Hello !

Chapitre court et d'une tonalité un peu différente mais j'avais envie de creuser quelques ressentis et vécus, enfin bref beaucoup d'entre vous me connaissent et savent comment ça fonctionne :D J'ai vraiment bien fait de choisir l'option à chapitres vu que je finis toujours tôt ou tard par faire de l'introspection... Un peu de background à suivre, donc :)

Dans tous les cas, j'espère que ça vous plaira. Enjoy !

Shadow : La fin n'est pas pour tout de suite, mais je ne sais pas dire pour quand :D En tout cas ravie que ça te plaise, j'espère que ce chapitre te parlera aussi.


Kise se réveille dans la soirée, complètement décalé et avec la sensation de ne pas avoir dormi du tout. Il étire son corps endolori et se frotte les yeux en étouffant un immense baîllement, puis se lève et enfile des fringues confortables avant de passer dans le salon où il trouve sa mère en train de tricoter devant la télévision.

« Ryota ! Tu es rentré ! »

Il sourit et va embrasser sa mère avant d'aller se faire un café. En revenant, il remarque un bouquet de roses rouges sur la table basse. Interceptant son regard surpris, Yoko lui sourit, une étincelle malicieuse dans le regard :

« Un de tes amis est passé te donner ça, mais il n'a pas voulu te réveiller. »

Son cœur s'accélère brusquement et sa bouche s'assèche alors qu'une bouffée de stress vient dissiper les brumes du sommeil.

« Un de mes 'amis' ? Qui ?!

— Un grand brun. Plutôt beau gosse ! »

Il a la curieuse impression que sa mère se fiche de lui, mais lui ça ne l'amuse pas du tout ! Il a vraiment besoin de savoir qui de ses 'amis' s'est soudain transformé en admirateur !

« Mais... Tu le connais ?! demande-t-il, au bord de la panique maintenant.

— Oui... Mais ça faisait un petit moment que je ne l'avais pas vu !

— Maman ! Arrête de me faire tourner en bourrique ! C'était qui ?

— Haizaki-kun. »

À cette réponse, cette fois il a plutôt l'impression que son cœur s'arrête de battre. Il entrouvre les lèvres, mais aucun son n'en sort. Et finalement, il pose son mug sur la table basse et se laisse tomber dans le canapé, essayant d'intégrer cette nouvelle information. Yoko sourit :

« À voir ta tête, tu ne t'y attendais pas.

— C'est... à peine si on se parle, alors... »

Et tandis qu'il finit sa phrase, il se remémore la conversation qu'il a eu avec Aomine la veille. Cet abruti a envie d'excuser depuis des années, et crois-moi, il va le faire. Alors c'est pour ça, les fleurs ? Mais pourquoi maintenant ? Et... des roses ? Rouges ?

« Je ne comprends pas... murmure-t-il comme pour lui-même.

— Le message me paraît pourtant clair.

— Mais de sa part, c'est pas... C'est pas normal. C'est pas un truc qu'il ferait. À mois qu'il ait prévu un coup fourré...

— Ah, Ryota, le manque de sommeil te rend toujours paranoïaque !

— Mais non ! »

Il attrape son mug et souffle sur son café tout en observant le bouquet de rose d'un air méfiant, comme si les fleurs risquaient de le mordre.

Kagami lui a dit que les deux colocs semblaient comploter quelque chose, alors l'apparition de ces fleurs dans son salon lui semble d'autant plus suspecte, paranoïa due au manque de sommeil ou non. Il pousse un soupir fatigué. Il n'a pas vraiment envie de chercher à démêler les intentions du terrible duo. Ce soir, il va juste se détendre et se faire une petite rétrospective cinéma avec sa mère.

« Tu as faim ? lui demande d'ailleurs cette dernière.

— Ouais, un peu.

— Et si je commandais quelque chose dans ton restaurant préféré ? »

Voilà qui lui remonte le moral et lui fait un peu oublier ses inquiétudes. Il acquiesce avec un sourire ravi :

« Ça serait génial !

— Et je veux pas entendre d'excuses comme quoi tu es au régime ou je ne sais quoi ! Tant que tu es sous mon toit, tu mangeras !

— Oui, cheffe ! »

Yoko sourit tendrement et lui ébouriffe les cheveux.

« Tu as l'air fatigué. C'est dur le travail en ce moment ?

— Pas plus que d'habitude... Mais je suis content d'être rentré. Je crois que j'avais besoin de vacances.

— Et tu vas bien en profiter, c'est promis. »

Il sourit. Il a de la chance d'avoir une mère aussi attentionnée, qui sait quand ne pas trop poser de questions et semble toujours le comprendre à demi mots. Avec elle, pas besoin de faire d'efforts, de prendre sur lui. Ils ont toujours eu cette relation fusionnelle et il y tient énormément, peu importe s'il doit s'exiler régulièrement pour le travail.

Après son café tardif, il part se décrasser pendant que sa mère commande leur repas, et quand il retourne au salon, tout est prêt : lumière tamisée, rétrospective de la filmographie de James Dean préparée dans le lecteur blu-ray, et un vaste choix de sobas, takoyakis, soupe miso, onigiris, et évidemment un assortiment de mochis pour le dessert. Il est effectivement au régime – comme toujours – mais il choisit de l'oublier pour cette soirée. Pour cette semaine, en fait. Après tout, c'est Noël. Et surveiller sans arrêt son alimentation, c'est fatiguant. Ça crée même un stress, une charge mentale qui parfois lui pèse plus que d'autres, et c'est le cas en cette fin d'année. Alors adieu les fringales, bonjour le ventre plein ! Il s'installe avec sa mère, ils lancent le premier film et il ne se fait pas prier pour entamer son repas avec appétit. S'il y a autre chose dont il a bien besoin en ce moment, c'est de retrouver ses proches et passer du temps avec eux loin de ses préoccupations habituelles, et sans horaires à respecter. Alors ce soir, il savoure l'instant présent, même s'il ne peut pas tout à fait oublier l'affaire Haizaki, avec ces roses qui interpellent son regard, dans le coin de son champ de vision, lui interdisant de détacher complètement ses pensées de son ex-rival.


Ex-rival qui de son côté, ne passe pas une soirée aussi agréable. Haizaki a quelques défauts, mais il n'en est pas au point d'aller draguer alors qu'il a entrepris de séduire l'homme dont il est amoureux. En conséquence, il passe la soirée tout seul, puisqu'Aho a sans doute mis la charrue avant les bœufs et tente déjà à l'heure qu'il est de convaincre Tiger de devenir un aficionado de sa jolie queue. Et ce soir, l'appartement lui semble plus vide que d'habitude, il y a quelque chose de froid et de sombre qui se tapisse dans les recoins, les interstices, et semble même en suspension dans l'atmosphère, rendant les couleurs plus ternes et les contours plus anguleux et acérés.

Bref, il ne se sent pas bien dans son appartement ce soir, dans cet endroit qui pourtant représente son havre de paix et son cocon, à l'abri de l'hostilité du monde. Mais il arrive que la solitude, qu'il affectionne au demeurant, lui fasse cet effet-là. Comme s'il se vidait de sa substance et devenait un fantôme hantant sa propre vie. Alors, plus rien ne semble vraiment avoir de consistance et d'importance, et seules ses pensées noires surnagent à la surface.

Il bâille et s'ennuie, tournant en rond entre le canapé et le frigo. Une agitation incessante électrise ses muscles et use son esprit, et il comprend qu'il est nerveux. Il ne cesse d'imaginer la réaction de Kise en recevant son bouquet. Il l'a peut-être déjà jeté à la poubelle. Pas sûr que le blond soit aussi bienveillant que sa mère, qui a toujours eu un mot gentil pour lui depuis qu'il a fait sa connaissance.

Son cœur se crispe un peu en se revoyant encore gamin, quatorze ans à peine sonnés, une boule de nerfs toujours prête à exploser.

Il finissait l'entraînement tard ce jour-là, se tuant à la tâche le double de d'habitude pour espérer ne pas se faire virer de l'équipe et être remplacé par le nouveau qui, oui, ok, était dix fois plus talentueux que lui. Mais ce n'était pas juste ! Il avait beau se donner à fond, il restait le vilain petit canard de l'équipe. Personne ne semblait voir son envie d'en découdre, on n'avait que des reproches à lui faire. Il savait que c'était de sa faute, qu'il ne parvenait pas à maîtriser sa colère... Il s'effrayait lui-même et au fond de lui, il priait pour que quelqu'un l'arrête. Mais personne ne le faisait, et son agressivité ne faisait que croître de jour en jour. En tout cas, ce soir-là, il était tombé sur Yoko en sortant du gymnase après tous les autres, perclus de fatigue et d'humeur maussade, un peu comme ce soir. Quand il avait aperçu Yoko, il s'était aussitôt dit que ça devait être la mère de Ryota, puisque ce dernier lui ressemblait comme deux gouttes d'eau. C'était une très belle femme. Son sourire chaleureux lui fendilla le cœur et il ne put s'empêcher de le lui rendre. Puis, il bredouilla quelque chose comme quoi Ryota était déjà parti.

« Tu dois être Shogo-kun... dit-elle sans cesser de sourire.

— C'est moi...

— Bon, on dirait que j'arrive trop tard. Enfin, pour Ryota. Mais toi, je peux peut-être te ramener ? »

Il hésita, regardant le bout de ses chaussures dans une attitude peu naturelle pour lui qui avait l'habitude de défier tout ce qui l'entourait, jusqu'au misérable caillou qui oserait se mettre en travers de son chemin. Mais là... il n'en avait simplement pas l'envie. Juste la présence de cette femme avait quelque chose de rassurant.

Alors, il l'avait suivie dans sa voiture et s'était laissé ramener chez lui. Avant qu'il n'ouvre la portière, elle avait posé une main sur son bras pour le retenir.

« Tu devrais passer à la maison demain. J'ai fait de la tarte aux pommes. Et Ryota ne mange jamais tout ! »

Il se souvenait avoir rougi, confus...

Il se remit à bredouiller :

« Votre fils... ne m'aime pas beaucoup.

— Et c'est réciproque, pas vrai ? »

Il se figea, mais elle lui adressa un clin d'œil.

« Vous devriez trouver un terrain d'entente. Je l'ai dit à Ryota aussi. Et la tarte aux pommes, du moins la recette de mon grand-père, ça réconcilie tout le monde, crois-moi ! »

Il n'était pas dupe, il savait que la tarte aux pommes n'avait rien à voir avec cette histoire. Elle lui ouvrait seulement la porte, lui laissant la possibilité d'entrer, ou bien de faire demi-tour. Un choix qui s'était rarement présenté à lui, et malgré son jeune âge, il l'avait très bien compris.

Mais il n'avait pas répondu à l'invitation. Toute la journée, il s'était senti coupable. Mais il ne pouvait pas. Il n'avait pas la force en lui pour faire face, admettre ses torts. Il préférait continuer à croire qu'il était cet incompris, manipulé par des forces extérieures indépendantes de sa volonté. Il voulait croire que Kise était la cause de ses problèmes. Il ne savait pas comment faire autrement. Tout son horizon était noirci, sans perspectives d'avenir. Trop jeune, trop pauvre, trop con. Et jamais il ne savait comment s'arrêter, comment rationaliser. Tout ne faisait qu'augmenter son mal-être, son incompréhension profonde, son impossibilité à exister. Et il savait très bien qu'il en faisait toujours trop, mais il était incapable de s'arrêter. Et cassait tout sur son passage. Il s'en était fait une philosophie, jusqu'à ce qu'il prenne du plomb dans l'aile. À ce moment-là, il n'avait eu que deux choix : continuer à incarner le martyre, ou réfléchir à son propre parcours et devenir quelqu'un d'autre. Il avait fait un peu des deux.

Aujourd'hui, il a l'impression d'être plus perdu que jamais, mais avec une volonté, une ténacité, qui n'existait pas auparavant. Il doit encore apprivoiser cette part d'inconnu, comme une bourrasque qui souffle sur ses certitudes chaque fois qu'elles se rallument, à la manière de ces foutues bougies dites 'magiques' sur les gâteaux d'anniversaire. Et aujourd'hui il sait que si Yoko l'invitait à manger une tarte aux pommes, il viendrait. Pas juste parce qu'il est amoureux de Kise, mais parce que son cœur s'ouvre, qu'il le veuille ou non. Il n'est pas plus 'sensible', mais plus réceptif. Plus empathique, peut-être. Il a cessé de croire qu'il était le centre du monde, et que ses maux n'étaient pas explicables par une mauvaise volonté d'autrui mais aussi par sa réticence fondamentale à apprécier les gens qui l'entourent... et, évidemment... à s'apprécier lui-même.

Il soupire et jette sa manette de côté, s'exaspérant lui-même. C'était précisément le genre de réflexion qu'il voulait s'épargner ce soir. Et pourtant, son esprit tourne en boucle sans aucun souci pour son bien-être. Et quand il est seul avec de noires ruminations, il lui semble que tout à coup les murs s'élèvent façon Pink Floyd dans The Wall, des murailles qui ne l'isolent pas tant du monde extérieur qu'elles ne l'emprisonnent dans son propre esprit, où hurlent démons et sirènes. Tentations et impasses. Un cercle vicieux, asphyxiant, fatiguant, fatal.

Il se secoue. Ça suffit les conneries. Toute sa vie ne va pas basculer d'ici la prochaine minute, donc...

Respire, Shogo. Une chose après l'autre. Ton bouquet aura plu, pas plu, ça ne signera pas ton arrêt de mort.

Merci bien, Tetsuya. Mais qu'est-ce que tu fous là, au fait ?

Moi ? Rien. Je fais que passer.

Ouais, c'est ça. C'est pas anodin d'entendre quelqu'un parler dans son esprit, tu sais ?!

C'est toi qui le dis. Après tout, c'est toi qui m'entends.

Je suis certain qu'on t'a déjà dit que t'étais insupportable.

En effet.

Tu veux bien te barrer, maintenant ?

Je ne sais pas. Tu es tout seul. Et ça l'air de te rendre triste.

Je suis pas triste, je me fais chier !

...

Là-dessus, Haizaki se descend une autre bière entre rage, frustration et oui, il faut bien l'admettre, tristesse. Ce soir, il y a un trou béant dans sa poitrine, et rien n'y rentre à part de l'air. Il se sent juste bon à rien. Alors il finit consciencieusement sa bouteille, et il en assez de tourner en rond, alors il éteint tout ce qui est à portée de main dans le salon et rejoint son lit pour s'y rouler en boule. Il laisse la veilleuse sur la table de nuit, un petit phare dans la nuit pour guider son sommeil dont il sait déjà qu'il sera troublé. Il a l'habitude de ces nuits en pointillés, ou sa conscience cherche désespérément à sombrer alors que son corps la ramène sans cesse à la surface. Mais qu'est-ce qu'une mauvaise nuit de plus ? Demain, tout pourrait être différent. Il faudra qu'il puise en lui le courage de s'exposer. Et tandis qu'il s'endort, ses pensées reviennent à Yoko.

« Shogo-kun ! J'ai fait des cookies. Tu en veux un ? Il y en a assez pour tout le monde. »

Cette fois-là aussi, il avait ignoré l'invitation. Juste tourné les talons.

« Haizaki ? Montre-moi comment t'as passé Akacchi ! Pleeaasse ! »

Ryota, cette fois. Et là aussi, il avait tourné les talons.

Et les souvenirs continuent à s'entremêler en une vaste toile de regrets et de remords tandis qu'il cherche vainement le sommeil.

Alors qu'est-ce que tu vas faire, Haizaki-kun ? Cette fois... Je ne serai pas là quand tu décideras de mettre ton passé à la poubelle. Alors il va falloir que tu te décides tout seul.