Chapitre 5 : Les prémices d'un plan
Quand il se réveilla de nouveau, Albus était assis à côté du lit, un magazine à la main. Sans même détourner le regard de l'ouvrage, le vieil homme prit la parole doucement, comme si tout était absolument normal :
- Savais-tu qu'il était possible de mettre des pots de fleurs en hauteur grâce à des macramés Severus ?
- Ça me fait une belle jambe de savoir ça Albus… je suppose qu'il ne me reste plus qu'à t'offrir des cordages colorés et des pots de fleurs pour ton prochain anniversaire.
- Ton anniversaire va arriver beaucoup plus vite que le mien mon garçon ! Néanmoins, je constate avec joie qu'en vieillissant, tu retrouves une forme d'humour tout à fait charmante.
- Je vieillis mais reste un 'garçon' à tes yeux visiblement, grogna-t-il en levant les yeux au plafond, faussement exaspéré.
- Disons juste que tu es encore bien loin de rattraper mon âge, constata le directeur avec amusement.
- Tu es un vieux croulant il est vrai ! accorda le maître des potions.
- Ne suis-je pas encore en forme pour un homme qui pourrait être ton arrière-grand-père ? plaisanta alors le centenaire.
Severus ne répondit rien, se contentant d'un sourire amusé en regardant son mentor. Il était vrai qu'au vu de son âge, il aurait pu être un 'vénérable ancêtre', mais il était bien plus que ça aux yeux du plus jeune. Sans Dumbledore, sans ce sorcier dont la puissance n'avait d'égal que son humanité, que serait-il aujourd'hui ? Le bras droit d'un monstre sanguinaire ou celui d'une mafieuse ? La vie était surprenante parfois.
Après s'être étiré dans le lit, il se redressa enfin sans douleur, se sentant bien mieux grâce à son repos forcé. Regardant par la fenêtre, il vit avec étonnement qu'il faisait déjà nuit noire :
- Par Salazar, combien de temps ai-je dormi au juste ? s'exclama-t-il.
- Une petite dizaine d'heures, répondit vaguement Albus.
- Et tu es resté là tout ce temps ?
- Non, je me suis contenté de prendre la relève de Miss Granger. Elle s'endormait assise la pauvre. Pompom elle-même serait impressionnée en voyant la loyauté que cette jeune femme a montré envers son patient.
En disant cela, Albus eut l'un de ses regards malicieux que Severus détestait tant. Faisant mine de ne rien avoir remarqué afin de ne pas s'énerver inutilement, il fit légèrement craquer sa nuque en penchant sa tête à droite puis à gauche :
- À croire que je ne suis plus en mesure de dormir sans surveillances.
- Tu as juste une trop grande tendance à fuir quand on te demande de rester tranquille. À croire que tu n'es pas capable de suivre de simples conseils, dit alors le directeur avec un sourire entendu.
- Un véritable cornichon sans cervelle, n'est-ce pas ? demanda Severus en soufflant ironiquement par le nez.
- J'aurais plutôt dit comme un jeune homme courageux et rusé, qui en fait toujours beaucoup trop et qui ne sait simplement pas quand s'arrêter ou quand écouter les conseils. D'ailleurs en parlant de ça, ajouta avec sérieux le vieillard qui posa son magazine sur la table de chevet non loin, as-tu appris des choses intéressantes au cours de tes 'missions' à l'Opale noire ?
Il était vrai qu'Albus n'avait pas vraiment approuvé de bon cœur la sortie de Severus pour la soirée des anciens du club, même s'il avait fini par accorder à son protégé qu'il avait raison de s'y rendre pour avoir des réponses à ses questions. Albus s'inquiétait simplement au fond. Néanmoins, ce fut un détail de la question qui interpella l'espion :
- Si tu es déjà au courant qu'il y a eu de ma part plus d'une visite là-bas, cela signifie que tu connais déjà la réponse ! Je me trompe ?
- Toujours aussi perspicace, cela me rassure assez je dois dire. Tu as en partie raison, j'ai quelques réponses. Cependant, il me reste quelques zones d'ombres que je déplore.
- Lesquelles ?
Le directeur de Poudlard caressa sa barbe blanche au rythme de ses réflexions avant de demander avec des mots mesurés :
- Si la nouvelle patronne de l'établissement n'est en rien responsable dans l'embauche par Lestrange des trois agresseurs… qui est-ce ?
- Je ne le sais pas moi-même Albus, sinon crois bien que j'aurais déjà fait quelque chose. Une seule chose est certaine, c'est quelqu'un qui me connaît et qui a travaillé avec Line à l'époque.
- Avec, pas plutôt pour ? questionna Albus.
- Non, forcément 'avec', confirma Severus. J'en ai longuement parlé avec Rubis et elle est persuadée que c'est quelqu'un d'influent qui devait avoir un lien avec Line, sinon personne n'aurait osé débaucher des hommes à elle. S'il a réussi à détourner trois personnes de la ligne de conduite qu'elle impose à ses employés, ce ne peut pas être un sous fifre. Même si elle n'est pas aussi effrayante que ne l'était Missy, elle l'a reconnu, elle a clairement les 'compétences' nécessaires pour se faire 'respecter', en temps normal du moins.
- Tu sembles avoir une grande estime pour cette demoiselle.
- C'est ma… c'était ce qui se rapprochait le plus de ma meilleure amie à l'époque de l'Opale noire, se corrigea l'espion.
- Si elle a réussi à avoir ton respect elle doit en effet être une femme, ma foi, très forte. Mais les quelques faiblesses dans sa gestion de ses employés ont eu des effets regrettables.
- En tout cas sur les plus faibles de ces sbires qui se sont vu appâter par ce qui devait être une belle somme d'argent. Ce n'était apparemment que des employés de service qui faisait le ménage dans les locaux, un peu comme notre vieille connaissance à Poudlard, sans le chat démoniaque. Ce n'était absolument pas des mercenaires, ils se sont fait avoir en beauté je suppose. Ça a suffisamment agacé Maggie pour qu'elle ne laisse plus passer ce genre de comportement… je n'aimerai pas être à la place des deux autres types qui ont réussi à nous fuir.
Albus resta silencieux, comprenant très bien ce que cela voulait dire, mais certaines choses étaient hors de son contrôle et de celui de son protégé. Severus quant à lui, prit un court temps de pause avant de reprendre :
- Enfin bref, là n'est pas la question. On sait seulement plus ou moins pourquoi ce sont des cracmols de l'établissement qui ont été débauchés.
- Le fameux message dont tu penses être le destinataire, compléta Albus qui semblait en accord avec cette hypothèse vu son léger acquiescement de tête.
- Maintenant, le problème majeur demeure finalement dans le fait que je ne connais pas tous les anciens collaborateurs de Line. Ils sont nombreux et tous influents, si ce n'est pas carrément puissants.
- C'est fort probable en effet, il fallait bien de l'influence et de l'argent pour aider Lestrange, même si l'aide apporté était bancale. Mais ce n'est pas un si gros problème que ça.
- Bien sûr, enquêter sur des personnes influentes est un jeu d'enfant, ironisa Severus.
- Tu sembles oublier que tu es toi-même une « personne influente » ! Cela te facilitera sûrement un peu la tâche.
- Je sais où tu veux en venir et c'est non, je ne suis pas puissant à ce point Albus, grommela-t-il en lançant à son mentor un regard se voulant menaçant.
- Bien sûr que vous l'êtes, Lord Prince ! dit le vieillard avec un sourire entendu, bien loin d'être effrayé par le jeune sorcier.
- Ne m'appelle pas comme ça ! s'exclama Severus, agacé.
- Il y a de nombreux noms que je ne peux pas employer avec toi mon garçon. Pourtant, ce dernier n'est pas celui de ton géniteur que je sache et puis, tu as officiellement accepté le titre de Lord au moment du décès de ton grand-père maternel.
- Je suis et resterai toujours Maître Severus Rogue. Je n'ai accepté d'être Lord que pour faire plaisir à grand-mère…
- Et à Missy Line, ajouta Albus.
Severus soupira et détourna le regard. C'était vrai, il avait accepté pour elle, et cela faisait de lui un Lord qui avait du poids dans la société, au moins autant que Black dans un sens. Cependant, il n'appréciait guère tout ceci, contrairement à Sirius qui avait accepté sans mal son titre et qui avait visiblement endosser son rôle à temps plein et avec bonne humeur.
Au décès de Julius Prince, Severus avait accepté le titre que ce dernier lui avait proposé sur son lit de mort, non pas par plaisir mais par nécessité. Missy lui avait dit de le faire, mais elle n'avait pas été la seule à le vouloir. Sa grand-mère avait tout autant insisté pour qu'il prenne la succession, elle qui, comme sa fille, avait suivi pendant des années les ordres d'un homme mauvais uniquement par amour. Elle avait alors perdu sa famille et avait probablement vu en son petit-fils un moyen de réparer ses fautes tout en empêchant la disparition complète de la lignée Prince.
Avec l'accord de la belle-sœur de Mme Prince, femme à qui Severus devait d'ailleurs son prénom et qui n'avait jamais eu d'enfant, toute la fortune familiale lui avait donc été léguée, à lui, le sang mêlé qui avait redoré le blason familial en devenant un partisan de Voldemort… quelle fierté hein ?
- Elle savait que tu n'étais pas ce que tu prétendais être, n'est-ce pas ? demanda Dumbledore comme s'il ne connaissait pas déjà la réponse.
- Grand-mère a toujours su que je n'avais pas fait disparaître mes géniteurs au sens que l'entendait tous les autres. C'était une femme bien au fond, elle avait juste commis des erreurs par aveuglement, elle était amoureuse et n'avait pas une position suffisante pour avoir son mot à dire. Tout comme grand-tata, ajouta-t-il en réfléchissant.
Ulpia Prince, la sœur de Julius, était bien différente du reste de sa famille. C'était probablement pour ça qu'elle avait trouvé en sa belle-sœur une amie fidèle et importante. Les deux femmes étaient quasiment inséparables et, bien que discrètes sur le fond de leurs pensées, Severus était certain qu'elles avaient toutes deux eu en horreur la ségrégation faite envers les nés moldus et les non sorciers.
- Elles ont pourtant commis des fautes en ne faisant rien non ?
- Hélas, surtout à l'époque, les femmes n'avaient pas leurs mots à dire. Elles n'étaient bonnes qu'à se marier et enfanter tout en se soumettant à leur époux. Ulpia a eu la chance de devenir veuve très jeune elle, mais même sans être obligée de se remarier, elle devait écouter son frère qui demeurait le chef de famille.
- Elle aurait pu partir loin.
- Et laisser ma grand-mère seule ? Non, je te l'ai déjà dit, elles étaient amies et sans Ulpia, ma grand-mère aurait sombré dans la dépression après le départ de sa fille. Leurs seuls torts étaient de vouer à Julius et aux règles de la Lorderie un amour et un respect sans faille, malgré leurs désaccords avec les idéaux profonds de ces derniers.
- Si je comprends bien, tu penses donc que même les « gens bien » sont amenés à faire des erreurs, n'est-ce pas ? Mais force est de constater que tu es capable de les excuser, dit alors Albus avant d'ajouter en souriant, quand tu le veux.
- Ce n'est pas la même chose qu'avec Eileen et son mari ! s'emporta Severus qui comprit, bien trop tard, où Albus avait voulu le mener.
Ce dernier eut un sourire triste cette fois-ci. Regardant celui qu'il avait traité comme son fils depuis tant d'années, il reprit :
- Il n'est pas bon de vivre dans le passé Severus, avec les regrets et les peurs qui en découlent. Il faut savoir pardonner pour avancer pleinement et tu le sais.
Que dire face à cela, si ce n'était que c'était agaçant de se l'entendre dire. Il était hors de question pour Severus de répondre à cette provocation, aussi pleine de sagesse fut-elle ! Et Albus le savait, si bien qu'il reprit sur le sujet précédent :
- Récapitulons donc ! Ce que nous avons appris grâce à tes excursions à l'Opale noire n'est pas négligeable, mais ce n'est clairement qu'un début. Si ce que nous supposons est juste, quelqu'un autre que Lestrange t'en veux personnellement. Vu les moyens employés, il s'agit d'une personne qui côtoyait le club et qui devait être proche de sa gérante de l'époque, aussi bien en terme de travail que de « prestance sociale » …
- Tu comptes vraiment radoter ? s'exaspéra Severus.
Il savait que son mentor réfléchissait, à haute voix, plus pour lui-même que pour réellement faire une énième fois la causette. Mais cela ne pouvait signer qu'une chose : le grand Albus Dumbledore fomentait déjà un plan d'attaque sur son échiquier mental. Et vu la conversation précédente sur son titre, Severus craignait le pire :
- Il ne peut donc s'agir que de quelqu'un de haut placé dans la société sorcière, Missy Line ne travaillant réellement qu'avec des personnalités du monde magique. Quelqu'un qui possède donc des richesses, certes, mais aussi un minimum de pouvoir. Juste ce qu'il faut pour convaincre des employés de l'une des sorcières les plus influentes de l'ombre de changer de patron sur une mission…
- Quelqu'un faisant donc partie de la Lorderie, marmonna Severus en levant des yeux las au plafond.
- Tout à fait ! s'amusa Albus qui entrait enfin dans le vif du sujet. Il va donc simplement falloir chercher de ce côté-là.
- Et je suppose que tu as une idée derrière la tête et que mon statut va nous être utile, grommela le Prince de sang mêlé.
- Il faudra y réfléchir plus en détail bien entendu, mais peut-être qu'un gala de charité serait bon à envisager dans les mois prochains.
- Un gala ? répéta Severus. Et sous quelle excuse bidon un Lord fantôme tel que moi va pouvoir en organiser un au juste ? Ce n'est pas comme si j'étais présent dans les mondanités sorcières, cela sera louche si j'opte pour une sauterie d'anniversaire ou de bienfaisance, comme ça, d'un coup !
Avec le regard pétillant qui lui fit face, Severus sut que la réponse était en réalité déjà toute trouvée pour Albus. Ce dernier, avec son air malicieux entièrement retrouvé, se leva et dit comme si de rien n'était :
- Eh bien mon garçon, je suppose que l'ouverture d'une nouvelle aile ministérielle serait un contexte acceptable. Surtout quand on sait que le Lord à la tête du groupe 'pygargue royal' est le principal donateur.
- Il est hors de question que nous utilisions le projet d'Hermione dans ce plan ! s'indigna le sombre sorcier avec ferveur.
- Je suis persuadé que Miss Granger sera ravie d'être utile dans la recherche de celui qui a mis en danger ses parents. Sans compter que cela sera bénéfique pour son futur service.
- Ce n'est pas envisageable !
Severus aurait aimé être capable de se lever pour protester avec plus de force, mais il s'en savait incapable. Il se contenta de lancer un regard noir à Albus et de continuer sur sa lancée :
- Déjà parce qu'elle ne sait pas qui est à la tête du groupe Pygargue, et deuxièmement parce que, je te le précise au cas où tu serais devenu sénile, les puissants de notre monde ne seront pas très à même de venir festoyer autour d'un sujet qui ne leur sera pas bénéfique.
- Voyons Severus, n'est-il pas justement temps que les mentalités aristocratiques du pays changent concernant les conditions de travail des elfes ? Je suis persuadé que nombres de hauts dignitaires seront intéressés à l'idée d'échanger autour d'un sujet qui risque de les impacter très prochainement, pour le bon comme pour le mauvais.
- Mais je…
- Oh mais je n'avais pas fait attention à l'heure, il faut que je m'éclipse avant que Minerva ne s'inquiète trop de mon absence, le coupa le directeur avec une voix beaucoup trop joyeuse. Je te souhaite un prompt rétablissement mon garçon. Ménage-toi bien, afin d'être en forme pour la rentrée et, bien entendu, pour tout le reste. Passe le bonjour de ma part à Miss Granger quand tu la verras ce matin, sur ce, à bientôt Severus.
Ne laissant pas le temps de réponse à son interlocuteur, le mentor de l'espion de nouveau officiellement en service s'en alla. Se recouchant convenablement mais de mauvaise humeur, Severus rumina. Cela faisait un peu trop d'informations, de choses à penser et de choses à faire, il le déplorait. Tout semblait lui tomber dessus en même temps, que ce soit Lestrange, Hermione, Black ou bien les Rogue.
Il allait devoir se montrer méthodique et organisé pour ne pas se laisser acculer. Il allait probablement commencer par une discussion tout en douceur avec sa lionne, puis il réfléchirait plus tard en détail concernant les parasites qui avaient fait un retour remarqué dans sa vie.
Les heures passèrent lentement pour une fois. En même temps, passer son temps à réfléchir dans le noir n'aidait pas à faire accélérer ce dernier. Heureusement, Hermione était matinale et avant même les premières lueurs du jour, la porte de la chambre s'entrouvrit doucement :
- Je suis réveillé, tu peux entrer.
- Comment vas-tu ? demanda-t-elle directement en entrant et en fermant derrière elle.
- Je tiens une forme olympique, peut être pourrions-nous aller faire un footing, loin, très loin d'ici ? proposa-t-il avec un sourire narquois.
- Non pas que je n'aime pas l'idée de te voir courir mais, d'une, je ne suis pas du genre à trotter par plaisir et de deux, tu vas peut-être mieux mais je refuse que tu en fasses trop.
Elle se dirigea vers le lit et s'assit au bord de ce dernier. Severus se redressa et se demanda s'il était vraiment judicieux de lui parler maintenant. La jeune femme passa alors sa main dans les cheveux du malade et les mis en arrière :
- Ils ont beaucoup poussé, tu vas finir par devoir te les attacher.
- Et pourquoi ?
- Parce que je veux pouvoir voir tes yeux, c'est tout.
Levant ces derniers au ciel, il ne répondit pas. C'était assez vrai néanmoins, il n'avait pas pris le temps de se couper les cheveux depuis la fin de la guerre. Reportant ensuite son regard sur la lionne qui vérifiait avec sa baguette l'état de santé de son patient, il se racla la gorge :
- Hermione je…
- Attends deux secondes, ne bouge pas, j'ai bientôt fini… et… c'est bon ! Ton niveau de magie est entièrement remis, c'est assez surprenant.
- Pourquoi cela ?
- Tu avais presque utilisé l'entièreté de ce dernier, j'aurais pensé qu'il t'aurait fallu plusieurs jours pour t'en remettre. Ce n'est pas moi qui vais t'apprendre la dangerosité que cela représente pour un sorcier que d'utiliser toute sa puissance.
- Je suis robuste je te signale.
- Ça, je le savais déjà.
Hermione posa sa baguette, tout sourire, avant de se tourner pour être face à lui et le regarder droit dans les yeux :
- Alors, qu'est-ce que tu voulais me dire ?
- Je ne sais pas trop par où commencer à vrai dire.
- Commence par ce qui te semble le plus important, je suis toute ouïe.
Observant avec attention le visage angélique de la jeune femme, si droite, si sincère, si loyale et belle, il se lança :
- Tout d'abord, je suis désolé de m'être montré agressif et injuste envers toi. Je sais que tu le sais, tu me l'as déjà dit, mais je n'ai pas eu l'occasion de te… eh bien de te présenter mes excuses ! Non, laisse-moi finir, je devais vraiment le faire et t'expliquer… à propos de l'endroit où j'étais, je ne sais pas pourquoi j'y suis allé mais je t'assure que je n'ai fait qu'y dormir.
- Je te l'ai déjà dit, j'ai confiance en toi.
- Pourtant, je suis un menteur plus que convaincant…
- C'est vrai, tu mens très bien, tu es aussi un acteur hors pair qui a réussi à se jouer du plus terrifiant des mages noirs contemporains. Mais… tes yeux, eux, ne me mentent jamais. Et puis, tu ne supportes pas qu'on te touche, je ne risque donc rien !
En disant cela, la jeune femme posa sa main sur son torse et Severus ne put qu'arborer un sourire amusé :
- Ce n'est pas entièrement faux, mais je me soigne. Je laisse même ma sœur me prendre dans ses bras.
- Et une insupportable je-sais-tout faire plus que cela, ajouta la lionne en ricanant.
- La plus têtue de toute, mais tu es bien placée pour le savoir. Ce n'est pas faute d'avoir essayé de te repousser.
- Tu aurais pu y arriver si tu t'étais montré plus ferme. À croire que tu n'avais pas réellement envie de me rejeter, bien que tu n'aies clairement toujours pas l'intention d'officialiser tout ça.
La lionne perdit quelque peu son amusement mais conserva son sourire. Severus posa sa main sur celle que la jeune femme avait laissée sur son torse :
- J'ai envie de te protéger, c'est tout.
- Je suis en danger permanent à cause de mes choix et ce depuis mes 12 ans, quand j'ai décidé d'être amie avec Harry et Ron. J'ai toujours su que cela arriverait, et je sais aussi que je me ferai encore attaquer à cause de qui je suis.
- Je te protège de mes ennemis autant que du regard des autres. Ils peuvent s'avérer aussi dangereux et destructeurs qu'un sortilège transperçant.
- Si ce n'est que ça, les regards ne m'effraient pas. Je me ris littéralement du danger !
- Il faut bien être un lion pour dire ce genre d'absurdité, soupira Severus.
- Ne t'en fais pas, je m'en moque de toute façon… dit-elle en prenant un air sérieux. Tant que je suis à toi, même dans l'ombre, ça me convient.
Face à cette réflexion à laquelle Severus ne s'attendait pas, il eut du mal à trouver ses mots. Il l'aimait tellement qu'il aurait souhaité le crier sous tous les toits. Elle, cette jeune femme si parfaite qui semblait l'aimer inconditionnellement, lui, la terreur des cachots détestable et détesté. Pour réponse, il se pencha alors et l'embrassa avant de murmurer, son front contre le sien :
- Hermione, je suis tout autant à toi.
Se redressant il s'empressa d'ajouter, bien trop gêné par ce qu'il venait de lui avouer :
- Ne l'oublie jamais et ne compte pas sur moi pour te le redire ! Bref, nous nous éloignons du sujet que je voulais aborder, continua-t-il en toussotant pour reprendre contenance. J'ai parlé à Albus et il s'avère que nous sommes d'accord sur un point : l'Opale noire n'est pas en cause dans l'affaire Lestrange. Je pense même pouvoir affirmer que la gérante sera une alliée de poids pour arrêter celui où ceux qui sont du côté de cette folle.
- Mais ? demanda-t-elle avant d'ajouter, car je suppose qu'il y en a un.
- En effet, il y en a un. La fameuse personne qui a dégoté les trois cracmols pour aider Lestrange, quand bien même cette aide était bancale, est très probablement quelqu'un de puissant…
- Que veux-tu dire par là ?
- Eh bien, une personne riche, probablement très riche même, au point de réussir à détourner trois personnes des instructions de Mme Fine. Alors certes, ce n'était pas des mercenaires très puissants, mais c'était simplement une mise en garde, un message…
Severus regarda sa compagne et ajouta après un instant d'hésitation :
- Hélas, on peut donc supposer que ce n'était qu'un début !
- Tu penses que Lestrange va revenir avec d'autres… sorciers ? s'inquiéta Hermione qui ne semblait pas à l'aise devant cette probabilité.
- Cela expliquerait pourquoi elle n'a toujours pas repointé le bout de son nez Hermione. Son mécène est sûrement en pleine préparation d'un nouveau plan d'attaque !
- Le fameux message dont tu parles étant passé, commenta la lionne, il ne leur reste donc plus qu'à…
- Terminer le travail, compléta Severus.
- Alors il faut impérativement que nous trouvions Lestrange et cette personne si puissante avant que cette psychopathe ne revienne ! s'exclama Hermione, prête à en découdre sur le champ si nécessaire.
Oui, il fallait les retrouver et l'idée d'Albus était hélas le meilleur moyen de trouver des réponses concernant l'identité du sorcier aidant Lestrange, Severus le savait bien. Il savait aussi, en revanche, que cela demanderait à Hermione de s'exposer et il serra le point. La lionne le remarqua et dit alors avec toute sa hargne de vaincre :
- Severus, quel est le plan de Dumbledore. Je suis certaine qu'il t'en a parlé, je me trompe ?
- Tu es insupportable, mais oui, il a une idée, dit-il en hésitant de nouveau avant de se lancer. Il va falloir réunir les sorciers les plus puissants lors d'un gala afin qu'ils soient tous au même endroit. Ils ne pourront pas refuser l'invitation et cela sera plus facile de les observer et de les interroger discrètement ainsi.
- Je veux bien Severus, mais comment fait-on ? Si tu parles des aristocrates tel que les Malfoy, il est impossible pour nous de les réunir ! Il faudrait que cela soit l'un d'eux qui les invite pour une occasion spéciale.
- Justement, en parlant de ça…
Ne sachant pas vraiment comment aborder le sujet, Severus soupira. Il savait que c'était stupide, il n'avait pas à avoir honte d'un héritage qu'il n'avait pas choisi. Néanmoins, il avait quelques craintes dont, entre autres, le regard que la lionne lui porterait quand elle apprendrait qu'elle avait face à elle le Lord descendant d'une famille de sang pure raciste. Finalement, ne trouvant pas les mots, Severus retira sa gourmette et la tendit à Hermione qui l'observa.
Le bijou qu'elle tenait maintenant dans les mains et qu'elle regardait était bien plus qu'un simple bracelet. Bien entendu, son prénom était noté sur l'une des faces comme toute gourmette qui se respectait mais à l'intérieur, c'était un pygargue blanc avec une couronne sur le buste qui était gravé. Il était sur le point d'expliquer enfin à Hermione ce dont il s'agissait quand elle prit la parole en première :
- C'est un saut de Lord n'est-ce pas ? Comme la bague de Sirius… plus qu'un simple bijou, c'est ce qui permet les signatures magiques officielles des contrats, uniquement de la part du chef de famille. Cela laisse l'emprunte magique du porteur et évite ainsi les fraudes…
- C'est ça…
- C'est donc toi qui es à la tête de la maison d'édition qui a fait un don pour mon service…
- Pas seulement de la maison d'édition en fait, je possède tout le groupe Pygargue royal, dit-il alors avant de se rendre compte que cela faisait un peu trop prétentieux. Ce n'était pas par choix que j'ai pris la succession, mais ça m'a au moins permis de remettre dans la légalité les différentes filiales du groupe !
- Et ça te permet aussi de faire des dons sur le nom de ta société plutôt qu'en ton nom propre ! De cette façon on ne peut pas savoir qui est réellement le donateur en question !
Hermione lui rendit le bijou, l'air passablement énervée. C'était pire que ce que Severus avait imaginé, elle n'était pas estomaquée non, elle lui en voulait sans qu'il ne comprenne vraiment pourquoi ! Remettant la gourmette à son poignet, il se défendit donc comme il le pouvait :
- Je n'ai jamais vraiment voulu de ce titre, et je n'aimais vraiment pas Julius qui était un homme aux idéaux médiévaux, mais je dois avouer que leur argent m'a été très utile ! Ne serait-ce que pour te permettre d'ouvrir une aile consacrée aux conditions de travail des elfes de maison. En revanche je te promets que je n'ai jamais rien fait d'illégal avec cet…
- Quand comptais-tu me dire que c'était toi le principal donateur ? Quand allais-tu me dire que tu fais partie de l'aristocratie du pays ?
Alors c'était ça le problème finalement ? Le fait qu'il ne lui en avait pas parlé plus tôt. Ce n'était pourtant pas si grave que ça, ce n'était pas comme s'il lui avait caché qu'il était proxénète ! Là elle aurait pu s'énerver, mais ce n'était clairement pas le cas, alors il dit avec une exaspération non camouflée :
- Ce n'est qu'un simple titre, je reste le même, je ne suis pas un Lucius Malfoy bis ! Et, je ne voyais pas un grand intérêt à ce que tu saches que c'était moi qui…
- Severus, tu te rends compte que ton 'simple titre' induit chez toi des obligations légales qui ne sont pas anodines ?
- Bon sang mais tu vas arrêter de me couper la parole ! s'agaça-t-il alors qu'il ne supportait plus la colère de la lionne en son égard. Bien sûr que j'ai des obligations légales, comme tous les sorciers du Royaume-Unis, et je ne vois pas pourquoi tu réagis de la sorte !
- Je réagis comme ça parce que tu es un Lord et que tu es censé épouser quelqu'un de ton rang, pas n'importe quelle femme venue, et ce avant tes 30 ans ! Sans oublier que…
Cette fois, ce fut à lui de lui couper la parole, non pas par un discours énervé mais par un éclat de rire. Ainsi donc, elle était en réalité énervée à cause de ce qu'elle avait dû lire dans un énième bouquin à la noix. Vu son regard noir, le sombre sorcier tenta de stopper son rire, ce qui fut difficile, puis il demanda finalement :
- Tu sais quel âge j'ai Hermione ?
- Oui je le sais, se vexa-t-elle, tu as… eh bien…
Elle dut réfléchir un instant, faisant clairement le calcul dans sa tête. Quand elle parvint au résultat, elle blêmit à vue d'œil :
- 38 ans… oh Merlin, tu es déjà marié Severus ! Ou alors tu es veuf ! Bon sang ne me dit pas que tu étais marié à…
- Quoi ? Hey, hey, calme toi Hermione !
Ainsi donc, même la princesse de Gryffondor pouvait devenir hystérique. C'était néanmoins plus amusant à voir que réellement effrayant :
- Je ne suis pas marié et je ne l'ai jamais été voyons ! dit-il alors en retenant un nouveau rire. Est-ce que tu peux me dire où tu as lu ces règles ?
- Dans un des livres que Sirius a dans sa bibliothèque et qui expliquait justement les règles à suivre dans la Lorderie Anglaise et cela stipulait clairement que…
- Black est-il marié ? questionna Severus en la regardant dans les yeux.
- Non, mais il a été considéré comme fugitif pendant si longtemps que…
- Ces bouquins datent tous au moins du siècle dernier ! La Lorderie n'est plus soumise à des lois différentes des autres sorciers depuis belle lurette. Un titre de Lord à des inconvénients certes, mais seulement ceux de devoir payer des impôts supplémentaires et d'avoir énormément de contraintes de conduite en société. Et encore, uniquement lorsqu'il s'agit de stupides soirées officielles.
Hermione devint écarlate et, pour une fois, garda le silence. Severus lui prit alors la main et sourit :
- Moi qui avais peur que tu me prennes pour un Julius en puissance, tu me pensais finalement marié ! C'est bien mal me connaître ça, Granger.
- Tu n'es pas ton grand père…
- Certes, mais je ne suis pas non plus du genre à accepter un titre qui me forcerait à épouser quelqu'un.
- Tu es en tout cas du genre à me cacher des choses pour ne pas m'inquiéter… pas étonnant que je me fasse un sang d'encre !
- Ce n'est pas faux, soupira-t-il. Mais n'as-tu pas confiance en moi pour autant ?
- Si, mais cela n'empêche que tu es surprotecteur et que tu aurais très bien pu me cacher une Mme Rogue morte et enterrée !
- Il y en a une… m'a grand-mère paternelle est morte avant même ma naissance !
Hermione le bouscula légèrement pour lui signaler qu'il n'était pas drôle, ce qui amusa le sorcier et qui la fit finalement sourire. À bien y réfléchir, peut-être avait-elle raison, il la surprotégeait. Il se demanda alors un instant si elle en avait réellement besoin et la réalité lui apparue : elle n'en avait pas autant besoin. C'était une battante et une véritable lionne après tout :
- Je t'offrirai un livre plus 'actuel' sur la Lorderie. De toute façon, ajouta-t-il en passant sa main dans la crinière de sa partenaire, tu vas en avoir besoin.
- Pourquoi ça ? demanda-t-elle, surprise.
Forçant la jeune femme à approcher son visage du sien, il l'embrassa et expliqua avec un ton faussement tragique :
Parce que nous allons avoir une soirée officielle à préparer ensemble pour votre projet et pour notre enquête. Du coup, vous allez devoir apprendre tout un tas de protocoles Granger, et Salazar lui-même en est devenu chauve !
