Lunagarden : Tu vas vite le savoir x) et non il ne va pas tomber et écraser un fantassin avec son arrière train x"D putain cette scène...
Mort et Ferraille
-Marlène ?
-Cloud… Denzel, et Tifa… ?
-Tifa est à la maison, répondit le blond
-Je veux lui téléphoner !
Cloud fouilla dans ses poches, mais ne trouvait son portable nulle part. Merde, il avait dû le perdre durant la bagarre… alors la gamine se tourna vers Vincent.
-Tu as le tien ?
D'un geste vif, le brun lui montra qu'il ne portait que son arme, ce qui scandalisa la petite :
-T'as pas de portable ?!
-Vincent, ramène Marlène à la maison, il faut que j'aille parler à Shinra…
-Je ne suis pas d'accord.
-Mais…
-Pas question je refuse ! Tu n'écoutes jamais ce qu'on te dit, tu penses toujours que t'as raison !
Elle courut se réfugier sous la cape de Vincent. L'homme fixait Cloud, critique. Ne pouvait-il pas réfléchir deux secondes ? Marlène avait besoin d'être rassurée, elle venait de voir son meilleur ami se faire manipuler par de parfaits inconnus. C'était la peur qui parlait. Tout comme la colère et la détresse. Cloud ne faisait qu'aggraver son cas :
-Marlène… laisse-moi du temps… une guerre se prépare… mais c'est plus qu'un simple combat, tu vois ce que je veux dire ?
-Non je ne vois pas !
-Cloud… combattre est-ce vraiment la question ?
Non… lui-même le reconnaissait… ce n'était qu'un prétexte pour se sentir mieux. Il était fatigué de se battre, il voulait juste… se faire pardonner de ne pas avoir pu sauver la personne la plus chère à ses yeux. Après tout… il l'avait…
-« Je t'ai laissé mourir…
-Gnagnagna, tu ressasses trop le passé ! pourquoi tu n'arrives pas à te pardonner toi-même ? surgit la voix d'Aerith. »
Ces paroles avaient suffi pour le secouer un peu. Le pardon… le méritait-il au moins ? Non… c'était à lui de faire le premier pas.
-Est-ce que les péchés… peuvent-être pardonnés ?
-Je n'ai jamais essayé, répondit Vincent.
-Vraiment… jamais…
Cela valait le coup après tout…
-Marlène on rentre.
Cette décision plût à la jeune fille qui le rejoignit avec un grand sourire.
-Je vais essayer le pardon, je te raconterai ce que ça donne.
Cloud et Marlène partirent main dans la main. Vincent s'en alla de son côté, n'ayant plus rien à faire ici. Il était appelé ailleurs, à Edge précisément. Chaos brûlait dans sa poitrine, comme préparé à ce qui arriverait bientôt. L'ex Turks n'avait pas besoin de lui demander quoique ce soit, les mêmes pensées, les mêmes sentiments, les mêmes intuitions… parcouraient leurs deux âmes. Il ferma les yeux s'appuya contre un arbre. Il pouvait entendre le démon murmurer, parler, présager…
Vincent le laissa prophétiser, avant de prendre la parole :
-Alors Sephiroth reviendra. C'était à prévoir, il n'abandonne pas si facilement. Il est comme une bête qui tient à son os, même s'il est quasiment rongé. Il ne reste plus rien sur le sien mais il y tient tout de même, refusant les autres morceaux qu'on lui propose. L'usure a laissé des traces indélébiles. Bien que cela m'en coûte, nous n'avons pas le choix. Mais ce sera à Cloud de l'affronter.
Chaos reprit, et ses mots firent froncer les sourcils du tireur. Une chose très rare d'ailleurs. Il poussa un soupir :
-Le prix à payer. Notre punition… un père qui participe à la mort de son fils. Ainsi je joue le rôle d'Abraham qui doit tuer Isaac, à la demande du destin. Le prix de mes fautes… avoir perdu Lucrecia n'était que le début. Laisser Cloud tuer le dernier parent de ma famille est la finalité. Par ce sacrifice, la Planète est sauvée.
Chaos parla de nouveau, et Vincent s'assit, les bras croisés.
-Une chance pour lui ? Minerva est bien miséricordieuse. Il est temps de rejoindre Edge. Notre devoir nous appel et laissons le Champion de Minerva prendre place pour sa mission.
ooo
Sephiroth reçut une dernière secousse. Le ronronnement du moteur cessa alors et des portières s'ouvrirent puis, se fermèrent. Des voix s'élevèrent mais l'ex Général ne discernait pas ce qu'ils se disaient. Une chose était certaine : il était arrivé à Edge. Les soldats déchargèrent les cargaisons une par une.
-Pas un seul monstre.
-Ils doivent sans doute fuir la région à cause de la maladie…
-Sans doute.
-Quelle plaie…
-Vous ne trouvez pas que la ville sent mauvais ?
-Si… la mort et la ferraille.
-Putain…
Sephiroth fronça des sourcils et pendant que les hommes sortirent de la remorque, il fit tous les efforts du monde pour ne pas râler et les insulter. Les violentes secousses lui donnait le mal de mer… sa tête tanguait et cognait contre les parois. Il grimaça et serra ses poings, commençant à en avoir assez d'être balloté comme ça !
Il manqua de hurler soudainement ; il s'était pris une écharde dans le doigt et sa main se crispa sous la douleur. Il verrait une fois dehors où elle s'était plantée... « Putain de merde... »
Enfin, les secousses cessèrent, mais les voix ne semblaient pas vouloir s'éloigner… ce moment le frustra. Quand partiraient-ils ? Où étaient-ils ? Certainement au siège de la WRO… il entendit des bruits indescriptibles, comme une porte d'un immense hangar qui s'ouvrait. Il retint sa respiration et d'autres personnes se joignirent à la conversation des soldats. Manquait plus que ça…
-Une bonne route ?
-Tu parles, à mourir d'ennui.
-Ah, ici rien ne bouge non plus. Nous sommes dispatchés pour aider les autres villages mais quand on y vient c'est un véritable désert.
-Ils fuient les Geostigmates…
-Pas étonnant, tu sais que le Corel Nord est complètement désert ? On a retrouvé des cadavres, c'est tout. Et la Prison… je n'en parle même pas.
-Les Coreliens ont décidé de quitter leurs terres pour vivre en nomade dans le Désert.
-Ils ont du courage…
-Qui sait ? Peut-être que ce sera mieux ?
Aucune réponse de la part des autres. Cela remettait Sephiroth en question : la disparition de la Shinra était-elle l'indicateur d'une nouvelle ère en perspective ? Il semblait que oui. En un sens ce n'était pas un mal. Il fallait juste mettre un terme aux actions de Jenova et de « 14 ». Juste ça… mais avant il lui fallait sortir de cette caisse… il commençait à étouffer dedans !
-On décharge maintenant ?
-Ca peut attendre non ? Allons boire un café l'équipe de remplacement va s'en charger.
-Je ne dis pas non ça m'a crevé cette journée…
Enfin ! Il était temps ! Il compta jusqu'à vingt pour s'assurer de ne pas tomber sur une mauvaise surprise et ouvrit sa caisse, prenant alors une énorme bouffée d'air.
-Dernière fois… railla-t-il.
Quand il sortit complètement, il se dégourdit les jambes et s'étira. Il espérait que ce serait son dernier voyage incognito dans un espace confiné. Il savait désormais ce que pouvait ressentir un animal dans une cage aussi grande que lui sans pouvoir bouger.
Il ouvrit son sac, et fut rassuré de voir que ses affaires étaient intactes. Il mangea une petite barre de céréales, tout en faisant quelques pas., histoire de se dégourdir les jambes et étirer son corps maintenant ankylosé de partout.
Remis d'aplomb, il observa les lieux et conclut qu'il était dans une sorte de garage… ou entrepôt. Tout était encore illuminé et Sephiroth fila vers la voiture pour faire demi-tour et sortir. Ce qu'il s'apprêtait à faire n'était pas du tout à reproduire chez soi… il cassa la vitre côté conducteur, avant de déverrouiller la porte et s'installa. Il traficota la voiture qui émit un ronronnement. « Si je n'ai pas l'impression d'être dans un film ou un jeu vidéo… »
Une fois installé, fit un créneau et quitta la place, pour foncer en dehors de la WRO. Non ce n'était clairement pas une chose à refaire… enfin lui, il n'avait pas le choix et il n'avait pas le temps de demander la permission à Reeve. A la vue de la barrière de sécurité, il grimaça et appuya sur l'accélérateur avant de se baisser et foncer.
Un terrible fracas et de violentes secousses manquèrent de le sonner. Ce furent des coups de feu qui le maintinrent éveillé. L'adrénaline prenait le dessus et Sephiroth continua de rouler, le cœur battant. Il était suivi il le savait ! Il avait tout de même fait une énorme bêtise…
A crans sur le volant, ses virages étaient serrés et il tentait de semer ses assaillants. Il faisait nuit noire, les phares de la voiture ne montrait rien à plus de trois mètres… des coups de feu continuels essayaient de le viser, mais il resta concentré sur son objectif. Ils n'allaient plus le coller le longtemps : sa route le menait vers les anciennes circulations de Midgar. Quand il se rendit compte que le chemin risquait d'être dangereux avec les énormes brèches et les lignes rompues, il garda tout de même son sang-froid et resta sur sa voie le temps de trouver un embranchement pour se sortir de ce merdier. Le pied toujours gardé sur la pédale d'accélération, il passa en force et détruisit la barrière de sécurité installée à l'entrée du périphérique. C'était l'instinct de survie qui parlait… il joua du frein et du volant pour faire des dérapages et mettre en déroute ses assaillants qui ne le lâchaient pas d'une semelle. Ne rien voir le frustrait… à la première occasion il sortirait de la route et ferait du hors-piste. Les pneus crissaient et sa vitre arrière se brisa sous l'impact d'une balle. Il en sursauta et regarda un instant les dégâts, avant de lâcher :
-C'est bien ça, à peine je sors que j'enchaîne conneries sur conneries, dit-il entre ses dents.
Devant lui, le marquage au sol changea et il resta sur sa droite pour prendre l'embranchement. Il amorça un virage serré et jura soudainement en voyant que la route était coupée et qu'un trou béant le séparait de l'autre côté. Il dérapa une nouvelle fois pour ralentir la voiture avant d'ouvrir la portière pour s'éjecter dehors avant que le véhicule ne fît un joli saut dans le vide. Il ne perdit pas de temps, et, le sac sur les épaules, il sauta par-dessus les barres de protection, atteignant les ruines d'une toiture qui glissa sous son poids. La chute eut l'effet d'un long toboggan, mais à une vitesse incontrôlable. Dans un élan de bras, Sephiroth attrapa un câble avant la chute dans le vide du morceau de fer. Suspendu, il observa la voiture, qui suivait sa course toute seule. Le bruit assourdissant provoqué par la dégringolade, s'entrecoupa d'autres vacarmes fait de ferraille. La voiture atterrit lourdement sur des plaques et sur des décombres qui sautèrent joyeusement avec elle. Le pare-brise se fissura de toutes parts comme les vitres du véhicule. Il vit avec horreur l'engin faire un 360 sur elle-même avant de revenir sur les pneus et déraper le long de d'une pente entrecoupée de blocs de béton qui avaient servi à l'ancienne plaque qui séparait les taudis de la ville. Puis il la vit descendre avec douceur pour toucher la terre ferme. Heureusement qu'il avait quitté la camionnette… cette chute lui aurait coûté la vie…
Il glissa le long du câble avant de poser le pied sur un balcon qui tenait par miracle. Soudain, le dallage céda et il tomba d'une hauteur assez conséquente. Il devait être à cinq mètres de haut. En dessous, il percuta une large plaque de fer qui amortit sa chute, avant de s'effondrer sur lui.
La poussière se mélangea avec la fumée que dégageait la voiture. Plus aucun bruit s'en suivit et les poursuivants avaient vu l'horrible spectacle. La personne devait être morte sur le coup. Les hommes abandonnèrent et firent demi-tour.
ooo
« Une voix l'appelait… il la reconnaissait que trop bien pour l'avoir côtoyé pendant un an. Des choses lacéraient son corps, poisseux avec une odeur de ferraille. Quand il ouvrit les yeux, il était dans un espace sombre, le rouge était dominant. Retenu par des fils tranchants, il savait qu'avec ce genre de matière, il suffisait d'une tension pour être coupé en plusieurs morceaux. Il se vidait de son sang, tout son corps en était recouvert et exposé aux yeux du monde. Ses cicatrices étaient rouvertes. Il savait qu'il était là par « invitation ». Il se rappelait de son accident et savait qu'il n'était pas mort. « 14 » l'observait longuement mais souriait. Sephiroth le défiait.
-Que penses-tu de notre lieu de rencontre ?
Sans se laisser être impressionné, Sephiroth fit mine de regarder l'endroit :
-Du sang, du sang… et du sang… l'odeur de la charogne… ouais ça te convient bien cet endroit. En bon esprit tordu que tu es bien sûr.
« 14 » en fut faussement vexé et décolla du sol avant de prendre son visage.
-Penses-tu vraiment que je vais te laisser gâcher cette fête ?
-Mais justement, je vais la gâcher ta fête. Vu que tu as déclenché l'Ombre de la Guerre.
-Tu le comprends enfin. Mais tu n'es pas encore dans le bon camp. C'est ce qui t'a valu mille et un tourment.
-Je suis à ma place, « 14 ». Jenova n'est pas le second tranchant de mon destin.
-Quand Mère décide de notre destin, il ne peut pas être autrement.
Sephiroth secoua la tête n'y croyant pas.
-Aussi longtemps que je respirerai, mon destin m'appartient. Mais tu ne peux pas le comprendre. Tu n'es que l'Ombre de moi-même. Une pâle imitation, juste un instrument qui trop usé, on jette sans le moindre remords. Sinon… si c'était faux… tu ne porterais pas un simple numéro
Le clone avait trop de fierté pour l'admettre. Jenova ne l'accepterait pas non plus. Toutefois l'ombre du doute qui plana dans son regard suffit pour justifier ses dires. « 14 » l'attrapa par la gorge et le fixa mauvais :
-C'est ce que nous verrons… traînée.
Alors qu'il revenait à lui, il vit son double partir à tire d'aile. Il venait de le vexer et lui ferait payer cette humiliation. »
Il ouvrit difficilement les yeux et commençait à tousser de la poussière. Il gémit de douleur, tout en se dégageant des décombres. Tout tremblant, il ôta l'écharpe de son nez et prit une bouffée d'air, qu'il regretta aussitôt. Il avait dû se faire mal quelque part et quand il empoigna fébrilement un morceau de verre coincé planté dans son flanc il comprit. Heureusement… il avait une Materia Soin… le tout était de sortir…
Remis sur pied, il plaqua sa main contre sa blessure et se soigna, malgré le mal de tête. Son sac à provision avait pris quelques coups mais rien de grave.
-Me voilà bien…
Il observa les lieux et avança dans les ruines. Tout était méconnaissable… s'il ne savait pas que c'était Midgar, jamais il n'aurait deviné. Il n'avait plus qu'à avancer et essayer de trouver un chemin pour revenir à Edge. L'endroit était sinistre, désert… une chose effrayante quand il pensait à la Mégalopole d'antan. Combien de victime cette fois-ci ? Non il ne serait pas capable de calculer ce serait terrifiant.
Il marcha longtemps, les souvenirs de la Ville Haute comme Basse revenaient en lui, de façon désagréable. Il n'y avait plus rien… c'était comme revenir chez soi mais après un cambriolage ou un incendie. Tout était perdu. Il croyait entendre les fantômes des morts hurler encore et encore alors que le Météore touchait la ville. Il regarda alors ses mains, et les lieux. Chaque débris, grand, petit, moyen… devenait une victime. Plus il voyait le nombre de gravas, plus il croyait apercevoir une montagne de mille cadavres. C'était de son fait… c'était lui qui avait provoqué tout cela… il plaqua ses mains contre ses tempes, pour ne plus entendre le moindre hurlement ou le moindre soupir de tous ces gens morts de ses mains !
Enfants, adultes, tous criaient des plaintes et Sephiroth leur demandait de se taire. L'air se chargeait d'une lourde odeur de ferraille et de mort.
Alors qu'il entrait sous le vestige d'une ancienne plaque, la lumière de la Lune se filtrait sous les nombreuses ouvertures et éclairaient sa route, le laissant voir son chef d'œuvre. Une toile immonde que l'ex Général voulait détruire et oublier à tout jamais.
Au fil de ses pas, il devint alors une âme errante, prisonnière de ses souvenirs. Les voix l'assaillirent et il marcha, marcha… ne sachant où aller. Il n'avait plus aucun repère… sa course poursuite l'avait épuisé… il tremblait désormais plus d'effroi mais d'horreur et de fatigue. Ses nerfs allaient lâcher…
Alors qu'il allait s'écrouler, il vit une alors son salut : une église. Ce grand édifice religieux l'appelait, et toutes les accusations s'évanouirent pour laisser place à la quiétude. Il pénétra alors dans la nef et s'avança jusqu'au chœur, où il vit un agréable tapis de fleurs. Les mêmes lys que ceux qu'entretenaient Aerith. Il comprit alors. Il était dans l'ancien sanctuaire de la Cetra. Un endroit rempli par sa douceur, par sa bienveillance… il s'assit alors devant et regarda chacune des tiges et des pétales, illuminées par le rayonnement de l'astre. Ce calme l'encourageait à prendre du repos… il regarda son doigt et ôta l'écharde qui était toujours plantée là.
A sa droite, il vit une couchette et s'y allongea, juste à côté de ce beau jardin secret. Le seul endroit de tout Midgar où poussait ces fleurs. Quand Zack lui en parlait, il n'y croyait pas, mais maintenant qu'il le voyait… il pouvait comprendre l'ancien apprenti d'Angeal quand il disait que c'était le meilleur coin de toute la ville.
Il se reposerait juste un peu avant de reprendre la route. La nuit était bien avancée… mais qu'importe… son corps ne tiendrait plus.
ooo
Le soleil se levait tôt aujourd'hui. L'air était encore frais cependant. Les oiseaux ne chantaient pas, il n'y avait plus d'oiseaux à Midgar, depuis que la mort et l'odeur de la ferraille avaient pris contrôle de la région. La maladie faisait fuir les animaux. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas vu un chat ou un chien errant. Les rats avaient aussi fini par déserter. Pourquoi l'humain restait-il…
Vincent s'attarda dans les ruines de Midgar. Chaos le poussait dans une direction et il laissa son démon intérieur le guider. Tout était calme, c'était ce petit moment de quiétude avant la tempête. L'affrontement était pour bientôt. Un combat contre un souvenir. Cloud s'en sortirait bien, comme toujours. Il avait déjà vaincu Sephiroth deux fois. Pourquoi pas trois ?
Ses pas l'amenaient à l'Eglise et quand il y entra, il vit une silhouette allongée là, à côté du parterre de fleurs. C'était là aussi que Cloud avait élu domicile mais, ce n'était pas le blond, c'était une autre personne. D'un pas prudent, il s'approcha et s'assit devant lui, contemplant les soulèvements réguliers de son corps. Quelques sons sortaient de ses lèvres… il devait rêver… il serrait dans ses bras un long sabre aussi grand que lui… comme un enfant serrerait son doudou dans son sommeil. Vincent plaqua sa main contre sa bouche, pour ne pas pousser le moindre bruit… c'était bien lui… son fils… son sang… sa chair…
Pour n'importe qui, c'était un simple voyageur, un vagabond venu chercher réconfort dans un lieu saint. Pour l'ex Turks, il savait que ce n'était pas le cas. Surtout en voyant les quelques mèches argentées qui sortaient de sa capuche. Oui, pas de doutes…
« -Par les dieux tu es bien vivant… »
Si seulement Lucrecia était là pour voir ce qu'il voyait… voir leur fils, étendu là, à dormir paisiblement…
De petits ronflements sortaient de ses lèvres, ce qui attendrit le plus âgé. L'ex-Turk entrevit alors les terribles cicatrices qui lacéraient son visage. Qui aurait bien pu lui faire ça ? Se serait-il fait cela lui-même ?
Le poids de la culpabilité le saisit une nouvelle fois : pourquoi ? Pourquoi n'avait-il pas été là pour lui ? Pourquoi ? Pourquoi avait-il fuit ?
Son échec le couvrait de honte depuis maintenant trois décennies et poignardait comme à chaque fois son cœur. Comme s'il n'était pas assez meurtri…
Combien de fois avait-il demandé à se voir offrir une seconde chance ? Son vœu s'exauçait-il ? Malgré tous ses actes envers son propre enfant ?
« -Faites que oui… faites que oui par pitié… lavez-moi de mes péchés… offrez-moi la rédemption… faites que je puisse enfin… juste pour cette fois… aider mon fils, le soutenir et devenir le père qu'il n'a jamais pu avoir… »
Sephiroth frissonna dans son sommeil. Vincent remit alors correctement la cape sur ses épaules, cherchant quelque part une couverture pour le réchauffer un peu plus.
-Je resterai jusqu'à ce que tu te réveilles… shh… je suis là…
Il avait peut-être parlé trop fort… car l'individu ouvrit les yeux. Un temps perdu, il se redressa sans s'occuper de l'homme devant lui. Quand il se rendit compte d'une présence étrangère, il recula… avant de se figer, le regard rempli de surprise :
-L'homme qui dort dans le cercueil…
-Plaît-il ?
Vincent s'écarta, tout aussi perplexe. Sephiroth le connaissait ? Vraiment ? Quand ? Où ? Comment ? Il le laissa commencer, l'ex-Général devait avoir une explication. Il s'assit devant lui, avant de déclarer :
-Lors d'une épreuve avant de revenir ici-bas, j'ai dû chercher une clef… et c'était vous qui la gardiez dans votre cercueil… vous m'aviez assuré que l'on se reverrait…
Vincent demeura silencieux ; il aurait voulu en connaître plus sur cette épreuve, mais… Sephiroth le voudrait-il ? Il se contenta d'incliner la tête, avant de s'asseoir :
-Nous voilà donc réunis…
Il pointa du doigt les balafres :
-Qui t'a infligé ça ? J'espère que ce n'est pas toi-même…
Il demeura sans réponse et se déplaça, sombre. Il répondit simplement par non. Vincent poussa un soupir de soulagement. Il pouvait être tranquille… s'il trouve celui qu'il lui avait fait ça… enfin… là n'était pas encore la question.
-Dis-moi, reprit-il, si tu es là…
-Ce n'est pas la même personne expliqua-t-il posément, juste un clone que Jenova manipule.
-Alors pourquoi ne pas joindre nos forces ?
Sephiroth secoua vivement la tête et croisa les bras.
-Mon combat n'est pas ici. Il est au Nord… et puis bon… je ne pense pas que ma venue sera la bienvenue…
-J'aurais plaidé pour toi. Tu dois aller au Cratère ?
-Oui.
-Quelle est ta mission ?
-Mettre Jenova et ce clone hors d'état de nuire. A la demande de la Déesse… vous me connaissez comme je suppose bon nombre de gens… mais…j'aimerai connaître le nom de celui qui se tient devant moi.
-Vincent Valentine.
Rêvait-il où une lueur d'espoir brillait dans le regard de Sephiroth ? Il se redressa et commença à se préparer pour partir.
-Dans mes plus profonds songes, alors que je parcourais la Rivière de la Vie, une âme m'a soufflé qu'à mon réveil, je devais trouver un Vincent Valentine pour m'amener à ma mère, Lucrecia Crescent. Je vous avouerai que par un malheureux hasard je fis sa connaissance lors d'une mise à l'épreuve. Désormais, connaissant son visage, on m'avait dit qu'elle se trouvait à Nibelheim. Et que vous saviez où.
Vincent ignorait où se mettre… son cœur battait la chamade : non seulement Sephiroth connaissait le vrai nom de sa véritable mère mais en plus, il lui demandait de lui montrer le chemin pour la voir en vrai… sa poitrine lui faisait mal… si mal… comment refuser ? comment lui cacher d'avantage l'identité de son père ? Il s'approcha, la gorge soudainement sèche. Il ne pouvait qu'approuver ses dires. Alors l'ex Général le prit pour une acceptation.
-Je demeure à Kalm. Pour un temps. Chez deux forgerons.
-Tu viens de si loin… comment as-tu fait pour venir ici ?
Le jeune homme lâcha un petit rire :
-Je me suis planqué dans une caisse de la WRO, ai subi un voyage pénible puis j'ai créé du grabuge qui m'a valu une poursuite de la part des hommes de la WRO.
-En sommes, tu es parti en douce de Kalm, conclut Vincent en croisant les bras d'un air sévère, ce n'était pas prudent de ta part de faire ça. Surtout si tu viens de revenir. Imagine juste… que quelqu'un grille ta couverture ?
-Pour l'heure personne ne m'a grillé. Qui êtes-vous pour juger ? Mon père ? Je n'en ai pas besoin. J'ai survécu jusqu'ici sans l'aide d'un parent. Ce n'est ni aujourd'hui, ni demain que j'en aurais besoin.
Cette fois, Sephiroth avait réussi à le blesser. Tous deux avaient la même posture ; les bras croisés, sévère, et aucun des deux ne semblaient vouloir céder à l'autre. Cette prise de tête rappellerait sans aucun doute… une dispute entre un père et un fils… les mots de Sephiroth avaient touché son cœur… il avait raison… un péché de plus… avoir laissé Hojo lui voler ce qui lui était le plus précieux et lui en faire voir de toutes les couleurs pour tester ses forces et ses capacités. Sephiroth avait survécu il était vrai… à toutes ses épreuves… il était fier de lui. Très fier, quoique très inquiet par les risques qu'il prenait alors qu'il venait à peine de ressurgir. Quel père ne serait pas rempli d'orgueil devant les prouesses même imprudentes de son enfant ? Il ne lui dirait pas tout de suite qui il était… c'était trop tôt. Au fond de lui, il savait qu'il reverrait un jour son fils, quand il serait plus épanoui et heureux. L'urgence de la situation était beaucoup plus préoccupante.
-Très bien Sephiroth… je te guiderai à ta mère. Mais avant ça, débarrasse-nous une bonne fois pour toute de cette chose. Je vais te guider jusqu'à Edge. Delà, nous trouverons quelqu'un pour t'amener au Nord. Et cette fois dans les règles. Jouer les hors-la-loi te sied très mal… il serait imprudent aussi… vu l'image que retient le monde de toi… notamment…
-Cloud, je sais.
-Oui. Cloud.
D'un signe de tête, il l'invita à sortir. Sephiroth vérifiait ses affaires et se rhabilla de sa cape, prenant soin de la poser sur sa tête. Ensemble, ils partirent… à les voir comme ça… on croirait vraiment voir un fils suivre son père. Vincent eut un sourire. « Si Cloud savait… »
Une fois dehors, Vincent ouvrit la marche et servit comme convenu de guide à l'ex Général. Sur la route, ils échangèrent peu. Sephiroth était troublé par la proximité dont faisait preuve l'ex Turks. Il était sûr et certain que Vincent ne dévoilait pas tout et qu'il connaissait plus de choses qu'il ne le laissait croire. Après tout… n'était-il pas un Turks ? enfin… c'était ce que lui avait avoué Gast, avant que Vincent ne le dévoilât à son tour. Il décida alors de lui tirer les vers du nez. Vincent ne pouvait pas le lui refuser. Il en était bien conscient.
-Que sais-tu de Lucrecia ?
-Beaucoup de choses… j'étais son garde du corps.
-Ah oui d'accord… je comprends mieux pourquoi on m'a guidé vers toi… mais ça veut dire que tu étais…
-Un Turk, oui. Et mon père était un aussi scientifique de la Shinra, ayant travaillé avec ta mère.
-Le père scientifique à la Shinra et le fils dans les rangs des Turks… eh ben… belle famille.
-Mon père était honorable, Sephiroth. Il n'a jamais eu l'idée de faire des expériences sur les nouveaux nés, comme l'a fait Hojo sur toi.
Sephiroth plaça une main contre sa bouche, manquant de peu de vomir. Une réaction que son corps avait fini par adopter pour exprimer son malaise, tout comme son dégoût ou bien l'angoisse. Vincent s'arrêta un instant avançant sa main vers lui. Sephiroth recula, et secoua la tête, avant de réprimer le haut-le-cœur.
-Sephiroth…
-C'est rien…
-Tu es sûr ? Tu n'as pas l'air bien… tu es malade ?
-Rien du tout… c'est bon ça va passer.
Comme pour prouver ses dires, l'ex-Général reprit sa marche, sans régurgiter. Vincent aurait tellement voulu faire plus… plus pour lui… comme un père pour son fils… si seulement…
-Sephiroth… qu'est-ce qui s'est passé pendant ces épreuves ? Quels étaient les enjeux ?
-Je n'ai rien à te dire.
-Et tes cicatrices ?
Cette fois, Sephiroth s'était arrêté et le fixait intensément. Vincent ne laissa pas impressionner ; ses yeux carmins transperçaient son âme et le sondaient. L'ex-Turk s'approcha de lui, soucieux :
-C'est l'œuvre d'un individu, mais pas de Cloud.
Sephiroth demeura sans réponse. Des gestes trahissaient sa gêne, il ne l'affrontait pas, son expression était fermée, avec le désir de ne pas en entendre davantage. Sa voix était réduite à un soupir ou un murmure. Dans ses iris nageaient une profonde douleur. Vincent pensait être allé trop loin avec sa question. Il risqua tout de même une évidence :
-Que ce clone soit là n'est pas un hasard n'est-ce pas ? que tu connaisses ses plans non plus. Sephiroth… dis-moi ce que te clone t'a fait…
-… si j'étais toi… j'arrêterai de jouer les Turks… ceux qui parlent trop on les retrouve le lendemain la gorge tranchée dans leurs lits.
La soudaine menace de Sephiroth valait toutes les explications du monde. Vincent avait vu juste. Quelque chose de terrible était arrivé à son fils. Ne pas pouvoir en savoir plus lui faisait mal, mais il respectait son choix. C'était peut-être trop tôt. Sans ajouter quoique ce soit, il reprit sa marche. Sephiroth le suivit, ravalant sa haine et sa rancœur. Bientôt « 14 » recevrait ce qu'il méritait. Il était désormais animé par la vengeance… il savait que c'était mal ! Comment pouvait-il faire autrement ? Il savait qu'en tuant « 14 » il humilierait Jenova et ne laisserai pas ses actes impunis. La Loi du Talion était devenue sa voie. Une fois sa tâche accomplie, il penserait à l'avenir… pas avant.
ooo
Tout était différent de l'ancienne Midgar. Ici tout était désossé, en pleine construction… et désert. C'était surtout cela qui le dépassait… l'agglomération ressemblait à une vraie ville fantôme. Les rares passants qu'il voyait étaient des personnes malades, qui toussaient, contaminés par les Geostigmates… Sephiroth fit bien attention à dissimuler son visage sous son foulard et sa capuche. Vincent le guidait d'un pas lent.
La place publique n'était plus très loin et quand il la joignit, il s'attarda sur le grand monument de pierre et de métal. Au centre d'un rond-point il devait servir de point de repère central. Une sorte de boule de feu faite de métal et de ferraille doré, sur un socle de pierre blanche, des piliers faits en barres de fers soutenaient le tout. Sephiroth sut : un hommage au Météore… au pied de la colonne, il lut : « Midgar la ville Rock'n Roll ». Il haussa du sourcil et s'agenouilla avant de remarquer des fleurs placées sur la plaque. Pour se souvenir des nombreuses victimes de Midgar... Il resta un temps comme cela, à observer les pousses… Vincent patienta, le laissant se recueillir.
L'air était immonde, cela sentait le fer à plein nez… c'était insupportable. Il y en avait une autre… plus sinistre… une odeur de charogne, de sang et de mort. La maladie se mélangeait à ce mélange putride, qui lui donnait des nausées. Heureusement que le foulard sous son nez filtrait un petit peu les odeurs…
Un homme passa à côté d'eux et poussait des gargouillis. Sephiroth se leva, alarmé.
-Vous allez bien ?
L'homme ne répondit pas, et vacilla sur le côté, d'immondes traces noires s'éparpillait de son corps. Sephiroth recula, Vincent le prit par les épaules et l'éloigna encore plus de « l'eau noire ». A bonne distance, il se dégagea de la poigne de l'ancien Turks et secoua la tête grimaçant de dégoût. Etait-ce donc le fait de Jenova et de « 14 » ? La situation était plus grave qu'il ne le pensait. Il espérait arriver à temps au Nord pour cesser cette folie.
-Continue tant que tu peux. Tu vas échouer, grogna-t-il entre ses dents.
-Cela fait deux ans que ça dure. Ne traînons pas, cette maladie fait suffisamment de victimes…
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Sephiroth inclina la tête et suivit Vincent, qui chercha un véhicule pour quitter cette ville malade. Il était certain d'une chose, moins il viendrait là, mieux il se sentirait. Son regard explora les rues, et les trottoirs, sans rien voir de satisfaisant. Il n'avait pas fait tout ce chemin et étouffé dans une caisse pour se retrouver coincé dans une ville qui sentait la mort et la ferraille.
Il grogna de frustration et serra du poing, quand Vincent lui montra une petite troupe en train de remorquer. Il les héla :
-Où allez-vous donc messieurs, avec des affaires si chaudes ?
-Au Nordor. Ras-le cul de cette ville qui empeste.
-Ne voyez-vous pas d'inconvénient que mon compagnon ici présent, vous accompagne ? Moyennant un prix bien sûr.
-Ouais ? il se cache assez bien ton pote. J'espère pour toi que tu n'as pas les stigmates parce que sinon je te préviens je préfère te buter maintenant.
Sephiroth grogna et Vincent crut que l'argenté montrerait des dents et leur sauterait à la gorge. De son côté, l'envie de menacer cette brute avec Cerberus, pour s'en être pris verbalement à son fils le démangeait. Ce fut tout de même Sephiroth qui fut plus prompt. Il s'avança, dangereusement. Ses yeux brillaient dans la nuit, une lueur fluorescente et effrayante qui fit reculer les comparses du chef d'expédition :
-Ah oui ? Tu veux essayer ? Viens je t'attends ! Viens, essaie juste de me toucher et c'est toi qui fini au sol à te vider de ton sang ! Alors, on a les foies ?
L'éclat d'humeur et la soudaine menace de Sephiroth surpris Vincent. Il jeta un regard inquiet dans sa direction, prêt à intervenir. Le chef du groupe fit deux pas en arrière et leva les bras.
Ce type était un tueur… il avait cet éclat, cette volonté… il avait affaire à un professionnel de métier…
-Doucement, l'ami… doucement… on ne va pas se fâcher, hein ? Les temps sont durs là… on est tous à cran. Tu viens d'où comme ça ?
-Qu'est-ce que ça peut te foutre de savoir d'où je viens ?
La question était posée avec un ton hautain, bien désagréable aux oreilles de tout le monde. Vincent décida d'intervenir, posant une main sur l'épaule de son fils :
-Excusez-le… un... Zolom de Midgar l'a attaqué alors qu'il était en route vers Kalm. Depuis, il en porte des traces. Comprenez son envie de… se cacher et… depuis il est d'humeur massacrante.
Un court silence s'installa, mais cette soudaine interruption eut l'effet escompté. Le bourru se racla la gorge et se frotta l'arrière de la nuque. Il regarda l'étranger attentivement et remarqua la naissance de ses marques… en dépit de ces iris glaciales… Il opina du chef, ne voulant pas chercher la bagarre. Après tout… un tueur pouvait toujours être utile…
-Ouais tu es passé par le Marais… ces sales bestioles devraient crever des Geostigmates. Bon il est prêt à mettre combien ton camarade pour que tu embarques avec nous ?
-Votre prix sera le mien, répondit poliment Vincent.
Il n'aurait jamais imaginé Sephiroth si… insolent… ou agressif... peut-être un vestige d'une vie en enfer… il espérait qu'il s'en sortirait bien quand même… sans créer une quelconque bataille. Il commençait à sortir son portefeuille et tendit une liasse de 5000 Gils au chef de l'équipe.
-Est-ce suffisant ?
L'homme compta attentivement les billets d'un air suspicieux puis cracha au sol.
-Ouais c'est bon. Bienvenu dans l'équipe… euh je connais même pas ton nom.
-Lancelot de Nibelheim.
-Bon bah Lancelot monte à bord. On part.
Sephiroth se tourna vers Vincent :
-N'oublie pas. Pendant que j'y pense, mes frères sont forgeron à Kalm, tu devrais les visiter.
-Tu as ma parole… Lancelot…
Un si joli nom… sortit de la littérature fantastique médiévale. Indirectement c'était aussi le nom d'un des Chevalier de la Table Ronde conservé dans la Materia trouvée sur l'Île Ronde. Il lui allait bien. Il était définitivement fier de son fils… l'envie de le serrer dans ses bras était fort dans son esprit, mais l'ex Turks devait se faire violence… ce serait l'effaroucher… plus tard… un jour… il fit un simple geste de la main et le vit monter avec les autres. La voiture s'éloigna alors dans un grondement de moteur…
-Bonne chance… mon fils… et évite de t'attirer des ennuis…
