LE POUVOIR ANCESTRAL

Chapitre 1 : Une nouvelle menace

Malon marchait le long des écuries, tenant négligemment le filet d'un cheval dans sa main. Sa journée était achevée, sa magnifique petite jument Epona avait été étrillée et nourrie. Elle en avait pris soin comme si l'animal était le sien bien qu'elle n'en n'aya que la garde. Le soleil déclinait doucement en cette fin de journée printanière et la nuit tombait peu à peu sur le Ranch Lon Lon. Je frissonnai lorsque les derniers rayons de soleil disparurent et réajustai mon châle sur mes épaules.

- Je rentre, tu viens ? me demanda Malon lorsqu'elle arriva à mon niveau.

Je me relevai les deux brosses dures à crin dans la main que j'étais en train de nettoyer.

- Je veux bien mais on ne doit pas nourrir le reste chevaux normalement ?

- Non Ingo le fait, me sourit Malon. Ses yeux se plissèrent en deux petites fentes joyeuses à l'annonce de sa bonne nouvelle.

Je jetai les brosses que j'avais en main à terre et nous courûmes vers la ferme en pensant à la bonne soupe qui nous attendait préparée comme de coutume par Talon, le père de Malon. Lynn, habillée déjà de sa robe de chambre brodée, était déjà à table devant son assiette remplie d'un potage encore fumant de couleur orangée.

- Allez les filles ! pressa Talon en prenant les nôtres et en les remplissant du délicieux bouillon. J'ai acheté les légumes ce matin sur la place du marché !

- Et papa… commença Malon en s'asseyant. Tu n'as pas croisé aujourd'hui ce petit garçon aux habits verts de la forêt ?

- Tu veux dire le petit Link c'est ça ? Ton ami à qui t'a donné Epona ? Je crois que tu me poses la question Malon au moins tous les jours depuis que je t'ai dit l'avoir aperçu la semaine dernière.

Talon s'assit à son tour et enfourna une cuillérée de soupe dans sa bouche dans un bruit de succion bruyant.

- Mmmm, mmmm… dit Malon en portant également sa cuillère à la bouche de la même façon peu élégante.

- Non… je n'ai pas aperçu cet enfant. Mais on dirait que tu l'apprécies bien…

Talon se tourna vers Lynn et moi et nous adressa un clin d'œil complice. Il connaissait par cœur sa fille et savait qu'elle tournerait autour du sujet sans répondre directement.

- Pas du tout ! Mais il parait qu'il a sauvé le monde, c'est toi-même qui me l'a dit. Et c'est sympa non que j'ai aidé ? Mais il n'est jamais revenu nous voir alors que nous avons Epona.

Talon lui tapota le dos.

Ma chérie mange ta soupe ça va refroidir. Les super héros ont d'autres méchants à s'occuper. Je suis sûr qu'il a une bonne raison de ne pas être passé te voir.

J'écoutai leur discussion d'une oreille attentive. Zelda m'avait déjà passé de nombreux livres sur ce héros légendaire qui avait pu utiliser les Portes du Temps. Elle m'avait raconté que seulement lui pouvait se rendre compte qu'il jouait entre ces deux périodes : celle où il était adulte (à peu près sept ans à partir d'aujourd'hui) et celle de maintenant. Mais personne ne gardait un seul souvenir des prouesses de Link dans le futur sauf Zelda elle-même et les six autres sages. Heureusement, des livres furent écrits. Malon avait été gratifiée par Zelda en personne pour le service rendu au Héros du Temps en se voyant offrir l'un des livres comptant la légende de « l'Ocarina du Temps ». Plusieurs passages étaient dédiés à l'aide qui avait été apportée par la famille Lon Lon lors des temps sombres. On y faisait mention d'Epona et de son domptage par le Héros du Temps.

Je n'avais pas eu la chance d'assister à cette rencontre avec le Héros de la Légende. Bien qu'élevée au Ranch depuis aussi loin que mes souvenirs ne me le permettent, le bref passage du garçon aux habits verts sur les lieux n'avait pas coïncidé avec ma présence ce jour là. Et de toute évidence, je n'avais eu aucun rôle dans le futur puisqu'aucun livre ne me mentionnait.

- Allez… au dodo ! ordonna Talon en finissant de manger son dernier bout de pain pour saucer son assiette.

Il se releva en faisant racler sa chaise en bois fortement contre le parquet et porta l'ensemble des couverts et plats dans la cuisine afin de les laver. Pendant ce temps, Malon et moi enfilèrent notre pyjama et après une toilette succincte nous nous glissâmes dans nos draps. Le Ranch était modeste, nos trois petits lits occupaient la même pièce que la table où nous dinions. Talon préférait dormir dans l'étable afin d'être au plus proche des bêtes.

Dès qu'il partit de la pièce, nous continuâmes à discuter en chuchotant :

- J'aimerai vivre une aventure… avouai-je pensive, chaque fois que Malon parlait de l'aventure de Link cela me faisait un pincement de jalousie au cœur. Avec pleins de gros méchants qu'on tuerait pour sauver Hyrule. Comme le Héros du Temps !

J'avais toujours eu une soif d'aventure et j'aimais m'imaginer dans toutes sortes d'histoire farfelue. Je me prêtais tellement à mon imagination que régulièrement je revenais les genoux en sang d'avoir trébuché en voulant sauter d'une pierre à une autre pour simuler le franchissement d'un ravin ou encore les mains piquées par les orties pour avoir voulu les arracher et cacher un trésor en dessous. Un jour peut-être, je pourrai partir au-delà du danger et accomplir d'énormes prodiges.

- Moi, soupira Lynn paresseusement, je préfère rester chez moi et vivre ma vie tranquillement.

Lynn, si elle était la cousine de Malon et en possédait son nom de famille, elle n'en détenait pas son tempérament. Là où Malon était plutôt extravertie et joueuse, Lynn préférait les veillées à lire et à apprendre le nom des plantes et leurs vertus dans les encyclopédies hyliennes.

Lynn était orpheline depuis que ses parents avaient été tués lors d'une mission. Talon nous avait dit qu'ils étaient tous deux engagés auprès de la garde Royale et qu'ils avaient péris dans le cadre de leurs fonctions. Talon demeurait toujours affecté par le décès de son frère mais il avait promis de s'occuper de sa nièce comme si c'était sa propre fille.

Comme moi, Lynn avait été recueillie au sein du ranch et aimée par Talon qui était devenu notre père à toutes les deux.

- Debout là dedans ! Will tu dois aller au château ! Lynn et Malon occupez-vous du ranch !

La voix d'Ingo, qui travaillait essentiellement le matin à la ferme, me réveilla entièrement et après m'être étirée paresseusement, j'enfilai ma plus belle robe pour me rendre au palais.

Elle était dans les tons du rose et Impa m'avait brodé la Triforce au niveau de la poitrine. Ainsi parée, je montai dans la calèche avec Talon qui devait faire sa livraison de lait. Je dis au revoir aux filles et la carriole démarra. La fin de semaine était terminée je devais me rendre sur la route du château pour mes journées éducatives.

Contrairement à Lynn, je n'avais pas de parents. Enfin, personne ne les avait connu. J'étais une pupille d'Hyrule placée au Ranch Lon Lon après avoir été découverte par Impa, la nourrice de Zelda. On m'a expliqué que probablement, mes parents n'arrivant pas à subvenir à mes besoins, m'avaient déposé sur les marches du Temple Du Temps dans un couffin. Fort de sa réputation de lieu d'accueil et de confiance suite aux évènements historiques avec le Héros de Légende, le ranch Lon Lon avait été choisi pour m'accueillir. La famille royale s'est toutefois engagée à m'employer, m'éduquer et à subvenir à mes besoins afin de me permettre de trouver plus tard ma place au château et d'aider le Ranch à prospérer. Ce pacte était en quelque sorte une forme d'être redevable à Talon et Malon pour l'aide apportée lors de la période sombre.

Nous traversâmes la plaine d'Hyrule en passant devant la passerelle qui menait au village Cocorico. Nous franchîmes le pont levis qui était le seul passage pour atteindre le palais. La place du marché était encombrée de toutes sortes de gens qui faisaient la queue pour acheter et ensuite repartir tranquillement chez eux. Ce que j'aimais particulièrement c'était les cris des marchands qui incitaient les clients à venir à leur étalage, les rires qui fusaient, les ragots que rapportaient les voyageurs et surtout toutes ces odeurs ! Certaines inconnues et d'autres qui me rappelaient les saveurs d'Hyrule que j'aimais tant !

Après avoir évité la foule, Talon guida la charrette jusqu'aux grilles du château où les gardes nous ouvrirent en nous reconnaissant. La carriole avança dans le chemin caillouteux jusqu'aux portes intimidantes du palais. Zelda et Impa m'attendaient déjà sur le seuil. Sans l'aide de personne, je sautai de la charrette et accourus devant la princesse sous les rires bienveillants de Talon et Impa. Je fis une révérence comme l'indiquait le protocole en prenant les pans de ma robe et en me baissant. Zelda me fit signe de me relever et elle s'approcha de moi puis me prit les mains chaleureusement :

- Je suis contente de te revoir Will ! dit-elle en abordant un superbe sourire.

Je hochai la tête et oubliant toutes les règles de politesses, je la pris dans mes bras.

- Je vous laisse ? demanda Talon en s'adressant à Impa.

- Oui bien sûr ! répondit-elle d'un air amusé.

Elle échangea quelques rubis pour toute une série de bouteilles de lait de Lon-Lon et il repartit après m'avoir adressé un signe de main.

Toute contente, je trépignais sur place à l'idée de commencer ces journées au palais qui promettaient d'être chargées comme d'habitude. J'adorais être au château car on me faisait mon éducation et mon travail ne me donnaient pas trop de peine. J'avais beaucoup de temps libres que je passais avec la princesse où nous jouions ensemble de l'ocarina.

- Allez, un petit-déjeuner vous attend ! signala Impa.

On nous conduisit à une somptueuse table où toutes sortes de mets délicieux étaient dressés. Affamée, je dus attendre que tout le monde fut assis pour commencer enfin à manger. Bien sûr, j'essayais de ne pas trop me jeter sur les aliments tellement ils étaient bons. La dignité avant tout !

Après m'être rassasiée, pour commencer je devais aller nourrir les chevaux des écuries car ils savaient tous que j'aimais faire ce travail là.

Pour certains, je leur changeais le box pour mettre ensuite une litière toute fraîche.

Ceci fait, je revêtis des vêtements propres et on me conduisit dans une salle où se trouvais Zelda. Là, on nous apprit l'histoire, la géographie, la magie et les langues.

Ensuite nous avions tout l'après-midi de libre. Après le repas, Zelda et moi allâmes dans la salle de distraction où nous jouions en principe de l'ocarina. Mais aujourd'hui c'était différent :

- Peux-tu me dire tout ce que tu veux sur le Héros du Temps ? questionnai-je en venant droit au but.

- Sur le Héros du Temps ? répéta-t-elle étonnée par ma demande.

- Oui, lui confirmai-je.

- Je… c'est à dire… balbutia-t-elle. C'est comme si j'avais vécu une vie antérieure puisque c'était mon futur mais c'est aussi mon passé. Alors si tu veux que je te parle de Link, c'est que je ne sais pas trop ce que tu attends de moi.

- Parle-moi de lui. A quoi il ressemble ? Est-il fort et beau ? Courageux et puissant ?

- Hmmmm… Oui il est beau, déclara Zelda, le courage et la puissance ne manquaient pas chez lui.

Pendant un instant elle fut perdue dans ses pensées puis une larme roula le long de sa joue.

- Tu l'aimais ? osai-je demander.

- Je crois que oui, avoua Zelda, mais c'est étrange car je l'aime dans mon futur mais pas dans mon présent… Je ne suis qu'une petite fille ! Je ne suis pas la grande princesse que j'étais ou deviendrai ! Je ne suis pas une adulte et mon cœur a encore bien des choses à apprendre…

- J'aime bien quand tu sors tes belles phrases, soupirai-je.

La princesse me sourit et nous partîmes dans un grand rire. La discussion était close.

Nous passâmes la fin de la journée à jouer de l'Ocarina. Le Roi en personne vint nous écouter un peu et tellement je jouais bien, il me donna quelques rubis que je m'empressai de faire apporter au Ranch Lon-Lon.

Quand vint l'heure de dormir, Impa me conduisit à ma chambre. Elle était simplement meublée et sentait le propre. Mes vêtements étaient pliés dans un coin et un lit bien douillé m'attendait.

On me fit vêtir une somptueuse robe de chambre et à peine ai-je posé ma tête sur l'oreiller que je m'endormis.

Au milieu de la nuit, j'entendis des cris et des pleurs, c'était sans doute moi qui faisais un cauchemar. Mais peu à peu tout fut plus distinct et je découvris avec horreur que tout cela était réalité. En effet, tout le château était ébranlé par je ne sais quel événement et tout le monde était en émoi. Je sautai au bas de mon lit et au même moment, une gouvernante rentra dans ma chambre. Son visage était ravagé d'une peur imminente et ses traits tirés m'indiquaient qu'elle était très fatiguée :

- Mademoiselle Will ! Il faut que vous rentriez chez vous ! m'ordonna-t-elle affolée.

- Mais que se passe-t-il ? demandai-je vivement en sentant monter en moi un désir d'aventure.

- Rentrez chez-vous ! C'est dangereux de rester ici ! s'acharna-t-elle à me répéter.

Elle m'aida rapidement à m'habiller et à rassembler mes affaires dans un petit sac avant de s'enfuir en larmes.

Intriguée, je sortis dans le corridor où une agitation régnait devant la porte de la chambre de Zelda. Je m'avançai vers un garde en espérant qu'il puisse m'éclairer :

Qu'est-il arrivé ? le questionnai-je.

Rentre chez toi petite ! me répondit-il.

Décidément ! Il me prenait vraiment pour une petite fille ! C'est vrai, j'en étais une mais quand même, j'étais en âge de savoir !

Non ! Je veux qu'on me dise ! m'emportai-je en tapant du pied. Je n'ai plus six ans !

- Ouah ! Doucement petite ! m'ordonna-t-il. Si tu veux savoir ce qu'il se passe eh bien je vais te dire. Nous avons repéré une concentration maléfique dans le donjon et de suite la Princesse a été mise en sûreté, Impa la emmenée. Le problème est qu'au moment où elles sont parties, l'aura que nous avons décelée s'est divisée en cinq parties qui sont allées chacune en un point différent d'Hyrule. L'une vert le désert Hanté, une autre vers le Bois Perdus, une en direction du Mont du Péril, une vers le Lac Hylia et une autre vers le village Cocorico. Mais depuis peu de temps la concentration maléfique a doublé et un visage est apparut… celui qui a entraîné tous les maux d'Hyrule, celui qui a été vaincu par le Héros du temps : le visage du seigneur du Malin Ganondorf ! Nous pensons que c'est un avertissement mais nous n'en savons pas plus malheureusement.

Ca suffisait largement pour moi. Je me faufilai parmis les nombreuses personnes et réussis à rentrer dans la chambre de Zelda. Pourquoi voulais-je y aller ? Sans doute parce que je voulais jouer les détectives et que je savais la princesse intelligente. Et j'eus raison de suivre mon intuition car dans un coin de la vaste pièce je trouvai quelque chose qui semblait intéressant. Je m'approchai et découvris l'Ocarina du Temps, Trésor de la famille royale depuis des lustres. Il était posé sur une feuille de papier que je ramassai et lus. Zelda avait dessiné la Triforce et avait inscrit dessous « courage ». Je regardai tour à tour l'instrument et le dessin. L'ocarina du Temps et la Triforce du courage… Je sus alors ce que Zelda attendait de moi. C'était aussi claire que de l'eau de roche : je devais apporter l'Ocarina du Temps au Héros du Temps. Telle était ma mission et l'occasion en même temps de rencontrer ce garçon légendaire.