BÉNÉVOLENTS - Partie II SACRIFICES


9 Deuil

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36911,04 20:02

Kirk resta longtemps immobile, à scruter l'écran. Dévasté, incrédule, il observa chacun de ces maudites pierres flottantes une à une.
Tout en lui refusait de croire la mort de Bones, non, non! C'était inconcevable, impossible, irréel... inadmissible !

Penché sur sa console, Spock disséqua méticuleusement chaque information affichée, à la recherche du moindre signe de vie, encore et encore.
Il était conscient de l'irrationnalité de cette démarche. Cependant, la Krus-vuhlkansu et la Krus-Qom'i (part humaine) de son esprit s'étaient alliées pour nier l'inacceptable réalité : Leonard ne devait pas être mort. Ce n'était pas logique !

Rester là, face à ce champ d'astéroïdes, à poursuivre ces vaines investigations était parfaitement inutile, mais personne ne leur fit de remarque. Le Etlh jej avait explosé, les roches l'avaient déchiqueté, broyé en mille et un petits morceaux d'épaves. Ces débris dérivaient lentement parmi, il n'y avait aucun espoir possible.

L'équipe nocturne était montée sur la passerelle afin de commencer son quart depuis plus d'une heure. Chacun·e d'elleux était resté·es debout, à côté de son ou sa collègue encore à son poste. Toustes avaient assisté à la disparition du médecin et la destruction du vaisseau Klingon. La sinistre nouvelle s'était déjà répandue dans les moindres recoins du vaisseau, en semant une profonde tristesse sur son passage. Toustes déploraient en silence la disparition du Docteur McCoy. Certain·es avaient du mal à contenir leurs larmes.

Il fallait se rendre à l'évidence, McCoy était mort.

Kirk porta une main crispée sur sa poitrine... son cœur… il avait si mal. Physiquement, psychiquement... comme s'il avait été amputé d'une part indispensable de lui-même. Il se tourna vers Spock et leurs yeux se croisèrent, douloureusement incrédules. Le visage du Vulcain était d'une pâleur inquiétante, ses traits s'étaient figés en un masque impassible et froid.

Sans un mot, sans un regard pour personne, le Capitaine se leva lentement de son fauteuil. D'un même mouvement son commandant en second le rejoignit. La cloison du turbolift se referma derrière eux. Uhura cessa de se retenir et éclata en sanglots.

Jim s'appuya contre la paroi du turbolift. Il souffrait trop pour parvenir à pleurer, il était tétanisé de douleur. Il percevait celle de Spock, tout aussi cuisante que la sienne.

Ensemble, ils rejoignirent leur quartier d'un pas lourd.
La porte s'ouvrit, la lumière s'alluma. Ils restèrent debout au milieu de la pièce, dépourvus de toute forme de pensée, le temps suspendu par le poids de leur souffrance commune.

Bones-Leonard leur avait été arraché, il était parti pour toujours. Il laissait derrière lui un vide immense que rien ne saurait jamais combler.

Plus jamais il ne ferait de remarques à Spock sur sa "bon sang d'exaspérante logique"
Plus jamais il n'enguirlanderait Jim pour "avoir -encore- pris des risques inconsidérés", ou une seconde part de frites…

Soudain, Jim se précipita sur son T'hy'la et le serra dans ses bras. Spock n'esquissa aucun geste, ni pour le repousser, ni pour l'étreindre. L'affliction cuisante de Jim se déversa sans entrave dans l'esprit de Spock, se mêla à la sienne, l'obligeant à y faire face. N'importe quel Vulcain aurait succombé à un débordement émotionnel. Mais Spock n'était pas n'importe quel Vulcain.
Au cœur de ce chagrin infini, il n'était pas seul. Il y puisa sa force. Loin de l'enfoncer et l'entraîner dans les abîmes, paradoxalement, la douleur de son T'hy'la l'aidait à survivre à la sienne. Lentement, Spock leva les bras et sera son T'hy'la contre lui.

─ Je le savais ! S'exclama soudain Jim avec colère. Je le savais! j'aurai dû être plus prudent, j'aurai dû être plus attentif, j'aurais...

Spock resserra son étreinte autour de lui
─ Jim. Ce n'étaient que des prémonitions irrationnelles. Rien dans le comportement de Kinarra et des autres Klingons ne nous laissait envisager la survenue un tel évènement. Illes se comportaient de façon tout à fait amicale envers lui.

Les pensées se bousculaient dans la tête de Jim. L'une d'elle, émotionnellement plus puissante que les autres, fit vibrer leur Kash-naf. Spock vit la crise de jalousie de Jim : la réaction blessée de Leonard, ces aveux d'amitié qui avaient fait tant briller de bonheur les yeux du médecin et réchauffé le cœur de Jim... Il lui avait narré cet accès d'irrationalité, son comportement parfaitement idiot vis à vis de Leonard, mais le vivre ainsi dans son esprit... revoir ainsi le visage de leur T'hai'la...

─ J'ai été si incroyablement idiot. Murmura Jim qui avait lui aussi revécu ce moment. Alors qu'il est... qu'il était plus qu'un frère pour moi. Il a toujours été là pour écouter mes doutes...

D'un même mouvement, ils s'assirent sur leur lit. Ils s'allongèrent sans même ôter leurs chaussures. Ils restèrent ainsi, sans parler ni parvenir à verser de larme, dans la réconfortante chaleur de leurs corps. Épuisés, ils s'endormirent sans s'en rendre compte.

Ils s'éveillèrent au matin après une nuit sans rêve. Ils s'assirent en silence sur le matelas. Leur désolation était toujours là, comme chevillée au corps, et pourtant...

─ La sens-tu toi aussi, cette sensation, cette intime conviction que notre Bones n'est pas mort? Murmura Jim. Alors que nous avons vu le Etlh jej exploser ?

Spock haussa un sourcil en réponse à ces propos étranges. Il regarda en lui-même. Il parla d'une voix lente et calme, comme s'il cherchait ses mots.
─ ... oui, je... j'expérimente moi aussi ce... cette impression irrationnelle. C'est fascinant.

Jim hocha la tête, rassuré. Spock éprouvait la même perception que lui. Il n'était donc pas fou. Ou alors, ils l'étaient tous les deux.
─ Comment expliquerais-tu cela ? Sommes-nous en train de nier la réalité ?

─ Il existe une phase de déni lors du processus de deuil humain...

─ Oui, je sais cela, je l'ai vécu à plusieurs reprises! Mais là c'est différent. Toi, qui es à demi-Vulcain, comment expliques-tu que ton esprit rationnel expérimente aussi cela ?

Spock prit le temps de réfléchir :
─ Récapitulons les faits objectifs et les circonstances de façon objective et rationnelle.

─ Je t'écoute.

─ Fait numéro un : les connaissances médicales de Leonard surpassaient celles des meilleurs médecins Klingons...

Jim lui coupa la parole :
─ Kinarra a exprimé à plusieurs reprises le fait que les connaissances de Bones surpassaient les siennes. Il est tout à fait concevable qu'elle ait voulu l'enlever pour en faire profiter son peuple!

Jim se rembrunit, il savait pertinemment que certains espoirs pouvaient être dangereux, il devait rester rationnel.
─ ... sauf s'illes considèrent ces connaissances comme une menace! Et dans ce cas, le tuer est tellement plus simple!...

Imperturbable, Spock reprit son raisonnement :
─ Fait numéro deux : si les Klingons avaient considéré notre médecin comme une menace, illes ne se seraient pas contentés de le tuer.

─ Exact : illes auraient tenté de massacrer tout l'équipage, puisque toustes ont été témoins de leur faiblesse. Cela leur aurait été facile, puisqu'illes étaient déjà à bord. C'est ainsi qu'illes procèdent, d'habitude.

─ Tout à fait. Comme tu l'as suggéré, il existe une probabilité pour que ces Klingons aient décidés de le garder en vie et de l'emmener dans un lieu caché de tous, là où ses compétences pourraient s'avérer utiles. De cas semblables d'enlèvement de savants se sont déjà produits par le passé.

Un fol espoir illumina les yeux noisette de Jim :
─ Oui! OUI! Ce ne peut être que cela! J'ai bien vu la façon qu'avait Kinarra de se comporter avec lui. Elle flirtait avec lui, elle essayait de le séduire! C'est pour cela que j'étais si jaloux! Si cette femme a réellement des sentiments pour lui, elle ne laissera personne lui faire du mal!

Spock était resté parfaitement neutre et concentré. Jim respira profondément et calqua son attitude sur la sienne.

─ Fait numéro trois. Les vaisseaux Klingons disposent d'un dispositif de camouflage si efficace qu'il nous est impossible de les détecter...

─ Le capitaine Kohlaa pourrait avoir convenu d'un rendez-vous avec un ou plusieurs Oiseau de proie. Si on suit ce raisonnement, on peut donc supposer que tout l'équipage avait quitté le Etlh jej lorsqu'il a explosé ! As-tu détecté la présence de particules organiques dans les débris du Etlh jej ?

Spock se remémora toutes les informations qui s'étaient affichées sur sa console, il avait uniquement recherché des traces de vie et n'avait prêté attention au reste. Cette fois-ci, sa voix trahi son étonnement :
─ ... il n'y avait aucun résidu organique !

─ Le Etlh jej était donc vide ! !

Jim avait la sensation de revivre. Puis une ombre passa dans son esprit, le faisant passer de l'espoir au désespoir:
─ Illes se sont donné la peine de sacrifier un vaisseau pour emmener Bones et nous faire croire à sa mort ! Pour nous dissuader de partir à sa recherche. Pourquoi ? Parce qu'illes pensent qu'il représente une menace pour leur empire. Nous risquons de mettre sa vie en danger si nous nous lançons à sa recherche. Sa vie et celle de l'équipage !

Spock lui prit les mains.
─ Jim. Nous ne détenons aucune preuve, uniquement des suppositions.

─ Et cette absence de trace organique, n'est-elle pas une preuve ?

─ Jim.

Jim repoussa ces mains et mit la sienne sur le cœur de Spock.
─ Ne le sens-tu pas, là? Cette douleur. C'est une douleur de séparation, pas une douleur de deuil! Il n'est pas mort! Spock. Notre Bones n'est pas mort!

─ Comme tu l'as dit toi-même, même s'il est encore en vie, nous ne pourrons jamais le rejoindre.

La main de Jim glissa sur ses genoux, amorphe.
─... je... je préfère le savoir en sécurité et en vie loin de nous, plutôt que mort.

─ Oui. Avoua Spock. Moi aussi.

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36911,05

Ils firent comme tous les matins. Ils se préparèrent et se rendirent au mess. Leurs visages étaient pâles, leurs expressions insondables. Rares furent les membres de l'équipage qui osèrent croiser leurs regards vides.

Ils prirent place à la table où ils avaient leurs habitudes... McCoy prenait toujours place en face d'eux, cette chaise vide raviva leurs afflictions.
Ils achevaient de manger en silence, sans réel appétit, quand le docteur Jabilo M'Benga vint s'asseoir.

─ Capitaine, Commandant. Dit-il simplement, visiblement mal à l'aise

─ Docteur M'Benga. Répondit Kirk d'une voix neutre. C'est à vous que revient officiellement le poste de médecin-chef à bord de l'Enterprise, toutes mes félicitations.

L'embarras du médecin fit monter le rouge à ses joues, nettement visible malgré sa peau noire.
─ Je suis venu à vous en tant que médecin.

─ Nous ne sommes pas malades. Répondit Kirk. Nous sommes en deuil.

─ Oui, c'est pour cette raison que je suis venu vous informer que le règlement met à votre disposition sept jours de repos.

─ Non, docteur M'Benga, ce dispositif est destiné uniquement aux membres de la famille. Rétorqua Spock.

─ Je sais les liens de T'hai'lu qui vous reliaient au docteur McCoy. À la demande des représentants Vulcain, la Fédération les considèrent comparables à des liens familiaux. Je vais vais prescrire un arrêt maladie qui se justifie au...

─ Nous ne sommes pas malades. Le contredit Spock.

─ Je ne dis pas le contraire, Commandant. Cependant, la disparition du Docteur McCoy a été pour le moins brutale. Certains et certaines des membres de l'équipage en ont été choqué.

─ Avons-nous l'air en état de choc? Demanda Kirk.

M'Benga comprit qu'il ne pouvait se permettre de lui répondre par l'affirmative. Le Capitaine, le Commandant et le Docteur avaient été un trio d'inséparables, leur deuil devait être extrêmement violent. Leur impassibilité était trop parfaite pour être naturelle. Mais il savait qu'on ne pouvait pas faire du bien aux gens contre leur volonté. Alors M'Benga lui répondit comme il l'aurait fait avec un Vulcain :

─ Non, Capitaine, vous me semblez tout à fait efficient.

─ Nous allons donc prendre nos postes dès que notre quart débutera. Conclut Kirk

Spock et lui avaient parfaitement comprit le sous-entendu du médecin. Celui-ci soupira tristement :
─ Mais permettez-moi de vous informer que je me tiens à votre disposition.

Ils se contentèrent de hocher la tête.

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Ils prirent donc place à leur poste et se comportèrent presque comme d'habitude. Kirk restait aimable mais ne souriait plus. Le visage de Spock était une statue de marbre. L'Entreprise reprit le cours de sa mission d'exploration.
Les messages de condoléances commencèrent à affluer, mais Kirk comme Spock refusèrent de les lire au prétexte qu'ils n'avaient pas le temps : leur mission passait avant tout.

Le vaisseau approcha d'une planète L, un monde à peine habitable, potentiellement terra-formable.

─ Que donne votre analyse, Commandant ?

─ Upsilon Andromedae III est une planète jeune, d'environ 4.21 milliards d'années. Elle abrite des microformes de vie primitive de type pluricellulaires végétales et animales.

─ Pensez-vous qu'il serait intéressant d'aller effectuer un prélèvement de...

Kirk sursauta sous l'effet d'une violente crise d'angoisse qui s'empara soudainement de lui, et lui coupa la respiration. Spock eut de son côté toutes les peines du monde à ne pas tomber sous le choc d'un tel déluge d'émotions. Cela dura une bonne quinzaine de minutes. Ces affects s'imposèrent à eux et changèrent de forme. Il y eut d'abord une grande peur, puis une profonde anxiété, de la stupéfaction incrédule et enfin une sorte d'accalmie sous la forme d'une reconnaissance mêlée de culpabilité. Ces vagues se diluèrent jusqu'à disparaître.

Ils retrouvèrent leurs souffles. Leurs yeux se croisèrent. Instinctivement, leurs pensées se rejoignirent.

« Bones! Cela ne peut que provenir de Bones!» Pensa Jim «Bones est vivant !»

« Ce pourrait être une explication logique à ce déferlement émotionnel.» Répondit Spock avec prudence. « Leonard nous aurait involontairement transmis ses affects»

« C'était lui, c'était ses émotions! j'en ai la certitude à présent : Kinarra l'a enlevé pour lui sauver la vie!»

« Comment cela a-t-il pu être possible? Aucun Kash-naf ne nous relie à lui»

C'était la première fois qu'ils échangeaient leurs pensées sans avoir recours à un contact physique, mais ils n'en firent pas de cas. Un espoir fou traçait son chemin dans leurs esprits. Ces transmissions psychiques corroboraient l'intuition de Jim et le raisonnement logique de Spock.

─ Capitaine. S'inquiéta Uhura. Capitaine! Capitaine ? Vous allez bien?

Kirk cligna plusieurs fois des paupières. Son cœur battait trop fort dans sa poitrine. Il lutta pour retrouver son calme et lui répondre d'une voix légèrement altérée :
─ Oui, Lieutenante, je vais bien, pourquoi?

─ Cela fait trois fois que je tente de vous appeler. Dit-elle doucement, humblement

Kirk ne la rabroua pas. Ses yeux firent le tour de l'équipage. Partout, cette même inquiétude, cette même empathie. Toustes avaient vu que Spock et lui étaient émotionnellement compromis, il aurait été stupide de prétendre le contraire.

─ Je vois. Monsieur Spock et moi allons nous présenter à l'infirmerie. Veuillez prévenir de notre arrivée. Lieutenant Sulu, vous avez la passerelle.

Assumer sans honte ses fragilités était une preuve de force de caractère, et c'est ainsi que l'équipage interpréta ce comportement. Leur Capitaine était un homme avisé, il connaissait ses limites

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Dès que les portes du turbolift se refermèrent, Jim se précipita dans les bras de Spock. Cette fois-ci, il saisit son visage et lui vola un long baiser. Le Vulcain ne le repoussa pas. Son T'hy'la avait besoin d'extérioriser son trop plein d'émotion. C'était une façon comme une autre de procéder... laquelle n'était pas désagréable.

Le Docteur M'Benga les attendait. Il les fit entrer dans son bureau et ferma soigneusement la porte derrière lui.

─ La lieutenante Uhura m'a prévenu de votre arrivée. Que vous est-il arrivé? Demanda-t-il en essayant de cacher son inquiétude.

─ Vous avez fait vos études à la Shi'Oren t'Ek'has-tal T'Khasi, n'est-ce pas? Répondit Kirk

Le médecin ouvrit de grands yeux décontenancés :
─ En effet, capitaine, mais je ne comprends pas le rapport.

─ Vous savez probablement que le Capitaine et moi sommes reliés par un Telsu'Kash-naf.

─ Oui, il s'agit du lien mental des époux. Traduisit M'Benga pour montrer qu'il avait compris

─ Il semblerait que nos deux esprits aient développé avec l'esprit du Docteur McCoy un T'hai'lu kash-naf

M'Benga ouvrit la bouche mais fut incapable de parler. Le rationnel Commandant devenait-il fou?

Kirk poursuivit presque tranquillement :
─ Il est probable que ce lien ait été activé lors de la disparition du Etlh jej, quand nous avons cru que Bones était mort.

─ Sous-entendriez-vous que le Leonard serait vivant? S'étrangla M'Benga, de plus en plus inquiet pour la santé mentale de ces deux hommes.

─ Nous venons de percevoir un panel d'émotions violentes via nos liens mentaux. Des émotions qui ne sont pas explicables par un état de deuil. Expliqua Spock.

─ Ces émotions ne provenaient pas de moi, et encore moins de Spock qui contrôle parfaitement les siennes.

─ Seul un guérisseur Vulcain peut attester de la présence de ce lien mental. Nous vous prions d'en contacter un afin que nous puissions prendre rendez-vous avec lui lors de notre prochaine permission.

─ ... c'est à dire que j'ai déjà pris la liberté d'informer votre père de la mort du Docteur McCoy. Avoua M'Benga. Il est déjà en route pour nous rejoindre

─ Je vois. Répondit Spock froidement
Même s'ils s'étaient réconciliés, son père était la dernière personne qu'il avait envie de voir.

─ Dame T'Pau l'accompagne en tant que représentante de la Shi'Oren t'Ek'has-tal [académie vulcaine de médecine]

─ Elle appréciait Bones. Se souvint Kirk avec un triste sourire. Nous organiserons une cérémonie funéraire lorsqu'ils seront arrivés.

─ Je ne comprends pas. Je croyais que vous pensiez que le Docteur McCoy était encore en vie.

─ Tout le monde doit continuer à croire en sa mort. Répondit Spock. Nous vous en expliquerons la raison si Dame T'Pau atteste la réalité de notre T'hai'lu kash-naf. Pour le moment tout cela n'est que supposition.

─ Et si ce T'hai'lu kash-naf s'avère n'être qu'une illusion perceptive?

─ Alors nous prendrons les mesures qui s'imposent. Répondit Kirk avec dignité.

─ Si vous le permettez, je vais procéder à un rapide examen médical

─ Faites.

Le Docteur M'Benga sortir son médicorder. Qu'il y ait eu une transmission mentale ou pas, les deux hommes avaient subi un choc psychologique récent. Il remontait à moins d'une heure. Cela coïncidait avec leurs crises de tétanie sur la passerelle, dont lui avait parlé Miss Uhura. Certaines hormones étaient en surdosage dans leurs organismes : cortisol, adrénaline, vasopressine... mais aussi de l'ocytocine, beaucoup d'ocytocine, presque trop. Pour le reste, les deux hommes étaient en bonne santé.

─ Je voudrais faire des examens plus poussés.

Kirk se contenta de soupirer et alla prendre place sur le lit médicalisé. M'Benga ne trouva rien d'anormal dans son cerveau, ni ailleurs. Pas plus que dans celui de Spock. Rien qui explique ces malaises

─ Nos états de santés sont-ils satisfaisants? Demanda Spock

─... oui, vous êtes tous les deux en excellente santé, cependant...

─ Vous voulez nous mettre en arrêt maladie jusqu'à l'arrivée de l'ambassadeur et de Dame T'Pau. Devina Kirk.

─ C'est votre prérogative de médecin chef. Poursuivit Spock

─ Ils devraient arriver d'ici après-demain.

─ Va pour deux jours. Concéda Kirk.

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Jim s'était installé dans la cabine de Spock depuis leur retour de Elládha. Elle était un peu étroite pour deux, mais le Vulcain ne se plaignait de cette promiscuité. Dans la chambre, ils avaient troqué le lit prévu pour une personne contre un épais futon posé à même le sol, qu'ils pliaient avec sa couette pour les ranger dans un coffre.

─ Qu'allons-nous bien pouvoir faire? Je suis à jour dans mes rapports, je n'ai aucun travail en retard. Je n'ai pas le cœur à lire un bouquin ou écouter de la musique.

Spock sortit deux coussins du placard :
─ Nous allons méditer.

Jim n'eut pas l'air très convaincu :
─ Méditer?

─ Méditer fortifie l'esprit. Un esprit plus fort nous permettra de renforcer nos kash-naf.

─ Et de mieux trouver celui qui nous relie à Bones! Oui, faisons cela!

─ Nous ignorons encore si un tel lien existe réellement. Pondéra Spock

Jim se contenta de lui répondre avec un regard mécontent.

─ Si tu le souhaites, je peux accélérer ton apprentissage des techniques de méditation, mais pour cela, je dois modifier le fonctionnement de certaines aires de ton cortex cérébral

─ Oui, je le veux! Fais-le!

Spock disposa les deux coussins de méditation face à face, et il alluma l'encens. Il prit la position du lotus, tandis que Jim s'assit en tailleurs sur le sien. Ils commencèrent par des exercices simples de respiration. Jim se sentit rapidement mal à l'aise. Son dos fut rapidement endolori et des fourmis grignotaient ses jambes.

─ Jim, ta concentration sera plus efficace si tu prends une position plus confortable. Assieds-toi sur la chaise le dos bien droit.

Jim ne protesta pas. Il prit place sur le siège et ils recommencèrent à zéro. À présent qu'il n'avait plus à se soucier de maintenir sa position, il accéda rapidement au niveau de concentration requis. Le Vulcain accompagna l'Humain. L'esprit de Jim était vif, réceptif, extrêmement rebelle. Pourtant, il ne lui opposa aucune résistance. Ensemble, ils atteignirent un état de profonde relaxation. Puis ils revirent à la réalité.

─ Nous recommenceront en début d'après-midi. Je te guiderai sur la seconde étape

─ Pourquoi pas maintenant?

─ Afin de permettre à ton esprit d'assimiler les connaissances que je lui ai transmises.

Jim se contenta de soupirer. Cela n'allait pas assez vite à son goût, mais il savait faire preuve de patience lorsqu'il le fallait. Il vérifia sur un pad que tout allait bien à bord de son vaisseau. Puis il se tourna vers la petite bibliothèque de son T'hy'la. Il repéra un livre de poésie Vulcaine de la période pré-réforme. Il ne dérangea pas Spock qui méditait à nouveau. Il posa le coussin de médication contre un mur pour s'y adosser et commença sa lecture.

La faim le réveilla, deux heures plus tard. Il était allongé sur le lit. Spock était installé au bureau, il travaillait sur une expérience, qu'il supervisait à distance. Jim se leva, mécontent de lui-même. Ils mangèrent en silence.

─ Souhaites-tu aborder la seconde étape?

─ Allons-y. Répondit Jim avec détermination

Il fut étonnement facile à Jim d'atteindre un état de relaxation. Spock lui montra comment concentrer son esprit sur un objet : la petite flamme de la lampe de méditation. Il mit doucement fin à leur travail mental.
Jim reprit le livre et s'installa directement sur le futon... et s'endormit au bout de deux phrases.

Un cycle de sommeil plus tard, il abordait avec Spock la concentration de l'esprit autour d'un sujet de nature émotionnelle. Sans même avoir à se consulter, ils choisirent de travailler sur la violence du sentiment de perte qu'ils ressentaient depuis l'enlèvement de Bones. Ils ne se voilèrent pas la face et découvrirent l'immensité des sentiments qu'ils éprouvaient pour lui sans jamais s'en être rendu compte... ce n'était pas une simple amitié... mais un amour profond, aussi intense que celui qui les reliaient tous les deux.
Cette révélation brisa leur concentration. Le corps de Jim frémit en proie à un violent accès de colère contre lui-même.

─ J'ai été d'une bêtise sans nom !

─ Je comprends à présent l'origine de nos comportements de jalousie possessive lors de cette soirée.

─ Ce jour-là, ce n'est pas un petit baiser que j'aurai dû lui voler, mais un vrai baiser! Si ça se trouve, il aurait été emporté par notre fièvre ! Le fait qu'il ne déclenche en nous aucune agressivité ! Ça aurait dû nous sauter aux yeux!

Spock vint enserrer Jim dans ses bras.
─ Imaginer ce qui aurait pu être est contreproductif, T'hy'la.

Aucun d'eux ne refusait ce sentiment d'amour vis à vis de Leonard. Ils avaient été trois inséparable T'hailu. Toujours unis dans l'adversité comme dans les moments heureux. Être T'hylara leur sembla être une évolution naturelle de leurs liens si étroits.

Jim était mentalement épuisé. Il se laissa guider vers le lit et s'endormit aussitôt.

Spock le regarda longuement. En moins d'une journée, il avait transmis à son Humain l'équivalent de plusieurs années de pratiques. Leurs deux esprits étaient à la fois très différents et incroyablement compatibles. Il lui avait suffi de stimuler certaines zones de son cortex cérébral pour y imprimer ces connaissances. L'avidité avec laquelle Jim avait absorbé ces informations avait accéléré le processus.

Spock prit conscience de sa propre fatigue. Ni lui ni Jim n'avaient dîné. Ni fait de toilette. La perspective de s'allonger tout contre son T'hy'la était infiniment tentante. Il déshabilla Jim avec des gestes doux. Puis il ôta ses propres vêtements et s'endormit à son tour, tout contre lui.

Le matin les trouva étroitement enlacés. Ils prirent une rapide douche sonique, se firent répliquer un solide petit déjeuner et reprirent leur séance de méditation.

Et ils trouvèrent enfin ce qu'ils cherchaient.

Ils n'étaient pas fous.

C'était un kash-naf à l'état quasi embryonnaire, mais il était bien là, incroyablement vif, profondément enraciné en eux.
Ils n'avaient pas accès aux émotions de Bones, et encore moins à ses pensées. Mais ils pouvaient percevoir son souffle de vie. Spock et Jim concentrèrent toutes leurs ressources mentales sur ce lien, dans l'espoir irrationnel de lui transmettre leurs forces et leur amour. Leonard était loin, probablement l'unique Humain au sein d'une colonie Klingone éloignée de tout. Lui envoyer leurs amours était la seule chose qu'ils pouvaient faire pour tenter de le soutenir dans cette solitude.

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à suivre

McCoy resta de longues minutes à observer les Klingons œuvrer sur la passerelle.


Commentaire ?
Avez-vous apprécié la réaction de notre duo ?

. Christine Merci beaucoup pour ton commentaire,
au prochain chapitre nous retrouverons Bones

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