Chapitre 11 : Le secret de l'arbre

Lorsqu'on arriva sur la plaine d'Hyrule, je repensais soudainement à mon rêve que j'avais fait sur cet étrange arbre avec cette mélodie. Je ne pouvais pas commencer l'aventure sans m'assurer la signification de ce songe. Si ça se trouvait cela avait un rapport avec notre mission ! Il fallait aller voir. Qu'importe si je me trouvais moi-même étrange de faire ce genre de rêves… Peut-être étais-je folle ? Ou bien très stupide de croire qu'il y'avait quelque chose d'important cacher là-bas. Mais mon flair ne me trompait jamais… Du moins rarement !

J'arrêtai mon poney et Link, surpris, me demanda :

- Que se passe-t-il ?

J'hésitai un instant à parler car faire un détour à cause d'un rêve paraissait complètement immature et insensé. Mais je me lançai tout de même :

- Il faut retourner au lac Hylia.

Tous me regardèrent avec des yeux ahuris.

- C'est important, ajoutai-je pour me donner un peu plus de contenu.

- Mais pourquoi ? fit Malon qui se trouvait sur Epona derrière le Kokiri.

- Il y'a quelque chose là-bas… J'en suis sûre, je ne peux pas expliquer pourquoi mais je le sais c'est tout.

Il fallait qu'ils me croient… Ce rêve me laissait encore une drôle de sensation et il fallait que j'éclaircisse tout ça. Bizarrement, c'était presque vital.

Je m'attendais à entendre une objection de la part de Miya mais celle-ci se contenta juste de jeter un regard à Link avant de dire :

- Très bien, mais faisons vite. Le Mal n'attend pas lui.

Sur le coup je restai stupéfaite par cette décision, je m'attendais tellement à un refus !

- Allons-y ! répéta la fée. Je ne le dirai pas deux fois !

Je repris alors le dessus sur ma surprise et lançai mon poney au galop.

Au bout de quelques minutes on arriva au lac. La zone « contaminée » par la nouvelle menace s'était élargie, elle avait des dimensions qui devenaient importantes.

On laissa les chevaux sur la berge et traversa le pont suspendu. Lynn n'était guère rassurée après sa mésaventure. Eïko ne serait peut-être pas là pour la sauver si elle tombait à l'eau. Pendant toute la traversée elle resta ainsi agrippée au bras de Link pour se rassurer.

Lorsqu'on parvint enfin à l'arbre, il me parut encore plus mystérieux que la dernière fois. Rien que la vue de son tronc épais me donnait des frissons.

- Bien. Et que fais-tu maintenant ? me demanda Miya avec une pointe de mécontentement dans la voix.

J'avais envie de lui lancer une réplique cinglante mais je jugeai meilleur d'essayer de trouver ce que cachait cet arbre.

Je parcourus son tronc rugueux avec mes doigts, essayant de déceler le moindre détail incongru. Mais lorsque une écharde se planta dans ma peau, j'abandonnai. Voyant que tout le monde s'impatientait, je trouvai vite une autre idée :

- Peut-être qu'il réagit à une mélodie… supposai-je en sortant mon ocarina de mon sac.

Je soufflai quelques notes pour enfin trouver le bon ton pour la Berceuse de Zelda.

Lorsque j'achevai mon morceau, rien ne se passa. Dépitée, je commençai à avouer :

- Il n'a peut-être rien de…

Mais phrase resta en suspend car un craquement se fit entendre au niveau de l'arbre. Je retins mon souffle lorsque je vis le tronc s'ouvrir, dissimulant une plate-forme aussi large que lui. A mon avis elle devait descendre en profondeur mais il n'y avait pas de la place pour nous tous.

- Je vais aller voir ce qu'il y'a là-dessous, prévint Link en se positionnant sur la plate-forme avec Miya voletant à ses côtés.

- Je viens aussi ! m'écriai-je en m'imposant sur l'étroite plaque de bois avec eux.

- Et nous ? demanda Malon avec une pointe de déception dans la voix.

- On reviendra vite, assura Link avant de sentir la plate-forme se mettre en mouvement.

Dans un craquement elle s'abaissa, nous plongeant dans le noir total du creux de l'arbre. J'entendis Link dégainer son épée et je me mis moi-même sur mes gardes. La descente n'en finissait plus, on devait se trouver dans les profondeurs du lac.

Au bout de quelques temps, la plate-forme cessa son mouvement puis une sortie se découvrit devant nous. Au-delà il y avait un couloir creusé dans la terre, des multitudes de pousses se trouvaient sur les parois et le sol et il régnait une forte humidité qui donnait l'impression de suffoquer.

Link s'engageai le premier et je le suivis de prêt, arme en main, à l'affût du moindre danger. L'air était affreusement lourd et l'oxygène en petite quantité si bien que j'eus vite la tête qui tourne, il me tardait de vite rencontrer ce qu'il y avait à trouver.

Au bout de nombreux détour on parvint enfin à une vaste salle dont le plafond s'élevait à plus de dix mètres au-dessus de nous. C'était impressionnant de savoir que cette immense pièce se trouvait sous terre, sans que rien ne se devine de l'extérieur. Une allée centrale menait à une immense stalle de pierre où semblait être gravées des choses. Même si je ne me trouvais pas devant, je savais qu'elle avait un rapport avec la mélodie entendue dans mon rêve.

- Comment t'as su qu'il y avait quelque chose en dessous ? me demanda Link.

Je pinçai les lèvres en signe d'hésitation. Même si j'étais très fière d'avoir fait la découverte de cette salle souterraine, comment pouvais-je expliquer que l'arbre m'étais venu en rêve ? Que je les avais mené ici presque par hasard ?

- Je le savais c'est tout, répondis-je. Pourquoi ? C'est si important de le savoir ?

J'avais affiché un air hautain volontairement et Link sembla pris de court devant ma réaction :

- N…Non… bégaya-t-il. Par curiosité c'est tout.

- Bien. Alors maintenant qu'est-ce qu'on attend ?

Je n'espérais pas de réponse à ma question et partis en trottinant vers la stalle : je n'avais pas la maturité de Link pour me permettre de rester en place. Et puis je voulais être la première à découvrir ce que disaient ces inscriptions que je discernais vu de là où j'étais.

- J'y suis ! m'écriai-je lorsque je me trouvai enfin devant l'immense pierre.

Mais je perdis vite mon sourire quand je sentis la terre trembler. Link fronça les sourcils puis se retourna brusquement vers la sortie lorsque qu'une grille sortie du sol l'obstrua.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demandai-je sans céder aucunement à la panique.

Je voulus rejoindre Link et Miya mais soudain une énorme forme se matérialisa devant moi, me barrant le passage. Impossible de dire de quoi il s'agissait. Cela avait la forme d'un ver géant muni d'une multitude de tentacules tout le long du corps. Sa composition m'était complètement inconnu, on aurait dit que la nature même l'avait formé. Il avait la couleur de la terre, un marron terne et sec, par endroit c'était plus foncé comme de la terre humide de l'eau de pluie. Ses tentacules faisaient deux fois la taille d'un adulte et étaient en constant mouvement, d'une souplesse incroyable.

Je mis du temps à retrouver mes esprits et lorsque je me rendis compte du danger, il était trop tard : les tentacules semblèrent m'avoir vu et chacune d'elles fonça vers moi. Je plaçai instinctivement un bras devant mon visage pour me protéger au même moment où Link criait :

- Nayru ! Avec ton amour, protège-là !

L'impact n'arriva jamais. J'ouvris les yeux et constatai que ces espèces de lianes n'arrivaient pas à m'atteindre, elles se heurtaient à un bouclier formé d'un pâle halo bleu où je me trouvais à l'intérieur. Je jetai un coup d'œil à Link, qui était à l'origine de ce sortilège, mais ce dernier se lançait déjà à l'attaque épée en main. Je décidai d'en faire autant, surtout que j'étais protégée pour un temps limité.

Je sortis ma petite épée et m'élançai vers le monstre. Je dû esquiver, en me baissant, l'une des tentacules puis je continuai ma course jusqu'au corps du monstre. Au passage je tuai une des lianes qui arrivait par ma droite en la tranchant d'une coupure propre et net. La chance y était pour beaucoup car il était vrai que ma faible expérience ne me permettait pas de m'attribuer cette victoire Mais je ne pus éviter la seconde attaque qui fut presque simultanée mais heureusement elle ne rencontra que la paroi de mon bouclier magique. Je titubai quelques secondes car l'impact avait tout de même était violent et je continuai mon ascension vers le corps de la bête.

Ce fut un vrai exercice de gymnastique, il fallait sauter, se baisser, aller à gauche, se jeter à droite… Un vrai parcours du combattant !

J'arrivai la première à la base du monstre, Link se débattant encore furieusement avec les tentacules. Il n'avait pas la chance d'être protégé par un bouclier.

Je levai ma petite épée et la fourrai le plus profondément possible dans le corps du monstre. La lame s'enfonça comme si on la plantait dans une motte de terre et la créature poussa un cri inhumain. Je n'eus pas le temps de récupérer mon arme plantée car je fus soulevée du sol.

- Link ! criai-je instinctivement.

Il leva la tête et quand il m'aperçut, il se rua sur la base des tentacules qui m'enserraient.

- Non ! Vise le corps ! ordonnai-je. C'est là où il craint le plus !

Malgré mon danger, il écouta mon conseil qui était bien plus important que ma situation. L'espace d'un instant j'avais cru qu'il allait me sauver mais c'est de là qu'on voyait les héros : ils avaient l'habitude des combats et savaient, que par exemple dans ce cas là, il serait beaucoup plus efficace de s'attaquer au corps.

Dans un cri de guerrier, il laboura le ver géant de coups d'épée et assena la frappe finale. Je sentit les tentacules se resserrer autour de moi et je crus l'espace d'un instant que j'allais étouffer mais au dernier moment l'étreinte se relâcha et je me sentis glisser. Link s'empressa de se placer à l'endroit où j'allais tomber pour me retenir. Résultat, je lui atterris dessus et on s'étala tous les deux parterre. Mon bouclier clignota encore faiblement puis disparut définitivement. Il ne m'avait pas été de grand secours lorsque que j'avais été élevée dans les airs…

- Lèves-toi tu m'écrases, signala Link.

- Ah pardon, dis-je en me mettant debout sur mes pieds.

J'époussetai mes vêtements et me dirigeai vers le cadavre du monstre pour aller y récupérer ma petite épée plantée. Mais à peine l'eus-je retiré que le corps de la créature se dématérialisa dans un souffle de vent, des mots raisonnèrent dans l'espace, semblable à un murmure :

Sois digne du pouvoir ancestral…

- Hein ? Qu'est-ce que ça dit ? demandai-je intriguée.

- Je ne sais pas, je n'ai rien entendu, avoua Link. Quelqu'un à parlé ?

- Non… Non ça doit être mon imagination ! Bon je vais aller voir de ce qu'il en est sur cette pierre au fond de la pièce.

Je n'en demandai pas plus de leur part, je courai en direction de l'immense stalle. Elle était faite d'un marbre gris et il y avait un tas de choses inscrites dessus.

- Ca parle de la terre, de sa création… dis-je à voix haute pour Miya et Link. Ca remonte à des milliards d'années… Bien avant les hommes. Ah ! Et il y a aussi un pouvoir, essence même du passé, de la vie… Quelque chose d'ancestral ! C'est barbant tout ça ! m'exclamai-je en me tournant vers le Kokiri et la fée.

Mais ces derniers ne semblaient pas ennuyés du tout, au contraire, ils avaient l'air effaré.

- Tu… Tu comprends ces symboles ? m'interrogea Link.

- Quoi vous n'arrivez pas à lire ? m'étonnai-je.

Ils secouèrent tous les deux négativement de la tête (enfin je suppose que Miya aussi !). Et je sentis au fond de moi une pointe d'inquiétude : étais-je normale ? Mais je n'en laissai rien paraître.

- Ah regardez il y a aussi une partition musicale ! continuai-je comme si de rien n'était tout en sortant mon ocarina. C'est le moment de ressortir mes cours de solfège du château !

Les premières notes furent horriblement fausses mais je ne tardai pas à trouver la bonne mesure. Au bout d'une minute, une mélodie longue et douce retentit dans le silence. Mon cœur battit la chamade lorsque je découvris que c'était la même que dans mon rêve ! Je vis des flashs surgirent dans ma tête mais ils n'avaient aucun sens. On aurait dit que je me passais le film de l'évolution de la Terre dans ma tête.

Quand j'arrêtai de jouer je ne pus m'empêcher de faire un « waaa… c'était…puissant… ».

- Que s'est-il passé ? me demanda Miya.

- C'est pas tellement descriptible, déclarai-je. Mais enfin j'ai vu ce que je voulais ! Nous pouvons y aller maintenant !

Je n'avais aucune idée si cela avait servi à quelque chose de venir ici mais en tout cas cette mélodie n'avait rien d'innocent c'était sûr.

La grille barrant la sortie s'étant relevée, nous réempruntâmes le passage étroit et humide ainsi que l'ascenseur dans le tronc. On fut rapidement à l'air libre.

A suivre...