Chapitre 9 : home sweet home

- Peut-être pourrait-il s'agir d'une blague ! dit Christian en observant le contenu de la boîte face à lui.

- Une blague d'un bien mauvais goût alors, souffla Severus qui était installé dans l'un des fauteuils face au bureau d'Albus.

- Je ne dis pas le contraire Severus, mais cela ne ressemble pas franchement à des menaces. Ça me donne plutôt l'impression que quelqu'un cherche à te faire tourner en bourrique.

- Eh bien c'est réussi, ironisa le sombre sorcier qui soutint sa tête dans l'une de ses mains, ses coudes sur l'accoudoir.

- En tout cas, je doute sincèrement que Lestrange ait pu t'envoyer ce…

- Mais bien sûr que ce n'est pas Bellatrix, je n'ai jamais dit que c'était elle ! le coupa Severus, agacé sans pour autant hausser le ton ou bouger. Elle ne pouvait pas savoir de toute façon.

- D'où l'intérêt de chercher qui le pouvait. C'est là le mystère qu'il va falloir essayer d'élucider en priorité, intervint enfin Albus qui était resté bien silencieux depuis qu'il avait joint le guérisseur.

Le maître des potions resta stoïque face à cette affirmation. Il n'avait pas attendu de venir dans le bureau de son mentor et presque père pour chercher la réponse à cette question. Il fallait que ce soit quelqu'un qui le connaissait assez bien pour connaître sa date d'anniversaire et qui devait aussi connaître l'ancienne patronne de l'Opale Noire… en tout cas suffisamment pour savoir qu'elle était son parfum et son couturier préférés :

- C'est forcément quelqu'un qui a les moyens, dit Christian en sortant le flacon de cristal de la boîte. 'Ensorcelle n°5' n'est pas un parfum pour toutes les bourses sorcières.

- Tout autant qu'une robe 'Prada' ne l'est pas pour les moldus, ajouta Severus.

- Nous en revenons donc à notre constatation de base, fit Albus qui, d'un coup de baguette, fit sortir le vêtement du paquet.

C'était une robe longue, cintrée à la taille et d'une couleur rouge vif, de la marque que venait de citer Severus. Exactement le type de modèle que Missy appréciait tant, au point d'en mettre quasi quotidiennement. Enfin, plus que cela, elle ressemblait à s'y méprendre à la tenue que la femme en question avait portée lors de la soirée pour la remise du Master du sombre sorcier...

Il se souvenait assez bien qu'elle l'avait prise de cette couleur afin de se moquer clairement du vert et argent qu'il était. Elle avait toujours été comme ça avec lui après tout :

- Ce serait donc quelqu'un de haut placé dans la société si je comprends bien ? demanda Christian en regardant Dumbledore.

- Il semblerait, oui, répondit le vieux sorcier.

- Alors cela devrait être facile de savoir de qui il s'agit ! Ce tordu a signé M.T, il ne doit pas y avoir des centaines d'aristos avec ces initiales-là. Encore moins que nous pourrions potentiellement connaître grâce à l'opale noire.

- Il y a beaucoup de personnes qui pourraient avoir ces initiales, souffla Severus qui leva enfin la tête vers son ami. Sans compter que cela pourrait très bien simplement signifier 'monsieur T', sans parler du fait que cela puisse être un simple pseudonyme, voir même…

- Certes, mais cela reste un indice de plus. Il faut voir le côté positif des choses ! L'étau se resserre et nous finirons par savoir qui est assez stupide pour aider Lestrange.

- Et qui m'en veut concernant Line, ajouta Severus qui, même s'il restait de marbre, était de plus en plus affecté par cette histoire.

- Il va falloir faire attention mon garçon, prévint alors Albus. Si cette personne est suffisamment confiante pour envoyer un indice de son plein gré, alors c'est qu'elle est certaine d'avoir une longueur d'avance.

- Ça veut surtout dire qu'il prend ça pour un jeu, souffla Severus. Mais peu importe, je ne suis pas du genre à perdre une partie !

Une fois de retour dans ses quartiers, Severus regarda le miroir d'Hermione qui était toujours posé sur son bureau dans son salon. Il n'y vit rien de plus que son propre reflet. La lionne devait être en train de dormir à cette heure si tardive, ou matinale vu qu'il était presque 2h du matin.

Il s'en voulait d'avoir coupé court à leur discussion du soir aussi hâtivement. Il n'avait rien pu lui expliquer à cause du choc et s'était alors contenté de la rassurer un minimum avant de lui dire qu'il devait aller voir Albus. Soupirant, il attrapa la peluche qu'elle lui avait offerte et qui trônait toujours, elle aussi, sur son meuble de travail. Elle avait été jusqu'à oser lui prendre un satané ornithorynque… mais bien qu'elle l'eut probablement fait à cause de ce qu'avait dit Tobias pour la Saint sylvestre, il dut s'avouer à lui-même qu'il trouvait cela adorable.

Ces créatures étaient vraiment atypiques, à la limite moche, mais elles étaient un peu comme lui à l'époque, perdues entre deux mondes : incomprises des moldus et dénigrées par les sorciers.

Enfin, 'à l'époque'… peut-être était-ce toujours un peu le cas aujourd'hui encore au fond, Severus ne sachant pas vraiment s'il avait sa place dans l'un de ces deux environnements. Chez les moldus, il n'était personne et chez les sorciers, il était reconnu mais controversé après bien trop d'années à jouer au mangemort.

Son horloge sonna deux fois et Severus éteignit les chandelles magiques de la pièce à l'aide d'un informulé. Après avoir lancé un lumos pour s'éclairer quand-même un minimum, il se dirigea dans sa chambre, se mit en pyjama et s'allongea enfin sous sa couette. Il avait posé son ornithorynque à ses côtés dans le lit avant de fermer les yeux. Il le savait, sa nuit allait être courte, mais il se sentait étrangement moins seul que d'habitude pour supporter cette dernière.

Le surlendemain fut une journée plutôt mouvementé. Bien qu'il eut évité deux explosions durant ses cours, il n'avait pas imaginé que la troisième aurait lieu dans les couloirs.

Une nouvelle bataille entre élèves avait débuté loin des regards et s'était terminée par un bruit assourdissant. Quand Severus arriva sur place avec Remus, avec qui il parlait alors de la pleine lune dans le bureau de ce dernier, il trouva une cohue monstrueuse. La seconde d'après le silence revint grâce à l'intervention de Minerva et de sa voix autoritaire. La directrice adjointe arrivait de l'autre côté du couloir d'un pas décidé :

- Que se passe-t-il ici ? demanda-t-elle aux élèves alors que ses deux collègues s'approchèrent d'elle.

- C'est Rivoyre qui a tout fait péter ! s'insurgea une Gryffondor qui pointa du doigt Alice.

Severus fut étonné en voyant en effet sa filleule un peu plus loin. Elle était accroupie par terre vers deux autres élèves de premières années… le même Serpentard que la dernière fois, cette fois accompagné par une jeune sang et or de sa promotion. Alice se releva vivement et regarda d'un mauvais œil la Gryffondor qui la pointait du doigt :

- Je n'aurais jamais eu à faire ça si tes camarades arrêtaient d'emmerder le monde !

- Rivoyre, intervint Severus avec une voix glaciale qui la fit taire sur le champ. Chez le directeur, immédiatement, et vous Weasley, accompagnez ces deux-là à l'infirmerie.

Ginny qui était arrivée quelques instants auparavant s'exécuta sans attendre. Alice, quant à elle, regarda son parrain avec une lueur furieuse dans les yeux :

- Quant aux autres fouineurs, n'avez-vous pas des devoirs à faire ? Si vous n'avez pas suffisamment de travail, je suis enclin à vous en fournir ! menaça la terreur de cachots en regardant les curieux agglutinés autour de la scène.

Cela eut le mérite de faire partir tout le monde en moins d'une minute, pas forcément pour travailler certes mais au moins pour autre chose que d'espionner. Alice, silencieuse, suivit Severus, Minerva et Remus jusqu'au bureau du directeur. Ils se devaient de trouver une solution au plus vite :

- Donc vous n'avez fait que défendre ces deux premières années ? demanda Albus une fois qu'Alice eut raconté son histoire.

- Oui professeur Dumbledore, je vous le promets. Steven est la cible de ces trois Gryffondor depuis le début de l'année !

- Pourtant ils n'étaient pas sur place, fit remarquer Minerva qui semblait choquée tout autant que perplexe.

- Ils savent très bien disparaître quand ils en ont besoin, souffla la jeune fille.

- Il y a un passage secret derrière un tableau dans ce couloir, intervint Remus qui baissa la tête en ajoutant, nous l'utilisions souvent avec James, Sirius et Peter quand nous avions… besoin de disparaître.

Severus leva les yeux au ciel, ce dernier ne se souvenant hélas que trop bien de ces moments où les maraudeurs avaient 'besoin de disparaître'. Albus sembla comprendre lui aussi. Retrouvant un air grave que Severus ne lui avait pas vu depuis bien longtemps, le directeur reprit la parole :

- Minerva, il me semble que tu m'as déjà parlé de ces trois élèves à plusieurs reprises non ?

- Oui Albus, il est vrai que j'ai hélas souvent eu à les réprimander depuis le début de l'année, répondit la directrice des lions avec un air sombre.

- Bien, je pense qu'il serait bon de faire venir ces jeunes gens à mon bureau.

- Oui Albus, approuva-t-elle avant de regarder discrètement Severus et d'ajouter en observant de nouveau le directeur, nous ne pouvons pas refaire les mêmes erreurs deux fois.

Le maître des potions savait pertinemment ce que sa collègue et amie voulait dire par là. Minerva était une femme droite pour qui la justice et l'égalité primaient sur tout autres préceptes, tant et si bien qu'elle vivait encore son incapacité à gérer le harcèlement subit par le jeune Severus de l'époque comme son plus gros échec.

Pourtant il ne lui en voulait pas, ni à elle, ni à Albus d'ailleurs. Le jeune Serpentard du temps jadis avait tout fait pour garder le plus secret possible ce qu'il subissait, par honte ou par fierté, il ne savait pas trop. Aucun élève n'était jamais allé voir un professeur et le faire lui-même lui paraissait bien trop honteux, alors comment ces deux collègues auraient-ils pu se douter des proportions que cette guerre d'adolescents avait prises ?

Non, le gamin renfermé et têtu qu'il était se sentait capable de se débrouiller seul, quand bien même la situation lui échappait en tout point, comme à la maison. Sa fugue et surtout sa dispute avec Lily prenaient leur origine dans cette histoire stupide d'orgueil qui le caractérisait depuis son enfance. Pouvait-il juger qui que ce soit responsable de son incapacité à demander de l'aide ? Il savait que non mais ne pouvait le dire, il se contenta ainsi de garder le silence, comme toujours.

L'entretien ainsi terminé, Alice partit rendre visite aux deux victimes de l'attaque du jour, prenant à cœur son rôle de protectrice confié par son parrain plusieurs mois auparavant. Minerva quant à elle alla chercher les troubles faits pour les mener au directeur, tandis que Remus suivit l'espion silencieux dans le couloir :

- Je peux te parler ? demanda-t-il avec hésitation.

- N'avons-nous pas déjà tout dit dans ta salle de classe ? Tu auras la potion dans deux jours, comme prévu.

- Pas de ça Severus…

- Alors de quoi ?

Le sombre sorcier avait déjà une petite idée du sujet que le lycanthrope voulait aborder, et cela ne lui plaisait guère. Pourtant, il regarda ce dernier et l'écouta :

- Je suis désolé tu sais…

- Je le sais oui et je considère le sujet clos depuis bien longtemps.

- Non, il ne l'est pas vraiment, insista-t-il. J'aurais dû empêcher les autres de faire ce qu'ils te faisaient. Tu n'avais pas mérité tout ça.

- Tu étais un gamin Remus, un sale sac à puce rejeté de tous… une loque que personne ne voulait dans son entourage, à part eux. Tu ne pouvais pas risquer de perdre l'amitié de ceux que tu admirais le plus au monde, toi, le rebut de la société. Je le comprends mieux que quiconque, ajouta-t-il en marmonnant dédaigneusement.

- Tu n'étais pas plus une loque que moi, tu étais un enfant toi aussi !

- Remus arrête tu veux ? C'est le passé de toute façon, soupira Severus qui rêvait de mettre fin à cette torture oratoire.

- Mais le passé nous rattrape toujours avec le temps ! Aujourd'hui nous en apporte la preuve non ? Regarde comme cette histoire fait écho à… à beaucoup de choses en réalité. Vraiment, Severus, je tiens à te demander pardon pour tout ce que tu as dû endurer à cause de nous.

Se pinçant l'arête du nez, la terreur des cachots se sentait poussé à bout. Il inspira le plus calmement possible :

- Écoute, je l'ai déjà dit plus d'une fois : je ne pardonne jamais à personne, répondit-il en prenant soin de choisir ses mots avec attention pour rester fidèle à lui-même. Cependant… j'entends tes excuses !

Cela sonnait un peu trop tendre et pas assez roguien aux oreilles de la chauve-souris qui ajouta alors avec plus de sarcasme que jamais :

- Enfin, tu sembles quand-même oublier que tu les formules à celui qui t'as fait renvoyer lors de ta première embauche ici ! Je me trompe ?

- Comment pourrais-je oublier le nombre d'élèves traumatisés par la page 394 de leur manuel de l'époque ? s'amusa Remus sans la moindre once d'agacement. Sans oublier les courriers envoyés par les familles qui voulaient mon exécution pure et simple. Mais je suppose que tu as raison, nous sommes quittes et nous devrions nous concentrer sur nos efforts respectifs pour devenir meilleurs.

- Mouais… bref, oublions tout ça, reprit Severus qui n'en pouvait plus de cette stupide sensiblerie. Faisons simplement en sorte que l'histoire ne se répète plus. Sur ce, j'ai des copies à corriger et des examens à préparer.

- Merci Severus.

Sans répondre à cela, le maître des potions se contenta d'enfin redescendre à ses cachots protecteurs. Il était épuisé après toute cette histoire et, bien que les mots de son collègue lui eussent fait plus de bien qu'il ne l'avouerait jamais, il se sentait pour le moins perdu.

Trop de choses refaisaient surface en trop peu de temps, une nouvelle fois, et il avait maintenant besoin de se débarrasser de tout ce poids sur ses épaules. Pour se faire, il s'installa rapidement à son bureau et regarda le miroir magique posé dessus. Il ressentait un besoin incommensurable de voir celle qui représentait au mieux son présent :

- Hermione, tu es là ?

Personne ne répondit. Severus soupira alors et s'apprêta à prendre sa plume pour commencer à travailler quand la voix qu'il voulait tant entendre sortit du miroir :

- J'étais en train de m'occuper de Pattenrond, pourquoi soupires-tu ?

- Parce que tu m'as fait attendre.

- Tu n'as attendu que trente secondes, alors que moi je t'ai attendu pendant des heures avant-hier… pour rien en plus.

- Tu veux vraiment qu'on reparle de ça maintenant ? demanda Severus d'un ton las en regardant le reflet de sa lionne.

- Je t'en veux toujours de ne pas m'avoir fait venir alors que Christian, oui ! répliqua Hermione en fixant ses yeux dans ceux de son compagnon.

- Je t'ai déjà tout expliqué de ce qu'on s'est dit ce jour-là ! Et franchement, je n'allais pas te faire venir pour ça, c'était sans importance.

- Vous avez quand-même parlé du plan dans lequel je suis impliquée je te rappelle.

- Et je t'ai fait le compte rendu complet du peu d'informations que nous avons. Tu vois bien que c'était inutile de te faire te déplacer.

Il n'en démordait pas, elle savait tout ce qu'il y avait à savoir et ne regrettait pas de ne pas l'avoir faite venir. Il lui avait dit presque tout ce qui s'était dit et fait, omettant seulement deux ou trois choses qu'il considérait comme inutile à dévoiler, comme la discussion qu'il avait eue avec Albus concernant ses états d'âmes à propos de Line. Néanmoins, la jeune femme était elle aussi très têtue et semblait se douter qu'il ne lui disait pas tout, quand bien même elle ne lui eut pas dit de cette façon-ci la veille :

- Hermione, peux-tu cesser de me lancer un regard noir de la sorte ? Ma journée a déjà été bien assez fatigante sans avoir à y rajouter une crise de nerf de ta part.

- Je ne fais pas de crise de nerfs ! s'indigna-t-elle.

- Alors je n'ose imaginer ce que tu ferais si jamais tu en faisais une.

- J'exploserai tout simplement la porte de ton bureau mon chéri ! répondit-elle avec un sourire enfin amusé.

Bien qu'il avait en horreur ce genre de surnom, sa compagne avait décidé de continuer de les employer. Il savait que cela l'amusait autant que cela lui plaisait de les utiliser, ainsi avait-il laissé la lionne faire. Il la trouvait si belle quand elle était joyeuse après tout. Souriant légèrement à son tour, il dit sur un ton narquois :

- Tu penses sincèrement pouvoir m'avoir deux fois de la même façon ?

- Tu veux que je vienne essayer ? défia la jeune femme avec malice.

- Si tu venais, la porte serait grande ouverte.

Hermione ne répondit rien, pour une fois, mais elle sembla presque triste. Perplexe, le sorcier demanda rapidement :

- Ai-je dit quelque chose de mal ?

- Non, bien sûr que non… c'est juste que, j'aurais aimé te voir… tu me manques.

- Tu me manques aussi, mais rassures toi, les prochaines vacances seront vite là. C'est l'avantage d'être enseignant après tout.

Cette réflexion eut le mérite de la faire sourire légèrement de nouveau, mais il dut s'avouer qu'il aurait aimé pouvoir la prendre dans ses bras à cet instant. Pourtant, il eut l'impression que la lionne ne lui disait, à son tour, pas tout :

- Hermione, est-ce que ça va ?

- Oui, je vais bien, ne t'inquiète pas.

- Je m'inquiète car je vois à ton regard que quelque chose te tracasse.

Pendant un court instant, la jeune femme détourna le regard et finit par soupirer :

- Ce n'est rien de grave, c'est juste que je n'avance pas comme je veux sur le dossier… et plus je prends du temps à le faire, plus cela repousse notre chance de trouver qui se cache derrière les menaces qui nous pendent au nez.

- Alors déjà, rien ne pend par mon nez Granger, se moqua-t-il, et je suis certain que tu avances déjà bien assez vite, je te connais.

- Severus, soupira Hermione en levant les yeux ciel face à sa première réflexion. J'avance, oui, mais je suis trop souvent coupée dans mon travail, aussi bien ici qu'au bureau.

- C'est-à-dire ?

- Eh bien, au ministère, plusieurs personnes semblent mal prendre le fait que la petite nouvelle soit impliquée dans un projet comme le mien… et j'ai la sensation que l'on me met quelques bâtons dans les roues.

- Que veux-tu dire par là ? s'inquiéta Severus.

- Par exemple, j'ai perdu toute une section de mes recherches que j'avais laissée sur mon bureau… et une autre fois, c'est une tasse de café qui a été jetée sur mes dossiers. Je ne sais pas si je dois penser que c'est volontaire ou non, mais j'ai dû tout reprendre, et même si j'ai une bonne mémoire, ça m'a pris du temps. C'est comme si quelqu'un ne voulait pas que la nouvelle aile du département ouvre.

Perplexe, Severus ne put s'empêcher de penser à la cheffe de service de la lionne. Avec des pincettes, il demanda alors :

- Qu'en pense ta patronne ?

- Elle n'est pas au courant, je n'ai pas voulu l'embêter avec ça.

- Et Dragonneau ?

- Il est hélas de plus en plus sur le terrain avec d'autres collègues, vu que je suis consignée à la paperasse. Et puis, je pense qu'il ne devrait plus tarder à passer chef d'équipe, alors il se donne à fond et je ne tiens pas non plus à l'embêter avec ça.

- Écoute Hermione, fait attention à toi d'accord. Et méfie-toi de Griffacier s'il te plaît.

- Pourquoi ça ? interrogea-t-elle, curieuse.

- Fais-moi confiance, je la connais un peu et je crois bien qu'elle cache quelque chose. Je ne sais pas quoi, je ne sais pas pourquoi, mais fait juste attention. Essaie peut-être de travailler un peu plus au square !

Bien que semblant perplexe devant les dires de Severus, Hermione se contenta d'acquiescer :

- Je ferai attention, je te le promets… et j'essaie de travailler ici, mais tu n'imagines pas l'effervescence qui règne ici, et ce même en pleine journée. Cléo travaille beaucoup depuis le square elle aussi, vu qu'elle n'a plus de recherches à faire. Elle a juste ses traductions et interprétations à écrire. Sirius aussi travaille non-stop ici, sans parler de Kreattur… et les garçons sont aussi là le soir et vu qu'ils commencent progressivement à aller sur le terrain avec de vraies missions, ils ne font que d'en parler et de comparer leurs interventions tout en faisant leurs comptes rendus.

- Et laisse-moi deviner, tu aides tout le monde ?

La jeune femme ne répondit pas, mais son silence était une réponse en soit. Severus la connaissait assez pour savoir qu'elle avait toujours été et était encore là je-sais-tout prête à aider quiconque le lui demandait :

- Tu n'as qu'à aller chez-moi si tu as besoin de calme, finit-il par proposer.

- Hein ? fut la seule réponse de la lionne qui fronça un sourcil.

- Tu sais où j'habite et je t'ai donné l'autorisation d'y transplaner directement, tu peux donc y aller quand tu le veux. À la base c'était uniquement pour que tu viennes me chercher si jamais Cléo était en danger, mais elle semble… sous bonne garde, marmonna-t-il. Enfin bref, tu y a accès et la maison est toujours protégée de la même façon, alors, vas-y, tu ne risques rien là-bas.

- Tu… tu veux bien que j'aille chez toi ?

- Souffres-tu de surdité ? À moins que tu n'aies des problèmes de compréhension maintenant ?

- Non, je… je suis juste surprise…

- Eh bien, si tu n'as pas envie, tu n'es pas obligée de t'y rendre.

- Si, je veux bien, au contraire !

- La seule chose que je te demanderai, c'est de ne pas farfouiller dans mon laboratoire.

- Je ne toucherai à rien, promis.

- Tu peux y faire ce que tu veux, je ne te demande pas de ne rien toucher. Fait simplement attention à mon laboratoire, tu sais qu'il y a dedans des choses qui sont importantes pour moi.

- Comme quoi ?

- Comme mon matériel, des ingrédients rares et autres livres importants, soupira-t-il en étant exaspéré par la curiosité de sa compagne.

- Oh, je comprends ! Je ferais attention de toute façon. Et puis, je n'aurais pas besoin d'y aller, je n'ai pas de potion à faire.

Finalement, après cette conversation qui donna l'impression à Severus de faire un nouveau pas en avant dans sa vie, tous deux parlèrent de leur journée et de banalités avant de travailler, en silence, mais ensemble. Parfois, Hermione demandait des conseils à Severus sur la tournure d'une phrase, d'autre fois, c'était lui qui demandait à sa lionne comment écrire un commentaire pour qu'il ne soit pas trop insultant et blessant. Car oui, aussi difficile que cela puisse être pour la terreur des cachots, il voulait vraiment faire des efforts.

Dès le lendemain, Severus apprit que la jeune femme était déjà allée à l'impasse du tisseur pour travailler. Elle lui avait expliqué avoir bien avancé dans le calme de cette maison qu'il laissait vide, des mois durant, pendant l'année scolaire. Au moins présentait elle un intérêt maintenant.

Le mois de février arriva ensuite, silencieusement et calmement, sans incidents majeurs. Sur ordre de sa cheffe, Hermione n'allait plus du tout au ministère, bien à contre cœur vu ce que Severus pouvait constater, pour qu'elle se concentre sur son cahier des charges. Rassuré de la savoir loin des dangers extérieurs, il savait qu'elle avançait bien et était sur le point de terminer son dossier une bonne fois pour toute. Comme toujours quand elle avait un devoir écrit à rendre, elle se montrait terriblement efficace, mais à un prix qu'il considérait souvent comme trop élevé :

- Tu devrais te reposer Hermione ! la houspilla-t-il un jour.

- Je me repose le soir.

- Nous sommes déjà le soir et tu es encore chez moi. Tu crois que je ne reconnais pas mon bureau ?

- Il n'est que 20h, je m'arrêterai dans une heure, promis.

- Et à quelle heure as-tu commencé ?

- Oh heu… dans la matinée.

- Réponds-moi clairement.

- Rhô, ça va je te dis, finit-elle par soupirer. Je me lève tôt de toute façon pour prendre mon petit déjeuner avec les autres, alors autant que je travaille directement après.

- Tu as besoin de dormir de temps en temps, même moi je dors plus que toi en ce moment !

- Tu t'inquiètes trop, je t'assure que je dors assez.

- Alors pourquoi sembles-tu si fatiguée ?

- Si je m'écoutais, je dormirais toute la journée en ce moment. Les jours sont courts, il fait froid, je m'ennuie, alors travailler m'occupe.

- Tu es tellement têtue… s'exaspéra-t-il.

- Je sais, mais c'est comme ça que tu m'ai… commença-t-elle avant de se rattraper avec un sourire triste, que tu m'apprécies.

Avec un léger pincement au cœur, Severus resta silencieux. Il savait très bien ce qu'elle allait dire et au fond, il n'aurait pas été dérangé qu'elle le dise. Néanmoins, il n'arrivait toujours pas à le faire lui-même, malgré la mine déçue de sa lionne. Ce visage si sombre, il ne supportait pourtant pas de le voir. Finalement, inspirant discrètement, il finit par marmonner en la voyant recommencer à écrire :

- Même si c'est le cas, je veux que tu reposes et, clairement, tu n'y arrives pas quand tu es au square ou que tu es toute seule.

- C'est ça de vivre en collocation et de travailler Severus, mais je ne suis pas à plaindre. J'aime mon travail et je vis en sécurité sans avoir de loyer à payer. Alors franchement, qu'est-ce que je peux faire de plus ?

- Accepter de passer les vacances avec moi, dès ce week-end, dit-il en regardant ailleurs.

- N'est-ce pas ce qui est déjà prévu ? demanda distraitement Hermione qui cherchait un dossier dans une pile à côté d'elle. J'ai d'ailleurs déjà préparé ta chambre au…

- Tu n'as pas compris… je parlais de les passer seulement avec moi, corrigea-t-il, peu sûr de lui.

- Oh… fit-elle en se figeant et en regardant de nouveau le sombre sorcier. Tu veux dire, une semaine rien qu'à nous ?

- Tu n'es pas obligée d'accepter.

- Tu plaisantes j'espère ! s'indigna la lionne. Bien sûr que j'en ai envie ! Je ne pensais simplement pas que tu voulais ce genre de vacances !

Elle avait dit cela sur un ton outré et presque vexé, comme si douter du fait qu'elle voulait passer du temps avec lui était une insulte. Enfin, peut être en était-ce une au fond, mais il n'en était pas certain, d'autant plus qu'il trouvait légitime de douter que quelqu'un puisse vouloir passer une semaine entière seul avec lui. Au moins, le visage de sa lionne était plus joyeux et Severus lui accorda alors un sourire :

- Alors vendredi, prends des affaires et reste à l'impasse, je t'y rejoindrais… ma chérie.

Il avait hésité à le dire mais, étrangement, cela lui avait paru être plus simple qu'il ne l'avait pensé de prime abord. Bien entendu, il avait eu besoin d'un léger temps de latence pour sortir le 'mot doux', mais il n'en était pas moins fier de lui. Ce n'était certes pas les trois mots fatidiques qu'elle voulait entendre, mais il espérait sincèrement que cela la fera patienter.

Voyant l'air stupéfait de la jeune femme, dont les joues venaient de se teinter de rose, le sorcier se sentit comme comblé. Elle était heureuse tout autant que gênée et cette vision valait tout l'or du monde. Néanmoins, devant le silence qui se prolongeait alors, il ne put retenir l'un de ses sarcasmes :

- Aurais-je enfin trouvé le moyen de te faire taire pour de bon ?

Bien entendu, il eut droit à un regard désapprobateur et Hermione lui tira même la langue, ce qui l'amusa. Tant de choses avaient changé depuis qu'il avait laissé cette femme entrer dans sa vie… et ce n'était pas pour lui déplaire !

Les vacances arrivèrent bien trop lentement aux yeux de Severus. Il avait déjà dit à Albus depuis quelques jours qu'il ne resterait pas à l'école pendant la semaine, ce que le vieux sorcier semblait approuver avec joie. Bien qu'il n'eut posé aucune question sur ce que son professeur de potion comptait faire, il était clair que le directeur le savait pertinemment.

Quand Severus eut enfin terminé son dernier cours, il se dirigea hâtivement jusqu'à ses quartiers où il avait déjà tout préparé pour son départ. À vrai dire, il n'avait plus qu'à prendre son cartable en cuir où il avait enfourné toutes les copies qu'il devait corriger, ainsi que Perry… il n'allait quand-même pas laisser son ornithorynque seul à Poudlard après tout !

Quand il transplana enfin jusqu'à son domicile, il n'eut pas le temps de poser son sac qu'une furie lui sauta au cou. Lâchant finalement ses affaires, il serra contre lui la jeune femme qui l'embrassait déjà. Severus sourit à la fin du baiser et la regarda sans la lâcher :

- Quel accueil ! Je sens que je vais aimer ça.

- Et moi j'aime déjà le faire, minauda Hermione qui était d'excellente humeur.

- Ça me donne presque envie de partir pour mieux revenir.

- C'est hors de question que tu repartes maintenant que tu es là. Je ne te lâcherai plus jamais.

En disant cela, Hermione le serra encore plus fort contre elle. C'était à se demander si elle n'avait pas pris une potion de force avant qu'il n'arrive :

- Tu vas finir par m'étouffer ma chérie.

A ces mots, la lionne le resserra une fois de plus :

- Je t'aime Severus.

- Je sais…

Il lui caressa délicatement les cheveux en la laissant se blottir contre lui. Puis elle finit par relever la tête et le regarda dans les yeux en souriant tendrement, sans rien ajouter. Répondant à son sourire, il releva finalement la tête en remarquant quelque chose d'inhabituel chez lui quand il revenait après une longue absence : une bonne odeur flottait dans l'air !

- Ça sent bon… tu es en train de faire à manger ou je rêve ?

- Je me suis dit que tu serais fatigué et que tu serais sûrement content de n'avoir qu'à te poser en rentrant. Par contre, ce ne sera prêt que d'ici une bonne heure.

- Vraiment ? Par Salazar, que c'est long, mais qu'allons-nous pouvoir faire pendant tout ce temps ? demanda-t-il en faisant mine de réfléchir.

Hermione rit alors et posa sa main sur la joue de son partenaire :

- Je suis certaine que tu as une bonne idée en tête.

- Je dirais même une excellente, corrigea-t-il d'un air entendu.

Presque une heure plus tard, Hermione était toujours blottie contre le torse nu de son sorcier. Il lui caressait délicatement le dos pendant qu'elle fermait les yeux et profitait du moment :

- La première fois que tu t'es retrouvé sur ce canapé, tu t'imaginais t'y retrouver une nouvelle fois ? demanda-t-il avec amusement.

- Hummm, pour être totalement franche, non. Par contre j'avais adoré me réveiller avec ton odeur, déjà à ce moment-là.

- Vraiment ?

- Oui, dit-elle en relevant la tête pour l'observer tout en souriant. Mais j'avoue que m'y rallonger nue avec toi et encore plus agréable.

Elle l'embrassa tendrement et se redressa doucement en voyant l'heure. Severus protesta mais elle lui rappela qu'elle avait un dîner à surveiller et à terminer de préparer. La laissant y aller à contre cœur, il s'assit alors et rattrapa ses vêtements, renfilant son boxer et son pantalon. Il ramassa ensuite les vêtements de la jeune femme qu'il plia avant de les poser sur le canapé :

- Tu ne mets plus les aristochats, constata-t-il alors assez fort pour que la lionne entende.

- De quoi tu parles ? demanda-t-elle en revenant vers lui.

- De ta culotte Disney, reprit-il en souriant tout en montrant le sous vêtement noir qu'il avait plié.

- Non, dit la lionne en rougissant légèrement.

- Dommage, je l'aimais bien.

- Je ne rentre plus dedans, avoua Hermione en regardant ailleurs. Et c'est de la faute à ta sœur qui passe son temps à faire de délicieux plats français. Même à Poudlard je ne mangeais pas autant ! Cléo est pire que ne l'était ma grand-mère.

Se levant pour aller vers elle, il l'observa :

- Eh bien ma chère sœur a fait du bon travail, je te trouve resplendissante ainsi.

- Ne dit pas n'importe quoi ! répliqua la jeune femme en levant les yeux au ciel, faussement exaspérée.

- Je le pense vraiment, tu étais bien trop mince. Et je l'étais moi aussi d'ailleurs, mais j'ai repris du poids sous la surveillance accrue d'Albus et de Pompom.

- Nous sommes sous bonne garde tous les deux, plaisanta Hermione.

- En effet, et maintenant nous n'avons plus qu'à aller nous racheter des vêtements à notre taille. Que penses-tu de demain, proposa-t-il avant d'embrasser sa compagne.

- Est-ce que je serais obligée d'essayer une dizaine de tenues ?

- Non, car nous irons sans la folle de la mode cette fois ! ironisa Severus en faisant allusion à Cléo.

- Bon alors je suis d'accord !

Elle sourit et lui déposa un baiser sur la joue :

- Le dîner va être prêt. Je vais m'habiller et mettre la table si tu as faim.

- Vu comme ça sent bon, j'ai même très faim. Mais prends ton temps, laisse-moi préparer la salle à manger pour nous.

- Merci Severus, dit-elle visiblement ravie.

Pendant que la jeune femme était montée avec ses vêtements jusqu'à la salle de bain, lui se dirigea dans la salle à manger. Il avait l'impression étrange d'être plus que jamais chez lui ce soir-là, un peu comme s'il était enfin à sa place. Au fond, cela lui fit presque aussi peur que cela le rendit heureux.

À peine eut il terminé de mettre les couverts que sa lionne arriva. Elle s'était rhabillée et recoiffée en attachant ses cheveux à l'aide d'une pince, en somme, elle illuminait les lieux. Après l'avoir d'ailleurs complimenté, il lui intima de s'asseoir et alla chercher le repas pour faire lui-même le service et ce malgré ses protestations.

Le dîner se déroula dans la bonne humeur, et le restant de la soirée fut encore meilleur. Severus avait retrouvé son binôme de lecture et de discussions stimulantes. Il n'y eut bien entendu pas que leurs blablateries qui le furent, mais ce que le maître des lieux retint de cette soirée chez lui avec Hermione, c'était que la vie à deux avait en effet quelques points positifs. Peut-être même était-ce cela, la vie tout court, celle dont il avait rêvée pour un après-guerre meilleur. Il allait en tout cas clairement y réfléchir, au côté de la plus insupportable et la plus adorable des miss-je-sais-tout.