Chapitre 4 : prise de conscience
Severus était bien au chaud sous sa couette quand il commença à se réveiller. Vu sa fatigue, il en déduisit que son sommeil n'avait pas été très réparateur. Sentant bouger à côté de lui, il esquissa un léger sourire, Hermione devait être en train de se réveiller aussi.
Pourtant, il y avait déjà un peu de lumière qui passait par la fenêtre, il la sentait au travers de ses paupières closes. Elle aurait déjà dû être dans sa propre chambre du coup !
Puis il se souvint d'un coup qu'elle devait probablement y être… car il n'était clairement pas rentré au square et elle ne pouvait donc pas être à ses côtés à ce moment précis.
Tout ce qui s'était passé la veille lui revint en pleine face, telle une claque bruyante. Il ouvrit alors grand les yeux et se redressa dans le lit, pris d'une panique soudaine en voyant l'environnement où il se trouvait. Il n'était pas dans sa chambre mais reconnu sans mal celle dans laquelle il était. C'était l'ancienne chambre de Line.
Il n'eut pas à tourner la tête pour savoir que ce n'était pas elle a ses côtés, il était certain de ne pas être mort, du moins, pas encore…
- Huuum… tu es déjà réveillé Sevy ?
Quand il tourna enfin la tête, il vit Rubis à ses côtés, en train de se réveiller doucement. Enfin, Maggie Fine se réveillait, elle n'était plus danseuse après tout, même si sa tenue actuelle n'était pas si loin de celle qu'elle avait sur scène à l'époque. Elle était en nuisette, mais il n'était pas mieux vêtu, il était apparemment en Boxer, du moins l'espérait-il sans oser vérifier :
- Maggie est ce que…
- Ah non, ne m'appelle pas comme ça s'il te plaît, pas toi !
- Rubis, souffla-t-il alors, sérieusement, qu'est-ce que nous avons fait hier ?
La femme à ses côtés sembla perplexe l'espace d'un instant, puis elle glissa un doigt taquin sur le biceps de l'homme qui partageait son lit. Il se tendit et eu un mouvement de recul quand elle minauda en penchant légèrement la tête de côté :
- Eh bien, tu ne te souviens pas ? Je pensais pourtant être inoubliable dans ces moments-là !
Severus aurait pu paniquer si Rubis ne s'était pas mise à rire de bon cœur juste après. Elle posa sa main sur le bras du sorcier et la poussa avec amusement :
- Ça va, je te charrie ! Nous n'avons rien fait à part dormir. Hier tu es arrivé au club sans prévenir et sans vêtements chauds non plus d'ailleurs. Tu étais glacé et glacial. Tu semblais remonté comme une horloge suisse et Topaze est venue me prévenir, paniquée, de ta visite inopinée. Encore maintenant je ne sais toujours pas ce qui t'as mené jusqu'à nous, mais tu es resté même après la fermeture, avec nous toutes, comme tu le faisais il y a bien longtemps de ça.
Au fur et à mesure de l'explication, Severus se souvint en effet un peu mieux de sa soirée. Après avoir erré sans but pendant un moment, le froid avait dû attaquer ses neurones car il avait alors pris la direction de l'opale noire, sans même s'en rendre compte. Il se rappela aussi de Topaze puis de Maggie qui l'avait alors accueilli dans son bureau comme on recueille un animal blessé.
Il avait peu parlé, elle aussi d'ailleurs. Elle s'était contentée de travailler en silence comme une vraie femme d'affaire, comme Line à l'époque, mais avec peut-être plus de légèreté qu'à l'époque du règne de Missy. Puis, au lieu de le virer après avoir terminé son labeur, elle lui avait proposé de rester manger avec le clan, comme à l'époque, quand il était encore un membre de ce dernier. Elle avait agi comme si jamais il n'était parti en les abandonnant :
- Ensuite je t'ai demandé si tu voulais que quelqu'un te raccompagne ou si tu voulais que j'appelle Christian. Tu n'avais clairement pas envie et vu ton état lamentable, je t'ai monté ici afin que nous puissions parler. Et c'est tout ce qu'on a fait, on a simplement papoté de tout et de rien et tu as fini par t'endormir comme une masse.
- Pourquoi suis-je en sous-vêtement ?
- Tu n'allais pas dormir dans des vêtements sales. Je ne sais pas où tu as traîné exactement avant de venir à l'opale, mais j'ai fait laver ta tenue.
- Et pourquoi ne m'as-tu pas préparé ton canapé ? J'aurais pu dormir ailleurs que dans ton lit, grogna-t-il en montrant d'un signe de tête le canapé en cuir dans un coin de la pièce.
- Voyons Severus, tu es un invité de marque et je n'allais pas moi-même dormir dans un canapé, je n'ai plus 17 ans ! Et puis, nous sommes des adultes responsables, dit-elle en riant, nous sommes en mesure de partager un lit sans équivoque.
Severus ne riait pas lui, il ne trouvait pas franchement la situation très drôle. Il avait été tellement hors de lui la veille qu'il en était arrivé à un point où il n'avait même pas réfléchi à ce qu'il faisait. En même temps, repenser à sa sœur et à… l'autre là, le rendait presque nauséeux. Néanmoins, ce fut ce qu'il se souvint avoir presque dit à Hermione qui le mit le plus à mal.
- La dernière fois que je t'ai vu dans cet état, tu t'étais disputé avec Mme Line, dit finalement Maggie en se levant. Mais je doute sincèrement que tu te sois disputé avec un fantôme, alors… c'était qui ?
Tout en se tournant vers lui, elle posa ses mains sur ses hanches et soupira face au silence de son interlocuteur :
- Après 5 ans à faire le mort, tu te ramènes, je t'ouvre grand les bras et c'est comme ça que tu me remercies ? s'agaça-t-elle quelque peu. Je t'en ai voulu à mort Severus, mais par respect pour le passé et sachant que tu étais plus proche de Mme Line que quiconque, j'ai accepté de pardonner ton putain de deuil pathologique.
- Et je t'en suis reconnaissant, marmonna-t-il en détournant le regard. Mais je n'ai jamais été bien bavard, même à l'époque… je ne vais pas commencer aujourd'hui.
- Oui, avoua-t-elle après un instant, mais tu répondais un minimum à mes questions. Bon sang, nous étions tout de même les meilleurs amis du monde et tu me faisais autant confiance qu'à Christian ! Du moins à l'époque, déplora-t-elle cette fois en baissant le ton.
La bonne humeur dont elle avait fait preuve jusque-là semblait maintenant bien loin. Même si la relation avec les autres n'était pas son fort, Severus arrivait sans mal à percevoir la colère et la tristesse dans le ton pourtant si calme de la femme d'affaires. Il la comprenait, elle avait de quoi être énervée contre lui, le lâche qui avait pris la fuite sans préavis et qui était revenu comme si de rien n'était, non sans l'avoir accusé en premier lieu d'avoir essayé de le tuer :
- J'ai toujours été un bien piètre ami, je le sais… tu as toujours eu un meilleur fond que moi !
Rubis était peut-être devenue la remplaçante de Line, mais elle demeurait sans l'ombre d'un doute la fille gentille et compréhensive qui avait toujours su pardonner les frasques de ses deux amis. Et Merlin lui-même savait que Chris et Severus avaient été terribles plus d'une fois, à leur façon à eux.
- Comment se fait-il que tu aies repris l'opale noire Rubis, demanda doucement Severus face à cette constatation.
- Nous étions proches d'une certaine façon elle et moi. Bien moins que tu ne l'étais d'elle bien sûr, mais plutôt comme tu l'étais de moi avant. J'avais tout de même commencé à travailler pour elle à mes 17 ans et nous nous portions toutes deux une confiance aveugle. Elle m'a accueillie comme tant d'autres et nous a offert un travail, un toit, une protection, et j'admirais tout ça. Mme Line le savait, je suppose que c'est pour ça qu'elle m'a prise sous son aile un peu plus que les autres. Et puis, trois ans environ avant son décès, elle a commencé à m'expliquer les ficelles du métier, d'abord de façon détournée et de façon plus officielle la dernière année.
- Elle t'a appris son travail ? s'étonna Severus tout en restant froid et stoïque.
- Oui, surtout à partir du moment où tu t'es montré plus distant avec le clan… mais crois moi, j'ai été plus surprise que toi aujourd'hui. J'aurais plutôt imaginé que tu deviendrais toi-même son légataire.
- Je n'avais ni la carrure, ni l'ambition nécessaire pour ce poste.
- Hum, un Serpentard non ambitieux ? se moqua Rubis.
- J'en ai, mais pas dans ce domaine, c'est tout.
- Je le conçois facilement, dit-elle finalement en haussant les épaules. Je n'avais pas cette ambition non plus à la base, mais j'ai quand-même pris la suite, et les affaires se portent bien. Je n'ai cependant pas l'œil aussi aiguisé que ne l'avait Mme Line.
- Tu dis ça parce que quelqu'un a essayé de te doubler en embauchant tes propres mercenaires je suppose.
- Tu supposes bien, mais crois-moi, je ne ferai plus jamais cette erreur, dit-elle alors avec un sourire entendu.
- C'est-à-dire ?
- Disons que j'ai simplement fait en sorte de montrer l'exemple. Maintenant, ceux qui souhaitent passer outre mes ordres devront bien y réfléchir. Soit on fait partie du clan et on se contente de faire ce que je dis, soit on n'espère plus avoir la protection que je propose.
- Tu es bien sa digne successeur, ironisa finalement Severus.
Se montrer narquois était sa façon à lui de ne pas montrer sa stupeur. Se serait-il trompé à ce point sur le compte de Rubis ? Était-elle devenue plus mafieuse que jamais ?
- Hum, je ne dirai pas ça ! Non, j'ambitionne d'être meilleure qu'elle, corrigea-t-elle.
- Plus rentable encore ?
- Plus juste…
En disant cela, Maggie eut un air triste l'espace d'une seconde à peine. Puis elle retira sa nuisette comme si elle était seule et fit venir à elle des sous-vêtements à l'aide de sa baguette. Là, c'était bel et bien la femme impudique, folle mais gentille qu'il connaissait :
- Tu devrais y aller Severus, dit-elle finalement en s'habillant comme si de rien n'était. Après tout, je suppose que tu dois être attendu.
Ses vêtements en main, elle regarda son invité avec un regard qui en disait long :
- Et, de ce que j'ai entendu dire, une certaine jeune femme ne serait probablement pas ravie de savoir que tu es resté statique et la bouche ouverte devant une dame entièrement nue qui s'habille.
Refermant la bouche qu'il n'avait pas eu l'impression d'avoir ouverte et avec l'impression désagréable d'avoir été pris sur le fait, Severus se leva silencieusement pour chercher ses propres habits. Il ne fit pas non plus de commentaires quant au fait que Rubis lui avait fait comprendre qu'elle savait déjà avec qui il s'était disputé… et qu'elle aurait simplement aimé qu'il le lui dise de vive voix, ne serait-ce que pour en discuter.
Maggie lui prêta ensuite un manteau chaud pour homme qu'elle avait, sans que Severus n'ait très envie de savoir pourquoi, dans une malle de vêtements de dépannage.
Penaud et pensif, il décida de rentrer en marchant. L'opale noire ne reprenait-il pas un peu trop de place dans sa vie ? Sans parler de sa sœur ! Le passé avait fait un bond dans le temps et il eut la désagréable impression de se le prendre en pleine face. Cela devenait difficile à gérer pour lui qui avait pris l'habitude de se protéger en fuyant tout ce qui l'avait un jour entouré.
Il se sentait plus vulnérable que jamais. La vie était tellement plus simple quand on ne se souciait de rien ni de personne ! Avoir un mentor et une mission précise, sans attache réelle, c'était clairement mieux. Mais ce n'était plus le cas maintenant, il s'inquiétait pour bien trop de personnes qui elles-mêmes étaient attachées à lui.
Repensant une fois de plus à sa sœur, il ne put que revoir celle-ci embrassant Black comme s'il s'agissait de la personne la plus importante au monde pour elle. Il serra alors le point, comme prêt à fracasser un mur, sans pourtant se rendre compte sur l'instant qu'il n'en voulait qu'à lui-même.
Il aurait dû le voir venir de toute façon… surtout si Hermione l'avait vu elle aussi. Était-il aveugle au point de ne pas avoir vu Cléo se faire piéger par le Sinistros en personne ?
Non, la vraie question n'était pas là en fait…
Cléo et Black étaient-ils réellement amoureux ? Hermione avait tellement insisté sur ce point qu'il en venait à se demander si c'était possible. Black était-il seulement capable d'aimer autre chose que sa propre personne ?
C'était si ridicule… peut-être autant que le fait que lui, la terreur des cachots, soit amoureux de la grande héroïne de guerre.
Se figeant sur place, Severus se repassa mentalement ce qu'il venait de dire. Il avait encore tellement de mal à se l'avouer que cela lui serra le cœur. Aimer était la chose la plus horrible au monde, à cause de ça il se sentait faible et pitoyable à un point tel qu'il avait la sensation d'être mis à nu.
Maggie l'avait d'ailleurs bien compris vu comme elle s'était amusée de la situation avant son départ. Enfin, même si cela n'aidait pas Severus, c'était assez rassurant de constater que les nouvelles fonctions de l'ancienne danseuse ne l'avaient pas entièrement changée en psychopathe sans cœur, bien qu'elle fût clairement plus sérieuse qu'avant.
À force de ruminer, Severus avait repris sa route machinalement et, bien trop vite à son goût, il arriva à destination. Là, devant la porte du square, il soupira. Que devait-il faire du coup ? Que devait-il dire ? Était-il ne serait-ce qu'encore le bienvenu dans la demeure de celui qu'il avait voulu exterminer la veille ?
Inspirant profondément, Severus prit son courage à deux mains et entra finalement. Après tout, même si Black voulait le virer de là, il avait ses affaires à récupérer et même le maître des lieux ne pouvait pas l'empêcher de les reprendre.
Une fois dans le couloir, il tomba justement sur Sirius qui avait dû entendre la porte s'ouvrir. En voyant Severus, ce dernier eut un air effrayé qui agaça le sombre sorcier. Ce clebs lui avait fait bien pire pendant des années après tout, et jamais Severus ne s'était abaissé à le regarder avec une telle frayeur, c'était finalement Black l'être faible et pitoyable ici !
Tentant tant bien que mal de ne pas lui lancer un sort cuisant, Severus toussota :
- Salut Bla…
- Heu mec… tu pourrais revenir plus tard ? le coupa-t-il avec une voix qui n'allait pas du tout avec ce qu'il semblait ressentir.
- Mec ? répéta Severus, incrédule.
- Oui heu, en fait j'ai du monde-là et heu… ce serait vraiment beaucoup mieux si tu revenais plus tard !
- Hey, tu es peut-être chez toi ici, mais tu n'as pas non plus à me virer de la sorte sans que je puisse au moins récupérer mes affaires et parler à Cléo !
S'avançant légèrement, il fut stoppé dans son avancée par Sirius qui se mit devant lui avant de marmonner :
- Cléopâtre est occupée !
- Cléo… pâtre ?
Severus n'en revint pas… sa sœur avait réellement dit son vrai prénom à Black ! Elle, qui ne le supportait pourtant pas, avait osé le lui dire, à lui, alors que même Hermione n'était pas au courant. C'était donc pire qu'il ne l'avait pensé… sa sœur devait vraiment être amoureuse ! Il avait sûrement blessé sa sœur encore plus que lors de sa fugue et le grand frère qui sommeillait au fond de lui se sentit monstrueux :
- Bon écoute Black, je vais juste la voir et je pars après.
- Non, dit-il en faisant un nouveau pas de côté pour l'empêcher d'avancer.
- Laisse-moi passer ! commença à s'énerver Severus qui tenta néanmoins de rester le plus calme possible pour ne pas envenimer la situation.
- Tu ne comprends pas 'mec' ! dit-il en lui faisant un signe de tête incompréhensible.
C'en était trop, Sirius lui cachait quelque chose. Cléo ne voulait peut-être plus le voir ! Ce serait compréhensible…
Et Hermione… voulait-elle encore le voir après ce qu'il avait fait ?
Ne venait-il pas de perdre les deux personnes qui comptaient le plus pour lui depuis quelques mois, uniquement à cause de son comportement de cornichon capricieux ?
Une nausée fugace prit place dans l'estomac de la chauve-souris en se posant ces questions. Il ne pouvait pas rester sans savoir ! Quelqu'un était visiblement dans le salon et Black ne voulait pas que l'on sache que le grand méchant Rogue était ici, ce qui semblait corroborer ses hypothèses. Agacé, et peut-être vexé plus qu'autre chose, Severus le poussa :
- Bon, fous moi la paix, je dois voir ma sœur.
Intérieurement, il hurlait aussi un autre prénom. Il réussit à passer et entendit Black essayer de protester une fois de plus. Ouvrant la porte du salon, il vit enfin Cléo qui était installée dans un fauteuil, face à deux personnes dans le canapé dos à la porte.
- Cléo je voulais te…
Severus se stoppa dans son élan quand les deux invités en question se tournèrent.
Soudainement, tout devint flou autour de lui. Severus sentit son cœur partir au quart de tour, comme prêt à éclater… et il aurait mille fois préféré avoir une nouvelle grenade au pied que d'être là à cet instant précis. D'ailleurs, il eut une sensation étrange au fond de son être et ce fut comme si la bille explosive était vraiment là et qu'elle venait de se mettre en marche depuis ses entrailles. Quelques secondes plus tard, tout devint noir.
C'était désagréable, voir même plutôt douloureux. Severus sentait des décharges dans tout son crâne, partant de l'arrière jusqu'au-devant de ce dernier. C'était un peu comme si on mettait sa tête dans un étau avant de serrer au maximum.
Pourtant, parmi ces sensations désagréables, il y avait quelque chose de doux, comme une caresse. D'ailleurs, à bien y réfléchir, il devait s'agir de quelqu'un qui lui caressait délicatement la joue. En tendant l'oreille, il perçut même des murmures lointains. En se concentrant un peu plus, il réussit même à reconnaître la voix angélique d'Hermione :
- …oi s'il te plaît… Severus, allez, ouvre les yeux… oui, voilà, regarde-moi.
Cela valait bien le coup de se fatiguer en ouvrant ses paupières, quand bien même elles semblaient faire une tonne chacune. Hermione était bel et bien un ange, au-dessus de lui, lui caressant tendrement la joue. Elle semblait fatiguée et inquiète tout en vérifiant vraisemblablement ses pupilles :
- Est-ce que tu as des nausées ?
- Non…
- Tu as mal à la tête ?
- Oui…
- Est-ce que tu me vois bien ?
- Tu es… magnifique.
- J'ai déjà entendu ça, mais j'ai bien peur que tu n'aies alors besoin de lunettes, répliqua-t-elle avec un léger sourire. Je me suis vue dans un miroir tout à l'heure et je fais plutôt peur à voir. Mais pas autant que toi, je le crains fort.
Severus sourit à son tour mais grimaça en essayant de se redresser :
- Reste allongé Severus, ordonna-t-elle d'une voix douce mais sans appel. Est-ce que tu te souviens de ce qu'il s'est passé ?
- Je crois que j'ai fait un cauchemar… j'étais revenu pour m'excuser et j'ai eu l'impression de tomber sur… sur… sur…
Grimaçant de plus belle en sentant sa tête tourbillonner, il ne parvint pas à terminer sa phrase. Hermione déposa ses lèvres contre les siennes, délicatement, et il comprit. Il n'avait pas rêvé.
Quand elle se recula légèrement, elle lui dit avec douceur :
- Tu es tombé dans les pommes en les voyant Severus…
- Et ? demanda-t-il en voyant bien qu'elle ne disait pas tout.
- Et aussi, continua-t-elle avec hésitation, ta magie à fait un… eh bien disons qu'elle s'est… extériorisée.
- C'est-à-dire ? interrogea-t-il, perdu.
- Tu as détruit tout le salon avant de chuter… mais personne n'a eu de blessures graves hein, ne t'en fais pas. Par contre, tu vas avoir besoin de repos, tu n'as presque plus d'énergie magique en toi pour le moment donc…
- Cléo ? marmonna-t-il avec inquiétude.
- Elle est en bas avec… avec tout le monde en fait. Christian a pu retirer tous les petits copeaux de bois qu'elle a reçus. Non, non, ne t'inquiète pas, je te l'ai dit, personne n'est grièvement blessé, c'était juste de la 'bobologie'.
C'était difficile à avaler. Il avait perdu le contrôle de sa magie et aurait pu faire beaucoup de mal à sa sœur et à Black pour le deuxième jour consécutif. Et que penser du fait que ses géniteurs étaient là… il sentit finalement des nausées l'envahir, mais il savait que ce n'était pas en lien avec un traumatisme crânien. Hermione était toujours aussi douce et lui remit une mèche de cheveux derrière l'oreille :
- Est-ce que tu veux que je demande à Dumbledore de monter ?
- Albus est là ?
- Oui, il est venu directement après que Sirius lui ait parlé par cheminette. Je vais lui dire que…
- Non, reste ! supplia-t-il en essayant une nouvelle fois de se redresser sans succès.
- Je reste promis, mais toi, arrête de bouger dans tous les sens. Tu as besoin de repos.
- J'ai seulement besoin de toi…
Cela lui avait échappé, mais il le pensait tellement. Hermione sourit légèrement et l'embrassa de nouveau avant de s'allonger à côté de lui :
- Hermione… je suis des…
- Je sais Severus, mais c'est à moi de m'excuser. J'aurais dû te prévenir, j'étais au courant que Sirius aimait ta sœur et réciproquement. Et je suis désolée pour Eileen et Tobias, j'aurais aimé pouvoir te prévenir mais nous ne savions pas où tu étais.
- J'étais… commença Severus, hésitant.
Hermione se blottit contre lui et le coupa d'une voix qu'elle voulut froide mais qui sonnait triste :
- Je sais ça aussi maintenant… tu as la même odeur d'encens ou de je ne sais quoi qu'à ton retour de ta soirée avec Christian…
- Hermione, je te promets qu'il ne s'est rien passé.
- Je te fais confiance. J'ai toujours eu confiance en toi…
Se souvenant de ce qu'il avait failli lui dire avant de simplement prendre la fuite, il se sentit terriblement coupable. Fermant les yeux un instant, il décida de prendre son courage à deux mains. Il avait besoin de s'excuser mais il avait surtout besoin de lui dire une chose importante, maintenant plus que jamais :
- Hermione je… je… Hermione je…
La lionne s'était redressée, inquiète à l'idée qu'il soit en train de bafouiller à cause d'un problème cérébral. Elle voulait revérifier ses pupilles quand il soupira et se lança pour de bon :
- Hermione Jean Granger, je…
La porte s'ouvrit alors qu'Hermione était figée au-dessus de lui. Elle tourna la tête, déçue, et la voix de Cléo se fit entendre :
- Hermione, Albus voudrait te… oh, Severus, tu es réveillé ! dit-elle en tentant de ne pas crier.
- Dumbledore veut me voir ? demanda la lionne, étonnée.
- Oh heu oui… je vais rester avec Severus en attendant. Enfin, si tu es d'accord Sevy…
Il acquiesça doucement et laissa sa lionne sortir, non sans autant de déception qu'Hermione. Cléo s'installa à côté de son frère, silencieuse. Severus la regarda, elle semblait avoir pleuré :
- Tu sais… je suis certain à mille pour cent que tu mérites mieux que ce ch… que Black, se rattrapa-t-il de justesse avant de continuer pour ne pas que sa sœur se méprenne. Mais je tiens à te dire Cléo… enfin… on ne choisit pas de qui on tombe amoureux et… je veux juste que tu sois heureuse dans le fond.
Un sanglot fut la seule réponse qu'il obtint et le sombre sorcier se demanda ce qu'il avait encore fait de travers. Néanmoins, sa sœur se leva et tenta de le prendre dans ses bras, pleurant finalement sur le torse de son frère :
- Sirius m'a expliqué pourquoi tu as réagi comme ça… je ne savais pas ce qu'il t'avait fait et…
- Ce n'est pas grave, murmura-t-il en se renfrognant face au câlin humide qu'il subissait.
- Si, ça l'est ! J'ai mis du temps à me souvenir mais maintenant je me rappelle… parfois la nuit tu criais dans ton sommeil pendant les vacances… tu hurlais pour que 'patmol' et les autres cesses de te faire du mal et…
- Je ne suis plus un enfant qui fait des cauchemars Cléo, grogna-t-il en se souvenant subitement de certains de ses mauvais-rêves de l'époque. Et je suppose qu'il n'est plus le sale con qu'il était quand ses hormones régissaient sa vie.
C'était presque douloureux de devoir dire cela, mais il repensa au changement de comportement de Black depuis quelques mois il aurait dû se rendre compte que cela avait commencé depuis le retour de Cléo en Angleterre. Il avait été plus courtois que jamais, ne l'avait plus appelé par des surnoms rabaissant et ne l'avait presque pas dénigré, même quand ils se retrouvaient seuls tous les deux. Et puis, il se souvient aussi de l'inquiétude dans les yeux de sa sœur quand il avait attaqué Black. Mais, ce qu'il revoyait surtout dans sa mémoire, c'était Hermione lui expliquant l'évidence même : ils s'aimaient…
- Il n'aurait pas…
- Est-ce qu'il est gentil avec toi ? la coupa-t-il en soupirant de lassitude.
- Oui, mais il…
- Est-ce qu'il te fait sourire et rire ?
- Oui, mais je…
- Est-ce qu'il te soutient et se montre prévenant envers toi ?
- Oui Severus mais il t'a…
- La seule chose qui m'importe c'est que tu sois heureuse Cléo ! dit-il sur un ton sans équivoque. J'ai fait plus d'erreurs de jeunesse que je ne saurai en réparer… mais j'essaie quand-même. Je serai bien mal placé pour empêcher Black de faire de même !
Cléo le regarda alors, les yeux toujours larmoyants mais ne pleurant plus. Elle jaugeait la sincérité de ce que son grand frère venait de lui dire, et Merlin savait qu'il le pensait, quand bien même c'était ulcérant. Après tout, s'il avait le droit d'avoir une princesse Gryffondorienne dans sa vie pour le rendre meilleur, Black avait bien le droit d'avoir une reine égyptienne dans la sienne.
- Nous n'étions que des gamins, nous sommes maintenant des adultes, nous devrions pouvoir agir comme tels. Même si je n'en suis pas toujours certain vu mes réactions parfois.
- Tu es bien un adulte Severus… un adulte qui doit juste faire face à beaucoup de choses et qui le fait avec force et détermination ! Tu sais… je t'admire depuis toujours et je suis fière que tu sois mon grand-frère !
- J'ai fait exploser une pièce entière, peut-être devrais-je mettre moins de force et de détermination dans mes réactions à l'avenir, ironisa-t-il.
- En parlant de ça, je t'assure que je ne savais pas que maman et papa viendraient, je te le jure !
- Je le sais… en revanche, ce que j'ignore et que j'aimerai vraiment savoir, c'est qui est l'imbécile qui a lancé une partie de Jumanji sans me prévenir…
Cléo le regarda avec étonnement et ne put finalement retenir un très léger ricanement. Elle protesta alors à propos de son sens de l'humour puis après un court instant, Severus demanda avec sérieux :
- Eileen et Tobias sont toujours là du coup ?
- Oui… maman est tombée dans les pommes plusieurs fois et papa a reçu des éclats de verre aux bras et au visage en la protégeant lors de la déflagration, mais ça va. Enfin, il est choqué lui aussi, bien sûr, et ils ont tous les deux eu beaucoup de questions…
- Que leur as-tu dit ?
- Rien, mis à part qu'ils n'avaient pas rêvé et que tu étais en vie… je ne savais pas ce que tu voulais qu'ils sachent ou non alors…
- Tu as bien fait.
- Par contre ils ont parlé avec Dumbledore et je ne sais pas ce qu'ils se sont dit.
Severus avait une totale confiance en Albus et savait donc que rien d'important n'avait été dit. En revanche, il n'était pas certain de pouvoir se faire confiance à lui-même.
En effet, il craignait plus que tout l'idée de revoir ses géniteurs, ne sachant pas ce qu'il pourrait faire si cela se produisait… il était visiblement pire qu'un enfant ne sachant contrôler son pouvoir, comme à l'époque.
- Severus, je peux te donner un conseil ? finit par demander sa sœur. Enfin, deux conseils je dirai même.
- Oui, mais pas dit que je les suivrais.
- Pour commencer, dit-elle sans se formaliser de sa réponse, tu devrais assumer ton bonheur… je sais que ce n'est pas évident et que tu dois te sentir plus en sécurité en te cachant, mais franchement, c'est dommage, et pas uniquement pour toi.
- Je ne vois pas de quoi tu parles, mentit Severus sans la moindre conviction. En revanche je te promets d'y réfléchir, juste au cas où je finirai par comprendre ton charabia.
Cléo sourit, presque amusée. Elle avait bien compris le message au moins, puis en retrouvant plus de sérieux, elle donna le second conseil :
- Tu devrais parler à maman et papa. Non, s'il te plaît, fait plutôt comme pour le premier, réfléchis-y.
- Et pourquoi je devrai le faire ?
- Parce qu'ils ont changé. Parce qu'ils ont le droit à une seconde chance, comme tout à chacun. Et aussi parce qu'ils ont le droit de savoir ce que tu es devenu.
- Je préfère rester mort à leurs yeux.
- Mais tu ne l'es pas et ils sont dévastés.
Severus souffla par le nez en guise de rire ironique. Dévastés ? Ils étaient dévastés ? Et lui alors, qu'est-ce qu'il était ?
- J'y réfléchirai, mais bien moins qu'à ton premier conseil. Est-ce que ça te convient, Cléopâtre ?
- Ah non, je t'en supplie, pas toi…
- Ce n'est pas digne d'une reine de supplier quelqu'un ! se moqua-t-il avec un sourire plus narquois que méchant.
Discuter de la sorte l'avait fatigué plus qu'il ne l'aurait cru et sans même s'en rendre compte, il se rendormit sur cette mauvaise blague.
