à aimer ou ne pas aimer. Nous n'avons aucun droit sur lui, ni sur son comportement sexuel.

─ Il est notre ami !

─ Ce n'est pas une raison pertinente! Leonard sait ce qu'il fait. La doctoresse Kinarra n'a aucune raison de lui vouloir du mal

─ C'est une Klingonne!

─ Que penses-tu qu'elle puisse lui faire?

Toujours un peu désinhibé par l'alcool qui circulait encore dans son sang, Jim répondit avec la maturité d'un enfant jaloux :
─ Le séduire et l'emmener loin de nous!... c'est pour cela que Nammu l'a attiré dans son vaisseau ! C'est lui qu'elle voulait, seulement lui, pas nous!

─ Jim! Protesta doucement Spock. Ne sois pas irrationnel. Nous ne détenons aucun élément pour étayer ta théorie. De plus, Leonard nous a plus d'une fois prouvé sa loyauté. Pourquoi ferait-il une telle chose?

─ Je ne sais pas… peut-être que nous négligeons notre amitié avec lui depuis que nous sommes mariés… et qu'il se sent seul, mis de coté. Je ne veux pas le perdre! J'ai j'ai j'ai déjà perdu Sam et Aurelan sur Dénéva !

Le décès de son frère et de sa Belle-Sœur avaient été un choc violent pour Jim, même s'il avait toujours caché à toustes ses sentiments.
La situation devint soudain plus clair pour Spock. Leonard avait toujours été le confident de Jim, celui qui l'écoute, le conseille ou le sermonne… son meilleur ami… un grand frère.

─ Je pense que je comprends : Leonard est notre T'hai'la et...

─ Je ne veux pas perdre mon frère d'adoption!

─ Jim…

L'humain éternua, renifla puis constata :
─ L'alcool m'a rendu sentimentalement idiot.

─ Je dirai aussi irrationnel qu'un Humain puisse l'être. Le taquina doucement Spock

Jim eut un rire dépité.
─ Oui, ça doit être cela.

… et pourtant…
Spock ne voulut pas avouer à son T'hy'la qu'il partageait ces craintes irrationnelles. L'alcool Klingon avait dû avoir un effet sur la part humaine de son organisme se répéta-t-il pour s'en convaincre…

ooo

Kinarra raccompagna McCoy jusqu'à sa cabine. Elle y entra avec lui sans y être invitée mais il ne protesta pas : il n'avait pas envie d'être seul ce soir. Il n'était pas saoul, mais il avait suffisamment bu pour être désinhibé. Elle regarda autour d'elle. C'était une cabine pour une personne, le rangement y était impeccable, mis à part un entassement de pads sur le bureau

─ Je vous offre un dernier verre ?

─ Avec plaisir.

McCoy lui tendit une petite coupe et répondit au regard interrogateur de son invitée
─ Mint Julep. J'aime en boire un verre quand j'ai quelque chose à fêter !

Ne sachant pas à quoi servait la paille, Kinarra l'ôta et but une gorgée. La boisson dégageait une sensation de douce fraicheur, qui camouflait la force de l'alcool.
─ C'est pas mal.

McCoy sourit.

Elle but le reste de son verre d'un seul coup.
─ Tu vis seul ici. Tu as une épouse qui t'attend sur ta planète ?

─ Nope, personne. Je suis divorcé.

Étrangement, ce constat ne lui faisait plus ni chaud ni froid. Béni soit les eaux-de-feu Klingonnes!

─ Et moi veuve, mon mari est glorieusement mort lors d'une guerre… nous sommes donc libres tous les deux!

Elle posa son verre, se tourna vers lui, saisit son visage et l'embrassa. McCoy se laissa faire, il aimait quand une femme prenait les devants. Le baiser était chaud et agréable. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas étreint un corps de femme… un brusque désir monta en lui. Décomplexé par l'alcool, il ne se posa pas de question et s'enhardit à l'enlacer.

qaneH McCoy! (Je te veux, McCoy!) Gronda Kinarra en réponse à cette initiative

─ Mon nom est Leonard. Répondit-il en ôtant sa tunique.

─ J'aime cette façon de dire oui, Leonard!

L'une comme l'autre ne furent pas longs à se déshabiller et à s'étendre sur le lit.
Le corps de Kinarra était tout en muscles puissants, mais ses hanches étaient rondes et ses seins dressés étaient attirants. De son côté, la Klingonne apprécia la musculature fine et noueuse de l'Humain, dont le corps ferme n'avait pas un gramme de graisse.
Illes s'enlacèrent. Leonard goûta à ses tétons tout en caressant la poitrine à la peau douce et moelleuse. Kinarra gémit doucement, c'était agréable, mais frustrant. Elle voulait plus, tout de suite, elle écourta les préliminaires.

neH! (viens!)

Leonard ne se fit pas prier. Il se glissa en elle et se sentit aspiré par cette intimité de femme, elle aussi tout en muscles. Elle savait ce qu'elle voulait et il se laissa guider.
─ pa'! pIm.! HIja'! HoS.! , HIja!... (Là! comme cela! oui! plus fort! oui!)
Leur étreinte fut courte mais passionnée… et leurs plaisirs furent intenses.

Leonard s'allongea à côté de son amante d'une nuit, essoufflé. Son esprit se tourna aussitôt vers ses amis, Jim et Spock, il se sentait à la fois vaguement coupable et totalement idiot de ressentir cela.

─ Tu m'as dit que tu es divorcé. Tu as des enfants?

─ Oui, j'ai une fille de dix-neuf ans. Elle poursuit actuellement ses études dans une académie de médecine. Et toi ?

Il prit brusquement conscience d'un fait :
─ Nous n'avons utilisé aucune protection ni contraceptif!

─ Ne t'inquiète pas, je suis en bonne santé. J'ai été mariée quinze ans et je n'ai jamais eu d'enfant de Rotho, je suis stérile.

─ Ah… j'en suis désolé pour vous… pour toi. Répondit Leonard avec sincérité

Les femmes stériles étaient mal vues, chez les Klingons. Mais cet Humain ne semblait pas considérer cela comme une infamie.

─ Il ne faut pas, il y a une vie ailleurs que dans la maternité.

Leonard eut un sourire approbateur :
─ Comme par exemple être médecin chef à bord d'un vaisseau. Le capitaine Kohlaa est ton frère, si j'ai bien compris.

─ Oui, c'est l'aîné de notre fratrie, le chef de notre clan. C'est lui qui m'a proposé de l'accompagner. D'ordinaire, c'est nous qui allons à la rescousse de nos frères souffrants d'une maladie. Notre vaisseau contient un matériel médical qu'on ne retrouve sur aucun autre.

─ Je vois. Je croyais que seule la guerre comptait pour les Klingons.

─ Pour pouvoir se battre, il faut être en bonne santé.

─ Bien vu! Et toi, comment as-tu atterri dans ce vaisseau?

Leonard soupira :
─ Après mon divorce j'ai voulu changer de vie. Je me suis inscrit à l'Académie de Starfleet et j'y ai rencontré Jim. Il m'a exigé comme médecin de bord dès qu'il en a eu le commandement de l'Enterprise

Il soupira à nouveau :
─ Et il a rencontré Spock qui était déjà sur ce vaisseau. Ils se sont testés l'un l'autre, ils ont entretenu une sorte de conflit larvé, ils se sont tourné autour. Mais leurs fascinations réciproques ont rapidement pris le dessus. Ils sont à la fois si opposés, si complémentaires et pourtant, ils se ressemblent aussi. Ils se sont rapprochés inexorablement l'un de l'autre, jusqu'à ce qu'ils deviennent époux.

─ Ils sont mariés l'un avec l'autre ? S'étonna Kinarra

─ C'était inévitable…

Il y eut une demi-minute de silence. Elle devina sa douleur larvée, sa solitude. Elle aussi connaissait cela, la solitude.
─ Tu les aimes. Constata simplement Kinarra.

─ Oui. Répondit Leonard qui n'aurait jamais été capable d'avouer ces sentiments s'il n'avait eu tout cet alcool dans le sang. Ils sont si fusionnels. Et moi je ne suis que celui qui est leur ami.

Il soupira encore. Il repensa à ce mot de T'Pau, si consolateur : T'hai'la.

Kinarra se tourna vers lui, et l'embrassa gentiment. Cette fois encore, il la laissa faire. Il fit glisser ses mains sur les courbes de ses hanches, sa peau était douce. Elle l'enjamba et lui fit longuement l'amour. Et il accueillit l'oubli de ces plaisirs charnels avec reconnaissance.

ooo

─ Je suis sûr qu'elle est avec lui! Répéta Jim pour la énième fois

─ Jim.

Spock avait proposé un jeu d'échec 3D pour inciter Jim à canaliser ses pensées. Cela n'avait fonctionné que l'espace de trois coups. Il reconnut pour lui-même n'être pas totalement concentré sur cette partie. Il allait devoir d'y prendre autrement.

Spock se leva. Il saisit Jim par les épaules et le força à faire de même.

─ Qu'est-ce qui te prends?

Spock le poussa jusqu'au lit sur lequel il le fit tomber. Jim fit mine de ne toujours pas comprendre ce qui l'attendait.
Spock s'allongea sur lui avant qu'il puisse se redresser. Chaque mot, chaque tentative de refus fut contrée par un baiser ou une caresse. La pseudo résistance de Jim devenait de plus en plus molle. Mais lorsque survint le moment de passer aux choses sérieuse, Spock demanda :

Ha aitlu ? [ Le veux-tu?]

─ Oui !

Ils s'aimèrent passionnément, pendant que, au même moment, Leonard et Kinarra s'étreignaient éperdument.

ooo

Spock allongea Jim. Il l'avait sollicité jusqu'à épuisement. Il contempla son bel Humain endormi. Il le nettoya rapidement et monta la couverture sur lui.

Il se mit en position de méditation. À présent que les émotions de Jim ne sur-sollicitaient plus ses Naph-fo-dan, il pouvait se pencher sur ses propres affects afin de les désamorcer.

Pourquoi ces émotions irrationnelles de Jim l'affectaient-elles autant lui aussi? Certes, il éprouvait vis à vis de Bones un fort attachement au point de le considérer comme un T'hai'la. Mais ce n'était pas une explication suffisante. Les liens de T'hai'la ne provoquent pas de telles jalousies.
Sa Krus-Qom'i requit son attention. Il ne la repoussa pas et fit ce qu'elle lui conseilla. Il tourna son esprit vers leur Kash-naf et abaissa ses Naph-fo-dan.

Ce n'était pas seulement de la jalousie qu'éprouvait Jim. En temps normal, il se serait même réjouit que son ami prenne "du bon temps" avec une femme.
C'était son sixième sens qui exprimait son irrationnelle déduction. Son intuition lui hurlait que cette Klingonne allait leur enlever Bones. Et qu'ils ne pourraient rien faire pour l'en empêcher. Jim était comme fou à cette sensation d'être incapable d'empêcher cette catastrophe imminente. Le cœur se Spock s'accéléra. Il était rare que les intuitions de Jim se trompent, et celle-ci était d'une intensité peu commune.

Spock prit de longues respirations. Les craintes de Jim étaient parfaitement irrationnelles. Il ne devait pas se laisser contaminer par elles. Demain, Kinarra allait repartir à bord du Etlh jej, et tout cela ne serait plus qu'un mauvais souvenir…

Il lui fallut malgré tout une longue méditation pour retrouver sa sérénité.

ooo

Leonard se réveilla doucement, son corps pressé contre un autre. Les souvenirs de la veille lui revirent soudain. Ce qu'il avait dit, ce qu'il avait fait, ses aveux…

─ Êtes-vous réveillées? Murmura-t-il

─ Tu me vouvoies maintenant? Répondit la voix déçue de Kinarra

Illes s'assirent. Leonard tenta de cacher son embarras.
─ Hem… c'est à dire… je n'ai pas l'habitude de… comment dire...

─ T'envoyer en l'air avec une femme juste pour le plaisir.

─ Oui, c'est cela. D'habitude, c'est Jim qui emmène la Belle Dame dans son lit.

Kinarra ne put retenir un (adorable) rougissement.
─ Tu regrettes ce que nous avons fait?

─ Non, certainement pas!
Regretter reviendrait à insulter cette femme. Elle ne l'avait pas forcé. Et la nuit qu'illes avaient partagée ensemble avait été extraordinaire. Il ne voulait pas gâcher ce beau souvenir.

─ C'est juste que… je ne voudrais pas te blesser avec un malentendu

La délicatesse de cet Humain était charmante.
─ Ne t'inquiète pas, je ne demande aucune promesse autre que ton amitié

─ Mon amitié et mon respect. Répondit aussitôt Leonard.

Qu' wIqelDI', maHeDnIS je. Répéta-t-elle dans sa langue.

.

McCoy et Kinarra arrivèrent en même temps au mess des officiers, toustes les deux tout sourire. Illes posèrent leur plateau en face de ceux de Kirk et Spock. L'un comme l'autre les accueillirent aimablement. Pour une fois, le médecin s'abstint de faire remarquer au capitaine qu'il avait le teint cireux. Il avait l'intuition que Jim ne le prendrait pas très bien, et il ne voulait pas gâcher la sensation de bien-être qu'il ressentait. L'alcool Klingon ne devait pas réussir à son T'hai'la.

─ Nous allons reprendre notre route d'ici la fin de la matinée. Déclara Kinarra. Le temps d'utiliser vos laboratoires pour faire le plein de sérum pour le vaccin.

Les yeux de Spock perdirent de leur dureté. Les traits de Kirk se décrispèrent nettement.

Il répondit avec un sourire sincère :
─ Ils sont tous à votre disposition.

Kinarra ne s'offusqua pas de ces comportements. Elle se promit d'avoir, avant de partir, une rapide discussion avec ces deux idiots aveugles au sujet de leur "amitié" avec Leonard. Elle pouvait bien faire cela pour lui.

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36911.104 (14 novembre 2269) 8.43h

Le Capitaine Kohlaa fit irruption dans le laboratoire, il avait l'air très préoccupé :
─ Kinarra, tu dois venir avec moi, j'ai quelque-chose à te montrer.

Elle leva le nez de son microscope en protestant :
─ Est-ce si urgent que cela ?

─ Ça l'est.

Kinarra observa son frère, elle remarqua ses yeux étincelants de contrariété et de colère contenue. Son problème devait être de la plus haute gravité :
─ Je viens.

À peine était-elle partie que Jim entrait à son tour dans le laboratoire.
─ Il faut qu'on parle Bones!

McCoy soupira. Il avait bien remarqué l'inexplicable mauvaise humeur de Jim. Même Spock lui avait paru plus froid. Il avait interprété cela par l'inquiétude d'avoir tous ces Klingons en presque-libre circulation à bord.

─ Allons dans mon bureau. Continuez sans moi. Ajouta-t-il à l'adresse de ses laborantins.

Il ferma la porte derrière lui
─ Qu'est ce qui se passe, Jim?

─ Qu'est-ce qu'il y a entre cette Klingonne et toi?

Déconcerté, McCoy fronça les sourcils :
─ Pourquoi me poses-tu cette question?

─ Réponds-moi!

─ Rien de bien sérieux. Je crois que tu le sais déjà.

─ C'est une Klingonne!

─ Je ne vois pas où est le problème.

La voix de Jim s'emplit de reproche :
─ Mais enfin Bones, comment as-tu pu faire cela ?

McCoy haussa le ton sans cacher sa colère indignée :
─ C'est toi qui a le culot de me dire cela? LE joli-cœur qui ne peut s'empêcher de séduire TOUS les jolis minois qui passent à sa portée! Quitte à compromettre certaines de nos missions? Maintenant que tu es casé tu te mets à jouer les père-la-pudeur!

Jim resta bouche-bée pendant une demie seconde. Bones était visiblement blessé. Il s'en voulut et tenta d'argumenter :
─ Elle aurait pu te faire du mal!

─ Kinarra? Me faire du mal? Pour quelle raison?

─ On dit que leur sexualité est violente.

─ Bon sang, Jim! Kinarra n'est ni un ange de douceur, ni une petite chose fragile, mais je peux t'assurer que je m'en suis sorti sans une égratignure. Elle est une femme volontaire, elle est aussi un grand médecin, nous avons beaucoup parlé de médecine Klingonne. Des discussions de collègues. Qu'y a-t-il de mal à cela ?

─ Rien, en effet. Reconnut Jim à contre-cœur

─ En plus, elle repart aujourd'hui. Alors, où est le... ton problème?

─ Et si elle t'emmenait de force avec elle ?

Une vive inquiétude figea les traits du médecin :
─ Jim ! Tu nages en plein délire ! Tu es sûr que tu vas bien?

Sentant arriver un bilan de santé, voire, pire, un hypospay, Jim se hérissa :
─ Je vais très bien!

Mais McCoy avait déjà dégainé son médicorder et fronça les sourcils en lisant les résultats:
─ …mmm

─ Quoi? mmm?

─ Il te reste de l'éthanal-k dans les veines.

─ De l'éthanal… quoi ?

─ La composition chimique de l'alcool contenu dans les boissons Klingones est légèrement différente de celles des boissons Humaines. Comme tu n'as qu'un seul foie, celui-ci a métabolisé l'éthanol-K en éthanal-K, mais n'a pas finit de le transformer en inoffensif acide acétique. Et tu dois être intolérant à l'éthanal-k, ce qui expliquerait ces pensées délirantes et ton humeur massacrante!

─ … Bones… je n'aurai pas dû. Murmura Jim, embarrassé. Je je suis désolé.

─ Je sais Jim.

─ Il y a une chose que je dois te dire.

─ Je t'écoute.

Jim ne parvint pas à parler tout de suite, et Bones attendit sans le brusquer
─ Spock a essayé de m'aider calmer cet état d'irritation, hier soir, mais j'étais trop saoul pour l'écouter. Il pense que c'est lié à nos liens de T'hai'lu.

─ Ce lien provoquerait-il une part de possessivité à mon égard ?

Jim tenta de trouver une explication rationnelle à son attitude, mais son esprit était embrouillé :
─ Oui, non... je ne sais pas. Je ne suis pas de nature possessive normalement... Je me souviens que ta présence ne nous indisposait pas, Spock et moi, ce jour-là...

Jim se souvint soudain du baiser qu'il lui avait volé avec l'aide active de Spock. Du plaisir intense qu'il avait éprouvé. Ils n'en avaient jamais reparlé. Il ne put se retenir de frôler sa lèvre de son index.
Bones hocha la tête, il avait saisi le sous-entendu. Son cœur s'accéléra, ses lèvres se souvinrent...

─...alors que si Sarek ou T'Pau s'étaient approchés, je ne sais pas si j'aurai pu contenir mon agressivité à leur égard. Et Spock éprouvait exactement la même chose que moi. Seuls des liens très forts de T'hai'lu peuvent permettre cela...

Il y eut un silence. La discussion devenait embarrassante et pourtant ces mots leur faisaient tellement de bien. Jim prit une grande respiration, il devait faire taire cette possessivité irrationnelle.
─ Les T'hai'lu veillent les uns sur les autres.

─ Tu verras, la prochaine fois que vous prendrez des risques inconsidérés, toi et ton Elfe vert, comme je vais biiiien veiller sur vous deux! Ironisa Bones, les yeux brillants de joie.
Il était heureux : il avait toute sa place auprès d'eux, il était leur T'hai'la. D'une certaine façon, cette crise de jalousie était la preuve de leurs liens.

Le rire attendri de Jim finit dans une série d'éternuements…

ooo

Lorsque Kinarra revint à bord, McCoy la trouva soucieuse :
─ Il y a un problème?

Elle eut une expression étrange, mélange de résignation et de colère contenue :
─ Oui, nous allons devoir repousser notre départ à ce soir, il y a des trucs qui dysfonctionnent dans les moteurs du Etlh jej.

Il comprit cette irritation : chaque minute perdue pouvait avoir pour conséquence la mort de Klingons atteints par cette terrible pandémie :
─ Veux-tu que je demande à Jim de vous envoyer Scotty? Aucun moteur n'a de secret pour lui

─ Non, cela ne sera pas la peine, les mécanos sont déjà en train de réparer tout ça. Un oiseau de proie a été détourné de sa mission et nous rejoindra d'ici quelques heures pour venir prendre les vaccins et les amener au plus vite sur Qo'Nos et les différentes colonies de l'empire

McCoy sentit qu'elle ne lui disait pas tout. C'était normal, la Fédération et l'Empire Klingon n'étaient pas officiellement en guerre, mais ils n'avaient pas signé de traiter de paix pour autant. La méfiance réciproque restait de mise.

─ Je vois. Du coup cela nous laisse encore plus de temps pour synthétiser encore plus de sérums et de vaccins!

Kinarra lui répondit par un sourire un peu triste, presque douloureux.

─ o ─

Le moment du départ était arrivé, en toute fin d'après-midi. Tout l'équipage de l'IKS Etlh jej avait déjà repris son poste. Seul·es Kinarra et Kohlaa étaient resté·es à bord de l'Enterprise, afin de procéder à des adieux officiels. Illes étaient graves et solennel·les

─ Capitaine Kirk, Commandant Spock, Docteur McCoy, recevez ces D'K tahg, symboles de l'âme guerrière de notre peuple. Déclara Kohlaa.

Kinarra leur remit à chacun un coutelas. Ces armes étaient munies de deux lames auxiliaires rétractables de part et d'autre du poignard central, leurs manches étaient recouverts de cuir, et avaient une crosse arrondie hérissée de picots. Elle finit par McCoy qu'elle serra dans ses bras. Kirk ne put se retenir de serrer les dents.

Sans un mot, elle rejoignit son frère dans le téléporteur. Au moment où toustes deux disparaissaient, Kirk crut voir de la tristesse altérer leurs fiers visages.

Bien que leurs quarts respectifs eussent pris fin, le trio regagna la passerelle. Tous les membres de leur faction avaient tenu à rester, et celleux de la prochaine étaient déjà à leurs postes. Les moteur du Etlh jej s'allumèrent.

─ NON! S'écria McCoy avec une absolue détresse

Kirk et Spock se tournèrent vers lui : leur ami disparut sous leurs yeux atterrés. Au même moment, l'oiseau de proie s'évaporait, camouflé par son bouclier d'invisibilité.

─ BONES! NON ! NON !

Spock n'avait pas perdu son sang-froid, il s'était déjà penché sur les senseurs. Il parvint à retrouver la trace énergétique du vaisseau

─ Lieutenant Sulu, direction 6 point E34, en distorsion 8. Ordonna Kirk comme s'il avait lu l'information dans la pensée de Spock

─ Tout de suite Capitaine !

─ Cette traîtresse a dû poser un traqueur dans le dos de Bones quand elle l'a pris dans ses bras! Gronda Kirk, furieux.

─ C'est la seule explication logique possible.

─ Un champ de force est sensé empêcher toute téléportation vers l'extérieur ! Protesta Chekov. Ce n'est pas normal!

Il fit une rapide recherche et s'étrangla :
─ Il a été désactivé ! Ces traitres ont désactivé notre champ de force !

Le vaisseau fila à la vitesse maximum pendant une dizaine de minutes. La tension à bord de la passerelle était palpable

─ Capitaine, les déflecteurs détectent un champ d'astéroïdes mobiles. Dit Spock. Les traces énergétiques du Etlh jej se poursuivent à l'intérieur de celui-ci.

─ Seraient-ils fous? S'exclama Kirk. Nul ne peut traverser un tel champ de mine! Sulu, descendez en vitesse impulsion avant immobilisation.

─ Capitaine ! Là! S'écria Uhura avec désespoir en pointant du doigt l'une des formes mouvantes

Il manquait une aile au Etlh jej. Il dérivait entre les roches, un astéroïde vint le heurter, le projetant contre un autre puis un autre... les moteurs du vaisseau explosèrent soudain.

─ NOOOON! s'exclamèrent-illes toustes en cœur

Jim eut la sensation que son cœur se déchirait. Il perçut la violente douleur de Spock.

─ Des survivants? Y a-t-il des survivants? Ordonna Kirk.

Un astéroïde vint percuter ce qui restait du Etlh jej. Lentement, les mouvements des roches allaient broyer la carcasse du vaisseau inerte

La main de Spock se posa sur l'épaule de Kirk. Il n'y avait rien qu'ils puissent faire. Le pressentiment de Jim avait été juste. Leur T'hai'la leur avait été arraché.

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.à suivre

─ QUOI? Répéta Kinarra avec fureur. Je ne ferais JAMAIS une chose pareille !


Un commentaire ?
Spoiler : si vous avez lu mes précédentes fictions, vous savez que je finis toujours par une happy end

Christine
Voilà. Le moment que tu redoutais est arrivé...

─ o ─

Les effets de l'alcool
youtube·com/watch?v=mFKUThh26oU
Max Bird - Les effets de l'alcool : en gros, quand on boit un peu d'alcool (ou éthanol), le foie métabolise l'éthanol en éthanal… sauf que l'éthanal est encore plus dangereux pour le corps. Alors le foie le transforme en l'inoffensif acide acétique…
mais quand on boit trop, le foie n'a pas le temps de faire les 2 étapes… c'est ce qui rend malade

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