BÉNÉVOLENTS - Partie II SACRIFICES


11 Kash-naflar [liens mentaux]

─ o ─

36911,07 9:48 (7 novembre 2269)

L'Ambassadeur Sarek de Vulcain se tenait debout, dans la petite salle d'observation. Une bulle de distorsion entourait le vaisseau. Elle lui permettait de se déplacer plus rapidement que la lumière, en déformant la structure de l'espace-temps. Elle déformait et courbait les rayons lumineux émis par les étoiles environnantes, et créait derrière la grande fenêtre panoramique une illusion d'optique fascinante. Mais la beauté de ce spectacle ne le touchait pas.

Sarek avait reçu le message du docteur M'Benga quelques heures auparavant. L'éminent docteur McCoy avait été enlevé par des Klingons après qu'il leur eut sauvé la vie et trouvé un remède contre un virus mortel, d'une extrême contagiosité. Il s'était écoulé à peine neuf jours depuis qu'il avait offert sa découverte miraculeuse à la Shi'Oren t'Ek Has-tal, et par extension à tout le peuple Vulcain, le moyen de s'affranchir des contraintes du Pon Farr.
Fait étonnant de la part de guerriers Klingons, pour ne pas dire discordant, ce kidnapping avait été exécuté de façon totalement non-violente. Ils avaient été rapide, efficace et prévoyants. Ils étaient allés jusqu'à soigneusement effacer toutes les informations médicales les concernant. Il n'était désormais plus possible de les identifier.

L'ambassadeur de l'Empire Klingon avait déjà, au nom de son gouvernement et du Chancelier Ghorqon, sévèrement condamné cet enlèvement. Tout comme il avait fermement démenti l'existence d'un vaisseau nommé Etlh jej. Celui-ci avait pourtant bien explosé en tentant de franchir la barrière des astéroïdes mouvants. Pourquoi cet équipage avait-il pris un risque aussi insensé ?

Le docteur M'Benga lui avait fait surtout part de son appréhension. Selon lui, le Capitaine Kirk et du Commandant Spock faisaient preuve d'une inquiétante maitrise de soi. Sarek dut lutter contre l'inquiétude qui tentait de se faire entendre dans son esprit : son fils était en danger.
Il força son cœur à reprendre un rythme normal. Cet irrationnel mariage de Spock avec cet humain mâle, son Sa-t'hyla*, lui sembla finalement n'être qu'un détail si insignifiant : son fils était en danger.

L'Ambassadeur contint un soupir. Il n'y avait rien qu'il puisse faire, à part attendre. Et maintenir sa rationalité.
Eu égard à la découverte révolutionnaire du Hassu McCoy, Sarek avait averti la Shi'Oren t'Ek has-tal de ce décès. T'Laan, la nouvelle Présidente de l'académie avait aussitôt exigé du Gouvernement que soit affrété un vaisseau à destination de l'Enterprise : Hassu McCoy était un bienfaiteur de la nation Vulcaine.
En toute logique, en raison de leurs liens familiaux, Sarek avait reçu l'ordre de transmettre les condoléances de la Nation Vulcaine au Capitaine Kirk et Commandant Spock, comme il était coutume de le faire chez les Humains. À la demande du Docteur M'Benga, Dame T'Pau avait accepté de prendre part à cette mission sans poser de question.

Tout était allé si vite, trop vite.

Aucune méditation n'était parvenue à le débarrasser de cet affect parasite d'anxiété. Il pressentait que son fils tout comme son gendre n'auraient aucune envie de le voir. Il était pourtant accompagné de la meilleure ambassadrice qui soit : Amanda, sa douce épouse. Elle avait vivement insisté pour l'accompagner, il ne lui avait pas été possible de lui refuser. T'Pau elle-même avait approuvé cette démarche : la place d'une mère est auprès de ses enfants lorsque ceux-ci sont dans le deuil. Il estimait à présent que cette décision était appropriée à cette situation. Le Capitaine Kirk et elle s'étaient toujours très bien entendu.

Sarek ne se retourna pas alors qu'il reconnaissait les pas légers de son Aduna [épouse] derrière lui. Elle s'arrêta à côté de lui.

Elle murmura d'une voix triste, à la fois douce et posée :
─ Il y a quelque-chose de poétique dans le fait de naviguer dans les arcs-en-ciel de ces étoiles filantes.

En raison de la nature Humains de son épouse, leur Kash-naf était superficiel. Il ne leur était pas possible d'échanger leurs pensées, d'ailleurs, rares étaient les époux Vulcains à partager une telle intimité psychique. En revanche, Sarek percevait clairement l'intensité de l'angoisse que cette mère aimante éprouvait vis à vis de leur fils, et de leur gendre. Amanda se conduisait avec retenue, comme toujours.

Il la contredit de façon réflexe :
─ Ce ne sont pas des étoiles filantes, mon Épouse, mais une illusion d'optique.

─ Oui, c'est pour cela que c'est si poétique. Mis à part ces fils de lumières, rien dans ce vaisseau ne donne la sensation que nous nous voguons à je ne sais pas combien de fois plus vite que la lumière.

─ Nous nous déplaçons en distorsion 8.9. Les D'Kyr-class sont les vaisseaux les plus rapides de notre flotte.

Amanda contempla les raies de lumière irisées. Elle soupira.
─ Le Docteur McCoy était le meilleur ami de Spock et de Jim. Dit-elle avec une profonde tristesse. C'était aussi un homme profondément bon et généreux. Ils doivent être effondrés.

─ Spock est un Vulcain, il ne saurait être effondré. Protesta Sarek, presque impassiblement.

─ Le docteur McCoy était leur meilleur ami. Il est mort sous leurs yeux. Même le plus impassible des Vulcains ne saurait pas ne pas être affecté par un tel drame.

Sarek ne répondit rien, et dut à nouveau museler son inquiétude. Il avait beau être en désaccord avec son Épouse, il savait qu'en réalité, elle n'avait pas tort. C'était une bonne chose que Dame T'Pau ait pris part à ce déplacement. Ses compétences de guérisseuse allaient vraisemblablement leur être utiles.

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36911,07 11:19

L'ambassadeur Sarek, Amanda et Dame T'Pau apparurent sur la plate-forme du téléporteur principal de l'Enterprise. Le Capitaine Kirk et le Commandant Spock les attendaient. Tous deux étaient pâles, visiblement fatigués, mais ils semblaient étrangement sereins. Amanda ne put se contenir, et au mépris de tout protocole, elle se dirigea à grands pas vers son fils.

─ Spock!

Elle lui prit la main et la serra dans la sienne. Spock dût hausser ses nahp-fo-dan [boucliers mentaux]. Il parvint à museler ses dons de télépathie tactile, qui avaient semble-t-il augmentés. Il sentit Jim tiquer sous l'assaut de ces puissants affects maternels. Tous deux avaient réussi à atteindre un équilibre psychique, mais celui-ci était encore fragile. L'amour de cette mère était immense, et sa peine était à la hauteur de cette affection. Amanda éprouvait beaucoup de chagrin pour eux.

Ko-mehk [mère]. Répondit-il simplement d'une voix presque douce.

Amanda se tourna vers le Capitaine, et dit avec une infinie gentillesse :
─ Oh, Jim, je suis si désolée pour vous!

Jim esquissa un petit sourire triste. Le comportement franc et sans manière de cette maman était puissamment réconfortant. Il prit doucement sa Belle-mère dans ses bras, pour échanger un baiser avec elle. Les lèvres de Amanda avaient une tendresse toute maternelle.
─ Merci, Amanda.

Spock sentit flotter ces baisers affectueux sur ses joues par l'intermédiaire du Kash-naf qu'il partageait avec son T'hy'la, ce fantôme sensoriel était apaisant.

Sarek n'avait pas du tout prévu de procéder ainsi. Il ne protesta pourtant pas. Kirk était Humain et Spock ne semblait en aucun cas incommodé. L'attitude approbatrice des autres Humain·es présent·es confirmait que son Épouse avait agi comme il se devait.

─ Ambassadeur Sarek, Dame T'Pau, Soyez les bienvenus à bord... Dit Kirk sobrement.

Spock compléta sa phrase
─ ...Amsetri tre [Votre présence nous honore]

Amsetri t'etwel. [L'honneur est notre*] Répondit Sarek

T'Pau ne prit pas la parole. La douleur du deuil, éprouvée par chacun des membres de l'équipage, assaillait son esprit de façon écrasante : Hassu Leonard McCoy avait été un médecin unanimement estimé et aimé. Toustes pleuraient sa disparition. Il lui fallut de longues minutes pour réajuster ses Nahp-fo-dan. Elle se félicita d'avoir amené avec elle une boite de psychanesthia.
Elle prit soudain conscience qu'aucun affect n'émanait de ces deux hommes. Cela était plutôt logique de la part d'un Vulcain, beaucoup moins pour le Capitaine. Qu'un Humain parvienne à contenir suffisamment ses ressentis de façon à ce qu'aucuns ne soient perceptible par un·e télépathe l'intrigua. Le Kirk dont elle se souvenait était un Humain bouillonnant d'émotions. Elle croisa le regard neutre de Spock... presque trop.

Le Capitaine prit Amanda par le bras.
─ Si vous voulez bien me suivre.

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Illes prirent place dans une petite salle de réunion, où les attendait le docteur M'Benga. Des coussins de méditation avaient été installés, ce qui intrigua fortement les invité·es.

─ Dame T'Pau, Spock et moi aurions besoin de votre expertise psychique.

Amanda s'inquiéta aussitôt, mais elle parvint à se taire. La main légère de Sarek se posa sur son épaule.

─ Que dois-je rechercher dans vos esprits, Capitaine Kirk ?

─ La présence d'un kash-naf. Répondit Spock

Rien dans son attitude ne trahit la perplexité de T'Pau. Pourquoi lui faisaient-ils une telle demande? :
─ Cela n'est pas nécessaire. Je peux attester avoir senti la présence de votre Kash-naf k'T'hylara lors de votre Adun-Tow.

─ Il s'agit d'un autre lien, dont la présence nous était restée inaperçue jusqu'à présent. Précisa Kirk, sa voix était imperceptiblement frémissante.

Cette fois-ci, Amanda ne put taire son inquiétude :
─ Un autre lien? Vous voulez dire, la trace du lien que vous aviez avec le docteur McCoy?

─ Nous avons reçu dans nos esprits les échos de violentes émotions qui ne provenaient pas de moi, et encore moins de Spock.

─ Les échos des affects ressentis par le docteur lors de sa mort. Rationalisa Sarek
Il lui paraissait invraisemblable qu'un Kash-naf ait pu exister entre ces trois hommes, dont deux Humains dénués de don psionique. Il garda cependant pour lui son opinion, par respect vis à vis de son fils et son gendre en deuil.

Toujours aussi impassible, Kirk le contredit tranquillement :
─ Non. Nous les avons reçus le lendemain de sa disparition. Alors que nous étions à nos postes sur la passerelle

Le lendemain de... ?

Kirk n'affichait aucun doute, aucune inquiétude. Spock montrait la même sérénité. Amanda et Sarek ne surent s'illes devaient trouver cela rassurant ou inquiétant.

Kirk prit place sur un coussin de sol, Spock et T'Pau le rejoignirent. Les deux hommes posèrent une main sur la sienne et leurs esprits fusionnèrent avec un naturel désarmant. La Vulcaine fut étonnée par la rapidité avec laquelle l'Humain atteignit l'état de relaxation nécessaire à son exploration mentale. Tous deux s'ouvrirent à elle avec une absolue confiance, elle ne rencontra aucune résistance.

T'Pau remarqua aussitôt que l'esprit de Kirk portait l'empreinte récente de celui de Spock.
Certains segments de ses capacités psychiques avaient été remaniés en profondeur, notamment les zones corticales impliquées dans la pratique de la méditation. Celles correspondant au contrôle émotionnel avaient bénéficié une consolidation. Elle ne décela aucun signe d'effraction, de violence ou de séquelles.
La psyché de Spock comportait elle aussi de nombreuses marques subtiles, révélatrices d'un nombre important de contacts prolongés avec celle de Kirk.
La seule explication possible était que leurs deux esprits s'étaient sciemment adaptés l'un à l'autre lors du partage de plusieurs cycles de méditations intenses et fusionnels. Avec pour conséquence collatérale un renforcement de leur Kash-naf. Elle n'avait jamais rien rencontré de tel.

T'Pau se laissa guider et s'enfonça davantage dans l'esprit de Spock. Elle découvrit aisément ce qu'elle recherchait. Elle trouva tout aussi facilement son prolongement dans celui de Jim. Ces deux hommes étaient parfaitement sains d'esprit. Elle se surprit à se sentir rassurée. Elle avait involontairement appris à les connaître au contact du Katra aimant de Leonard McCoy. Elle éprouvait un grand respect vis à vis de ces trois Hommes.
C'était réellement fascinant, et beau. Là, protégé par un cocon psychique doux et aimant, un second lien vibrait doucement. Il était à la fois ténu et étonnement solide, lumineux, comme alimenté par la puissante énergie du Kash-naf de Spock et Jim. T'Pau se souvenait de la forme de la psyché bienveillante et émotive du Hassu McCoy, elle en reconnut l'essence.

Il n'y avait qu'une seule explication possible : Nam-tor Leonard dif ! [ Leonard est vivant]. Elle réprima le sentiment de contentement que cela réveilla en elle.
Elle sentit l'esprit de Spock l'approuver et celui de Jim sourire alors que cette pensée lui avait échappée : Ha, nam-tor t'hy'la dif [Oui, notre bien-aimé est vivant]. Elle comprit leurs amours éperdues pour leur T'hy'la, la souffrance déchirante provoquée par son absence. Pendant une faction de minute, elle s'autorisa à éprouver de la compassion.

Illes prirent deux longues respirations et séparèrent leur esprit. Illes se remirent debout.

Elle parla de sa voix froide, avec solennité :
─ Ces deux hommes sont parfaitement fonctionnels. J'ai détecté en eux la présence d'un second Kash-naf, relié à l'esprit du Hassu McCoy, que j'ai reconnu.

─ Pardonnez ma question, mais... êtes-vous bien sûre qu'il s'agit de l'esprit de monsieur McCoy ? Demanda Amanda

T'Pau ne lui tint pas rigueur pour son incrédulité, parfaitement légitime. Le fait que cet homme soit encore en vie était tellement surréaliste, presque irrationnel.
─ J'ai été amenée à procéder à une fusion mentale avec lui lorsque la Lh'mh'thl Nammu avait kidnappé son esprit. Aucun doute n'est possible.

─ Donc... Leonard est vraiment en vie? S'exclama M'Benga qui n'osait y croire. Comment serait-ce possible? Nous avons toustes vu le vaisseau Klingon exploser sous nos yeux

─ Rien ne prouve qu'il était bord. Tout l'équipage pouvait très bien s'être téléporté dans un second vaisseau, qui est resté occulté jusqu'à notre départ. Expliqua Kirk.

Spock prit la parole à la fin de la phrase du Capitaine, comme s'il la prolongeait :
─ Les senseurs n'ont détecté aucune trace de résidus organiques. J'ai revérifié les enregistrements. Si l'équipage avait été à bord du Etlh jej, des traces de chromosomes Klingons auraient dû être décelés parmi les débris.

Stupéfait, Amanda porta ses deux mains à la bouche, murmura :
─ Oh mon dieu!

─ Pourquoi les Klingons auraient-ils agi ainsi? Demanda Sarek

─ Lors de son séjour à bord du vaisseau de Nammu, le docteur avait acquis une somme considérable de connaissance sur leur physiologie. Son savoir dépassait de loin celui des plus érudit de leurs médecins. Révéla Spock

Sarek n'avait pas raconté cet événement à Amanda. Illes échangèrent un regard, elle comprit qu'il allait le lui révéler après cette réunion.

─ Bones a toujours été un médecin exceptionnel. Ajouta Kirk. Les Klingons ont pu s'en rendre compte en constatant la rapidité avec laquelle il a trouvé le remède contre ce virus qui les tuaient

─ Il représentait un danger. Comprit Sarek. Pourquoi ne pas l'avoir tout simplement tué? Cela aurait pu provoquer un incident diplomatique, mais je ne pense pas qu'un tel détail les aurait arrêtés

─ Certes. Répondit Spock. Cependant, il semble parfaitement rationnel que l'étendue des connaissances et des compétences du Docteur McCoy ait attisé leur convoitise.

─ Nous pensons que le docteur Kinarra a suggéré de l'enlever et de le cacher dans un recoin de leur empire, où ses connaissances pourraient leur être utiles. Ajouta Kirk. Et cela expliquerait les émotions que nous avons reçues de lui.

─ Voudriez-vous nous les décrire ?

─ Certainement, Docteur M'Benga. Les premières émotions transmises étaient de la peur, puis de l'anxiété.

─ D'être exécuté, emprisonné. Traduisit Kirk. Du sort qui l'attendait parmi ces Klingons

─ Les affects suivants furent une sorte d'accalmie émotionnelle, un intérêt attentif.

─ Kinarra a dû lui expliquer ce qu'illes attendaient de lui. Elle a dû lui assurer qu'aucun mal ne lui serait fait.

─ Pour finir, une forme de reconnaissance mêlée de culpabilité.

─ Ils lui ont sauvé la vie mais ils ont probablement dû en payer le prix.

─ Lequel selon vous? Demanda Amanda, intriguée

─ Leur vaisseau a explosé, la logique veut qu'ils doivent tous disparaître avec lui. Répondit Spock. Ce qui signifie que tous les membres de l'équipage du vaisseau doivent se faire passer pour morts.

─ L'Empire est même allé jusqu'à nier l'existence d'un vaisseau nommé Etlh jej. Par conséquent, Bones sera en sécurité tant que nous ferons mine de croire en cette mise en scène. Conclut Kirk d'une voix qui trahi la difficulté que cette épreuve représentait pour lui.

─ ... oh mon dieu. Murmura Amanda, les larmes aux yeux, en comprenant leur dilemme.

─ Kinarra m'a semblé très... intéressée par Bones. Je pense qu'elle prendra soin de lui. Reprit Kirk. Je suis même persuadé que c'est elle qui est intervenue pour lui sauver la vie. S'il lui était arrivé du mal, je suis sûr que nous l'aurions senti.

Une furtive douleur, parfaitement perceptible, assombrit ses yeux noisette. Être condamné à ne faire faire était la pire des situations auxquelles il avait dû faire face. Sa frustration était inqualifiable, cuisante, douloureuse. Jim échangea un regard avec Spock. T'Pau sentit leurs dialogues mentaux sans en entendre les mots. Ils en étaient déjà arrivés à ce stade?

«Nous ne sommes pas inactifs.» Pensa Spock. «Nos esprits soutiendront le sien.»

« Tu as raison, c'est mieux que rien»

─ Je suis si contente que votre ami est en vie! Mentit Amanda en essayant d'y mettre de la joie.

En vérité, son cœur saignait. Savoir leur ami en vie en ces terres étrangères et peut-être hostiles, sans pouvoir le contacter ou aller le chercher devait être atroce. Amanda ne pouvait se permettre d'étreindre son fils, alors elle prit son gendre dans ses bras. Jim ne la repoussa pas. Au contraire, il accepta son geste de compassion et la serra contre lui. Via leur Kash-naf, Spock sentit les bras aimants de sa mère l'enlacer lui aussi.

─ C'est une bonne chose que le Docteur McCoy soit en vie. Déclara T'Pau. Je suppose que je dois moi aussi garder cette information secrète. S'il l'apprenait, notre gouvernement risquerait d'interpeller le Chancelier Ghorqon, ce qui mettrai la vie du docteur en danger.

─ Les Klingons ignorent ce que Bones a fait pour vous. Dit Kirk. Et lui-même ne leur parlera pas car cela entre dans le cadre du secret médical.

─ Qu'a fait le Docteur pour le peuple Vulcain? Demanda M'Benga.
Il n'avait pas été informé de toutes les découvertes de McCoy.

Kirk échangea un regard avec Sarek, qui l'approuva d'un hochement de tête : M'Benga avait étudié à la Shi'Oren t'Ek has-tal

─ Bones a trouvé un moyen de mettre fin au Pon Farr lorsqu'il survient, quel que soit son stade d'avancement.

La stupéfaction de M'Benga fut telle qu'il fut réduit au silence. Il avait déjà entendu le Commandant Spock affirmer que le docteur McCoy était le meilleur médecin de tout la flotte de Star fleet. Cette découverte en était la preuve indiscutable... mais les Vulcains étaient tellement attachés à leurs secrets que nul ne le saurait jamais.

─ Quand je pense que rien de tout cela n'aurait été possible si nous n'avions pas croisé la route de Lh'mh'thl...
Kirk s'arrêta soudain, alors qu'une intuition s'immisçait en son esprit, il poursuivit :
─ Et si ce n'était du cristal dont ils avaient eu besoin, mais de lui?

─ Que voulez-vous dire? Demanda Spock

─ Souvenez-vous, Nammu avait paru très déçue lorsque Bones a refusé son invitation. Alors que sa présence n'était en aucun cas nécessaire pour lui amener le cristal de vie. Elle est tout de même allée jusqu'à kidnapper son esprit, et comme par hasard, il a trouvé à bord de leur vaisseau des bouquins de physiologie Vulcaine et Klingones. Il a mémorisé cette somme considérable de savoirs en l'espace de deux ou trois jours !

─ En effet, cette coïncidence est troublante. Reconnut Spock.

─ Les planètes jumelles Elladha et T'Khasi sont été créées par des êtres de pensée pure, Athena et Ny'One. Poursuivit Kirk. Serait-il possible qu'illes soient eux-aussi des Lh'mh'thl ?

─ Si tel est le cas, il est envisageable que la planète Qo'noS ait elle aussi été créée par l'un ou l'une d'entre eux. Poursuivit Spock

─ Et il ou elle se serait servi·e de Bones pour sauver son peuple! Ce n'est pas du cristal dont Nammu avait besoin ! Ce n'était pas de nous non plus, c'est de lui! Ces êtres ne peuvent probablement pas intervenir directement. Nous avons tous été manipulés ! Se hérissa Kirk... et si cela se trouve Nammu n'est même pas son vrai nom !

Il n'avait jamais apprécié les Dieux et autres entités dotés de pouvoirs divins, le plus souvent imbues de leur pouvoir et ignorant tout de la vie des simples mortels. Si sa supposition s'avérait juste, ce qui était arrivé à Bones en était une preuve de plus!

─ Oui, votre raisonnement me semble logique au regard des événements. Approuva Sarek.

Il avait vu leur vaisseau composé de matière, d'antimatière, de plasma et de photons. Des éléments normalement incompatibles entre eux. Il suffisait que 2.365 milligrammes d'antimatière entre en contact avec de la matière pour déclencher une explosion capable de détruire l'Enterprise. Alors un vaisseau composé à part égale de ces deux éléments... Il avait aussi senti la puissance écrasante de son psychisme aux frontières du sien.

─ Le variant du virus Qu'vat est extrêmement contagieux, il se propage dans l'air, via l'air que l'on expire. La phase d'incubation dure deux à trois jours, elle ne provoque aucun symptôme, mais la personne atteinte peut déjà transmettre le virus. Intervint M'Benga. Lorsque la maladie se déclare, il est déjà trop tard car tout l'entourage, qui est lui aussi contaminé, et contagieux. Cette pandémie mortelle menaçait la vie de la totalité des Klingons de l'Univers. Des femmes, des enfants… tous seraient morts sans lui.

La colère de Kirk retomba comme un soufflé. Spock enfonça involontairement le clou :
Spunau bolayalar t'Wehku bolayalar t'Zamu il t'Veh [Les besoins du plus grand nombre l'emportent sur celui d'un seul]

Toustes parlaient Vulcain, il n'y eut nul besoin de traduction.

─ J'ai toujours trouvé cette maxime extrêmement cruelle. Protesta tristement Amanda. N'y avait-il pas moyen de sauver ce peuple en épargnant le Docteur McCoy ?

─ Il est probable que le Lh'mh'thl responsable de tout cela a tourné et retourné le problème sans trouver d'autres solution. Suggéra M'Benga. Leonard m'avait parlé d'eux et il m'avait fait part de leur grande bonté.

─ Spock et moi avons aussi été en contact avec leurs psychés, nous n'avons perçu aucune malveillance en eux. Reconnut Kirk à contre-cœur

─ Les Elhadiens les ont surnommés les Bénévolents. Renchérit Spock

─ Peut-être alors qu'ils veilleront sur lui afin qu'il ne lui arrive rien de mal ? Suggéra Amanda d'une voix pleine d'espoir.

─ ...oui. Répondit Kirk avec un triste sourire. D'une certaine façon, ce serait... logique

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Jim ne put retenir un soupir de soulagement lorsqu'ils rejoignirent leur cabine.

Sarek avait changé d'attitude à l'égard de Spock et lui. Son étonnement avait presque été visible lorsque T'Pau avait révélé l'existence de ce double lien. Il n'y avait plus aucune forme de réprobation dans son attitude vis à vis de leur couple. Il acceptait enfin son fils tel qu'il était, et il acceptait son gendre...
Amanda avait été si adorable, elle avait déjà adopté Jim et l'appelait désormais par son prénom.
Quant à T'Pau, impassible au point d'en paraître glacée, elle cachait bien au fond de son esprit des trésors de bienveillance. Spock et lui l'avait perçu lors de leur fusion mentale avec elle.

Spock éprouvait un vif besoin de méditer. La confirmation de ce second lien l'avait affecté. Irrationnellement cela avait réveillé la douleur de la séparation.

Ils revêtirent une tenue plus confortable : de larges cafetans Vulcains. Puis ils prirent place, Spock sur son coussin, Jim sur un petit banc de méditation qui lui permettait d'être assis sur ses genoux en repliant ses jambes sous l'assise. Cela ne gênait pas Spock qu'ils méditent ensemble. Jim était à présent capable d'atteindre un état de profonde méditation. Leurs deux esprits s'harmonisaient l'un avec l'autre, dans un silence parfait. Ils n'avaient plus besoin de mot, alors que les essences même de leurs psychés s'unissaient. Chacun puisa sa force en celle de l'autre, en leur amour commun.

Une pensée surgit dans l'esprit de Jim de façon impromptue :
─ Je suis sûr que Kinarra est amoureuse de Bones, il serait bien qu'il lui rende cet amour

Une vague commune de douloureuse jalousie les traversa.
Irrationnelle possessivité.
Bones-Leonard était inatteignable pour eux.
S'ils l'aimaient réellement, le seul espoir qu'ils devaient entretenir à son égard désormais était qu'il soit heureux sans eux.

─ Oui, Approuva pourtant Spock. Ainsi il ne sera pas seul, et Kinarra lui sera un précieux soutien moral.

─ J'espère que Nammu a semé ces sentiments dans leurs cœurs comme Athênâ et Ny'One l'avaient fait avec Minoas.

─ Kinarra est un médecin brillant. Leonard a visiblement apprécié de travailler avec elle. Illes sont intellectuellement compatibles

─ Et je sais qu'ils ont couché ensemble le soir de la fête. Elle a dormi dans sa cabine. Illes sont attiré·es l'une par l'autre

Jim parvint cette fois-ci à ne pas éprouver de jalousie. Il revit, encore, cette dispute qui s'était achevée sur sa déclaration d'amitié
─ J'ignorai à l'époque qu'il était déjà notre T'hy'la... quel idiot j'ai été !

─ Il est illogique d'être aussi sévère avec toi-même. Il nous a fallu du temps pour me rendre compte des liens de T'hylara entre toi et moi.

─ Oui, je sais mais...

─ La culpabilité est un sentiment inutile, Jim.

Jim soupira. Il raffermit son esprit et réussit à retrouver un état méditatif. D'un même mouvement, leurs deux esprits se tournèrent vers le Kash-naf de Leonard. Ils y insufflèrent tout leur amour, tout leur désir qu'il soit heureux, tout leur espoir qu'il trouve le bonheur auprès de Kinarra.

..

à suivre

Toutes les salles de réception de l'Enterprise étaient pleines. ...Il n'y avait pas de corps, aussi Kirk avait-il refusé de faire une "mascarade avec un cercueil vide".

Christine
merci pour ton commentaire, j'espère que tu as apprécié cette suite


Vocabulaire

T'hy'la
ce mot est neutre.
Mais il peut être mis au masculin avec un préfixe : Sa't'hyla ou au féminin : Ko't'hyla

On retrouve ces préfixes sa- et ko- pour genrer les mots,
exemple avec mekh : parent (neutre)
Sa-mekh:
Père
Ko-mekh :
Mère
la plus part du temps, le pluriel se fait avec le suffixe lar,
mais pas avec le mot mekh qui devient mekhu, même si le terme mekhlar existe aussi

autre exception
pour le mot époux adun (mari) qui est masculin et adun'a (femme/épouse) qui est féminin
Le mot époux de genre neutre existe aussi : telsu, avec ses déclinaisons sa-telsu, ko-telsu et telsular (pluriel)

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Salutations
Amsetri tre [Votre présence nous honore]
il n'existe aucune réponse à cette phrase dans le Vulcan Langage dictionary, aussi j'en ai inventé une : Amsetri t'etwel. [L'honneur est nôtre ]
etwtel : nous - il n'y a aucune traduction pour amsetri ou pour tre

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