Plop bonjour !

Nouveau chapitre, écrit en dehors de tout événement d'écriture !

Disclaimer : Rien ne m'appartient.


Libre

Crossover : HP x The Witcher

Rating : T


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4# Ensorcelant Sorceleur

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Harry soupire, laissant sa tête basculer contre le rebord de la baignoire. Un bain brûlant. Sa peau n'apprécie sans doute pas la température, mais lui s'y complaît, après des années dans le froid d'Helheim. Il ne pensait pas un jour se satisfaire de si peu de choses. Un bain, un repas qui l'attend à sa sortie et un bon lit.

Son esprit s'égare vers la personne qui a dérangé son campement plus tôt et sur qui il a trouvé le médaillon de Teddy. Il est à la fois surpris de voir que son filleul se l'est fait dérober et pourtant, il n'est pas si étonné que ça. Son filleul est mort, Hel le lui a confirmé. S'il est revenu parmi les vivants en tant que Faucheur, l'homme que Harry a rencontré aurait très bien plus le retirer de son cadavre. Mais pourquoi le garder et ne pas le revendre ?

Peut-être qu'il y avait une bonne raison à ce que cet inconnu ait le pendentif de son filleul, après tout. Et si c'est bien ça, peut-être qu'il viendra à lui. Harry s'est certes arrêté dans cette ville pour récupérer la prime sur les têtes de Basilics - il ne s'attendait pas à tomber sur un nid, à vrai dire, mais il a appris à se saisir des opportunités lorsqu'elles se présentent - ; il espère cependant que l'inconnu viendra récupérer le pendentif et qu'il pourra discuter avec lui.

Sa bouche se pince alors que Harry pense à Teddy. Par quelles souffrances est-il passé en son absence ? Pourra-t-il seulement le regarder droit dans les yeux, alors même qu'il l'a abandonné ? Alors même qu'il n'était pas là lorsque Teddy s'est retrouvé en danger et en est mort ?

Un bruit léger, dans son dos. Harry se tend, avant de s'appuyer sur le rebord de la baignoire pour se redresser. Seulement, une lame d'acier se met en travers de sa gorge et il trouve plus prudent d'abandonner toute idée de se redresser. Le bruit qu'il a entendu devait être le chuintement de l'épée sortant de son fourreau. Mais pourquoi n'a-t-il rien senti ? Ses sorts sur la porte auraient dû…

Évidemment. Quel imbécile il fait. Loki serait écroulé de rire devant tant de bêtise de sa part. Harry aime bien le Dieu de la Malice, sauf lorsqu'il se moque de lui et oh, que Loki ne s'en privera pas s'il apprend cette histoire.

― J'imagine que vous êtes passé par la fenêtre ? Que me voulez-vous ?

Lentement, Harry lève la main pour repousser de deux doigts le fil de la lame. Son attaquant semble d'humeur à le laisser respirer, car il n'insiste pas pour garder son arme plaquée contre sa gorge.

― Le médaillon que tu m'as volé. J'espère pour toi que tu l'as encore, s'agace une voix masculine, que le Faucheur reconnaît comme celle de l'intrus du camp.

Finalement, à force de penser à lui, le loup est sorti du bois. Harry se pince les lèvres d'amusement, avant de se réinstaller confortablement dans la baignoire, peu effrayé par l'épée à quelques centimètres de sa carotide. Dans le pire des cas, il passera quelques jours à Helheim à subir le savon de sa Reine pour prendre aussi peu de précautions avec son corps. Dans le meilleur, il pourra glaner des informations sur Teddy.

― C'est surprenant que vous gardiez un médaillon qui ne vous appartient pas, lâche-t-il négligemment.

Harry n'est même pas surpris lorsque la lame retrouve le chemin de sa gorge. Il louche derrière ses lunettes sur l'acier froid, avant de soupirer, glissant ses doigts sur ses yeux jusqu'à l'arête de son nez. Quelle surprise, l'inconnu n'a pas apprécié de se faire traiter à demi-mots de voleur. Loki a vraiment eu une mauvaise influence sur lui et à cet instant, le Faucheur regretterait presque que ses visites à Helheim soient si fréquentes. Mine de rien, le dieu a fait ressortir la part Serpentarde en lui et, mêlée à son inconscience de Gryffondor, cela ne fait définitivement pas bon ménage.

― C'est à quelqu'un qui m'est proche, petit con, donc si j'étais toi, je ne jouerais pas avec ma propre vie et je dirais fissa où se trouve le médaillon.

Proche ? L'inconnu qui l'agresse est un proche de Teddy ? Bien évidemment qu'il peut mentir, mais Harry se met à espérer si fort qu'il veut mettre de côté les « si » et les « peut-être ». Il relève la tête en arrière pour observer son interlocuteur d'en bas. L'homme est jeune, avec un teint assombri par le soleil et les yeux dorés comme ceux de Teddy. Il a l'aura d'un homme dangereux et Harry sent un frisson lui parcourir la colonne vertébrale. C'est un être pareil qu'il a immobilisé avec ses pouvoirs ?

Loki a raison - même si Harry n'en doutait nullement jusque-là - la magie peut-être plus puissante que la force brute. Aussi, il n'arrive pas à avoir peur de l'homme. Il l'a déjà maîtrisé une fois, il peut recommencer. Autant se permettre d'être direct, dans ce cas.

― Vous êtes proches de Teddy ? Comment va-t-il ? Est-ce que…

― Bordel.

L'injure passe les lèvres entourées de barbe avec une aisance peu commune. Harry peut voir la colère bouillir dans les yeux dorés et, avant de comprendre pourquoi, il a de nouveau la lame en acier contre sa gorge, qui entaille même sa peau. Il sent quelques gouttes de sang glisser lentement le long de son derme, avant de lâcher un soupir.

C'est que cette manie commence à devenir agaçante, à force. L'inconnu ne peut-il pas discuter avec quelqu'un sans le menacer de son épée ? La diplomatie, ce n'est pas juste bon pour les chiens, bon sang !

― Vous êtes son salopard de père. Donnez-moi une bonne raison de ne pas vous trancher la gorge.

― … Parce que ce serait du travail en plus pour les domestiques de l'auberge ? tente Harry. Ça serait salissant pour la chambre comme pour vous. Et vous n'êtes déjà pas particulièrement… reluisant.

Sa voix tremble. Harry est plus blessé par les mots de l'homme qu'il ne voudrait l'avouer. Alors c'est ce que pense Teddy de lui ? Qu'il est un salopard ? Il ne peut pas dire qu'il ne l'a pas mérité, mais il en a mal au cœur, au point que même la perspective de se faire trancher la gorge lui paraît presque agréable. Au moins, il pourra pleurer sur l'épaule de sa Reine, anesthésié par le froid d'Helheim, avant de revenir affronter les conséquences de ses actes.

Il y a cependant un instant de silence, pendant lequel l'inconnu le toise avec un air étrange, avant qu'il n'ouvre de nouveau la bouche, d'un ton un peu plus adouci.

― … J'imaginais que vous essayerez de vous dédouaner.

― Les faits sont les faits, soupire Harry. J'ai dû me séparer de mes enfants pour les mettre à l'abri de la Chasse Sauvage. Je ne saurais jamais si c'était le bon choix, mais il est un peu tard pour le regretter. Le pendentif de Teddy est sur la commode, j'ai seulement ajouté d'autres sortilèges de protection. Ne lui dites rien, ou il refu…

― Edward ne refuserait pas de le porter. Il semblerait que je me sois mépris sur votre compte, soupire l'homme.

La lame quitte enfin sa gorge pour être rangée dans son fourreau et Harry laisse échapper un rire incrédule. L'homme appelle Teddy par son nom complet ? À quel point il en est proche, en fait ? Pourquoi dit-il qu'il s'est trompé sur son compte ? Trop de questions et pas assez de réponses.

Harry déteste ça. Il s'est bien trop fait avoir comme ça lorsqu'il était plus jeune.

― C'est-à-dire ?

― C'est-à-dire que je pensais que vous aviez abandonné sans un regard en arrière vos gosses et qu'Edward se berçait d'illusions, éclaircit l'homme, sans pour autant lui demander pardon pour la méprise.

Dans un soupir, Harry passe ses doigts sur sa gorge, soignant sa blessure d'un sort, avant de bouger, se mettant de l'autre côté de la baignoire pour se tenir à distance de l'inconnu. Il n'a pas envie de revoir son épée hors de son fourreau avant un long moment.

― Des excuses vous écorcheraient-elles la gorge ?

― J'ai déjà écorché la vôtre, il me semble que c'est assez de sang pour ce soir.

L'inconnu n'a pas la langue dans sa poche et il sait s'en servir. Harry est fatigué d'avance pour la suite de la discussion, s'il s'entête à vouloir en apprendre plus. Mais il veut connaître la vie de Teddy, désormais, alors il peut bien fermer les yeux sur cet inconvénient.

― Et vous êtes ? Avec tout ça, je n'ai même pas un nom pour vous insulter.

Loki a vraiment eu une mauvaise influence sur Harry, mais rien que pour la lueur amusée dans les yeux dorés, il songe que ce n'est peut-être pas si terrible que ça d'être un peu plus piquant qu'auparavant. Il semble en tout cas sincèrement intriguer l'homme, qui se penche pour venir appuyer ses mains sur le bord de la baignoire.

Harry a bien de la peine à ne pas rougir lorsqu'il s'aperçoit que le regard de l'inconnu se fixe sur sa cicatrice au front et d'un geste, il ramène sa mèche devant ; son vis-à-vis lui sourit, avant d'enfin lui répondre.

― Vesemir, Sorceleur de profession. J'espère pour vous que vous êtes imaginatif, Mage.

― Harry. Je m'appelle Harry. Et pourquoi aurais-je besoin d'inspiration ? Parce que votre cerveau n'est pas assez évolué pour comprendre les insultes les plus communes ?

Harry plisse les yeux, donnant le change alors qu'il tente de se rappeler ce qu'il a pu entendre sur les Sorceleurs durant ses pérégrinations dans ce monde. Ce sont des chasseurs de monstres, s'il a bonne mémoire… Oh, cela expliquerait comment il s'est retrouvé initialement sur ses traces. Le nid de Basilics. Le bourgmestre qui lui a remis la récompense a dit être surpris de ne pas voir un Sorceleur à sa place ; peut-être Vesemir voulait-il les récupérer ? Après tout, si c'est son métier, il lui a un peu enlevé le pain de la bouche…

Et voilà qu'il se sent coupable auprès de Vesemir, maintenant. Il est vraiment trop gentil, parfois.

― Vous avez tué ces Basilics avec votre mordant ou c'est seulement moi qui vous fais cet effet ?

― Avec un ego pareil, vous arrivez encore à passer les portes ? Oh, non, pardon, vous êtes obligé de passer par les fenêtres.

Vesemir éclate de rire ; son air menaçant a disparu depuis quelques minutes, remplacé par une curiosité et un amusement prononcés. Harry se retrouve même à sourire à son tour alors que l'atmosphère se détend. Il n'y a plus de raison d'être aussi anxieux, maintenant que le quiproquo est à peu près dissipé. Le Sorceleur ne souhaite plus sa mort et le Faucheur n'a pas envie de lui en vouloir pour si peu.

Après tout, ce n'était pas comme si l'idée que Vesemir s'était faite de lui était totalement absurde avec les données qu'il avait en main.

Harry sort cependant de sa réflexion lorsqu'il entend un cliquetis métallique et des bruits de froissements de tissu. Sa peau se colore soudainement de rouge jusque sur sa nuque, alors que Vesemir se débarrasse successivement de ses couches de vêtements, qui tombent en tas sur le plancher.

― Qu'est-ce que vous faites ?! glapit Harry.

― J'ai passé une nuit assommé et la prime pour le nid de Basilics m'est passée sous le nez à cause de vous, j'estime que je peux bien profiter du bain que vous avez payé avec.

Le pire, c'est qu'il y a assez de place pour eux deux. Harry le sait, il a demandé la meilleure des chambres pour le petit plaisir d'allonger un maximum ses jambes et se délasser. Mais qu'est-ce qu'il est censé faire ou dire, là ? Le Sorceleur continue de se dessaper comme si de rien était. Certes, ce n'est pas le premier homme nu qu'il voit - il a joué au Quidditch, enfin ! - mais c'était avant qu'il réalise qu'il était bisexuel, une fois à l'abri entre les murs du palais d'Hel. Cela paraissait peut-être étrange, mais le Faucheur avait eu trop peur jusque-là d'assumer des désirs qui ne semblaient pas correspondre à la norme.

Et si Harry doit être honnête, Vesemir non plus ne correspond pas à la norme des hommes que le sorcier a déjà vu nu. Il est musclé comme un guerrier, sa peau basanée marquée par les cicatrices sombres de précédents combats. Elles sont impressionnantes ; combien de fois le Sorceleur a-t-il frôlé la mort ? C'est presque hypnotisant de voir autant de rencontres manquées avec Hel.

Peut-être devra-t-il lui demander la prochaine fois ce qu'elle pense des Sorceleurs, par curiosité. Mais ne lui a-t-elle pas dit qu'elle manquait cruellement de Faucheurs sachant combattre ? Meurent-ils si rarement que la proportion de ceux qui acceptent sa proposition est infime, ou alors ne trouvent-ils pas grâce à ses yeux ?

Harry sait qu'Hel choisit soigneusement ceux dignes de la servir, qui n'utiliseront pas de leurs capacités pour faire souffrir les mortels. Elle leur laisse toujours le choix d'accepter ou non, puis plus tard décider du moment où un Faucheur voudrait s'arrêter. Jamais elle ne va à l'encontre du libre-arbitre des âmes. Sauf dans son cas et celui de ses enfants, mais la Reine elle-même reconnaît son erreur et, avec les années, sa colère s'est émoussée.

Ses enfants auront le choix de choisir l'instant où ils arrêteront, comme tous les autres Faucheurs. Ils ne sont pas voués à servir éternellement Hel. Il est même probable qu'elle ferme les yeux s'ils choisissent de ne pas l'honorer. Après tout, ils n'ont jamais eu de choix.

― Vous savez, pour quelqu'un qui glapissait à l'idée que j'entre dans son bain, vous voilà bien curieux.

La voix de Vesemir le sort et de ses pensées et de sa contemplation ; Harry se sent rougir de nouveau jusqu'à la pointe de ses oreilles et cache finalement son visage entre ses mains, sous le rire du Sorceleur. L'eau est secouée par quelques remous, le temps que ce dernier rentre dans le bain, mais le sorcier n'ose pas pour autant enlever ses doigts de devant ses yeux. Il doit encore être écarlate et par tous les dieux, pourquoi ça doit lui arriver ?

― J'étais seulement surpris du nombre de fois où vous avez frôlé la mort.

― C'est mon travail, rit doucement Vesemir.

― Votre travail est de tuer les monstres, pas de vous faire tuer par eux, pointe Harry.

Il inspire profondément, avant de laisser ses mains retomber dans l'eau et de basculer à nouveau la tête en arrière. Comme ça, au moins, il ne risquait pas de malencontreusement laisser ses yeux dériver.

― C'est que Monsieur a de la répartie !

― Moquez-vous donc, Sorceleur, j'ai connu plus piquant que votre sarcasme.

Franchement, à côté de Rita Skeeter, Vesemir est un petit joueur. Il ne pourra jamais lui faire autant de mal que cette garce.

― Et sinon… Est-ce que vous voudriez bien me parler de Teddy ? Vous avez sous-entendu que vous étiez proches…

Un soupir échappe à Vesemir et l'eau est encore agitée par des remous. Harry tente de garder son calme alors que le Sorceleur étend ses jambes, frôlant les siennes au passage. Il doit être bien plus grand que lui, si Harry en juge par la place qu'il prend dans la baignoire. Le sorcier déteste d'autant plus les bourreaux de son enfance pour avoir entravé sa croissance. Il se sent petit à cet instant et il déteste la sensation de faiblesse que cela crée dans son cœur.

― C'est moi qui lui ai proposé de devenir Sorceleur après la mort de ses parents adoptifs. Et il m'a choisi comme son mentor, j'ai pas vraiment eu mon mot à dire dessus.

― C'est du Teddy tout craché, ça! rit Harry.

Il est heureux que son filleul se soit trouvé quelqu'un en qui il a confiance pour le soutenir. Et peut-être bien qu'Harry envie quelque peu Vesemir d'être une figure de confiance pour son petit alors que lui-même a échoué à le protéger comme il le devrait.

― … Vous ne m'en voulez pas ? Même avec la sale réputation qu'ont les gens comme moi ?

― Et qu'aurait-il fait, tout seul, sans personne pour veiller sur lui ? Je suis le dernier à pouvoir vous reprocher quoi que ce soit, Vesemir. Je vous en suis même plutôt reconnaissant.

Harry a mal au cœur en prononçant ces mots, mais il les pense vraiment. Que serait-il arrivé à Teddy si personne ne lui avait offert cette solution, toute horrible qu'elle soit ? La vie peut être des plus terribles pour les enfants sans protection, il ne le sait que trop bien. Au moins, Teddy a été à l'abri du froid, de la faim et des monstres. À l'abri des coups aussi, peut-être, en dehors de son entraînement, mais il n'ose pas demander.

Le Faucheur a beau savoir que Teddy est mort lors d'un entraînement, il n'arrive pas à détester Vesemir pour autant. Il n'a aucune preuve qu'il en est responsable, d'un, et il n'est pas vraiment le mieux placé pour dire quoi que ce soit. Il n'est pas certain d'ailleurs de connaître les rumeurs au sujet des Sorceleurs, il est dans ce monde depuis trop peu de temps, mais il a l'étrange impression qu'ils ont mauvaise presse pour de mauvaises raisons.

― À mon tour de poser une question, Mage.

― J'ai un prénom, s'agace Harry.

― C'est beaucoup plus drôle de ne pas l'utiliser.

Et le sorcier se doute bien que Vesemir ne sera pas dépaysé s'il l'appelle sans cesse « Sorceleur ». Une grimace amusée se peint sur son visage alors qu'une idée le traverse ; il redresse la tête, se forçant à fixer les yeux dorés de son vis-à-vis alors qu'il ramène ses jambes vers lui.

― Posez donc votre question, Mir, réplique Harry en se retenant de rire.

C'est dommage que le Faucheur ne puisse jamais dire à Vesemir qu'il s'agit d'un nom de lessive, mais au moins, cela l'amuse.

― Vous cherchez à vous faire tuer ? l'interroge le Sorceleur.

― Je pourrais vous retourner la question. Vous étiez à ma merci, l'autre jour.

― Et vous étiez à la mienne tout à l'heure.

― Oh, je vous en prie, c'est parce que je le voulais bien.

Vesemir hausse un sourcil, comme pour remettre en cause son affirmation et Harry ne peut s'empêcher de trouver ça étrangement apaisant. Il n'a connu que des gens qui le pensaient invulnérables parce qu'il avait survécu à un sort de Mort ; ici, il n'est pas le Survivant ou autre surnom absurde qui a pu lui être attribué. Il est Harry, juste Harry, un humain comme un autre qui semble pouvoir mourir à tout instant.

― Et donc, votre question ?

― Est-ce qu'Edward a toujours eu un…

― Pouvoir de métamorphose ? devine Harry. Oui, depuis sa naissance. Il le tient de sa mère.

― Vos autres enfants en ont hérité, aussi ?

― Non, souffle Harry.

Il se mordille la lèvre, ignorant s'il peut parler de Rémus et Tonks à demi-mots à Vesemir, ou s'il vaut mieux le laisser croire que son filleul est de Ginny et qu'il est le seul à posséder ce talent. Hum. Mieux vaut le silence ; c'est à Teddy d'en parler s'il le souhaite, pas à lui. Avec un soupir, regrettant l'eau qui devient froide, il se redresse pour sortir du bain, essayant d'ignorer le regard bref de Vesemir sur lui.

Au moins, le Sorceleur détourne assez rapidement la tête et Harry s'empresse d'enfiler au moins son caleçon et sa chemise pour ne plus se sentir en position de faiblesse.

― Edward m'a demandé de retrouver ses frères et sœurs. Vous avez une idée de leur localisation ?

― Je sais juste qu'ils ont été emmenés à une Tour de mages. J'ignore lesquelles, cependant.

― Les trois ? Tous les trois sont des Sources ?!

Des Sources ? Harry n'est pas certain de tout comprendre, mais admettre son ignorance serait dangereux. Aussi, il préfère louvoyer, évitant la question pour répondre sans vraiment le faire.

― Ma femme et moi étions mages. Est-ce si surprenant ?

Il y a un instant de silence et Harry a l'impression d'avoir fait une erreur à la tension qui s'installe dans la pièce. Vesemir éclate finalement de rire alors que le sorcier finit de s'habiller et, au son de l'eau qui s'agite, Harry devine que l'homme est sorti à son tour du bain. D'un geste, il lui envoie la serviette qu'il a utilisée, comme il s'agit de la seule présente dans la pièce. Ce n'est pas hygiénique, mais mieux vaut ça que de ne rien avoir pour se sécher.

― On va dire que je vous crois, lâche finalement Vesemir. Mais les sorcières ne sont-elles pas infertiles, comme nous autres Sorceleurs ? Ou restent-elles plus humaines que nous et ce n'est pas une vérité absolue ?

― Les faits sont les faits, que ça vous plaise ou non.

Harry louvoie encore ; Vesemir ne creuse pas plus. Le sorcier en est étonné, mais il ne s'en plaint pas non plus. Avec cette simple discussion, il se rend compte de ses lacunes sur ce monde à combler au plus vite pour ne pas se faire piéger. Peut-être l'homme a-t-il décidé de ne pas approfondir la question par respect pour Teddy, ou qu'il songe qu'il sera plus simple d'obtenir des informations du jeune homme.

Si c'est cette dernière option, Harry lui souhaite bien du courage ; il a rarement vu aussi têtu que Teddy.

Un grondement retentit soudain dans le silence de la pièce et Harry se fige, avant d'en comprendre l'origine. C'est avec un sourire à peine dissimulé qu'il se retourne vers Vesemir - Hel merci, il est déjà un minimum rhabillé, son cerveau ne le trahira pas de nouveau - passant une main dans ses cheveux humides et ébouriffés.

― Vous savez, vous pourriez manger avec moi. Et dormir dans le lit, je peux me contenter du sol. L'argent que j'ai utilisé aurait dû être le vôtre, après tout.

Vesemir suspend son geste et il a l'air si humain, alors qu'il essuie ses cheveux. Harry a vu de ses yeux ce qu'était l'inhumanité, il l'a eu dans la chair et l'âme à cause de Voldemort. Il ne comprend pas pourquoi les Sorceleurs sont mal vus ; ou plutôt, peut-être le comprend-il un peu trop bien. La différence effraie toujours.

― Vous l'avez gagné honnêtement, cet argent.

― Ma proposition tient quand même. Vous êtes le mentor de Teddy. Je refuse de vous laisser dormir dehors parce que je vous ai pris votre travail. Sans vraiment le vouloir, d'ailleurs, je suis un peu tombé sur le nid par hasard.

― Par hasard ?!

Vesemir éclate de rire et Harry n'est pas certain de vouloir savoir ce qu'il trouve si drôle. Il se renfrogne, tandis que le Sorceleur s'assoit sur une des chaises présentes dans la chambre, déposant la serviette sur le dossier.

― C'est d'accord, je ne vais pas cracher sur l'occasion !

Il y a un sourire sincère sur son visage et Harry le lui rend, heureux de voir qu'il s'entend bien avec une personne chère au cœur de Teddy. Au moins sait-il d'ailleurs où lui adresser des lettres, désormais. Il n'a plus qu'à retrouver ses autres enfants, désormais.

Le sorcier songe que sa proposition était une mauvaise idée uniquement lorsqu'après avoir mangé - et doit-il bien l'admettre, un peu trop bu en compagnie de l'envoûtant Sorceleur - il se retrouve dans le même lit que Vesemir.

Harry n'a que trop conscience du corps massif près de lui et cela lui donne des idées étranges, qu'il voudrait ne pas avoir envers le mentor de son filleul. Son cœur qui bat pourtant si lentement d'habitude est presque au même rythme que celui d'un humain normal et ses doigts sont serrés dans les draps. Peut-être devrait-il partir maintenant ? Après tout, il a déjà payé l'aubergiste, une nuit sans sommeil ne l'effraie guère et Ombre serait heureux de repartir sur les routes. Ce Shire est limite plus infatigable que lui ; certes, c'est un cheval d'Helheim, mais tout de même.

― Tu sais, j'entends les battements de ton cœur.

La voix de Vesemir transperce le silence et Harry tressaille, s'arrêtant de respirer un bref instant. Il n'a pas besoin de respirer pour survivre désormais, certes, mais la mécanique est tant ancrée en lui qu'il sait immédiatement qu'il est en train de paniquer. Est-ce que le Sorceleur l'a entendu à son rythme normal, aussi ? Est-ce qu'il veut savoir pourquoi ? Est-ce qu'il le tuera en pensant qu'il est un monstre ? Pourquoi ne l'a-t-il pas déjà, d'ailleurs ? Attendait-il de voir ses doutes se confirmer ?

Harry n'a pas spécialement envie de rester à Helheim quelques semaines, voire quelques mois, parce que sa tête est séparée du restant de son corps.

― Je ne te demanderais pas pourquoi ils sont si lents. Tu ne ressembles à aucun monstre que j'ai pu croiser et surtout, tu aurais tenté de me tuer si tu en étais un, de peur que ça soit moi qui le fasse.

Un froissement de draps. En quelques secondes, Vesemir le surplombe ; étonnamment, Harry ne se sent pas en danger. Peut-être parce que l'homme aurait déjà pu lui faire du mal s'il l'avait voulu, peut-être parce qu'il a été plutôt agréable une fois les idées préconçues qu'il avait à son encontre détruites, ou peut-être parce qu'il sait que son pouvoir parviendra à l'immobiliser au besoin.

C'est même une toute autre émotion qui le fait frissonner lorsque les rayons de lune qui filtrent à travers la fenêtre accentuent la lueur dans les yeux dorés de Vesemir.

Harry met rapidement un nom dessus. Il est bien possible qu'il n'est pas le seul titillé par le désir dans cette chambre, sauf qu'il est celui qui le dissimule le plus mal. C'est que Harry a beau avoir été en couple avec Ginny, elle a un peu été sa seule réelle expérience. Loki l'a bien assez taquiné sur le sujet pour savoir qu'il s'agit là d'une de ses faiblesses.

Harry ne sait pas masquer ses émotions.

― Mais je parierais que c'est ma présence qui lui fait battre la chamade. Ai-je tort ? chuchote Vesemir d'un ton amusé.

― Quelle arrogance, murmure Harry. Ça pourrait être tout autre chose. Et puis, les Sorceleurs ont une réputation d'hommes à femmes…

Est-ce qu'Harry lance sa ligne pour voir si Vesemir mord à l'hameçon ? Peut-être ; mais s'il veut seulement le mettre mal à l'aise ou s'amuser à ses dépens, qu'il l'indique clairement, et vite. Le sorcier n'aime pas que d'autres jouent avec lui ; au moins sera-t-il définitivement fixé sur le tempérament du Sorceleur.

― Alors, il semblerait que je joue dans les deux camps.

Vesemir baisse son visage vers le sien ; leurs fronts se touchent, mais il semble attendre que c'est bien ce que Harry désire avant d'aller plus loin. Le sorcier hésite. C'est sa première fois avec un homme. Devrait-il lui dire, garder ça pour lui ? Accepter ou refuser ? Il ne veut rien regretter.

Son instinct lui souffle qu'il peut faire confiance au Sorceleur pour ne pas lui faire mal et rarement son instinct s'est retrouvé mis en défaut. Aussi, il glisse ses doigts dans les cheveux noirs de Vesemir, l'attirant à lui pour poser ses lèvres contre les siennes, donnant son accord à une nuit de débauche entre ses bras.

Le jour se lèvera timidement sur un lit froid depuis longtemps, Vesemir déboussolé devant la bourse d'orins sur la table, à côté du pendentif de Teddy et Harry déjà parti de la ville, laissant derrière lui le doux souvenir d'une trop brève rencontre.

Mais Harry est un Faucheur. Il est celui qui accompagne l'âme des morts, il est celui qui amène la fin d'une vie pour permettre le début d'une autre. Il est un immortel dans un champ de fleurs qui fanent bien trop vite pour lui.

Harry est un Faucheur et s'attacher à un mortel n'est que se promettre à une fin dans le désespoir et la douleur.

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