Chapitre 3 : Cadeaux de Noël.
La soirée de la lionne avait été agréable et lui avait permis de ne plus penser à sa mésaventure avec l'épouvantard. Severus avait néanmoins eu tort, il lui avait manqué !
Elle était rentrée après minuit, après un long repas intéressant et distrayant, entourée par des gens passionnants. Ce n'était pas tous les jours que l'on pouvait partager un dîner avec Norbert et Tina Dragonneau après tout.
Eux aussi étaient des héros de guerre. Ils en avaient même connu plusieurs, mais leurs hauts faits dataient surtout de celle contre Grindelwald, un sorcier aussi maléfique que Voldemort qui sévissait dans les années 30.
Elle devait bien avouer qu'elle aurait bien demandé un autographe à ces deux sorciers qu'elle adulait depuis ses 11ans, mais elle était bien placée pour savoir que ce n'était pas chose à faire, surtout lors d'un repas de fête.
Il était maintenant presque deux heures du matin mais Hermione était toujours réveillée, allongée sur son lit. Elle avait pourtant essayé de s'endormir après cette bonne soirée, mais chaque fois qu'elle fermait les yeux, elle voyait Severus entouré de strip-teaseuses… La jeune femme s'agaça alors une énième fois contre elle-même :
« Bon sang mais pourquoi je pense à ça par Merlin ! Il ne va pas me laisser tomber pour une danseuse… ce serait mal le connaître ! C'est l'homme le plus fidèle qui soit, et le plus asocial par-dessus le marché. »
Pourtant, malgré tout le positif de sa fin de journée, et bien que persuadée qu'elle avait raison de lui faire confiance, Hermione ne pouvait s'empêcher de revoir le regard si différent du sombre sorcier quand il avait parlé de l'ancienne dirigeante de l'Opale noire. Le même que lorsqu'il parlait de Lily Evans, la mère de Harry. Il les admirait encore, si ce n'était plus, et ce bien des années après leur mort.
« Je suis jalouse de personnes qui ne sont plus là, c'est ridicule... »
Se blottissant contre la cape de Severus qu'elle gardait encore et toujours pour dormir, elle soupira. Elle se sentait tellement stupide… il tenait clairement à elle. Alors pourquoi se sentait elle si mal depuis quelques temps ?
Quelques minutes plus tard, la lionne entendit du bruit dans le couloir et se redressa. Les bruits de pas se voulaient discrets mais ne l'étaient pas tant que ça. Quand Hermione ouvrit lentement sa porte pour regarder dans le corridor, elle vit de la lumière dans la chambre de Christian, dont la porte était entre-ouverte. Les deux sorciers étaient enfin rentrés.
S'approchant pour aller vérifier qu'ils allaient bien, tous les deux, elle entendit la voix du guérisseur, bien plus pâteuse de qu'habitude :
- … servi à rien hein !
- Je te l'ai déjà dit Chris, soupira Severus, on a quand-même appris des choses importantes.
- Que Rubis ne sait rien, c'est tout !
- C'est Mme Fine maintenant, corrigea le sombre sorcier. Et, c'est déjà beaucoup de savoir ça. Elle n'était pas au courant que trois de ses employés avait accepté une mission en free-lance, jusqu'à ce que Tonks et ses équipes viennent lui poser des questions. Ça l'a visiblement embarrassée dans ses affaires d'ailleurs…
- Ça ne nous aide pas de savoir ça. Donc c'est ce que je dis, on n'a pas avancé ! grommela Chris qui semblait sur le point de vomir.
- Je te préviens mec, si tu fais ça, je te tue ! menaça Severus sans l'ombre d'un amusement. Oui, c'est mieux comme ça ! Bref, savoir que Fine n'a rien à voir là-dedans est une avancée en soit, je te le répète.
- Vraiment ?
- Oui, car ça veut dire que la personne qui m'en veut et qui a aidé Lestrange n'est pas la femme la plus influente du monde underground du Royaume-Uni sorcier. C'est donc moins grave que je ne le pensais. Au contraire, j'ai même la sensation que nous pouvons sincèrement compter sur le soutien de notre amie commune, ce qui n'est pas rien.
- Tu penses vraiment qu'on peut faire confiance à celle que Mme Line a choisi comme remplaçante dans ces activités ? demanda Chris avec une voix de plus en plus difficile à comprendre.
- Line la choisit parce qu'elle était aussi forte, battante et respectueuse de la hiérarchie qu'elle ne l'était… et puis, Missy savait aussi qu'en la choisissant comme remplaçante, les filles seraient toujours aussi bien traitées et protégées. Rubis était l'une des seules sorcières qui travaillait là-bas. Elle a choisi ce travail par envie, déjà à l'époque, et pas uniquement à cause de sa condition comme les autres filles.
- Le clan… avant tout…
- Le clan avant tout, oui… répéta Severus, d'un ton fatigué.
Hermione entendit ce dernier se mouvoir et elle s'éloigna un peu de la porte pour l'attendre en faisant mine de n'avoir pas écouté. Elle n'avait pas tout compris, mais elle savait au moins que la personne qui gérait maintenant l'Opale noire n'était apparemment pas une psychopathe folle furieuse qui voulait exterminer Severus. C'était déjà ça.
Quand son sorcier sortit enfin de la pièce, il ne sembla pas surpris de voir la lionne dans le couloir. Il ferma la porte et s'approcha simplement d'elle. La jeune femme s'attendait à une réflexion concernant le fait qu'écouter aux portes ne se faisait pas, mais à la place, il déposa un baiser sur son crâne :
- Ne devrais-tu pas être en train de dormir à cette heure ?
- Si, mais je n'y arrivais pas et je t'ai entendu remonter. Comment était ta soirée ?
- Un peu longue, très bruyante, assez intéressante, mais elle aurait été indéniablement mieux si je l'avais passée avec une magnifique jeune femme.
- Tu as dû en voir beaucoup des 'magnifiques jeunes femmes'.
- Certes, avoua-t-il sans gêne, mais je n'étais pas avec la plus belle de toutes. Et sinon, comment était ta soirée à toi, avec les Dragonneau ?
- Nous nous sommes bien amusés et c'était très intéressant.
- Je suppose que tu as parlé livres et créatures magiques pendant des heures avec Norbert.
- Tu n'imagines même pas à quel point, s'amusa Hermione qui était enfin un peu plus détendue.
Hermione, souriante, se blottit contre lui et demanda finalement en minaudant :
- Je peux dormir avec toi ?
- Tu ne vas pas dormir beaucoup si tu fais ça.
Il était vrai que vu l'heure, et compte tenu du fait qu'elle devrait se lever tôt pour ne pas être trouvée au petit matin dans le lit de Severus par ses colocataires, elle n'allait pas pouvoir dormir beaucoup… néanmoins elle savait aussi qu'elle ne dormirait pas du tout si elle restait seule dans sa chambre. Sans hésitation et sans prendre la peine de répondre, elle entra donc dans celle de son homme.
La jeune femme se dirigea directement vers le lit du sorcier, faisant fi de l'obscurité dans la pièce. Elle la connaissait par cœur après tout. Néanmoins, elle n'eut pas le temps de l'atteindre qu'elle sentit les mains de Severus sur ses hanches. Il se tenait derrière elle et se pencha légèrement pour l'embrasser dans son cou. Ravie qu'il fit trop sombre pour qu'il ne la voit pas rougir, elle se rendit compte qu'elle avait mal compris la mise en garde du maître des potions.
Il était terriblement doux et glissa lentement ses mains jusqu'à la poitrine de la jeune femme, qu'il empoigna délicatement avant de la caresser et de la pincer légèrement du bout des doigts :
- Pourquoi n'as-tu pas mis ma chemise cette nuit ? demanda-t-il en se délectant visiblement de la réaction des seins de son amante qui avaient déjà durcis.
- Il fait bien trop froid pour dormir en chemise, répondit-elle en calant son dos contre le torse de Severus.
- Hum… il va donc falloir que je te réchauffe si je veux te retirer ton pyjama.
- Oui, réchauffe moi Severus, minauda-t-elle simplement.
Avec des gestes d'une lenteur toujours aussi calculée, le sorcier glissa une de ses mains dans le pantalon de la jeune femme qui se crispa en sentant les doigts de son amant s'immiscer dans son antre :
- Tu m'as manqué Hermione ! susurra-t-il à l'oreille de sa partenaire.
- Continue s'il te plaît, supplia-t-elle en sentant rapidement son envie se décupler.
- Fais moins de bruit, tu vas réveiller l'alcoolique d'à côté.
Elle sourit et se mordilla la lèvre inférieure pour essayer d'être plus discrète malgré les sensations agréables que les doigts de Severus en elle lui procuraient. Après un instant de ce traitement, elle ne put néanmoins retenir un long râle de plaisir quand il joua avec son bout de chair sensible. Une seconde plus tard, la main qui s'occupait jusqu'alors encore de sa poitrine se retrouva plaquée sur sa bouche, étouffant ainsi ses complaintes de bien-être.
Elle aurait peut-être dû trouver cela angoissant, mais sa confiance totale en l'homme dernière elle lui fit, au contraire, apprécier ce bâillonnement manuel. Respirant donc par le nez, elle sentit une odeur légèrement différente qui émanait des vêtements de son sorcier. Une odeur plutôt agréable tout de même, comme celle d'un encens qui flotte dans une pièce.
Sans savoir vraiment ce qui lui prit de faire ça, elle entrouvrit comme elle put ses lèvres pour essayer de mordiller la main qui la faisait taire. Elle sentit Severus se figer, ce dernier cessant alors de stimuler le bouton de chair de sa partenaire qui s'en fustigea.
D'un coup, il se colla plus encore contre son dos et Hermione sentit le désir de son amant au travers de ses vêtements. Il lui mordilla le cou cette fois et quand Hermione tenta de gémir derrière la paume de Severus, il décolla sa main. Elle allait lui demander pourquoi il la libérait quand elle devina l'index et le majeur de ce dernier voulant s'insinuer dans sa bouche avec lenteur. Il cherchait à vérifier qu'elle était d'accord pour ça et pour seule réponse, elle joua de sa langue sur ces derniers.
Severus sembla ravi et se mit à aspirer la peau du cou de sa partenaire entre ses lèvres tout en faisant des allers retours avec ses deux mains en même temps. Hermione n'avait jamais été aussi excitée. Elle se sentait prise entièrement et se mit à bouger ses fesses pour se frotter contre la bosse de son amant afin de lui rendre la pareille.
Après quelques mouvements de plus, l'orgasme l'emporta et elle mordit les doigts que Severus avait laissés dans sa bouche. Il grogna fortement et Hermione s'excusa quand il les retira :
- Je suis vraiment désolée Seve…
- Mais c'est qu'elle mord la lionne ! la coupa-t-il, plus amusé qu'énervé. Il va falloir que je me défende !
Severus se décolla d'elle et le froid envahit progressivement les parties maintenant libérées des mains de son amant. Elle aurait aimé qu'il y ait de la lumière pour voir ce qu'il faisait, mais il lui demanda doucement :
- Ne bouge pas s'il te plaît. Mais si tu n'aimes pas ce que je vais faire, dis-le-moi. D'accord ?
- Heu… oui, mais qu'est-ce que…
Hermione sursauta quelque peu en sentant un bout de tissu passer sur ses lèvres, mais elle discerna aisément ce qu'il comptait faire maintenant. Severus voulait la bâillonner avec quelque chose, bien qu'elle ne sache pas quoi. Elle ne bougea pas, hésitante, puis il murmura :
- Je crois que j'aime bien les cravates finalement.
À ces mots, la lionne ne put que sourire en comprenant avec quoi il allait la faire taire :
- Ça va aller ? s'enquit-il dans un murmure.
Acquiesçant, elle le laissa finalement faire. Avec une entière confiance en lui, elle ferma ses yeux, qui ne pouvaient de toute façon rien voir, afin de se concentrer sur ses sensations.
Il attacha la cravate à l'arrière de son crâne en faisant attention de ne pas lui faire mal en lui attrapant des cheveux et elle lui en fut reconnaissante. Après avoir demandé qu'elle lui confirme une fois de plus que tout allait bien, il la souleva et l'amena à l'aveugle jusqu'au lit. Il trébucha et se retrouva, heureusement, allongé sur elle sur le matelas, totalement en biais mais installé quand-même.
Il poussa un très léger ricanement auquel la jeune femme ne put répondre. Puis, sans prévenir, il passa aux choses sérieuses, la déshabillant avec plus d'empressement qu'au début. Il était clair pour Hermione que le sombre sorcier était dans un état d'excitation au moins aussi élevé que le sien et elle en fut contente.
En quelques instants, ils ne firent plus qu'un et tous deux se donnèrent l'un à l'autre comme si leur vie en dépendait.
Severus était maintenant endormi à ses côtés, la serrant contre lui. Hermione elle, réfléchissait. Il ne lui restait de toute façon qu'une heure environ avant de devoir se lever si elle ne voulait pas que leur relation soit découverte de façon inappropriée. Pourquoi Sirius et Harry avaient-ils pris l'habitude de se réveiller à 7h, même pendant les vacances ? Soupirant, elle tenta au moins de profiter des bras de son homme… et quel homme !
Hélas, dans le calme et la pénombre de l'aube, ses questions revinrent aussi vite et vives qu'avant le retour de Severus de sa soirée. Elle détestait se triturer les méninges de la sorte et ne comprenait pas pourquoi elle ne pouvait pas s'en empêcher ! Le maître des potions avait raison quand il disait qu'elle était insupportable.
Il lui fallut encore de longues dizaines de minutes de réflexions intensives pour enfin comprendre 'pourquoi', telle une évidence qu'elle s'en voulut de ne pas avoir vu plus tôt : elle avait juste peur, pour lui, pour elle… pour eux.
Elle avait pourtant confiance en lui et savait qu'il ne lui ferait pas de mal. Elle savait aussi qu'il était fidèle et loyal et qu'il ne serait jamais du genre à la tromper avec d'autres, surtout qu'il avait en horreur les jeux de séductions et les contacts humains. Néanmoins, une chose l'inquiétait plus que tout : elle l'aimait, elle !
Hermione retint de justesse un soupir. C'était affreusement effrayant d'aimer quelqu'un. Peut-être même encore plus lorsque cette personne détestait depuis toujours le concept même de ce sentiment. Elle savait depuis le début qu'elle ne devait pas s'attendre à ce qu'il ressente la même chose, mais depuis qu'elle l'avait vu parler de Lily et de Missy, elle doutait…
Et si, finalement, il avait déjà aimé avant ? Aimé vraiment, autant voire plus qu'elle ne l'aimait elle-même ? Et si Severus la comparait à ces deux femmes, à ces deux 'exceptions' dans sa vie ? Pouvait-elle faire le poids face à une femme devenue légende et une autre autrefois surpuissante ?
Severus bougea légèrement et Hermione le sentit se crisper d'un coup. Elle tenta de l'observer mais le peu de lumière dans la pièce ne l'aida pas vraiment :
- Hermione…
- Oui ? demanda-t-elle après avoir sursauté.
- Hermione…
- Severus ? Tu es réveillé ?
Visiblement non, le sombre sorcier ne lui répondit pas et se contenta de l'appeler encore une fois tout en se positionnant sur le dos. La lionne se redressa légèrement et prit sa baguette qu'elle alluma d'un lumos avant de la poser sur la table de nuit. Avec la lumière qui se diffusait légèrement, elle constata que Severus ne dormait pas paisiblement. Il devait faire un cauchemar mouvementé.
- Severus, je suis là, ne t'en fais pas ! dit-elle doucement en posant sa main sur le torse du sorcier.
Il respirait plus fort et plus vite et Hermione sentit sous sa paume que le cœur de ce dernier s'emballait. Inquiète, elle tenta de nouveau de le rassurer ou de le réveiller.
- Laisse la… laisse Hermione tranquille…
- Severus, personne ne me fait de mal, je suis là !
La jeune femme posa cette fois sa main sur la joue de son partenaire qui n'eut pas la réaction qu'elle espérait. Se crispant d'avantage, il eut une expression terrifiante au visage avant d'attraper le poignet d'Hermione avec force. Elle grimaça alors mais n'eut pas le temps de se plaindre qu'elle se retrouva prisonnière sous le sorcier qui cria :
- Missy…
- Aie Severus réveille toi, tu me fais mal ! tenta de se débattre la lionne qui était maintenant dans l'incapacité de bouger.
- Hermione ?
- Oui, c'est moi Severus, lâche-moi !
Enfin réveillé pleinement, l'homme la relâcha rapidement et se remit à côté d'elle :
- Par Salazar, je suis désolé ! Qu'est… qu'est-ce qu'il s'est passé ? interrogea-t-il, l'air terriblement gêné.
Hermione s'assit et frotta son poignet endolori :
- Tu as fait un cauchemar… marmonna-t-elle alors.
- Je suis désolé, vraiment Hermione, je ne voulais pas…
- Oui, c'est bon, je sais ! répliqua-t-elle bien plus violemment que ce qu'elle avait voulu.
Severus détourna alors le regard, tel un enfant que l'on venait de disputer et Hermione s'en voulut. Mais, elle lui en voulait sincèrement… Pas parce qu'il lui avait fait mal, mais parce qu'il avait crié un autre prénom que le sien.
Elle savait pourtant que c'était stupide, il faisait seulement un cauchemar, mais le timing n'avait pas été bon vis-à-vis de ce à quoi elle pensait juste avant. Se sentant ridicule, elle soupira et regarda le sorcier fuyant qui avait passé ses jambes hors du lit. Hermione posa sa main sur le dos de Severus :
- Excuse-moi, je ne voulais pas te disputer. Tu n'as pas fait exprès et puis, je n'ai pas si mal que ça.
- Je… j'ai rêvé qu'on te faisait du mal et au final c'est moi qui…
- Je t'ai dit que ça va, regarde-moi, je vais bien.
Lentement, il se tourna vers elle. Esquissant un sourire qu'elle voulait sincère, il se détendit. Il l'avait juste cru en danger, ce n'était rien de grave, néanmoins elle ne put s'empêcher de demander :
- Severus… c'est Missy qui voulait me faire du mal ? Tu as dit son prénom quand tu m'as attrapé, ajouta-t-elle en voyant le regard inquiet de son amant.
- Oui… elle… elle t'avait kidnappé pour m'attirer dans un piège…
- C'était un simple cauchemar tu sais ? interrogea Hermione avec un sentiment étrange mais angoissant. Elle est décédée il y a plusieurs années non ?
- J'ai vu sa pierre tombale, alors oui, sans aucun doute... Ce n'était qu'un cauchemar.
La matinée n'avait pas commencé sous les meilleurs auspices en cette veille de Noël. Sous le jet d'eau chaude, Hermione repensait à tout ce qu'il s'était passé dans la nuit, le bon comme le mauvais. Il avait eu l'air si effrayé, lui qui était fort et courageux, probablement plus gryffondorien qu'il ne le voudrait d'ailleurs.
Au cours de la journée, les différents invités attendus étaient arrivés. La maison fut bien vite en pleine ébullition, avec toutes les conversations et les rires que cela avait menés jusqu'au square pour les fêtes.
Severus restait beaucoup plus silencieux, dans un coin de la pièce principale, mais il faisait au moins l'effort de rester avec tout le monde pour la soirée. Cléo et Christian étaient bien plus sociables et parlaient avec tous les autres, alors qu'Alice était souvent sur son calepin à dessins. La jeune fille était visiblement en train de prendre Ron pour modèle et Hermione s'amusa en imaginant le rendu final, son meilleur ami étant en train de piller les gâteaux apéritifs. Pendant ce temps, Harry était en train de jouer avec son filleul, Teddy Lupin, qui était dans les bras de sa grand-mère, Andromeda Tonks, qui avait elle aussi été invitée.
Elle avait hésité quelque peu avant de venir, mais Sirius avait insisté. Après tout, il s'agissait de sa cousine, l'une de seule Black à ne pas avoir été en endoctrinée par les mangemorts, pas comme Bellatrix…
Heureusement, Remus et sa femme avait insisté eux aussi pour qu'Andromeda accepte l'invitation, elle avait grandement besoin de se changer les idées depuis la mort de son mari, tué par des mangemorts lors d'une attaque sur des nés-moldus quelques mois avant la fin de la guerre. À en voir son sourire en jouant avec son petit-fils et Harry, elle ne regrettait pas le déplacement.
Le repas se déroula extrêmement bien, le réveillon de Noël étant une occasion des plus réjouissantes de se réunir. Hermione était installée entre Ron et Ginny alors que Severus était à côté de sa sœur et de Christian, un peu plus loin. Pendant qu'elle discutait avec ses amis, la jeune femme observait régulièrement l'insociable qui, étonnement, parlait régulièrement avec ses deux voisins de table.
Pendant le plat principal, la conversation s'orienta finalement autour des projets des deux amoureux à côté de la lionne. Après tout, Ginny allait bientôt terminer ses études et Harry sa formation d'auror. Ils avaient déjà décidé de vivre ensemble rapidement et ils profitèrent de l'occasion pour annoncer qu'ils comptaient bien acheter une maison à eux à ce moment-là.
Hermione le savait déjà, c'était un sujet qui revenait souvent dans leurs discussions, à son 'frère' et elle. Sirius était au courant aussi et, bien que triste à l'idée de ne plus avoir son filleul auprès de lui, il était ravi de le voir prendre son envol.
Si la conversation s'était arrêtée là, cela aurait été parfait, mais Molly ne put s'empêcher de demander :
- Et sinon Hermione chérie, quand est-ce que tu nous présentes ton petit ami ?
- Pardon ? fit la lionne qui avait failli s'étouffer avec son verre d'eau.
- Eh bien, n'étais-tu pas invitée par le jeune Dragonneau hier soir ?
- Maman, s'indigna presque Ron, ça ne se fait pas de demander ça, je te l'ai déjà dit.
- Rhô, mais à toi j'ai arrêté de te le demander, se défendit Molly en souriant amusée.
- Rolf est juste un ami, dit alors Hermione qui avait vu l'air exaspéré de Severus du coin de l'œil.
- 'Mione est la princesse de Gryffondor, s'amusa Ginny avec bienveillance. Elle est encore à la recherche d'un vrai prince, digne de ses attentes ! Tout vient à point à qui sait attendre, il ne faut pas la précipiter, pas vrai ?
Remerciant du regard la rouquine, Hermione préféra garder le silence. Sirius regarda alors la lionne et dit sur le ton de la plaisanterie :
- Tu sais Hermione, les princes se font rares dans le monde, tu vas avoir du mal à en trouver un. Tu devrais peut-être revoir tes attentes à la baisse non ?
- Ça dépend quel genre de prince on cherche, intervint Alice qui s'était fait discrète depuis le début du repas. Après tout, il y en a un à cette table, et même presque deux.
Ce fut au tour de Severus de faillir s'étouffer en buvant, tandis que les regards se tournèrent vers la jeune fille qui expliqua comme s'il s'agissait d'une évidence :
- Être un prince peut être une fonction, mais c'est aussi un nom.
- Ha tu parles de Severus, intervint Arthur en souriant, mais techniquement c'est avant tout un Rogue, c'était son grand-père qui s'appelait Prince, n'est-ce pas Severus ?
- En effet, marmonna simplement le susnommé.
- Julius était votre grand père ? demanda Andromeda qui semblait interloquée.
- Vous connaissez notre grand-père ? interrogea Cléo qui confirma ainsi l'information à Mme Tonks.
- Oh ça oui, c'était un grand ami à mes parents… mais si je comprends bien, cela signifie que…
- Cela ne signifie pas grand-chose en dehors du fait que Julius a été un homme mauvais et ce jusqu'à sa mort ! coupa alors Severus avec un ton glacial.
- Oh, il est mort ? demanda Cléo qui n'avait encore jamais posé la question.
- Oui, comme quoi la dragoncelle est un virus qui a su prouver son utilité, répondit simplement son frère.
- Et la mère de maman ?
Severus soupira et répondit d'un ton las :
- Sommes-nous obligés de parler de ça aujourd'hui ?
- Severus, ta sœur te pose juste des questions ! houspilla Christian.
- Merci Chris, dit-elle avec un sourire complice.
- Bien, si vous tenez à ce point à pourrir l'ambiance générale ! maugréa Severus, agacé, tout en se tournant vers sa sœur pour continuer son récit avec sarcasme. Eh bien figure-toi que lorsque qu'Ulpia, sa belle-sœur, est décédée d'une insuffisance respiratoire soudaine, elle a décidé de cesser de prendre ses potions pour le cœur. En un mois, elle l'a donc rejoint. Peut-être souhaites-tu maintenant savoir comment le chien de la famille est mort ? C'est toujours intéressant de savoir comment se débarrasser d'un canidé !
L'ambiance prit en effet un coup sous ces explications. Le silence se fit autour de la table, jusqu'à ce que Cléo finisse par hausser les épaules et dire avec ironie :
- Elle est décevante cette fin. Et tu racontes très mal, heureusement que tu n'es pas professeur d'histoire.
- Même Binns fait mieux ! intervint Alice en ricanant.
Il n'eut suffi que de ces deux petites réflexions pour que l'ambiance reparte de plus belle. Tous ceux qui avaient eu Binns durant leur scolarité se mirent à rire, et même Severus eut un sourire amusé. Hermione fut rassurée de le voir se détendre aussi facilement malgré le sujet abordé. Et le voir aussi détendu était agréable, après tout, il était tellement beau quand il souriait.
Enfin vint le moment tant attendu des cadeaux. Tous les invités reçurent des présents, et même si Hermione savait que son sombre sorcier avait prévu des cadeaux pour tout le monde, elle fut étonnée de ces derniers.
Sirius fut le premier à l'ouvrir, regardant l'emballage avec inquiétude. Il s'attendait clairement à une blague plus ou moins dangereuse mais il fut surpris de trouver un simple livre, très joli et bien ouvragé, dans le but 'd'avoir enfin quelque chose de lisible dans sa bibliothèque'.
A leur tour, les autres reçurent tous un ouvrage assez bien trouvé en fonction de leurs centres d'intérêts. Ron avait reçu un livre regroupant des photos exceptionnelles de toutes les coupes du monde de Quidditch depuis un siècle, Molly un livre de recettes et Arthur un bouquin sur l'histoire de la technologie moldue. Quant à Ginny, dès qu'elle eut découvert dans son paquet 'les potions pour les nuls', tout le monde se mit à rire.
Quand elle ouvrit le sien, la lionne haussa un sourcil circonspect. C'était une première édition des 'animaux fantastiques et où les trouver' de Norbert Dragonneau. Ce genre d'ouvrage était rare, et quand elle releva la tête vers Severus, elle vit que toute la tablée avait fait de même :
- J'en avais trois, autant que l'un d'eux serve à quelqu'un, se justifia-t-il en marmonnant.
Personne ne fit de commentaires mais tous semblaient trouver cela bien digne de l'insociable de service, même si le cadeau valait une certaine somme en soit. Hermione, elle, était simplement heureuse.
Seulement deux personnes n'eurent pas de livres de la part du professeur de potion. Ted, du haut de ses quelques mois, reçut une peluche représentant un hibou et son parrain, Harry, eut une enveloppe grand format. Ce fut lui qui ouvrit le présent Roguien en dernier, ayant mis plus de temps que les autres à ouvrir la montagne de cadeaux reçue. Il en sortit un journal, le plus commun de tous : 'la gazette du sorcier'. Sirius leva les yeux au ciel :
- Tu sais que Harry reçoit le journal ici ? Nous ne sommes pas perdus au milieu de nulle part !
- Page 25, se contenta de dire Severus sans répondre à la provocation de son Némésis.
Hermione trouva son compagnon étrange, plus que d'habitude. Il regardait ailleurs tout en buvant son verre d'eau, voulant clairement paraître dégagé de la situation, ce qui n'était pas naturel du tout. Puis elle tourna la tête vers son frère qui, le regard porté sur la page en question, sembla sous le choc. Il referma le journal pour voir quelque chose sur la première page et rouvrit de nouveau à la page 25 :
- Mais… comment vous…
- Ne faites pas cette tête d'ahuri, je connais juste quelqu'un à la limite du syndrome de Diogène qui ne jette jamais ses magazines et autres revues.
- Qu'est-ce que c'est ? demanda Ginny qui se pencha légèrement quand Harry lui montra la page en question. Par Merlin, mais, c'est toi et tes parents !
- 'James et Lily Potter sont fiers d'annoncer la naissance de leur premier enfant, Harry Potter, né hier le 31 août à 15h12…'
Harry avait lu les quelques lignes qui décrivait une photo de famille et Ron se leva pour aller voir ça de plus près, curieux. Très vite, tout le monde voulut voir l'exemplaire du journal vieux de plus de 18 ans maintenant. Hermione, elle, regarda de nouveau Severus qui, en la voyant l'observer, fit mine d'être exaspéré. Au fond, elle savait qu'il avait fait en sorte de sincèrement être gentil, même s'il ne l'avouerait probablement jamais à personne, pas même à lui.
Après un moment convivial de plus, à rire et chanter des chants de Noël dans le salon, Hermione remarqua qu'Andromeda était allé parler au sombre sorcier. Il semblait gêné tout en répondant vraisemblablement à des questions. Puis il s'éclipsa rapidement, sans même saluer les autres participants de la soirée. Personne ne s'en offusqua, sauf la lionne bien entendu.
Quand la fête se termina, elle le rejoignit directement dans sa chambre. Il était déjà dans un de ses pyjamas habituels et lisait tranquillement installé dans son lit. Lui aussi avait reçu des cadeaux de la part des invités, dont le livre qu'il tenait dans la main et qui venait de Molly et Arthur. Hermione s'approcha et s'assit au bord du lit avant de se pencher pour l'embrasser tendrement :
- Merci pour le cadeau Severus…
- Parce que tu penses sincèrement qu'il s'agit de ton cadeau ? lui demanda-t-il en haussant un sourcil moqueur.
- Eh bien… oui… pourquoi ?
- Je ne savais pas avec certitude si tu viendrais m'importuner ce soir, alors j'ai mis quelque chose sur ton lit dès que je suis monté.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Tu iras voir.
Il sourit très légèrement face à la mine faussement boudeuse qu'elle lui montra. Se penchant de nouveau sur lui, la jeune femme lui déposa un doux baiser supplémentaire, cette fois sur son nez aquilin :
- Je suis vraiment contente Severus, tu as été extraordinaire ce soir. Harry n'arrête pas de regarder la photo du journal.
- Comme quoi, ce ne sont pas les cadeaux les plus chers qui sont les plus appréciés, dit-il avec détachement tout en reprenant sa lecture.
Souriante, la jeune femme se leva :
- Où vas-tu ?
- Dans ma chambre pour ouvrir mon cadeau.
- Hum… fit-il alors sans la regarder, avant d'ajouter finalement. Hermione… merci pour ton cadeau.
Fière d'elle, la lionne ne répondit pas et se dirigea rapidement à sa chambre. Elle avait vu à son regard, quand il avait ouvert son présent à table, qu'il avait apprécié ce dernier à sa juste valeur : un miroir à communiquer, intégrer discrètement dans la couverture d'un livre sur l'histoire de Salazar Serpentard. Elle avait eu cette idée en retrouvant celui que Sirius avait offert à Harry il y avait de cela plusieurs années.
Une fois installée sur son lit, elle attrapa le petit paquet déposé sur son oreiller. Cela ressemblait à un écrin à bijoux et Hermione sentit son cœur accélérer. Lui avait-il vraiment acheté un tel cadeau ? Quand elle le déballa, elle vit que oui et osa à peine le toucher. C'était une chaîne en argent où un pendentif plat et de la même matière, en forme de flacon à potion, était accroché. En l'observant de plus près, elle vit une inscription au dos de ce dernier : amortentia. Était-ce la façon qu'il avait de lui déclarer ses sentiments ? Était-ce possible qu'il l'aimait ? Après tout, cette potion n'était-elle pas le philtre d'amour le plus puissant du monde ?
Hermione sourit et voulut courir pour remercier Severus. Hélas, on toqua à sa porte… et ce n'était pas lui. Cléo entra quand la lionne lui ouvrit :
- Je peux entrer ? dit-elle sans même avoir attendu la réponse.
- Oui, bien sûr Cléo, vas-y ! Qu'est-ce qu'il y a ? Tu as l'air perturbé…
- Hein ? Oh… heu… oui… un peu…
- C'est tes parents ? Il y a un problème ?
- Non…
- Le travail alors ? Ou l'un de tes cadeaux ?
- Non, non, ce n'est pas ça…
S'asseyant toutes deux sur le lit d'Hermione, Cléo inspira puis soupira bruyamment :
- Je sais que ça va te paraître bizarre, et peut être gênant… si c'est le cas, dis-le-moi et je n'en parlerais plus… mais je n'arrive plus à garder ça pour moi et j'ai l'impression que je vais exploser ! Enfin, ce n'est pas le terme le plus judicieux mais, tu vois…
- Tu peux tout me dire voyons ! s'indigna presque la lionne, inquiète devant la mine à la fois triste et perdue de Cléo.
- Eh bien… je… je crois que je suis amoureuse Hermione…
- De Sirius ? demanda-t-elle comme si cela coulait de source.
- De Si… hein ? Quoi ? Tu… oui… enfin… comment tu…
- Cléo, je ne suis pas aveugle tu sais ! s'amusa finalement la jeune femme, soulagée qu'il ne s'agisse que de cela. Mais pourquoi fais-tu cette tête à la fin ? Ça se voit comme le nez au milieu de la figure que vous vous tournez autour et ce depuis des mois maintenant !
- Tu trouves vraiment ? s'exclama presque la française.
- Bien sûr ! Tu n'en as pas parlé avec lui ?
- Non, je n'ose pas… il est adorable, gentil, prévenant et tellement… enfin, je le trouve génial…
- Il a ses défauts, mais c'est vrai, Sirius est quelqu'un de super. Et toi aussi, alors tu ne devrais vraiment, mais alors vraiment, pas hésiter !
- Mais je suis censée retourner en France après mon contrat de travail, expliqua Cléo en jouant avec ses doigts. Il a été prolongé jusqu'en avril, mais après ça…
- Tu pourras très bien trouver un autre travail ! Et au pire, la France n'est pas loin, Sirius et toi vous pourriez transplaner sans trop de difficulté. La Manche n'est pas si grande à traverser.
La française semblait y avoir déjà réfléchi, mais autre chose la tracassait plus encore :
- Et tu penses que Severus accepterait ? Il semble toujours tellement… énervé quand il s'agit de Sirius !
- Ils ne se sont jamais appréciés et se battaient souvent à l'époque, mais regarde, ils se sont carrément offerts des cadeaux de Noël aujourd'hui. Je suis certaine que pour toi, ton frère sera capable de faire encore plus d'efforts.
Semblant en pleine réflexion, Cléo finit par prendre Hermione dans ses bras et la serra fortement :
- Tu as raison… merci Hermione, tu es vraiment la meilleure amie que je puisse rêver d'avoir.
- C'est réciproque Cléo !
- Je suis désolée de te parler de ça alors que je sais qu'avec Severus…
- Ne t'en fais pas pour ça… dit alors la lionne, cachant difficilement sa gêne par rapport à ce sujet précis.
Cléo se redressa et regarda Hermione dans les yeux. Vu son regard, la jeune femme sut que son ton n'avait pas été adapté vis-à-vis de son secret…
- Hermione… est-ce que… commença son amie avec un air déconfit.
- Non, ne te fais pas des idées ! corrigea vivement la lionne. J'aime ton frère et tu le sais, mais il est bien loin de m'aimer en retour.
- Je ne suis pas certaine qu'il en soit si loin, dit alors Cléo avec douceur.
Elle attrapa de nouveau Hermione dans ses bras et la serra avec force, plus compatissante que jamais. Hermione s'en voulait un peu de ne pas lui dire toute la vérité, mais elle n'avait pas menti non plus, Severus l'appréciait, ils couchaient ensemble, mais ils n'étaient pas non plus un couple fou amoureux l'un de l'autre. Ils n'étaient d'ailleurs même pas en couple tout court dans un sens.
La nuit fut finalement bien courte, les deux jeunes femmes ayant beaucoup de choses à se dire en ce jour de Noël si joyeux.
Les jours suivants furent agréables malgré les températures glaciales à l'extérieur. Hermione avait remercié son homme pour son présent et ils essayèrent ensuite de passer le plus de temps possible ensemble avant la rentrée scolaire. Christian avait repris le travail et Alice avait décidé de rester au square, avec l'accord de Sirius et de son père, afin de ne pas se retrouver seule chez elle.
Elle passait ainsi beaucoup de temps avec Severus, Hermione et aussi avec Ron qui était apparemment son modèle de croquis favoris. Ses dessins d'ailleurs, n'avaient de cesse de s'améliorer et paraissaient de plus en plus réalistes, ce qui semblait faire la fierté de son parrain.
Le dernier jour de l'année approchait à grand pas. Severus allait bientôt retourner à Poudlard et Hermione n'en était que plus triste. Elle comptait bien profiter de lui jusqu'au nouvel an mais elle redoutait vraiment le 2 janvier.
Néanmoins, ce fut du 28 décembre dont elle aurait dû se méfier… un cataclysme était silencieusement en train de prendre forme.
Hermione était dans le salon avec Alice, à lire pendant que la jeune fille la dessinait. Tout était calme et silencieux ce matin-là. Tout du moins, jusqu'à ce qu'un hurlement se fit entendre, suivit de peu par un horrible vacarme semblable à de la vaisselle qui se cassait.
Attrapant sa baguette, la lionne bondit et accourut jusqu'à la salle à manger, où elle trouva Sirius dans le vaisselier. Le meuble et son contenu avaient cassé sous le poids de ce dernier qui semblait sonné. Relevant la tête, elle ne s'attendit pas le moins du monde au choc de ce qu'elle vit.
Severus, baguette en main, semblait sur le point d'attaquer à nouveau. Oui, il ne fait aucun doute que c'était lui qui avait envoyé Sirius dans le décor.
Cléo était agrippée à son bras et hurlait sur son frère tout en essayant de le retenir :
- Severus arrête je t'en supplie !
- Je vais te faire regretter d'être né sale chien ! menaçait le sombre sorcier qui semblait hors de lui au point de ne rien entendre.
Il était méconnaissable. Jamais Hermione n'avait vu une telle haine sur le visage de son partenaire, même quand il s'agissait d'habitude du pauvre Sirius qui se relevait d'ailleurs à peine, aidé par Ron. Cléo était désemparée et Severus finit par la repousser pour retourner à l'attaque plus librement. Hermione se mit alors entre lui et Sirius :
- Severus arrête ça ! ordonna-t-elle sans hausser le ton mais fermement.
- Ne te mets pas en travers de mon chemin, ça ne te regarde pas !
- Si ça me regarde, tu attaques mon ami là ! dit-elle en conservant son calme. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Ce qu'il s'est passé ? répéta-il en criant comme jamais. J'ai trouvé ce ramassis de détritus ambulant avec sa langue dans la bouche de MA SŒUR !
- Severus calme-toi, supplia de nouveau Cléo qui pleurait maintenant à chaudes larmes.
Il n'en avait cure, clairement… plus rien n'existait autour de lui à part son envie d'exterminer Sirius, c'était clair dans son regard. Hermione avait presque peur, néanmoins elle s'approcha de lui et posa sa main sur le torse de son compagnon :
- Ils s'aiment, dit-elle alors simplement.
- Il est incapable de…
- Severus, ils s'aiment ! répéta doucement Hermione en le regardant dans les yeux. Tu n'as pas le droit de les en empêcher…
- Mais…
- Severus, il n'y à pas de mais. Ils s'aiment alors arrête s'il te plaît.
Severus baissa enfin sa baguette mais son regard était toujours aussi sombre. Il plongeait maintenant ses obsidiennes emplis de haine dans les iris ambrées d'Hermione. Si un regard pouvait tuer, la lionne aurait été terrassée car à ce moment précis, c'était elle qu'il haïssait :
- Tu le savais… tu le savais et tu ne m'as rien dit ! Espèce de… espèce de sale…
Il avait dit cela en serrant les dents, telle une menace qui au fond la blessa terriblement plus que l'insulte qu'il avait été sur le point de lui lancer. Elle savait de toute façon très bien ce qu'il avait voulu lui dire…
Elle ne bougea cependant pas d'un centimètre et ce fut Severus qui repoussa violemment la main que la lionne avait laissée tout contre lui. Il regarda une dernière fois Sirius et sa sœur qui avait rejoint ce dernier derrière la lionne et, sans un mot de plus, partit en direction de la porte d'entrée.
Il n'avait pas la possibilité de transplaner dans le square, et vu son état de toute façon, il était en effet préférable qu'il ne le fasse pas. Sans prendre la peine de dire quoi que ce soit de plus, ni même de mettre une veste, il sortit de la demeure en claquant la porte.
Sirius n'avait rien de grave, seul son ego était vraiment touché. Cléo expliqua alors à Hermione ce qu'il s'était passé, même si cette dernière avait bien compris la situation. Les deux tourtereaux s'étaient enfin déclarés et s'embrassaient au moment où Severus était arrivé. Tout était allé très vite et Hermione retint un soupir et tenta de cacher au mieux sa nervosité :
- Je suis certaine qu'il va revenir et que tout ira bien, il va se calmer et revenir. Il va comprendre, dit-elle alors en essayant de se convaincre elle plus que quiconque.
- Tu as l'air bien sûre de toi, avait grommelé Sirius.
- Parce que je le connais bien, et j'ai confiance en son jugement.
- Je n'en suis pas certaine… intervint Alice avec inquiétude. Je ne l'avais jamais vu s'emporter et perdre le contrôle comme ça… Severus n'est jamais violent d'habitude.
- Il faut avoir confiance en lui ! répondit simplement la lionne.
En fin d'après-midi, Severus n'avait toujours pas donné signe de vie. Alice avait joint son père, qui ne l'avait hélas pas vu non plus. Sirius avait quant à lui appelé Albus, mais le sombre sorcier n'était pas non plus à Poudlard.
Peut-être était-il aller chez lui, impasse du tisseur, en tout cas c'était ce qu'espérait la jeune femme. Puis, quelqu'un sonna à la porte.
Hermione se précipita à l'entrée, espérant y trouver son homme, penaud et gelé, mais prêt à s'excuser. Quand elle ouvrit la porte, prête à s'expliquer avec Severus, elle resta finalement silencieuse. Devant elle se tenait une femme, qu'elle avait d'ailleurs l'impression d'avoir déjà vu quelque part :
- Bonsoir, dit cette femme souriante d'une cinquantaine d'années peut-être. Vous devez être Hermione.
- Heu, oui…
- Enchantée de vous rencontrer enfin et désolée de vous embêter ainsi à l'improviste mais nous sommes…
- Monsieur et Madame Rogue… termina alors Hermione avec stupeur.
Elle ne put qu'être sure d'elle en voyant un homme de haute stature s'approcher derrière l'inconnue. Lui-même âgé d'une cinquantaine d'années, il ressemblait énormément à son fils, à l'exception du nez qu'il avait hérité de sa mère. Souriant à Hermione, l'homme aux cheveux poivre et sel, assez courts et coiffés avec soin, dit alors d'une voix grave qui, là aussi, rappelait sans mal celle de Severus :
- Bonsoir, je vois que nous sommes connus ici !
- Nous sommes venus voir Cléopâtre pour lui faire une surprise, reprit la femme aux yeux sombres, au nez aquilin et à l'allure aussi respectable que McGonagall elle-même.
Hermione ne sut pas exactement ce qu'elle avait répondu, ni même comment elle avait trouvé la force de les faire entrer, mais une chose était sûre, son corps et son cerveau s'étaient mis en mode automatique. Même entendre un autre prénom que celui qu'elle avait l'habitude d'employer pour son amie ne la perturba pas plus que ça. Néanmoins, quand elle vit la tête de Cléo, elle pensa à une seule chose : ce n'était pas la seule à être choquée par cette visite pour le moins inattendue.
