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Chapitre 2 : réunion des anciens
S'il avait pris un cognard en pleine tête, cela aurait été pareil, probablement. En tout cas, cela aurait été mieux, car il aurait ainsi pu profiter du traumatisme crânien occasionné pour avoir une excuse pour ne pas avoir à répondre à la question d'Hermione. Néanmoins, vu le bout de femme déterminée face à lui, il soupira. S'énerver ou se braquer n'aurait servi à rien, il le savait, elle pouvait être pire qu'Albus et Minerva réunis :
- Bien, asseyons-nous. Même la version courte de l'histoire risque de prendre du temps, se résigna-t-il avant d'ajouter, et de m'épuiser par la même occasion.
S'installant sur le bord du lit, il regarda la lionne faire de même avec perplexité et inquiétude mélangés. Il ne savait pas vraiment par quoi commencer, ni quoi dévoiler exactement. Ne valait-il pas mieux pour sa sécurité qu'elle ne sache pas tout ? À moins, pensa-t-il finalement, que ce ne puisse être l'inverse qui serait préférable pour la protéger. Severus regarda sa main droite. Les cicatrices laissées par le maléfice de Lestrange, toujours aussi boursouflées, le ramenèrent bien des années auparavant :
- Je n'avais que 16 ans à l'époque, et jusqu'à mes 21 ans, même probablement plus longtemps que ça, j'ai commis énormément d'erreurs. La première était d'avoir insulté la seule amie qui comptait réellement à mes yeux. Ma seule amie tout court d'ailleurs, corrigea-t-il.
- Lily… marmonna Hermione à ses côtés.
- Oui, et après ce fameux jour, elle a pris ses distances. Elle n'arrivait pas à me pardonner.
- C'était un peu excessif comme réaction ! Ce n'était qu'une insulte.
- Il est vrai que faire exploser une porte par agacement est beaucoup plus raisonnable ! se moqua Severus en lançant un regard narquois vers la lionne. Enfin, là n'est pas la question, je ne lui en veux plus depuis longtemps pour avoir agi de la sorte, chacun réagit différemment aux paroles blessantes. J'ai moi-même très mal réagit à son refus de m'excuser…
Reportant son regard sur sa main, il eut un sourire triste :
- J'ai décidé de lui mentir et je me suis retrouvé dans une situation complexe. Lorsque le Poudlard-express est arrivé à Londres, j'ai erré dans les rues pendant plusieurs heures, tout en broyant du noir. J'avais l'impression désagréable que ma vie n'avait servie à rien et que continuer de vivre était vint. J'ai alors frappé contre un mur à plusieurs reprises. J'ai frappé, frappé et frappé encore, jusqu'à démolir ma main bien plus que le crépi lui-même. À ce moment-là, cela n'avait pour moi aucune importance. Ma main était en charpie mais elle ne représentait plus rien… jusqu'à ce que quelqu'un me tende la sienne.
Fermant son poing avec détermination, il revit sans mal la main tatouée et tendue de cette inconnue.
- J'ai accepté l'aide de… de cette femme ! Elle s'appelait Mme Line, enfin, c'est comme ça que tout le monde l'appelait en tout cas. Elle m'a soigné sans même utiliser de baguette et a réussi à tout savoir de moi d'un simple regard. Oh, je savais bien qu'il s'agissait simplement de légilimancie mais je n'avais jamais vu quelqu'un employer de la magie sans baguette avec une telle facilité. Elle était, en somme, fascinante.
Hermione était attentive et bien silencieuse pour une fois. Severus aurait bien souri à cette constatation mais il n'en avait pas vraiment le courage. Il savait qu'il devait continuer son récit s'il ne voulait pas se dégonfler et redevenir mutique sur le sujet.
- Après m'avoir soigné, elle m'a amené avec elle dans l'établissement qu'elle tenait. Je présume que tu sais duquel je parle, dit-il avec une certaine ironie. Là, elle m'a offert une seconde chance dans la vie… elle me permettait de repartir de zéro. Je ne connais pas les détails, mais en deux lettres, seulement deux petites lettres, elle m'avait rendu la liberté. Pour la police moldu j'étais mort et pour le ministère sorcier, j'étais chez mes parents.
- Mais, Lily t'a bien revu à l'école et elle vivait à côté de chez tes parents non ? Et puis, si tu as pu passer le permis de conduire moldu, c'est bien que tu as encore une identité civile officielle et que tu n'es pas mort.
- Disons que j'ai commis une erreur supplémentaire avec Lily pour pouvoir rester dans l'ombre, piétinant ainsi un peu plus mon amitié avec elle. Quant à mon statut d'être vivant, c'est une fois de plus Line et ses contacts qui ont fait des merveilles, moi, je ne gérais absolument pas ce genre de chose. D'autant plus que je n'avais que 18 ans au moment où j'ai refait mes papiers moldus, j'avais d'autre chose en tête.
Severus se souvint de ce jour-là. Il avait souhaité ravoir une identité moldue officielle après être tombé par hasard sur sa propre pierre tombale. Ses géniteurs l'avaient bel et bien enterré, sans corps mais avec l'une de ces plaques commémoratives sans importance, dans le petit cimetière du quartier. Il ne se rappelait plus pourquoi il y était allé, ni comment il avait fait pour la voir, mais son sang n'avait fait qu'un tour et il avait ressenti un besoin urgent de « renaître ». Missy l'avait bien compris et une fois de plus, sans poser de question, elle avait écrit l'une de ses lettres si convaincantes.
Se sentant légèrement fatigué à force de devoir se souvenir, il soupira :
- Enfin bref, quoi qu'il en soit, elle m'a donné tout ce que je pensais vouloir. J'ai alors, pendant un moment, travaillé à l'opale noire. Officiellement j'étais barman, et avant que tu ne le demande, oui, j'ai vraiment travaillé en tant que tel. En tout cas, quand elle n'avait pas besoin de moi pour d'autre choses.
- Et quels genres de choses ? demanda la lionne à voix basse.
- La fabrication de potions de soins en tout genre pour elle et ses employés, et aussi, tu t'en doute sûrement, d'autres produits moins légaux. Mais elle avait aussi besoin de moi dans d'autre genre de tâches. Si cela peut te rassurer, je n'ai jamais tué personne, ajouta-t-il précipitamment. Non, ma spécialité c'était plutôt… la discrétion dirons-nous. Du coup quand elle avait besoin d'informations ou autre, elle faisait appel à moi. C'est probablement pour ça qu'elle voulait que j'entre chez les mangemorts d'ailleurs, car j'ai ainsi pu lui fournir bons nombres de renseignements utiles. Bien sûr, Missy ne me l'a jamais dit comme ça, elle m'avait plutôt expliqué à quel point cela serait bénéfique pour moi de devenir mangemort, pour améliorer mes capacités.
- Missy… répéta Hermione, pensive.
- Oui, c'était son prénom. Enfin, celui qu'elle se donnait en tout cas. Probablement un rapport avec le 'manque' de quelque chose. Celui qu'elle devait ressentir dans son cœur peut-être, si tant est qu'elle en ait eu un, dit-il avec sarcasme.
Il observa alors la jeune femme qui semblait bien loin. Puis elle tourna finalement la tête vers Severus et lui prit la main :
- Severus, est-ce que tu… commença-t-elle, visiblement gênée.
- Que je quoi ? l'invita-t-il à continuer.
- Est-ce que tu l'…
Des pas de courses se firent entendre dans le couloir, coupant la lionne dans son élan. Elle retira sa main, juste à temps avant que Cléo n'apparaisse à la porte :
- Severus tu es là ! Hermione ? fit alors la française avec un regard suspicieux en la voyant assise à côté de son frère.
- Il semblerait bien que je sois là, en effet. A moins que tu n'ais une hallucination collective avec Granger.
- Très drôle… souffla-t-elle en reportant son attention sur Severus. Tu ne devais pas arriver demain ?
- Ma salle de classe ayant explosée ce matin, j'ai eu mon après-midi de libre. J'ai donc décidé de prendre mes vacances plus tôt, m'évitant ainsi de devoir supporter les chants de Noël de Minerva et de Filius !
Finalement, la conversation dérangeante dévia totalement sur Poudlard et les fêtes de Noël grâce à Cléo. Ce n'était pas plus mal dans le fond, mais il savait qu'il allait devoir reprendre les explications tôt ou tard. Le plus tard serait le mieux maintenant qu'il avait totalement perdu l'envie de parler de son passé.
Quand l'heure du repas fut venue, Potter et Weasley furent dès plus surpris et leur air d'ahuri fit grandement plaisir à leur ancien professeur. Néanmoins, tout se passa dans la bonne humeur et Severus réussit même à se montrer courtois avec Black. Tout du moins plus que d'habitude, ce qui signifiait tout simplement qu'il ne lui avait adresser la parole que pour des raisons techniques comme pour avoir le sel ou l'eau. Il y ajouta même les formes de politesses d'usages, juste pour le plaisir de voir la tête circonspecte que faisait le propriétaire des lieux dans ces moments-là.
Une fois le repas et les conversations terminés, Severus salua tout le monde et s'en retourna à sa chambre. Il savait que la jeune femme le rejoindrait rapidement mais qu'il avait un peu de temps devant lui. Ainsi s'installa-t-il tranquillement à son bureau pour écrire à Christian concernant la petite fête à laquelle il comptait se rendre avec ce dernier.
Une bonne trentaine de minute plus tard, il entendit la porte de sa chambre s'ouvrir. Il s'apprêtait à la houspiller quant au temps qu'elle avait mis pour venir le rejoindre, mais il resta à la place la bouche entrouverte sans savoir quoi dire.
Elle avait coiffé ses cheveux en mi queue de cheval qui lui dégageait le visage tout en laissant une cascade de mèches châtains tomber sur ses épaules. Elle avait mis une touche légère de maquillage, ses cils étaient ainsi plus longs que jamais et ses lèvres plus brillantes et pulpeuses. Et que dire de sa tenue ? Une nuisette en dentelle de couleur argenté qui ne laissait pas grande place à l'imagination. C'était un spectacle terriblement divin :
- Tu devrais fermer la bouche… on dirait un strangulot hors de l'eau… essaya d'ironiser la lionne qui semblait prête à s'enfuir. Un ravissant strangulot…
- Hermione tu es... à couper le souffle !
Se levant, Severus ne sut pas vraiment ce qu'il devait faire. Il aurait aimé lui sauter dessus mais ce n'était pourtant pas ce qu'il avait prévu à la base. Non, il s'était juré de ne pas se montrer trop entreprenant pour ne pas l'effrayer, même si ce n'était pas l'envie qui leur en manquait à tous le deux. Enfin, il s'était relativement bien amusé plus tôt dans la journée en évitant au maximum de répondre aux attentes de sa lionne.
Finalement, la sang et or et son courage légendaire s'approchèrent de lui, avec une lenteur extrêmement bien calculée :
- Ça te plaît ? demanda-t-elle doucement tout en posant ses mains sur le torse du sorcier.
- Bien plus que ce que la décence n'autorise ! avoua-t-il sans problèmes.
Hermione sourit alors, de l'un de ses sourires charmeurs et francs qui lui illuminaient le visage quand elle était fière d'elle. Qu'est-ce qu'il aimait la voir ainsi ! Il la rapprocha un peu plus de lui en la tirant contre lui et se pencha pour murmurer à son oreille :
- Serais-tu en avance sur mon cadeau de Noël ?
- J'ai bien peur de n'être plutôt en avance sur le mien… répondit-elle en glissant une main curieuse vers le bas.
C'était plaisant, bien entendu, mais c'était surtout une caresse emplie de promesse. Pour être parfaitement honnête envers lui-même, il trouvait cela plus excitant que jamais. Elle s'était faite sexy en diable pour lui et uniquement pour lui, pourtant, la déesse face à lui piqua un fard :
- Je sais que je ne suis pas mannequin mais je me suis dit que… que tu aimerais sûrement plus cette tenue que la culotte Disney.
Severus ne put que sourire amusée, se retenant de peu de rire face à cette remarque. Il embrassa Hermione et lui assura avec franchise :
- Crois bien que j'aime te voir ainsi, c'est encore plus doux qu'un rêve et tu vaux cent fois mieux que les modèles des magazines. Mais, j'aime aussi te voir avec des sous-vêtements aristochats. Quoi que, je suis quasiment certain que je préfère encore te voir sans rien !
La jeune femme sourit joyeusement et rapidement, Severus décida de vérifier si la tenue d'Eve était réellement celle qu'il préférait la voir porter. Il en fut bien vite convaincu et c'en fut délectable.
Bientôt, plus rien n'exista autour d'eux et seuls leurs corps étaient encore dignes d'intérêts l'un pour l'autre. Ils entamèrent alors une danse sensuelle, un véritable ballet passionné qui les laissèrent sans voix.
Fatigués mais souriants après leurs représentations fortes personnelles, le sorcier sera son amante dans ses bras :
- Puis-je commander la même chose pour Noël ? plaisanta-t-il doucement.
- J'ai bien peur que cela ne soit pas possible. C'est un peu tard pour établir une liste de souhait Monsieur Rogue.
- Ne m'appelle pas comme ça, grogna-t-il à l'entente de ce titre.
- Tu ne te gêne pas pour m'appeler encore Granger de temps en temps !
- Ce n'est pas pareil. Je préfère que tu m'appelles Severus, c'est comme ça, plaida-t-il le plus sereinement possible. Ou maître à la limite, si tu veux. La seconde solution me conviendrait à merveille.
- Ça va tes chevilles ? ria la lionne.
- Elles ont tendance à enfler mais elles vont très bien sinon.
Il sourit et lui caressa les cheveux :
- Severus, minauda-t-elle en insistant bien sur le prénom de son compagnon, est-ce que tu me trouves jolie ?
- Si je te trouve jolie ? répéta-t-il en haussant un sourcil. Tu es bien plus que ça ! Ne te l'ai-je pas prouvé trois fois de suite.
- Non mais, sérieusement…
- Mais je suis sérieux ! s'indigna-t-il en se redressant sur son coude pour regarder Hermione dans les yeux. Pourquoi tu demandes ça ?
- Eh bien, hésita-t-elle, tu as été pendant longtemps dans un bar où il y avait des danseuses qui hottaient leurs vêtements, et je suppose qu'elles étaient toutes très…
- Attends, la coupa-t-il. Je rêve ou tu es jalouse ?
- Pas du tout ! se défendit-elle vivement. Je me demande juste si je suis jolie, c'est tout.
- Hermione, tu es la plus belle, la plus merveilleuse et la plus fantastique des femmes. Et tu peux me croire quand je te le dis. Je ne suis pas avide de compliments, donc quand j'en fait, c'est que je les pense.
- Je sais à qui j'ai affaire, accorda-t-elle alors en se tournant pour être face à lui.
Elle regardait maintenant le torse nu qui se dressait devant son visage tout en passant un doigt distrait dessus. Elle semblait avoir compris qu'il était sérieux quand il lui disait ces mots qu'il pensait ne jamais dire à qui que ce soit. Néanmoins, l'air un peu ailleurs, elle ajouta :
- Et est-ce que tu me trouve fascinante ?
Severus lui attrapa le menton et lui releva la tête pour la regarder de nouveau dans les yeux. Il se demandait tout bonnement ce qu'elle pouvait bien chercher. Il la trouvait très étrange, voir inquiétante :
- Eh bien, je suppose que oui. C'est un adjectif qui te va très bien aussi, mais pourquoi me demandes-tu cela au juste ?
- Pour savoir, c'est tout.
Elle plaça doucement sa main sur la joue de son homme et l'embrassa d'une façon curieuse, presque avec tristesse. Voulant s'assurer qu'elle allait bien, il se fit néanmoins devancer par une énième interrogation :
- Est-ce que c'est à l'opale noire que tu vas aller avec Christian pour les fêtes ?
- Oui, répondit-il simplement et sans chercher à nier.
Le regard toujours plongé dans les iris ambrées d'Hermione, il lut sans mal la peur qui les traversa. Pensant qu'elle s'inquiétait d'un danger potentiel, qui existait d'ailleurs probablement, il reprit avec la ferme intention d'être réconfortant :
- J'ai simplement des questions à poser à certaines personnes, cela ne prendra pas longtemps et puis, Christian sera là.
- Missy aussi y sera ?
D'un coup, Severus comprit ce qu'il se passait réellement. La lionne était véritablement jalouse, tout simplement. Il aurait peut-être dû simplement se sentir flatté, mais il eut à la place un léger pincement au cœur :
- Missy est morte depuis plusieurs années maintenant Hermione et je ne compte pas la revoir avant un moment. Je ne suis pas pressé de la rejoindre en enfer.
Après un léger silence, la jeune femme posa son front contre le torse de son amant :
- Je suis désolée.
- Tu t'excuses de quoi au juste ? De me poser des milliers de questions comme quand tu étais élève ? Ou du fait qu'une femme que tu ne connaissais pas soit décédée ?
Eludant la question par une autre, Hermione demanda :
- Qu'elle âge avait-elle ?
- Hum, j'en déduis que tu ne demandes pas pardon pour les questions incessantes… ironisa le sorcier. Elle avait 48 ans quand elle est morte.
- Elle était jeune… que lui ait-il arrivé ?
- Elle a chuté dans les escaliers, tout simplement. C'est Rubis, une danseuse, qui l'a retrouvée au bas des marches. Je n'en sais pas beaucoup plus car je ne suis pas allé à l'enterrement et je n'ai rien demandé pour dire la vérité. Début 94, j'avais déjà bien trop à faire avec l'affaire du « prisonnier d'Azkaban » qui s'était enfui ! ajouta-t-il avec dédain en repensant à la fuite de Black. Je n'avais pas le temps de me poser des questions sur une morte.
Ce n'était pas un mensonge en soit, il y avait eu bien trop d'évènements marquants en 1994 et les années suivantes n'avaient pas été en restes. Avec le recul en revanche, il dut avouer que cela avait été un mal pour un bien. Il n'avait pas eu le temps de se morfondre ou de s'inquiéter de quoi que ce fut grâce à cela. Sur cette constatation, il soupira de lassitude :
- Tu as terminé ton interrogatoire maintenant ?
- J'ai une dernière question… hésita un instant Hermione avant de continuer d'une voix douce. Tu es triste qu'elle soit morte ?
Pourquoi fallait-il qu'elle soit si curieuse ? Sans compter que ses questions étaient toutes plus difficiles à entendre que ce que Severus n'aurait jamais pu croire. Pourtant, faisant encore une fois appelle à tout son self-contrôle, il répondit machinalement :
- Je ne sais pas vraiment ! Peut-être un peu oui… Mais, je l'avais trahie en choisissant de m'allier à Albus, alors je pense que 'triste' n'est pas le mot adéquat. A-t-on le droit de l'être alors qu'on n'a pas été honnête avec quelqu'un ? Je crois que je suis plutôt… déconcerté.
- Tu te sens coupable.
Ce n'était pas une question mais bien une affirmation. Et Hermione avait raison au fond, ce qui expliquait sûrement pourquoi il ne se sentait pas légitime d'être triste :
- De toute façon, je n'aurais pas fait autrement même si on m'en avait laissé le choix ! finit-il pas dire avec conviction. Le passé, c'est le passé, les choses qui ont été faites sont faites et on ne peut pas revenir dessus. Néanmoins, j'avoue être aujourd'hui assez inquiet en entendant de nouveau parler de cet établissement. Je ne regrette pas mes actes, mais je pense que quelqu'un cherche à se venger… à la venger.
- Mais pourquoi serait-ce le cas ? Pourquoi aujourd'hui alors que cela s'est passé il y a des années de ça ?
- La guerre est finie et ma trahison ne fais plus aucun doute, je suppose que c'est là une explication probable. Lestrange n'est donc pas la seule à vouloir que je paie une trahison. Même si je doute clairement qu'elle ait eu des liens avec Line et que ce soit mon mensonge en son égard qu'elle veille punir, Bellatrix m'en veux sûrement d'avoir permis la mort de son maître avec le piège que nous avons tendu.
Voyant que sa lionne suivait bien son cheminement de pensées, il continua ses explications :
- Le problème, c'est qu'elle ne pouvait pas m'atteindre sans aide. Elle est recherchée par tous les Aurors du Royaume-Unis et je suis le plus clair de mon temps enfermé à Poudlard ou dans des lieux protégés. Je suppose donc qu'elle a cherché de l'aide et que la personne qui lui en a fourni à des griefs contre moi. En revanche, vu le peu de moyens mis en place pour cette première tentative, son « sponsor » cherchait apparemment à me faire passer un message plus qu'à me tuer.
- Quel message au juste ? répéta Hermione en relevant la tête, visiblement perdue cette-fois.
- Je ne saurais le dire avec exactitude. Peut-être un truc du genre « l'opale noire se vengera ». En tout cas, cela expliquerait pourquoi ce sont des cracmols qui ont été envoyés, dont au moins un qui travaillait là-bas, et même peut-être les trois d'ailleurs. C'est pour bien me faire comprendre que ça à un lien avec cet établissement !
- Mais c'est quoi le rapport avec les cracmols au juste ?
- La quasi-totalité des employés là-bas sont des cracmols, enfin, ils l'étaient à l'époque en tout cas, je ne sais pas aujourd'hui. Missy était très protectrice envers eux et elle faisait tout pour que nous soyons une sorte de… famille ! Enfin, plutôt un clan, cela aurait été un peu incestueux sinon… enfin, là n'est pas la question…
Repensant à certaine chose qu'il avait vu, Severus aurait presque pu rougir s'il n'en avait pas vu des pires. Reprenant le fils conducteur de sa réflexion, il reprit :
- Quoi qu'il en soit, voilà pourquoi je suppose que le choix d'envoyer des cracmols n'était pas anodin. On voulait me faire peur en s'en prenant à toi, mais c'était évident que je me rendrais compte que quelque chose clochait ! Et ce n'est clairement pas des personnes sans pouvoirs magiques qui allaient réussir à te vaincre, dit-il en regardant sa combattante avec une certaine fierté qu'il assumait pleinement.
- Mais… je n'étais rien pour toi à ce moment-là !
- Je t'ai sauvé la vie face à Lestrange lors de la bataille finale et lors de la migration des Trows Hermione. Ils en ont sûrement conclu que je tenais à toi avant même que je ne m'en rende compte moi-même ! Tu sais, je suis certain que Lestrange était vers la falaise pour m'attaquer moi à la base. La seule fois où j'y suis allé avant cette année, je m'étais posté à cet endroit avec Lily… et je sais que cette psychopathe était au courant de beaucoup de chose sur mon adolescence.
La jeune femme semblait boire ses paroles tout en conservant dans un coin de son palais mentale tout le cheminement qui la ramenait aux risques qu'elle avait encouru et encourait encore :
- Néanmoins, d'après Christian, je réfléchis un peu trop et je me fais des idées. Pour lui, Lestrange n'a juste pas trouvé mieux pour me tuer que quelques cracmols sans foi ni lois. C'est peut-être vrai, peut-être qu'il n'y a aucun rapport avec l'opale noire, mais pour m'en assurer, nous irons lui et moi à la soirée annuelle que l'établissement organise ! Après tout, j'ai rencontré ce guérisseur à la noix là-bas, alors il sera bien placé pour m'aider à enquêter sur place. Voilà, tu sais tout… à moins que tu n'ais encore des questions, ne put-il s'empêcher de rajouter avec sarcasme.
Hermione ne répondit pas. Elle se contenta de serrer son homme dans ses bras et d'inspirer profondément tout en fermant les yeux. Elle avait sûrement toutes les réponses à ses interrogations… du moins jusqu'à ce qu'elle en ait de nouvelles. Mais peu importait finalement, car Severus se rendit compte d'une chose improbable : il avait été honnête et s'était ouvert à elle comme il ne le faisait qu'avec Albus ou Christian habituellement. Cette satané miss-je-sais-tout devait vraiment être importante pour lui mais il n'en eut pas peur, non, parce que c'était agréable de pouvoir déposer les armes avec quelqu'un qui osait en faire de même avec lui.
Les jours passèrent et la soirée qu'il redoutait tant au fond de lui arriva. Pendant qu'il préparait sa tenue en attendant Christian, le square était en ébullition. En effet, les habitants permanant du lieu préparaient, de leurs côtés, l'arrivée de plusieurs invités de marques. Ginevra Weasley était déjà présente depuis l'avant-veille mais les Weasley seniors devaient arriver le lendemain, ainsi que les lupins, et ce pour plusieurs jours.
Ce qui fut néanmoins le plus surprenant, c'était le fait qu'une autre personne était attendue pour cette période de fête de Noël. Hermione et Cléo avaient en effet proposé à ce que les Rivoyre se joignent à eux pour l'évènement, ce que Sirius avait accepté aussi vite que les deux concernés. Ainsi, Christian n'allait pas arriver seul pour chercher Severus pour la soirée de l'Opale noire et Alice allait être bien entourée pendant ce temps.
Hermione s'attelait dans la pièce à côté. Elle préparait la troisième et dernière chambre de l'étage pour accueillir Christian dans un endroit agréable après une nuit d'enquête qui s'annonçait déjà fatigante. Severus l'entendait chantonner en travaillant, ce qu'elle faisait de plus en plus souvent d'ailleurs.
Bien qu'il trouvait cela très agréable la plupart du temps, il devait avouer que ses choix musicaux depuis deux jours étaient infernaux, et pour cause ! Cléo qui n'avait toujours pas profité de son cadeau d'anniversaire avait demandé à Hermione si elle acceptait de l'accompagner à Disneyland en début d'année. Après avoir presque hurlé un oui tonitruant, elle s'était mise à chanter en boucle les musiques des films et du parc à thème lui-même, dont la pire de toute : it's a small world !
Cette chanson du diable qui entrait avec une facilité déconcertante dans la tête des gens qui l'entendaient n'en sortait ensuite plus pendant de longues heures… même pour le terrible maître des potions. Hermione le savait pour l'avoir entendu, la veille, fredonner lui-même l'air de cette mélodie diabolique pendant qu'il lisait. Dès lors, elle n'avait eu de cesse de la lui mettre en tête, trouvant cela extrêmement drôle. Il allait vraiment devoir trouver un moyen de se venger.
Pour l'heure, Hermione chantonnait une musique forte appropriée pendant son travail en rythme. Faisant fi de la blanche neige en herbe d'à côté, Severus cherchait désespérément son manteau moldu. Il en avait acheté un identique à celui qui était parti en fumé, en même temps que sa jambe, mais ne le trouvait plus dans ses affaires. Il soupira et s'apprêta à appeler Hermione pour lui demander si elle ne l'avait pas vu, quand il se figea par effroi. Dans la chambre d'à côté, le chant venait de laisser place à un hurlement horrible. Attrapant sa baguette sans attendre, il se précipita vers Hermione pour lui venir en aide, quel que soit le danger. Ce qu'il trouva alors lui donna froid dans le dos.
La jeune femme était recroquevillée au pied du lit, face à un corps ensanglanté qui était vraisemblablement tombé du placard devant elle. Bien vite, il comprit que le cadavre gisant au sol était le sien… enfin, plutôt celui d'un épouvantard qui avait pris son apparence, décédé, pour effrayer la lionne. Elle pleurait à chaude larme et Severus se précipita pour la prendre dans ses bras, se mettant à genoux à côté d'elle :
- Hermione calme toi, je suis là, je suis en vie, je vais bien… regarde-moi !
- Tu… tu…
- Je suis vivant, regarde, je vais bien et je suis à côté de toi.
La jeune femme mit quelques secondes de plus pour se calmer. Les autres habitants de la maison arrivaient quant à eux en courant à en croire les bruits de pas précipités que Severus entendait. Ils n'avaient pas pu transplaner, ne sachant pas avec exactitude où ils auraient dû atterrir. Hélas, ils allaient tout de même arriver bien trop vite au goût de Severus qui n'avait pas encore géré son « cadavre ». Il n'avait pas du tout envie d'avoir à expliquer pourquoi la plus grande peur de la lionne était de le voir mort…
Quand il se tourna alors pour 'ridiculiser' en vitesse l'épouvantard et ainsi faire disparaître le mort avant que tout le monde ne le voit, il déchanta. Le corps ensanglanté avait laissé sa place à un corps bien vivant... visiblement celui d'un jeune homme, vêtu de noir et encapuchonné. Sa tenue ne laissait pas apparaître son visage, caché dans une pénombre impénétrable sous la capuche de sa veste. L'individu était statique, la tête baissée, tenant un couteau dans la main. Ce dernier se mit alors à murmurer :
- Tuer… le tuer… tuer… le tuer…
Severus sentit son cœur s'accélérer, au même moment où les bruits de pas atteignaient le pas de la porte de la chambre. Malgré tout, il ne tourna pas la tête vers eux…
En se mettant vers la jeune femme pour la rassurer, il s'était visiblement mis un peu trop en avant, donnant à l'épouvantable créature l'occasion de changer de victime. C'était lui, c'était sa peur… et le sombre sorcier n'arriva pas à détourner le regard de cette silhouette figée qui parla légèrement plus fort :
- Le tuer… tuer… Rogue…
Puis sans prévenir, l'épouvantard se mit à rire de façon hystérique et à courir vers Severus qui, se ressaisissant enfin, pointa sa baguette vers lui. Pourtant il n'eut pas le temps de prononcer la moindre formule qu'une voix familière hurla à sa place :
- RIDICULUS !
Le psychopathe avait laissé place, en une fraction de seconde, à une étrange petite poupée qui ressemblait beaucoup au sombre sorcier lui-même. Cette dernière dansait tel un automate, tout en chantonnant la mélodie de 'small world'…
Il entendit plusieurs personnes demander ce qu'il se passait mais Severus tourna la tête vers Hermione qui avait sa baguette en main. Elle semblait maintenant bien plus gênée que triste ou apeurée. Peut-être aurait-il dû lui en vouloir pour cet affront, mais reportant son attention sur la créature ridiculisée, il se mit à rire. Un vrai rire, grave et rauque, qu'il n'arriva pas à retenir. L'un de ceux qu'il n'avait pas eu depuis une éternité, probablement depuis son enfance. C'était comme si un poids terrible venait de quitter ses épaules. Il avait voulu l'aider mais ce fut elle qui avait sauvé la situation, de la façon la plus improbable qui soit.
Face à l'amusement du sorcier encore agenouillé au sol, l'épouventard se trouva coi, probablement autant que toutes les personnes présentes. Après quelques secondes, la créature finit par disparaître, le rire étant la seule arme efficace contre ces abominations. Après un instant supplémentaire, il entendit la voix du cadet des Weasley qui s'inquiétait :
- Ça y est, il a sombré dans la folie…
- Hermione, qu'est ce qui s'est passé au juste ? demanda finalement Harry qui fut le premier à oser approcher.
- J'étais en train de préparer la chambre et en ouvrant l'armoire, je suis tombée face à un épouventard… j'ai paniqué et hurlé et Severus est arrivé le premier vu qu'il était à côté. Puis l'épouventard l'a ensuite pris lui pour cible et… vous êtes arrivés.
- Tonton… c'était quoi cette ombre ?
Il avait cessé de rire quand Potter s'était avancé. Il était maintenant assis nonchalamment par terre, le dos appuyé contre le lit derrière lui, espérant que son mal de ventre post-rire passe rapidement. Néanmoins, en entendant la question, il tourna la tête vers Alice qui avait l'air sous le choc. Christian et elle avait dû arriver pendant l'incident, et le guérisseur, silencieux, regardait son ami avec un air songeur. Reprenant son sérieux à cette vue, Severus toussota et dit :
- Tu te souviens quand je t'ai dit que je ne regarderai jamais de film d'horreur avec toi ? demanda-t-il à sa filleule. Eh bien tu sais maintenant pourquoi.
Ce n'était pas entièrement faux, mais ce n'était pas entièrement vrai non plus. A vrai dire, il n'avait aucune fichtre idée de ce qu'était cette ombre effrayante qui l'avait rendu si mal à l'aise. La seule fois où il avait été face à un épouvantard, c'était pendant ses études, et il avait vu la tombe de Lily… c'était logique de ne plus avoir peur de quelque chose qui avait déjà eu lieu. Mais qu'est-ce qui aurait dû l'effrayer dans cette silhouette ? Il ne le savait pas. Quoi qu'il en fût, sa réponse sembla convaincre la jeune fille qui s'approcha à son tour en souriant :
- Je me contenterai de regarder des documentaires barbants alors, je ne te demanderai plus jamais de regarder un film d'horreur avec moi, promis.
Après s'être assuré que la lionne et lui soit en pleine forme, tout le monde descendit dans le salon, enfin, presque tout le monde. Cléo était restée en haut pour finir la préparation de la chambre à la place d'Hermione qui s'était retrouvée obligée de se reposer en compagnie de ses deux acolytes. Christian aussi n'était pas descendu, restant avec Severus qui devait terminer de se préparer :
- Arrête de me regarder comme ça Chris, on dirait que tu es transit d'amour pour moi ! grogna Severus qui terminait à peine de se préparer. Je t'ai déjà dit que je vais bien. Mon épouventard m'a surpris, je n'ai pas réagi tout de suite uniquement à cause de ça, je ne suis pas en état de choc pour autant. Je me serais plutôt attendu à voir Tobias, pas un remake du tueur dans 'scream', mais ce n'était rien de traumatisant.
Severus s'attendit à recevoir une réflexion concernant l'importance de parler de ce qu'il venait de se produire, afin de mieux 'comprendre sa peur pour la combattre efficacement' et autre chose farfelue, mais au lieu de ça, Christian sourit avec bon cœur et demanda :
- Tu sais depuis quand je ne t'ai pas entendu rire de la sorte ?
Restant un instant interloqué par cette interrogation étrange, le sombre sorcier haussa un sourcil avant de répondre avec sarcasme :
- Comment veux-tu que je le sache ? Tu crois sincèrement que je tiens un journal de bord ?
- Ça n'était jamais arrivé ! finit par dire Chris en s'adossant contre le mur, les bras croisés devant lui. En presque 23 ans, je ne t'ai JAMAIS vu rire Severus.
- Oui eh bien il y a un début à tout. Tu aurais préféré quoi ? Que je pleure ? Et puis, ce n'était qu'un réflexe, j'étais sous le choc finalement.
- Les chocs te vont bien alors… surtout ceux qui se produisent quand 'Granger' est dans les parages.
- Qu'est-ce que tu insinues là ? demanda Severus, un peu trop sur la défensive à son propre goût.
- Rien mon vieux, je n'insinue rien du tout. Mais sache je suis content pour toi. Bref, où es ta cravate ?
Levant les yeux au ciel, l'ancien espion reprenant du service ne répondit rien et se contenta d'enfiler sa veste, qu'il avait finalement retrouvée dans sa valise. Une fois en bas, les deux hommes croisèrent tous les habitants du lieu et leurs invités du jour qui papotaient dans le salon. Enfin, à vrai dire, la jeune Rivoyre se contentait de dessiner dans son calepin, pendant qu'Hermione lisait et que les autres parlaient tranquillement de Quidditch.
Relevant la tête, la lionne croisa le regard de Severus et rougit légèrement. Apparemment, elle était toujours aussi embêtée d'avoir pensé à lui en version poupée Disney.
Severus et Christian saluèrent rapidement tout le monde, de loin, puis ils se dirigèrent vers la sortie. Avant qu'ils n'atteignent la porte, Hermione les avaient rejoints :
- Severus attend…
Ce dernier s'arrêta et l'observa alors que Chris, avec un grand sourire, dit simplement :
- Je vais aller démarrer la voiture.
- Bonne soirée Christian, fit alors la jeune femme avec politesse.
Il la remercia et fit signe à Severus qu'il allait l'attendre dehors, non sans un regard entendu qui énerva le maître des potions. Quand le guérisseur partit, le sorcier reporta de nouveau son regard sur la jeune femme :
- Ça va ? demanda-t-il, légèrement inquiet.
- Oui ça va… je voulais juste te remercier et… te demander de faire attention à toi.
- Ce n'était qu'un épouventard Hermione, ça n'arrivera pas vraiment, tu t'en rends bien compte ?
- C'est déjà presque arrivé, à deux reprises, alors promet moi simplement d'être prudent !
Severus soupira, jouant l'exaspération alors qu'il ne l'était pas réellement. Il la comprenait et il devait l'avouer, c'était légitime qu'elle s'inquiète :
- Je te le promets.
- Merci Severus, dit-elle avec un air rassuré. Tu vas me manquer…
- Toi aussi tu as une soirée ce soir, tu vas bien trop t'amuser avec ton collègue et ses amis pour t'ennuyer en pensant à moi.
- Je ne m'ennuie jamais en pensant à toi ! s'indigna-t-elle.
Vérifiant qu'il n'y avait personne, elle s'approcha et l'embrassa furtivement, probablement dans le but de lui prouver ses dures. Elle souriait enfin de nouveau et elle était tellement plus jolie ainsi que Severus se sentit presque joyeux :
- Tu sais que tu as oublié quelque chose ? demanda-t-elle juste après cet interlude.
- Quoi donc ? interrogea-t-il en haussant un sourcil circonspect, persuadé qu'elle avait tort.
La jeune femme ne dit rien de plus et se contenta de passer ses mains derrière la tête de Severus, lui passant par la même occasion quelque chose derrière nuque. Il allait lui demander ce qu'elle était en train de fabriquer quand il comprit qu'elle venait de lui passer une cravate autour du cou !
- Qu'est-ce que tu fou ! s'indigna-t-il. Retire-moi cette chose !
- Tu vas à une soirée apparemment importante Severus, il est donc d'usage de mettre une cravate, comme le fait Christian. J'en ai donc pris une pour que tu puisses la porter.
- Je ne veux pas en mettre !... NON MAIS… commença-t-il un peu fort avant de reprendre plus doucement mais toujours aussi offusqué en voyant les couleur rouge et or du tissu, je rêve… c'est une de tes cravates d'étudiante !
- Oh, c'est bon, ça ne va pas faire de vous un Gryffondor, monsieur le directeur de Serpentard ! ironisa-t-elle en levant les yeux au ciel.
Hermione sortit néanmoins sa baguette et, d'un simple mouvement de poignet, la cravate devint noire et un peu plus longue. Severus était sur le point de défaire le nœud, pour la lui rendre avec agacement, quand elle posa une main délicate sur son torse :
- Tu sais que tu es beau comme ça ? Et en plus… tu penseras à moi pendant ta soirée, ça te rappellera que tu m'as fait une promesse !
La lionne avait l'air toujours aussi inquiète malgré le sourire qu'elle arborait en façade. Depuis qu'il lui avait parlé de l'opale noire, Hermione semblait sur ses gardes.
Severus se pinça l'arête du nez et ferma les yeux, vaincu une fois de plus. Quand il les rouvrit, il posa sa main sur le crâne de la jeune femme et décoiffa simplement sa crinière pour se venger tout en détendant un minimum l'atmosphère :
- Tu me mets en retard ! Va donc lire et tu verras, demain je n'aurais même pas une égratignure !
Une fois dehors, le sorcier retrouva son ami dans la voiture. Christian observa Severus, la bouche grande ouverte, alors qu'il entrait dans le véhicule :
- Si tu fais la moindre réflexion sur cette satané cravate, je t'assure que je t'étouffe avec !
- Jamais je n'oserai voyons, s'amusa le guérisseur. Mais je vais devoir réfléchir sérieusement à te faire interner !
- Garde tes blagues pour toi, souffla Severus. Et ne parle d'elle à personne, ordonna-t-il alors, moins menaçant qu'il ne l'aurait voulu.
- Parler de qui à propos de quoi au juste ?
Severus le regarda avec reconnaissance. Il savait que Chris n'était pas stupide et qu'il avait compris ce qu'il se passait, néanmoins, la terreur des cachots savait aussi qu'il ne dirait rien. Ce sale type aux allures de premier de la classe était un véritable ami : chiant mais fidèle et indispensable.
Ils arrivèrent bien vite à l'établissement qui les avait vu, tous deux, devenir des adultes plus ou moins responsables et respectables. À ce moment précis, Severus aurait préféré retourner face à l'épouventard…
Quand ils entrèrent dans le lieu, une musique entraînante se fit entendre. De nombreuses personnes étaient déjà présentes, beaucoup de visages que Severus reconnus malgré les années passées.
Il ne les connaissait pas tous, c'était un fait, mais les quelques connaissances qu'il avait ici allait probablement lui être très utile pour avoir des informations. La priorité était de savoir qui était la nouvelle propriétaire du lieu et les liens qu'elle pouvait avoir avec l'ancienne.
La seule information qu'il avait pu avoir avant de venir, c'était son nom : Mme Fine. Il n'y avait rien d'autre sur elle, ni à Poudlard, ni au ministère dans les registres officiels et c'était suffisamment louche pour que Severus comprenne que cette femme avait dignement repris la ligne de conduite de Missy. Quant au nom de cette inconnue, l'espion au fond de lui n'avait pu que constater la grande similitude avec celui de Line. Y avait-il un lien entre les deux où était-ce une coïncidence, il fallait absolument qu'il en est le cœur net.
À peine eurent-ils fait deux pas à l'intérieur qu'une voix résonna sur leur droite :
- OH MON DIEU ! Vous êtes réellement venus !
Quand Severus tourna la tête, il reconnue immédiatement la danseuse qui s'approchait. Elle avait pris de l'âge mais sa jeunesse semblait toujours aussi rayonnante :
- Bonsoir Topaze, répondit Chris en souriant et en prenant la femme dans ses bras.
- Bonsoir… dit simplement Severus.
- Rhô lala, mais qu'est-ce que vous êtes classes et beaux gosses ! Ouh, mais c'est que tu as quelques cheveux blancs maintenant Christounet, tu devrais faire attention ! Et toi Sevy, c'est juste tellement FOU de te revoir ! dit-elle avec une joie et une excitation non feintes.
- Vous nous avez, comme chaque année, envoyé une invitation ! se contenta de faire remarquer Severus avec froideur.
- Mais vu que ça fait… Hum, quoi ? commença-t-elle en réfléchissant. 5, ou 6 ans, que vous n'êtes pas venus ?
- Depuis la mort de Mme Line, répondit alors sans ménagement et avec amertume une autre voix féminine.
Severus se retourna, et se figea littéralement. Il avait directement reconnu la voix de l'interlocutrice mais il ne s'était pas attendu à la voir ainsi. Ses cheveux auburn étaient attachés en un chignon moderne et parfaitement réalisé qui mettait en avant le visage fin et bien maquillé de cette dame. Elle portait une robe rouge, longue et élégante, accompagnée de bijoux discrets mais clairement de bonne facture. Elle était bien loin de la danseuse extravertie de l'époque :
- Bonsoir messieurs, ravie de vous revoir, dit-elle froidement.
- Bonsoir Rubis, finit par répondre Severus comme s'il n'avait pas été choqué le moins du monde.
Chris ne trouvait rien à dire face à sa stupeur et Topaze sembla, l'espace d'un instant, presque inquiète. La femme en rouge la regarda et dit doucement :
- Veux-tu bien accompagner Christian au bar je te prie, je suis certaine qu'une coupe de champagne lui fera passer le choc. Et si ce n'est la boisson, il sera sûrement content de voir la personne qui la sert.
Le guérisseur sembla perplexe et regarda Severus qui, d'un simple signe de tête, lui fit comprendre qu'il pouvait y aller. Après tout, ils pourraient avoir plus d'informations en se séparant et puis, Albus avait demandé à ce que Severus n'aille pas dans la gueule du loup tout seul, et c'était le cas, même si son ami ne se trouvait pas juste à ses côtés.
- Alors, qu'est-ce qui t'amène au juste Severus ? demanda Rubis en croisant ses bras devant elle quand ils furent seuls.
- Quelque chose me dit que tu le sais déjà, rétorqua sobrement le sorcier.
- Serait-ce parce que tu mourrais d'envie de participer à une petite sauterie ? dit-elle avec un ton glacial.
En disant cela, elle avouait sans mal être au courant que ce qui lui était arrivé. Ce qu'il ne comprit en revanche pas, c'était le regard noir qu'elle lui lançait. Était-elle en accord avec ce qu'on lui avait fait subir ? Savait-elle qui avait orchestré ça et pourquoi ? Lui en voulait-elle à ce point de ne pas avoir été là pour l'enterrement ? Elle ne pouvait pas savoir qu'il avait trahis Line de toute façon, si ?
Conservant son visage de joueur de poker, il haussa les épaules nonchalamment :
- C'est possible, qui sait ?
- Peut-être moi…
Après un instant de silence, la femme fatale face à lui reprit avec un ton plus posé mais sans équivoque :
- Viens avec moi Severus.
Persuadé qu'il aurait un début de réponse en la suivant, il ne l'a contredit pas et se dirigea avec elle à l'arrière de la salle de spectacle.
Après avoir passé les différentes scènes de pole dance, ils arrivèrent dans les couloirs vides menant aux loges, aux bureaux et, plus loin, aux chambres. Il s'attendait à ce qu'elle le mène jusqu'à la sienne, mais à la place, elle tourna et grimpa les escaliers que le sorcier détestait tant…
C'était surprenant et il ne s'était absolument pas attendu à rencontrer aussi vite la nouvelle propriétaire. Il aurait aimé en apprendre davantage sur elle avant de se trouver face à elle. Là, il partait avec un certain handicap pour la confrontation à venir.
Avec l'envie de donner l'impression qu'il contrôlait la situation, il se contenta de suivre Rubis en gardant la tête bien haute. Il n'allait pas se dégonfler maintenant après tout, de quoi devrait-il avoir peur ? Il allait pouvoir piocher des informations à la source plus rapidement ainsi, sans compter que Chris n'était pas loin et qu'il devait lui aussi récolter des renseignements.
À bien y réfléchir, peut-être qu'il aurait dû avoir peur, ou se sentir en danger, mais au fond de lui, il savait qu'il ne se ferait pas attaquer en ce lieu. Cela serait bien trop problématique pour l'établissement si un meurtre s'y déroulait, ils étaient déjà bien trop surveillés.
Une fois devant le bureau de la gérante, où seul le nom sur l'écriteau avait changé, il se sentit pourtant étrange et son cœur s'accéléra. Ce ne serait pas Line qui l'attendait avec un regard accusateur et un sourire narquois…
Rubis se mit alors devant la porte, mais au lieu de toquer, elle sortit une clé et ouvrit l'office. Une fois de plus dans la soirée, l'espion se fit surprendre. L'ancienne danseuse le regarda et lui dit avec amusement :
- Que se passe-t-il Severus ? Tu ne t'attendais pas à ce qu'une simple strip-teaseuse puisse un jour devenir patronne ? Allons, allons… tu es peut-être le prince des lieux, mais tu as beaucoup de choses à rattraper sur ce royaume que tu as lâchement abandonné depuis la mort de Mme Line.
En se dirigeant vers le bureau, elle s'installa lentement dans le fauteuil confortable de directrice. Le sorcier, toujours aussi stoïque de façade, s'assit à la place qu'il avait si souvent occupé dans sa jeunesse. Rubis le regarda avec sévérité malgré un sourire narquois collé à ses lèvres.
Il comprit à cet instant, mais un peu tard, qu'il risquait d'avoir bien plus de questions que de réponses suite à sa visite… s'il ressortait entier de la gueule du loup bien sûr.
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