BÉNÉVOLENTS - Partie II SACRIFICES


10 Manipulations

Note : Lorsque nos ami·es parlerons en Klingon, je mettrai les dialogues en italique

─ o ─

McCoy resta de longues minutes debout, à observer les Klingons œuvrer sur la passerelle. Il soupira : il avait urgemment besoin d'occuper ses mains et son esprit, pour tenter anesthésier cette sourde douleur qui lui broyait le cœur. Il ne pouvait même pas se permettre d'éprouver de la rancune vis à vis d'elleux : illes avaient renoncé à leurs vies d'aventures spatiales pour lui sauver la vie…
Il parla en Klingon, sans même s'en rendre compte.

Dis-moi Kinarra, y a-t-il une infirmerie dans cette boite de conserve volante?

Tous les Klingons se retournèrent vers lui, les sourcils froncés, visiblement offusqués, presque menaçants.
McCoy resta impassible. Spock aurait été fier de lui! Il repoussa cette pensée : «les vulcains ne ressentent pas de sentiments». Sa mémoire fit résonner dans sa tête la belle voix imperturbable de Spock, comme un fantôme de ces jours où il était heureux, sans même le savoir. Il se souvint à quel point cette phrase lui vrillait les nerfs d'agacement. Bon sang! Aujourd'hui, il donnerait tout pour l'entendre à nouveau nier ses émotions ou répéter, pour la millième fois, «fascinant».

McCoy revint à la réalité : tous les yeux étaient posés sur lui.
Il était bien conscient de l'aspect provocateur de ces mots. La réaction unanime de ces fiers guerriers l'amusa plus qu'il n'aurait su le dire. Ils étaient encore plus faciles à choquer que Spock.

Une boite… de conserve? Gronda Kohlaa. Ce D'Ama class est l'un des vaisseaux les plus puissants et modernes de l'Empire !

─ Et dispose-t-il d'une infirmerie ? Je suis médecin, moi, pas guerrier.

─ Mon D'Ama class n'est pas une boite de conserve! Répéta Kohlaa, buté.

Oui, Leonard, bien sûr qu'il y a une infirmerie, nous ne sommes pas des sauvages. Répondit enfin Kinarra

Elle ne pouvait se retenir d'être amusée par la hardiesse de McCoy. Il n'était guère prudent de titiller ainsi l'orgueil des Klingons... elle songea que cette attitude était une preuve de la confiance qu'il leur avait accordée. Elle se promit de prendre le temps d'expliquer cela à l'équipage, pour éviter tout quiproquo.
Toustes avaient bien compris que ce n'était qu'une pique ironique. Mais il leur était impossible de ne pas y réagir.

─ Veux-tu que je t'y emmène?

─ Je te suis.

Illes parcoururent de longs couloirs, empruntèrent un turbolift.

Je suppose qu'il me faudra aussi changer de nom. Leonard McCoy, ça ne sonne pas très Klingon.

─ J'avais pensé Ahikar de la maison de K'Khash.

─ Ahikar... Répéta Leonard
Ce nom avait une sorte de ressemblance avec son prénom.

─ En tant que ton épouse, je serai désormais Kinarra de la maison de K'Khash

Il parvint à ne pas tiquer, il ne voulait pas la blesser. Oui, aux yeux de ce monde, illes allaient être mari et femme, bien qu'il n'y ait eu aucune cérémonie officielle. Il ignorait encore comment il allait gérer ce mariage de raison, lui qui avait été incapable de réussir à sauver son mariage d'amour.

─ Et les vrais porteurs de ce nom, sont-ils au courant de cet emprunt?

─ Cette maison s'est éteinte il y a fort longtemps.

─ Je vois.

Ils entrèrent dans l'infirmerie, tout était éteint : il n'y avait personne.

─ Où sont les infirmières ? S'indigna aussitôt Leonard. Et le ou la médecin de garde ?

Kinarra sourit. Il était décidément un médecin dans l'âme.

─ Il n'y a pas que nous comme médecin, et les deux infirmières sont en repos
Elle évita de lui dire que la troisième avait été exécutée pour avoir refusé de prendre part à son sauvetage.

─ Et si l'un des membres de l'équipage se blesse ou a un accident?

─ Ils sont tous en très bonne santé.

─ Il serait tout de même plus prudent qu'il y ait toujours au moins une infirmière de garde!

─ Oui, tu as raison. Mais pour le moment ce sera nous.

Leonard fit le tour des différents appareils médicaux et il fut favorablement étonné. En même temps, l'opération de chirurgie esthétique et le traitement de modifications génétiques, qu'il avait subis en moins de 24h, n'aurait pas pu avoir lieu avec de simples scalpels. Ils avaient nécessité l'utilisation d'un matériel de haute technologie.

─ Je souhaiterai que tu me montres comment tu as procédé pour modifier mon visage.

─ Contre ta promesse de partager avec moi tout ce que tu sais sur la physiologie de mon peuple.

─ Tenu.

Il fut impressionné par les qualités de chirurgienne de Kinarra, et ne lui cacha pas ses impressions.
Puis, il lui expliqua le raisonnement qui lui avait permis de trouver une solution à la mutation mortelle du virus Qu'Vat.

─ Tu es un Humain, où as-tu acquis toutes ces connaissances sur nos physiologies ?

Ce n'était pas la première fois qu'elle lui posait cette question. Leonard hésita. De par la nature même de leur être, les Lh'm'thl ne risquaient rien de la part des Klingons. La puissance défensive et offensive de leur vaisseau irréel, composé de matière et d'antimatière, devait être incommensurable.

─ Ce que je vais te dire doit rester entre nous.

Kinarra se redressa, et dit avec gravité :
─ Tu as ma parole

─ Suite à une mission sur une planète, Jim et Spock se sont vu confier un cristal doté d'un pouvoir étrange. Ils l'ont remis à leurs destinataires : des êtres dépourvus de corps physique, venu d'une autre dimension qui se font nommer Lh'mh'thl. C'est à bord de leur vaisseau que j'ai appris tout ce que je sais de votre physiologie.

─ Tu as dû y rester des années entières!

─ Non, seul mon esprit était dans ce vaisseau. Mon corps était resté à bord de l'Enterprise, plongé dans ce qui ressemblait à un long sommeil paradoxal. Quelque-chose a accéléré mes capacités d'apprentissages de façon exponentielle. Les centres mémoriels de mon cerveau se maintinrent en état de suractivité. Il y a eu comme une sorte de distorsion psycho-temporelle et j'ai perdu toute notion du temps. C'est aussi là que j'ai achevé d'apprendre le Klingon, avec du recul, je dirai de façon quasi-magique.

─ C'est vrai que tu le parles quasiment sans accent. Comme si ces êtres savaient que mon peuple allait avoir besoin de toi, et ils t'ont donné toutes les ressources dont tu allais avoir besoin.

Leonard n'avait pas envisagé les événements sous cet angle-là. Il ne croyait guère au destin, mais tout bien pensé, cette coïncidence était plus que troublante.
─ Peut-être avaient-ils connaissance de ce virus qui avait muté. Peut-être qu'il y en aura d'autres qui menaceront ton peuple. Et ils nous ont manipulé, toi, moi, nos amis, afin que nous trouvions l'antidote pour le protéger.

─ Ils nous auraient donc aidé à sauver l'Empire Klingon? S'étonna Kinarra qui ne croyait en aucun dieu.

─ Va savoir… Comment dirait Spock? Un truc du genre que la vie du plus grand nombre a plus d'importance que celle d'un seul ou de quelques-uns. Qui sait s'ils n'ont pas influencé vos dirigeant pour qu'ils ordonnent mon élimination, en sachant que tu t'y opposerai...

Cette pensée lui était étrangement réconfortante. Des Lh'mh'thl l'auraient utilisé dans le but de sauver tant et tant de vies? Lui, qui avait toujours été prêt à sacrifier la sienne pour en épargner d'autres. Il y avait une certaine logique à cela, c'était cruel, mais rationnel.

─ ...Cela ferait de nous tous, toi, moi, cet équipage, des victimes de leurs instrumentalisation pour…

La réaction de Kinarra fut tout à fait inverse : son orgueil de farouche Guerrière Klingonne refusait catégoriquement d'être qualifiée de victime. Elle ne put contenir un rictus de mécontentement. Elle lui coupa la parole pour gronder avec vivacité :
─ …NON, J'AI fait un choix! NOUS avons fait des choix, des choix honorables!

Son attitude était devenue menaçante, ses yeux lançaient des éclairs mortels. Mais Leonard ne se sentit pas en danger, il avait confiance en elle... il la trouva même attendrissante. Cette bon-sang de fierté Klingonne!

La douceur du regard de Leonard coupa court à la colère de Kinarra. Elle trouva qu'elle avait particulièrement bien réussi les modifications physiques de son visage Humain, cet homme était vraiment à son goût.
Elle se calma et chassa cette digression de son esprit. Peu lui importait finalement la généalogie des événements qui avaient amenés Leonard à bord du IKS-Valdyr batlh. Seules comptaient les espérances que cette présence promettaient.

─ Me transmettras-tu toutes ces connaissances? Il y tant d'autres vies à sauver, tant d'autres maladies pour lesquelles il n'existe aucun traitement

La réponse fusa sans aucune hésitation
─ Bien évidemment!

Kinarra eut à nouveau un grand sourire. Dans un mouvement de spontanéité, elle lui saisit le visage et déposa un énergique baiser sur ses lèvres. Surpris, il ne la repoussa pas. Ce genre de contact n'était pas désagréable, bien au contraire. Il n'avait pas l'habitude d'être entrepris par une femme.

─ ...euh... désolée. Dit-elle en voyant son rougissement

Il sourit avec bienveillance, et une pointe de malice :
─ Il y a pire dans la vie qu'un baiser.

─ Tu ne me hais donc pas de t'avoir arraché au tiens.

─ J'ai été confronté à plusieurs conflits entre ton peuple et la Fédération. Je sais que l'Empire Klingon n'a aucune pitié et n'épargne rien ni personne lorsqu'il se sent menacé... Dis-moi, on ne t'avait uniquement demandé de me tuer, mais aussi d'éliminer tout l'équipage et de détruire l'Enterprise. Est-ce que je me trompe?

─ Non.

─ Tu as sauvé ma vie et celle de mes amis. Et je suis à présent persuadé que tout cela est la conséquence des machinations des Lh'mh'thl. Comment pourrais-je t'en vouloir?

Il y eut un silence. Profondément troublée, Kinarra contempla cet étrange Humain.

─ Tous ne réagiraient pas comme toi, tu es un homme bon, Leonard.
Il n'y avait aucun mépris dans sa voix.

Leonard rougit à nouveau. Embarrassé par la poignante émotion qu'il lisait dans les yeux de Kinarra, il ironisa :
─ Et ce n'est pas une qualité valorisée chez les féroces guerriers Klingons.

Elle eut un petit rire :
─ Cela m'est égal. J'ai déjà eu pour époux un Klingon parfait... une fois suffit. Un Demi-Klingon imparfait me conviendra parfaitement. Toi au moins, tu me traites d'égale à égal.

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Illes travaillèrent toute la journée, oubliant même de manger. Leonard trouva très agréable de transmettre ainsi son savoir. Kinarra était une femme intelligente, dotée d'une excellente mémoire. Passer une vie à travailler ainsi avec elle à chercher des traitements pour guérir des maladies était une perspective intéressante, presque agréable. Soigner des Humains, des Vulcains ou des Klingons ne faisait aucune différence : il pratiquerait la médecine et il sauverait des vies, car telles étaient sa vocation. Focaliser son esprit sur ce tels buts allait aussi l'aider à supporter cette séparation qui mettait son cœur en charpie.

Illes prirent leur repas au mess. Leonard découvrit leur alimentation. Il apprécia le Warnog (bière traditionnelle) dès la première gorgée.
Le menu du jour se composait d'une platée de gagh (vers-serpents), de Grapok bIreQtagh ( poumon de bregit à la sauce grapok) et d'une ro'qegh'Iwchab (tourte au sang de Rokeg). Intrigué, il contempla l'assiette de spaghettis bizarres, gluants, et d'une bien étrange couleur. Il sursauta presque en les voyant bouger. Son étonnement se mua en dégoût : ces pâtes étaient en fait des vers grouillants... encore vivants ! Les convives rirent de bon cœur de sa réaction: «ces Humains sont bien délicats!»
L'informaticien, qui avait effacé des mémoire de l'ordi de l'Enterprise toutes les données médicales les concernant, en avait profité pour faire une copie des programmes du réplicateur alimentaire. Leonard put manger un repas conforme à ses goûts, mais il savait qu'il allait devoir modifier ses habitudes alimentaires.

Kinarra et lui ne cessèrent pas de parler science médicale avec animation. À grand renfort de jargon scientifique pointu et de concepts compliqués, au point d'indisposer leurs voisins de tablé confrontés à ce charabia incompréhensible...

Kohlaa les observa du coin de l'œil avec satisfaction. Il aimait et respectait sa sœur, il la connaissait bien. Il ne l'avait pas vue parler avec autant d'enthousiasme depuis des années. McCoy paraissait tout aussi passionné qu'elle, il souriait et ses yeux brillaient. Il ne gardait aucune rancune envers l'Humain pour sa plaisanterie à propos de son vaisseau. Il avait remarqué cette tendance à l'ironie dans ses rapports avec le Commandant Spock et le Capitaine Kirk.
Rotho avait été un époux prestigieux pour sa sœur, un grand guerrier, héroïquement mort sur le champ de bataille. Mais cet Humain aussi ferait un époux parfait pour elle car leurs intelligences étaient compatibles. Il en avait de plus en plus la conviction : ces deux-là étaient fait·es l'une pour l'autre. Et en plus, illes allaient vraisemblablement révolutionner la médecine Klingonne !

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Le soir venu, Kinarra accompagna Leonard jusqu'à ses quartiers, elle y entra avec lui.
La porte se referma derrière elleux, Leonard hésita. Pouvait-il l'inviter à rester? Devait-il lui demander de partir?
Pour être honnête, il appréhendait de se retrouver seul dans cette grande cabine étrangère... seul avec sa souffrance, dans ce lit trop grand. Il redoutait la solitude, qui allait raviver sa cuisante douleur d'être si loin de Jim et Spock sans aucun espoir de les revoir un jour. Il ne savait pas s'il pouvait se permettre de lui demander de simplement dormir avec lui, après tout ce mariage n'était qu'une façade pour le protéger.

Kinarra mit fin à ses ruminations.
─ Souhaites-tu de moi que je te donne du réconfort?

─ Pardon ?
Il avait envers les femmes un profond respect, il n'était pas certain d'avoir bien déduit le bon sous-entendu

─ Je suis ton épouse. Il est de mon devoir de veiller à ton bien-être et de pourvoir à tes besoins...

Cette fois-ci, Leonard comprit. Il s'indigna, visiblement scandalisé :
─ ...que tu sois mon épouse ne signifie en aucun cas que tu me doives du sexe! Une femme ne doit jamais du sexe à un homme!

─ Les Klingons ne pensent pas ainsi, et nous...

─ Ces histoires de devoir conjugal sont une façon d'autoriser le viol conjugal! Quand il n'y a pas de refus possible, il ne peut y avoir de consentement, c'est du viol !

Choquée, Kinarra ouvrit de grands yeux.
Involontairement, les propos de Leonard la forçaient à reconsidérer certains éléments de son passé.
Son père avait accepté pour elle la demande en mariage d'un prestigieux guerrier, sans la consulter. Elle était à peine majeure, il avait le double de son âge. Elle ne lui en avait jamais voulu pour cela : c'était un honneur pour elle et son clan d'être choisie par Rotho Korm tuq (Rotho de la maison Korm).
Combien de fois avait-elle cédé à ses avances appuyées ? Par devoir conjugal. Même lorsqu'elle n'éprouvait aucun désir. Cela lui avait paru normal, à l'époque. Les souvenirs de ces moments, où elle ne s'était pas refusée à lui, se teintaient de répugnance et de dégoût d'elle-même. Il était tellement plus grand et plus fort qu'elle musculairement que le "non" était impossible, dangereux.

La violence faisait partie intégrante de l'union sexuelle des Klingons. Elle revêtait même un aspect extrêmement érotique. Les côtes fêlées n'étaient pas rares suite à une étreinte vigoureuse entre épouxses amoureuxses.
Rotho n'avait jamais cherché à lui faire volontairement du mal, il ne l'avait jamais frappée comme pouvaient le faire certains. Exceptée lors de leur toute première fois, au cours de laquelle il s'était laissé emporter par sa passion pour elle. Après cette nuit de noce, qui avait valu de sévères blessures à sa jeune épouse, il s'était promis de ne plus jamais lever la main sur elle. Il était d'une force physique peu commune, même pour un Klingon. Il l'aimait passionnément. Il avait appris la contenir sa force pour ne pas prendre le risque de la tuer lors de l'accouplement.

Malgré ces proclamations répétées d'amour, Rotho n'avait à chaque fois cherché que son propre plaisir à lui, faisant d'elle, d'une certaine façon, son objet. Sa brutalité était la conséquence la violence de son sang de Klingon. Kinarra avait toujours été, elle aussi, violente avec lui. Rotho répétait avec orgueil qu'il avait épousé une tigresse, il était fier des profondes marques d'ongles qu'elle laissait sur son corps. Mais il n'avait jamais compris que ces griffures n'étaient pas celles d'une épouse amoureuse...

À présent, Kinarra savait par quels mots définir ces moments désagréables : viol conjugal.

Leonard la vit se figer et pâlir légèrement. Il se reprocha d'avoir été aussi abrupt.
─ Je t'ai blessée, Kinarra. Ce n'est pas ce que je voulais, excuse-moi.

─ Ne t'excuse jamais d'être franc avec moi ! Gronda Kinarra en se reprenant.

Le respect de cet homme dépassait tout ce qu'elle avait pu connaître. Cet époux-là n'allait exercer aucune autorité sur elle. Ce mariage l'affranchissait du tutorat de son frère, même si celui-ci était tout à fait bienveillant à son égard. D'une certaine façon, elle était plus libre que jamais.
En contrepartie, elle allait devoir apprendre à contenir sa propre violence pour ne pas blesser ou heurter cet homme, son époux. Leonard semblait dénué d'agressivité et de violence, malgré sa tendance aux «coups de gueule». Elle appréciait sa présence, son intelligence, elle le respectait, et cela semblait réciproque. Même en comptant le sacrifice de ce mariage de raison, elle était gagnante sur tous les plans.

─ Je te l'ai dit, je vais être un bien piètre époux Klingon

─ Ça me va très bien ainsi. Rétorqua Kinarra avec un grand sourire

Elle ne se souvenait pas avoir autant souri. Elle se sentait étonnement à l'aise avec cet Humain, elle n'éprouvait pas la nécessité de se tenir en permanence sur ses gardes, il n'y avait aucune rivalité entre elleux, aucune agressivité. À aucun moment il ne tenterait de prendre le pouvoir sur elle. Il avait raison : aucun Klingon mâle ne se comportait ainsi, mais elle ne voulait plus de ce genre de relation. Elle contempla Leonard.

─ J'aimerai faire disparaître cette tristesse qu'il y a là, au fond de tes yeux. Dit-elle doucement

Leonard détourna la tête, il se rendit compte après-coup qu'il avait porté la main sur son cœur. Là où se terrait cette sourde et cuisante souffrance, comme si une partie de son organe avait été déchirée.

─ Le Capitaine et le Commandant, c'est plus de l'amitié, n'est-ce pas?

─ Non. Nia Leonard. Ils sont mes amis, comme des frères.

Il se rendit compte qu'il mentait au moment où il le disait. Ce qu'il éprouvait allait bien au-delà d'une simple amitié! Il avait entendu parler des polyamours, tout en ayant du mal à croire que cela puisse être possible. Et il se découvrait polyamoureux! Les sentiments qu'il éprouvaient pour Jim et pour Spock étaient différents, mais tout aussi puissant l'un que l'autre : il les aimait ! Il les aimait passionnément... mais maintenant, c'était trop tard. Il frissonna.

Kinarra ne lui tint pas rigueur de ce mensonge, elle vit sa douleur, elle devinait que Leonard se mentait à lui-même.

─ Pas à moi. Rétorqua-t-elle avec gentillesse.
Il était si facile d'être douce avec cet homme-là.

Elle posa une main légère sur son épaule :
─ J'ai bien vu les regards furieux de Kirk, et le regard glacé de Spock quand je t'ai embrassé devant eux. Cela arrive parfois chez nos guerriers, quand ils ont traversé ensemble de nombreuses épreuves, qu'il y ait plus que de l'amitié entre eux.

Leonard eut une respiration tremblante. Il revoyait la vibrante déclaration d'amitié de Jim, le plaisir qu'il avait eu à le nommer son T'hai'la. Cette façon presque orgueilleuse qu'avait Spock de répéter qu'il était le «meilleur médecin de toute la flotte»... et ces baisers, les lèvres de Jim sur ses lèvres, celles de Spock sur sa joue lors de leur Adun-tow, alors qu'ils ne supportaient aucune autre présence à leurs coté... était-ce un... aveux? un aveux inconscient de leur part ? Était-il donc possible que ces sentiments soient partagés par eux?

─ Quels que soient nos sentiments, nous ne nous reverrons plus jamais.

Elle posa un baiser sur sa joue.
─ Je ne peux pas les remplacer, mais je suis là, moi.

Il ne répondit pas, par peur de la blesser. En effet rien ni personne ne remplacerait jamais ses bien-aimés

Le désir s'immisçait lentement en Kinarra. Elle lui avait fait une proposition par devoir conjugal. Mais à présent, elle en avait réellement envie, de le serrer contre elle, de l'étreindre, de le consoler avec son corps, de goûter à nouveau à sa peau. Elle se rapprocha de lui et susurra :
─ Et si je te proposais de partager un moment de plaisir tous les deux...

Il y avait quelque chose d'hypnotisant chez cette femme. Leonard sentit une étrange chaleur monter en lui, une agréable tension.

Kinarra posa une main douce sur sa joue :
─ J'en ai envie, et toi?

La réponse fusa de sa bouche sans passer par le cerveau :
─ Tu es très désirable.

Il s'étonna après coup d'avoir été capable d'avouer cela avec un tel naturel. Mais Kinarra était sans artifice. C'était une femme puissante, décidée. Il était presque facile d'être franc avec elle. Il posa ses yeux sur ses lèvres pleines et se sentit irrésistiblement attiré. Il y déposa un baiser très doux, avant de se souvenir qu'elle était une Klingonne, une guerrière.

Kinarra n'avait jamais été embrassée ainsi, avec autant de délicatesse et de respect. Contre toute attente, elle aima ce baiser.
─ C'est ainsi qu'embrassent les Humains?

─ Tous les Humains, je ne pense pas. Les Klingons ne font pas ainsi, je suppose.

─ Non mais recommence! Ordonna Kinarra, en regrettant aussitôt l'autorité du ton de sa voix

─ Toi au moins, tu sais ce que tu veux. Sourit gentiment Leonard.

Il déposa mille et un baisers tendres sur ses lèvres, sur ses joues, son menton, son nez... Kinarra avait fermé les yeux et savoura chacun d'eux. Les lèvres de Leonard se posèrent à nouveau sur ses lèvres, imperceptiblement plus appuyées, comme une demande. Elle entrouvrit les siennes et tenta d'attraper la pointe de cette langue qui venait la titiller. Ce jeu fit monter en elle un délicieux agacement, et elle finit par envahir la bouche de Leonard avec la sienne. Il l'entoura de ses bras et participa à ce baiser. Il fut long et sensuel.

─ Nul au monde ne pourra remplacer Jim et Spock. Avoua Leonard. Mais, oui, Kinarra, tu es là. Tu es toi, une femme généreuse et intelligente, entière, intègre, sans mensonge, sans artifices. Je ferai de mon mieux pour être le meilleur des compagnons possibles.
Oui, il aimait Jim, il aimait Spock. Mais il y avait aussi de la place en son cœur pour cette femme extraordinaire.

Kinarra se sentit émue par cette étrange déclaration. Leonard était honnête et elle appréciait cela. Elle répondit avec solennité
Alors je serai ta compagne. Tu es un grand médecin, tu es intelligent, tu as un cœur d'une grande bonté. Je veillerai sur toi, je te protégerai de toutes mes forces de guerrière, et je ferai de mon mieux pour être la meilleure des compagnes possibles.

Elle se pencha sur lui, elle sentit son odeur à son cou et ne put contenir un grognement de désir et de contentement. Elle se retint d'y planter ses dents.
─ Tu sens bon. Grommela-t-elle d'une voix rauque

Prise d'une soudaine pulsion de violence, elle déchira les vêtements de Leonard avant qu'il n'ait eu le temps de comprendre ce qu'il se passait. Il ne protesta pas, et se laissa entraîner dans le lit par cette femme redoutable. Leurs lèvres s'unirent en un baiser passionné.

Leonard saisit la veste de Kinarra pour la lui enlever.
─ Il ne me serra pas possible de te rendre la pareille, je n'ai pas ta force musculaire.

─ Je ne t'ai pas blessé?

─ Non, mais si ça devient une habitude, il va me falloir une garde-robe bien fournie. Plaisanta Leonard.
Il s'avoua que ce n'était pas désagréable d'être désiré avec autant de vigueur, il n'avait jamais connu une telle situation.

Kinarra rit de bon cœur avec lui, tout en se déshabillant.

Leonard prit son visage dans ses mains et l'embrassa longuement. Il se laissa guider par Kinarra. Ce mélange de désir, de brutalité et de douceur était troublant, éminemment excitant. Kinarra contenait sa violence, Leonard trouva en lui-même une forme d'agressivité qu'il libéra.

Kinarra s'était allongée sur le dos. Elle empoigna les bras, le cou, les épaules de son amant pour mettre fin aux préliminaires qui lui devenaient frustrants. Elle ordonna en guerrière : «DaH ghoS! [Maintenant vient!]»
Leonard allait avoir des bleus, mais il ne s'en souciait guère. Il obéit à l'urgence du moment et plongea en elle d'une poussée agressive qui la fit gémir de plaisir.
Leur étreinte fut violente, jamais Leonard n'avait fait l'amour ainsi.
jIH Doq, [mon sang ] Répétait Kinarra entre deux rugissements de plaisir

Leur orgasme fut à la hauteur de leur violence, intense.

Il fallut un long moment à Leonard pour retrouver son souffle et son esprit. Il prit conscience de l'aspect surréaliste de ce qui lui arrivait : il était en train de tomber amoureux de Kinarra de façon si... brutale, si illogique. Certes, elle était une femme exceptionnelle, mais les valeurs de son peuple étaient à l'opposé des siennes. Il ne se serait jamais cru capable d'aimer une Klingonne, à moins que...

─ Nous devons parler. Dit-il en Standard, d'une voix grave,

Il s'assit sur le lit, Kinarra fit de même en face de lui, soucieuse

─ Lors de notre mission sur la planète où on nous a donné le cristal, les Lh'mh'thl qui nous avaient attiré là ont rendu un homme violemment amoureux de Jim...

Kinarra comprit sans qu'il ait à s'expliquer d'avantage, elle pâlit :
─ Tu veux dire que ces êtres nous auraient rendus amoureux l'un de l'autre?

─ Oui. Pour me consoler de ma séparation d'avec Jim est Spock. Un amour pour en remplacer un autre. Ils se sont servis de toi pour être ma consolation, en dédommagement

─ ... en dédommagement? Cet amour ne serait qu'une illusion?

─ Non, ce que je ressens pour toi est sincère. Je pense qu'ils t'ont choisi toi pour ta force, ton intelligence et ta capacité à être douce malgré ton sang bouillant de Klingonne... ils t'ont manipulée : ils ont fait de toi ma récompense et je...

Leonard ne put finir sa phrase : Kinarra avait bondi sur lui, le plaquant sur le lit. Elle s'empara de sa bouche dans un baiser mordant, tandis que sa main, en quelques caresses habiles réveillèrent son érection. Elle s'assit sur lui et le prit en elle. Leonard se retrouva à nouveau propulsé dans le paradis de la chair. Il se laissa emporter avec délice...

Kinarra resta sur lui après l'orgasme, son corps était délicieusement lourd.

─ J'en conclus que les manipulations des Lh'mh'thl ne t'indisposent pas

ghobe', mo' qej 'oH vIghaj. [Non, car cela signifie que tu es à moi]. Grommela-t-elle avec satisfaction. Ce mariage ne sera pas un mensonge

Jim et Spock étaient à jamais perdus pour Leonard, mais cette Klinglonne, cette femme aimante, était là, pour lui, en toute connaissance de cause... la douleur de la séparation devint plus supportable.
HIja' jIH Doq [Oui, tu es mon sang] Répondit Leonard en reprenant les mots qu'elle avait répétés lors de leurs étreintes, ignorant la portée rituelle de ceux-ci.

jIH Doq. Nous ferons de grandes choses ensemble!

Kinarra eut un sourire lumineux que Leonard trouva adorable et illes s'embrassèrent à nouveau.

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à suivre

L'Ambassadeur Sarek de Vulcain se tenait debout, dans la petite salle d'observation.

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Un 'tit commentaire ?

Christine
La réponse à ta question est oui... mais pas tout de suite

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